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09/07/2009

Boeing-Khalifa-Algérie-Françalgérie-Air Algérie-

L'Algérie de Bouteflika


Khalifa
La chute d'un flambeur

par Besma Lahouri, L'Express du 17 juillet 2003


Une banque, une compagnie aérienne, des chaînes de télévision, une société de location de voitures, 22 000 salariés... Parrainé par des caciques du pouvoir algérien, le jeune Rafik Khalifa s'était taillé un véritable empire. Aujourd'hui, il est ruiné et fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la justice de son pays. Récit d'une débâcle éclair

Effondrés, furieux ou résignés, les salariés de Khalifa Airways (170 en France) attendaient, le 10 juillet, à Nanterre (Hauts-de-Seine), la décision du tribunal de commerce. Dix minutes plus tard, leur sort était scellé et Khalifa Airways France déclaré en liquidation judiciaire. Venant après celle de la chaîne de télévision Khalifa TV, le 2 juillet, ce énième épisode met un terme à l'épopée du groupe algérien.

Un empire né en 1998, comprenant une banque, une compagnie aérienne, des chaînes de télévision, avec au total 22 000 salariés, dont plus de 400 en France. A leur tête, Rafik Abdelmoumen Khalifa, dit «Moumen», héros d'un capitalisme à l'algérienne enfin libéré du joug de l'Etat. Las! le rêve n'aura duré qu'un temps. Aujourd'hui, Khalifa Bank, épine dorsale du groupe et premier réseau bancaire privé algérien, est en cessation de paiements. Seuls les «petits déposants», ayant au maximum 600 000 dinars (soit un peu moins de 9 200 ?), peuvent espérer être remboursés par les pouvoirs publics, affirmait récemment le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia. Les autres, plus de 1 million de clients, parmi lesquels les plus grosses entreprises du pays ou les caisses de retraite des syndicats, attirés par des taux d'intérêt ahurissants - jusqu'à 17% - n'ont plus que leurs yeux pour pleurer. Et ce n'est pas tout: les 30 avions de la compagnie aérienne Khalifa Airways, tous en leasing, ont été récupérés par leurs propriétaires, faute de paiements. Le groupe aurait ainsi perdu plus de 1 milliard d'euros, selon Le Quotidien d'Oran. En France, où Rafik Khalifa s'est fait connaître grâce, notamment, à sa compagnie aérienne, partenaire commerciale d'Air Lib, et à sa chaîne de télévision, Khalifa TV (KTV), la situation est tout aussi dramatique.

«Le voir claquer tant d'argent en quelques minutes était scandaleux»

Pour comprendre cette déconfiture, il faut se plonger dans la gestion ubuesque de KTV, diffusée sur TPS. Recherché par la police de son pays, «Moumen», qui vit à Londres, entre les locaux de son ancienne compagnie aérienne et le bar de l'hôtel Dorchester, a refusé de répondre à nos questions. Seuls quelques compagnons, courtisans ou ennemis, hier silencieux, veulent bien parler. Au fil des conversations se dresse le tableau de l'une des plus grandes gabegies qu'ait connues l'Algérie. L'histoire débutait pourtant sous les meilleurs auspices: l'homme avait pour parrains une brochette de généraux et de patrons algériens - Abdelghani Bouteflika, frère du président algérien, avocat du groupe et aujourd'hui de l'homme d'affaires, le fils du général Tewfik Mediene, patron des services de sécurité algériens, créateur du site Internet du groupe Khalifa, le neveu du richissime homme d'affaires Mohamed Betchine, anciennement animateur à KTV, le neveu du général Lamari, recruté comme informaticien, ou encore la fille de l'ex-ministre du Commerce Abdelhamid Temmar. Sans compter tous les autres filles et fils «de», recrutés en grand nombre - les «cas politiques». En France, ses amis, aujourd'hui très discrets, se nommaient, notamment, Gérard Depardieu, Hervé Bourges, Karl Zéro...

Pour s'en convaincre, il suffit d'énumérer les invités présents lors de la soirée cannoise donnée le 3 septembre 2002 pour le lancement en France de KTV: Sting, Pamela Anderson, Naomi Campbell... 300 VIP se promenant dans les allées d'une propriété payée 35 millions d'euros, dont 700 000 pour le mobilier. Ce palais des Mille et Une Nuits flanqué de quatre piscines, face à la mer, réglé en quarante-huit heures, aujourd'hui bradé, est tout un symbole. Selon une source proche du dossier, cet ensemble acheté par l'intermédiaire de Khalifa Airways avait été payé moitié moins cher, un an auparavant, par un financier français. Le ton est donné: tout ce qui sera vendu à l'homme d'affaires algérien le sera systématiquement au prix fort. Des nuées de producteurs et de vedettes attirés par cet argent qui coule à flots gravitent dans son sillage. Rafik Khalifa devient rapidement le «gogo de service», comme l'explique un familier. Tim Newman lui-même (D'art d'art, sur France 2, l'Année de l'Algérie), producteur pour KTV de l'émission Dans tous les Kas, confirme: «L'argent ne semblait pas avoir d'importance: 1 million d'euros ou 500 000, c'était la même chose...» Pour le magnat algérien et sa tante Djaouida Jazaerli, présidente de Khalifa Airways France puis directrice générale de KTV, rien n'était trop beau: ni le matériel, flambant neuf, ni les locaux de la chaîne, situés au studio 107, en Seine-Saint-Denis (520 mètres carrés loués plus de 3 millions d'euros par an, un tarif qui ne comprenait même pas le gardiennage des lieux!).

«Alors que des millions d'Algériens sont sans emploi et que des centaines de milliers de familles vivent dans la rue, le voir claquer tant d'argent en quelques minutes était scandaleux», raconte aujourd'hui un ex-salarié. «Un lot de 30 Mercedes est acheté puis oublié chez le concessionnaire», témoigne Mohamed Labdadlia, un ancien du groupe.

Emporté par un tourbillon de fêtes et entouré d' «amis bienveillants», «Moumen» était tout-puissant. Les critiques? «Des jaloux et des racistes qui n'apprécient pas de voir un Algérien réussir», répondait l'intéressé. Qui, selon Mehdi Benaïssa, un ancien de la chaîne, aimait à rappeler: «Si j'avais dû attendre l'autorisation du gouvernement algérien pour vendre mes médicaments, j'attendrais encore.» Ce mélange d'impatience et de mégalomanie lui faisait acheter sur un coup de tête 50 caméras pour 1 million d'euros, payer des chroniqueurs has been 10 000 ? par mois, «offrir» à une animatrice de télévision de France 2 trois semaines de vacances au San Carlos, un palace de Marbella (Espagne). Même «la nounou d'un cadre de la compagnie aérienne voyageait en première classe», raconte Mounira, ancienne de Khalifa Airways. Avocate des salariés de KTV, Me Marie-Christine Béguin avoue «n'avoir jamais vu une entreprise fonctionner de la sorte». Alors que des contrats faramineux et non négociés sont signés à tour de bras, comme celui de 9 millions d'euros pour trois émissions de sport hebdomadaires avec Sportfive, l'entreprise de Jean-Claude Darmon, aucune régie publicitaire n'est mise en place. Pis: bien que le groupe fût connu pour sa «générosité», les paiements devaient être réglés quinze jours avant la livraison des émissions. Ainsi, Sportfive aura reçu une avance de 300 000 ? mais n'aura fourni qu'une seule émission de 52 minutes, ce qui met la minute à 5 769 ?! Même la société de location de voitures Khalifa Rent a Car et la compagnie aérienne Khalifa Airways sont mises à contribution: les Mercedes de la première servent aux cadres du groupe et aux journalistes, qui partent ainsi en reportage dans de belles allemandes gris métallisé. Les caisses de la seconde sont utilisées pour régler certains producteurs ou l'appartement de 244 mètres carrés situé dans le VIIe arrondissement de Paris. Un mélange des genres qui a contribué à la débâcle du groupe. C'est pour régler les salariés et les producteurs de KTV que trois collaborateurs de Rafik Khalifa transportaient une valise remplie de 2 millions d'euros au moment de leur arrestation à l'aéroport d'Alger. Aujourd'hui, les ex-employés, sans rémunération depuis trois mois, assistent impuissants à la razzia opérée par d'anciens fidèles: matériel informatique récupéré, voitures volatilisées, meubles de la villa de Cannes déménagés en catimini...

Pendant ce temps, à Londres, «Moumen» continue de dire: «Il ne faut pas s'inquiéter: tout va s'arranger. Inch' Allah!»

http://www.algeria-watch.org/fr/article/eco/khalifa/khalifa_flambeur.htm

 

Justice
Les ultimes affaires de Khalifa

par Gilles Gaetner, L'Express du 28/06/2004

D'étranges opérations financières ont eu lieu lors de la faillite du tycoon algérien. Elles valent à un de ses hommes de confiance et à un notaire parisien une mise en examen

Cette fois, l'ex-flamboyant homme d'affaires algérien Rafik Khalifa est cerné de tous côtés. Par l'Algérie, qui a diligenté 17 enquêtes à son sujet, parce qu'elle le soupçonne d'avoir détourné plusieurs dizaines de millions d'euros appartenant à des proches du président Bouteflika. Par la justice française, qui a ouvert deux informations judiciaires le visant implicitement: l'une pour blanchiment, l'autre pour abus de biens sociaux et banqueroute frauduleuse.
Confiée à la juge de Nanterre Isabelle Prévost-Deprez, réputée pour sa pugnacité, l'enquête a déjà débouché sur la mise en examen de plusieurs collaborateurs ou amis de Khalifa. Deux autres, dans la plus grande discrétion, viennent de subir le même sort: un important notaire parisien ainsi qu'un agent immobilier reconverti en homme à tout faire de Khalifa. C'est ce dernier qui a négocié, pour son patron, la vente d'un Boeing aux Etats-Unis et tenté de trouver 100 millions d'euros pour sauver le groupe Khalifa. Sans résultat. Ce qui ne l'a pas empêché de percevoir une commission de 3 316 000 €... apparemment indue. Quant au notaire, il aurait commis l'imprudence de remettre un chèque de 3,3 millions d'euros à Rafik Khalifa, à Londres, où ce dernier a trouvé refuge depuis le lancement contre lui, en août 2003, d'un mandat d'arrêt international par les autorités algériennes.
Triste fin de partie pour ce pharmacien, fils d'un ancien ministre de Ben Bella, qui s'était attiré les bonnes grâces d'Abdelaziz Bouteflika. D'abord, en devenant patron de la Khalifa Bank, qui gérait les intérêts de petits actionnaires privés et d'institutionnels liés au gouvernement algérien. Puis en déployant ses activités en France. C'est ainsi que ce jeune boulimique - il a aujourd'hui 38 ans - s'est retrouvé à la tête d'un petit empire (14 000 salariés) aux activités multiples: de l'aviation à la location de voitures de luxe, en passant par l'implantation, en France, d'une chaîne de télévision, Khalifa TV.
Septembre 2002. Rafik Khalifa, au faîte de sa puissance, acquiert un ensemble immobilier à Cannes, composé de trois villas: Bagatelle - jadis propriété de la Môme Moineau - Matchotte et Virevent. Ce joyau de style arabisant, d'une surface habitable de 5 000 mètres carrés, est agrémenté de deux piscines intérieures et deux extérieures. Son prix: 37 millions d'euros, réglés à un riche promoteur parisien. Lequel l'avait acheté, un an plus tôt... 16 millions, à une banque saoudienne.
A la villa Bagatelle, le golden boy algérien organise de somptueuses réceptions où se pressent Gérard Depardieu, Melanie Griffith, Sting, Bono... Khalifa est aux anges. Sauf que les nuages s'accumulent sur son groupe, de plus en plus endetté. Tant et si bien que, au début de 2003, une procédure de liquidation judiciaire est ouverte. L'homme d'affaires se livre alors à des opérations peu orthodoxes, faisant mettre à l'abri les 200 voitures (Maserati, Ferrari, Mercedes, Jaguar) de son entreprise de location. Aujourd'hui, la trace de cinq véhicules seulement a été retrouvée...
Le 25 juin 2003, il vend ses trois villas de Cannes à une énigmatique SCI Mac-Mahon Lanzerac pour 17 millions d'euros. Un faux nez puisque, in fine, le véritable propriétaire n'est autre que l'Ammas Bank, installée en Suisse, représentant les intérêts d'une influente famille algéroise. A l'occasion de cette transaction, certains se servent copieusement. Ainsi, le factotum de Khalifa s'octroie une soulte de 1 million d'euros, tandis qu'un Luxembourgeois, animateur d'une société, Town Properties, s'adjuge 897 000 €.
Qu'y a-t-il derrière les micmacs financiers de Rafik Khalifa? Pourquoi a-t-il vendu à perte son patrimoine immobilier? Le Tracfin - cellule française destinée à traquer l'argent sale - soupçonne une gigantesque opération de blanchiment. Dans un rapport remis à la juge Prévost-Deprez, cet organisme révèle, en effet, que plus de 50 millions d'euros se sont évaporés de la Khalifa Bank, à Alger, pour atterrir soit sur un compte bancaire à São Paulo, soit à Khalifa Airways, qui a, en réalité, acheté la fameuse villa Bagatelle.
Dans la capitale algérienne, le pouvoir suit de fort près le déroulement de l'enquête française. Le ministre de la Justice a averti: «Tout complice ou autre ayant gardé le silence dans l'affaire Khalifa sera sanctionné.» Pour l'heure, l'ex-tycoon algérien, qui réside dans un palace londonien en compagnie de son chauffeur-secrétaire-garde du corps, Bob Mac Guire, reste muet...

http://www.algeria-watch.org/fr/article/eco/khalifa/ultimes_affaires.htm

 

Enième rebondissement dans l’affaire Khalifa en France. La justice vient d’étendre le feuilleton des mises en examen à deux nouvelles personnes, françaises celles-là.

vendredi 2 juillet 2004.

Un notaire parisien et un agent immobilier ont été mis, à leur tour, sous contrôle des juridictions spécialisées.

Contrairement aux précédentes mises en examen, toutes médiatisées, cette dernière s’est faite dans « la plus grande discrétion », selon l’Express.

A en croire l’hebdomadaire, les deux personnes sont soumises à examen pour « d’étranges opérations financières » effectuées au plus fort de la faillite du groupe Khalifa en France. Les motifs de mise sous contrôle du notaire, qualifié d’« important » sur la place notariale parisienne, tiendraient à un fait : une histoire de moyen de paiement. L’Express, un des titres du groupe médiatique sous contrôle de Dassault, croit savoir que l’officier des actes « aurait commis l’imprudence de remettre un chèque de 3,3 millions d’euros à Abdelmoumène Khalifa à Londres ». L’hebdomadaire usant d’un conditionnel de rigueur, signe que l’information n’a pu être confirmée ou infirmée.

Quant à l’agent immobilier, il semble avoir suscité les soupçons des enquêteurs pour deux opérations : la négociation, pour Khalifa, de la vente d’un Boeing aux Etats-Unis et la tentative de dénicher 100 millions d’euros « pour sauver » le groupe du spectre de la faillite. La même source ne fournit aucune précision sur la date à laquelle ces opérations ont pu être menées. Les tentatives pour mettre la main sur les 100 millions d’euros n’ont pas été concluantes. Une carence, note l’Express, qui n’a pas empêché le notaire de « percevoir une commission de 3.316.000 euros... apparemment indue ».

Ces deux mises en examen font partie d’une vaste enquête diligentée par la justice et les services spécialisés français dans le dossier Khalifa. L’ex-patron du groupe, si l’on en croit le périodique parisien, est visé « implicitement » et fait l’objet de deux informations judiciaires : « l’une pour blanchiment, l’autre pour abus de biens sociaux et banqueroute frauduleuse ». Jusqu’à présent, cette information n’a jamais été confirmée officiellement par une quelconque source judiciaire. L’enquête a été confiée à Isabelle Prévost-Deprez, la juge de Nanterre, département administratif duquel dépendait Khalifa Airways France.

Le processus judiciaire s’est déjà traduit par l’arrestation du directeur de cette représentation et la mise en examen de plusieurs collaborateurs du PDG du groupe. Les enquêteurs s’intéressent, en particulier, à la vente d’un patrimoine immobilier composé de trois villas à Cannes (Bagatelle, Matchotte et Virevent) d’une superficie de 5.000 mètres carrés habitables et quatre piscines. Ces biens ont été acquis au prix de 37 millions d’euros, un montant réglé à un « riche promoteur parisien ».

Selon l’Express, c’est lui-même qui les aurait achetées une année auparavant à une banque saoudienne pour 16 millions d’euros. Soit une plus-value de 21 millions. A s’en tenir au récit de l’Express, ces trois villas ont été vendues, le 25 juin 2003, par Khalifa à une « énigmatique » Société civile immobilière SCI Mac-Mahon Lanzerac. Montant de la transaction, 17 millions d’euros. « Un faux nez puisque, in fine, le véritable propriétaire n’est autre que l’Ammas Bank, installée en Suisse, représentant les intérêts d’une influente famille algéroise ».

Aucune indication n’a été donnée par la même source sur l’identité de cette famille. C’est l’ensemble de ces transactions et leurs motifs qui suscitent l’intérêt des enquêteurs. Le Tracfin, organisme installé auprès du ministère français de l’Economie, chargé de surveiller les mouvements de capitaux, « soupçonne une gigantesque opération de blanchiment », selon l’Express.

Un rapport a déjà été remis à la juge Prévost-Deprez avec une indication qui sera au coeur des investigations. « Plus de 50 millions d’euros se sont évaporés de la Khalifa Bank, à Alger, pour atterrir soit sur un compte bancaire à São Paulo, soit à Khalifa Airways qui a, en réalité, acheté la fameuse villa Bagatelle », croit savoir l’hebdomadaire parisien. Publiées dans la dernière livraison du périodique, lundi, ces informations n’ont suscité, jusqu’à hier après-midi, aucune réaction, ni commentaire. La justice, qui, d’habitude, communique par le biais de dépêches d’agences, n’a ni confirmé, ni infirmé la teneur du récit de l’Express. S’en tenant à une ligne de conduite globalement la même depuis la disparition de son groupe, Abdelmoumène Khalifa se confine toujours dans le mutisme.

Par Sarah Raouf, quotidien-d’oran.com


- l’Article de l’Express : Khalifa le flambeur"

 

Khalifa : quand le clan Belkheir draguait le PAF

dimanche 14 janvier 2007


Trop méconnu, le livre de Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d’États (La Découverte 2004), a décrit par le menu l’ascension du jeune et fringuant Rafik Khalifa. Extraits.

« Un groupe pharmaceutique, un réseau bancaire tentaculaire, une compagnie de location de voitures, une société de bâtiment, la première compagnie aérienne privée d’Algérie, en quelques années, le jeune Rafik Abdelmounène Khalifa est devenu le « milliardaire algérien qui compte ». Mais comment a-t-il pu devenir milliardaire si rapidement ? Fils de Laroussi Khelifa, l’un des fondateurs du MALG, ancêtre de la Sécurité militaire (voir supra, chapitre 1), il a bénéficié du soutien du « clan Belkheir ».

En 2001, après que sa compagnie aérienne a été autorisée à desservir la France, le jeune milliardaire se met à distribuer massivement de l’argent dans l’Hexagone pour des opérations de communication : il devient ainsi sponsor de l’Olympique de Marseille, l’un des plus prestigieux clubs de football français, en lui promettant quinze millions d’euros sur cinq ans. Cerise sur le gâteau, un Airbus spécial pour transporter les joueurs…

« Ami des footballeurs », Rafik Khalifa aime aussi les stars du cinéma et du show-business : le 28 février 2002, suite aux terribles inondations qui viennent de faire plus de mille morts à Alger (et juste après une visite de Cheb Mami sur les décombres du square Triolet — vaste tombeau pour des dizaines de cadavres sur lesquelles s’activent les pelleteuses de l’armée — qui détourne opportunément l’attention des médias des « Pouvoir assassin ! » scandés par les habitants de Bab-el-Oued), Rafik Khalifa emmène sur place et « à ses frais » une cinquantaine de célébrités du paysage audiovisuel français et du cinéma, dont Gérard Depardieu et Catherine Deneuve.

Le soir du match opposant l’équipe nationale algérienne de football à l’OM, au lieu de rendre visite comme prévu aux sinistrés de Bab-el-Oued, Deneuve et Depardieu sont conviés à un dîner officiel avec le président Bouteflika. Le lendemain, ils se retrouvent à la Une de la presse algérienne en compagnie du président, un bon « coup de pub » pour le régime. Pour l’ancien banquier Omar Benderra, le but de cette opération était de « montrer au peuple algérien que le régime était apprécié par de grandes stars internationales et au peuple français que ses stars pouvaient aller en Algérie, un pays totalement fréquentable » [1].

Dans les mois qui suivent, tout le gotha médiatique et artistique français est sollicité pour s’afficher en compagnie de Rafik Khalifa : Jacques Chancel, Mario (de « Star Academy »), Josiane Balasko, Carole Bouquet, Claude Brasseur ou Paul Belmondo ; des célébrités du PAF comme Marine Jacquemin, Daniela Lumbroso, Michel Chevalet, Muriel Robin, Karl Zéro, Benjamin Castaldi, Flavie Flament, Christine Deviers-Joncours, ils seront plusieurs dizaines de stars à prêter complaisamment leur image aux opérations de communication du nouveau golden boy algérien.

En avril 2002, plusieurs stars du film Astérix et Obélix, dont Alain Chabat et Djamel Debbouze, s’envolent même pour Alger à bord d’un Airbus de Khalifa Airways spécialement affrété pour eux. Reçus dans une luxueuse résidence présidentielle, ils sont accueillis par Gérard Depardieu qui les attend en compagnie de Rafik Khalifa et des plus hautes autorités algériennes, notamment le Premier ministre Ali Benflis et le général Larbi Belkheir, directeur de cabinet du président Bouteflika. Officiellement, il s’agit de célébrer la projection gratuite d’Astérix et Obélix pendant une semaine en Algérie. Manifestement aussi à l’aise dans le rôle de chargé de communication du régime algérien que dans celui d’acteur français numéro un, Gérard Depardieu tente de faire partager son enthousiasme à Alain Chabat : « 200 000 enfants vont en profiter, tu te rends compte ? Et puis tu va voir l’homme, quand tu vas voir Boutef ! [2] À la table d’honneur, le général Belkheir est encadré par Gérard Depardieu et l’écrivain Marek Halter…

Quelques mois après cet épisode, Reporters sans frontières révélera que pour assurer un large écho à ses opérations, Rafik Khalifa invitait régulièrement journalistes et patrons de presse et leur versait même parfois des enveloppes de 4 000 francs en liquide en contrepartie d’articles élogieux [3].

Khalifa TV, la « voix de l’Algérie »

En septembre 2002, le milliardaire lance en France une nouvelle chaîne de télévision par satellite : Khalifa TV. Comme si elle avait reçu un feu vert politique des autorités françaises, la chaîne, qui s’est installée en région parisienne dans des studios loués à TF1, commence à émettre sans même avoir obtenu l’autorisation du CSA. Parmi ses premiers invités, Gérard Depardieu. Ses fournisseurs : la plupart des sociétés de productions parisiennes, à qui Khalifa TV fait miroiter de sonnants et trébuchants achats de programmes qu’elle promet de payer au prix fort . Pour inaugurer son nouveau jouet télévisuel, Khalifa organise début septembre à Cannes une fête pharaonique. Quelques mois auparavant, jouant les mécènes de la Côte d’Azur, il avait dépensé une somme astronomique, près de 35 millions d’euros, pour acquérir ce qu’un agent immobilier cannois lui avait présenté comme la « plus belle villa de la ville » [4].

Située sur les hauteurs de la petite Californie, le quartier le plus huppé de Cannes, la nouvelle propriété du milliardaire algérien comporte pas moins de trois villas, quatre restaurants, trois piscines et un parc de 3 000 mètres carrés avec vue sur la mer, bref, de quoi recevoir le gratin de la jet-set mondiale. Présentant sa fête comme une soirée humanitaire en faveur de la fondation de Trudie Styler, l’épouse du chanteur Sting, Khalifa parvient à faire venir à Cannes Naomi Campbell, Emmanuel Philibert de Savoie, le prince de Yougoslavie, Mélanie Griffith et même la nièce du président Bush, bref, le tout Hollywood, mais aussi de grands acteurs français comme Gérard Depardieu ou Catherine Deneuve. Au programme : concerts privés d’Andréa Bocelli et de Sting. Parmi les trois cents invités, beaucoup sont venus dans des avions spécialement affrétés par Khalifa Airways, la plupart sont logés dans les plus grands palaces de Cannes.

« Pour être sûr qu’il y aura suffisamment de stars, il faut parfois les payer. Cela oscille entre 15 000 et 30 000 euros pour une soirée. Il a vraiment loué une foule, quoi… », explique Emmanuel de Brantes, un chroniqueur mondain invité à la soirée [5].

Une foule que Khalifa va s’employer à rentabiliser… Tout au long de la soirée, les stars défilent dans une petite pièce de la villa pour enregistrer des spots publicitaires pour Khalifa TV. Dans le casting, l’une des nièces du président Bush, Gérard Depardieu, qui semble avoir déjà bu quelques verres de champagne au moment d’enregistrer le spot, et même… Hervé Bourges. Vêtu d’une chemise hawaiienne, l’ancien président de TF1, de France télévision, et du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) rappelle lourdement ses états de service, puis, alors que Khalifa TV a commencé à émettre en France sans même attendre son conventionnement par le CSA, Hervé Bourges lui souhaite la bienvenue « au moment où, en 2003, s’annonce l’année de l’Algérie en France… ».

Mais quelques jours après cette fête, un petit grain de sable va s’introduire dans le «  plan média » bien huilé de Rafik Khalifa. Tout a commencé début 2002, quand le milliardaire a décidé de sponsoriser le club de rugby de la ville de Bègles. Administrateur du club, Gérard Depardieu est habitué à faire du « business » avec les régimes autoritaires, comme celui de Vladimir Meciar, un populiste slovaque d’extrême droite [6], ou le Cuba de Fidel Castro. Mais fin septembre 2002, invité à assister à un match en compagnie de Rafik Khalifa, Noël Mamère, député « vert » de la Gironde et maire de Bègles, prend publiquement ses distances à son égard : «  Ce monsieur est proche du régime algérien que j’ai toujours condamné, pour ses tortures, pour la façon dont il traite ses Kabyles et ses minorités, pour la participation active du général Nezzar à des tueries, et cet homme, très riche, est un des soutiens du régime. [7] ».

Ulcéré que le député-maire écologiste ait osé s’en prendre à son sponsor et ami Khalifa, Depardieu dérape dans les vestiaires. Visant Noël Mamère, il déclare devant les caméras : « C’est dommage que Bègles ait un maire aussi con. Un maire raciste comme cela, en 2002, bref […] il a peut-être chié dans son froc en velours. » Le lendemain de cet incident, Depardieu décolle pour l’ouest de l’Algérie, visite les vignes qu’il vient d’être autorisé à acheter et lâche à la cantonade : « Venez, les gars, il y a du pognon à prendre ! [8] »

Quelques jours après, la chaîne du jeune milliardaire attaque très violemment Noël Mamère à l’antenne : « Depuis quinze jours, explique notamment un éditorialiste algérien, le plus grand escroc de la politique en France, Noël Mamère, charlot notoire, veut relancer les scores minables qu’il a fait lors de l’élection présidentielle … [9] »

Suite à cet éditorial diffamatoire et aux protestations du député français, le CSA, dirigé par Dominique Baudis, envoie une mise au point à Khalifa TV, mais autorise la chaîne à émettre légalement en France. Mieux, le CSA autorise désormais Khalifa TV à produire de l’information.

Le 24 février 2003, un coup de tonnerre déchire le ciel de l’empire Khalifa : trois de ses collaborateurs, dont le patron de Khalifa TV Djamel Guelimi, sont arrêtés à l’aéroport d’Alger avec des valises contenant près de 300 000 euros non déclarés. Larbi Belkheir s’échinera vainement à étouffer le scandale [10]. Inquiet que celui-ci ne rejaillisse en France, l’Élysée aurait alors discrètement suggéré à Alger de mettre fin à l’aventure. Des pans entiers de l’empire Khalifa vont alors s’effondrer les uns après les autres.

Des milliers d’Algériens seront ruinés par la faillite de Khalifa Bank. Hormis les petits déposants, qui auront le droit à un remboursement à hauteur de 6 000 euros, les opérateurs publics et privés « n’ont qu’à assumer la responsabilité de leurs actes », dira le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Leur a-t-on simplement dit que déposer de l’agent à Khalifa Bank était un « acte » répréhensible ? Quant aux créanciers français dont les pertes ne seront évaluées qu’à 25 millions d’euros, ils reçoivent l’assurance d’être « remboursés [11] ».

Recherché par Interpol, Rafik Khalifa se réfugie alors à Londres. Fin décembre 2003, la justice française finira par ouvrir une information judiciaire contre lui. Confiée à la juge Isabelle Prévost-Desprez, une magistrate spécialisée ayant longtemps œuvré au pôle financier de Paris, elle permettra peut-être de savoir pour le compte de qui Rafik Khalifa travaillait vraiment et surtout pourquoi, après avoir été l’un des sponsors de l’« Année de l’Algérie en France », il fut si brutalement lâché par Alger et Paris [12]…

En mars 2004, alors qu’il est toujours recherché par Interpol, la chaîne de Rafik Khalifa reprendra mystérieusement ses émissions depuis Londres.

« Année de l’Algérie en France », année de l’amnésie

Tout au long de l’année 2003, « année de l’Algérie en France », les grands médias du service public, dont la plupart sont partenaires de l’opération, s’illustreront par une couverture particulièrement complaisante de la situation algérienne.

Après le terrible tremblement de terre qui fait des milliers de victimes dans la région d’Alger le 21 mai 2003 et alors que le cercle présidentiel reçoit une pluie de pierres à Boumerdès où il tente de se rendre, France 3 organise ainsi une soirée de « solidarité » pour les sinistrés. S’y côtoient Hervé Bourges, Cheb Mami, Faudel, Enrico Macias, Roger Hanin… Quelque temps après, alors que la polémique enfle sur les détournements des dons de l’étranger, on verra le même Cheb Mami rassurer tout le monde en arrivant à Boumerdès (en même temps qu’une équipe d’Arte) avec un camion rempli de denrées alimentaires… À l’occasion de la campagne présidentielle de 2004, Cheb Mami entonnera encore la chansonnette aux côtés du nouveau candidat des généraux… Abdelaziz Bouteflika.

Alors que les sinistrés réfugiés dans des camps de fortune manifestent quotidiennement en Algérie, Arte diffuse pour sa part un reportage réalisé par Faouzia Fékiri — une journaliste s’étant distinguée à maintes reprises par des reportages reflétant largement les thèses du régime, et primés a contrario par la « critique internationale » — qui tente de donner une bonne image de la situation. Dans son documentaire, Fékiri montre ainsi un univers où l’on est logé et nourri aux frais des autorités, où les enfants sont en vacances permanentes, où le cirque vient à proximité et les reçoit gratuitement, où les médecins se déplacent et proposent leurs services sans frais, leurs médicaments à l’œil, un univers où la logistique est assurée par des hommes et des femmes d’une intégrité admirable, où les entrepreneurs se dévouent corps et âme, bénévolement [13]…

Et la tendance des médias français à nier l’évidence est générale : quelques semaines auparavant, annonçant l’arrivée à Alger du président Jacques Chirac, le 20 heures de TF1 lançait par exemple en ces termes un reportage sur les disparus : « En Algérie, où la situation s’est calmée depuis l’arrivée du président Bouteflika, il faut tout de même savoir que les exactions des islamistes se poursuivent. Les groupes armés islamistes ont fait près de 100 000 morts dans tout le pays depuis dix ans et ils ont effectué des milliers d’enlèvements. L’État algérien n’a toujours pas enquêté sur ces disparitions [14]. »

Hallucinante — d’autant que le reportage diffusé immédiatement après ce lancement contredit radicalement ces propos attribuant aux islamistes la responsabilité de ces disparitions —, cette présentation des faits illustre une tendance générale des médias à minimiser les responsabilités des autorités algériennes dans les difficultés de la population et à renoncer à enquêter sur la situation. Depuis 1996, la plupart des chaînes françaises ne réalisent d’ailleurs plus elles-mêmes d’enquêtes sur l’Algérie. À quelques rares exceptions près, la plupart des documentaires tournés sur place depuis cette date l’ont été par des confrères d’origine algérienne ayant souvent été proches du régime et développant opportunément les thèses des généraux éradicateurs. Fin 2003, une série de trois reportages diffusés pas France 5 entreprend ainsi de relater les dix ans de guerre qui viennent de ravager l’Algérie [15].

Très proche de la vision officielle du clan éradicateur du haut commandement militaire, pourtant accusé de crimes contre l’humanité, cette série sera saluée par une partie de la presse française [16]. Les auteurs parviendront même à convaincre la journaliste Arlette Chabot, aujourd’hui directrice de l’information de France 2, d’en lire le commentaire. Seul le journal Le Monde soulignera que le film comprend surtout des « jugements péremptoires », des «  vérités assénées », des « dogmes sans appel » et au final, une « vision manichéenne de la situation » [17] .  »

Extraits de :

Lounis AGGOUN et Jean-Baptiste RIVOIRE, Françalgérie, crimes et mensonges d’États, La Découverte, Paris, 2004, pages 578-583.

[1] Interview de Omar Benderra pour le documentaire de Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien, Permière diffusion le 3 mars 2003, Canal +

[2] Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien », op.cit.

[3] REPORTERS SANS FRONTIERES, « Algérie, la liberté de la presse victime de l’état de non-droit », novembre 2002

[4] Jérôme DUPUIS et Gilles GAETNER, « Le magot envolé », L’Express, 18 décembre 2003

[5] Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien

[6] David ANDRE, « Méciar, Stars en Slovaquie », Le Vrai Journal, Canal Plus, 11 octobre 1998

[7] France 2, 29 septembre 2002

[8] Anecdote rapportée début octobre 2002 par El-Watan

[9] Éditorial de Maâmar Djebour sur Khalifa TV (voir Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien, op. cit.)

[10] Algeria-Interface, 13 juin 2003

[11] Le Quotidien d’Oran, 15 juin 2003

[12] Voir à ce sujet les pistes avancées dans l’excellent dossier de Florence AUBENAS, José GARÇON, Renaud LECADRE, Cédric MATHIOT, « La face cachée de l’empire Khalifa », Libération, 30 octobre 2002

[13] Faouzia FEKIRI, Arte, 22 septembre 2003

[14] Claire CHAZAL, TF1, 2 mars 2003

[15] Séverine LABAT et Malik AÏT-AOUDIA, Algérie 1988-2000. Autopsie d’une tragédie, 2003

[16] Voir notamment les articles de Jean BELOT, Télérama, 1er octobre 2003 ; et de Martine GOZLAN, « Le film qui ne ment pas », Marianne, 29 septembre-5 octobre 2003

[17] Jean-Pierre TUQUOI, Le Monde télévision, 27 septembre 2003

 

Huitième jour du procès Khalifa au tribunal de Blida

L'Énigme Ragheb Chemâa

El Watan, 17 janvier 2007

Abdelwahab Réda, ancien chargé de la sécurité de Abdelmoumen, a surpris l'assistance par les informations troublantes qu'il a révélées hier au procès Khalifa, qui entame sa deuxième semaine au tribunal criminel de Blida.

Ancien commandant de l'ANP et ex-aide de camp d'un conseiller d'un ministre de la Défense et de la Présidence, il a rejoint le groupe Khalifa en octobre 2001, grâce à Abdelmoumen qu'il connaissait. Il est nommé chargé de la sécurité, détaché au domicile de Moumen, situé au chemin Mackley, à Hydra. Sa mission est de s'occuper de toute « la logistique » de la villa, notamment lorsque l'épouse Khalifa est absente. « Je viens le matin à 7h30. Je rentre par la cuisine et j'attends jusqu'à ce qu'il se réveille pour discuter et aller chercher ses parents. Je lui ramène l'argent. Je surveille le nettoyage de la villa, assuré par 2 femmes de ménage et un jardinier. » La juge ne comprend pas le travail exact de Réda. « J'assure toutes les tâches de la maison et la sécurité de son arme de poing, pour un salaire de 150 000 DA. » La magistrate lui demande de donner les détails sur les sommes d'argent qu'il ramenait de la caisse à Moumen. « Moumen m'avait appelé et dit d'aller voir Akli Youcef pour récupérer une commission. C'était en 2001, après les inondations de BEO. C'était une enveloppe. Je l'ai remise à Moumen dans sa villa. Elle contenait 200 000 DA. Il les a tirés pour payer le personnel, les deux femmes de ménage, le jardinier et le chauffeur. A cette époque, il n'y avait pas de fiche de paie. La seconde fois c'était à la veille de notre départ au Mali, où se déroulait la Coupe d'Afrique. Il m'a demandé d'aller récupérer chez Akli Youcef une commission. C'était toujours une enveloppe. Quand je lui ai remis celle-ci, il l'a ouverte et j'ai vu qu'elle contenait 10 000 USD. » Cet argent, révèle l'accusé, a servi pour payer le droit d'atterrissage et le stationnement de l'avion à Bamako. La juge lui demande avec quel avion Moumen est parti. L'accusé : « Khalifa Airways. Son jet, il l'a utilisé pour son voyage aux USA ou à Paris. » Il révèle avoir également été chargé par Abdelmoumen de lui ramener une autre enveloppe, toujours de la caisse principale, contenant 30 000 euros, à la veille de son voyage aux USA en 2002. L'accusé, serein, déclare avoir voyagé trois fois avec son PDG, aux côtés de Salim Bouabdellah, Chafik Bourkaïb, Hassen Echemaâ, frère de Ragheb Echemaâ et Krim Smaïl. La dernière demande d'argent a été faite par Moumen en février 2003. « Moumen m'avait appelé par téléphone, il était soit à Paris, soit à Londres, pour me dire d'aller récupérer le montant de 5 millions de dinars de chez Akli, le jour-même, mais ce dernier était absent. Le lendemain, j'ai été et Akli a refusé de me remettre la somme, en me disant que c'était impossible. Moumen m'avait rappelé et lorsque je lui avais dit cela, il m'a traité de traître. J'ai été très touché, il m'avait raccroché au nez. L'administrateur est venu après et Moumen, qui m'assurait à chaque fois qu'il allait rentrer, n'est pas revenu. » La magistrate : « Où devais-u prendre cet argent ? » L'accusé : « Il m'avait demandé de le ramener à la maison. » La juge tente de savoir pourquoi Moumen, auquel il ne refusait aucun ordre, l'a traité ainsi. « C'était une succession d'événements. D'abord en juillet 2002, il était à Cannes. Quand il est rentré, il m'a montré une photo numérique d'une belle résidence. Je lui ai dit qu'elle était belle. Quelques jours après il m'a dit qu'il l'a achetée. Je lui ai lancé : "C'est de la folie" Il s'est retourné pour me dire : "Alors tu n'y mettras jamais les pieds." » Me Meziane, avocat d'El Khalifa Bank en liquidation, l'interroge sur Ragheb Echemaâ. « Il était le premier conseiller de Moumen et son homme de confiance. » L'avocat lui demande plus de détails. « C'est un homme d'affaires. Il est introduit dans le monde du business européen, américain et au Moyen-Orient. Il introduit Moumen et prend des commissions. Ils établissent des factures sous le nom de sa société en France qui s'appelle Euromed. C'est lui qui lui a ramené l'opération d'achat de la société allemande de construction. » L'avocat : « Est-ce qu'il peut parler au nom de Moumen ? » L'accusé : « A l'étranger, oui, mais pas en Algérie. Il a présenté Moumen à deux reprises au président libanais Amine Lahoud, aux émirs saoudiens, au monde des affaires américain. Toute l'évolution du groupe à l'étranger a été rendu possible grâce à ses offices. » Elle l'interroge sur les invités. « Il y avait toutes les personnalités du show biz français. Il y avait aussi Smaïl Krim, Salim Bouabdellah, Djazourli, Chachoua Hafid, Djamel Guellimi, Rachid Amrouche... » La juge lui présente des photos de la soirée et lui demande d'identifier quelques personnages. L'accusé note que Ragheb a fait de l'effet sur Moumen. Il l'a introduit aux USA, en France, au Liban, en Arabie Saoudite et aux Emirats. La présidente l'interroge sur la soirée cannoise. Réda Abdelwahab affirme n'avoir pas assisté. Mais il dit avoir été convié à celle de Paris, à laquelle Ragheb Chemaâ était présent. Revenant sur les montants qu'il a remis à Moumen, il indique ne pas savoir qu'il s'agissait de l'argent de la caisse. « J'avais une relation de confiance avec mon PDG. Pour moi, c'était son argent personnel. » Elle revient sur les évènements qui ont « fâché » Moumen. « Oui, après qu'il ait acheté les trois villas et que j'ai fait la réflexion qui l'a fâchée, il ne m'a plus permis de voyager avec lui. Mais il y avait un voyage aux USA, il m'a bloqué une demi-journée à New York, pour un fax. Quand je l'ai reçu, c'était un achat d'un avion privé Boeing Business Jet. Je lui ai dit qu'il n'était pas fait pour les hommes d'affaires. Mais pour les chefs d'Etat parce qu'il est grand. Il m'a dit en colère, tu ne comprends rien ». Il explique à la présidente que la somme de 5 millions de dinars devait servir au paiement de la location de la deuxième villa qu'il avait à Mackley. Il révèle qu'à Paris, Moumen avait un grand appartement au 7e arrondissement, sous la Tour Eiffel, et qu'il a su par la suite qu'il avait acheté un autre situé en dessous. A la fin, Abdewahab Dallal explique avoir été envoyé par Moumen en février 2002, à l'occasion de l'Aïd pour récupérer une somme de 1,5 million de dinars qu'il a distribuée comme « sadaka » (offrande) au personnel de sa villa et de celle de sa mère. Les auditions reprennent aujourd'hui.

Salima Tlemçani



Boeing et Airbus se disputent un contrat d’Air Algérie

Renouvellement de la flotte de la compagnie nationale
jeudi 21 mai 2009.

Le dossier du renouvellement de la flotte de la compagnie nationale Air Algérie a franchi, hier, une étape décisive. La commission d’évaluation technique des offres a en effet achevé la rédaction de son rapport qui a été remis à la direction de la compagnie et le contrat de sept avions est disputé par Boeing et Airbus.

« Nous allons acquérir quatre avions de 70 places avec un simulateur de vol et sept avions de 150 places.

La commission a travaillé sur l’évaluation des offres avec leurs avantages et inconvénients », a déclaré une source anonyme de la compagnie nationale au site tousuralgerie.

« Le rapport de la commission sera transmis, au début de la semaine prochaine, au chef du gouvernement Ahmed Ouyahia.

Et c’est essentiellement sur la base des conclusions contenues dans ce document que le gouvernement prendra sa décision concernant l’attribution de ce marché, de plusieurs centaines de millions de dollars », à l’un des constructeurs en lice pour rafler le marché.

Les constructeurs Bombardier (Canada) et ATR (France) sont en concurrence pour les appareils de 70 places alors que l’Américain Boeing et l’Européen Airbus se disputent le contrat des sept avions de 150 places, selon la même source. Toutefois, aucune date n’a été avancée concernant l’attribution de ces contrats.

Pour rappel, le P-dg d’Air Algérie, Abdelwahid Bouabdallah, a annoncé en juin 2008, sur les ondes de la radio nationale, que la flotte de la compagnie atteindra 50 avions à l’horizon 2025.

Le programme de renouvellement de la flotte de la compagnie, entamé depuis, prévoit, en effet, l’acquisition de 10 avions moyen courrier à 150 sièges et de deux avions-cargos, permettant, selon le responsable de la compagnie, de renouveler la flotte de la compagnie et d’améliorer ses performances.

Le pavillon national a également affrété des avions pour répondre à la demande croissante de ses clients face à la grande concurrence imposée par les compagnies aériennes mondiales.

La flotte d’Air Algérie compte actuellement 33 avions dont 31 pour le transport des passagers et deux avions-cargos. A l’achèvement de cette opération, prévue fin 2012, Air Algérie disposera d’une flotte entièrement rénovée, ce qui améliorera considérablement la ponctualité de ses vols et sa rentabilité globale.

En plus de ses nouvelles acquisitions, Air Algérie continuera, selon son P-DG, de faire appel aux affrètements pour pouvoir être « le plus flexible possible et s’adapter aux variations de trafic ».

En effet, après avoir réalisé la nouvelle base de maintenance et modernisé sa flotte, la compagnie aérienne nationale, Air Algérie, a entamé la modernisation de ses outils de gestion et systèmes d’information ainsi que la mise aux normes de ses activités, lui permettant de faire face aux défis du marché sans cesse présents.

La voix de l’oranie

 

Londres accepte d'extrader Rafik Khalifa vers l'Algérie

Jeudi 25 juin 2009

Après une longue bataille juridique entre Alger et Londres, la justice britannique a donné son feu vert pour l’extradition de l’ex-magnat algérien Rafik Khalifa vers son pays d’origine, où il a été condamné à la prison à perpétuité.

La justice britannique a autorisé, ce jeudi, l’extradition de l’ancien "golden boy" algérien Rafik Khalifa. Peu après cette annonce, son avocate Anna Rothwell a fait part de son intention de faire appel de cette décision.


A la tête d’un riche groupe industriel et financier (compagnie de transport aérien, banques, médias, etc.) au début des années 2000, cet Algérien, aujourd’hui âgé de 43 ans, pharmacien de son état, a déjà été condamné par contumace par la justice algérienne, le 22 mars 2007, à la réclusion à perpétuité pour "association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, et faux et usage de faux".

 

Le procès de ce fils d’un ancien ministre a eu un retentissement politique sans précédent, tant en France qu’en Algérie. Pas moins de six anciens ministres et 200 témoins, liés directement ou indirectement à l’affaire, ont défilé devant la barre du tribunal d’Alger.

 

L’épopée de Khalifa a commencé vers la fin de la décennie 1990. Profitant des entrées que son père possédait au sein de l’appareil politique et économique algérien, l’ancien businessman fonde Khalifa Bank, qui propose des intérêts mirobolants allant de 11 à 13 %. Une aubaine pour de nombreux actionnaires privés et entreprises publiques qui y ont déposé leurs avoirs.

 

Trois luxueuses villas sur la Croisette

 

La suite est connue. Rafik Abdelmoumen Khalifa, après avoir amassé des fortunes, diversifie ses activités. Il se lance dans le transport aérien (Khalifa Airways, qui se dotera de 13 Boeing achetés en leasing) et dans les médias (chaîne de télévision Khalifa News). Le milliardaire ouvre également une agence de location de voitures de luxe à Paris ainsi qu’à Londres, et sponsorise l’Olympique de Marseille (OM).

 

En 2000, Khalifa achète trois luxueuses villas sur la Croisette cannoise et se lie d’amitié avec les stars du showbiz : Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, le chanteur Cheb Mami… Autant de célébrités qui, à l’époque, n’ont pas hésité à vanter les mérites et le courage du jeune Algérien.


A cette même période, sur la chaîne de télévision française TF1, le journaliste économique Jean-Marc Sylvestre salue, à la faveur d’un entretien exclusif, la réussite et l’ascension fulgurante de ce businessman venu d’Algérie.

 

Comme un château de cartes

 

Seulement voilà, au début de 2003, le public découvre que le groupe Khalifa doit sa montée en puissance à un endettement gigantesque. L’origine des fonds commence à soulever des questions. En France, le parquet de Nanterre ouvre, à la fin de 2003, une information judiciaire contre Rafik Khalifa pour "abus de confiance, banqueroute par détournement d’actifs, banqueroute par dissimulation de comptabilité, blanchiment en bande organisée".

 

De nombreux procès ont lieu en Algérie et en France. L’empire Khalifa s’écroule. Comme un château de carte.

 

Acculé, endetté après avoir perdu tous ses soutiens politiques et médiatiques, Rafik Khalifa s’est réfugié à Londres pour fuir la justice algérienne. Qui risque désormais de le rattraper.

Jeudi 25 juin 2009




Extradition d'Abdelmoumène Khalifa : les éléments de preuves présentés par l'Algérie  

image EM

L’Algérie a présenté à la justice britannique des  éléments de preuves et des chefs d’inculpation constitutifs d’infractions pour  l’extradition d’Abdelmoumène Rafik Khalifa, a indiqué hier, un responsable du  ministère de la Justice.

"Face à la défense de Khalifa, nous avons opposé des faits et des preuves.  Nous avons pris l’affaire dans son ensemble, parce qu'il fallait, dès le départ,  montrer au juge britannique qu'il y a une entreprise frauduleuse", a précisé  à l’APS M. Mokhtar Lakhdari, directeur des affaires pénales et des grâces au  ministère de la Justice, en marge de la 14e rencontre du groupe africain de  l'Union internationale des magistrats.     M. Lakhdari a expliqué qu’il y a deux volets dans cette affaire : un  volet relatif aux preuves de l’implication de Khalifa dans les différentes infractions  pour lesquelles son extradition est demandée et l’autre était relatif à la garantie  de l’Algérie pour le respect des droits de l’homme.          
"Pour le premier volet, nous avons parlé notamment de faux, de vol et  de banqueroute frauduleuse", a-t-il fait savoir.         
Il s’agit notamment, a-t-il dit, de sommes d’argent qui sortaient des  caisses d’El-Khalifa Bank "sans justification". "Ce sont des faits relatés par  des directeurs d’agences d’El-Khalifa Bank, lors du procès de Blida, (tenu en  l’absence de Khalifa), qui avaient révélé avoir remis de l'argent à des personnes  sur la base de bouts de papier et sur instruction de Khalifa".         
"L’Algérie a fourni également à la justice britannique les faux documents  présentés par Abdelmoumène Rafik Khalifa à la Banque de développement local  (BDL) de Staoueli (Alger) pour bénéficier d’un découvert bancaire", a-t-il encore  dit.

"Il y a aussi des virements à l’étranger qui n’étaient pas justifiés",  a-t-il ajouté, soulignant que Khalifa "a utilisé la compagnie aérienne Khalifa  Airways, qu’il a créée, comme couverture pour ses différents transferts  irréguliers d'argent effectués vers l’étranger".         
"Dans l’affaire de la station de dessalement de l’eau de mer, il y a  eu une surfacturation sur du matériel vétuste et l’argent transféré n’a pas  été reçu, dans sa totalité, par le fournisseur", a expliqué M. Lakhdari, soutenant  qu'il a été détourné et que ce délit a pu être établi sur la base de documents  bancaires ayant servi à ces opérations de transfert.         
Ainsi, l’Algérie a remis à la justice britannique "des preuves démontrant  qu’il y a eu un détournement d’argent, un transfert et une acquisition de biens  à l’étranger avec les actifs d’El-Khalifa Bank".         
"Mais nous n’avons pas retrouvé la contrepartie de cet argent dans le  patrimoine de la banque. Rien n’interdit à une banque de faire des investissements  à l’étranger et des acquisitions, mais à la condition qu’on retrouve ces biens  dans les actifs, le patrimoine de la banque. Ce qui explique qu’il y a eu détournement",  a-t-il précisé.          
"Nous avons aussi présenté au juge britannique les différents rapports  d’inspection et d’audit de la Banque d’Algérie, les différents courriers et  rappels à l'ordre adressés à Abdelmoumène Khalifa pour sauver sa banque", a-t-il  ajouté, indiquant que cela "a pesé dans la décision de son extradition".          
Concernant le volet des droits de l’homme, la partie algérienne a expliqué  toutes les dispositions légales qui s'appliqueraient à Khalifa dans le cas où  il sera extradé et jugé.         
"Sur ce plan, nous avons fait appel à un expert algérien et à un diplomate  britannique qui a mené les négociations avec le gouvernement algérien concernant  l’expulsion des ressortissants algériens détenus au Royaume-Uni", a-t-il fait  savoir.


"Ce diplomate, avec lequel nous avons travaillé depuis deux ans, a expliqué  au juge britannique le fonctionnement de la justice algérienne, affirmant que  l’Algérie respecte ses engagements internationaux et que les personnes expulsées  vers l’Algérie ont bénéficié des droits reconnus par la loi", a-t-il précisé.         
La partie algérienne a mis l’accent, a-t-il dit, sur tous les aspects  du droit algérien qui étaient conformes aux principes des droits de l’homme  et aux pactes sur le droit civil et politique.          
"Nous avons affirmé que l’Algérie respecte ses obligations internationales,  qu’elle présente régulièrement des rapports devant le Comité des droits de l’homme,  devant le Comité contre la torture, ainsi que devant la Commission des droits  de l’homme et des peuples de l’Union africaine", a souligné M. Lakhdari.          
"Parmi les arguments que nous avons présentés, nous avons évoqué le  rôle des médias dans le procès de Blida. Nous avons dit que les médias peuvent  être un contre-poids, assurer un contrôle et être les garants d’un procès équitable",  a-t-il fait savoir.         
"Nous avons aussi donné des assurances diplomatiques en cas d’extradition  de Khalifa lui garantissant le respect de ses droits, reconnus par la loi algérienne",  a-t-il assuré.         
M. Lakhdari a indiqué que face à ces arguments, le juge a statué sur  l’extradition de Khalifa jeudi dernier, précisant que le dossier sera transmis  au ministère britannique de l’Intérieur qui va préparer la décision d’extradition  et informer Abdelmoumène Khalifa de cette décision.          
A partir de la notification faite par le ministre de l’Intérieur (secrétaire  d’Etat), Khalifa disposera de 14 jours pour introduire son recours devant la  Cour suprême britannique qui, en premier lieu, portera sur des points de droit  et, en second lieu, examinera des éléments de fonds "mais uniquement s’il s’agit  d’éléments nouveaux n’ayant jamais été discutés au préalable au cour du procès".         
"D’après nos avocats, c’est vers la fin de l’année, entre octobre et  décembre, que débutera la deuxième phase de la procédure, c'est-à-dire l’examen  du recours", a-t-il révélé.

Le juge britannique a statué sur l’extradition   d’Abdelmoumène Rafik Khalifa sur la base de faits "strictement" criminels et   de fraude, a-t-on indiqué hier, au ministère de la Justice.         
"Le juge britannique, en examinant le dossier fourni par la partie requérante  (l’Algérie), a considéré que Khalifa n’a pas été poursuivi et condamné pour  ses opinions politiques, mais pour des faits criminels et frauduleux", a précisé  à l'APS M. Mokhtar Lakhdari, directeur des Affaires pénales et des Grâces au  ministère de la Justice, en marge de la 14e rencontre du groupe africain  de l'Union internationale des magistrats.         
Il a relevé que l’objectif de Khalifa, lors du procès, "était de dire  que, derrière cette demande d’extradition, il y avait des motivations politiques",  expliquant que le juge britannique est "un arbitre qui ne s’implique pas dans  le déroulement du procès, mais écoute les parties, pèse leurs arguments puis  tranche".         
"Le juge britannique a expliqué que même si Khalifa conteste les preuves  fournies par l’Etat requérant, c’est devant le juge algérien qu’il devra invoquer  ses griefs", a-t-il ajouté.         
"Le juge a encore dit : En mettant en balance les informations qui  m’ont été communiquées d’un côté par la défense de Khalifa et de l’autre  par l’Etat requérant et les assurances diplomatiques présentées par l’Algérie,  je privilégie le côté algérien", a souligné M. Lakhdari.

Pour le juge britannique, "même si le système judiciaire algérien est  différent du système britannique, il offre les garanties exigées par la convention  européenne des droits de l’homme en matière de procès équitable", a encore  relevé M. Lakhdari.         
Le responsable du ministère de la Justice a indiqué que "dans le cas  où Khalifa sera extradé, il bénéficiera d’un procès équitable et sera jugé dans  un délai raisonnable, conformément à la loi et dans le strict respect de nos  obligations découlant de l’accord d’extradition avec le Royaume-Uni et des assurances  diplomatiques présentées aux autorités britanniques".            
La couverture médiatique et la présence de nombreux avocats, lors du  procès de Blida, ont constitué des éléments importants pour la justice britannique,  a-t-il rappelé.         
"Ce ne sera pas un procès à huis clos. Il y aura la presse, des avocats  et Khalifa pourra interroger ses témoins", a-t-il assuré, indiquant que c’est  également sur cette base que le juge a statué sur l’extradition.         
"La décision de la Chambre des Lords qui a, en mars dernier, affirmé  que l’Algérie offrait suffisamment de garanties concernant les personnes  expulsées, a été aussi un élément essentiel dans ce dossier", a encore ajouté  M. Lakhdari.        
"Khalifa a été jugé pour des faits précis. Nous n’avons pas le droit  de le juger pour des faits autres que ceux pour lesquels son extradition a été  demandée", a-t-il encore assuré, rappelant qu’en Algérie, même si quelqu’un  est déjà condamné par contumace, il aura droit à un nouveau procès, une fois  arrêté.         
M. Lakhdari a indiqué que "Khalifa et ses avocats n’ont, à aucun moment  du procès, pu apporter une seule preuve pour démontrer que l’Algérie est un  pays qui ne respecte pas ses obligations internationales", estimant que "s’il  y avait un seul cas où l’Algérie avait failli à ses engagements, le juge n’aurait  pas accordé cette extradition".                   

La justice britannique avait accepté, jeudi dernier, d'extrader Abdelmoumène  Rafik Khalifa et de le remettre aux autorités juridiques algériennes, lors de  la séance tenue au tribunal de Westminster à Londres, rappelle-t-on. A l'issue de cette décision, le juge Timothy Workman avait estimé que  l'extradition de Khalifa "ne contrevenait pas à la convention internationale  des droits de l'homme".         
Le juge s'est dit également "convaincu" que les assurances données  par l'Algérie quant au respect des droits de Khalifa étaient "à la fois fiables  et de toute bonne foi".         
La demande algérienne pour l'extradition de Khalifa, rappelle-t-on,  est basée sur des documents relatifs à la falsification de l'hypothèque de la  villa familiale et d'un local commercial jusqu'à la constitution du groupe Khalifa.         
Parmi les autres chefs d'inculpation retenus contre Khalifa figurent  également les cas de vols survenus au niveau des différentes agences d'El-Khalifa  Bank sur ordre de l'accusé lui-même, la gestion anarchique et la négligence  ayant marqué les transferts de devises sous le couvert de diverses transactions  qui étaient en réalité, selon la liste des chefs d'accusation, des détournements organisés.         
Abdelmoumène Rafik Khalifa a été jugé par le tribunal criminel de Blida  et condamné par contumace à une peine de prison à perpétuité pour plusieurs  crimes en relation avec la gestion d'El-Khalifa Bank.         
Il s'était réfugié au Royaume-Uni en 2003 et fut arrêté le 27 mars 2007  sur le territoire britannique dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen délivré  par le tribunal de grande instance de Nanterre, près de Paris.         
Le parquet de Nanterre a  ouvert en fin 2003 une information judiciaire  pour "abus de confiance, banqueroute par détournement d'actifs, banqueroute  par dissimulation de comptabilité, blanchiment en bande organisée".         
Une autre demande d'extradition a été introduite par la France auprès  de Londres. Un avis favorable avait donné par la justice britannique pour la  remise de Khalifa aux autorités françaises, mais cette procédure a été gelée,  dans l'attente d'une décision définitive concernant la demande d’extradition  introduite par l’Algérie.


Pour ce qui est de la prochaine phase, M. Lakhdari a indiqué que le  juge britannique a ordonné la transmission du dossier au secrétaire d’Etat (ministre  de l’Intérieur) à qui il appartient de prendre la décision d’extradition. "Ce  dernier dispose d’un délai de deux mois pour délivrer sa décision. Une fois  cette décision prise, elle sera notifiée aux parties. Si la décision d’extradition  est confirmée, Khalifa pourra introduire son recours devant la Cour suprême  dans un délai de (14) jours", a-t-il expliqué.         
La durée du procès devant la Cour suprême britannique "dépend des moyens  et des éléments invoqués par le demandeur et des arguments que lui opposera  la partie adverse".         
En principe, a-t-il précisé, "la Cour suprême statue sur des points  de droit, mais le débat pourra s’étendre à des questions de fond s’il s’agit  de fait nouveaux qui n’ont pas été discutés devant la premier juge et qui sont  de nature à remettre en cause la décision d’extradition".          
"Il y aussi la possibilité d’introduire un recours devant la Chambre  des Lords, mais celle-ci n’accepte les recours que s’ils portent sur des questions  d’intérêt national", a-t-il conclu.
APS

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