Avertir le modérateur

17/07/2009

France 2, sponsor officiel de la guerre contre les taliban

vu sur le net !

bravo l'auteur !

 

Ma vie au poste
Le blog télé de Samuel Gontier

Le 15 juillet 2009 à 17h30

Il faut sanctionner l'adjudant Drucker



Je suis arrivé à Télérama à 6 heures du matin. Juste à temps pour le lever des couleurs. Au garde-à-vous sur la terrasse de la caserne, mes camarades et moi avons hissé l'étendard du régiment, un T blanc sur fond rouge. Puis mon capitaine féminin m'a convoqué : « Au rapport ! » Elle exigeait le compte rendu de ma mission d'observation consacrée à Michel Drucker au cœur de l'armée de terre, hier soir sur France 2. Le voici.

Rapport d'observation n° 54854/AH24 – SECRET DEFENSE
10h15, poste d'observation, nom de code : Canapé. Revêtu d'un treillis, je me prépare à la grande soirée de l'adjudant Drucker en regardant le défilé commenté par le 2e classe féminin Drucker – la vocation militaire, c'est héréditaire.

12h30. Pour sécuriser la mission, j'installe un poste avancé (nom de code : Fauteuil). Sur France 2, le défilé est terminé. Le 2e classe féminin Drucker interroge Notre Président dans un brouhaha qui rend ses propos inaudibles. Je retranscris ci-après les passages que j'ai pu décrypter : « Nos soldats »… « Afghanistan »… « Talibans »… « petites filles »… « vernis à ongles »… « mains coupées »… Après recoupements effectués par mes camarades de section, je peux certifier que Notre Président voulait dénoncer une rumeur vieille de quinze ans et notamment relayée par George Bush et Tony Blair, comme l'a montré Christian Salmon dans un article du Monde (le 3 mai 2008) et dans son livre Storytelling, la machine à raconter des histoires et à formater les esprits.

12h38. Mitrailleuse lourde installée dans le poste Canapé. Sitôt que Notre Président a fini de saluer le public massé derrière les barrières, le 2e classe féminin Drucker donne la parole à sa collègue en faction auprès des barrières de sécurité. Elle est chargée d'interroger les personnes qui ont serré la main de Nicolas Sarkozy « Alors, comment c'était, de serrer la main du Président ? » « Alors, vous êtes contents, vous avez serré la main du Président ? » « Alors, ça fait quoi, de serrer la main du président ? »

14h55. Ravitaillement.
Pendant que j'engloutis ma ration, j'en profite pour jeter un œil sur le Tour de France. L'étape est marquée par l'interdiction des oreillettes, qui suscite l'ire de Laurent Fignon : « Faut pas se mettre des œillères ni se voiler la face, l'oreillette est indispensable. » Effectivement, les coureurs, totalement perdus, sont obligés de déplier leur carte Michelin pour trouver leur route, comme le prouve le document ci-après :



20h37. Position de combat.
« Passez une bonne soirée en regardant votre divertissement », indique le sponsor de l'émission. Je suis rassuré. Ce soir, on ne fera pas de politique. Installé dans le jardin des Invalides, l'adjudant Drucker présente ses invités. « On applaudit l'armée de terre. Vous allez comprendre pourquoi cette émission est exceptionnelle. Ce soir, vous allez découvrir ces hommes et ces femmes d'exception. »

20h54. Canon de 120 mm armé. L'adjudant Drucker lance le reportage sur la visite de Gérard Darmon en Afghanistan. L'acteur y a partagé le quotidien de nos soldats, qu'il a voulu « regarder de manière décalée », c'est-à-dire en les faisant pleurer grâce à des vidéos de leur famille qu'il leur fait visionner. C'est beau, toute cette virilité submergée par l'émotion. De retour sur le plateau, l'adjudant Drucker donne la parole à deux militaires qui reviennent de Kaboul : « L'Afghanistan, ça forge le caractère. » Adjudant Drucker : « Merci beaucoup mon capitaine. Grâce à TV5, l'émission est retransmise dans 87 pays ce soir. »


21h16. Lancement d'un drone d'observation pour ne rien rater des discussions. Guy Marchand raconte les bons souvenirs qu'il a conservés de sa guerre d'Algérie : « La Légion, c'est devenu ma famille. » Adjudant Drucker : « Merci infiniment, mon colonel. »

21h26. Installation d'une batterie antiaérienne entre les postes Canapé et la base opérationnelle (nom de code : Buffet). Aux Invalides, Hervé Morin, ministre de la Défense, intervient : « Je voudrais vous remercier pour votre émission. » Adjudant Drucker : « Merci infiniment, mon ministre. » Et, un peu plus tard : « Tous les reportages ont été réalisés par les équipes de l'armée de terre, je vous demande de les applaudir. » Je n'ai pas bien compris. Hervé Morin a remercié l'adjudant Drucker pour une émission que les services d'Hervé Morin ont réalisée. Il aurait pu se remercier lui-même, on aurait gagné du temps.

21h47. La nuit tombe sur les Invalides.
Je chausse mes lunettes à visée nocturne pour la suite de mon observation. Au Liban, la chanteuse Nâdiya découvre que nos soldats sont instituteurs à leurs heures perdues. « Je suis accompagné d'un sergent féminin », explique un militaire en mission dans une école. Puis Nâdiya fait du char Leclerc, « un char exceptionnel ». Pour l'amuser un peu, nos soldats adoptent une conduite sportive avec virages à fond de train et dérapage au frein à main. En plateau, Nâdiya explique : « Je pense que ces hommes-là sont uniques et en cela très courageux. » Et vice-versa. Adjudant Drucker : « Merci beaucoup, mon général. »



21h58. Un char Leclerc
prend position dans mon salon pour sécuriser mon téléviseur. Bixente Lizarazu et Liane Foly participent chacun à des entraînements, l'un avec les forces spéciales, l'autre dans un camp de préparation au combat en milieu urbain. Le treillis leur va très bien, comme le prouvent ces documents :



22h18. Un Rafale arrive en renfort
par la fenêtre pour assurer la couverture aérienne de mon salon. L'adjudant Drucker lance le reportage sur Arielle Dombasle en visite au Tchad. « Le pays est très pauvre, très pauvre, je n'imaginais pas cette misère et pourtant, des pays pauvres, j'en ai vu », témoigne l'actrice. Heureusement, comme en Afghanistan, au Liban ou au Kosovo, nos soldats interviennent pour soigner les habitants dans leurs hôpitaux militaires, rehausser le niveau scolaire, distribuer de l'eau dans les villages et assurer la bonne gestion des orphelinats. « L'aide des pays riches ici se fait criante », résume Arielle Dombasle, avant de chanter dans une magnifique robe. On ne dira jamais assez combien le rose et le kaki s'accordent à merveille.



22h36. Je rampe sous le poste d'observation n°3 (nom de code : Chaise) pour mieux scruter la suite. Le colonel qui commande la mission Epervier remercie l'actrice : « Arielle Dombasle a laissé le souvenir d'une artiste extrêmement simple et au contact particulièrement facile avec tous nos hommes. » Adjudant Drucker : « Merci beaucoup, mon colonel. » Hervé Morin, de retour sur le plateau : « Depuis 1986, la mission Epervier a pour but d'assurer la stabilité du Tchad en maintenant au pouvoir Idriss Déby. Un dictateur qui, en raflant l'intégralité de la rente pétrolière, maintient sa population dans la misère et permet ainsi à Arielle Dombasle de s'extasier sur l'extrême pauvreté des Tchadiens. » Ah, pardon, il y a une erreur dans cette transcription. Sans doute une manœuvre du contre-espionnage soudanais. En réalité, la phrase d'Hervé Morin s'arrête à « stabilité du Tchad ».

22h43. Je rétablis un contact visuel avec l'objectif. L'adjudant Drucker annonce la diffusion d'un entretien avec Notre Président, réalisé quelques jours plus tôt. En voici la transcription (presque) intégrale.
Adjudant Drucker : « Mon général, merci infiniment de me recevoir. Avec la crise, le budget de la Défense sera-t-il pénalisé ? » Au contraire, il sera abondé, répond en substance Notre Président, car « ce que nous investissons dans le militaire sert aussi au civil, je pense notamment au nucléaire ». Etrange. Je croyais que le nucléaire civil n'avait rien à voir avec le nucléaire militaire et que, pour cette raison, on pouvait vendre des centrales à tous les dictateurs de la planète. Mais peut-être que je n'ai pas bien compris, que la transmission a été brouillée par les services secrets nord-coréens.
Adjudant Drucker : « Merci beaucoup mon amiral. Cette année, vous irez à nouveau suivre une étape du Tour. » « Je crois à cette institution qu'est le Tour de France. Dès que j'ai une minute, l'après-midi, je regarde l'arrivée de l'étape ou, si je la rate, je regarde le résumé. »
Adjudant Drucker : « Alors, vous êtes plutôt Armstrong ou plutôt Contador ? » « Je ne vais pas prendre parti, mais Armstrong, après le cancer, à 38 ans, être capable de faire ce qu'il fait, c'est exceptionnel. »
Adjudant Drucker : « Merci infiniment, mon maréchal. Vous allez rouler cet été ? » « Oui, derrière chez nous, il y a un petit col… »
Adjudant Drucker : « Oui, bien sûr, le col de la Mole… » « Je le fais tous les jours quand je suis en vacances. »
Adjudant Drucker : « Je vous remercie beaucoup mon… » « Rompez ! », l'interrompt Notre Président.

Conclusion du Rapport d'observation n° 54854/AH24 – SECRET DEFENSE
Je ne suis pas en mesure d'annoncer si Notre Président sera équipée d'une oreillette dans l'ascension du col de la Mole. En revanche, je suggère de mettre aux arrêts l'adjudant Drucker, qui a bafoué l'honneur et la discipline de l'armée française en ponctuant ses saluts militaires de « mon » (« mon général », « mon colonel », etc.). Or, si le « mon » est de rigueur dans les films américains, il est absolument proscrit au sein de nos unités. Quant au taliban Laurent Fignon, qui affirmait « faut pas se mettre des œillères ni se voiler la face », il conviendrait de lui faire regretter cette provocation.
.

Samuel Gontier

 

 

09:37 | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/07/2009

Pas de pétard le 14 juillet

 

On a raté l'appel du 18 juin...

10:08 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu