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12/09/2009

Brice "not nice" Hortefeux et la gestion des flux discri-migratoires (à sens unique).

 

M. HORTEFEUX a signé avec le Ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Béninois de l’Extérieur, M. Moussa OKANLA, un accord sur la gestion concertée des flux migratoire et le codéveloppement.

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Signature de l’accord au Ministère des affaires étrangères


Le co-développement a-t-il un seul sens ?

Olivier Le Masson description auteur
Juillet 2009

Le co-développement est un concept ancien dont la signification a considérablement varié en fonction des temps, des lieux et des orateurs. Dans les années 1960, l’idée ambitieuse – issue du Psu de Michel Rocard – était de placer les relations entre le Nord et le Sud, et plus spécifiquement l’aide publique au développement (APD), dans le cadre d’une analyse des besoins des États contractants. C’était un désir de donner une traduction concrète, immédiate, permanente à la solidarité (Jean-Pierre Cot, 1984). Aucune référence n’est alors faite à la migration.

Depuis les années 1990, l’utilisation de ce terme est de plus en plus fréquente pour qui veut évoquer le lien entre « développement » et « phénomènes migratoires ». La nouvelle conception du « co-développement » est fondée sur une recherche de la complémentarité entre migration et développement : « Elle vise surtout à renforcer l’intégration en France tout en favorisant la solidarité active avec les pays d’origine, à créer les conditions sociales pour aider les migrants potentiels à demeurer chez eux (…). Elle signifie le dépassement de la coopération pour l’instauration d’objectifs communs. L’intérêt partagé de la France et des pays d’origine est de faire de l’immigration un vecteur de développement (Sami Naïr, 1997) ».

Un outil de gestion des flux migratoires ?

En 2003, le co-éveloppement a été redéfini par le gouvernement français comme « la valorisation de l’action des migrants en faveur de leur pays d’origine quelle qu’en soit la forme (valorisation de l’épargne au service d’investissements productifs, transferts de compétences, ou apports d’expériences sociales et culturelles) ». L’accompagnement des migrants de retour et les aides à la réinsertion ont été rattachés à cette « valorisation de l’action des migrants » à qui on demande de ne plus l’être !

L’approche sémantique du co-développement est encore peu partagée. En mai 2007, la création du ministère de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale auquel a été accolé le terme « co-éveloppement » n’a pas facilité l’émergence d’une culture commune. Le changement de nom du ministère substituant « développement solidaire » à « co-développement » en mars 2008 – même s’il est passé inaperçu aux yeux du grand public - a finalement amplifié l’amalgame entre co-opération et co-développement, entre la solidarité internationale classique et ce tryptique autrement plus complexe entremêlant migrations, citoyenneté et développement. Et depuis 2006, la généralisation des « accords relatifs à la gestion concertée des flux migratoires et au co développement/développement solidaire » (huit signatures fin 2008), fait que c’est encore la question des migrations et de la gestion des flux migratoires qui est posée et pour laquelle le co-développement a été érigé en solution.

Dès lors, la décision d’octroyer des fonds spécifiques de co-développement en fonction de l’acceptation de signer ces accords concertés de gestion des flux migratoires et de développement solidaire, induit une conditionnalité de l’aide publique française qui pose question. Les plus contestataires soulignent le caractère aussi contradictoire qu’inégalitaire de cette politique qui dote de ces fonds dédiés les « villages de migrants » pourtant déjà les plus riches dans un contexte de baisse de l’APD, et qui voit par ailleurs les « villages sans migrant » ne pas pouvoir bénéficier de ces fonds. Ceux-ci ironisent alors sur le sens caché de ce message qui serait devenu : « Ayez des migrants et partez en migration pour bénéficier des fonds de l’APD » ? De leur côté, les OSI et les OSIM ont alerté les pouvoirs publics : « Les actions de co-développement ne doivent être ni un moyen de pression sur les migrants, établis dans notre pays, ni une monnaie d’échange dans la négociation d’accords bilatéraux », (cf. Déclaration conjointe Coordination Sud et Forim, juillet 2007) !

Mobilité et échanges

Il est vrai que la dynamique impulsée par la politique de coopération française depuis dix ans a créé les conditions pour que le rôle des migrants acteurs de développement de leur région d’origine soit valorisé et appuyé tout en contribuant à combler le désintérêt médiatique qui entoure cette spécificité liée aux phénomènes migratoires sub-sahariens pourtant vieille des années 1960. Mais ces programmes de co-développement sont ainsi orientés essentiellement vers le développement des pays d’origine et misent sur une forte implication des ressortissants dans ces démarches qu’elles soient collectives (développement local, jeunesse) ou plus individuelles (diaspora qualifiée et entreprenariat économique).

Ces programmes de co-développement menés entre la France et les pays d’origine ont certes un certain impact en terme de développement (accroissement des taux de scolarisation, notamment des filles, amélioration de l’accès à l’eau potable et aux droits de santé, lutte contre l’insécurité alimentaire…), mais il est important de mesurer les aspects négatifs de cette conception cloisonnée : « Je voudrais revenir sur une vision prophétique : « Les deux nouveaux paradigmes en matière de migrations internationales : le ‘contrôle’ comme moyen de contenir les migrations, et le ‘développement’ comme moyen de les supprimer, en supprimant leur cause essentielle : la pauvreté, semblent bien s’appuyer sur une vision simpliste des phénomènes à l’œuvre ». Migrations internationales et développement sont effectivement appréhendés par les politiques publiques comme des problèmes, alors qu’il faudrait les considérer comme porteurs d’espoir, non pas celui de la fin des migrations internationales d’une part et d’un développement à l’égal d’un modèle dominant d’autre part, mais comme une capacité à circuler pour répondre aux besoins ou aux envies des personnes » [1].

En 2006, le Secrétaire général des Nations unies a présenté les phénomènes migratoires comme devant constituer « une double chance, pour les territoires d’origine mais aussi d’accueil ». Rééquilibrer cette dynamique d’échange et d’action permet de placer le centre de gravité au cœur de l’espace migratoire composé des différents territoires parcourus et de désamorcer un débat politique trop souvent idéologique qui, appréhendé aux échelles territoriales nationales, n’arrive qu’à provoquer fractures et discontinuités. Le co-développement est donc bien ce processus de développement partagé, simultané entre « ici » et « là-bas ». Les migrants, « vecteurs de co-développement », sont les passeurs de ces pratiques de solidarité partagées par un réseau d’acteurs de co-opération au Sud comme au Nord qui assurent le continuum « territoires d’origine-de transit-et-d’accueil ».

Le co-développement vu par les migrants du Sud

Le terme de co-développement est rarement utilisé par les migrants agissant pour le développement de leur région d’origine. En quittant leur famille et leur village, ils ont contracté une double dette (économique : coût du trajet, et sociale : absence du foyer) que l’investissement dans des projets de développement ne semble pouvoir combler. Si l’habitude leur fait préférer le terme de « projet de développement » et illustre bien leur volonté de rejeter tout particularisme communautaire, certains revendiquent de « faire du co-développement » depuis près de cinquante ans ! Ceux-là souhaitent substituer à cette « double-absence » [2]– étranger ici, toubab là-bas – une « double-présence » – citoyens ici, citoyens là-bas – capable d’engendrer autant de dynamiques de co-développement.

Contrairement à la France, en 2007, où dix candidats sur douze avaient donné des contenus politiques d’ailleurs très différents au concept de co-développement, la même année, aucun candidat à la présidentielle du Mali, de la Mauritanie ou du Sénégal n’en a fait un thème principal de campagne.

Au gré des réserves de devises des banques centrales, les États ont plus ou moins accordé de l’intérêt à leur diaspora ou plus exactement à l’épargne de cette diaspora. Plus généralement, les acteurs locaux en Afrique sub-saharienne ne voient souvent dans les migrants qu’un « compte en banque à distance » et le sujet reste encore peu analysé en dehors des cercles familiaux. Les grilles d’analyse des déterminants du départ ou encore de l’impact réel des investissements migrants sont peu diffusées. De même, la connaissance au Sud des contextes de vie au Nord (organisation associative, système de cotisation) reste succincte et les attentes des migrants en termes de projets de développement font trop rarement l’objet de concertation sur l’espace migratoire. Les migrants restent in fine ces « absents utiles ».

Les acteurs politiques du Sud restent méfiants. Comment dès lors envisager l’élaboration de politiques concertées, de cadres normatifs, et de mécanismes administratifs de prise de décision sans associer fortement les acteurs des territoires d’origine (institutions, autorités locales, responsables associatifs, organismes privés) à la réflexion ? Si la recherche dans ce domaine commence à peine en Europe, il est urgent de la mener conjointement en Afrique.

Pour une coopération décentralisée

En réalité, seuls quelques rares territoires à travers le monde peuvent se targuer de pratiques de co-développement dynamiques et régulières. Il s’agit du bassin du fleuve Sénégal (Mali, Mauritanie, Sénégal, Cap Vert, Guinée Bissau), du Sous-Massa-Drâa au Maroc, des Comores et du Mexique.

Si les transferts financiers – les remises – des migrants de leur territoire d’accueil à leur territoire d’origine sont la deuxième source de flux financiers à travers le monde, en revanche, les projets de co-développement menés entre les « ici » et les « là-bas » – qui font aujourd’hui l’objet d’une fascination en apparence suspecte – sont ainsi loin d’être généralisés. Il y a bien quelques associations de diaspora issues d’autres pays d’Afrique qui ont lancé des initiatives équivalentes. Compte tenu du lien étroit qui peut exister entre « remises », « assistanat » (là-bas) et « exclusion » (ici) – s’appauvrir ici dans l’espoir de s’enrichir là-bas – on peut s’interroger : cette généralisation érigée en politique publique est-elle vraiment souhaitable ?

Le Grdr souligne l’intérêt de mettre en valeur le continuum territorial de ces espaces migratoires (le « double-espace ») afin de construire des articulations économiques, sociales et culturelles fortes et pérennes entre les acteurs des différents territoires.

Les migrants ont investi le champ de « l’ouverture à l’international » d’abord à travers leur itinéraire personnel, puis collectivement par leur engagement associatif militant pour consolider les passerelles économiques et socioculturelles avec leur région d’origine. Mais la valorisation des migrants partenaires du développement local de leur commune d’origine et acteurs de développement local de leur commune de résidence modifie les rapports entre collectivités et offre une proposition alternative aux communes françaises qui développent actuellement des projets de coopération décentralisée. L’analyse parallèle des jeux d’acteurs sur chacun des territoires est un démultiplicateur des relations possibles d’associations à associations, entre professionnels de la santé et de l’éducation, de citoyens à citoyens… Elle stimule les échanges sur des problématiques partagées au Nord comme au Sud de démocratie participative, de concertation locale, d’aménagement du territoire. Révélateurs curatifs des lignes de fractures sociétales, ces liens favorisent ensuite les interactions citoyennes, activent les principes d’interculturalité, du vivre ensemble et de cohésion sociale, participent à la démocratisation des actions de solidarité internationale et fédèrent ainsi les processus de co-développement. Ils illustrent les potentialités d’une coopération décentralisée vectrice d’enrichissements mutuels et donne du sens au concept novateur de co-développement local. Elle permet enfin de rendre à ces migrants trop souvent considérés comme doublement absents, cette double-présence vectrice de citoyenneté…

Vice-président d’EU-Nomad (European Network On Migrations And Development), un réseau qui regroupe une quinzaine d’Ong originaires de dix pays européens depuis octobre 2007, le Grdr veille à inscrire ses analyses dans ce rapport dialectique à l’Ailleurs et à l’Autre au sein d’un même espace migratoire, continu et indivisible, où les logiques de réseau euro-africains de diaspora et de construction de partenariats multi-acteurs sont symboliques d’une citoyenneté active aux multiples visages [3].

Olivier Le Masson,

Olivier Le Masson est géographe, coordinateur des programmes « double-espace » au Groupement de recherches et de réalisations pour le développement rural (Grdr).

Notes

1 Patrick Gonin, 20 ans de Migrinter, citant J-P. Guengant (REMI, n°2, 1996), juillet 2006.

2 Abdelmalek Sayad, La double absence – Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré , Seuil, 1999, 444 p.

3 Ndlr - cf. « Associations de co-développement », Projet n° 288, septembre 2005, pp 4-17.

 

 

Malgré la forte pression exercée par Paris, Bamako refuse de signer l’accord sur « l’immigration concertée » destiné à cautionner les reconduites à la frontière. Tous les autres pays concernés, à savoir, Sénégal, Gabon, Bénin, République démocratique du Congo, Togo, se sont mis au pas suite à des propositions alléchantes d’aide au développement.  Mais le Mali, non ! Un non historique qui permet aujourd’hui au Président Malien Amadou Toumani de gagner quelques points sur sa côte de popularité en chute libre ces derniers temps avec la gestion de la rébellion au nord du pays et du coup, et de se hisser au même rang que ses processeurs, feu Modibo Keïta, Moussa Traoré et Alpha Oumar Konaré qui, chacun en sa manière, ont opposé la même résistance à l’ancien colonisateur.

Sous la houlette de Brice Hortefeux, son ministre en charge du dossier, que la France a exercé d’intenses pressions sur le Mali en vue de la signature de l’accord bilatéral de gestion concertée des flux migratoires. Méfiez-vous de l’euphémisme du ton. Il s’agit  tout simplement, pour la France, d’avoir la caution du Mali pour d’expulser en toute liberté ses compatriotes.. En somme, l’accord, s’il était signé aurait permis à la France, de vider de son territoire, tout malien indésirable. En échange, Paris apportera son appui aux autorités du pays pour leur collaboration. Il s’agit, en l’occurrence  d’un accroissement de l’aide au développement. Mais les autorités maliennes ne sont pas dupes. L’apport des compatriotes vivant à l’extérieur étant plus important que toute aide au développement que la France pourrait éventuellement octroyer, céder à ce chantage aurait de lourdes conséquences. ATT a visiblement
suivi l’opinion publique malienne profondément hostile à la politique française sur le continent. Et les Maliens n’en sont que ravis.

Il faut dire que les relations franco-maliennes sont des plus atypiques. Elles ont été plusieurs  fois marquées dans le temps, par un sursaut d’orgueil côté malien. Le Premier Président Modibo Keïta, après l’indépendance, tourna le dos en  optant pour le communisme. Paris ne lui pardonna pas cette offense. Mais qu’importe ce qui pouvait lui en coûter. Sa fierté malienne prit le dessus.
Moussa Traoré, à son tour, opposa sa résistance en décidant de se «tourner vers l’Ecole Japonaise». La France ne le toléra pas. Elle s’impliqua profondément dans le processus à l’origine du changement en 1991.
Mais rien n’était encore gagné pour Paris. En 1995. Le Premier Président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré refusa net de se rendre à Dakar au Sénégal pour y rencontrer Chirac. Les Maliens apprécièrent le geste. La France, non !

Aujourd’hui, malgré la forte pression, voire le chantage exercé par Paris, c’est Amadou Toumani Touré à son tour, qui reprend le flambeau de la résistance de ses prédécesseurs.  Et ceci est fort réjouissant.
Par son geste, ATT vient de gagner des points sur sa popularité quelque peu malmenée ces temps-ci par la question de la rébellion au nord du pays. Naturellement, ceci, ni encore moins la pression exercée par ses compatriotes n’explique son sursaut d’orgueil. Il s’agit d’une constance chez les chefs d’Etat maliens, une question de dignité !
B.S. Diarra
http://www.maliweb.net/category.php?NID=39473

12:50 | Lien permanent | Commentaires (0) |

15/06/2009

Pour quelques barils de plus...

 



Mourir pour Dubaï ? L’accord de défense entre Paris et Abou Dhabi engage la France à défendre les Emirats « par tous les moyens» , y compris nucléaires


15/06/2009 – 18h00
PARIS (NOVOpress) -
Selon Le Figaro du lundi 15 juin, les clauses secrètes de l’accord conclu fin mai entre Paris et Abou Dhabi engagent la France à défendre les sept Emirats arabes unis par « tous les moyens militaires dont elle dispose» - c’est-à-dire « également l’arme nucléaire» – Cette clause qui place ainsi les Emirats sous la protection du parapluie nucléaire français serait, affirme Le Figaro, plus contraignante que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord qui engage les membres de l’Otan à se porter à l’aide d’un autre membre qui aurait été attaqué.

Un accord d’une portée incalculable pour la sécurité de la France, au moment où l’Iran entend se doter de l’armement nucléaire et constitue une menace aussi sérieuse pour les monarchies pétrolières que pour Israël.

Le 26 mai, le président Sarkozy inaugurait à Abu Dhabi une base militaire permanente de la France. Ce complexe de 400 hommes qui regroupe base navale, base aérienne et camp d’entraînement, situé sur les rives du détroit d’Ormuz face à l’Iran, « illustre les responsabilités que la France, puissance globale, entend assumer aux côtés de ses partenaires privilégiés dans une région névralgique pour le monde entier » a déclaré le président de a République à cette occasion. Une visite officielle également placée sous le signe du nucléaire « civil » puisque des patrons du consortium Areva accompagnaient le président.

Lors de sa campagne pour la présidentielle de 2007, le candidat Sarkozy avait promis devant les Français de revoir les accords de défense liant la France à ses alliés, de les faire approuver par le Parlement et de les rendre publics. Une promesse qui n’engageait manifestement que ceux qui l’ont porté à la présidence de la République.


[cc] Novopress.info, 2009, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

 

Le nouvel accord de défense signé par Nicolas Sarkozy avec les émirats arabes unis engage Paris à défendre ses alliés par "tous les moyens". Une clause très contraignante alors que la tension avec l'Iran va croissante.

Nicolas Sarkozy, lors de sa visite aux Emirats arabes unis (Sipa)

Nicolas Sarkozy, lors de sa visite aux Emirats arabes unis (Sipa)

Pour défendre les Emirats arabes unis, la France s’est engagée à utiliser "tous les moyens militaires dont elle dispose" - c'est-à-dire "également l’arme nucléaire" -, dans les clauses secrètes de l’accord de défense conclu fin mai par Paris avec Abou Dhabi, affirme le Figaro dans son édition du lundi 15 juin. Si le mot "nucléaire" n’apparait pas dans le texte, c’est simplement parce que "ce serait contraire à la philosophie de la dissuasion, qui consiste à en dire le moins possible sur la doctrine d'emploi", a expliqué au quotidien du matin un diplomate qui a consulté l'accord. Depuis l’ouverture, fin mai, d’une base militaire française à Abou Dhabi, toute agression contre les Emirats pourrait être considérée comme une attaque contre "les intérêts vitaux" de la France. Dans ce cas, le nouvel accord de défense s’appliquerait de façon quasi automatique.

Plus contraignant que l'Otan


Alors que la tension monte avec l’Iran, qui veut se doter de l’arme nucléaire, l’accord de défense et l’installation de la base française dans les Emirats engagent la France dans une région dangereusement instable. Selon cet accord, les Emirats n’auraient pas une garantie sans limite mais se trouveraient cependant sous le parapluie nucléaire français, Paris restant évidement maître du feu atomique. Cependant, la clause de protection des Emirats "serait plus contraignante" que l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord qui engage les membres de l'Otan à se porter à l’aide d'un autre membre qui aurait été attaqué, affirme le Figaro. Lors de son élection Nicolas Sarkozy avait promis de revoir les accords de défense liant la France à ses alliés, de les faire approuver par le Parlement et de les rendre publics.
(nouvelobs.com)






Philippe Leymarie-11 juin 2009-Le Monde Diplomatique

France-Afrique : des accords militaires « nouvelle génération »

lundi 15 juin 2009

La mort du président gabonais Omar Bongo Ondimba, un des « dinosaures » de la Françafrique, retardera la négociation d’un nouvel accord de défense entre Paris et Libreville, entamée cette année à la demande de la France. Le texte actuel, signé le 17 août 1960, lors de l’accession du pays à l’indépendance, prévoit que la République gabonaise « peut, avec l’accord de la République française, faire appel aux forces armées françaises pour sa défense intérieure et extérieure ».

En dépit de l’engagement mainte fois renouvelé du gouvernement français de ne plus se comporter en « gendarme de l’Afrique », les éléments français stationnés en permanence à Libreville pourraient donc – en vertu de cet accord vieux de presque cinquante ans – être appelés à assurer, le cas échéant, le rapatriement de ressortissants, la sauvegarde de biens, la protection de bâtiments publics (présidence, ministères, ambassades), sites stratégiques (port, aéroport, centrales électriques, mines), voir à intervenir – aux côtés des forces gabonaises – dans des opérations de surveillance aux frontières ou de contrôle de foule [1].

Des accords du même type, comportant dans certains cas des clauses (non rendues publiques) d’assistance au gouvernement en place en cas de « circonstances graves », avaient été conclus avec la Centrafrique (1960), la Côte d’Ivoire (1961), le Togo (1963), le Sénégal (1973), le Cameroun (1974), Djibouti (1977), les Comores (1978). Le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale publié en juin 2008 les présente comme « appartenant au passé », car « correspondant à un moment historique, la fin de la décolonisation ».

Lors d’un discours devant le parlement sud-africain, en févier 2008, le président français, M. Nicolas Sarkozy, avait annoncé la révision de ces accords de défense « obsolètes » signés par Paris avec ses anciennes colonies, ne jugeant « plus concevable d’y intervenir dans des conflits internes ». Il avait promis également, au nom de la « transparence », la publication intégrale de ces textes, après ratification par les parlements des pays signataires.

A sens unique

Ce réexamen, entamé depuis quelques mois, a débouché sur la signature en février d’un nouvel accord avec le Togo, dont le contenu n’a pas encore été rendu public : mais le nouveau texte – qui abroge l’ensemble des accords et arrangements conclus précédemment – exclurait désormais tout engagement de l’armée française pour soutenir les régimes en place. Il repose sur un principe de réciprocité des engagements pris par les deux parties ; mais c’était déjà le cas auparavant, et n’avait pas empêché ce partenariat d’être à sens unique – ce qu’il restera par la force des choses.

Un accord de défense « nouvelle génération » a également été signé en mai dernier avec le Cameroun, dont l’ancien « accord spécial de défense » avec Paris signé en 1974 était resté secret. Cette fois, il n’est plus question d’intervention militaire à l’intérieur du pays. Le texte n’évoque plus le cas d’une agression extérieure, se contentant d’envisager le partage d’informations, l’organisation d’exercices militaires communs, et le soutien aux organismes de formation. Le tout dans une optique de « renforcement des capacités africaines de maintien de la paix » - l’ancien « RECAMP » (repris à son compte par l’Union européenne, en liaison avec l’Union africaine, mais dont on n’a plus de nouvelles !).

Bases fermées

Ces accords de défense « lourds » – mais qui ne sont appliqués que dans la mesure où les deux contractants le souhaitent – ont servi de couverture juridique à des interventions à répétition très controversées, notamment dans les années 80 et 90. Ils ont souvent été adossés à une présence militaire française permanente (Libreville, Bangui, Abidjan, Dakar, Djibouti) qui est également en cours de réévaluation.

Ainsi, la fermeture de la base d’Abidjan est quasiment programmée : le président Laurent Gbagbo n’a jamais fait mystère de ses réticences à propos de la présence des soldats français. Il faudra trancher également entre les bases de Dakar et Libreville [2] – le dispositif militaire français en Afrique devant, selon le Livre blanc, se concentrer sur trois grandes implantations régionales (ouest, centre, est), avec un complément dans le sud-ouest de l’océan Indien (La Réunion), et dans le Golfe arabo-persique (Abou Dhabi).

Soutien sans participation ?

Ces accords dits « de défense » sont distincts des accords techniques militaires signés avec vingt-sept pays africains, qui ne sont pas officiellement remis en cause : ils concernent les facilités d’escale et de transit, le soutien logistique, l’échange d’informations, l’aide à la formation et à l’entraînement, le statut des personnels des bases, la fourniture de matériels et d’armements, etc [3] .

Mais l’exemple du Tchad – qui n’a jamais été lié à la France par un accord de défense, mais où les militaires français mènent une intervention quasi-permanente depuis l’accession du pays à l’indépendance – montre qu’il y aurait intérêt à remettre également à plat ces accords « techniques ». Le « soutien sans participation » de l’armée française aura sauvé la mise du régime du président Idriss Deby à plusieurs reprises ces dernières années... Notes

[1] Une « convention spéciale relative au maintien de l’ordre », signée en 1961, est restée secrète.

[2] L’actuelle base au Gabon (980 hommes) rayonne sur la Centrafrique, et apporte un soutien aux forces françaises au Tchad et en Côte d’Ivoire. Elle sert de « réservoir » de forces prépositionnées pour les « opex » françaises en Afrique de l’Ouest et centrale.

[3] Voir la liste des accords de défense et de coopération technique militaire dans Les évolutions récentes de la coopération militaire française en Afrique, Tibault Stéphène Possio, Editions Publibook, 2007 ; ou dans l’ouvrage collectif sous la direction de Pierre Pascallon, La politique de la France en Afrique, l’Harmattan, 474 p., Paris, 2004.








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