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15/07/2012

Adlène Hicheur: «Je redémarre de zéro»

 

Par Laurent Grabet. Mis à jour le 12.07.2012

Condamné en mai pour terrorisme, Adlène Hicheur, ex-physicien du CERN et de l’EPFL, est désormais libre et tente de rebondir. Nous l’avons rencontré hier à Genève.

«Aujourd’hui, je veux transcender mon amertume pour me reconstruire.» Le 4 mai, Adlène Hicheur était condamné à 5 ans de prison pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, après avoir échangé des e-mails jugés prodjihadistes avec un internaute présenté comme un membre d’Al-Qaida au Maghreb islamique (ndlr: ce qui n'a jamais pu être prouvé). Hier, par le jeu des remises de peine, nous avons pourtant rencontré le physicien franco-algérien, en homme libre, à Genève.

Toujours sur écoute

«Le matin du 15 mai, on m’a dit que je sortirais très prochainement, explique-t-il. Le soir même, ma sœur venait me chercher devant la prison. Je n’ai pas eu le temps de saluer mes camarades de détention. En un sens, ça a été aussi violent que mon arrestation deux ans et demi plus tôt.» Depuis, Adlène Hicheur est revenu deux fois en Suisse. Hier, il s’y trouvait de nouveau. «Pour reprendre contact avec des ex-collègues, les remercier de leur soutien et relancer, à leur contact, l’émulation intellectuelle qui a toujours été mon moteur et qui s’était ralentie en prison», explique-t-il.

Au cours de notre entrevue, plusieurs scientifiques le saluent. Tous sont heureux de voir le surdoué de 35 ans réintégrer leurs rangs. Mais, malgré les apparences, c’est encore loin d’être le cas. «Je redémarre de zéro. Rebondir dans la physique des particules sera difficile. L’ampleur du défi m’effraie parfois, mais je refuse de sortir brisé de cette affaire. Si je ne retrouve pas de poste dans mon domaine, je réussirai dans d’autres.»

En retrouvant la liberté, le physicien a réalisé l’étendue des dégâts engendrés par son arrestation. «Ma famille a dû se réorganiser autour de moi, et notamment ma mère, dont la santé a décliné suite à tout ça. Aujourd’hui, je n’ai plus ni logement, ni boulot, ni source de revenu. J’ai droit à des indemnités en tant qu’ancien détenu, mais je les refuse par principe et je préfère loger chez mes parents, même si le téléphone y est encore sur écoute.» Le scientifique repousse la dépression qui guette et l’amertume qui s’est abattue sur lui. «Je veux la transcender. Ma foi m’y aide comme en prison, mais c’est dur.»

Soutenu par un indépendantiste

Au moment de son arrestation, les longues années d’études et de sacrifices commençaient à payer. La récente découverte du boson de Higgs aurait dû être un peu la sienne aussi puisqu’il y avait travaillé. «Cette annonce m’a réjoui, tout en me donnant un pincement au cœur. J’avais pas mal de projets scientifiques en cours quand tout a basculé. Une collaboration avec un institut du Moyen-Orient, que j’avais initiée, commençait à prendre forme. J’avais réussi à allier enseignement et recherches. Et, là, il faut repartir de zéro.»

A Fresnes, l’une des prisons les plus dures de France «conçue pour casser», dans sa cellule de 9 m2, voisine de celle de l’indépendantiste corse Yvan Colonna (condamné pour l’assassinat du préfet Erignac), Adlène Hicheur a appris l’espagnol et énormément lu pour ne pas se laisser distancer par la science qui avançait sans lui. Là-bas, il a beaucoup appris sur la psychologie et la nature humaine. Derrière les murs, les conventions sociales tombent et les susceptibilités sont exacerbées. «On est en mode survie comme dans certaines émissions de télé-réalité. Mais il y a aussi de la camaraderie. Plusieurs détenus étaient dégoûtés pour moi. Ils me disaient: «T’as étudié et travaillé toute ta vie pour rien. Nous, on est là pour quelque chose et c’est dur. Alors, pour toi, ça doit être horrible.»

Serein devant Dieu

Si Adlène Hicheur a tenu le coup, c’est notamment grâce aux soutiens qui se sont rapidement manifestés. Le sociologue genevois Jean Ziegler et le Prix Nobel de physique Jack Steinberger en faisaient partie. «Mais il y a surtout eu ma famille, de nombreux collègues, dont Jean-Pierre Lees, mon directeur de thèse, insiste le physicien. Et puis, tout simplement, ces gens qui, eux aussi, m’ont écrit et ont su dépasser la manipulation sécuritaire qu’on voulait leur faire avaler. Comme mes amis d’enfance, mon kiné ou même mon facteur.»

Adlène Hicheur sourit. Il est amaigri, affaibli mais semble serein malgré tout. «Devant Dieu, je suis clair, assène-t-il. En me condamnant coûte que coûte sur de simples opinions et un dossier monté de toutes pièces, les juges ont voulu me briser. Je ne me laisserai pas faire.» (Le Matin)

Une bavure de l'antiterrorisme français?

Vous clamez votre innocence: alors pourquoi ne pas avoir fait appel de votre condamnation?

J’aurais dû rester encore des mois en prison en attendant un nouveau procès. Après dix jours de réflexion, j’ai choisi un peu à contrecœur de sauver les meubles. Ma famille était vraiment usée, et ma santé physique et psychique aussi. Et puis il n’y a pas lieu de demander justice à une institution qui n’avait cessé de se décrédibiliser dans cette affaire.

Certains des e-mails qu’on vous reproche contenaient des opinions problématiques. Les regrettez-vous?

(Il hésite). Non, car la violence que j’ai subie en retour est sans commune mesure avec ce qui n’était que des propos. Qui plus est soigneusement sélectionnés au milieu de centaines d’autres pour faire un tout cohérent collant au scénario du loup solitaire terroriste. Dans les conversations privées de tout un chacun, on peut parfois trouver des excès. S’ils deviennent condamnables, il va falloir mettre du monde en prison!

Les enquêteurs se seraient acharnés sur vous sans raison?

Côté français, il n’y a eu qu’une volonté de broyer un individu, d’en faire une victime expiatoire dans un contexte politique qui le demandait. Le ministre de l’Intérieur de l’époque avait même osé faire une sortie médiatique m’étant défavorable en pleine garde à vue. Les Suisses, qui de leur côté avaient mené leur enquête, ont été carrés. Ils ont rassemblé les pièces, m’ont écouté et finalement blanchi. C’était une véritable quête de vérité. 

piqué au tas sur lematin.ch - 12/07/2012


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04/05/2012

AFFAIRE HICHEUR, UN SIMPLE DÉTAIL

Paru le 30 avril 2012 dans Le Monde. (vu qu’ils ont changé le titre et effacé quelques phrases, voici la version originale non retouchée).

Si nul ne peut croire sérieusement que le 6 mai 2012 puisse altérer quoi que ce soit au cours de nos existences, il n’en va pas de même du 4 mai prochain, date du verdict dans le procès d’Adlène Hicheur. Ce jour-là, nous saurons enfin si le simple fait d’écrire sur des forums virtuels des propos peu amènes pour l’Occident constitue un acte de terrorisme passible de plusieurs années de prison. Ce jour-là, l’autorité judiciaire déterminera enfin si l’on a ou non le droit de considérer que le déploiement des armées occidentales en Irak et en Afghanistan est un acte de guerre, voire un acte d’invasion, et non une simple opération de police menée pour le bien de l’humanité dans une extension récente du territoire américain. Et si une telle opinion constitue en soi l’expression caractérisée de sympathies « pro-djihadistes ». Si la juge Rebeyrotte devait condamner Adlène (même à une peine qui se limite à couvrir les deux ans et demi de préventive qui viennent de lui briser le corps), il conviendra d’en tirer toutes les conséquences. On aura alors à coeur d’interdire tous les blogs anarchisants qui appellent à pendre les patrons, voire à bouffer les riches, tous les groupuscules marxistes qui défendaient la « résistance irakienne » contre l’ « agression impérialiste US », tous les pro-palestiniens qui soutiennent ceux qui luttent contre l’« occupant sioniste » ou dans autre registre tous les xénophobes qui appellent sans rire à égorger des arabes le jour de l’Aïd, comme tous les satanistes en herbe qui étalent une volonté farouche de brûler une à une les églises de notre pays. Avec un peu de persévérance, on se rendra bientôt compte que les forums virtuels les plus anodins sont remplis d’intentions criminelles impunies, auxquelles ne manquent guère qu’un peu de suite dans les idées pour en faire du pré-terrorisme avéré.

On nous dira que le cas d’Adlène est tout de même singulier, qu’on ne peut étendre qu’abusivement sa situation au reste de la population. Certes, Adlène est d’origine algérienne. Son père figurait déjà sur les fichiers antiterroristes français, apparemment pour avoir fait un pélerinage à la Mecque. Pour aggraver son cas, Adlène, comme tant d’autres de sa cité de Vienne, a préféré collectionner les diplômes plutôt que les peines de prison. Il est passé par Normale-Sup Lyon, était chercheur en physique fondamentale au CERN. Voilà qui est peu pardonnable, ainsi que les policiers de la sous-direction antiterroriste le lui ont fait remarquer : « On va te broyer ». Ainsi qu’ont pu le constater tous ceux qui ont assisté à son procès, c’est un esprit méthodique, qui sait choisir ses mots, développer une pensée sans se laisser dominer par tel ou tel chantage émotionnel. Or chacun sait que c’est à son intelligence glacée que l’on reconnaît la graine de terroriste au sang froid.

On peut épiloguer tant qu’on veut sur le caractère d’« exception » de la justice antiterroriste, sur le renversement des principes mêmes du droit qu’elle contient ; on n’a rien dit tant que l’on n’a pas élucidé la nature de sa cohérence, qui, tout en s’inscrivant dans le champ du droit, le déborde de toutes parts. Cette cohérence est celle de l’actuelle gestion socialisée des affects. Le terrorisme est le premier crime défini par la nature affective de ses conséquences, le premier crime affectif de l’histoire. C’est pourquoi on peine tant à le définir juridiquement. Le terroriste, l’acte terroriste, le groupe terroriste, se définissent par ceci qu’ils font peur, qu’ils répandent, dit-on, l’affect de terreur. Et la justice antiterroriste est féroce, comme l’est la police antiterroriste, parce que la peur rend féroce.

Ne soyons pas dupes : rien n’est plus exploitable et malléable que le sentiment de peur et c’est en cela que la DCRI est une police éminemment politique. Le hic, bien évidemment, c’est que, du Petit Journal à C.N.N., de Casimir-Perier à Nicolas Sarkozy, toute la terreur associée à tel ou tel fait, qu’il ait eu lieu au café Terminus ou à Toulouse, c’est l’appareil gouvernemental qui la produit en exploitant le fait à dessein, et non son auteur. Claude Guéant n’aura pas ménagé ses efforts et Nicolas Sarkozy ses effets pour répandre, et ce jusque dans les écoles primaires, l’effroi lié aux assassinats de Toulouse. Les histoires de terroristes sont les contes cruels, pleins de barbus, de bombes et de sabres, dont on berce le sommeil agité des solitudes démocratiques. Tout souci de vraisemblance y est superflu. On peut rafler des musulmans pour le spectacle à la veille des élections présidentielles ; et le refaire une semaine plus tard, pour les libérer tous : le « fromage islamiste » est si « alléchant », comme l’écrit le juge Trévidic.

Dans le cas d’Adlène, on se souviendra du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, se vantant sur France Info d’avoir arrêté in extremis « un individu autoradicalisé qui s’apprêtait à déposer une bombe dans un régiment de chasseurs alpins ». Bizarrement, lors de son procès, les journalistes, les amis et les soutiens d’Adlène purent constater que comme par magie, cette « bombe-à-deux-doigts-d’exploser » avait disparu des débats. Comme il fallait bien parler de quelque chose, c’est-à-dire consacrer le flair et le sérieux sans pareil de la DCRI, on s’acharna à démontrer que le contenu de quelques mails d’Adlène était si terrifiant que cela méritait bien six années de prison. Quelle importance, l’image était déjà dans la boîte, c’est-à-dire dans les têtes : « un individu autoradicalisé qui s’apprêtait à déposer une bombe. » Cela fait partie de la fiction générale par laquelle on gouverne de nos jours Nous nous trouvons avec le procès d’Adlène à la croisée des chemins. Soit la justice valide la doctrine insensée du décèlement précoce, du « pré-terrorisme » et se lance dans la neutralisation préventive de tous les « individus autoradicalisés », par nature indétectables, qui courent les rues et les forums. Ce qui signifie : basculer dans la psychose sous l’impératif inatteignable de prévoir l’imprévisible, affranchir la surveillance policière de tout prétexte, de toute limite. Soit la justice antiterroriste acquitte Adlène, et renonce donc à confisquer une nouvelle fois ce qu’elle prétend protéger : la liberté. A vous de juger, il n’y va après tout, dans cette affaire, que de ce simple détail.

Jean-Pierre Lees, Physicien, directeur de recherche au CNRS Mathieu Burnel, mis en examen dans l’affaire de Tarnac Halim Hicheur, frère d’Adlène Hicheur Rabah Bouguerrouma, porte-parole du Collectif Viennois de Soutien à Adlène Hicheur www.adlenehicheur.fr

via soutien aux inculpés du 11 novembre

07:19 | Lien permanent | Commentaires (0) |

31/03/2012

Justice de classe pour Adlène Hicheur

Six ans de prison ferme ont été requis vendredi contre Adlène Hicheur, le physicien franco-algérien incarcéré depuis 2 ans et demi sur des soupçons de terrorisme. Décision le 4 mai.

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08:13 | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/09/2011

L'obsession sécuritaire - Arte - Thema "Tous terroristes ?" - 6 septembre 2011

Le combat antiterroriste et ses dérives

L'obsession sécuritaire
 réalisateur : Marita Neher

Après les attaques du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone, les attentats de Madrid, en 2004, et ceux de Londres, en 2005, ont incité les gouvernements européens à renforcer les mesures de lutte antiterroriste. Ce documentaire passe au peigne fin les lois élaborées dans ce cadre et observe, à travers plusieurs cas en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France, les dérives qu'elles ont entraînées. Des arrestations comme celles du groupe de Tarnac ou d'Adlène Hicheur, chercheur au Cern, montrent que, sous prétexte de prévention et de protection des citoyens, on en accuse d'autres à tort et sans respecter leurs droits fondamentaux.

"La Peur des autres - L’exemple de Penzberg"


Depuis 2007, la communauté musulmane d’une petite ville de Bavière, suspectée de liens avec des organisations extrémistes, tente de se défendre devant la justice.
Les musulmans de Penzberg, une paisible ville de 16 000 habitants non loin de Munich, sont fiers de leur mosquée et de leur imam Benjamin Idriz, qui a fait de cette communauté l’une des plus libérales et des plus ouvertes parmi les quelque 2 500 que compte l’Allemagne. Mais du côté des Renseignements généraux, on fait entendre un tout autre son de cloche : selon des écoutes téléphoniques, l’imam entretiendrait des relations avec deux organisations islamistes réputées extrémistes. Des accusations que la communauté rejette formellement, mais qui n’ont pas encore été levées par la justice. La reconstitution de ce dossier offre l’occasion de s’interroger de manière plus générale sur la peur que les sociétés occidentales éprouvent aujourd’hui vis-à-vis de l’islam.

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La Peur des autres
Documentaire de Benjamin Cantu (Allemagne, 2011, 30mn)
Production : Boekamp und Kriegsheim GmbH

19:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

18/06/2011

Faut-il supprimer les juridictions d'exception ?

Préambule: A travers le cas particulier de Mr Adlène Hicheur, j’aimerais attirer l'attention des lecteurs sur le cas profondément injuste et arbitraire de notre législation antiterroriste, même si celui ci a déjà été dénoncé par des gens beaucoup plus doués que moi pour l'écriture et la synthèse, d'autant que je ne suis en rien un spécialiste du droit. Ainsi  ce rapport de la FIDH datant de 1999, préconisait-il  dans ses conclusions de supprimer l’incrimination d’“association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ” mais aussi de supprimer la spécialisation de la 14e section du Parquet du Tribunal de grande instance de Paris (les fameux juges "antiterroristes"), de renforcer les obligations légales de toutes les juridictions de fournir les motivations et les preuves fondant toute décision , ordonnance ou jugement qui affecte la liberté et les droits du suspect ou du prévenu  et enfin de supprimer l’allongement systématique de la garde à vue à 96 heures au seul motif qu’une question est déclarée initialement comme concernant le “terrorisme”. Force est de constater, à la lecture de ce que vit  aujourd’hui à Mr Hicheur, que ce rapport est toujours d’actualité, qu’en 12 ans rien n’a changé et que les procédures antiterroristes outrepassent les limites de l’acceptable en matière des droits de l’homme. Il serait donc intéressant de connaitre les propositions des différents partis politiques pour remédier à  la situation, même s'il semble exister dans l'opinion publique un consensus, probablement du à la désinformation, pour approuver les politiques actuelles. D'autres rapports dignes d'intérêt sont ceux, plus récents, de Human Rights Watch (HRW)  datant de 2008 et 2010.

la suite ici

 

18:58 | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/02/2011

DCRI, CRISTINA, présomption d'innocence...

Le 26 février, dans une note intitulée « CRISTINA, fichiers, DCRI, Conseil d'Etat... (I) », le blog Notre Siècle rappelle l'existence à ce jour d'un recours en Conseil d'Etat demandant entre autres l'annulation du Décret relatif aux missions et à l’organisation de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et des « décisions ayant institué et défini le fichier CRISTINA et les modalités de constitution, alimentation et utilisation dudit dossier », y compris le décret non publié protégé par le secret défense. Au même moment, le rôle de la DCRI est évoqué dans un article de La Tribune avec le titre « Espionnage chez Renault : une simple vengeance ? », pendant que le Parisien écrit « Espionnage : le corbeau pourrait être un cadre de Renault » en spéculant sur l'orientation des recherches de la DCRI. Il y a quelques mois, le directeur de la DCRI, Bernard Squarcini, s'est lui-même livré dans les médias à des affirmations sur l'affaire de notre collègue Adlène Hicheur qu'à ce jour aucun tribunal n'a confirmées. Que deviennent la présomption d'innocence et les garanties de la défense des droits des citoyens ? S'ajoute à cette avalanche d'informations médiatiques et d'affirmations publiques difficiles à contrôler le secret défense qui entoure le fonctionnement de services tels que la DCRI. Alors que, parallèlement, le juge Marc Trévidic, président de l'Association Française des Magistrats Instructeurs (AFMI) n'hésite pas à mettre en cause dans Médiapart le caractère constitutionnel des dispositions actuelles en matière de secret défense.

 

Dans son article du 26 février « CRISTINA, fichiers, DCRI, Conseil d'Etat... (I) » sur le blog Notre Siècle, évoquant son recours en Conseil d'Etat 318952, Luis Gonzalez-Mestres écrit  notamment :

http://notresiecle.blogs.courrierinternational.com/archiv...

Mon exception d'inconstitutionnalité vise, dans sa rédaction actuelle, la Loi n°78-17 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, l'actuel dispositif légal ne m'apparaissant pas conforme aux articles 1 et 34 de la Constitution, notamment en ce qui concerne les :

« données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l'appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci »

et ce qui me semble être une insuffisante protection fournie par la loi (...)

(fin de l'extrait)

L'auteur invoque, à propos de l'article 34 de la Constitution, la définition « La loi fixe les règles concernant :

- les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques ; les sujétions imposées par la Défense Nationale aux citoyens en leur personne et en leurs biens ;

(...) »

(fin de l'extrait de l'article 34 de la Constitution)

Non seulement on peut s'interroger à ce sujet à propos d'un dispositif en matière de fichage qui a fait l'objet de nombreuses critiques, mais la protection des citoyens en matière de détention et de présomption d'innocence ne paraît guère garantie dans la pratique. Jusqu'où vont les carences de la législation actuelle ?

Sur ces questions, la situation d'Adlène Hicheur a de quoi interpeller à plusieurs titres. Qu'il s'agisse de son arrestation ou de sa garde à vue, de son maintien en détention, ou de la propagande institutionnelle sur son affaire alors que les données de la DCRI sont protégées par le secret défense.

 

Force est de constater que Bernard Squarcini, présenté dans les articles en tant que directeur de la DCRI, n'a pas hésité à déclarer explicitement :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/06/29/01016-...

"... je vous rappelle il y a eu l'affaire Adlène Hicheur, chercheur en physique des particules élémentaires au Cern à Genève, enrôlé par al-Qaida au Maghreb islamique, qui proposait comme cible le site du 27e bataillon des chasseurs alpins en Haute-Savoie."

(Le Figaro, 1er juillet 2010)

http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Terrorisme-La-menac...

"Nous déjouons en moyenne deux attentats par an. Je peux vous citer celui qui visait le 27e bataillon des chasseurs alpins, engagé en opérations extérieures en Afghanistan, Adlene Hicheur, cet ingénieur du Centre européen de recherche nucléaire (Cern) qui avait proposé ses services via Internet à Al-Qaida au Maghreb islamique."

(Journal du Dimanche, 10 septembre 2010)

Il aparaît, à la lecture de ces déclaration et des affirmations qu'elles contiennent, que la plus haute autorité de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur se présente dans la pratique comme représentant la seule instance compétente dans l'établissement des faits. Ceci avant tout jugement sur le fond. Quelle marge d'appréciation reste-t-il au juge du fond ?

Pour rappel, l'article 6.2 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme prescrit :

http://www.echr.coe.int/NR/rdonlyres/086519A8-B57A-40F4-9...

2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie.

(fin de l'alinéa)

Peut-on se satisfaire d'un tel fonctionnement de la part des institutions françaises ? De quel droit le directeur de la DCRI affirme-t-il publiquement, comme étant avérés, des faits supposés qu'aucun tribunal n'a confirmés ?

 

Quelle liberté d'appréciation réelle reste-t-il au juge du fond après de tels propos tenus en public par la directeur de la DCRI à propos d'un citoyen qui se trouve depuis octobre 2009 en détention provisoire sans jugement ?

Dans la pratique, un service de renseignement intérieur comme la DCRI, muni de surcroît de dossiers et données protégés par la secret défense, se présente comme la seule instance vriament compétente en matière d'établissement des faits.

Et c'est ainsi que, pendant qu'Adlène Hicheur reste à la prison de Fresnes sans être jugé, une version « officielle » des faits est répandue dans les médias par le même service qui a procédé à son arrestation.

Une bien étrange « sécurité juridique » dans la pratique, si on pense aux arguments invoqués en même temps par le Conseil Constitutionnel et la Cour de Cassation pour ne pas annuler des procès-verbaux d'interrogatoires comme ceux effectués pendant la garde à vue d'Adlène Hicheur.

Alors qu'en l'espèce, la Cour de Cassation reconnaît l'existence d'une « violation des dispositions de l'article 6 § 1 et 6 § 3 de la Convention européenne des droits de l'homme » par la privation de l'aide d'un avocat lors de ces auditions.

Voir, pour rappel, l'arrêt 10-83204 de la Cour de Cassation du 9 novembre 2010 :

http://www.legifrance.com/affichJuriJudi.do?oldAction=rec...

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12/02/2011

Adlène Hicheur, toujours en détention sans jugement (I)

la suite de :

BaBar et le collisionneur PEPII à SLAC ou pourquoi Adlène Hicheur devient la nouvelle bombe de l'antiterrorisme...

 

 

Le 31 janvier, sans aucun argument à l'appui, le site Alternatives Paloises écrit : « .... on démarre la nouvelle usine d’antimatière du CERN ! On est passé de la blessure possible d’un doigt à la disparition éventuelle de l’humanité ». A quoi sert de répandre de tels ragots sans fondement, qui permettent à des pouvoirs en place de justifier devant l'opinion publique un flicage accru des scientifiques ? Il est exact que l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire (CERN) étudie l'antimatière. Mais elle n'en « fabrique » pas au sens que laisse entendre l'article d'Alternatives Paloises. Au même moment, le Comité International de Soutien à Adlène Hicheur (CISAH), qui compte déjà plus de cent-cinquante membres, fait état des presque cinq-cents jours de détention sans jugement déjà infligés à ce physicien français. Hicheur avait été arrêté sur la base de soupçons d'une possible « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », que rien ne semble avoir confirmés d'après son avocate. Mais à ce jour, il reste en prison sans que ses collègues et amis puissent en comprendre les raisons. Pour ce chercheur de 34 ans, atteint d'une double hernie discale et qui clame son innocence, l'emprisonnement prolongé à Fresnes et le rejet systématique de ses demandes de mise en liberté constituent une épreuve extrêmement difficile à supporter. Un reportage de France 3 daté de samedi a encore rappelé cette situation, ainsi que les spéculations au conditionnel émises par le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, au moment de l'arrestation de l'intéressé il y a déjà seize mois. Pire, l'arrestation d'Adlène Hicheur a été assortie des élucubrations les plus délirantes de la part de certains médias, concernant un éventuel usage des moyens ou du savoir-faire du CERN par des présumés « terroristes ». Pourquoi une telle campagne ? En réalité, la justice suisse a récemment classé le dossier.

 

Le résumé destiné aux enseignants diffusé par le CERN à propos du décelérateur d'antimatière :

http://ad-startup.web.cern.ch/AD-Startup/ForTeachers/ForT...

emploie effectivement le titre : « Démarrage de la nouvelle usine d'antimatière du CERN ». Mais le texte précise notamment :

(...)

La matière et l’antimatière sont de parfaits contraires. Si parfaits en fait, que lorsqu’elles se rencontrent, elles s’annihilent en laissant derrière elles un éclair de pure énergie. Rien d’autre ne subsiste. C’est pourquoi les auteurs de science fiction aiment tant l’antimatière. Pour eux, l’annihilation de l’antimatière est la source idéale d’énergie propre. Il s’agit de la parfaite conversion de la masse (m) en énergie (E) selon la célèbre équation d’Einstein E=mc2, où c est la vitesse de la lumière. Le problème est, cependant, que l’antimatière ne peut pas être simplement recueillie ou extraite. Elle doit être créée, et sa création requiert infiniment plus d’énergie que sa destruction n’en produit. Toute l’antimatière produite au CERN en un an fournirait à peine assez d’énergie pour alimenter une ampoule électrique pendant quelques secondes.

Donc, l’antimatière comme source d’énergie est condamnée à rester du domaine de la science fiction ; cependant, une question importante demeure sans réponse: pourquoi la nature semble-t-elle préférer la matière à l’antimatière ? (...)

(...)

(fin de l'extrait)

Ce dont il ressort, notamment, qu'aucun chercheur du CERN ou d'une autre institution ne peut se promener avec de l'antimatière dans la poche pour commettre un attentat. Et qu'en aucun cas une organisation secrète ou clandestine ne pourrait s'emparer d'antimatière produite au CERN ou ailleurs pour en faire une arme à des fins incontrôlées.

De même, le reportage de France 3 :

http://info.francetelevisions.fr/?id-video=monalisa_GREN_...

met en évidence l'étonnement et l'inquiétude des scientifiques devant l'arrestation d'un collègue survenue sans une motivation claire d'après son avocate, et sans qu'un jugement intervienne par la suite dans un délai raisonnable.

Quels peuvent être les motifs précis de cette détention prolongée sans jugement sur le fond ? Alors qu'il paraît manifeste que la médiatisation du prétendu « danger » a souvent été contraire à la réalité en ce qui concerne le site du CERN, organisme de recherche fondamentale sans aucun rapport avec l'énergie nucléaire.

 

France 3 rappelle aussi l'engagement public de Brice Hortefeux estimant que « peut-être l'enquête démontrera que grâce à ces deux interpellations [d'Adlène Hicheur et de son frère, relâché par la suite], le pire aura pu être évité ».

Un « peut-être » d'autant plus gênant, que dans la pratique le gouvernement français semble avoir laissé la presse française et étrangère se livrer à toutes sortes de spéculations fantaisistes et d'amalgames sans, apparemment, leur opposer des mises au point.

C'est ainsi, par exemple, que dans un article d'octobre 2009 intitulé rien de moins que : « Big Bang scientist 'planned to blow up oil refinery in terror attack that would wipe out city the size of London' », Daily Mail écrit notamment :

http://www.dailymail.co.uk/news/worldnews/article-1219304...

(...)

French interior minister Brice Hortefeux said the threat posed by Hicheur was so serious that he had halted the 18-month surveillance operation and ordered his immediate arrest last week, making it clear that he feared a nuclear attack.

(...)

(fin de citation)

Voir également cet incroyable « documentaire » :

http://www.youtube.com/watch?v=62dSoqktWbQ

Il conviendra d'examiner plus en détail, dans un prochain article, la campagne médiatique qui a accompagné l'arrestation d'Adlène Hicheur. Et tenter de comprendre les canaux et mécanismes par lesquels un tel roman de science-terrorisme-fiction a pu se propager. L'influence néfaste d'une certaine filmographie des décennies récentes ?

 

Alors qu'en Suisse, la justice vient de classer l'affaire :

http://www.tdg.ch/node/295017

le genevois Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies et membre du CISAH, a estimé que l'arrestation et le maintien en détention d'Adlène Hicheur ont été influencés par trois « torts »  de l'intéressé :

- une origine algérienne ;

- être un musulman pratiquant ;

- être un brillant physicien.

(voir le reportage de France 3)

Et que penser de la campagne d'intox sur le prétendu « danger nucléaire » lié au CERN ? Suit à ce sujet, pour rappel, la mise au point diffusée par la direction du CERN en octobre 2009, après l'arrestation d'Adlène Hicheur :

« Une personne qui a été arrêtée à Vienne (France) le 8 octobre est suspectée d'avoir des liens avec des organisations terroristes en Algérie. Il s'agit d'un physicien qui travaillait sur des projets d'analyse de données de physique pour l'expérience LHCb au CERN depuis 2003. Il n'était pas employé par le CERN et poursuivait ses recherches dans le cadre d'un contrat avec un institut extérieur. Durant son travail, il n'a jamais été en contact avec quelque élément qui pourrait être utilisé à des fins terroristes: le CERN est un laboratoire de recherche en physique des particules dont les recherches posent des questions fondamentales sur l'Univers. Aucune des recherches menées au CERN n'a d'application militaire potentielle, et tous nos résultats sont publiés sur le domaine public. Le CERN apporte l'assistance requise par la police française dans le cadre de cette enquête. »

(fin de citation)

Les journalistes qui pendant l'automne 2009 ont rempli les médias de chroniques hâtives et « analyses » à sensation sur l'arrestation d'Adlène Hicheur et la prétendue « vulnérabilité » du CERN, avaient-ils pris la peine de se renseigner suffisamment auprès de cet organisme ou d'une autre entité scientifique de façon à respecter le principe éthique du contradictoire ?

 

Voir aussi le site du CISAH :

http://soutien.hicheur.pagesperso-orange.fr/

et les articles de Jean-Pierre Lees :

Adlène Hicheur ou le terroriste malgé lui

L'abus des procédures anti-terroristes en France est il acceptable par les citoyens?

Wikileaks et la lutte contre le terrorisme en France

ainsi que nos articles :

Adlène Hicheur : 446 jours de détention sans jugement

Adlène Hicheur : deuxième Noël en détention sans jugement

Adlène Hicheur sera-t-il libéré le 7 janvier ?

Adlène Hicheur : un comité de soutien

Un comité de soutien pour le physicien Adlène Hicheur

Adlène Hicheur et les Droits de l'Homme en Europe

CNRS : message aux personnels des labos (décembre 2010)

CNRS : message aux personnels des unités (janvier 2011)

CEDH, affaire Moulin et justice pénale française (I)

Arrêt Medvedyev de la CEDH et justice pénale française (I)

Rapport Léger, procureur de la République et réforme de la justice pénale française

Arrêt Medvedyev de la CEDH et justice pénale française (II)

Garde à vue et avocat : la France, condamnée par la CEDH

Prisons françaises, droits de la personne et fonctionnement institutionnel (I)

L'arrêt de la CEDH sur Joselito Renolde (I)

et celui de Georgia Bechlivanou-Moreau :

La « récidive » des Etats devant la Cour européenne des droits de l’homme

De même, sur le site de Sauvons la Recherche :

SLR soutient Adlène Hicheur

Physiciens, ne travaillez pas trop !

 

Indépendance des Chercheurs

indep_chercheurs@yahoo.fr

http://science21.blogs.courrierinternational.com

http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia

Groupes de discussion :

http://groups.yahoo.com/group/problemes_des_scientifiques

http://groups.yahoo.com/group/combatconnaissance

piqué sur science21.blogs.courrierinternational.com - 31/01/2011

 

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