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12/03/2012

Documents situationnistes

 

 

via Jules Bonnot de la Bande

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11/12/2010

Mille milliards de dollars - Henri Verneuil - 1982



10:40 | Lien permanent | Commentaires (0) |

29/06/2010

La Cour suprême américaine ne touche pas aux armes

 

 

Conformément au 2e amendement de la Constitution, la plus haute juridiction des Etats-Unis a estimé ce lundi que, à l'instar de l'Etat fédéral, les Etats et les villes ne pouvaient ni limiter ni interdire les armes à feu. C'est une défaite cinglante pour les partisans du contrôle.

Contrôle raisonnable.jpg

 

Pas touche au 2e amendement ! Après une longue procédure et de nombreux débats, et malgré les fusillades quasi-quotidiennes se produisant un peu partout dans le pays, la Cour suprême des Etats-Unis a décidé ce lundi que le port des armes de feu demeurerait un droit inaliéable pour les citoyens des Etats-Unis -ce droit est garanti depuis 1791 par le 2e amendement de la Constitution*. 

Les neuf juges de la plus haute juridiction américaine étaient appelés à se prononcer sur une loi de la ville de Chicago, qui interdisait partiellement le port d'armes, de manière inconsitutionnelle, depuis 28 ans. La réponse s'est jouée à 5 contre 4 : à l'instar de l'Etat fédéral, les Etats fédérés, comme les municipalités, ne peuvent pas limiter, et encore moins interdire, la possession des armes à feu dans un but d'auto-défense car le droit des particuliers est égal, voire supérieur, au leur.

"Contrôle raisonnable"

Les partisans de la régulation des armes affirmaient que le 2e amendement visait à empêcher l'Etat fédéral de chercher à prendre le contrôle des Etats. Mais il y a deux ans, la Cour suprême avait déjà interprété l'amendement comme le droit pour chaque citoyen de posséder une arme chez lui pour son auto-défense. Qualifiée d'historique à l'époque, la décision ne s'appliquait cependant qu'à l'Etat fédéral, puisqu'elle concernait la seule ville de Washington. Depuis, un habitant de Chicago, où les armes sont complètement interdites, soucieux de se défendre contre "les dealers et les bandes", a saisi la Cour pour qu'elle étende cette interprétation à l'ensemble des Etats.

En revanche, la Cour suprême estime que les juridictions locales conservent la possibilité de mettre en place un "contrôle raisonnable" sur la base de celui déjà existant au niveau national.

* "Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé".

Outre les armes, la Cour suprême a annoncé qu'elle ne se prononcerait pas sur l'immunité du Saint-Siège. Cela implique que le Vatican pourra être tenu responsable au civil des éventuels actes d'un prêtre dans une affaire de pédophilie. La Cour suprême confirme ainsi la décision d'une cour d'appel de lever l'immunité du Saint-Siège dans une affaire de prêtre pédophile dans l'Oregon. A la suite de cette décision, c'est le Vatican qui avait fait appel devant la Cour suprême.

 

reverand.jpg

Le refus des neuf sages lundi signifie que la décision de la cour d'appel  devient définitive. Un tribunal américain pourra alors passer à l'étape suivante  et examiner la qualité d'"employeur" du Vatican vis-à-vis du prêtre mis en cause pour décider si la procédure peut se poursuivre à l'encontre de l'Eglise.

piqué chez TFouane.fr - 28/06/2010

14:53 | Lien permanent | Commentaires (2) |

13/04/2010

Identité nationale et patriotisme aux Etats-Unis

Les milices sur le pied de guerre

 

L’an dernier, l’extrême droite a connu un essor fulgurant. Les changements politiques, démographiques et économiques aux Etats-Unis ont entraîné la création d’une myriade de nouveaux groupes.

Le nombre de groupuscules incitant à la haine est depuis quelques années en constante augmentation : + 54 % de 2000 à 2008. La crise économique et l’arrivée au pouvoir d’un président noir ont encore accéléré leur développement. Si le Parti national-socialiste des travailleurs américains – une importante faction néonazie – a implosé en novembre 2008, le foisonnement des organisations extrémistes s’est poursuivi en 2009 (932 groupes répertoriés, contre 926 l’année précédente), selon le dernier décompte effectué par le Southern Poverty Law Center*. Parallèlement, le nombre de groupes “nativistes” [xénophobes] qui ne se contentent pas de prôner une politique d’immigration plus restrictive mais agressent ou harcèlent physiquement les immigrés est passé de 173 en 2008 à 309 l’année dernière. Pratiquement tous ces groupes d’autodéfense sont apparus depuis le printemps 2005.

Ce sont surtout les mouvements “patriotes” qui ont connu la plus forte poussée. Le mouvement patriote s’est fait connaître au milieu des années 1990, s’insurgeant contre ce qu’ils considèrent comme des tendances despotiques du gouvernement. Ce mouvement est né dans des circonstances dramatiques – après la mort de 76 davidiens lors du siège de Waco, au Texas, en 1993. Si le mouvement patriote fédérait des personnes proches de groupuscules racistes, l’ennemi à abattre restait le gouvernement fédéral. Il se distinguait également par son goût pour les théories du complot. Au début des années 2000, la mouvance patriote avait pratiquement disparu, mais on a assisté l’an dernier à une spectaculaire résurgence du mouvement et de sa branche paramilitaire, les milices. En 2009, 363 nouveaux groupes patriotes ont fait leur apparition, leur nombre passant de 149 (dont 42 milices) à 512 (dont 127 milices) – soit une augmentation de 244 %.

Une tendance inquiétante car, dans les années 1990, des individus proches de cette mouvance ont perpétré de nombreuses violences, notamment l’attentat d’Oklahoma City qui a entraîné la mort de 168 personnes en 1995.

Aujourd’hui, les frontières entre les différents courants d’extrême droite sont devenues plus floues : les nativistes reprennent les thèses des patriotes, les déclarations racistes contre Obama se multiplient au sein du mouvement patriote, et les théories du complot fleurissent dans toutes les manifestations de droite.


* Fondé en 1971 en Alabama pour défendre en justice les militants des droits civiques, le Southern Poverty Law Center s’est spécialisé dans la surveillance des groupes extrémistes aux Etats-Unis.

Article du Courrier International - 18/03/2010

 

Sid_Vicious_was_innocent.jpg

« Tu conclus bien sur l'overdose de confusionnisme dans le Marcus ».

 

Citation prise chez Jules Bonnot de la Bande (écrit de Guy Debord à Jean-François Martos à propos de Lipstick Traces )

20:37 | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/04/2010

Nouvelle doctrine nucléaire : Nuke them all...

 

Nucléaire: "toutes les options ouvertes"


"Toutes les options sont ouvertes" avec l'Iran et la Corée du Nord, car ces pays ne respectent pas le traité de non-prolifération nucléaire, a lancé aujourd'hui le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.

"Puisqu'ils ne respectent pas le traité de non-prolifération nucléaire, toutes les options sont sur la table", a-t-il dit, invité sur CBS à expliquer la doctrine nucléaire que les Etats-Unis viennent de réviser. "Nous n'utiliserons pas d'armes nucléaires en riposte si vous n'avez pas d'armes nucléaires et que vous respectez" le régime de non-prolifération, a insisté aux côtés de M. Gates la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

"Mais nous nous conservons une marge de manoeuvre", a-t-elle ajouté: "Si nous pouvons prouver qu'une attaque biologique a pour origine un pays qui nous a attaqués, alors toutes les options sont sur la table".

Le Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, avait auparavant dénoncé dimanche "la menace nucléaire déshonorante" de Barack Obama contre l'Iran.

Les Etats-Unis et d'autres grandes puissances accusent l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire sous couvert d'un programme civil, ce dont la République islamique se défend. Washington espère obtenir bientôt de nouvelles sanctions contre Téhéran à l'ONU.

AFP 11/04/2010- Le Figaro

 

La nouvelle doctrine nucléaire du président Obama

Avec plusieurs semaines de retard, le président Barack Obama a rendu publique le 6 avril la nouvelle doctrine nucléaire des Etats-Unis. La divulgation du document survient à la veille de la signature d’un accord START (Traité de réduction des armes stratégiques) entre Washington et Moscou et à une semaine d’un sommet sur la non-prolifération qui se tiendra aux Etats-Unis les 12 et 13 avril. Le document a donné lieu à des vifs échanges à l’intérieur de l’administration Obama et à des pressions des faucons japonais et du Pentagone pour édulcorer les propositions formulées par le président américain en avril 2009 de « réduire le rôle des armes nucléaires dans notre stratégie de défense nationale ».

Au final, et malgré certaines avancées, la nouvelle doctrine américaine reste très en retrait et ne renonce pas à utiliser en premier l’arme atomique, y compris contre un pays qui n’en dispose pas.

Le Monde Diplomatique - 07/04/2010

 

Du côté de chez nous...

 

L’article 49 de la loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances (LOLF) fixe au 10 octobre la date limite pour le retour des réponses aux questionnaires budgétaires.

À cette date, 26 des 52 questions (50 %) avaient reçu une réponse, les 26 autres étant classifiées, ce qui interdit de publier et de divulguer les éléments qui y sont contenus, « sous peine de contrevenir aux règles en vigueur en matière de protection du secret ».

Le Rapporteur spécial, qui se plaignait d’avoir eu 35 % de ses réponses classifiées en 2007 et 48 % en 2008, avait en conséquence réduit son questionnaire de 60 à seulement 52 questions, écartant les plus sensibles. Mais malgré la réduction questionnaire, le taux de réponses inutilisables a augmenté.

Comme les années précédentes, la classification de ces documents s’avère souvent très discutable dans la mesure où une bonne partie des informations figurant sur ces réponses est publiée soit dans des documents publics, soit même dans la presse. Que les réponses relatives aux grandes orientations de la politique spatiale de la France ou aux effectifs de notre réseau d’attachés de défense soient classifiées peut étonner. Mais que les questions relatives à l’état d’avancement du programme A 400 M ou au taux de disponibilité du Rafale soient également tenues secrètes nous inquiète…

Cette classification restreint l’information et le contrôle du Parlement sur le bon usage des deniers publics. L’interdiction d’évoquer la situation de Nexter, qui fut un gouffre financier à l’époque où cette entreprise s’appelait Giat, n’est pas admissible.

Votre Rapporteur spécial regrette profondément ces dysfonctionnements

...

 

II.– LA DISSUASION

La dissuasion nucléaire occupe une place fondamentale au sein du système de défense français dont elle constitue l’expression ultime. Elle demeure la garantie fondamentale de la sécurité nationale et se situe au cœur des moyens qui permettent à la France d’affirmer le principe d’autonomie stratégique, dont découle sa politique de défense.

Avec 3,05 milliards d’euros de crédits de paiement inscrits en loi de finances initiale, la dissuasion nucléaire représentera, en 2010, 27 % des crédits d’équipements de la défense, signe de sa place prépondérante dans le système de défense français. Si l’on ajoute les crédits dispersés dans les autres programmes mais concourant à la dissuasion nucléaire (recherche, soutien, adaptation des infrastructures…) ce sont près de 3,5 milliards d’euros qui seront dépensés en 2010 pour assurer la dissuasion nucléaire de la France.

...

 

La France disposera à compter de 2010 de quatre SNLE-NG. Pourtant, seuls trois lots de missiles M51 seront nécessaires dans la mesure où il n’est pas envisagé que les quatre bâtiments puissent être en même temps en patrouille. Compte tenu de leur coût, les missiles sont donc retirés du sous-marin qui rentre de patrouille pour armer celui qui va partir.

Les trois lots ont été commandés respectivement en 2004, 2006 et 2009. En 2010, 409 millions d’euros d’autorisations d’engagement et 686 millions d’euros de crédits de paiement seront consacrés au programme M51. En outre, 231,5 millions d’euros d’autorisations de programme et 164 millions d’euros de crédits de paiement seront inscrits pour adapter au missile M51 le premier des trois autres SNLE-NG. Le ministère ne précise pas lequel.

...

Version PDF

http://www.assemblee-nationale.fr/13/budget/plf2010/b1967-tIII-a10.asp

 

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04/04/2010

Badie BERTRAND - L’impuissance de la puissance - Les faiblesses engendrées de la force

La victoire de G.W. Bush en novembre 2004 a entraîné à peu près partout dans le monde une vague de peur et de désarroi face au choix des États-uniens[2]

S’il est probable que ce choix soit problématique, nous allons essayer de démontrer qu’il l’est en fait beaucoup plus pour ses concitoyens que pour les Européens. Mais ce que nous allons surtout essayer de montrer, c’est que les actuelles démonstrations de force de Washington sont le signe d’un affaiblissement structurel de la domination américaine sur le reste de la communauté internationale. Cet affaiblissement s’évalue sur trois axes : la baisse de la part de son économie sur l’économie mondiale, sa position d’hyperpuissance qui en fait un partenaire à affaiblir y compris dans le camp de ses habituels alliés, et enfin son actuelle idéologie messianique, source d’aveuglement géopolitique quant aux choix de ses stratégies.

[2] Nous employons ce terme, de plus en plus courant en géographie,...
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.

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18/09/2009

les milices aux Etats-Unis...Minutemen - Milice du Montana - Patrouille "citoyenne"...

Vidéo sur ces "miliciens" qui protègent...les Minutemen...soi-disant héros...

 

Les milices, une vieille histoire aux Etats-Unis, comme en France...

 

Publié le 6 février 2003
par REFLExes

 

Les milices, un phénomène relativement nouveau aux États-Unis, prennent leurs racines dans les vieilles traditions de liberté et des armes à feu. La tradition de liberté remonte aux fondements de la Constitution américaine qui garantit théoriquement la liberté d’expression (dans le premier amendement). Le droit de porter des armes à feu est également garanti par la Constitution.

Au cours de ce siècle, il y a eu des précurseurs des milices : les Minutemen pendant les années 1960 et les survivalists de l’ère Reagan. Le but premier de ces deux mouvements était de défendre l’Amérique contre le communisme.

Les Minutemen se décrivaient dans une brochure comme une « organisation nationale de patriotes américains […] dernier rempart contre le communisme ». Par l’intermédiaire de la plus puissante association du lobby des armes à feu, la National Rifle Association, les Minutemen ont accumulé de nombreuses adhésions et un formidable arsenal. Leurs liens politiques avec la droite allaient de la société anticommuniste John Birch à diverses fractions du Ku Klux Klan, en passant par l’Église de Jésus Christ Christian qui a évolué en Aryan Nations dirigée par Richard Butler.

Le mouvement survivalist, moins bien organisé, était basé sur une philosophie du « retour aux collines », grâce auxquelles les « patriotes américains survivront dans les déserts pendant l’invasion soviétique » pour après revenir combattre et gagner la guérilla contre « l’ennemi rouge ». Cette idée a été résumée dans le film L’Aube Rouge, réalisé en 1984 à l’apogée de la paranoïa de Reagan sur la guerre froide. Les survivalists ont donné naissance à des magazines et des boutiques consacrés à la protection de l’Amérique contre l’invasion russe. Les milices d’aujourd’hui puisent clairement leur inspiration dans ces deux mouvements, mais il n’y a pas autant d’anticommunistes (l’URSS est en morceaux) que d’anti-Clinton.

Le mouvement a sûrement commencé avec le projet de loi Brady qui est passé pendant la première année de la présidence de Clinton. Le projet de loi Brady limite l’achat des armes à feu en insistant sur une période de cinq jours de « calme » entre la demande d’une arme et du permis et l’obtention de ceux-ci. Ce projet a été largement vu par le lobby des armes comme une transgression au droit de porter des armes. C’est pourquoi Clinton a été décrit comme un « fasciste » par les milices, ainsi que le gouvernement qu’elles considèrent comme un tyran qui essaye de contrôler tous les aspects de la vie des gens.

Les milices ont tendance à mettre sur le dos du gouvernement tous les problèmes de la société américaine. Alors qu’en Europe, on a tendance à considérer que le gouvernement est capable de résoudre les problèmes, aux États-Unis, c’est le gouvernement qui est perçu comme le problème. Les milices croient donc que c’est leur devoir de protéger l’Amérique de son gouvernement.

Le mouvement des milices s’est rapidement déployé, il a des centres dans au moins vingt États, de la Pennsylvanie à la Californie. Une grande partie est concentrée au nord-ouest du Pacifique, dans les cinq États suivants : Idaho, Oregon, Montana, Washington et Wyoming. Comportant quelques-unes des plus spectaculaires beautés naturelles de l’Amérique, ces cinq États ont un intérêt particulier pour l’extrême droite. Ils sont ce que l’extrême droite appelle la « solution des 10% » ; en d’autres termes, ces cinq États, constituant 10% des cinquante États qui composent l’Union, sont revendiqués comme un « pays blanc » pour la population « aryenne » américaine. Bien évidemment, ils sont les cinq États qui ont le plus faible mélange ethnique de tous les États-Unis : seulement 5% des habitants de ces États peuvent être considérés comme une « minorité ».

L’Idaho est le lieu où est basé Aryan Nations, l’organisation néo-nazie quasi religieuse du pasteur auto-proclamé Richard Butler. C’est aussi dans cet État que l’ex-paramilitaire Bo Gritz, un proche collègue du membre du KKK David Duke, a monté une communauté survivalist appelée Almost Heaven. Robert Jay Matthews s’est basé juste de l’autre côté des frontières de l’État, à Washington, et a fondé la plus meurtrière des organisations terroristes néo-nazies qu’ait jamais vue l’Amérique : The Order, qui est responsable de plusieurs vols importants de lingots d’or, de nombreux meurtres dont celui de l’animateur de radio Alan Berg, et d’une bataille à mort avec la police ; après, le groupe a été pris dans une rafle. L’Oregon a été le foyer de quelques-uns des gangs de skins les plus vicieux de l’histoire américaine : à Portland, le réfugié éthiopien Mugleta Seraw a été tué par des skins qui l’ont battu à mort avec des battes de base-ball : cette triste histoire a été connue dans tout le pays. Février 1994, Montana. La milice du Montana a été fondée par deux frères (John et David Trochmann) et a recruté des centaines de supporters. Les frères Trochmann sont des héros du mouvement des milices qui est connecté au niveau national sur Internet et aux radios à ondes courtes. Ils insistent sur le fait que le contrôle de l’armement signifie « le contrôle du peuple », et sur le fait que cela constitue une large partie d’un programme gouvernemental plus large. Selon les Trochmann, le gouvernement américain est en guerre contre son propre peuple. Cette « guerre » est caractérisée par ce qu’ils appellent une taxation excessive, le projet d’une carte d’identité nationale et des lois de plus en plus restrictives (comme le projet de loi Brady). Ainsi, les Trochmann proclament que la seule solution est le combat. À un meeting typique des milices du Montana, David Trochmann tient un stand où il vend des manuels de l’armée américaine sur la survie et les combats lors des guérillas, et des gourdins de l’armée allemande qui envoient des décharges électriques de 160 000 volts. De plus, des sachets de nourriture séchée et congelée sont offerts en cadeau à ceux qui se préparent à attendre dans les collines jusqu’à ce que l’ennemi soit battu.

Mais la milice du Montana est plus qu’un groupe de fêlés se préparant à une guerre mythique contre Clinton : les connections avec l’extrême droite sont solides, et le fascisme est le cœur de l’idéologie sous-jacente du mouvement. John Trochmann a déjà été invité par l’Aryan Nations de Richard Butler, et il a encore parlé à leur congrès en 1990. En 1992, il a été impliqué dans l’incident Weaver. Randy Weaver était un suprémaciste blanc de l’Idaho qui a refusé de se rendre au FBI sous la menace ; il s’est finalement rendu une fois que sa femme et son fils ont été tués lors de tirs des tireurs d’élite du FBI. Le cas Weaver est considéré par de nombreux membres des milices comme une preuve que le gouvernement veut soumettre le « peuple » en le désarmant et en le renversant.

En ce moment, John Trochmann proclame qu’il n’est plus intéressé par le fascisme ; mais sur les stands de son frère durant les meetings, on voit des livres qui nient l’Holocauste et de la propagande fasciste (vidéo, etc.). Des théories sur la conspiration abondent à propos d’un gouvernement du monde socialiste qui contrôlerait Clinton et aurait pour but de réduire les Américains en esclavage. John Trochmann dit détenir des documents qui prouvent que les États-Unis seront morcelés en dix régions et que des camps de concentration sont en train d’être construits pour les dissidents (blancs). Selon lui, les responsables de ce plan diabolique sont des banquiers juifs renommés : les Warburg et les Rothchild. Quelle surprise ! Les vétérans antiracistes des États-Unis qui enquêtent sur les milices ont dit clairement que les Trochmann et leurs collègues à travers tous les États ne font que rénover le vieux message antisémite. Les milices sont tout bonnement une nouvelle façon d’attirer des gens vers l’extrême droite américaine. Il est certain que la majorité de ceux qui ont signé sont des gens ordinaires qui sont concernés par leur liberté et leurs droits. Mais d’autres trouveront un nouveau foyer dans le mouvement suprémaciste blanc qui se trouve à la frontières du mouvement des milices.

Un rapide coup d’œil sur la littérature des milices disponible sur Internet montre, tout du moins publiquement, que les milices sont simplement des défenseurs des armes à feu qui craignent Dieu et se sentent menacés par l’administration démocrate. Le manuel des Minutemen du Michigan, qui sont aussi connus pour être la milice régionale du Michigan Nord, est composé de huit pages pleines de détails intéressants. Après avoir présenté les amendements constitutionnels qui affirment le droit du citoyen à porter des armes, il y a une longue partie sur les dessous historiques des milices. On peut également lire une présentation de leurs buts : « [Les milices existent] pour établir une structure dirigiste porteuse de cohésion, capable d’instruire et d’allouer des tâches au fur et à mesure que les besoins surviennent ; pour entraîner ses membres dans les nombreuses disciplines nécessaires au fonctionnement des milices tant collectivement qu’individuellement ; pour éduquer ses membres sur des parties de l’histoire, sur les lois et principes provenant de la connaissance donnée par les grandes archives historiques du pays et de la Bible qui a été le plus grand et l’unique guide qui a influencé toutes les grandes nations désirant être libres ; pour informer ses membres des événements locaux, nationaux et globaux mettant en péril la Constitution et touchant la direction du pays ; pour encourager ses membres à se lever contre la tyrannie, le globalisme, le relativisme moral, l’humanisme et le Nouvel Ordre mondial qui menace de nuire à notre mode de gouvernement et aux États-Unis ».

Ce texte semble rempli d’une innocence honnête, mais il faut le décoder. L’expression « le Nouvel Ordre mondial » n’a rien à voir avec la vision de l’ancien président George Bush d’un monde post-guerre froide. C’est en fait un discours suprémaciste à peine voilé sur la « conspiration juive ». Les références au relativisme moral et à l’humanisme sont une attaque contre les standards modernes et l’éducation chrétienne non-fondamentaliste qui est généralement enseignée dans les écoles américaines. La Bible dont il est question est la Bible de qui ? Il ne s’agit certainement pas de celle de la plupart des chrétiens. La Bible des suprémacistes blancs est généralement une Bible qui apprend que les Blancs sont le « peuple élu », et non les Juifs, et que toutes les autres races sont des « mud races » [1] ou des sauvages à peine humains. Proclamer que cette « Bible » est celle qui a guidé toutes les grandes nations nie le fait que de nombreuses sociétés pré-chrétiennes étaient plus avancées que celle-ci à certains égards, et que certaines sociétés post-chrétiennes l’ont été également, comme l’empire maure, qui était musulman, et qui a dominé la Méditerranée. On peut donc déduire de ce manuel que l’idéologie raciste et suprémaciste blanche est sous-jacente au mouvement des milices.

Les organisations antiracistes des États-Unis ont raison de craindre une montée des milices : ce mouvement vise bien plus que le contrôle sur les armes à feu et le droit de porter des armes. Il est en train d’élargir l’intérêt que suscite l’idéologie fasciste dans une société qui s’est lassée du Klan et qui ne tolérera plus de violences racistes. Il est en train de renverser le gouvernement ce qui, en soit, n’est pas une mauvaise idée. Mais par quoi ces milices souhaitent-elles le remplacer ? Leur idéal est une société dans laquelle les non-Blancs et les autres minorités seraient les esclaves de leurs maîtres « aryens ».

Paru dans REFLEXes n° 46, mai 1995

 

[1] « mud » signifie boue, gadoue

 

 

 

La fronde des Freemen au MontanaDepuis une semaine, le FBI cerne la ferme de ces militants anti-Etat.

 

http://www.liberation.fr/monde/0101179198-la-fronde-des-freemen-au-montanadepuis-une-semaine-le-fbi-cerne-la-ferme-de-ces-militants-anti-etat
01/04/1996

SABATIER Patrick

Washington, de notre correspondant

«Vous allez voir. Ce sera pire que Waco!» Cet avertissement, lancé vendredi par Daniel Petersen au juge de Billings (Montana), devant lequel il comparaissait pour être inculpé, a ravivé chez tous les Américains les craintes d'une répétition du drame qui s'était terminé il y a deux ans par la mort de 80 personnes: les agents fédéraux avaient donné l'assaut contre la ferme texane où s'étaient retranchés les adeptes du culte davidien. Cette fois, la crise a pour cadre les plaines à blé du Montana, où entre 20 et 60 personnes lourdement armées défient depuis une semaine les agents du FBI venus tenter d'arrêter 13 d'entre eux. Les rebelles appartiennent au mouvement des Freemen (hommes libres), qui a installé une sorte de gouvernement parallèle dans une ferme du nord-est du Montana, rebaptisée Justus, à 50 km du bourg de Jordan. La crise larvée durait depuis près d'un an, ­ depuis que les principaux dirigeants du mouvement avaient été poursuivis pour fraude, refus de payer leurs impôts et menaces à l'encontre de fonctionnaires fédéraux. Elle est entrée dans une phase aiguë lundi dernier, quand les policiers ont arrêté deux de leurs dirigeants, Daniel Petersen et Leroy Schweitzer.

«Le gouvernement continue de rechercher une solution pacifique», a promis vendredi à Washington, Janet Reno, l'Attorney General (équivalent du ministre de la Justice). «Nous ne voulons ni affrontement armé ni siège en règle.» De fait, les agents du FBI se sont faits discrets et n'exercent qu'une surveillance assez lâche sur la ferme des Freemen. Le gouvernement craint une répétition des drames de Ruby Ridge (Idaho) ­ où la femme et le fils du dirigeant extrémiste Randy Weaver avaient été tués en août 1992 ­, et de Waco, en avril 1993. Weaver et David Koresh, le gourou des Davidiens, sont des martyrs aux yeux des mouvements d'extrême droite. Déjà deux membres d'une milice de l'Oregon ont été interceptés alors qu'ils tentaient de gagner Justus avec des armes et des provisions. John Trochmann, le fondateur de la Milice du Montana, un des groupes les plus importants de la mouvance extrémiste, est intervenu dans la crise, pour «surveiller» l'action des autorités fédérales. Il a appelé ses hommes à ne pas se rendre (pour le moment) à Justus. Randy Weaver, pour sa part, s'est proposé comme «médiateur» entre le gouvernement et les Freemen.

Ceux-ci sont un mélange détonant d'idéologues extrémistes, de fermiers ruinés et de fous de la gâchette. Leur credo, dérivé d'interprétations fumeuses de l'Ancien Testament, de la Magna Carta anglaise et de la Constitution des Etats-Unis, est mêlé de propagande antisémite et raciste, et de paranoïa millénariste annonçant une «guerre sainte contre les forces de Satan» et la grande bataille finale, l'Armageddon. Les Freemen rejettent tout gouvernement comme illégitime et refusent de payer leurs impôts. Ils ont mis à prix la tête des shérifs et des juges locaux, et promis de les pendre. Mais l'essentiel de leur activité a été la fabrication de faux instruments financiers (chèques, ordres de virement, etc.) et de faux documents légaux, grâce auxquels ils seraient parvenus à détourner ou escroquer près de 2 millions de dollars (11 millions de francs) en un an.

Les Freemen ont accumulé à Justus un arsenal imposant, stocké provisions, essence et munitions pour tenir un siège de plusieurs mois, et endoctriné des centaines de personnes. Ils entretiennent aussi des liens avec la myriade d'autres groupes paramilitaires suprématistes blancs «chrétiens» dont sont sortis Timothy McVeigh et Mike Nichols, les deux auteurs présumés de l'attentat d'Oklahoma City, qui avait fait 168 victimes, le 19 avril 1985.

 

 

 

Article de Sara Daniel:

http://www.sara-daniel.com/reportage.php?page=101

Voyage au sein de l'ultradroite américaine

 

On prenait les maniaques des armes à feu et du treillis pour des illuminés. Depuis le carnage d’Oklahoma City et l'attentat contre le train Miami-Los Angeles, revendiqué par "les fils de la Gestapo", on découvre que les milices armées constituent une menace majeure pour la démocratie américaine. Enquête chez ces petits Blancs qui ont déclaré la guerre à l’Etat fédéral



Voyage au sein de l’ultradroite américaine C'est le petit livre rouge des milices, le catéchisme de l'ultradroite américaine. Tim McVeigh, l'auteur présumé de l'attentat d'Oklahoma City, ne se séparait jamais de son exemplaire des "Turner Diaries". L'action du livre se déroule en novembre 1989. La loi Cohen vient d'interdire aux citoyens de posséder des armes à feu, les Noirs sont chargés de faire respecter la loi. Un homme, Earl Turner, résiste. Après avoir fait sauter un bâtiment du FBI et dirigé une attaque au mortier sur le Congrès, il deviendra le héros d'une guerre raciale mondiale qui s'achèvera par la destruction de Toronto, où les juifs du monde entier ont trouvé refuge. Ecrit par le nazi William Pierce, "Turner Diaries" ressemble à la centaine d'autres ouvrages paranos et délirants dont les milices du Montana à la Floride se faxent les meilleurs extraits. "Sa spécificité, c'est qu'il préconise la propagande par l'action", explique ce milicien d'Arizona en brandissant son exemplaire où il a surligné au Stabilo Boss jaune les passages où l'on égorge des Noirs, ainsi que les récits de hold-up ou d'attentats à la bombe – soit les neuf dixièmes du livre. Cette apologie de la résistance par les armes à un prétendu complot mondial aura conduit à deux attentats terroristes en moins de six mois aux Etats-Unis. Après l'explosion du bâtiment fédéral d'Oklahoma City, le 19 avril dernier, le déraillement criminel du train Miami-Los Angeles à l'ouest de Phoenix, Arizona, le 9 octobre, a fait 1 mort et 112 blessés. Dans la carcasse calcinée, Roberto Concepcion, un des barmen du train, a trouvé une feuille tapée à la machine où étaient énumérés les griefs traditionnels de l'ultradroite à l'encontre du FBI et du gouvernement fédéral. Evoqué aussi, bien sûr, le point culminant du martyrologue des milices: l'assaut contre la secte des davidiens, à Waco. La feuille était signée "les fils de la Gestapo". Avec sa barbe de patriarche et son air de doux dingue, John Trochmann, leader de la milice du Montana, a été convoqué au Sénat devant une commission réunie pour juger du degré de dangerosité des milices, et qui l'écoutait abasourdie. Poliment, il leur a expliqué l'imminence de l'invasion d'une armée sous commandement de l'ONU, aidée par des gangs de banlieue qui jusqu'ici se cachent dans les forêts de la nation en attendant le signal. Il leur a montré les photos de missiles russes sur leurs rampes de lancement au Texas, et le plan de partage des Etats-Unis tel qu'il figurait au dos d'une boîte de corn flakes Kix, sans qu'on puisse lui faire préciser pourquoi les armées du nouvel ordre mondial avaient choisi ce support original. Magnanime, il leur a accordé le bénéfice du doute: "Vous-mêmes, messieurs, devez être manipulés..." Les agents du grand complot contre l'Amérique authentique ont-ils déjà engagé les hostilités? Beaucoup le pensent dans cette frange de laissés-pour-compte du rêve américain qu'on a baptisée "white trash" ("le déchet blanc"). Anciens militaires ou chômeurs, qui survivent avec les 300 dollars mensuels de leur chèque d’aide sociale, ils passent leur journée à décortiquer dans les journaux ou sur Internet les informations les plus insignifiantes. Pour ces groupes isolés, dont la surinformation renforce la paranoïa parce qu'ils interprètent chaque nouvelle à travers le prisme de leur théorie de la conspiration, tout peut être le signe des intentions malignes du gouvernement. Pour Tim McVeigh, le signe aura peut-être été l'exécution en Oklahoma, le jour même de l'attentat, de Richard Snell, ce suprématiste blanc accusé d'avoir tué un policier noir et un commerçant juif. Pour "les fils de la Gestapo", l'annonce d'un verdict racialement orienté ou d'une marche de Noirs sur Washington. "La prochaine fois que vous viendrez en Arizona, j'espère que je pourrai vous montrer notre beau désert." En s'excusant maladroitement auprès des victimes, le gouverneur Fife Symington avait l'air consterné. Cette fois encore l'extrémisme milicien avait désigné le désert d'Arizona comme son berceau. Selon Michael Reynolds, de Klan Watch, il y aurait en Arizona plus de 22 milices violemment antigouvernementales, attirées par la tradition locale du culte de la liberté et le fait qu'on puisse y être ouvertement armé. Déjà Kingman, une petite ville de 31000 habitants dans la vallée Hualapai, au nord-ouest de l'Etat, avait fait parler d'elle lorsqu'on avait appris que Tim McVeigh y avait élu domicile pendant près d'un an. C'est à Kingman qu'avec ses complices Nichols et Fortier il aurait fait les derniers préparatifs en vue de l'attentat, aidé par une population sympathisante et peut-être par une des milices les plus secrètes et les plus dangereuses du pays: les Patriotes de l'Arizona. Alors la ville se terre, dégoûtée par le portrait que la presse a brossé de ses habitants. C'est l'article d'un journaliste australien qui a le plus choqué: "Kingman, c'est le cauchemar américain de base, fait de pauvreté et de saleté, un microcosme de l'extrémisme de droite, où tous les détritus blancs qui n'ont pu se faire une place en Californie ont échoué..." Au croisement de l'Interstate 40 (celle qui mène à Oklahoma City) et de la route 93, Kingman, ville de roulottes sédentaires, est un lieu de passage. Ses motels à 20 dollars abritent les petits voyous de Las Vegas venus "se perdre dans le désert". Devant le moins cher de tous, l'Imperial Motel, où McVeigh a passé deux semaines enfermé dans sa chambre, un garçon d'une vingtaine d'années sirote un Coca. Il faisait partie d'un gang à Las Vegas. Sa fiancée a été tuée sous ses yeux. Il prétend connaître quelques personnes qui ont été mêlées aux attentats: "Je ne suis qu'un OG (old gangster), mais tout ça je l'ai lu dans la Bible. Les attentats à la bombe, c'est le Nouvel Ordre mondial. Ça ne fait que commencer." Helmut Hoffer, le patron du motel, n'aime pas les fédéraux. Il n'a que des compliments à faire sur McVeigh: "Si tous les clients étaient aussi propres, aussi polis... Il faisait son lit tous les matins à la militaire: quand la femme de ménage a voulu changer les draps, elle a eu du mal à les décoller." Extrémiste ou pas, à Kingman on met un point d'honneur à défendre le droit des citoyens à posséder autant d'armes qu'ils le désirent, en vertu du deuxième amendement de la Constitution. Quand le shérif Caroll Brown, originaire de Caroline du Nord, est venu s'installer à Kingman, il a mis un temps à s'adapter. "Ici, c'est une région d'armes. Ça n'a rien à voir avec la côte Est. Là-bas, quand on trouve quatre ou cinq pistolets, cinq ou six fusils dans une maison, on dit: "C'est un arsenal". Par ici, c'est vraiment pas une affaire." Dans ce bled, on n’aime pas que les fédéraux viennent fouiner dans la vie des gens: "Dans ces endroits, poursuit Brown en montrant les roulottes qui s'étendent à perte de vue jusqu'aux montagnes, vous pouvez vivre comme vous l'entendez. Beaucoup préfèrent tirer l'eau de leur puits et ne pas avoir l'électricité pour ne pas payer de taxes." Avec leurs drapeaux confédérés, ou ceux qui demandent qu'on ne les "serre pas de trop près" surmontés d'une tête de mort, les roulottes rafistolées ne sont pas vraiment accueillantes. Mais, selon le shérif, qui a eu l'occasion de voyager en Europe, cette volonté d'indépendance vis-à-vis du gouvernement, c'est la caractéristique des Etats-Unis. L'esprit des plaines de l'Ouest: "A l'étranger, j'ai vu des flics qui avaient des mitraillettes en bandoulière. C'est cet Etat policier que nous voulons éviter. De là à devenir un rat du désert..." Le regard du shérif se perd dans les montagnes Aquarius qui se dressent au bout de la plaine. Jamais il n'aurait évoqué le nom de leur hôte le plus tristement célèbre, de peur de donner le coup de grâce à la réputation de sa ville d'adoption. Il refusera même de m'indiquer le chemin de sa roulotte. Mais depuis longtemps la notoriété de Jack Maxwell Oliphant, "le grand-père des milices d'Arizona", a franchi les limites de l'Etat. Fondateur des Patriotes de l'Arizona, l'homme a passé quatre ans en prison à la fin des années 80, avec trois de ses complices, pour avoir organisé l'attaque d'un fourgon blindé qui transportait la recette d'un casino de Laughlin (Nevada). Le magot de 10 millions de dollars aurait servi à financer les camps d'entraînement de la milice. Des agents infiltrés l'ont entendu préparer des attentats contre une synagogue et contre le bâtiment fédéral de Phoenix. Aujourd'hui, le FBI le soupçonne d'être au courant des faits et gestes de tous les groupuscules d'extrême droite de la région. Jack Oliphant, 71 ans, veut mettre le plus de distance possible entre lui et une civilisation corrompue. Il vit à 60 kilomètres à l'est de Kingman, dans les montagnes Aquarius, son pitbull, sa femme Margo, et un couguar dans le jardin. Il n'y a pas de chemin pour aller à son ranch, qu'il a baptisé Hephzibah, d'après la Bible. Pour y arriver, il faut affronter la montagne aride à pic avec un 4x4, ouvrir trois barrières et déranger deux troupeaux de vaches. "Vous êtes venue voir l'homme le plus dangereux des Etats-Unis?" Etonné d'être débusqué dans son refuge, Oliphant est plutôt accueillant, un peu cabotin. Nous devrons pourtant nous replier fissa dans la voiture lorsqu'un de ses voisins, venu en visite, un vétéran de la guerre du Viêt Nam qui a quelques packs de Budweiser dans le nez et n'aime pas les journalistes, menacera d'aller chercher son fusil. "Je suis le prisonnier de guerre d'un gouvernement dirigé par des banquiers sionistes", commence Oliphant, un mégot piqué dans la pointe dorée qui lui tient lieu de dent unique. Ses jeans troués, sa chemise et même sa peau sont recouverts d'une fine pellicule de poussière de la montagne. Jusqu'en 1976, Oliphant a sillonné le pays pour appeler à la révolte contre le gouvernement et prévenir ses concitoyens de l'imminence d'une guerre raciale qui préfigurerait l'Apocalypse. Puis il s’est retiré dans les montagnes, mais ses fidèles l'ont suivi et ont installé leurs trailers autour du ranch: "Je les ai entraînés à la guerre de maquis. C'est ça qui a fait flipper le FBI", explique-t-il. A cette époque, Jack avait acheté une concession dans une petite mine d'or de la région. Un jour, en voulant régler une dispute entre propriétaires pour un arpent de terre, il a saisi son fusil par le mauvais bout. Le bras de Jack a été déchiqueté: "Même si j'ai appris à tirer de la main gauche, ça m'a calmé." De temps en temps, les skinheads du pays viennent lui rendre visite. "De là à me présenter comme le complice de McVeigh... C'est vrai, j'ai dit que si l'explosion avait eu lieu de nuit, il aurait été un héros. Mais, contrairement à ce que prétend le FBI, je ne le connaissais pas." Quelques semaines après l'attentat d'Oklahoma, lorsqu'il a appris par le bouche-à-oreille que les fédéraux le recherchaient, Jack s'est présenté de lui-même à leurs bureaux de Kingman. C'est un agent noir qui l'a interrogé. "J'ai pas pu m'empêcher de lui demander s'il savait ce que devenait un nègre qui allait à l'université? Quand j'ai répondu: "Un nègre instruit", il s'est mis à rigoler. Lui aussi trouvait ça loufoque que ce soit un Noir qui s'occupe de mon cas à moi, Jack Oliphant..." Des voisins, Steve, 35 ans, beau-fils de l'allumé du Viêt Nam, et Mike, 60 ans, le secrétaire de Jack, nous rejoignent dans la voiture. Steve est venu rapporter un livre, "le Complot des trente", une nomenclature des piliers du nouvel ordre mondial: l'ONU, la Fed... Les annotations des dizaines de personnes qui ont eu le livre entre les mains se superposent dans la marge. Depuis qu'il a raccroché les armes, Jack fait club de lecture pour les isolés de la montagne; il s'emploie à éveiller les consciences aux signes du complot mondial. Pour acheter les livres de la collection Palladin, un fleuron du genre, on se cotise. Quelques titres: "le Livre de cuisine de l'anarchiste", qui explique la fabrication de bombes artisanales; "Comment faire disparaître un corps sans laisser de traces"; ou encore "Comment détruire des ponts". Quand le sujet est trop salé, le catalogue Palladin précise: "Pour étude théorique seulement." "Jack m'a ouvert les yeux", murmure Steve en regardant le vieil homme manchot. "Une milice bien contrôlée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit du peuple de posséder et de porter des armes ne doit pas être transgressé." Le shérif Brown l'avait dit: en Arizona, le deuxième amendement de la Constitution a été érigé en commandement biblique. La fraction la plus dure de la National Rifle Association, le lobby des armes aux Etats-Unis, ne s'était pas trompée en organisant à Phoenix un des congrès les plus importants de son histoire. C'était en mai dernier, un mois après l'attentat d'Oklahoma City – 167 morts. L'organisation était accusée d'avoir, par sa rhétorique extrémiste, créé un climat de sédition. Wayne Lapierre, son président, avait dû expliquer pourquoi il avait traité les agents du FBI de "voyous fascistes aux bottes militaires" – ce qui avait conduit George Bush à rendre sa carte de la NRA. Après quatre jours de réunion, Tanya Metaxa, la Calamity Jane de l'association, présente les Katona, couple vedette du congrès, symbole de l'arbitraire fédéral, héros des citoyens prêts à prendre les armes pour défendre leurs droits. Louis Katona, agent immobilier de Bucyrus, Ohio, et flic à mi-temps, collectionnait les armes. Dans sa cave il en avait pour plus de 300000 dollars, qui devaient servir selon lui à financer l'éducation de ses enfants. Un jour, comme le raconte la NRA dans de pleines pages de publicité dans les journaux, "des agents fédéraux, criant et jurant, se sont rués chez lui pour confisquer ses armes. Ils ont attrapé sa femme enceinte et l'ont jetée contre le mur. Quelques jours après elle faisait une fausse couche". En fait, trois spécialistes appelés à examiner le dossier médical de la femme de Katona concluront que la fausse couche a eu lieu bien avant le raid. Mais, fausse couche ou pas, l'histoire fait tilt dans ce public de Blancs qui, depuis la loi Brady imposant un délai de trois jours avant l'acquisition d'une arme, pense que le gouvernement veut les désarmer par tous les moyens pour finir par leur imposer des lois de plus en plus arbitraires. La parano est telle qu'un membre du comité de la NRA me racontera comment ses impôts servent à détourner des camions entiers de homards du Maine vers les prisons quatre-étoiles du pays... Pour eux, l'histoire de Katona est un exemple de plus dans la liste des exactions commises par l'Etat fédéral. Comme celle de Randy Weaver, qui a perdu sa femme et son fils de 14 ans lors d'un raid mené par l'ATF, une branche du FBI. Ou encore l'assaut contre les disciples de David Koresh, devenu le martyr des milices. Un mois après l'attentat d'Oklahoma City, alors que son auteur présumé est devenu l'ennemi public numéro un, des jeunes en treillis distribuent à la sortie du stand d'exposition des armes de la NRA des tracts intitulés "Pourquoi McVeigh n'est pas un terroriste". Le manifeste, d'une violence extrême, est signé par "la Milice constitutionnelle de 1791". Son siège se trouve à Cornville, une petite ville du désert à mi-chemin entre Phoenix et Sedona, dans une roulotte exiguë, sur un terrain vague. A l'intérieur, sur le sol, des coussins éventrés, deux chiens, une perruche, deux drapeaux américains et un fusil. Sur les tables, deux ordinateurs allumés, une télé, une CB et deux fax qui ne cessent de crépiter. Dans la pénombre on distingue une grosse femme assise sur son lit, elle porte un tee-shirt où est inscrit: "Waco, réveille-toi l'Amérique!" La fondatrice de la milice, Sheila Reynolds, vient de subir une opération des cordes vocales. Avec la voix métallique de Dark Vador dans "la Guerre des étoiles", elle donne un compte rendu de sa journée à Frank, 30 ans, chef de la sécurité. Le matin, elle a échangé des fax avec Clive Doyle, un rescapé de l'incendie de Mount Carmel, à Waco, afin d'organiser une collecte en faveur des davidiens. Puis elle a téléphoné à son ami John Trochmann, de la milice du Montana. La discussion a porté sur la question de savoir si, au nom du deuxième amendement, on devait autoriser les particuliers a acquérir des armes nucléaires. L'après-midi, elle a envoyé un E-mail (message par Internet) à son ami Jack Mac Lamb, fondateur de la Police contre le Nouvel Ordre mondial de Phoenix, pour faire le point sur l'état des traités des forces de l'Antéchrist: le Gatt et l'Alena. Frank écoute respectueusement. Sheila est le cerveau de l'organisation. Lui en est le bras armé. Le week-end avec son "unité", il s'entraîne à la guerre dans le désert. Il marmonne, il a des sautes d'humeur. On ne peut s'empêcher de penser que McVeigh doit lui ressembler. Avec sa voix d'ordinateur, Sheila appelle sa fille, une petite blonde de 17 ans, diaphane, aussi frêle que sa mère est massive. "Présente-toi", ordonne la mère. Cathy s'exécute. Elle raconte comment elle a claqué la porte de l'école après un cours d'éducation sexuelle où on ne prônait pas l'abstinence avant le mariage. Avec ses amis et voisins, ils ont pensé créer une communauté religieuse. Et puis l'exemple de Waco les en a dissuadés. Alors Cathy reste avec sa mère impotente à la voix métallique. Huis clos dans une roulotte au milieu du désert. La jeune fille étudie par correspondance. Elle veut devenir infirmière. Son ordinateur est resté allumé. On peut y lire: "Pourquoi McVeigh n'est pas un terroriste." C'est une gamine de 17 ans qui est à l'origine d'un des pamphlets les plus violents jamais écrits par les milices... Quelques jours avant que le train Miami-Los Angeles ne déraille, un avertissement est arrivé sur le fax de Sheila Reynolds. Il mettait en garde contre "un possible attentat du gouvernement fédéral contre le peuple d'Arizona dans un avenir proche". Certaines milices avaient reçu un message similaire avant l'attentat d'Oklahoma City. La petite Cathy a dû y voir un signe annonciateur de l'Armaguedon, la grande bataille de l'Apocalypse, où les forces du Bien affronteront celles de l'Antéchrist et délivreront enfin sa mère de cette voix de rocaille.

 

Sara Daniel
Le Nouvel Observateur

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21/08/2009

Inciting to Riot

 

17:35 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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