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20/04/2010

Pétain, le traître de 40, fêté en catimini

Samedi 25 avril 2009, à Cauchy-à-la-Tour, dans le Pas de Calais, une soixantaine d'admirateurs du maréchal Pétain, la plupart venant de la région parisienne, se sont retrouvés dans la maison natale de l'ex-chef d'État condamné à mort après la Libération pour intelligence avec l'ennemi, pour collaboration avec le régime nazi. Depuis une trentaine d'années, autour du 24 avril, ils se retrouvent en catimini dans cette maison.

Pendant deux heures et demie, ils assistent à une messe, ils déposent une gerbe et interprétent « Maréchal nous voilà », l'hymne officieux de Vichy... «  Nous voulons rétablir la vérité historique et nous ne sommes pas une association politique », jure Hubert Massol, le président de l'ADMP... pourtant élu jusqu'en 2008 au conseil municipal d'Asnières sous l'étiquette MNR (le parti de Bruno Mégret).

Le but avoué de l’ADMP (Association pour la Mémoire du maréchal Pétain, fondée en 1951 par le général Weygand) est d’obtenir la révision du procès de 1946 et le transfert de la dépouille du traître de l’Ile d’Yeu à l’ossuaire de Douaumont. Rachetée en 1992 par l'ADMP, le vieux corps de ferme a été transformé en musée, orné de symboles religieux et de divers objets entretenant un certain culte de la personnalité.

Pour Gérard Defrance, maire par intérim, l’ouverture publique de ce musée est impensable dans la commune car «  On n'a pas le droit de faire une chose pareille, en mémoire de tous ceux qui ont péri dans les camps ». Les Cauchois se résignent à voir défiler ces pèlerins, catholiques traditionalistes proches de Mgr Lefebvre, même s’il y a eu des manifestations hostiles en 1982. D’ailleurs, depuis, la messe n’est plus organisée dans l’église du village et très rares sont les habitants du cru à participer à ces cérémonies particulières.

Le 22 avril 2006, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’anniversaire de Pétain, Hubert Massol déclarait notamment : « Si Philippe Pétain fut glorieux en 14-18, il fut grand dans les années 40, où sacrifiant son prestige et sa tranquillité, après une vie bien remplie au service de la Patrie, il remit tout en question en acceptant de faire le don de sa personne à la France, pour atténuer son malheur. Plus d’un demi-siècle a passé, la réconciliation européenne se concrétise péniblement, il reste à réaliser la réconciliation des Français, malgré les passions d’une minorité et l’hostilité des lobbies. »

A la lecture de ces lignes, chacun est libre de comprendre le révisionnisme rampant de cette association et son obstination à occulter la responsabilité de Pétain et de bien d’autres dans la collaboration active du gouvernement de Vichy avec le régime nazi. Cela dit, VISA se réjouit de l’audience de plus en plus résiduelle de cette association, même dans le village natal de Pétain.

Article de VISA -

 

 

Il déterre le cadavre du pétainisme

Dans « On a volé le Maréchal ! », récit historique captivant et plein de verve, l’historien Jean-Yves Le Naour retrace un étonnant fait-divers : en 1973, un commando de militants pétainistes a enlevé le cercueil de l’ex-Maréchal, enterré à l’île d’Yeu. Objectif : réhabiliter Pétain en imposant au gouvernement sa sépulture à Douaumont, haut-lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale, pour mieux faire oublier son sinistre rôle dans la Seconde.
Vingt-cinq ans après, Pétain et les pétainistes bougent-ils encore ?

Réduite à sa plus simple expression, la communauté pétainiste ne semble pas vraiment en situation d’exhumer le cadavre politique de Pétain. « Aujourd’hui, Pétain est oublié sur son île, accablé par le verdict de l’histoire, et la France a enfin réussi à enterrer ce cadavre dans le placard en regardant son passé dans les yeux, conclut Jean-Yves Le Naour. Je sortirai par la grande porte ou pas du tout, disait le condamné à ses avocats. Ca ne sera pas du tout. » Mais les traits du pétainisme, même boulotté par les vers, eux, ne sont-ils pas encore capables d’être recyclés par une autre idéologie autoritaire contemporaine ?

Le 25 avril 2009, forts de leur habitudes mais de moins en moins nombreux, une poignée de militants de l’ADMP (Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain) s’est rendue à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais), dans la maison natale de l’ex-Chef de l’Etat français et ex-maréchal, condamné à mort en 1945 par la Haute-Cour de justice, gracié par de Gaulle, incarcéré, puis enterré à l’Ile d’Yeu en 1951.

Depuis 1992, l’ancien corps de ferme est devenue la propriété de l’association qui en a conçu un petit musée à la gloire de Pétain et du pétainisme, au grand dam du bourg cauchois.

Une messe (traditionnaliste) fut dite. Une gerbe, déposée. Un vigoureux « Maréchal, nous voilà », entonné. Et un discours, prononcé par Hubert Massol, président de l’ADMP depuis février 2009. « Nous voulons rétablir la vérité historique » a t-il martelé, comme ses prédécesseurs (général Weygand, Jacques Isorni) depuis la création de l’association en 1951. « Apolitique » a rajouté celui qui fut l’un des gros bras de Jean-Louis Tixier-Vignancourt, avocat d’extrême droite, et candidat à la présidentielle de 1965. Cet ancien élu jusqu’en 2008 du conseil municipal d’Asnières sous l’étiquette MNR est également l’un des principaux pieds-nickelés d’un fait-divers extravagant, raconté par l’historien Jean-Yves Le Naour dans son récit « On a volé le Maréchal ! »

Dans la nuit du 19 au 20 février 1973, à la tête d’un commando de six militants pétainistes, Hubert Massol extrayait du minuscule cimetière de Port-Joinville sur l’île d’Yeu, le cercueil en chêne du maréchal, dont les restes, à leur grand étonnement, étaient parfaitement conservés. Ils embarquèrent la dépouille dans une fourgonnette, et commençait alors une cavale croquignolesque de 48 heures qui, de défection de complice en amateurisme jusqu’à la traque policière, conduisit Philippe Pétain dans le box d’un parking miteux des puces de Saint-Ouen. Alors qu’ils voulaient faire chanter le gouvernement en lui imposant la translation des cendres du militaire à l’ossuaire de Douaumont pour le réhabiliter en tant que héros de la Première Guerre et non traître et petit dictateur de la Seconde, la tentative s’achevait en eau de boudin.

Arrêté, Hubert Massol, adhérent de l’ADMP, prit sur lui toute la responsabilité du raid et les quelques mois de prison, sans oublier la lumière médiatique qui fait toujours de lui une personnalité héroïque dans le microcosme. Mais les enquêteurs, eux, soupçonnèrent l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancourt, experts en coups fourrés ou tordus, d’être le cerveau du projet.

De 1951 à 2009, la double mission des pétainistes

En exhumant ce fait-divers, proliférant de personnages pittoresques et de chimères idéologiques, Jean-Yves Le Naour souligne la vivacité d’une revendication qui perdure encore, et où tous les coups tactiques sont permis.

L’ADPM s’est fixé une double mission : la révision du procès de 1945 et la réhabilitation de Pétain en inhumant ses cendres à l’ossuaire national de Douaumont. Pour ce, même si cette famille au propre, les héritiers, et au figuré, les politiques, se déchire et se dispute les restes du « Vieux », elle n’ hésite pas à faire le siège des présidents de la république successifs, devenant au fil des circonstances gaullo-compatibles ou mitterrandophiles. De 1968 à 1992, de Pompidou à Mitterrand, ils se réjouirent ainsi de voir fleurir la tombe du maréchal par l’Elysée tous les 11 novembre.

À l’occasion de la présidentielle de 2007, l’ADMP appela encore le président de la république Jacques Chirac à faire un geste d’honneur et de « réconciliation nationale ». En 2008, cette association organisait également un pèlerinage à Verdun, à la faveur du 90e anniversaire de l’armistice de 14-18, pour mieux ramener leur héros dans ce giron historiquement fréquentable. Hubert Massol qui a repris le flambeau de la présidence, après la disparition en janvier du nonagénaire général Jacques Le Groignec, fait partie de la deuxième génération de pétainistes de l’ADPM. Lui, pour arriver aux objectifs de l’Association, mise désormais sur une opinion publique moins vive à réagir que dans les années 50-70 sur cette mémoire noire du général Pétain.

« Un vent de révisionnisme, au sens étymologique, semble souffler sur les esprits contemporains qui n’acceptent plus de penser en noir et blanc, affirmait-il en avril 2006, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’ex-maréchal. L’opinion accepte de moins en moins la politisation de la mémoire et la culpabilisation du Peuple français. Elle rejette avec force cette tendance à l’aliénation des esprits qui conduit à une repentance unilatérale. Ce détournement de la Mémoire qui est une falsification inacceptable de notre Histoire, suscite néanmoins quelques réactions inattendues chez certains historiens ou intellectuels conformistes qui se sont élevés contre les lois liberticides qui régissent l’enseignement officiel. »

Article de L'Annuel des Idées - 28/06/2009

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