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03/06/2009

« Ces expéditions de zozos ne servent plus à rien »

Douze mercenaires recrutés à Paris par Ratsiraka sont partis du Bourget le 18 juin. Et ont été bloqués le jour même en Tanzanie.

« Nous devions simplement former des équipes au contrôle des bagages, du fret et des passagers. Comme à Roissy... » Luc Marquès de Oliveira, l’homme qui a envoyé une équipe de mercenaires le mois dernier à Madagascar, ne manque pas d’humour. Joint par Libération, il explique que le président Didier Ratsiraka l’a contacté à la mi-juin : l’ex-homme fort de l’île était de passage à Paris, pour « travailler à la recherche d’une solution à la crise malgache ». Ratsiraka lui fournit un « schéma directeur » pour monter « une opération de type "sûreté et sécurité" des aéroports de Toamasina [ex-Tamatave, ndlr] et d’Antsiranana [ex-Diego Suarez, ndlr] ». Il s’agissait plutôt d’envoyer une équipe de spécialistes pour tenter de renverser la situation militaire sur l’île au profit de Ratsiraka. Les deux villes en question étaient alors les dernières qui échappaient encore à l’autorité du nouveau chef de l’Etat, Marc Ravalomanana (lire ci-contre).

Selon nos informations, ces mercenaires ne partaient pas pour Madagascar pour s’y battre, mais pour entraîner et encadrer un bataillon de 150 à 200 militaires malgaches, dévoués à Ratsiraka. « Assurer la sécurité d’un aéroport ? Vous voulez rire ! Ces hommes ne sont pas des vigiles », commente un proche du dossier. En tout cas, ce contrat est une bonne affaire : environ trois millions d’euros sur une durée de dix-huit mois. De quoi mettre du beurre dans les épinards de la société de Luc Marquès de Oliveira. Nageur de combat. Marquès n’envisageait pas de participer directement à l’expédition. Pour former son équipe, il fait appel à Marc Garibaldi, un jeune collaborateur de Bob Denard, puis du général Jeannou Lacaze, ancien des services français et ex-chef d’état-major des armées. L’ancien aspirant Garibaldi recrute - en « trente-six heures », selon Marquès - une douzaine de « professionnels ». Beaucoup sont issus du 11e Choc, le bras armé de la DGSE, l’un d’entre eux étant même un ancien nageur de combat. Ratsiraka ne s’adresse pas à Marquès par hasard. Celui-ci dirige une petite entreprise de sécurité installée à Courbevoie (Hauts-de-Seine), Active Protection International Service (APIS). Il connaît surtout très bien Madagascar. Ancien de la DGSE, Luc Marquès y a été en poste, s’occupant un temps de la garde présidentielle (GP). D’aucuns racontent qu’il a été un moment très lié à la fille du chef de l’Etat. Puis, il est retourné sur l’île comme consultant en sécurité pour surveiller l’opposition malgache. Parachutiste au 1er RPIMa dans les années 70, Marquès rejoint le GO (groupement opérationnel), une unité discrète utilisée par le Sdece (l’ancêtre de la DGSE). Membre du service Action, il sert au Liban - où il aurait participé à la traque des frères Abdallah impliqués dans des actes terroristes - et au Tchad. Après avoir quitté l’armée dans les an nées 80 avec le grade d’adjudant, il se lance dans les affaires au Tchad. Il y ouvre une boulangerie industrielle et une cimenterie. Rentré en France, il rejoint la société de sécurité de Philippe Legorjus, l’ancien commandant du GIGN, qui l’envoie notamment en Birmanie pour le compte de Total. Il crée ensuite sa propre société, Argos, et forme les miliciens congolais de Denis Sassou N’Guesso, les Cobras, dans un camp baptisé Trocadéro. Ses missions le conduisent également en Ethiopie, en Erythrée et au Burundi.

Le 18 juin, les douze mercenaires quittent Paris. Ils embarquent à bord d’un Falcon 900 de la société privée Aéro Services Executive, l’avion d’affaires qu’utilise Ratsiraka pour ses déplacements officiels. Leur équipée va tourner à la pantalonnade. A l’escale de Dar-es-Salaam (Tanzanie), leur avion n’obtient pas l’autorisation de poursuivre sa route vers Madagascar, à la suite d’une discrète mais efficace intervention du Quai d’Orsay. Bloqué, le Falcon n’a plus qu’à faire demi-tour. Les autorités françaises sont au courant de l’expédition depuis le début. Dès leur embarquement sur l’aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis), les mercenaires étaient surveillés par la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense, ex-Sécurité militaire), qui les aurait même filmés.

Gros chèque. A leur retour à Lyon-Satolas, le 20 juin au matin, un comité d’accueil des « Services » les attend pour « leur remonter les bretelles », selon un proche du dossier. « Nos hommes ont été débriefés », confirme Luc Marquès. Ils repartiront libres, n’ayant commis aucune infraction au regard du droit français. Et avec un gros chèque en poche. « Marquès sait se montrer grand seigneur ! », ajoute la même source. « Il n’y aura pas d’épisode n° 2 », confie le patron de l’APIS, quelques jours après le retour de Ratsiraka en France. D’autant que les troupes loyales à son rival Ravalomanana ont entre-temps pris le contrôle de l’ensemble de l’île... Et que le nouveau Président est désormais reconnu par Paris, Londres et Washington. « Nous avons voulu faire un exemple », explique le porte-parole du Quai d’Orsay, François Rivasseau. « Ces expéditions de zozos ne servent plus à rien », juge pour sa part un professionnel du renseignement.

http://www.malagasy.org/article.php3?id_article=525

 

 

Oléoduc contesté, mais protégé
Même le Washington Post, jadis partisan du pipeline Tchad-Cameroun, vient de changer de position (08/12/2000) en constatant
qu’Idriss Déby s’est servi des royalties pour acheter des armes.
Cela n’empêche pas les constructeurs de recruter des services de sécurité très branchés. Bouygues et Cie ont retenu la
société Geos, matrice du futur mercenariat français “officieux” (à l’instar de MPRI aux USA). Y officie l’ancien patron du
renseignement militaire (DRM), Jean Heinrich. La firme Spie a eu recours aux services de PHL Consultants, de l’exsupergendarme
Philippe Legorjus. Bolloré étrenne un nouveau venu, Sécurité sans frontières, dont le conseil de surveillance est
présidé par… son “Monsieur Afrique”, Michel Roussin – ex-n° 2 de la DGSE. Idriss Déby, enfin, a embauché pour surveiller le
tronçon tchadien un ex-capitaine de la DPSD (Sécurité militaire)… (La Lettre du Continent, 16 et 30/11/2000).

 

 

L'affaire Moigne met en lumière certaines pratiques d'officines privées (LEMONDE)

L'affaire Moigne met en lumière certaines pratiques d'officines privées

L'enquête sur les malversations du commissaire Patrick Moigne, mis en examen vendredi 14 mars pour avoir monnayé des informations confidentielles à des tiers, met en lumière le rôle et les pratiques d'officines privées de renseignement. Le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement (BFMP) de la police judiciaire de Paris aurait ainsi vendu des informations relatives au groupe pétrolier Total à une société d'"intelligence économique". Un secteur où le ministère de l'intérieur a prévu de faire le ménage, dans la future loi d'orientation et de programmation sur la sécurité intérieure, en introduisant des contrôles plus stricts.

Les policiers ont un nom pour désigner la vente de ces informations qui passent par le privé : la "tricoche". Dans le dossier Moigne, le commanditaire s'appelle Jacques Leroy, à la tête de sa propre société, JLR Conseil. Ce dernier a reconnu, lors de ses auditions, avoir eu "connaissance de futures opérations de police et de futures gardes à vue dans au moins une affaire sensible" et cité Total, selon une information confirmée par le parquet de Paris. Le groupe pétrolier, qui s'est refusé à tout commentaire, fait l'objet de plusieurs informations judiciaires, notamment pour la corruption présumée de fonctionnaires étrangers en Irak dans le cadre de l'opération "pétrole contre nourriture", mais aussi dans deux autres affaires en Iran et au Cameroun. Or le premier dossier est suivi par la brigade financière et les autres par la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), qui font toutes deux partie, avec la BFMP, du pôle financier de la PJ de Paris, où M. Moigne travaillait.

Jacques Leroy est lui-même un ancien policier de la brigade financière de Paris. Mis en examen pour "corruption active d'une personne dépositaire de l'autorité publique" et interpellé en même temps que M. Moigne, le 13 mars, c'est un proche de Philippe Legorjus, ancien chef du GIGN. Les enquêteurs s'intéressent de près à l'ancien gendarme qui avait créé, après son départ de l'armée, en 1995, la société Atlantic Intelligence. Cette entreprise de renseignements privés devenue leader sur son marché, a eu, parmi ses premiers clients, Total et a employé M. Leroy. Lors de l'audition de ce dernier par les enquêteurs, le nom de M. Legorjus ainsi que celui d'une de ses plus fidèles collaboratrices ont été cités.

M. Legorjus a lui-même recruté en 2004 Jacques Leroy, qui a quitté Atlantic Intelligence en 2006 tout en continuant à travailler pour elle, en sous-traitance, via sa propre société. Aujourd'hui, l'ancien gendarme ne dirige plus Atlantic Intelligence, qui a changé de nom pour devenir Risk & Co. Même s'il en contrôle toujours un tiers des parts, il a été poussé vers la sortie par Bruno Delamotte, propriétaire de la société BD Consultant avec laquelle il avait fusionné. "Je ne connais absolument pas Patrick Moigne et le seul gestionnaire de Total depuis deux ans, c'est Delamotte", affirme M. Legorjus.

Entre les deux hommes, les relations se sont dégradées au point que Bruno Delamotte n'hésite pas à dire qu'"un vrai ménage a été fait". "Nous avons signé un protocole d'accord pour racheter les parts de M. Legorjus suite à des divergences stratégiques et parce que nous n'étions pas d'accord sur les méthodes et les pratiques", dit-il, tout en confirmant avoir toujours pour client Total, sur la "sécurité de projets au Yémen et au Niger".

Ce n'est pas la première fois que des officines privées "d'intelligence économique" font parler d'elles. Sous cette appellation floue, qui désigne pour l'essentiel la collecte d'informations sensibles mais aussi, de plus en plus, la sécurité des entreprises à l'étranger, tout un marché s'est développé. Il est devenu le premier secteur de reconversion de policiers et de gendarmes, voire des anciens du RAID ou de la DGSE, "chassés" pour leur savoir-faire en matière d'investigation et surtout leur carnet d'adresses. Le groupe Geos - qui n'est en rien soupçonné de malversations -, par exemple, s'est attaché les services de plusieurs anciens fonctionnaires, dont l'ex-patron de la DST, Louis Caprioli, comme "conseiller spécial". M. Delamotte a travaillé deux ans au secrétariat général de la défense (SGDN) où ce civil était chargé des questions de blanchiment d'argent.

Face à ces liaisons parfois dangereuses, la sous-direction des affaires économiques de la PJ de Paris tente de se protéger. Son directeur, Patrick Hefner, émet un avis défavorable chaque fois qu'un ancien de la maison lui fait part d'une demande d'agrément transmise à la préfecture de police pour ouvrir une de ces officines. Depuis un an, assure un policier, les locaux du pôle financier sont interdits aux "retraités" et toutes les informations demandées à la brigade financière et de la BRDE sont consignées sur un registre.

Isabelle Mandraud

 

 

18:07 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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