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27/05/2009

criminalisation de l’action militante ?

Une demi-douzaine de policiers parisiens agissant, semble-t-il, pour la section antiterroriste du parquet de Paris ont effectué hier, à 6 h 30, une perquisition au domicile privé, avenue de Colmar à Mulhouse, d’un des responsables du centre culturel kurde de la ville. Cet homme était absent, pour des raisons professionnelles. Son fils et un neveu, âgés de 21 et 22 ans, ont été interpellés, et amenés directement à Paris, sans être passés par le commissariat central de Mulhouse. Le parquet de Mulhouse a confirmé avoir été informé d’une opération nationale de la section antiterroriste.
Selon des informations recueillies hier dans la communauté kurde de Mulhouse, les policiers ont saisi, lors de la perquisition, un portrait d’Abdullah Ocalan, l’ancien chef des rebelles séparatistes kurdes du PKK (le parti des travailleurs kurdes), détenu en Turquie, ainsi qu’un drapeau kurde.
Ces mêmes sources ont indiqué que les policiers parisiens évoquaient, lors de la perquisition d’hier à Mulhouse, des violences lors de la manifestation contre l’Otan le 4 avril dernier à Strasbourg, manifestation à laquelle les deux jeunes gens arrêtés auraient participé « de manière pacifique. » Une dépêche de l’Agence France Presse, citant une source judiciaire parisienne, indiquait que les deux cousins sont soupçonnés d’avoir jeté des cocktails Molotov contre un bâtiment de la délégation permanente turque au Conseil de l’Europe à Strasbourg, en octobre 2008.
Les deux jeunes gens ont été placés en garde à vue dans les locaux de la sous-direction antiterroriste à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine.
Dans un communiqué, Yvan Zimmermann, tête de liste du NPA aux élections européennes dans la région Est, a dénoncé hier « cette criminalisation de l’action militante » par le gouvernement, qui « essaie, cette fois encore, de faire un lien entre une association kurde à but culturel et des violences. »


J.-M.S.

http://www.lalsace.fr/fr/region/alsace/article/1526420,208/Mulhouse-Deux-Kurdes-arretes-par-la-police-antiterroriste.html

 

 

 

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23/05/2009

Quand les étudiants n'étaient pas des terroristes

 

Même type d'accident, mais le même traîtemet.

Aucun journaliste d'investigation n'a fait le lien ou même parlé du sujet...pour il y a seulement 2 ans:

 

Explosion à Montpellier: des étudiants, «pas des terroristes»

Les jeunes blessés cette nuit, dont certains ont suivi des études en chimie, voulaient fabriquer une bombe mais ne seraient pas des terroristes, selon les premiers éléments de l'enquête.

Une bombe artisanale, manipulée a priori de manière accidentelle, serait à l’origine de l’explosion qui a fait sept blessés dans la cité universitaire du Triolet à Montpellier, cette nuit à 4h20 du matin.

«Il ne résulte pas des premières investigations que nous avons affaire à des terroristes mais peut-être à des jeunes qui, parce qu'ils avaient un bagage de chimie, voulaient tester la fabrication d'une bombe artisanale», a annoncé à midi le procureur de la République de Montpellier, Brice Robin.

Le SRPJ de Montpellier, saisi de l’enquête, a fait intervenir la police technique et scientifique. Sur place, cette dernière a pu analyser plusieurs substances chimiques. Elle a aussi découvert des bidons avec des étiquettes. Elle a ainsi recensé plusieurs ingrédients qui entrent dans la composition de la fabrication d'explosifs, notamment du nitrate de potassium, de la poudre d'aluminium, de la soude caustique, de l’acide nitrique et de l’acide sulfurique.

Deux blessés graves

Le jeune homme dans la chambre duquel l’explosion s’est produite est étudiant en première année d’IUT génie électrique après avoir suivi des études de chimie l'an dernier. Français d’origine russe, né à Saint-Pétersbourg, il fêtait hier ses vingt ans en compagnie de six camarades, dont une fille ukrainienne. Les cinq autres garçons sont un Moldave, un Ukrainien, un Arménien et deux Russes dont un Tchétchène. Tous sont âgés entre 18 et 22 ans.

La plupart sont étudiants mais ne résidaient pas dans la cité universitaire où s’est produite l’explosion. Le Français d’origine russe, locataire de la chambre, est gravement blessé, ainsi qu’un Moldave de 21 ans. L’un d’eux a un poumon perforé et des brûlures multiples, l’autre présente de nombreuses brûlures au troisième degré.

Quatre autres jeunes, qui ont des blessures plus superficielles aux mains et aux tympans, pourraient être entendus par les policiers d’ici la fin de la journée. Les six sont pour l’instant tous soignés à l’hôpital de Montpellier. Un septième jeune aurait quitté la résidence universitaire avant l’arrivée de la police. Celle-ci aurait cependant connaissance de son identité.

La ministre déléguée chargée de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, doit se rendre sur place entre 15h30 et 17h. Elle tiendra un point presse à la suite de sa visite.

 

«Selon une coutume russe, pour fêter ses 20 ans, il faut faire du bruit, notamment avec des pétards. Voilà en partie l'origine de l'explosion qui a fait sept blessés, dont deux graves, mercredi, vers 4 heures, à la cité universitaire du Triolet à Montpellier», raconte ce matin le quotidien régional Midi Libre.

Le locataire de la chambre, Daniil, né le 12 novembre 1988 à Saint-Pétersbourg et naturalisé français, avait invité six jeunes amis pour son anniversaire. Inscrit en première année de génie électrique, il avait auparavant étudié la chimie pendant un an. C’est ainsi qu’il a confectionné une préparation explosive, selon une recette qu’il avait dénichée sur Internet. Mélangeant au-dessus de son lavabo plusieurs ingrédients, dont du nitrate de potassium, de l’acide sulfurique et de la limaille de fer avec l’aide de deux de ses amis, il avait réussi à obtenir du TATP (triacétone triperoxide), «un liquide granuleux particulièrement instable et dangereux».

Daniil comptait en prélever une petite partie pour la faire exploser comme un gros pétard. Mais le morceau incandescent a touché le reste de la préparation, a priori involontairement. Tout le liquide a explosé, provoquant de nombreux dégâts et blessures. Quatre jeunes étaient ce matin encore en garde-à-vue depuis leur sortie de l’hôpital mercredi soir.

«Deux fumaient une cigarette au balcon et deux autres dormaient au pied du lit au moment de la déflagration», rapporte Midi Libre. Un cinquième, recherché par la police, s’est présenté au commissariat hier et a été également placé en garde-à-vue. Les deux derniers, plus gravement blessés, sont toujours à l’hôpital. L’un pourrait être auditionné par le SRPJ dans la journée.

Plusieurs mises en examen pourraient suivre, notamment pour «dégradation volontaire par explosif de bien mobilier dans des conditions de nature à exposer les personnes à un danger corporel» et pour «détention de produits ou substances rentrant dans la composition d'explosif». En revanche, la piste terroriste est écartée.

 

Trois des six personnes blessées lors de l'explosion, hier, d'une bombe artisanale dans une résidence universitaire de Montpellier sont sorties de l'hôpital et ont été transférées à l'hôtel de police où elles ont été placées en garde à vue.

Le jeune locataire russe de la chambre où s'est produite l'explosion, le plus grièvement blessé, a été brûlé sur environ 50% du corps au troisième degré. Il a été amputé d'un bras. Mais, hier soir, le pronostic vital n'était plus engagé.

Les gardes à vue se justifient pour déterminer avec exactitude les causes de l'explosion et les responsabilités de chacun des protagonistes, cinq garçons et une fille originaires de pays de l'Est de l'Europe, réunis dans cette chambre pour célébrer les 20 ans de l'occupant russe de la chambre.

En début d'après-midi, le procureur de la République de Montpellier, Brice Robin, avait indiqué qu'il ne résultait pas "des premières investigations que nous avons affaire à des terroristes mais peut-être à des jeunes qui, parce qu'ils avaient un bagage de chimie, voulaient tester la fabrication d'une bombe artisanale".

Toutefois, avait-il ajouté, "on verra à l'issue des premières auditions si les éléments apparaissent de nature à faire envisager une entreprise terroriste".

Dans ce cas-là, le parquet de Montpellier, en charge de l'enquête avec le SRPJ de Montpellier, s'en dessaisirait au profit de la section antiterroriste du parquet de Paris.

(Source AFP)

 

 

 

Genève/ France voisine samedi23 mai 2009

Michaël D., blessé par sa propre bombe, était-il un apprenti terroriste?

La bombe artisanale fabriquée par le jeune marginal genevois de 25 ans l’a grièvement atteint et a tué son amie Zoé. Retour sur son parcours, du squat Rhino à celui des Pilos à Chambéry

Nuit du 30 avril 2009, dans une usine désaffectée de Cognin près de Chambéry (Savoie), Michaël D, 25 ans, fils d’un enseignant genevois, et Zoé A., 23 ans, originaire de l’Ardèche, manipulent du chlorate de soude et du sucre, composants instables, notamment utilisés dans la confection d’une bombe artisanale. Une déflagration tout à coup. Zoé est tuée, Michaël est grièvement blessé. Il risque de perdre une main et sa vue pourrait être altérée. Placé en détention provisoire à l’hôpital Jules Courmont de Lyon, Michaël a été mis en examen par les juges de la section antiterroriste du Parquet de Paris pour «association de malfaiteur en vue de la préparation d’une entreprise terroriste» et «fabrication, détention de produits explosifs».

Mouvance
anarcho-autonome

Michaël aurait expliqué avoir agi par «curiosité scientifique» et démenti tout projet d’attentat. A proximité de l’usine, la police a pourtant trouvé du fil, des extincteurs, des retardateurs, des détonateurs. Et puis dans les affaires du couple, de la documentation sur Action directe, l’ancien groupe terroriste. Zoé, très militante, était fichée: mouvance anarcho-autonome, dit-on. Michaël, lui, était objecteur de conscience en Suisse, détestait la société de consommation mais n’était pas en rupture avec son milieu familial. Luc*, son ami, l’a rencontré sur les bancs de l’Uni en 2001. Ils étudiaient la chimie. Mais Michaël n’a tenu que quatre mois. «C’est tout lui ça, résume Luc. Il a compris qu’il était en train de mettre un pied dans le système, la chimie, l’industrie. Donc il a tout lâché et il est allé jouer de l’accordéon dans les Rues-Basses.»

D’un squat à l’autre

Après la chimie, il jongle, graffe, écrit des textes «non violents» qu’il chante pour le groupe genevois de ska WSK. «Il a connu le squat du Rhino mais ça ne lui allait pas, se rappelle Luc. Des types salariés vivaient là, ils allaient bosser et rentraient le soir, ça clochait.» Il rejoint alors le squat de la Tour «plus alternatif, plus créatif, plus ouvert, où il y avait toujours de la place pour les gens de passage». Luka* poursuit: «Michaël est un idéaliste, il a très mal vécu la fermeture de la Tour par la police en 2007, on lui a pris quelque chose. Je me souviens qu’il ne supportait déjà plus les heures passées à la douane de Bardonnex à cause de son look baba cool quand il allait voir ses parents qui habitent en France voisine. Alors lui qui était déjà taciturne, peu communicatif s’est encore plus fermé.» Michaël achète un minibus, quitte Genève. Les dernières nouvelles que Luc reçoit datent d’octobre 2008. Il écrit un mail, il se trouve en Belgique. Il n’utilise même plus de téléphone portable «instrument bourgeois».

Idéaliste et amoureux

Chambéry, rue de Tarentaise. Zoé vivait là, dans ce cabanon en fond de jardin. Très discrète. Une boulangère se souvient d’elle lorsqu’une photo de Michaël lui est présentée: «Ils achetaient nos pâtisseries de la veille, ils n’étaient pas riches. C’est eux les terroristes de Cognin?» Zoé étudiait les langues et la culture à la Faculté de la ville. Une de ses enseignantes, choquée, étouffe ses sanglots: «Elle était douce, polie mais pas comme les autres, très dans la marge. On lui a proposé une aide sociale. Elle a refusé. Au début de l’année universitaire, elle ne venait pas en cours mais elle était assidue depuis trois mois. Elle devait passer des examens le lundi après le drame.» Et Michaël? «Très amoureux d’elle», dit Olivier*, un squatter des Pilos, le lieu alternatif de Chambéry, avenue des Bernardines. Ils y passaient souvent tous les deux, entre deux voyages, mais on peine à cerner Michaël «qui ne parlait pas beaucoup, qui était là sans y être.» Les Pilos connaissent mieux Zoé et la pleurent beaucoup. Se sont-ils connus ici? On ne sait pas. «Mais ils ne vivaient pas vraiment ensemble comme vous l’imaginez, on ne parle pas de couple, nous.»

Les Pilos ont été fouillés par une centaine de policiers le 4 mai. «Avec un pauvre chien renifleur à qui on a dû donner à boire à la demande de son maître», se moque Olivier. Ils n’ont rien trouvé de suspect. Mais ont mis en examen deux autres jeunes hommes «proches de la mouvance autonome». Ils auraient fait disparaître des indices et le bus de Michaël aurait été vu, stationnant près de leur squat, chemin des Vieux-Capucins. L’un des avocats qui les défend affirme: «Ils ne sont pas vraiment politisés, ils se mobilisent pour des causes au cas par cas, ils défendent un mode de vie alternatif, non commercial, ils mangent ensemble, débattent, projettent des films, font de la musique, du théâtre et croient en une révolution lente et non violente.» La police judiciaire fédérale, de son côté, est en contact avec les autorités françaises pour savoir si Michaël est proche des groupes autonomes en Suisse.

La fin des Pilos

Aux Pilos, on raconte que la France sombre en ce moment dans un délire «conspirationniste et paranoïaque» et on fait le lien avec un groupe de Corrèze accusé d’avoir saboté des lignes de TGV. Leur leader, Julien Coupat, est toujours détenu. Olivier explique: «Cette nouvelle affaire est instrumentalisée par le sarkozisme pour faire croire en l’existence d’un ennemi intérieur et faire monter la psychose. Cela va conduire à encore plus de dérives sécuritaires.» Les Pilos occupés depuis l’été dernier par une vingtaine de squatters ont été assignés en justice par la mairie de Chambéry, propriétaire des lieux. L’édifice sera rasé et des logements seront construits. La lettre leur est parvenue le 30 mai. Le soir même, Zoé et Michaël faisaient «leur expérience». «Je crois, confie un autre squatter, que lui a pensé à fabriquer quelque chose, pas pour tuer ni blesser, mais faire du bruit et un peu de dégât. Michaël nous parlait souvent de la liquidation des squats à Genève, il était à cran, et il était en train de vivre la même chose ici.»

*Prénoms fictifs.

 

 

 

  • Deux hommes ont été blessés dimanche dans une explosion accidentelle dans une résidence universitaire à Lyon. Ils détenaient des produits inflammables dans leur logement.

  • Toutefois, aucun élément ne laisse penser qu'ils fabriquaient un engin explosif ou se livraient à une quelconque activité terroriste.

- le 26/01/2009 - 09h29

Deux personnes ont été blessées lors d'une explosion accidentelle survenue dans une résidence universitaire à Lyon dimanche soir. Les deux victimes, agées de trente ans et d'une quarantaine d'années, ont  été hospitalisées dans un état grave, l'une a été brûlée à 50% et l'autre a été  blessée par l'effet de souffle. Ils détenaient des produits inflammables dans leur logement et pourraient avoir déclenché l'explosion en les manipulant. L'explosion accidentelle a eu lieu au septième et dernier étage et l'a gravement endommagé.

Selon le maire du 3è arrondissement de Lyon, Thierry Philip, il s'agirait  d'une expérience chimique qui a mal tournée. Toutefois, aucun élément ne laisse penser qu'ils fabriquaient un engin explosif ou se livraient à une quelconque activité terroriste. Environ 150 étudiants ont été relogés dans un gymnase voisin.

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a exprimé dans un communiqué "sa profonde émotion" suite à l'explosion et a  demandé au recteur de l'académie de Lyon et au directeur du CROUS de se rendre  sur les lieux pour évaluer la situation. Elle leur a demandé de s'assurer du relogement des étudiants et de mettre à  leur disposition une cellule psychologique de soutien.

D'après agence

 

 

 

Les policiers lyonnais s’interrogeaient hier soir sur les causes de l’explosion survenue en fin d’après-midi dans un immeuble du centre-ville. Le bilan est de deux blessés graves. Mais il aurait pu être beaucoup plus lourd, compte tenu de la violence du souffle, admettait-on sur place. L’explosio n s’est produite vers 17 h 45, au 7 e étage d’une résidence hôtelière située au 90, boulevard Vivier-Merle, dans le III e arrondissement de Lyon, à quelques centaines de mètres de la gare de la Part-Dieu.

Les deux hommes touchés sont âgés pour l’un d’une trentaine d’années, pour l’autre de 40 ans. Le premier souffre de problèmes pulmonaires liés au blast de l’explosion. Le second, qui a été retrouvé inconscient par les pompiers, est gravement brûlé.
Hier soir, les circonstances de ce drame restaient encore floues. Une source proche de l’enquête évoquait un accident lié à la manipulation de produits dangereux. Sans plus de précisions. « Le bâtiment n’était pas alimenté en gaz, précise le capitaine des pompiers, Christophe Serre. L’explosion est liée à un autre phénomène dont nous ignorons la cause. » De son côté, le maire du III e arrondissement, Thierry Philip, a déclaré : « On sait que ce sont des gens qui faisaient des expériences de type chimique. Quel type d’expérience, et pourquoi, je n’en sais rien. »

Les habitants n’ont pas pu regagner leur logement

Cette résidence comporte une soixantaine d’appartements, la plupart occupés par des étudiants. Tous ont été évacués rapidement. « C’était très impressionnant, raconte Vincent. J’ai vu des grandes flammes rouges sortir par la fenêtre d’un appartement. J’ai eu juste le temps d’enfiler un pull et de me précipiter dans la rue, jonchée de débris de verre. » Claire, qui réside au 2 e étage, a eu « très peur ». « J’ai tout de suite pensé à ce qui s’est passé à Montpellier il y a quelques mois, quand des étudiants ont fait exploser leur chambre en manipulant des produits chimiques », explique-t-elle.
Pendant plusieurs heures, les pompiers, épaulés par deux équipes cynophiles, ont cherché d’autres victimes dans les décombres du bâtiment. Mais l’immeuble était vide. « A l’heure où l’explosion s’est produite, peu de résidants étaient chez eux, ce qui a sans doute évité un bilan plus lourd », précise Laurent Gabilly, médecin au Samu de Lyon. Hier soir, les habitants n’ont pas pu regagner leur logement. La structure du bâtiment a été trop endommagée. Cent cinquante d’entre eux ont donc passé la nuit chez des proches ou dans un gymnase municipal situé juste en face de leur résidence.
Valérie Pécresse , ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a exprimé sa « profonde émotion ». Elle a également demandé au recteur de s’assurer du relogement des étudiants et de la mise en place d’une cellule de soutien psychologique.

Le Parisien

 

 

 

EXPLOSION A L'ECOLE DE CHIMIE DE MULHOUSE: UN MORT, UNE BLESSEE

Vendredi 24 mars, 12h26. Une violente explosion s'est produite au rez-de-chaussée du bâtiment 5 de l'Ecole nationale supérieure de chimie de Mulhouse( ENSCHMul) intégrée depuis 2005 à l'Université de Haute Alsace ( UHA). Soufflant les cloisons intérieures et les vitres des trois étages et éventrant la partie où l'explosion a eu lieu. Un incendie s'est également déclaré consécutivement, ravageant le bâtiment. Le plan rouge déclenché aussitôt a vu converger vers le campus les secours en tous genres: sapeurs-pompiers, médecins, infirmières, psychiatres et psychologues, policiers. Bilan: un professeur de 40 ans tué, une stagiaire de 18 ans grièvement blessée et une quinzaine d'étudiants légèrement blessés et choqués.

L'explosion s'est produite à l'heure de la pause de midi, sinon, ses conséquences eussent été beaucoup plus graves encore. La victime, le professeur Dominique Burget 40 ans, enseignant et chercheur, travaillait au premier étage juste au-dessus de l'épicentre de l'explosion, tandis que Saloua Belm Charef, en stage d'insertion professionnelle au service comptabilité d'un laboratoire était grièvement blessée. Immédiatemment les 250 étudiants et leur encadrement ont été regroupés dans le gymnase universitaire afin d'effectuer un recensement.

Les sapeurs-pompiers ont pour leur part procédé au déblaiement des décombres afin de détecter d'autres victimes éventuelles tandis qu' une unité de sapeurs-pompiers spécialisée dans les risques chimiques retirait du bâtiment tous les produits chimiques entreposés. Il a fallu également faire intervenir une entreprise spécialisée afin d'étayer murs et plafonds pour éviter des sur-accidents.

Dès le lendemain les enquêteurs de la police scientifique et technique étaient à pied d'oeuvre afin de relever tous les indices permettant de comprendre le drame. De son côté, le Parquet du TGI de Mulhouse et son patron le procureur Régis Delorme indiquait qu'une enquête était confiée à la police judiciaire et qu'une information contre X pour homicide involontaire et blessures involontaires serait ouverte dès lundi par un juge d'instruction, en l'occurence Ariane Combarel, déjà chargée de l'instruction de l'explosion de la rue de la Martre survenue le 26 décembre 2004.

Les premières investigations effectuées donnent à penser que l'origine de l'explosion serait dûe à une bonbonne d' éthylène, découverte par les enquêteurs à l'endroit même de l'explosion, à savoir dans le laboratoire spécialisé dans les procédés de chimie analytique. Y a-t-il eu fuite de ce gaz hyper dangereux lorsqu'il est mélangé à l'air? La bonbonne était intacte et a été immédiatement mise sous scellés pour expertise.

Quatre jours après le drame, les problèmes matériels font directement surface. Pour Serge Neunlist, directeur de l'Ecole de chimie, il " faut se remettre en ordre de marche. Nous veillons à rétablir les réseaux. Il n'y a plus d'électricité par exemple...Nous avons reçu des propositions d'aide de la France entière...". En effet, il s'agit de réorganiser le travail pour permettre aux chercheurs et aux étudiants de retrouver leurs marques. Et quid des contrats de recherche en cours? Des travaux de thèses et de masters ? D'ores et déjà, des solutions se profilent. Ainsi, le laboratoire de photochimie générale sera provisoirement hébergé par l'Ecole d'ingénieurs textile (ENSITM).

Mardi 28 mars, deux experts ont été désignés par la juge d'instruction. Il s'agit de MM. Geronimi et Martin, à qui il appartiendra de déterminer les causes du sinistre. Tandis que Guy Schultz président de l'UHA et Serge Neunlist directeur de l'Ecole de chimie ont rencontré Jean-Marie Bockel sénateur- maire de Mulhouse et les responsables des services concernés afin d'envisager l'avenir de l'Ecole.

Le décès du professeur Dominique Burget a profondément choqué la communauté universitaire et vendredi 31 mars à 11 h précises, une minute de silence a été observée dans tous les services, bureaux, classes, amphis de toute l'Université de Haute Alsace.

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Explosion dans un laboratoire

La faculté de pharmacie de l'université Louis-Pasteur a été secouée hier matin par une explosion survenue dans un laboratoire de chimie organique, blessant légèrement deux étudiants (*).

Il était 8h30, hier matin, quand le campus universitaire d'Illkirch-Graffenstaden a été soudain parcouru par le bruit d'une violente déflagration. Ether et flamme  Au troisième étage d'un bâtiment sans âme, le laboratoire de chimie organique vient d'« imploser comme un téléviseur », dit un témoin.  Quelques secondes avant l'accident, deux laborantins étaient en train de manier un mélange à base d'éther sous une hotte aspirante. Agés de 26 et 27 ans, ils étaient entourés du directeur du laboratoire ...

S. C.

(*) Le 24 mars 2006, une explosion survenue à l'Ecole nationale supérieure de chimie de Mulhouse avait causé la mort d'un professeur, Dominique Burget, et fait près d'une dizaine de blessés.

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«Bientôt, il faudra faire un comité de soutien au comité de soutien.»

 

Société 23/05/2009 à 06h51

Les soutiens de Coupat inquiétés

Tarnac . Les huit personnes arrêtées lundi ont été libérées sans être mises en examen.

GAËL COGNÉ et MICHEL HENRY (à Aix-en-Provence)

C’est la saison des gardes à vue dans l’affaire de Tarnac. Et toutes se soldent sans la moindre mise en examen. Le 28 avril, Tessa Polak se faisait arrêter au volant de son véhicule, par des policiers l’arme au poing. Lundi, des habitants de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) et des jeunes Rouennais (Seine-Maritime) ont goûté à leur tour aux interrogatoires.

A Forcalquier, l’objet du délit est une photo. On y voit un tract du Comité de sabotage de l’antiterrorisme, brandi sous un interphone portant le nom de Bernard Squarcini, le patron du renseignement français. Narguer ainsi le numéro 1 des RG et de la DST, en montrant qu’on connaît sa résidence dans le Sud, a valu une garde à vue à l’auteur de la photo et à deux couples qui l’ont diffusée par mail. Motif : «menace de commettre un délit ou un crime».

Les policiers marseillais sont venus cueillir lundi à Forcalquier François Bouchardeau, éditeur et fils d’Huguette, l’ancienne ministre de Mitterrand, et son épouse Johanna, ainsi que Samuel Autexier, qui édite la revue littéraire Marginales, et sa sœur Héléna. Puis Bruno Chiambretto, auteur de la photo, les a rejoints. Ils sont sortis libres mardi et mercredi. Le parquet de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), qui conduit l’enquête préliminaire, n’a pas décidé s’il y aura des poursuites.

Musclée. Par la voix de leur avocat, Me Olivier Lantelme, les interpellés se sont dits «abasourdis par le traitement qu’on [leur] a réservé, consternés par la méthode musclée employée, alors qu’il suffisait de [les] convoquer pour qu’[ils] viennent gentiment s’expliquer». Membres de ce comité de soutien à Coupat prônant «le sabotage de l’antiterrorisme», ils ont reconnu, pour l’un, avoir pris la photo et pour les autres, l’avoir diffusée, mais «sans possibilité d’identifier le lieu, ni mention de l’adresse». «En quoi cette photo, qui se veut ironique et n’a jamais été distribuée sur la voie publique, constituerait une menace ?» demande Me Lantelme, précisant que ses clients sont «non violents».

Mais Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur (DCRI), a porté plainte. Et pour le parquet, «il faut bien que quelqu’un ait eu connaissance de l’adresse pour faire la photo ; et la diffuser, c’est diffuser le fait que l’adresse est connue». Donc, éventuellement, créer une menace ? «Il n’y a matière à aucune poursuite» , rétorque Me Lantelme.

Les cinq interpellés estiment être victimes de la même «disproportion de traitement» qui frappe à leurs yeux l’homme de Tarnac, et qu’ils dénoncent. «Veut-on étouffer le soutien à Julien Coupat ? Eux le vivent comme ça», dit leur avocat.

Les trois arrestations de Rouen ont aussi eu lieu lundi. Mathieu, mis en examen dans l’affaire, vit avec l’une des personnes arrêtées cette semaine. «Ils sont arrivés à 6 heures avec un bélier mais n’ont pas eu à s’en servir : la porte était ouverte. Ils ont mis sur le ventre la personne qu’ils cherchaient, l’ont menottée. On a été placés dans une pièce, au rez-de-chaussée.» Pendant ce temps-là, les enquêteurs perquisitionnent rapidement la maison.

La suite se passe à Levallois-Perret, dans les locaux de la sous-direction antiterroriste. Selon les enquêteurs, les trois étudiants (deux hommes et une femme) seraient des proches de Coupat. Ils se seraient rendus à Thessalonique, en Grèce, en septembre 2008, pour la Foire internationale. Julien Coupat s’y serait trouvé et aurait pu entrer en contact avec des autonomes allemands.

«Incessants». Au terme des soixante-douze heures légales, l’avocate Dominique Vallès se rend en banlieue parisienne pour voir les jeunes qui ont été séparés : deux sont à Nanterre, le troisième à Levallois. Selon l’avocate, les interrogatoires «incessants» auraient porté sur leurs opinions politiques, leur manière de vivre. «U ne jeune femme était dans une cellule avec une lumière blanche éblouissante.» Pour l’avocate, «il suffisait de les convoquer. Les gens ont des droits, aussi.» Ils ont été relâchés jeudi après-midi sans avoir été mis en examen. A Rouen, Mathieu s’interroge : «Leurs noms apparaissent dans la procédure comme une centaine d’autres. Est-ce que ça veut dire que tout le monde va être placé en garde à vue ?» Une amie des cinq de Forcalquier s’inquiète : «Bientôt, il faudra faire un comité de soutien au comité de soutien.»

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13/05/2009

Nous ne sommes rien, mais nous sommes là.

Arbitraire de l’antiterrorisme à Chambéry : Rafou mis en détention

Publié le lundi 11 mai 2009 sur Indymedia-Grenoble, par le Collectif de soutien à Rafou
http://grenoble.indymedia.org/2009-05-11-Arbitraire-de-l-...

 

Le 30 avril, les Pilos ont reçu une lettre d’assignation en justice de la part de la mairie de Chambéry (ville de gauche et tout le tralala). En marge de ça, dans la nuit du 30 au 1er mai ont eu lieu les évènements de Cognin, dont nous-mêmes n’avons pas pris connaissance avant le vendredi 1er au soir.

 

 

Ce qui a mené à des perquisitions, une enquête confiée à la SDAT (Sous-direction antiterroriste) de Paris, et la mise en GAV de Rafou pour 96 heures dans le cadre de tout ce même délire.

 

Le vendredi 8 mai, a eu lieu une manifestation sauvage dans les rues de Chambéry, en soutien aux Pilos menacés, mais surtout en soutien à Rafou. Environ 200 personnes de tous genres (artistes, jongleurEUSEs, habitantEs, amiEs, politiques, voisinEs, personnes fréquentant – ou non - les activités du lieu...) y étaient rassemblées, malgré la pluie constamment présente durant le défilé. Celui-ci a duré près de deux heures dans les rues de la ville, sans qu’il y ait d’incidents ou d’altercations avec les forces de « l’ordre », malgré leur présence en civil ou en armure pour « défendre » la gare ou la préfecture, où ils s’étaient retranchés. Tout s’est bien passé, tout le monde est rentré à la maison, mais il y a surement beaucoup de photos qui ont été prises.

 

 

Rafou était déféré devant le juge antiterroriste cette même après-midi, au terme de ses 96 heures de GAV. Une après-midi que nous avons passée penduEs au téléphone en attente de nouvelles. Nouvelles qui se sont avérées mauvaises : dès sa sortie de séance avec le juge d’instruction (qui a duré près de 7h30), il a été entendu de nouveau, cette fois par le juge des « libertés » et de la détention. Et la Cour a décidé la détention provisoire pour Rafou. Il a été transféré à la Santé [prison parisienne] dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 mai. Et il devrait y rester selon nos informations au moins trois semaines, avec le traitement de « faveur » réservé aux personnes incarcérées dans le cadre de procédures antiterroristes : courrier entrant et sortant lu et vérifié, restriction minimale des visites en parloir (en termes clairs : son avocat et ses parents), interdictions diverses et variées (de bibliothèque commune, de travailler, entre autres...), pas de contacts avec le « service général », sans toutefois être en QHS non plus.

 

 

Qu’y-a-t-il dans son dossier ? Rien. Et il a un alibi, plusieurs témoins : ce soir-là, Rafou jouait aux cartes chez des amis. Ses témoins sont prêtEs à se présenter. AucunE n’a été entenduE. Se pose alors la question de savoir de quoi est-il accusé ? La justification qui a été invoquée est la « destruction de preuves ».

 

 

Quelle réflexion, quelle piste peut-on considérer pour comprendre la situation dans laquelle est Rafou ? Le jour de la perquisition des Pilos, il est le seul des 11 personnes à avoir été gardé. La question qui est à se poser n’est pas « Pourquoi lui ? ». Car n’importe lA/EquelLE d’entre nous aurait pu être à sa place. Aujourd’hui c’est lui, demain moi, puis nous, et vous.

 

 

A travers Rafou, et à travers touTEs les autres qui ont été incarcéréEs lors de procédures similaires, c’est cette illusoire cellule, ou mouvance, ou appelons-là de n’importe quel nom, «anarcho-autonome» dont on entend tant parler par les temps qui courent, qui est visée, traquée.

 

 

Est-ce un hasard si les magistrats saisis de l’affaire sont les mêmes que pour « l’affaire » de Tarnac ? Est-ce un hasard si les enquêteurs sont les mêmes ? Est-ce un hasard si Rafou a été placé à la Santé, dans le même département [quartier de prison] que Julien Coupat ? L’ensemble des gens fréquentant le lieu sont photographiéEs, suiviEs, écoutéEs, des dossiers sont constitués à longueur de journées. La paranoïa s’installe. Nous ne sommes plus libres nulle part. Qui peut encore croire au hasard ?

 

 

Comment ne pas voir la criminalisation de toute forme de réflexion politique contestataire et/ou alternative ?

 

 

L’État porte dans chacun de ses bras, droit et gauche, ses armes pour lutter contre une cellule invisible. Une cellule d’autant plus invisible qu’elle n’existe pas. Mais eux sont la pour là créer, cette cellule, en inventant des liens fictifs, en regroupant des éléments sans rapport, sans comprendre qu’on peut connaître ou côtoyer quelqu’unE sans savoir la moindre chose de ce qui se passe dans sa tête.

 

 

Tout sombre dans un délire conspirationniste et paranoïaque, d’où le fait qu’ils disposent de moyens quasi-illimités contre lui. Ce qui «justifie» l’absence de droits pour les personnes accusées, suspectées de «terrorisme» (mais quel crédit accorder à ce terme quand on voit que même RESF est qualifié de réseau quasi-terroriste ?). La moindre chose anodine peut pousser n’importe qui, n’importe quand, n’importe où et dans n’importe quelles circonstances, a être confrontéE à ces lois arbitraires et sans cesse durcies par le cercle vicieux de la construction de cet «ennemi intérieur».

 

 

Une balade en vélo devient une rencontre entre suspects en vue de préparer une action terroriste. Lier des bonnes relations avec ses voisinEs devient une preuve de mauvaises intentions et de préméditation dans le cadre d’un complot (Cf. les déclarations de MAM). Il n’y a plus de présomption d’innocence. Seulement des degrés de culpabilité. Toi qui lis ces lignes, tu es complice de ça. Tu es l’ennemiE désignéE.

 

 

Toutes ces lois, ces perquisitions, ces mises en accusation, sont là pour instrumentaliser la peur médiatique qui a été créée. Élargir cette peur, et diffuser son acceptation. Peu importe l’innocence. Peu importe la destruction d’une personne par de la GAV, par de la détention, sans qu’aucun fait ne soit reproché concrètement. L’essayer, c’est l’adopter.

 

Le but ultime étant de créer cette mouvance anarcho-autonome fictive. Lui faire prendre forme. Ou plutôt agir en ce sens en lui tranchant la tête avant qu’elle n’existe. Et donc multiplier les arrestations, les écoutes, les filatures, les interrogatoires, les procès, les durcissements sécuritaires, les lois arbitraires, la diffusion médiatique contrôlée, la peur distillée. Lui faire prendre âme sans qu’elle n’ait corps.

 

Mais tout est bien évidemment fait pour notre sécurité.

 

Comment y croire encore ? Qui peut y croire ?

 

A Chambéry, un comité de soutien a été créé par les proches de Rafou, malgré la peur, malgré la tension palpable ; des concerts et autres choses vont être organisés. Aux Pilos ou ailleurs. Autant dire que des descentes de police y sont envisageables.

 

Ils voudraient nous faire taire en nous trainant dans la boue. Nous, nos proches et nos idées. Mais personne ne doit être oubliéE, abandonnéE. Tout ceci n’est pas un jeu. Ce n’est pas un show débile où on donne des bonbons à la fin aux perdantEs comme lot de consolation.

 

Tout ceci, c’est la vie telle que nous la connaissons, c’est la réalité qui nous est imposée, et en NOTRE nom. Qui mieux que Louise Michel résumerait la situation que nous vivons : « Mon drapeau sera le noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions » ?

 

Soutien à Rafou, et à touTEs les autres prisonnierEs, politiques ou non. Nous ne sommes rien, mais nous sommes là.

 

Collectif de soutien à Rafou (et à celleux à venir

 

 

 

Mardi 12 mai 2009
Après l’explosion, la police vise les squats

«L’affaire n’est pas finie, on s’attend à de prochaines gardes à vue. On ne sait pas exactement ce qu’ils cherchent, ni jusqu’où ils sont prêts à aller, résument les occupants du squat des Pilos, à Chambéry (Savoie). On sait qu’ils recherchent une troisième personne.» Zoé A., 24 ans, a été tuée, et Michaël D., 25 ans, grièvement blessé par l’explosion d’une bombe artisanale qu’ils manipulaient dans la nuit du 30 avril au 1er mai, à Cognin, près de Chambéry.

La sous-direction antiterroriste (Sdat) de la PJ a visé, la semaine dernière, le milieu des squats
de la ville. Dès le 4 mai, 130 policiers ont mis le squat des Pilos sens dessus dessous à la recherche d’indices. Sur les onze personnes interpellées ce jour-là lundi, Raphaël S., 24 ans, a été conduit à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), siège de la Sdat, pour une garde à vue sous le régime antiterroriste. Il a été présenté au parquet, vendredi soir, mis en examen et écroué pour «association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme», et «destruction de documents ou objets relatifs à un crime ou un délit». L’information judiciaire ouverte contre Michaël, Raphaël et «tous les autres» a été confiée aux trois juges antiterroristes Yves Jannier, Thierry Fragnoli et Edmond Brunaud.

Jonglage. Blessé au visage et aux bras, Michaël est hospitalisé à Lyon, où il est maintenu dans un coma artificiel. Aucun élément n’a été retrouvé sur l’utilisation que le couple comptait faire de l’engin explosif. Un extincteur et un réveil ont été retrouvés, et l’explosion a été provoquée par un mélange de chlorate de soude, de sucre et d’engrais. «Je ne comprends pas pourquoi il a fait cette bombe, s’étonne une amie suisse de Michaël. Il prônait la non-violence quand je l’ai connu.» À Genève, d’où il est originaire, Michaël a fait une première année d’école de chimie, avant de se consacrer à la musique, au jonglage, et d’intégrer un groupe de ska. «Il écrivait les paroles, et chantait, c’était assez engagé, mais pacifique, raconte l’un des musiciens. C’était son obsession, d’être à contre-courant.» Michaël emménage au squat la Tour à Genève, un important centre culturel alternatif. «Il s’est installé là. Et c’est vrai qu’à chaque descente, les flics sont tombés sur lui. Mais il n’était pas dans son tort. Il graffait, et il a eu aussi des problèmes à cause de ça.» En juillet 2007, l’expulsion du squat lui fait quitter la Suisse. «Tout s’est fermé à Genève, résume un ami. Les squatteurs se sont cassés. Tout part de là : on coupe tout à ces gens qui ont leur utopie.»

Les policiers qui ont fait remonter les fiches RG de Zoé A. n’y ont trouvé que sa participation à différentes manifs. La projection d’un film antinucléaire. Une occupation d’arbres menacés. Mais Zoé était militante des squats elle aussi. En février 2007, elle participe à l’occupation du consulat du Danemark à Lyon, en solidarité avec un centre social de Copenhague menacé d’expulsion à Copenhague. Le bureau du consul avait été envahi, et un communiqué faxé au maire de Copenhague. À Chambéry, elle s’est installée à château Chamouth, un squat où elle vivait seule.

Raphaël S., mis en examen vendredi, y avait habité lui aussi, un an plus tôt. «Raphaël a été placé en détention à la hussarde, commente son avocat, Me Laurent Pascal. Le juge avait un présupposé. Il voulait des réponses qu’on ne pouvait pas lui apporter. On ne lit pas dans les boules de cristal, nous.»

Preuves. Les proches de Raphaël, diplômé en montage cinéma, sont stupéfaits par l’incarcération. «Son nom était resté sur la boîte aux lettres où logeaient les deux qui se sont fait péter, assure l’un d’eux. Et on l’accuse d’avoir voulu se débarrasser avec des potes de tracts anarchistes du genre “manifestation contre la politique ultra-sécuritaire de Sarko le 1er mai”, ce qui n’est pas un crime.» Ce «nettoyage» lui vaudrait une mise en examen pour destruction de preuves. «L’idéologie du service qui s’occupe du terrorisme, c’est la théorie des cercles concentriques, juge Me Pascal. Vous avez les durs, Zoé et Michaël, ceux qui aident, et ceux qui savent. Mais sauf à raconter une fable, on ne peut pas y adhérer.» Un autre habitant du squat doit être entendu, à sa demande, par la Sdat, aujourd’hui. Il risque d’être à son tour placé en garde à vue, pendant 96 heures.
Karl Laske - Libération, 12 mai 2009.



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28/04/2009

La justice française avec le FBI

Terrorisme : le front commun des juges français et du FBI

Jean-Marc Leclerc
27/04/2009 | Mise à jour : 14:15
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Les spécialistes américains viennent à Paris pour renforcer leur coopération dans le cadre des enquêtes sur les filières afghanes.

Plusieurs agents du FBI et un procureur de New York doivent débarquer cette semaine en France. Ces hôtes de marque seront accueillis par les juges du pôle antiterroriste parisien que coordonne le vice-président du tribunal de grande instance de Paris, Yves Jannier. But de la visite : intensifier la coopération transatlantique sur les dossiers islamistes. Dans la droite ligne des nouvelles consignes données par l'Administration Obama pour lutter contre al-Qaida. Car, en coulisse, des stratégies innovantes se mettent en place depuis la rencontre au sommet de l'Otan, à Strasbourg, entre les présidents français et américain.

 

Visioconférence cryptée

Un magistrat antiterroriste le dit : «Avec l'arrivée d'Obama, tout a changé dans la façon de travailler avec nos homologues d'outre-Atlantique.» Les réunions techniques se multiplient entre les experts des deux pays. La semaine dernière, des équipes françaises étaient à l'ambassade des États-Unis à Paris pour échanger en direct des informations avec leurs collègues américains, au cours d'une visioconférence cryptée. Une cabine spéciale du même type a été installée au palais de justice de Paris, juste en face de la galerie antiterroriste, dans les soupentes du tribunal.

Les Américains s'intéressent surtout aux dossiers des filières afghanes instruits par la galerie Saint-Éloi, celle des juges antiterroristes. Ces réseaux sont composés de jeunes islamistes qui partent d'Europe ou d'ailleurs pour se former au djihad sur la frontière pakistano-afghane. On en compte plusieurs dizaines issues de l'Hexagone. La France et les États-Unis ont visiblement des «objectifs» en commun dans ces affaires. Les magistrats parisiens disposent en effet d'informations précieuses. «Et surtout, exploitables au plan judiciaire pour les Américains», révèle un fin con­naisseur des procédures.

A en croire certaines confidences à la Chancellerie, la justice américaine, soucieuse de faire oublier le fiasco de Guantanamo (lire ci-dessous), aimerait tirer profit du savoir-faire parisien pour faire condamner aux États-Unis, dans un procès équitable, des activistes encore en fuite qui ont fomenté des attentats contre leurs intérêts fondamentaux ou qui combattent contre leurs troupes en Afghanistan. Or certains de ces individus apparaissent aussi dans les dossiers de la justice française.

 

«État de droit»

«C'est la méthode Bruguière qui fait finalement recette aux États-Unis», traduit un fonctionnaire du Quai d'Orsay. Jean-Louis Bruguière, ancien patron du pôle antiterroriste parisien, militait pour un traitement judiciaire du renseignement. En clair : les services doivent re­cueillir en priorité des informations utiles aux procédures légales. «C'est la seule façon de mettre hors circuit ces réseaux dans un État de droit», affirme un haut magistrat.

Jean-Louis Bruguière, aujourd'hui haut représentant de l'Union européenne auprès des États-Unis pour la lutte contre le financement du terrorisme, en prend acte : «Les États-Unis sont sur la voie de la réforme.» Ils ont créé une structure centralisée antiterroriste au sein de leur Département de la justice. Le FBI a aussi renforcé ses relations avec la DCRI, service du contre-terrorisme français.

 

Publié le 12/03/2009 N°1904 Le Point

« Comment on traque les terroristes »

Exclusif. Le chef du contre-espionnage ­dévoile au « Point » les secrets de sa méthode.

Hervé Gattegno

Les professionnels du secret s'expriment peu ; ils s'efforcent généralement de faire parler les autres. Bernard Squarcini est de ceux-là. Subtil et flegmatique, le chef du contre-espionnage français est l'un des hommes clés du dispositif policier de Nicolas Sarkozy. Né de la fusion de la DST et des Renseignements généraux, le service qu'il dirige - la DCRI - est au coeur de la lutte contre le terrorisme. La partie immergée de son action suscite parfois des critiques - comme l'a montré l'affaire des sabotages de voies ferrées, avec les interpellations de Julien Coupat et de sympathisants de l'ultragauche. Bernard Squarcini s'en explique pour la première fois, en livrant au Point l'ébauche d'une doctrine française de l'antiterrorisme qui tient en trois verbes : détecter, surveiller, anticiper. Une vigilance qui a permis, à la fin de 2008, d'empêcher un attentat islamiste en préparation contre... le siège de la DCRI !

Le Point : L'enquête sur les sabotages de voies ferrées et l'interpellation d'un groupe de militants d'ultragauche ont provoqué une controverse sur le rôle de la DCRI et la réalité de la menace qu'il représentait. Cette affaire relevait-elle réellement de l'antiterrorisme ?

Bernard Squarcini : Ce n'est pas à la police d'apprécier les qualifications pénales retenues contre ces suspects, mais à la justice. Le cadre juridique a été choisi par le parquet, l'enquête est menée par un juge d'instruction, qui a prononcé des mises en examen. La DCRI surveilait ces individus depuis longtemps. Nous savions ce qu'ils faisaient, avec qui ils étaient en contact - en France et à l'étranger. Assez pour savoir que ce groupe se situait dans les prémices de l'action violente ; le stade où les choses peuvent basculer à tout moment.

Autrement dit, vous êtes intervenus préventivement. D'où le reproche qui vous est adressé sur l'absence de preuves ...

J'assume ce qui a été fait. Notre mission consiste à détecter les personnes dont le comportement présente des risques pour l'Etat et la société, à les surveiller pour anticiper le moment où elles seront tentées de passer à l'acte et à intervenir pour éviter des drames. Que les citoyens soient rassurés : nous ne fabriquons pas de dossiers ! Dans l'affaire de Tarnac, il n'y a pas de délit d'opinion mais un long travail de renseignement. Le problème, c'est que nous avons dû l'interrompre quand la SNCF a déposé plainte : on ne pouvait pas laisser se multiplier des actions qui bloquaient des milliers de passagers dans les gares... Quand le ministère de l'Intérieur et la justice nous l'ont demandé, nous avons communiqué nos éléments. Ils sont dans le dossier du juge. C'est pourquoi je peux vous dire qu'il n'est pas vide...

Mais qualifier ces jeunes marginaux de « terroristes », n'est-ce pas exagérer la nature de leur activisme ?

Nous sommes là au coeur du sujet. Une série de clignotants nous alertent depuis quelques années sur la montée d'une contestation anarcho-autonome que les émeutes étudiantes de l'été dernier en Grèce ont mise en évidence. Dans nos pays occidentaux, le climat social et la crise économique incitent de jeunes gens incontrôlés à basculer dans la violence. Jusqu'où faut-il les laisser aller ? Il y a trente ans, avant de commettre des assassinats, Action directe avait commencé par faire sauter un bâtiment du CNPF [le Medef de l'époque]. Aujourd'hui, chaque sommet international donne lieu à des affrontements de plus en plus durs avec les forces de l'ordre. Nous nous préparons à en voir de nouveaux au sommet de l'Otan, les 3 et 4 avril à Strasbourg. Notre travail est de prévenir ces dérives et de neutraliser ceux qui pourraient en être responsables.

Est-il sain qu'un même service soit chargé du renseignement intérieur et doté d'une compétence judiciaire ? Le fameux « FBI à la française » est-il compatible avec le modèle français ?

Dans l'enquête sur les sabotages contre la SNCF, nous avons travaillé en collaboration avec la PJ. Tout a été fait dans les règles de l'art. D'une façon générale, nos informations ont vocation à être exploitées par d'autres. Notre compétence judiciaire, nous l'utilisons surtout pour suivre jusqu'au bout les dossiers liés au terrorisme islamiste - qui constitue toujours, et de loin, la principale menace.

A quel niveau estimez-vous cette menace ?

Nous restons au stade Vigipirate rouge : cela signifie que nous sommes ciblés de façon importante - sur notre territoire aussi bien qu'à travers nos intérêts à l'étranger. Le terrorisme a changé de visage : nous ne luttons plus contre des réseaux soutenus par des Etats - Iran, Libye, Syrie... - mais contre un fanatisme religieux qui peut recruter des individus sur notre sol ou frapper nos ressortissants n'importe où dans le monde. L'attaque de nos soldats en Afghanistan, en août 2008, l'a cruellement prouvé ; elle a été suivie d'une communication d'Al-Qaeda qui, pour la première fois, s'adressait à la France. Avec un message clair : « Nous n'avons rien contre votre pays, mais faites partir vos troupes. » Les enlèvements de Français en Mauritanie ou au Mali le montrent aussi. Sans parler des actions que nous parvenons à déjouer.

Des tentatives d'attentats ?

C'est arrivé.

Souvent ?

Les service de renseignement sont au centre opérationnel d'une immense gare où tous les trains doivent arriver à l'heure. Quand tout marche bien, on n'en parle pas. Mais il faut savoir que, dans l'ombre, nous mettons en place - pendant des mois, parfois des années - les systèmes de détection, les dispositifs de surveillance qui permettent d'agir au bon moment. Notre obsession est d'anticiper, c'est-à-dire de neutraliser les terroristes avant qu'ils frappent. Nous n'allons pas attendre que les bombes explosent et ensuite relever les empreintes ! Si j'ose dire, nous faisons tout pour arriver trop tôt : au moment où il y a commencement d'exécution, c'est-à-dire juste avant l'attentat.

Confirmez-vous que la DCRI a démantelé, à la fin de l'année dernière, un réseau islamiste qui fomentait un attentat dans la région parisienne ?

C'est exact. A la mi-décembre, nous avons interpellé (avec la section antiterroriste de la PJ) un groupe lié à Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQM) qui projetait de faire sauter une voiture piégée contre notre immeuble, à Levallois-Perret. Plusieurs membres de cette mouvance ont été interpellés. La justice est saisie. Celui qui apparaît comme l'organisateur est en prison. Un tel succès n'est possible que grâce aux surveillances que nous menons depuis longtemps sur des réseaux suspects. Parce qu'avant d'arriver à l'attentat les futurs terroristes communiquent via Internet, se forment, effectuent des repérages. Si nous arrivons à les suivre pas à pas jusqu'au passage à l'acte, nous gardons une longueur d'avance. D'où notre vigilance permanente sur les filières de départ pour l'Afghanistan : pour les djihadistes en cours de formation, c'est souvent le lieu des travaux pratiques. A leur retour, chacun d'eux représente un danger potentiel.

Faut-il comprendre que chaque départ empruntant ces filières est détecté par nos services secrets ?

Disons la plupart. Nous ne surveillons pas seulement des personnes, mais aussi des lieux qui peuvent être des points de passage. On ne part jamais directement pour l'Afghanistan. On fréquente une mosquée, une école coranique, un site Internet et, si on franchit le pas, on part pour l'étranger, d'où on emprunte un circuit clandestin qui passe par l'Iran ou la Turquie. La destination la plus prisée aujour­d'hui, c'est le Waziristan, la zone frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, avec ses nombreux camps d'entraînement. A leur retour, les apprentis djihadistes sont difficiles à repérer : ils ont appris la clandestinité, détiennent des faux passeports, et inutile de dire qu'ils ne vont pas embrasser leur famille !

Pour les suivre à la trace, vous infiltrez les filières ?

Les services « amis » avec qui nous coopérons - au Yémen, en Turquie, en Syrie... - nous signalent parfois le passage d'un individu. D'autres fois, c'est la famille qui s'inquiète d'être sans nouvelles et qui donne l'alerte. Sans être plus précis, disons aussi que certains de ces combattants en herbe gardent le contact avec des correspondants en France en qui ils ont confiance mais qui, en réalité, nous renseignent. Et il arrive que nous puissions « retourner » un de ces clandestins, avant ou après le voyage. On peut alors reconstituer le parcours, comme le chemin du Petit Poucet...

Vous avez parlé de coopération. Voit-on émerger une internationale antiterroriste contre la nébuleuse Al-Qaeda ?

Dès lors qu'il n'y a plus de vraie différence entre la menace interne et la menace externe, il est indispensable d'échanger l'information. La concurrence entre services n'a plus aucun sens. C'est pourquoi nous travaillons étroitement avec la DGSE ainsi qu'avec de nombreux services étrangers. En nous informant mutuellement sur les découvertes effectuées au cours des perquisitions dans nos pays respectifs, nous pouvons mesurer en permanence le niveau de savoir-faire des terroristes. Tout le monde a intérêt à jouer le jeu : les Britanniques connaissent mieux l'Afghanistan, nous en savons plus sur le Magh­reb, mais nous sommes tous dans l'oeil du cyclone. Qui aurait dit qu'un jour les Libyens coopéreraient avec nous ? Mais, à présent, on voit des Algériens commettre des attentats chez eux ! Dans le même temps, en France, des réseaux montent des trafics pour alimenter en matériel des émirs réfugiés dans le maquis algérien...

L'essor d'Internet vous a-t-il obligés à révolutionner vos méthodes ?

Nous vivons avec Internet ce que nous avons vécu avec le téléphone portable. C'est un atout pour les terroristes, mais cela peut aussi être un atout pour nous ; si nous savons repérer les sites par lesquels ils se contactent, la surveillance peut s'en trouver facilitée. Notre veille sur le Web sert en outre à la protection des intérêts nationaux contre les nouvelles formes de cyber­terrorisme : des actions ciblées qui vont du sabotage à l'espionnage. Fin 2007, une intrusion a eu lieu dans le système informatique du Quai d'Orsay ; l'an dernier, des hackers ont neutralisé momentanément le réseau de la Marine nationale. Les entreprises du secteur de la défense constituent aussi des cibles pour ceux qui s'intéressent à nos secrets.

Face à tous ces dangers, la création de la DCRI a pourtant abouti à une réduction des effectifs. Comment justifier ce paradoxe ?

L'efficacité du renseignement ne se mesure pas au nombre d'agents. En fusionnant la DST et les RG, nous avons gardé le meilleur de deux cultures : la rigueur et le cloisonnement de la première, la réactivité et la souplesse des seconds. La nouvelle organisation nous aide à nous concentrer sur les menaces principales et la coopération internationale nous permet d'économiser des ressources que nous pouvons investir ailleurs. Reconstituer une filière de fourniture de faux papiers pour un réseau islamiste demande des années et d'importants moyens - écoutes téléphoniques, filatures parfois jusqu'à l'étranger... Or les contraintes budgétaires nous imposent en effet de réduire les effectifs. Il faut donc que les contribuables sachent que leur argent est bien utilisé : j'ai créé pour cela à la DCRI un département chargé de l'« évaluation de la stratégie et de la performance ». Il en va du renseignement comme des assurances : quand on paie cher, on compte sur la garantie tous risques

 

La lente gestation de la DCRI, le « FBI à la française » de Sarkozy

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17/04/2009

Libérez Julien Coupat maintenant - Free Coupat Now

Il faut libérer Julien C. - Dedans dehors ça change tout
[Bruno Maillé - Causeur.fr - 14/04/2009]
L’affaire des sabotages de la SNCF sort de sa phase d’oubli médiatique. Le 17 mars dernier, les huit co-inculpés toujours maintenus sous surveillance judiciaire ont publié dans Le Monde une tribune annonçant que le silence de Bartleby serait désormais leur réponse à l’acharnement politique déployé contre eux et dissimulé sous la mascarade judiciaire.

Puis, le 25 mars, Le Monde affirmait en “une” avoir pris connaissance des pièces du dossier de l’instruction et constaté qu’il était résolument vide, conformément aux affirmations de la Défense depuis le début de l’affaire. Le quotidien reproduisait en outre un échange admirable. “Le juge : “Pensez-vous que le combat politique puisse parfois avoir une valeur supérieure à la vie humaine et justifier l’atteinte de celle-ci ?” Julien C. :Je pense que c’est une erreur métaphysique de croire qu’une justification puisse avoir le même poids qu’une vie d’homme.”” Julien C. ne saurait être plus clair concernant ses dispositions éthiques. Ses amis et lui se tiennent assurément à peu près aussi loin des passions tristes des Brigades Rouges que de celles d’Alain Bauer.

Le 2 avril, enfin, les avocats des neuf personnes mises en examen pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste” ont tenu une conférence de presse à la Ligue des droits de l’Homme. Ils ont demandé la requalification du dossier en droit commun. Ils ont pointé le caractère prémédité de cette opération politico-judiciaire. Six mois avant l’interpellation de novembre, le 13 juin 2008, le ministère de la Justice avait en effet demandé aux tribunaux dans une circulaire de se dessaisir de tout dossier lié à “la mouvance anarcho-autonome” au profit du parquet antiterroriste de Paris. Ils ont dénoncé le caractère inacceptable et arbitraire de la détention de Julien C., qui dure depuis bientôt cinq mois, en l’absence de la moindre preuve matérielle. Selon Me Terrel, “le gouvernement fait la chasse à des gens qui vivent différemment”. Les avocats se sont enfin étonnés que la piste allemande ait été négligée, un groupe allemand ayant revendiqué les sabotages de caténaires dans l’indifférence complète des enquêteurs.

J’évoquerai maintenant les textes qui, selon la police, émaneraient de Julien C. et de ses amis et qui ont été utilisés comme des éléments à charge dans cette affaire. S’ils en sont véritablement les “auteurs”, je les en félicite chaleureusement. Car Tiqqun I (qui contient les remarquables Théorie du Bloom et Théorie de la Jeune-Fille), Tiqqun II et l’Appel sont des écrits d’une profondeur, d’une intelligence, d’une densité, d’une beauté très peu communes. Je suis heureux de partager avec Jérôme Leroy l’admiration de ces grands textes encore méconnus – qui ont pourtant d’ores et déjà donné lieu à des traductions italiennes, espagnoles et allemandes. Mais je diverge avec lui sur un point, sur lequel je ne puis donner entièrement tort à mon ami Marc Cohen : je n’aime pas du tout L’insurrection qui vient.

À chaque fois que j’ai tenté de convaincre des amis réactionnaires du caractère décisif de ces ouvrages, je me suis presque toujours heurté au même réflexe de défense. Ils tiennent absolument à fuir ces écrits, à ne pas en éprouver la puissance de pensée et de vérité, en les repoussant dans le bercail familier de la bêtise romantico-gauchiste. C’est un non-sens absolu. Il se trouve que ces écrits très singuliers mènent une guerre sur deux fronts : à la fois contre la bêtise réactionnaire et contre la bêtise progressiste. Etant sujet à l’une comme à l’autre, je ne pouvais que les aimer. Non seulement ces textes ne sont pas “de gauche”, mais ils s’attaquent incessamment et avec une réjouissante cruauté à à peu près toutes les formes de la bêtise de gauche.

Je me contenterai de citer quelques extraits de l’Appel afin que chacun puisse vérifier par lui-même cette évidence :

“Périodiquement, la gauche est en déroute. Cela nous amuse mais ne nous suffit pas. Sa déroute, nous la voulons définitive. Sans remède. Que plus jamais le spectre d’une opposition conciliable ne vienne planer dans l’esprit de ceux qui se savent inadéquats au fonctionnement capitaliste. La gauche (…) fait partie intégrante des dispositifs de neutralisation propres à la société libérale. Plus s’avère l’implosion du social, plus la gauche invoque “la société civile.” Plus la police exerce impunément son arbitraire, plus elle se déclare pacifiste. Plus l’État s’affranchit des dernières formalités juridiques, plus elle devient citoyenne.”

Ou encore :

“Tout se passe comme si les gauchistes accumulaient les raisons de se révolter de la même façon que le manager accumule les moyens de dominer. De la même façon c’est-à-dire avec la même jouissance.”

Ou encore :

“C’est à force de voir l’ennemi comme un sujet qui nous fait face – au lieu de l’éprouver comme un rapport qui nous tient – que l’on s’enferme dans la lutte contre l’enfermement. Que l’on reproduit sous prétexte d’”alternative” le pire des rapports dominants. Que l’on se met à vendre la lutte contre la marchandise. Que naissent les autorités de la lutte anti-autoritaire, le féminisme à grosses couilles et les ratonnades antifascistes.”

La valeur de ces textes tient ensuite à leur dimension métaphysique. “Par communisme, nous entendons une certaine discipline de l’attention.” Naturellement, chacun est libre de s’esclaffer bruyamment en affirmant que les questions métaphysiques, comme l’acné, disparaissent une fois passé le seuil de l’adolescence. Pour ma part, j’ai cependant beaucoup de mal à prendre au sérieux l’hypothèse selon laquelle Benoît XVI, Martin Heidegger et Milan Kundera seraient des adolescents attardés.

Chacun est libre de cultiver obstinément l’illusion selon laquelle la question des fins dernières, la question du sens de sa propre vie, ne se poserait pas en ce qui le concerne. La neutralité métaphysique, la neutralité éthique – prétendre n’aspirer à rien et n’être attaché à aucune valeur – ne sera jamais autre chose qu’un fantasme absurde ou un mensonge à soi-même. Qui refuse de répondre avec des paroles à la question du sens de son existence y répond de toute manière limpidement par sa vie même. Notre époque n’est pas métaphysiquement neutre, elle a bel et bien ses réponses. Ses deux principales hypothèses métaphysiques pourraient être grossièrement résumées par ces propositions : 1) Toute existence humaine est un pur non-sens ; 2) La vie bonne consiste en la maximisation des trois seuls Biens véritables : le fric, la baise et la peoplelitude.

Dans sa lettre ouverte <http://www.causeur.fr/cher-julien-coupat,2224>  adressée à Julien C., Cyril Bennasar fait semblant de partager cette métaphysique de pacotille et d’y voir la quintessence de la lucidité et de la maturité. Il fait sans doute preuve d’une générosité mal placée en prêtant hasardeusement à Julien C. cette métaphysique au dessous du seuil de pauvreté.

C’est la grande naïveté de notre époque, comme le remarquait René Girard, que de croire que seulement tout ce qui est bas est réel. La posture provocatrice de Cyril Bennasar ne manque pas d’humour, mais elle manque sans doute de vérité. Il faut vous avouer, cher Cyril, que ni vous ni Julien C. ne me semblez très crédibles en tant qu’aspirants forcenés au souverain Bien du fric, de la baise et de la peoplelitude. Votre choix du noble métier de menuisier et celui de Julien C. de vivre dans une ferme ne sont vraiment pas les chemins les plus droits, ni ceux que le bon sens recommande en priorité, pour atteindre les buts que vous évoquez.

Vous seul et les gauchistes désignez en outre Julien C. comme un “martyr de l’Etat policier sarkozyste”. Ecoutez ses amis, dans leur tribune dans Le Monde : “Pas de héros, pas de martyr.”

Enfin, il est inexact que, fidèle à la sagesse de Bruce Lee, vous ne vous attaquiez qu’au bois. Yvan Colonna et Julien C., je vous l’assure, ne sont pas un mélèze et un pin parasol – même s’ils ont en effet en commun avec eux de ne pas pouvoir, de leur cellule, “rendre les coups.” Dans ces conditions, vos attaques me semblent en vérité manquer un peu de panache.

Je citerai pour finir quelques phrases de l’Appel qui n’ont curieusement intéressé aucun journaliste. Pourtant, elles ne ressemblent pas exactement à un éloge de l’activisme saboteur. Elles seraient plutôt son contraire : “L’activiste se mobilise contre la catastrophe. Mais ne fait que la prolonger. Sa hâte vient consommer le peu de monde qui reste. La réponse activiste à l’urgence demeure elle-même à l’intérieur du régime de l’urgence, sans espoir d’en sortir ou de l’interrompre.”

http://www.causeur.fr/il-faut-liberer-julien-c,2235

 

Accidents de caténaires et relations RFF / SNCF

Quand les sous-traitants du sous-traitant se rebiffent

 

Les récents problèmes de caténaires permettent de mieux comprendre le fonctionnement du système liant la SNCF et RFF (réseau ferré de France) :

  1. Eté 2008, des accidents de caténaires se multiplient : très précisément des pantographes de trains arrachent des fils d’alimentation électrique des caténaires. SNCF étant propriétaire des pantographes et Réseau Ferré de France (RFF) des caténaires. A qui la faute ?
  2. RFF estime que seuls 1/3 des problèmes proviennent des caténaires, "un certain nombre venant de comportements professionnels ou de modes opérationnels, relèvent plutôt de la formation, du management ou des règles d’exploitation" de la SNCF.
  3. La SNCF entreprend une revue générale des caténaires (qui ne lui appartiennent pas) et conclut que RFF doit lui commander, sur 4 ans, 400 M € de travaux de rénovation, en plus des 150 à 200 M € annuels d’entretien.

On n’avait pas compris qu’en annonçant cet été "Nous n’allons pas lésiner sur les moyens", Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, parlait des moyens d’une autre entreprise (RFF), pas de ceux de la SNCF.

Pour entretenir ou rénover ses infrastructures (voies, caténaires, signalisations et aiguillages) RFF n’a pas le choix : il doit faire appel à la SNCF. Par contre, la SNCF fait régulièrement appel aux sous-traitants de son choix. Et ces sous-sous-traitants se sont pour une fois exprimés. "Il est clair que la SNCF se prend une commission", "Il serait intéressant que la SNCF explique ce que la SNCF facture comme études". Et RFF : "Il est certain que la SNCF devra revoir à la baisse ses coûts pour la maîtrise d’ouvrage". (Le Figaro du 1/10.2008)

Cette cascade (RFF-SNCF-Sous-traitants) n’a aucune justification économique et génère des frustrations à tous les niveaux : RFF estime que la SNCF est trop chère et les sous-traitants que la SNCF vit à leurs dépens. La SNCF estime sans doute qu’elle est incomprise.

Dans tous les domaines, la tendance est à supprimer les intermédiaires inutiles. Pourquoi ne pas laisser RFF lancer lui-même ses appels d’offre pour l’entretien de ses infrastructures ?

 

RFF / SNCF : Qui est responsable des caténaires et des voies ?


Un caténaire endommagé par un train, et encore 20.000 clients qui se sont retrouvés coincés le 5 septembre pendant des heures gare Montparnasse. Et de nombreux autres dans tout l’ouest de la France.

Le leader CGT de la SNCF, Didier Le Reste, a affirmé que le problème provenait du manque de personnel et des suppressions d’emplois. L’iFRAP pense qu’il s’agit d’un problème d’organisation.

Depuis 1997, l’infrastructure, les voies de chemin de fer et les caténaires n’appartiennent plus à la SNCF mais à Réseau Ferré de France (RFF). C’est donc bien RFF, responsable des infrastructures, qui doit faire en sorte que les caténaires soient de la qualité requise pour que ses clients puissent faire rouler leurs trains aux vitesses convenues. Après tout, la SNCF et les autres transporteurs paient RFF pour l’utilisation des sillons ferroviaires.

Mais RFF ne peut faire entretenir son réseau que par la SNCF qui a réussi à se faire attribuer par la loi le monopole de ce marché. Sans doute que RFF lui-même ou d’autres entreprises pourraient le faire mieux et beaucoup moins cher. C’est ce qu’assurent des rapports indépendants, l’ancien Président de RFF et le bon sens : la concurrence permet d’obtenir un meilleur service.

Tant que les 55.000 cheminots qui travaillent en réalité pour RFF seront employés de la SNCF, l’entretien du réseau sera trop coûteux et de qualité insuffisante. C’est bien un problème d’organisation qui dégrade les caténaires, pas le manque de personnel.

 

Les parents d'Yldune ont répondu en tchat aux questions des internautes le 10/12/2008 sur Rue89. J'ai choisi quelques questions et mis toute ou une partie des réponses, le tchat intégral étant visible sur Rue 89.

Vous pourrez vous faire un avis quand à la nécessité ou non de cette intérpellation et quand au respect de la présemption d'innocence.

 

Avez vous-eu des signes de soutien d'associations et/ou des partis politiques et de leur représentants?"

"La Ligue des droits de l'homme a fait une déclaration prenant position sur l'affaire, demandant notamment le rejet de la qualification « terroriste » et dénonçant la « violation des garanties constitutionnelles des libertés".

Qu'est ce que le citoyen de base peut faire concrètement pour vous aider, vous et votre famille ?

Informer et que les gens se parlent entre eux. Plus il y aura de gens au courant de ce qui se passe, plus il y aura de chance que, d'abord, Yldune et Julien sortent de prison et surtout que soit abandonnée la qualification « terroriste ».

Nous préparons un site -fragmentsduvisible.org- pour le comité de soutien en Ile-de-France. Il y a des comités de soutien qui se créent partout, avec des informations, des événements, des groupes de discussions. Et tous les 11 de chaque mois, nous voulons faire quelque chose pour faire vivre ce soutien, en organisant des événements.

Pensez-vous élargir la bataille qu'il vous faut aujourd'hui mener contre l'ensemble des lois anti-terroristes?

La présomption d'innocence a-t-elle été respectée ?

Avez-vous eu des infos du parquet ou des enquêteurs concernant le moindre début de preuve matérielle (alors que les avocats n'ont pas accès au dossier pénal sauf erreur) ?

J'ai entendu que le mandat de perquisition datait du mois de juin, alors que l'arrestation a été effectuée au mois de novembre. C'est un délai vraiment un peu long s'il s'agissait vraiment de terroristes ! Est-ce que la police a donné une explication plausible sur ce délai ? Un mandat de perquisition suppose déjà des soupçons, mais de quoi ? Etaient-ils déjà considérés comme « terroristes » en juin ?

Les termes employés par les médias, la justice et le gouvernement dans cette affaire vous semblent avoir biaisé le traitement du dossier ?

C'est plus que biaisé. La perquisition a duré cinq heures. Cinq minutes après la fin de la perquisition, la télévision était à notre porte. Les policiers n'étaient pas contents. Ils ont remis leur cagoule et ont caché le visage d'Yldune pour sortir. La volonté, c'était d'avoir ces images là pour les diffuser.
Quand Michèle Alliot-Marie a parlé, pendant la perquisition, les présentant comme les coupables, les terroristes, les images étaient déjà prêtes.


J'aimerai bien le savoir précisément. L'avocat vient tout juste d'avoir le dossier. Au début, les policiers de la SDAT m'ont dit « c'est pour une enquête, on veut l'interroger ». J'ai répondu que s'ils l'avaient convoquée, elle y serait allée.
Cette histoire de figure du terrorisme vient un jour des Canadiens, un autre jour du FBI, donc elle a bien été fabriquée outre-atlantique. C'est ce que raconte la presse.

Avez-vous pu voir Yldune depuis son arrestation ?

La réponse est non. Par contre, on a des nouvelles récentes d'hier et d'aujourd'hui, puisque le juge a déclaré à son avocat qu'il avait signé une autorisation de visite. Depuis mardi, on a téléphoné au greffe de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis où il n'avait rien reçu. Aujourd'hui, nous avons recommencé à téléphoner au greffe, où il n'y avait toujours rien. L'avocat nous a dit que ce n'était pas normal.
On nous a conseillé de rappeler la pénitentiaire, la parole du juge ne pouvant être mise en doute. Et là, on a fini par avoir le secrétariat de la prison nous indiquant que cela passait par le greffe de la maison d'arrêt des hommes. Là aussi, il n'y a rien. A l'âge d'internet, c'est quand même étrange.

http://www.rue89.com/2008/12/10/sabotages-sncf-ils-ont-ete-condamnes-des-la-perquisition

Sur les neuf personnes mises en examen pour « association de malfaiteurs avec une entreprise terroriste », sept ont été remises en liberté sous contrôle judiciaire. Une situation embarrassante pour Michèle Alliot-Marie, qui au lendemain du coup de filet parlait d’ « éléments suffisamment convaincants » entre les mains de la justice.

Interrogé sur Radio J sur la mouvance de l’ultra-gauche dont feraient partie les neuf membres du groupe soupçonné d’avoir provoqué des dégradations contre des lignes TGV, Mme Alliot-Marie a estimé que le mouvement était "de l’ordre de 300 personnes".

"Cela ne veut pas dire, a-t-elle ajouté, que toutes ces personnes sont prêtes à des actions violentes mais, parmi elles, il peut y avoir une radicalisation allant jusqu’à la violence".

A propos de la mise en examen de ces neuf personnes dont cinq ont été placées en détention provisoire, la ministre a jugé qu’"il est possible qu’il y ait d’autres personnes. Cela ressortira de l’enquête. Ce que nous savons, c’est qu’il y a d’autres groupes.

« Nous assistons à des phénomènes qui sont exactement ceux qui ont précédé les attentats des Brigades rouges en Italie et de la bande à Baader en Allemagne », expliquait Michèle Alliot-Marie sur les ondes d’Europe 1, le 23 novembre

le rapport des RG : http://www.lepoint.fr/actualites-societe/le-rapport-des-rg-qui-designe-julien-coupat/920/0/299008

 

Le « kit nord-américain ».

Nous apprenons donc que "l'enquête" a été diligentée depuis les Etats-Unis où le FBI avait envoyé une requête concernant la surveillance d'un couple (Julien et Yldrune), suite à leur présence dans une manifestation contre un centre de recrutement militaire.

L'article nous le dit comme ceci : "L'homme de 34 ans présenté comme le "chef" du groupuscule avait fait l'objet d'un signalement des autorités américaines début 2008 après être entré illégalement aux Etats-Unis depuis le Canada avec sa petite amie d'alors et avoir participé à une manifestation devant un centre de recrutement de l'armée américaine à New York.

Peu après la manifestation, alors que le Français n'était plus sur le territoire américain, un attentat avait visé ce centre sans faire de victime."

http://afp.google.com/article/ALeqM5h09eklOK8HrLd7gwNvqQTU99JYfQ

 

Mais, coup de théatre, dans le JDD, où on peu lire:

"Pour les enquêteurs de la Sous-direction antiterroriste (SDAT), cela ne fait aucun doute: si Julien Coupat et ses camarades de la "cellule invisible" étaient encore en liberté, ils seraient actuellement en train de batailler avec les plus exaltés de la "génération 600 euros" dans les rues d'Athènes ou de Salonique. Comme Coupat l'avait d'ailleurs déjà fait en septembre dernier à l'occasion de violents affrontements avec les forces de l'ordre grecques à Salonique..."

Puis, dans l'article, on en vient à faire un parallèle avec les trains Castor, dont j'avais déjà parlé dans mon article précédent, "De tarnac à Davos". :

" ces actions avaient été revendiquées outre-Rhin et en allemand, avant le coup de filet policier mené à Tarnac (Corrèze), Rouen (Seine-Maritime) et Paris le 11 novembre, par un courrier posté de Hanovre et adressé au Tageszeitung de Berlin. Selon cette lettre, non publiée par le "Taz", les quatre sabotages et tentatives de sabotage des voies TGV à l'aide de "crochets", ainsi que d'autres actions visant aussi le réseau ferré en Allemagne durant la même nuit, visaient à protester contre le capitalisme en général et le transport de déchets nucléaires en particulier. Titré "parce que nous en avons marre", le document est signé "en mémoire de Sébastian". Une manière de marquer le quatrième anniversaire du décès de Sébastien Briat, un jeune militant anti-nucléaire mort écrasé le 7 novembre 2004 en Lorraine par un train "Castor" justement chargé de déchets nucléaires allemands retraités à La Hague."

http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200850/sabotages-revelations-sur-une-piste-allemande_172312.html

Nous passons donc de Times Square en 2008 à Avricourt en 2004 sans que celà ne semble troubler nos enquêteurs. Mais il est vrai que nous sommes habitués maintenant à ces tours de pass-passe quand il s'agit de nous expliquer qui sont les "terroristes".

Je me permet de poster l'adresse de Julien Coupat :

Le courrier est censuré, ne parlez pas des faits.

Julien COUPAT

N° d’écrou, 290173

42 rue de la santé

75014 PARIS.

En fait, dans les deux papiers présentés au moment de la perquisition, le premier -qui ouvre l'enquête pour les services de police français- est daté du 16 avril. C'est le « kit nord-américain ». Une enquête a été ouverte à partir de cette date. L'autre document daté du 6 juin, il ouvre la possibilité de faire des perquisitions dans le cadre de cette enquête. Le dernier document, celui de l'exécution de la perquisition, est daté de la veille ou du jour même. Tout cela, nous le découvrons le 11 novembre à 6 heures du matin.On a parlé d'empreintes, de traces ADN... tout cela a disparu aujourd'hui. Nous ne savons rien de plus que ce que tout le monde sait. Ce qui apparaît aussi dans le rapport de police publié par Mediapart -dont on ne sait s'il est authentique- c'est que tout cela ressemble à une machination. Nous n'avons pas vu l'avocat depuis qu'il a obtenu le dossier, mardi matin.La réponse est dans la question. C'est ce qui nous a le plus choqué au départ : ils ont été accusés et condamnés, alors que la perquisition n'était pas terminée, ni les interrogatoires effectués. Au moment de la perquisition, les policiers ne lui ont posé aucune question. Ils ont fouillé systématiquement tout notre appartement.
La présomption n'a été respectée par personne, mais en plus on a tout de suite utilisé des mots pour faire peur comme « autonomes », « ultra-gauche », « anarchistes ».Cette situation met en lumière une vraie dérive du droit. On leur a reproché de ne pas avoir de téléphones portables, de ne pas vouloir se soumettre à la biométrie, voire de vivre à la campagne, comme on a reproché à d'autres d'aller à la mosquée.

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05/03/2009

Chronologie affaire Coupat tarnac

Mars 2007.
Xavier Raufer, « spécialiste » de la criminalité, rend un rapport à Réseau Ferré de France (RFF) [1], en charge des lignes de chemin de fer. Il y écrit, sur un ton apocalyptique qui n’est pas si lointain de L’Insurrection qui vient : « Le réseau ferré — qui dépend lui-même d’autres réseaux, électrique, télécommunications et informatique — est à la fois crucial et attaquable. D’autant plus que nous avons, en fait, affaire ici à des écheveaux de réseaux imbriqués, tout spécialement fragiles à leurs interconnexions, branchements et points de rencontre. » Parmi toutes les menaces possibles, il liste les « coupures de câble ».

8 juin 2007.

Le Figaro évoque [2] l’intérêt de la police pour la « mouvance anarcho-autonome » : « La surveillance des groupes violents d’extrême gauche est redevenue une “priorité opérationnelle” pour les Renseignements Généraux [...] Qualifiés “d’anarcho-autonomes” par les services de police, ces militants sont plusieurs centaines en France dont une cinquantaine en Ile-de-France où ils occupent une demi-douzaine de squats “politiques”. S’y ajoute plus d’un millier de sympathisants actifs dont 150 à 200 à Paris. Leurs lieux d’implantation (Toulouse, Rennes, Nantes, universités parisiennes de Nanterre, de Tolbiac ou de Saint-Denis…) correspondent souvent à des bastions du mouvement anti-CPE au cours duquel ils ont commencé à faire parler d’eux. Ils ont ensuite redoublé d’efforts à l’occasion de la présidentielle. [...] Changeant de stratégie, ces partisans de l’action directe ont tout d’abord privilégié l’attaque de locaux de partis politiques toutes tendances confondues. En région parisienne, 35 permanences ont été prises pour cible : 21 pour l’UMP, 8 pour le PS, 3 pour les Verts et 2 pour le Parti communiste. »

Été 2007.

« Le criminologue Alain Bauer [3], raconte Le Monde du 4 décembre 2008, pianote un matin, comme à son habitude, sur le site Internet de la Fnac et Amazon.com en quête des nouveautés en librairie lorsqu’il tombe par hasard sur L’Insurrection qui vient. Le consultant en sécurité y voit la trace d’un “processus intellectuel qui ressemble extraordinairement aux origines d’Action directe” et, sans barguigner, achète d’un coup quarante exemplaires. Il en remettra un en mains propres au directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, assorti d’une petite note. »

23 janvier 2008.
Le Populaire du Centre, quotidien local, écrit un article sur l’épicerie de Tarnac [4], sur le plateau de Millevaches, et les jeunes l’ayant reprise : « Ils n’ont pas tardé à trouver leur place dans la commune, allant jusqu’à racheter, le 1er octobre dernier, le magasin général d’alimentation du bourg. “Je n’aurais jamais pensé me retrouver derrière un comptoir, être ainsi pris dans des rapports marchands”, insiste Gaëtan ; “Faire des journées pas possibles, des livraisons”, ajoute Benjamin. [Gaëtan] est également devenu président du comité des fêtes [5]. Au travers du “magasin”, il aspire à mettre en place une dynamique d’échange à rebours de ce que la société propose. Tout simplement faire passer la vie avant, sans forcément essayer de se faire passer pour un exemple. Une démarche plus compliquée qu’il n’y paraît, mais qui se met peu à peu en place avec le soutien des habitants dont beaucoup n’osent imaginer ce que serait devenue leur ville sans ce commerce qui prône une autre proximité. »

26 janvier 2008.
La SDAT (sous-direction antiterroriste de la PJ) produit une note [6] intitulée « Renseignements concernant la mouvance anarcho-autonome francilienne ». Le noyau de cette mouvance s’élève « à une cinquantaine d’individus, d’origine européenne, auxquels s’agrègent selon les circonstances 150 à 200 personnes. [...] La campagne pour l’élection présidentielle a été marquée par un certain nombre d’actions imputables à la mouvance anarcho-autonome : dégradations de permanences de partis politiques (21 de l’UMP ont été visées à Paris). » Notons que le texte est quasiment le même que celui du Figaro, neuf mois plus tôt. Reste à savoir qui informe qui.

1er février 2008.

Michèle Alliot-Marie est interrogée dans Le Figaro [7] : « Depuis plusieurs mois, j’étais encore ministre de la Défense, j’ai souligné les risques d’une résurgence violente de l’extrême gauche radicale. Le passé nous a montré que la faiblesse des partis politiques extrêmes ouvre souvent la voie aux groupuscules terroristes comme Action directe, les Brigades rouges ou la Fraction armée rouge. L’anticipation est essentielle dans la lutte contre le crime en général et le terrorisme en particulier. Elle est la meilleure des protections. »

2 février 2008.
Le Monde évoque trois jeunes gens qui ont été arrêtés en novembre 2007 près de Toulouse après avoir fait sauter un engin explosif dans un champ. « À leur domicile toulousain, les enquêteurs retrouvent une importante documentation “anarchiste”, avec des noms évocateurs : L’Insurrection qui vient, ou Organe de liaison au sein du Parti Imaginaire [sous-titre du numéro 2 de Tiqqun, daté de 2001]. Sur le disque dur de leur ordinateur, quelques phrases comme : “C’est ici qu’on se rassemble pour tout faire partir en cendres.” » Il s’agit, à notre connaissance, de la première mention de ces textes théoriques dans la presse traditionnelle.

7 février 2008.
Le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, publie sur Rue 89 un article intitulé « Les RG s’inquiètent du renouveau de l’extrême gauche “autonome” » : « On a vu émerger ces dernières années une mouvance de quelques centaines de militants radicaux, partisans de l’action violente dirigée contre les symboles de l’appareil d’État (police et gendarmerie ; bâtiments officiels). De quels textes théoriques s’inspirent-ils ? À quelle mouvance idéologique les rattacher ? L’enquête policière a mis en avant un texte, L’Insurrection qui vient, publié par un “Comité invisible”. Cela peut faire peur, sauf que, loin d’être un brûlot clandestin, il s’agit... d’un livre publié en 2007 aux éditions La Fabrique, le Comité invisible étant, pour éclairer la référence historique, un organisme lyonnais de propagande républicaine, dans les années 1830. Également mis en avant, le fait que certains interpellés ont été trouvés en possession de documents signés “Organe de liaison au sein du Parti Imaginaire”, lequel Parti Imaginaire a préfacé, toujours aux éditions La Fabrique, un livre titré Maintenant, il faut des armes. Certes, mais l’ouvrage en question est l’œuvre... d’Auguste Blanqui. »

Mars 2008.

Lors des élections municipales, le maire sortant de Tarnac, Jean Plazanet, communiste, est battu. Il se trouve que le propriétaire du château de Tarnac, Yves de Kerdrel, est un journaliste parisien, éditorialiste au Figaro. Juste après l’élection, il écrit : « Votant régulièrement à Tarnac, membre de la commission Attali, et propriétaire d’une maison détenue depuis quatre siècles par la même famille, je félicite la liste qui vient d’être élue et qui met fin à un siècle de domination marxiste dans cette commune qui ne méritait pas une si terrible idéologie. » Sur le blog « Balades à Tarnac », ces lignes engendrent des dizaines de réactions. Parmi lesquelles une [8] signée « depuis le Goutailloux, le 19 mars 2008 » (le Goutailloux est le nom de la ferme reprise par les « jeunes » de Tarnac) : « La situation qui tend à se confirmer ces dernières années sur le plateau est celle de communes qui n’ont plus rien de “communautés” mais tendent à n’être plus que la juxtaposition de petits nombrilismes en recherche de “qualité de vie” dans un cadre verdoyant. [...] Derrière les façades pittoresques de nos bourgades, une guerre silencieuse continue de se mener entre, d’une part, ces nouveaux “rentiers”, surtout occupés à la réalisation de leur bon plaisir, et ceux qui, dans les coulisses, tentent de survivre. [...] Tarnac avait jusque-là comme réussi à ne pas s’abandonner complètement à cette pente, grâce notamment à un certain activisme municipal et une vraie disposition à l’accueil dont Jean Plazanet [le maire sortant] n’était pas la moindre des incarnations. Combien de temps lui faudra-t-il désormais pour ressembler à d’autres bourgs alentours, sans école, sans jeunes, sans lieux communs... tranquilles et propres à en mourir. [...] Il va de soi que ce qui adviendra de la commune dépendra surtout de ce que nous saurons y faire advenir ensemble — avec ou en dépit des nouveaux élus. » On y reconnaît le style de L’Insurrection qui vient, mais en plus apaisé, et en plus constructif : puisqu’il est même envisagé de faire advenir quelque chose « avec » les élus...

22 mai 2008.
Éric Hazan, l’éditeur de L’Insurrection qui vient, évoque la construction policière et médiatique autour du livre dans un texte paru dans Politis le 22 mai 2008 [9], évoquant en premier lieu l’article du Figaro de juin 2007 : « Le dispositif est en place, il ne reste plus qu’à le nourrir. On arrête donc à Toulouse, dans les derniers jours de novembre 2007, trois jeunes gens transportant en voiture un engin explosif. Deux sont déjà fichés comme “anarcho-autonomes”. On trouve chez eux un exemplaire de L’Insurrection qui vient, livre publié chez La Fabrique, et un exemplaire du second numéro de la revue Tiqqun. [...] Le 2 février 2008, c’est au tour du Monde de se prêter à l’opération médiatico-policière : [...] La veille, dans Le Figaro, la ministre de l’Intérieur récitait d’ailleurs, avec sa maladresse de vieille fille, la leçon apprise : “Depuis plusieurs mois, j’ai souligné les risques d’une résurgence violente de l’extrême gauche radicale.” »

Juin 2008.

Les Renseignements Généraux remettent à Michèle Alliot-Marie un rapport de 41 pages intitulé « Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne ». Titre magnifique : on croirait un mémoire de DEA de l’EHESS... Le rapport sera cité par Le Figaro du 3 décembre : un « “groupe informel d’activistes d’ultragauche de type autonome” disposait au domicile parisien de Julien Coupat “d’un local intitulé Le Vouvray ou Jargon libre, utilisé comme lieu de réunion, d’hébergement d’anarchistes étrangers de passage”. Évoquant les “bases arrière logistiques souvent difficiles d’accès”, le rapport désignait déjà le site du “Goutailloux” à Tarnac comme étant le “point le plus stratégique” où transitaient les “membres de l’ultragauche européenne”. » Le Monde du 4 décembre évoquera le même rapport, avant de donner parole à la ministre de l’Intérieur : « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers. » Fascinant glissement : ce n’est même plus la peine d’avoir Tiqqun chez soi pour être un « préterroriste ». Il suffit d’habiter dans un village, de ne pas avoir de téléphone, et d’avoir des amis. C’est ce qu’écrivait Éric Hazan plusieurs mois avant les arrestations : « En réalité, l’antiterrorisme n’a rien à voir avec le “terrorisme”. Il s’agit d’une technique de gouvernement visant à éliminer par la force les cellules rebelles de l’organisme social. »

26 octobre 2008.

Un fer à béton est placé sur la ligne à grande vitesse (LGV) Est, près de Baudrecourt, selon la SNCF. Il n’y a eu aucune mention de ce sabotage [10] dans un quelconque journal, même local, avant les incidents de novembre. Le 26 octobre la SNCF faisait bien parler d’elle. Avec... l’incident de l’homme dont le bras s’est coincé dans la cuvette des WC d’un TGV en cherchant à récupérer son téléphone portable.

8 novembre 2008.
L’AFP écrit : « La SNCF a connu samedi une nouvelle journée noire, quatre “actes de malveillance” contre ses installations ayant très fortement perturbé le trafic de 160 TGV, Thalys et Eurostar. À chaque fois, des fers à béton ont été fixés sur des caténaires » qui ont été rompu en quatre points : sur la LGV Nord i.e. Paris-Lille (dans les deux sens), sur la LGV Est et Sud-Est, respectivement dans l’Oise, la Seine-et-Marne et l’Yonne. Ces informations émanent de la SNCF et de la gendarmerie ou de la police ; elles sont reprises dans la presse sans donner lieu à une contre-enquête.

10 novembre 2008.

La SNCF rend publique la dégradation d’un caténaire le 26 octobre. « Mais qui en veut à la SNCF ? » demande Le Parisien, sous le surtitre suivant : « La piste du sabotage privilégié ».

11 novembre 2008.
La police intervient et place en garde à vue, en différents points du territoire, neuf personnes, parmi lesquelles Julien Coupat [11], sa compagne Yldune L., Benjamin Rosoux, Gabrielle H., Manon G. Dès dix heures du matin, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie donne une conférence de presse où elle répète à nouveau : « Depuis mon arrivée [place Beauvau] j’avais souligné les risques de résurgence violente de l’extrême gauche radicale ». Peu après, l’Élysée publie un communiqué se réjouissant « des progrès rapides et prometteurs [sic] obtenus dans le cadre de l’enquête sur les actes de sabotages commis contre des caténaires SNCF ».

12 novembre 2008.
Première phase dans la façon dont la presse traite de l’affaire : l’emballement médiatique contre les « terroristes de l’ultragauche ». Les deux ou trois premiers jours donnent essentiellement la parole au discours policier — même si ce discours est contrebalancé par les déclarations des habitants de Tarnac, sur le mode « ah mais ils étaient gentils nos jeunes ». Le quotidien Libération titre : « Quand l’ultragauche déraille », et délivre un discours qui, s’il respecte le conditionnel d’usage, obéit à un dispositif qui laisse peu de part au doute [12] : « Ces arrestations semblent confirmer la piste d’une action coordonnée. Il aurait suffi d’un groupuscule dont le leader, Julien, n’a que 33 ou 34 ans, pour semer la pagaille. [...] Les traces ADN retrouvées sur les lieux devraient permettre de confirmer si les personnes interpellées sont bien les auteurs. » De ces traces ADN, rappelons-le, il ne fut plus jamais question [13]. Le même jour, le journaliste du Figaro, Christophe Cornevin [14], écrit : « Embarqués dans un mode de vie altermondialiste, vivotant pour certains du négoce de produits agricoles, fuyant le regard des rares riverains qui les entouraient, ces apprentis terroristes de la gauche ultra présentaient un profil bien particulier. Âgés de 25 à 35 ans pour le plus âgé, ces nihilistes considérés comme “potentiellement très violents” étaient articulés autour d’un petit “noyau dur” d’activistes déjà fichés pour divers actes de violences et de dégradation. [...] A priori, aucun d’entre eux ne travaillait. “Cela ne correspondait pas à leur philosophie”, lâche un enquêteur. Les femmes de la bande, quant à elles, sont plus volontiers dépeintes sous les traits de “filles de bonne famille issues de la bourgeoisie de province”. Un profil somme toute guère étonnant au regard de la jeune fille chic en Burberry qui répondait au nom de Joëlle Aubron à l’époque d’Action directe. » Deux jours plus tard, il évoquera Julien Coupat : « Qui est le mystérieux “cerveau” du groupuscule d’ultragauche ? [...] Julien C. n’a rien de la caricature du squatter alternatif ou du marginal hirsute. Au contraire, cet ultra de 34 ans aurait pu avoir une vie sociale parfaitement intégrée s’il n’en vomissait pas les règles. Se réclamant de l’héritage d’Action directe, des Brigades rouges italiennes et d’un esprit libertaire post-soixante-huitard assez paranoïaque, ce fils de cadre supérieur a confortablement grandi à Paris où il a suivi ses études jusqu’à intégrer l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Fasciné par le romantisme de la clandestinité, le jeune intellectuel, taiseux au téléphone, vivotait reclus dans une ferme communautaire de Tarnac (Corrèze). Un mode de vie altermondialiste, qu’il mettait volontiers entre parenthèses lorsqu’il revenait sur Paris. Il y dispose d’un coquet appartement dans le XXe arrondissement, qu’il partage avec sa compagne. » Non seulement rien n’est sourcé, non seulement d’un article à l’autre il y a des répétitions (« vivoter », comprendre ne pas faire ses courses au Bon Marché) mais en plus le champ lexical du parfait révolutionnaire bourgeois est ridicule. Entendonsnous : on peut tous se moquer des bourgeois qui s’imaginent révolutionnaires, mais encore faut-il le faire en disposant d’informations précises et sourcées. Sans même parler de la présomption d’innocence, systématiquement oubliée par Cornevin, dont le premier article commence ainsi : « Les saboteurs du rail auraient presque pu être interpellés en flagrant délit tant ils étaient surveillés depuis des mois par les services de renseignements. » Au point où il en est, pourquoi ne pas écrire tout de suite qu’il les a vus mettre les fers à béton ?

Ce même 12 novembre, c’est-à-dire le lendemain de l’arrestation, nombre de blogs écrivent des articles nettement plus mesurés, voire carrément critiques. Un exemple parmi de nombreux autres, celui d’Article 11 : « Scénario parfait qui a vu Michèle Alliot-Marie baratiner à plusieurs reprises, ces derniers mois et semaines, sur le danger d’un terrorisme autonome que personne, sinon elle, n’avait vu poindre. Juste avant que ces “militants d’ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome” ne passent à l’action. Pour être arrêtés aussitôt, puisque placés de longue date sous surveillance. Un très heureux concours de circonstances, non ? » Dans un second temps, les journaux commencent non pas à s’interroger sur la pertinence des accusations, mais à humaniser les personnes arrêtées.

Le 19 novembre paraît dans Le Figaro un article du même Christophe Cornevin qui donne enfin la parole à la défense, d’une part Éric Hazan (« loin d’être le gourou sectaire en rupture de ban décrit ici et là, Julien est quelqu’un de gai, charmant, n’hésitant pas à boire le coup comme tout le monde »), d’autre part Gérard Coupat, le père de Julien : « Il n’en démord pas : Julien et ses amis avaient “décidé de mener une vie différente”, préférant “avoir moins que d’accepter le consumérisme et la compromission”. À l’en croire, tout sauf des terroristes. » On est loin de la réhabilitation, mais du moins le ton a changé. L’après-midi du même jour, Le Monde publie une enquête qui semble brillante [15] à côté de tout ce qui avait été écrit auparavant, et qui rectifie les descriptions les plus caricaturales : « Aucun n’est en rupture familiale. Les parents, dirigeant de laboratoire pharmaceutique, médecin, ingénieur, universitaire, prof ou de la classe moyenne, continuaient à les voir régulièrement. [...] Pas de rupture donc. Mais tous avaient décidé de vivre selon des canons différents de ceux de leur milieu, à l’écart de la société marchande. [...] À Tarnac, le groupe élève des moutons, des poules, des canards, ravitaille les personnes âgées alentour. “Je ne crois pas me tromper en disant que l’un des buts était de se donner les moyens matériels et affectifs de fuir la frénésie métropolitaine pour élaborer des formes de partage”, dit Mathieu B. » L’article s’intéresse longuement à Julien Coupat : « “Julien m’a dit : Moi je veux vivre dans la frugalité, confie son père, un ancien médecin qui a cofondé un laboratoire pharmaceutique, aujourd’hui à la retraite. Il aurait pu devenir directeur financier de Barclay’s.” Mais ce fils unique qui vit avec 1000 euros [16] par mois a tourné le dos à l’univers très cossu où il a grandi, dans les Hautsde-Seine. »

22 novembre 2008.
Le site d’informations en ligne Mediapart publie l’intégralité du rapport de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire au procureur de Paris. On pourrait s’attendre à ce que l’ensemble de la presse reprenne ce scoop. Or il n’en est rien : quasiment aucun journal ne fait mention du texte. Mediapart est un site payant, qui fonctionne par abonnement : que les blogueurs n’y renvoient pas n’est guère étonnant. Mais quid des journaux ou de leur version en ligne ? En réalité, on comprendra assez vite que nombre de journalistes avaient déjà en leur possession le rapport, ou du moins ses principales lignes. Un simple fait permet de le vérifier. Le 10 novembre, lorsque la SNCF a avoué l’existence d’un acte de sabotage le 26 octobre, elle a indiqué que l’incident avait eu lieu dans la commune de Baudrecourt, en Moselle ; or le rapport de police parle quant à lui de la commune de Vigny (à 18 kilomètres). Ce qui permet de savoir quels journalistes ont eu accès, dès le 9 novembre, à des informations directement données par la police, puisqu’ils parlent de Vigny : Franck Johanny (Le journal du dimanche), Patricia Tourancheau (Libération), Franck Hériot (Le Point). Les autres parleront, à partir du lundi 10 au soir de Baudrecourt : dépêche AFP, reprise sur nombre de sites Internet de journaux. On le sait, les contacts entre journalistes et policiers sont fréquents. « De source policière » est une phrase qu’on ne cesse de lire. Mais ce qu’a fait Mediapart est précisément ce qu’on attend de la presse (et de sa déclinaison Internet, le rapport étant trop long pour être publié in extenso) : donner à lire les sources dans leur intégralité [17] — et laisser au lecteur le droit d’en disposer pour faire sa propre opinion. En l’occurence, pour qui n’a pas l’habitude de lire ce genre de prose, le texte (daté du 15 novembre) est fascinant : « J’ai l’honneur de vous rendre compte des investigations diligentées en exécution des réquisitions citées en référence et ayant permis d’identifier et de démanteler une structure clandestine anarcho- autonome basée sur le territoire national et se livrant à des opérations de déstabilisation de l’État par des actions violentes menées au cours des manifestations se tenant en marge de chacun des grands événements politiques ainsi que par des actions de sabotage des infrastructures de transport. Ce groupe constitué autour de son leader charismatique et idéologue, le nommé Julien Coupat, est constitué d’une vingtaine d’individus basés en région parisienne, dans le Limousin et sur la commune de Rouen (Seine-Maritime). Il obéit à une doctrine philosophico-insurrectionnaliste qui ayant fait le constat que la société actuelle est “un cadavre putride” (tel qu’il est mentionné au sein du pamphlet intitulé L’Insurrection qui vient signé du Comité invisible, nom du groupe constitué autour de Julien Coupat) à décidé d’user des moyens nécessaires pour se “débarrasser du cadavre” et provoquer la chute de l’État. Les cibles désignées dans cet ouvrage dont il a été établi dans la présente enquête qu’il avait été rédigé sous l’égide de Julien Coupat étant, de manière récurrente, tout ce qui peut être, par analogie, défini comme un “flux” permettant la survie de l’État et la société de consommation qu’il protège. Sont ainsi cités dans cet opuscule, avec insistance, le réseau TGV et les lignes électriques comme autant de points névralgiques par le sabotage desquels, les activistes peuvent, à peu de frais, arrêter plus ou moins durablement les échanges de biens et de personnes et ainsi porter un coup au système économique qu’ils combattent. »
On commence par « les faits » : la présence de Julien Coupat et sa compagne Yldune L. aux États-Unis début 2008, sans doute pour « assister à une réunion d’anarchistes américains à New York ». Puis « l’enquête » : « Les surveillances techniques mises en place sur le domicile de l’intéressé [...] ainsi que sur le hameau le “Goutailloux” au lieu-dit Javaud sur la commune de Tarnac (Corrèze) [...] permettaient de mettre en évidence l’existence d’un groupe d’une vingtaine d’individus regroupés autour de lui avec pour point d’ancrage “le Goutailloux”, réalisation de la volonté du groupe et de son leader de faire sécession avec la société moderne dans le but de revenir à de vraies relations entre les hommes et de vivre en dehors du “formatage actuel” de l’homme. [...] Ces individus s’avéraient très méfiants, utilisant différents véhicules, ne possédant aucun téléphone portable et prenant de multiples précautions lors de leurs communications téléphoniques, n’hésitant pas à interrompre leur interlocuteur quand un sujet important était évoqué. »
Le texte se concentre sur Julien Coupat, qui était surveillé, notamment lors la manifestation des ministres de l’Intérieur de l’UE à Vichy le 3 novembre 2008 : « L’observation attentive de Julien Coupat lors de ce rassemblement permettait de constater qu’il agissait à la tête d’une cinquantaine d’individus masqués et très organisés œuvrant en marge de la manifestation institutionnelle afin de s’affronter aux forces de l’ordre qui leur empêchaient l’accès au Palais des Congrès où se tenait le sommet. En effet, il était permis d’observer Julien Coupat ordonnant à ses “troupes” l’assaut du barriérage fixe des Compagnies républicaines de sécurité et accrochant lui-même une corde à l’un des véhicules formant ce barriérage ; corde qui, tirée par ses soins ainsi que par une vingtaine d’activistes parvenait à créer une brèche dans ce dispositif, obligeant les forces de l’ordre à charger la foule afin de ne pas être submergées. [...] La surveillance opérée sur le nommé Julien Coupat et les “activistes” s’étant affrontés aux forces de l’ordre permettait de laisser penser que nous n’étions pas en présence d’un groupe de “casseurs” mais bel et bien d’un groupe formé aux techniques de guérilla urbaine et agissant de manière réfléchie et concertée. Julien Coupat œuvrant comme un véritable stratège de l’émeute au service de sa volonté de déstabilisation. » Ce passage est essentiel, car il fonde l’accusation à venir : c’est la manifestation de Vichy qui semble servir de matrice à l’accusation policière. Les faits reprochés sont pourtant à chaque fois peu probants : « Il convient de relever que le comportement de Julien Coupat qui nous apparaît comme flagrant lors de la manifestation de Vichy (Allier) s’était déjà dévoilé lors de la surveillance réalisée sur sa personne le 16 octobre 2008 où il avait été observé réalisant un tract sur le refus de signalisation génétique mettant nommément en cause un commandant de police de la brigade criminelle de la Préfecture de police de Paris. » Vient le moment où les policiers suivent, dans la nuit du 7 au 8 novembre [18], Julien Coupat près d’un des lieux de sabotage — épisode sur lequel on reviendra plus bas. Parallèllement, Manon G., Benjamin Rosoux et Gabrielle H. sont contrôlés « alors qu’ils dormaient dans un véhicule stationné sur un chemin communal en lisière de bois, au lieu-dit Saint-Ulrich soit à moins de 4 kilomètres de la ligne ferroviaire sur laquelle devait passer dans la même soirée le train d’acheminement de matières radioactives dit train “Castor” et à moins de 10 kilomètres de la ligne de passage du TGV-Est sur laquelle était intervenu l’incident observé lors de notre surveillance quelques heures auparavant. » Notons au passage qu’il n’y a eu aucun sabotage sur la ligne du train Castor, et que l’autre ligne ayant déjà été sabotée en amont, en Seine-et-Marne, il n’y avait guère d’intérêt à la saboter à nouveau. Notons également qu’il y a eu trois autres lieux de sabotage sur d’autres lignes cette nuit-là, dont le rapport fait mention sans s’interroger sur les personnes qui auraient pu les faire. En revanche, « un rapprochement était opéré entre nos observations de la nuit et la doctrine de blocage des flux du nommé Julien Coupat qui s’exprime ainsi au sein de son pamphlet, mettant en évidence la fragilité de l’État par ses voies de communication qu’il convient d’attaquer afin de libérer l’homme. » Suivent des extraits de L’Insurrection qui vient qui parlent de TGV, de mouvement, d’arrêt. Conclusion des policiers : « Ces actes de sabotage s’inscrivent dans une réflexion sur l’action très aboutie avec pour objectif d’agir avec le maximum d’efficacité tout en protégeant les membres du groupe de la répression. » Le rapport évoque ensuite un fait qui semble essentiel mais qui a été à peine évoqué par les médias : « Une revendication parvenue le 10 novembre 2008 par courrier au quotidien allemand Berliner Zeitung posté le 9 novembre 2008 de Hanovre (Allemagne) évoquant de récentes actions ayant eu pour objectif de perturber le trafic ferroviaire en France et en Allemagne et précisant que les actions s’inscrivaient dans le cadre de la vague de protestations liées au transport de France vers l’Allemagne par le train Castor de déchets nucléaire retraités pendant le week-end du 8 novembre 2008. Ce texte précisait après des revendications d’ordre anticapitaliste : “Ils ont ainsi agi cette nuit au moyen de crochets métalliques”, citant les actions menées en France ainsi que des actions menées conjointement sur le réseau ferroviaire allemand, informations confirmées par les services de police allemands. Cette revendication était signée “En souvenir de Sebastian”, en référence au nommé Sébastien Briat, activiste mort lors du passage d’un train Castor en 2004. » On imagine que l’enquête devrait alors s’intéresser aux Allemands, à la lettre de revendication, puisqu’on tient là une vraie piste. Mais non : les enquêteurs préfèrent évoquer des « faits de sabotage contre le réseau ferré commis en 1996-1997 à l’aide de crochets métalliques ayant été posés sur les caténaires, procédure au sein de laquelle avait été impliquée la nommée Sandra G…, relation de Julien Coupat. » La presse n’évoquera qu’à peine cette piste allemande. Du moins dans les jours qui suivent.

Parenthèse dans le futur. Le Journal du dimanche titre le 14 décembre 2008 « Révélations sur une piste allemande ». Un mois s’est écoulé depuis l’arrestation du groupe de Tarnac, tous ont été libérés sauf Julien Coupat et sa compagne. Le rapport de police est disponible sur Internet depuis trois semaines. Le journaliste le cite nommément, mais écrit : « C’est vers l’Allemagne que l’enquête sur les sabotages des lignes TGV [...] lorgne actuellement. » Actuellement ? Suit une paraphrase exacte du rapport, par exemple : « Les policiers français s’intéressent notamment à une activiste prénommée Sandra et considérée comme une “relation” de Julien Coupat. » On se demande quel intérêt a la presse à monter de telles pseudo-révélations ? Serait-ce une manière élégante de se préserver la possibilité de « rebondissements » pour maintenir en haleine les lecteurs ?

Retour au rapport, qui évoque un témoin « entendu sous X » (donc qui reste anonyme [19]) qui « précisait qu’à plusieurs reprises lors de réunions, Julien Coupat avait évoqué la possibilité d’avoir à tuer, précisant que la “vie humaine à une valeur inférieure au pouvoir politique” et que l’objectif final du groupe était le renversement de l’État. » Le site du journal Politis, le 19 novembre, semble bien renseigné : « Le groupe était-il infiltré ? La question se pose : à en croire ceux qui ont approché des membres du groupe, dans le XXe à Paris et en Corrèze, il n’aurait jamais été question, au-delà des discours, du moindre passage à l’acte. Si la pose des fers à béton sur des caténaires est prouvée, ce qui n’est pas encore le cas, il se dit dans l’entourage du groupe que parmi les personnes relâchées [comprendre le jour des arrestations] figurerait un personnage qui a beaucoup insisté, il y a trois mois, pour un passage de la théorie à la pratique, idée qui rencontrait des résistances. L’histoire des milieux anarchistes est riche d’infiltrations-provocations dans lesquelles la police n’intervient qu’après l’acte illégal “suggéré”. Soupçons à rapprocher d’un témoignage accusateur sous X fait “spontanément” jeudi dernier par un membre du “groupe” dans une brigade de gendarmerie du Puy-de-Dôme. » Cette possible infiltration expliquerait la ligne de défense des accusés, qui n’ont jamais explicitement nié avoir envisagé des actes de sabotages.

Autre parenthèse, qu’on n’ouvrira qu’à peine ici, tant elle a été abordée ailleurs : comme le rappelle Giorgo Agamben dans Libération du 19 novembre, les fers à béton accrochés sur des caténaires, « si l’on en croit les déclarations de la police et des agents de la SNCF euxmêmes, ne peuvent en aucun cas provoquer des dommages aux personnes : ils peuvent tout au plus, en entravant l’alimentation des pantographes des trains, causer le retard de ces derniers. [...] Il s’agit de délits mineurs même si personne n’entend les cautionner. » Et en aucun cas de terrorisme.

Dans Le Nouvel Observateur du 20 novembre, un article revient sur la filature de Coupat et de sa compagne le soir des sabotages. Un texte particulièrement intéressant à étudier, en ce qu’il transforme un rapport de police déjà sujet à caution en pure fiction romancée, renouant avec les grandes heures du journalisme du XIXe siècle. Cela débute comme un mauvais polar : « Cette nuit du 7 au 8 novembre, un couple semble aux aguets. Il s’attarde anormalement dans une morne pizzeria d’une petite ville de Seine-et-Marne. » « S’attarder anormalement » est un terme dont on cherche encore le sens. « L’homme sort une première fois pour jeter des papiers dans une poubelle publique. Revient s’attabler. Puis ressort vérifier que l’exemplaire du guide du voyageur SNCF, le tableau des horaires de la ligne TGV et l’emballage d’une lampe frontale qu’il vient de jeter sont toujours là. » Le rapport racontait quant à lui : « À la sortie du restaurant, le couple, toujours très méfiant, observait les alentours puis jetait des objets de son coffre de voiture dans une poubelle publique : un emballage de lampe frontale ainsi que des fascicules de la SNCF relatifs aux lignes et horaires de TGV. Après avoir jeté ces éléments qui ne seront relevés qu’à l’issue de la surveillance, Julien Coupat partait en direction de la commune de Meaux puis revenait sur ses pas, s’arrêtant au niveau de cette poubelle, de l’autre côté de la voie de circulation, observant les éventuels allers et venues autour de celle-ci afin de détecter une surveillance policière. » Il est évident que les journalistes du Nouvel Obs’ écrivent à partir du rapport, mais en le modifiant un peu — sans penser en revanche que le signaler au lecteur serait la moindre des choses. Le procédé d’écriture, classique dans la presse, consiste à raconter une scène comme si le journaliste y avait assisté, sans d’une part mettre le moindre conditionnel, et sans d’autre part préciser la source. Ce n’est pas sans rappeler les articles sur l’affaire Outreau [20], qui racontaient en détail les scènes d’orgies auxquelles se livraient des adultes sur des enfants — scènes qui n’avaient jamais eu lieu... Continuons l’article : « Julien Coupat, 34 ans, et sa copine Yldune L., 25 ans, sont sur leurs gardes. Logique : ils sont tous les deux fichés “S”, la lettre qui désigne les agitateurs autonomes, les “totos”, dans les archives policières. Et ils le savent. Depuis plusieurs mois, ils sont filochés [...] Au beau milieu de la nuit, le couple s’arrête à proximité d’une ligne TGV sur la commune de Dhuisy. Il repart une vingtaine de minutes plus tard. » Le rapport : « Le véhicule se stoppait à l’aplomb de la voie ferrée de la ligne TGV-Est pendant une vingtaine de minutes. » L’article : « Intrigués, les policiers descendent à leur tour, à la recherche d’un éventuel engin explosif. Ils pensent à un attentat contre un train Castor, un convoi de déchets nucléaires. Or aucun train de ce type n’est signalé sur cette ligne. Inspection rapide des voies. Rien à signaler. Fin de la filature. » Le rapport : « Cet arrêt à proximité d’une voie ferrée, cible potentielle de la mouvance anarcho-autonome, nous conduisait à procéder à des recherches sur cette voie une fois les objectifs éloignés. Ces recherches n’amenaient la découverte d’aucun engin explosif. » L’article : « À quoi ça tient, un flagrant délit ? À une légère torsion du cou : s’ils avaient levé la tête, les enquêteurs auraient pu repérer un fer à béton tordu sur la ligne électrique... » Comme dans le cas du Figaro du 12 novembre, l’article parvient à aller plus loin que le rapport dans l’insinuation : il dit bel et bien que les deux personnes suivies ont placé les fers à béton — alors même que personne ne les a vues faire.

Début décembre 2008.
Troisième phase dans la façon dont la presse traite de l’affaire. Alors que les comités de soutien et les familles se font de plus en plus entendre (lettre ouverte, intervention à Tarnac, largement relayées par la presse), les journaux commencent à analyser (sans la critiquer ouvertement) « l’obsession de l’ultragauche » (titre de l’article du Monde du 4 décembre déjà cité) de Michèle Alliot-Marie. Obsession qui n’a rien de nouveau, ces mêmes journaux l’ayant évoquée au cours de l’année 2008.

2 décembre 2008.
Trois des cinq personnes encore en détention sont libérées : Gabrielle H., Manon G., et Benjamin Rosoux, que l’on peut voir le soir même, à sa sortie de prison, sur TF1, déclarer : « Ça ressemble plus à une sorte de chasse à l’homme, où il s’agit de trouver les preuves pour inculper les gens. Quand on ne trouve pas, on finit par faire des erreurs. » Sur France 2 : « Les trois quarts de l’enquête ont porté sur d’autres raisons que celles-ci. » Et sur France 3 (Limousin) : « On parle de “Cellule invisible”, on parle de lutte armée, c’est du délire complet. C’est de la science-fiction. — Mais alors qu’est-ce qu’il y avait ? — Qu’est-ce qu’il y a ? Il y a des gens investis depuis de nombreuses années de diverses manières dans des luttes sociales, dans des cases, dans les fichiers des Renseignements Généraux, et à un moment quand ils veulent faire des boucs émissaires, on recoupe, et on chope les gens qu’il faut. »

Une semaine plus tard, le 9 décembre 2008, Benjamin Rosoux donne une longue interview à Libération, extrêmement précise, où sa dénégation sur sa participation aux faits se fait en passant, au détour de deux passages : « On a été contrôlés par hasard par les gendarmes à proximité de la voie ferrée où passait le train Castor. Ça, je ne le savais pas. » Et, à la toute fin : « Tout le monde sent bien qu’il y a un seuil franchi à travers cette affaire-là, ce n’est pas anodin, ce n’est pas un accident. Même s’ils finissaient par trouver les responsables de cette histoire de sabotage. Si ça tombe sous le coup de l’antiterrorisme, cela ouvre des portes relativement folles. » Le 15 décembre, il apparaîtra dans une vidéo de plus de huit minutes du site Mediapart, en train de commenter le rapport de la police. Quoiqu’il advienne de cette affaire, le désir d’anonymat d’un groupe signant « Comité invisible » et sa résistance intrinsèque vis-àvis des médias et de la gauche aura volé en éclat. Quand les choses deviennent sérieuses, on accepte d’être filmé par la télévision, de donner une interview à Libération et l’on entend ses parents parler de sa vie privée sur Europe 1 [21]...

Le même 9 décembre, Michèle Alliot-Marie est invitée sur France Info. Elle affirme : « Il y a eu des attentats contre des voies de circulation de TGV. Ça, c’est une réalité. [...] L’ultragauche dit très clairement — et d’ailleurs c’est dans les écrits de Monsieur Coupat — qu’elle refuse le dialogue démocratique. Il faut faire des actes qui s’en prennent à ce qui permet le fonctionnement de l’État et notamment aux voies de communication et à tout ce qui peut permettre la vie quotidienne. » On en revient donc à la simple lecture de L’Insurrection qui vient qui devient, en tant que telle, un geste terroriste... Et puis la ministre a cette phrase : « [Les libertés de tous les Français] peuvent être en cause quand il y a un certain nombre d’attentats, par exemple ceux qui ont bloqué 200 000 personnes et qui les ont empêchées d’aller à des rendez-vous professionnels, de mener une vie normale. » C’était un samedi. Cinq ou six TGV furent bloqués plusieurs heures. Une centaine d’autres eurent environ un quart d’heure de retard. Un attentat, sans nul doute.

Quatrième phase pour la presse. La mise en abyme de son propre travail. Un peu moins d’un moins après les arrestations, dans Libération du 8 décembre, deux journalistes retournent à Tarnac pour tenter de comprendre comment ses habitants ont vécu la déferlante médiatique : « À Tarnac, on cherche avant tout à contrôler l’image de ce qui est considéré, de l’avis général, comme un “dérapage” des médias. » Comme souvent, les journalistes ne se rendent pas compte qu’ils se caricaturent eux-mêmes : « Quand on avait demandé à Aude si on pouvait suivre Paul dans sa tournée de livraison des hameaux, elle avait répondu : “C’est quoi cette idée ? Ça sert à rien de nous voir vivre. Qu’est-ce que vous voulez montrer ?” Ce matin, Paul, chemise de bûcheron bleue et fines lunettes, est quand même allé livrer des gens qu’il n’avait pas eu le temps de voir la veille. » Pourquoi « quand même » ? Malgré le fait que des journalistes ne l’aient pas accompagné ? Et quand on voit la désinvolture avec laquelle il est décrit (chemise de bûcheron/fines lunettes, manière de dire : intello rural), on peut comprendre qu’il n’ait pas envie d’être suivi comme une souris de laboratoire. La Dépêche du 7 décembre raconte la même chose. L’Humanité avait fait de même, mais dès le 28 novembre, et avec un ton nettement plus critique envers les journalistes (« comme d’habitude, les journalistes, petit à petit, se réveillent avec la gueule de bois ») ou leurs rédactions, citant l’exemple d’« Anna-Deborah Cohen, journaliste à France 3 Pays de Corrèze : “Face à la méfiance, on a décidé de prendre notre temps. On a réussi à renouer avec les gens, et certaines personnes interpellées ont accepté de nous parler, à condition que leur parole soit respectée et que le reportage ne soit pas remonté. Sauf que la consigne que j’ai fait passer n’a pas été respectée, mon sujet se retrouvant remonté pour le 13 heures de France 2 et sur Internet.” »

En attendant les prochains rebondissements qui ne manqueront pas d’advenir (notre article se termine le 15 décembre, au moment où fleurissent les dépêches sur la piste allemande : pourquoi aucun journaliste ne s’y est intéressé auparavant ?), on notera que, dans cette affaire, la presse a globalement délivré le même scénario immuable face à des événements qui la dépassent : accusations, questions, doutes, repentance. Et qu’il en sera sans doute ainsi la prochaine fois [22].

NOTES

[1] Rapport rendu public par le site du journal La Tribune, www.latribune.fr/static/pdf/ SecuRail1.pdf.

[2] Article repris sur juralibertaire.overblog.com/article-6768066.html

[3] Notons qu’Alain Bauer est le co-auteur avec Xavier Raufer d’un « Que sais-je ? » de 1999 sur les violences urbaines. Cf. l’analyse de Laurent Mucchielli sur cet ouvrage et le parcours peu recommandable des deux hommes, lmsi.net/ ?article177.

[4] Texte opportunément republié sur leur site le 12 novembre sous le titre : « Exclusif, nous avions rencontré les épiciers de Tarnac ».

[5] Il en démissionnera en mai 2008, après les municipales. « Dommage que certaines personnes n’aiment pas les changements, le renouveau, la jeunesse en général... je déplore la démission du comité des fêtes. » (blog « Balades à Tarnac »)

[6] Révélée par Backchich : www.bakchich.info/article5818.html.

[7] Article disponible sur http://www.lechene.org/images/stories/presse2008/mam_figa....

[8] Publié dans INPS, le journal du plateau de Millevaches, no 23, juin 2008.

[9] Disponible sur http://escalbibli.blogspot.com/2008/05/fabrication-artisa.... Notons que le journal CQFD avait publié une analyse similaire dès le mois de février, cf. www.cequilfautdetruire.org/ ?article1652

[10] Rendu « semi-public » sur le blog de Bernard Aubin, délégué de la CFTC Cheminots, le 8 novembre, donc le jour même des nouveaux sabotages : « Selon quelques éléments à ma connaissance, le câble d’alimentation d’une LGV aurait fait l’objet de dégradations volontaires très récemment. L’impact sur le trafic fut limité. Pas d’écho dans la presse. L’enquête se poursuit, je n’en dirai pas plus. » Le soir même TF1 évoque rapidement l’action du 25 octobre, deux jours avant le communiqué officiel de la SNCF. Le 11 novembre sur le site du Républicain Lorrain Bernard Aubin déclare : « L’affaire a été passée sous silence par la SNCF pour les besoins de l’enquête et pour éviter les effets d’émulation. »

[11] Nous avons décidé de conserver l’anonymat de toutes les personnes en cause, hormis Julien Coupat dont toute la presse a parlé (et dont le nom figure dans l’ours du premier numéro de Tiqqun) et Benjamin Rosoux, qui a accepté d’intervenir sous son nom dans les médias à sa sortie de détention provisoire.

[12] Analyse détaillée et juste de Judith Bernard d’Arrêts sur images, disponible sur Internet : http://www.arretsurimages.net/contenu.php ?id=1457.

[13] « Déjà confondus par des éléments techniques, dont de l’ADN, les saboteurs du rail [...] » écrit Christophe Cornevin dans Le Figaro du 12 novembre...

[14] Daniel Schneidermann, dans sa chronique du 17 novembre dans Libération, s’est amusé à chercher d’autres articles du même Cornevin, tout aussi stupéfiants dans leur manque de rigueur.

[15] La médiatrice du Monde, Véronique Maurus, s’en félicitera le 14 décembre : « Le journal s’est en effet gardé de prendre position sur l’enquête en cours. Ni éditorial ni analyse. Il n’a pas hurlé avec les loups, ni contre. Il s’est contenté d’informer, de vérifier, d’enquêter, bref de faire un travail de journaliste. » C’est globalement vrai.

[16] Puisque les journalistes, pourtant peu avares de détails croustillants ou à charge, ont omis de donner la provenance de cette somme, précisons qu’en tant que gérant de la JC SARL, une société immobilière fondée par ses parents et qu’ils lui ont transmis par donation, Julien Coupat touche un salaire de 1000 euros par mois, et non pas « plus de 60 000 euros par an », comme l’écrit par erreur Le Figaro Magazine du 21 novembre, qui confond sans doute les revenus avec le chiffre d’affaires (62 126 euros), d’autant que le résultat de la société est négatif (- 50885 euros). En revanche, l’actif immobilier de la SARL est estimé à 1150 000 euros (documents du greffe).

[17] Un bémol : le texte n’a pas été anonymisé, donnant le nom de famille de tous les protagonistes.

[18] Pour être complet, précisons que le rapport accuse Julien Coupat et Gabrielle H. d’avoir été présents, dans la nuit 25 au 26 octobre, en Moselle, à « 70 kilomètres » du lieu du sabotage de Vigny/Baudrecourt.

[19] Ce que permet le droit français depuis une loi de 2001 (gouvernement de Lionel Jospin), renforcée par Dominique Perben en 2002.

[20] Voir dans le détail l’article du Tigre : http://www.letigre.net/La-presse-et-Outreau2001-2006.html.

[21] Gérard Coupat est intervenu dans de nombreux médias. Notons également que L’Appel espérait « empêcher par tous les moyens la recomposition de la gauche » et que le 11 décembre, députés PS, PC et Verts ont donné une conférence de presse commune sur la « dérive sécuritaire ».

[22] Le plus étonnant est la façon dont, à chaque fois, la dernière séquence, celle d’introspection générale, sera oubliée dès la prochaine affaire. Cf. la fausse agressée du RER D, et les articles qui ont suivi sur « l’emballement médiatique ».

via le-tigre.net

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03/02/2009

Le grand spectacle anti-terroriste

 

Plus de deux mois après l'opération à grand spectacle menée par la police dite "antiterroriste" sur le plateau de Millevaches, que reste-t-il du battage orchestré par les autorités gouvernementales ?

On avait annoncé le démantèlement d'un dangereux réseau de terroristes de l'ultragauche, baptisés "anarcho-autonomes", dont les actes de sabotage mettaient en danger des milliers de vies. Des centaines de policiers avaient investi, à l'aube du 11 novembre, le paisible village de Tarnac en Corrèze, pour y arrêter un groupe de jeunes gens qui, on l'a appris peu à peu au gré de fuites distillées, avaient pour premier tort de ne pas bien penser et de ne pas vivre comme tout le monde : lisant des livres jugés subversifs, menant une vie qualifiée par le parquet de "dissolue", n'ayant pas - circonstance aggravante - de téléphone portable, et donc plus difficiles à écouter à leur insu, ces dangereux révoltés ont été présentés comme les auteurs de dégradations récurrentes du réseau de caténaires alimentant les trains en électricité. Ils étaient, en réalité, si "clandestins" qu'ils géraient l'épicerie du village et étaient appréciés de tout le voisinage...

Au nom de lois d'exception qui depuis vingt-trois ans sacrifient le respect de l'Etat de droit à la gesticulation antiterroriste, on a mené une sorte d'opération de commando militaire ; on a violé la présomption d'innocence et le secret de l'instruction en ne communiquant à la presse que des éléments à charge et souvent déformés, dont certains, de surcroît, n'étaient même pas communiqués aux avocats des personnes interpellées ; on a qualifié d'actes terroristes des actes qui, s'ils ont retardé des trains et causé un préjudice à la SNCF, n'ont menacé la vie de personne. On a soumis ces jeunes gens à une garde à vue de 96 heures, on les a mis au secret et traités comme des détenus à très haut risque.

Heureusement, la justice a peu à peu contribué à décrédibiliser la dramatisation politico-policière. Au bout de quelques semaines, du réseau terrifiant annoncé (déjà réduit à cinq mises en examen), il n'est resté qu'une personne en détention provisoire. Yldune Lévy, malgré l'acharnement d'un parquet tenu de près, a été à son tour libérée. Mais Julien Coupat, présenté comme le "chef" de ces "anarchos-autonomes" (au nom d'une conception assez hiérarchisée de l'anarchie...) reste derrière les barreaux, sans doute pour tenter de masquer l'inanité de la thèse ministérielle initiale. Ce qui ne relève en rien des motifs de recours à la détention provisoire tels que les énonce le code de procédure pénale.

Plus les jours passent, et plus cette affaire évoque, non pas la lutte, évidemment nécessaire, contre le terrorisme, mais la volonté de faire admettre une extension insoutenable du champ de cette notion. Le "terrorisme" ne peut se définir sérieusement que comme le fait de chercher à terroriser les populations civiles par des actes de violence dirigés contre les personnes. Si les dégradations des caténaires doivent sans aucun doute faire l'objet de poursuites, rien ne justifie une assimilation qui étend potentiellement à l'infini le champ de lois d'exception déjà détestables dans leur principe. Et ni un mode de vie atypique ni des opinions minoritaires ne font de ces jeunes gens des délinquants.

La mise en scène de Tarnac n'est que l'aboutissement d'une stratégie de communication définie dans une circulaire ministérielle de juin 2008 lançant la chasse aux fantomatiques "anarchos-autonomes". Comment expliquer autrement la communication illégale et très sélective à des journalistes de pièces du dossier classées "secret défense", ainsi que l'argument sidérant selon lequel la participation à une manifestation parfaitement légale à Vichy contre la politique de l'immigration constituerait un indice de culpabilité de l'une des personnes arrêtées ?

On voit comment une procédure d'exception, mise au service de postures politiciennes, débouche sur la violation de principes fondamentaux de l'Etat de droit : la disproportion évidente entre les moyens mis en oeuvre et la situation réelle sur le terrain reflète la distorsion délibérée de la qualification d'acte terroriste ; la méconnaissance des limitations légales du recours à la détention provisoire ne sert qu'à tenter de justifier la dramatisation initiale de la présentation ministérielle de l'opération.

La violation massive de la présomption d'innocence ne vise de même qu'à persuader l'opinion de l'importance et de la gravité prétendues de l'affaire. Justice et politique ne font pas bon ménage ; lois d'exception et respect des droits non plus. Les habitants de Tarnac et des alentours en ont fait une expérience qu'ils ne sont pas près d'oublier. Tôt ou tard, la gestion invraisemblable de cette affaire politico-judiciaire devra revenir au traitement raisonnable de ses proportions réelles. Le plus tôt, non seulement pour Julien Coupat et pour les autres personnes visées, mais aussi pour nos libertés à tous, sera le mieux.

 

Anne-Cécile Antoni, présidente de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) ;
Martine Billard, députée de Paris ;
Jean-Louis Borie, président du Syndicat des avocats de France ;
Nicole Borvo Cohen-Seat, sénatrice de Paris ;
Bernadette Bourzai, sénatrice de Corrèze ;
Patrick Braouezec, député de Seine-Saint-Denis ;
Daniel Cohn-Bendit, député européen ;
Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme ;
Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts ;
Noël Mamère, député de Gironde ;
Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature ;
Jack Ralite, sénateur de Seine-Saint-Denis ;
Martine Roure, députée européenne, vice-présidente du Parlement européen.

 

 

07:25 | Lien permanent | Commentaires (0) |

31/01/2009

soutien à Coupat

1.200 manifestants en soutien à Coupat

AP

31/01/2009

Quelque 1.200 personnes, selon les chiffres de la préfecture de police de Paris, ont manifesté cet après-midi en soutien à l'appel des comités de soutien à Julien Coupat, présenté comme le chef de la cellule soupçonnée de sabotages de caténaires SNCF.

Il reste le seul détenu dans ce dossier après la libération de sa compagne Yldune Lévy le 16 janvier dernier.

Partis du Quartier Latin, les manifestants ont rejoint la place Denfert-Rochereau en passant devant la maison d'arrêt de la Santé où Julien Coupat est incarcéré depuis le 15 novembre. La préfecture n'a pas signalé d'incidents.

Le 16 janvier, un juge des libertés et de la détention (JLD) s'était déjà opposé à la libération de Julien Coupat, une décision dont son avocate, Me Irène Terrel, avait fait appel, mais qui a été confirmée vendredi.

Le 19 décembre dernier, le jeune homme avait pourtant été remis en liberté par un autre JLD, mais le parquet avait interjeté appel et obtenu gain de cause le 26 décembre pour qu'il reste en prison.

Julien Coupat est écroué depuis le 15 novembre, date de sa mise en examen pour "direction d'une association de malfaiteurs terroristes", chef d'accusation passible des assises. Sur les neuf personnes mises en examen dans ce dossier dont la qualification terroriste fait débat, cinq sont soupçonnées d'avoir participé à des actes de malveillance ayant visé la SNCF. Proches de la mouvance qualifiée d'anarcho-autonome par la police, elles sont suspectées d'avoir formé une "cellule invisible".

Le 2 décembre dernier, la chambre de l'instruction avait ordonné la remise en liberté de trois proches de Julien Coupat. Sa compagne, Yldune Lévy, a quitté la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis le 16 janvier. Une semaine plus tard, la chambre de l'instruction a confirmé son maintien en liberté.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/01/31/01011-200901...

 

Parmi les slogans scandés : "Police partout, justice nulle part !", "Libérez Coupat enfermez Alliot-Marie !" ou encore "C'est l'Etat les terroristes !". 1.200 personnes, selon la police, ont manifesté samedi après-midi à Paris contre les lois antiterroristes et en soutien aux mis en examen dans l'enquête sur les dégradations contre des lignes TGV. Dans cette affaire de sabotages, Julien Coupat reste le seul encore en détention.

Portant ou pas des masques blancs avec l'inscription "terroriste", les manifestants ont défilé entre le jardin du Luxembourg et Denfert-Rochereau. Des incidents ont eu lieu lorsque le cortège est passé à proximité de la prison de la Santé où est détenu Julien Coupat, soupçonné d'être le chef du groupe à l'origine des dégradations contre des lignes TGV et incarcéré depuis le 15 novembre.

"Cela aurait pu être moi"

8 policiers ont été blessés samedi, dont deux ont dû être hospitalisés, et 15 personnes ont été interpellées "en flagrant délit", a indiqué la préfecture de police, selon qui "des anarchistes et anarcho-autonomes" ont procédé à des "tirs de fusées", à des jets de "projectiles divers ainsi que de fumigènes" visant les CRS, qui maintenaient un important cordon, avec grilles et canon à eau, pour empêcher les manifestants de s'approcher de la prison.

"Ne nous laissons pas terroriser par l'Etat", proclamait une banderole de la Fédération anarchiste. "L'Etat français prend des boucs émissaires et comme par hasard c'est le mouvement libertaire anarchiste qui est visé", a déclaré à l'AFP Hugues Lenoir, de la Fédération anarchiste. "Cela aurait pu être moi, ça aurait pu être bien d'autres ici", a confié à l'AFP une manifestante sous le couvert de l'anonymat, au sujet de la détention de Julien Coupat

http://tf1.lci.fr/infos/france/faits-divers/0,,4244120,00...

 

 

C’était notre billet du 27 décembre dernier : Liberté pour Julien et Yldune, incarcérés sans aucune preuve. Que s’est-il passé depuis ? Une bonne nouvelle d’abord : Yldune Levy, la compagne de Julien Coupat que l’on voit ci-contre à la Une du Point du 16 janvier, à la sortie de Fleury Mérogis, a enfin été libérée. Mais Julien, lui, reste en prison. Et c’est insupportable.

La cour d’appel a refusé hier une énième demande de mise en liberté. Officiellement pour "empêcher une pression sur les témoins et une concertation frauduleuse entre la personne mise en cause et les coauteurs et complices", selon l’arrêt de la Cour repris par Bakchich.Info. Qui ironise, traitant Coupat d’ "héritier en puissance d’action directe" menaçant, si on le libère, de "faire régner à nouveau la terreur et les retards sur les rames et parmi les usagers des transports en commun". Parce qu’il faut le redire ici : la qualification d’entreprise terroriste est scandaleuse pour ce qui n’est qu’un acte de malveillance n’ayant jamais mis en danger la vie de quiconque. L’arrêt précédent de la cour d’appel, celui du 23 décembre condamnant Coupat à passer Noël en prison, est à cet égard hallucinant : il est qualifié de "profondément ancré dans une logique dévastatrice" et son maintien en détention a pour but de "mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public (…) s’agissant d’une idéologie de destruction cherchant à ébranler les structures de la société par des attaques massives et violentes contre les moyens de communication suscitant une très vive inquiétude dans l’ensemble de la population". Des attaques massives et violentes, deux sabotages de caténaires dont on n’a qui plus est aucune preuve que Coupat ait quoi que ce soit à y voir ?

Le 22 janvier dernier, Médiapart révèle que le seul témoin à charge, "qui a gravement mis en cause sur procès-verbal Julien Coupat – dernier suspect encore incarcéré –, ne serait pas crédible. Cet homme est notamment sous le coup d’une condamnation pour « dénonciation de délits imaginaires ». Mais ça n’ébranle pas la cour d’appel puisqu’elle maintient, encore et couvtoujours, Julien en prison. C’est aujourd’hui son 78e jour de tôle. Un pur scandale. Citons ce qu’en dit le sociologue belge Jean-Claude Paye, auteur de La fin de l’Etat de droit : La lutte antiterroriste, de l’état d’exception à la dictature, dans une tribune publiée par La libre Belgique : "Dorénavant un individu est arrêté comme terroriste, pas à cause d’actes commis, mais parce qu’il est nommé comme tel par la police. Le 11 novembre 2008, dans le cadre de “l’opération Taïga”, 150 policiers ont encerclé Tarnac. Simultanément, des perquisitions étaient menées à Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de 10 jeunes gens est avant tout un spectacle destiné à créer l’effroi. Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotage de lignes de la SNCF, qui ont causé, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants, l’arrachage de plusieurs caténaires, ont été qualifiés de terroristes, alors qu’ils n’ont, à aucun moment, menacé la vie humaine. L’accusation, qui dit disposer de nombreux indices, notamment des écrits et la présence de cinq suspects près de lignes sabotées au moment des faits, reconnaît n’avoir aucune élément matériel de preuve. C’est leur profil qui justifie leur inculpation. Ils ont été arrêtés car “ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers” et nombre d’entre eux “participaient de façon régulière à des manifestations politiques”, par exemple : “aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration”. Quant à leur logement, il est désigné comme un “lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes”. Bien qu’ils seraient le “noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armée”, la plupart seront rapidement libérées, certains sous condition, d’autres assignés à résidence, mais ils resteront inculpés. (...) Le discours du pouvoir procède à un double déplacement : de simples actes de sabotages, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiés de terroristes et ces actes sont nécessairement attribués aux jeunes de Tarnac, bien que la police reconnaît l’absence de tout élément matériel de preuve. (...)

 

jcpL’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position de Mme Alliot-Marie, reprise au sein d’un rapport de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, est particulièrement intéressante : “Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure la ministre. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers.” Mais la ministre en convient : “Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes.” Ces déclarations résument bien l’ensemble de l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission “proactive” aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé (...). Dans les déclarations de Mme Alliot-Marie la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre la phase du délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support. Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité. Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle “de documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares”. Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer. (...) L’affaire des “autonomes” de Tarnac n’a pas grand chose à voir avec la vieille notion d’ennemi intérieur et la stigmatisation traditionnelle des opposants politiques. Ici, on ne s’attaque pas à une idéologie déterminée, à une forme de conscience, mais simplement au corps, à des comportements, au refus de s’abandonner à la machine économique. Il ne s’agit donc pas de démanteler une avant garde, mais de montrer que le refus de faire de l’argent, d’éviter les dispositifs de contrôle ou la volonté de refaire du lien social constituent une forme d’infraction, la plus grave qui existe dans notre société, un acte terroriste. Cela concerne tout un chacun et non seulement une sarkomatrakminorité."

 

Grande manifestation aujourd’hui à Paris contre l’antiterrorisme : départ à 15 h du RER Luxembourg.

 

Le site du Comité de soutien aux inculpés du 11 novembre.

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23/01/2009

Pour le sourire d'Yldune

Sabotage SNCF: Yldune Lévy remise en liberté par la cour d'appel de Paris

AP | 23.01.2009 | 17:11

Yldune Lévy reste en liberté et sa défense attaque pour réclamer un non-lieu pour la jeune compagne de Julien Coupat, mise en examen dans l'enquête sur les actes de malveillance contre les lignes TGV de la SNCF. A la sortie de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, qui a confirmé vendredi la libération de sa cliente, Me Steeve Montagne a fustigé un dossier "construit" par le parquet.

Pour l'accusation, Yldune Lévy a un "mode de vie semi-clandestin, une pensée forcément subversive. Cette construction vient de voler en éclat", a déclaré le jeune avocat. Selon lui, sa cliente, trop émue pour s'exprimer elle-même, "a une grande volonté de retour à la normalité". "Elle va reprendre ses études et assurer sa défense pour obtenir un non-lieu", a-t-il indiqué.

Le contrôle judiciaire oblige cependant la jeune femme de 25 ans, étudiante en archéologie, à résider à Paris, à ne pas se rendre à Tarnac, lieu de rassemblement du groupe soupçonné des actes de sabotage contre la SNCF, et lui interdit le contact avec les autres suspects, ainsi qu'avec les parents de son compagnon, Julien Coupat. Une quarantaine de proches étaient venus vendredi au Palais de justice et ont accueilli la décision par des applaudissements.

"On est en droit d'attendre la libération de Julien maintenant", a souligné son père, Michel Lévy. "On reste combatifs pour Julien et après sur le dossier, c'est un non-lieu, soyons clairs. On demande des excuses et un non-lieu".

Pour Michel Lévy, le dossier reste vide: "il y avait un groupe, il n'y a plus de groupe, il y avait Bonnie et Clyde, il n'y a plus de Bonnie et Clyde", a-t-il ironisé, entouré d'une forêts de caméras et de micros, suivi par sa fille et son avocat.

Le 14 janvier, le juge d'instruction Thierry Fragnoli avait ordonné la remise en liberté d'Yldune Lévy, incarcérée depuis sa mise en examen pour "destruction en réunion en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" le 15 novembre 2008.

Le parquet avait interjeté appel de cette décision en choisissant une procédure d'urgence, le référé-détention, qui permettait le maintien en détention de la jeune femme. Mais dès vendredi dernier, la chambre de l'instruction avait estimé que cette procédure d'urgence n'était pas fondée et avait ordonné la libération d'Yldune Lévy. Une décision confirmée ce vendredi après l'examen de l'affaire au fond.

Pour le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, interrogé vendredi matin sur RTL ce dossier n'est pourtant "pas vide". "Je ne dis pas que M. Coupat est coupable, (...) il est encore présumé innocent, il dispose d'une défense efficace, mais le juge est en train de voir si les éléments qui sont dans le dossier sont à charge ou pas suffisamment à charge à l'égard de ce garçon et d'autres", a-t-il nuancé.

Julien Coupat est le seul des neuf mis en examen du dossier encore incarcéré depuis le refus, vendredi dernier, d'un juge des libertés et de la détention, de le remettre en liberté. Cinq de ces neuf personnes sont soupçonnées d'avoir participé à des actes de malveillance ayant visé la SNCF. Proches de la mouvance qualifiée d'"anarcho-autonome" par la police, elles sont suspectées d'avoir formé une "cellule invisible".

Des actes de malveillance ont été commis entre le 26 octobre et le 8 novembre contre des lignes TGV. Des fers à béton en forme de crochets ont été posés sur des caténaires en Moselle, dans l'Oise, l'Yonne et la Seine-et-Marne, entraînant des retards dans la circulation de plusieurs dizaines de trains. AP

 

Yldune Lévy, la compagne de Julien Coupat, mise en examen dans l'enquête sur les dégradations contre des lignes ferroviaires à grande vitesse, a quitté vendredi en début de soirée la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) après avoir été remise en liberté par la cour d'appel de Paris.

La cour avait ordonné peu de temps auparavant, contre l'avis du parquet, la remise en liberté sous contrôle judiciaire d'Yldune Lévy qui est sortie peu après 18h30 de la prison.

"Maintenant, j'ai envie de rentrer chez moi avec mes parents et j'espère que Julien sortira très vite", a déclaré la jeune femme, 25 ans, une petite brune aux yeux noirs coiffée d'un bonnet de laine blanc, mise en examen pour "destructions en réunion et association de malfaiteurs à visée terroriste".

Son contrôle judiciaire lui interdit d'entrer en contact avec les autres mis en examen, de quitter la région parisienne et l'oblige à pointer au commissariat chaque semaine.

Le président de chambre Norbert Gurtner a infirmé le référé-détention pris par le parquet de Paris pour empêcher la remise en liberté d'Yldune Lévy, ordonnée par le juge d'instruction, estimant que cette procédure d'urgence en l'état ne se justifiait pas.

"C'est un échec complet pour le parquet, pour les ministres de la Justice et de l'Intérieur qui ont instrumentalisé dès le départ ce dossier en en faisant un dossier politico-médiatique", a dit son avocat Me Steeve Montagne, visiblement très ému, en saluant "l'indépendance" du président de chambre.

Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) avait dénoncé jeudi "l'entêtement de la ministre de l'Intérieur et du parquet à vouloir maintenir une qualification des faits volontairement disproportionnée". Le juge Thierry Fragnoli s'était aussitôt étonné qu'un syndicat exprime un avis sur un dossier dont il n'a "pas une connaissance approfondie".

Selon Me Montagne, le président Gurtner a été sensible "aux garanties de représentation" de sa cliente, à l'absence de risque de fuite à l'étranger ou de dangerosité d'Yldune, une jeune femme sans histoire qui poursuit des études à Paris et vit chez ses parents".

Mais pour être définitive, la remise en liberté d'Yldune Levy devra être confirmée vendredi par la cour d'appel de Paris qui examinera au fond l'appel du parquet contre sa remise en liberté.

Réunie cette fois en formation collégiale (un autre président et deux assesseurs), la chambre de l'instruction n'est en effet pas tenue de suivre l'arrêt pris ce vendredi par un président de chambre. Elle aura le choix entre confirmer la remise en liberté ou ordonner le retour en détention.

Elle "est bien entendu souveraine dans l'appréciation de ce dossier mais on va se battre pour obtenir la confirmation de la liberté d'Yldune", a déclaré Me Montagne.

Yldune Lévy s'était vu refuser le 22 décembre 2008 une première demande de mise en liberté par un juge des libertés et de la détention (JLD) au motif qu'elle n'avait pas été interrogée sur le fond du dossier par le juge Fragnoli. Cette audition a eu lieu le 8 janvier.

Après la remise en liberté de Yldune Lévy, des neuf personnes mises en examen dans ce dossier, Julien Coupat, chef présumé d'un groupe présenté comme "anarcho-autonome", restera le seul en détention, à la maison d'arrêt de la Santé.

Vendredi, un juge des libertés et de la détention (JLD) a rejeté une nouvelle demande de remise en liberté déposée par son avocate, Me Irène Terrel, qui a fait appel.

http://www.rtlinfo.be/rtl/news/article/211130/--Sabotage+...

 

à Julien, merci pour ta carte postale de " Paris et ses merveilles".

http://www.dailymotion.com/video/xwran_arno-vive-ma-liber...

18:08 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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