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18/04/2012

Etats-Unis: la machine de la lutte antiterroriste ne cesse de grossir

Tandis que la France s'apprête à adopter de nouvelles mesures antiterroristes, les Américains découvrent le poids toujours croissant de leurs propres services spécialisés. Ce gigantesque réseau de surveillance ignore la crise, mais son efficacité a été plus d'une fois prise en défaut. 

 

L'un a tué, l'autre pas. Le premier, Mohamed Merah, pourtant fiché par la police et le contre-terrorisme français, a assassiné sept personnes et grièvement blessé deux autres, à Toulouse et à Montauban. Le second, le 25 décembre 2009, aurait entraîné dans la mort les quelque 200 passagers du vol 253 de Northwest Airlines s'il n'avait raté l'amorçage de sa bombe à l'approche de l'aéroport de Detroit, avant d'être maîtrisé par un voyageur. Alors que le gouvernement français prépare de nouvelles mesures antiterroristes, qui seront présentées le 11 avril au Conseil des ministres, Paris gagnerait sans doute à méditer sur les avanies, outre-Atlantique, des plus puissants services antiterroristes de la planète. 

piqué au tas sur l'express.fr - 18/04/2012

 

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29/07/2010

A gauche, les redresseurs de Retort

 

Il paraît que Karl Marx, à qui on annonçait le déclenchement de la Commune de Paris, eut ce cri du cœur: «Ne peuvent-ils pas attendre? Je n’ai pas fini d’écrire le Capital.»C’est en l’illustrant de cette histoire que le philosophe slovène Slavoj Zižek exprime souvent sa conviction que, pour la gauche, l’enjeu aujourd’hui est moins d’attendre une nouvelle révolution que de s’engager dans un travail théorique en profondeur, dût-il prendre du temps. Venu de l’autre bout de la planète et animé d’une radicalité politique au moins aussi grande, Des images et des bombes partage cette idée que la gauche doit penser autant qu’agir. «Les faits sont nécessaires, comme antidotes dans un monde de demi-vérités;mais les nouveaux concepts, ou ceux, plus anciens, impitoyablement réélaborés à la lumière du présent, le sont aussi.» Le résultat est ce manifeste à la fois cérébral et combatif,minutieux, acharné, dense au point d’être parfois elliptique – mais, en tout cas, jamais démagogique.

 

«Pitoyables péroraisons».

 

Retort («riposte », en anglais) est un collectif d’activistes californiens antimondialisation, antiguerre, anti-Bush. «Anticapitalistes» et fiers de l’être: «Quel bonheur lorsque cette identité- là fut réactualisée, et le mot prononcé avec mépris» par les médiaspro-Bush. En2005, trois universitaires et un juriste, tous membres du groupe, ont écrit ce texte qui analyse la logique interne de ce qu’ils appellent le «libéralisme militaire» et s’interrogent sur l’avenir de «la gauche». A commencer par le mot lui-même, discrédité par les «pitoyables péroraisons des militants», mais qui, jugent les auteurs, a le mérite de garder «vivante, contre l’évidence, l’idée d’une alternative à l’ordre capitaliste». Militants de gauche, les membres de Retort le sont eux-mêmes, et le souvenir de la manifestation mondiale contre la guerre en Irak, le 15 février 2003, sert de fil rouge au propos. Mais, de ce «moment d’exaltation», ils entendent penser «les limites et les manques». Par exemple,pourquoi, quatre ans après Seattle, le terme de «mondialisation » y était-il à ce point absent, quand tout montre que l’invasion de l’Irak fut d’abord un «putsch néolibéral et hypernationaliste perpétré au nom de la mondialisation et de la démocratie libre-échangiste»? D’où se dégage un principe général: «Une résistance efficace devra être construite en des termes qui contestent l’ensemble de la texture de la modernité.» «Lit-elle toujours, cette gauche?» La question est perfide et juste. Eux ont lu Marx, Kojève, Debord, Hardt et Negri, et utilisent leur terminologie «sans sentir le besoin de nous en excuser».A juste titre, car l’originalité de l’ouvrage jaillit du croisement de deux concepts, rarement rapprochés. D’abord, «l’accumulation primitive du capital», qui désigne chez Marx l’appropriation violente des ressources naturelles par la bourgeoisie à la fin du Moyen Age et durant la colonisation. Ensuite, la notion de «spectacle», forgée par Guy Debord – le critique d’art T.J. Clark, l’un des quatre auteurs, fut en son temps membre de l’Internationale Situationniste britannique. Marx croyait que l’accumulation primitive, péché originel du capitalisme, appartenait à l’histoire. Non, répond Retort: c’est «un processus inachevé et récurrent, indispensable à la perpétuation de la vie du capitalisme». «La terre, l’eau, la forêt, les espaces de coutume communautaire, le substrat minéral, la vie des rivières et des océans et même les ondes aériennes: le capitalisme a toujours dépendu, et dépend encore aujourd’hui, du fait que de plus en plus de ces propriétés partagées ne le soient plus, quelles que soient la violence et l’absurdité qu’implique leur transformation en objet à vendre.» Le brevetage du vivant et la privatisation éclair de l’économie irakienne décidée par l’armée américaine en sont deux exemples récents. Mais la nouveauté est que «l’accumulation primitive doit être mise en œuvre dans les conditions du spectacle». Celui-ci est à entendre ici au sens de Guy Debord, c’est-à-dire comme étant «le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image». Excitant le désir consumériste, affaiblissant la citoyenneté, le spectacle s’analyse comme une «colonisation de la vie quotidienne», inséparable de la colonisation «classique»: «L'Atlantique noire du sucre, de l’alcool et des opiacés n’aurait pu exister sans cette dynamique de façonnement de la subjectivité selon un maillage de petites addictions vendables.» Pour autant, Retort refuse l’amertume ou le mépris. «Encore une fois, pas de jérémiades. » Qui veut combattre efficacement le règne de la marchandise doit commencer par en prendre acte. «Se hisser d’une disqualification hautaine à une hostilité réelle»,voilà l’enjeu pour la gauche face au spectacle. Le comprendre, mais ne pas en dépendre. Soit «l’exacte antithèse d’Al-Qaeda». «Image auto satisfaite». A rebours de la nuance de complaisance perceptible ici ou là après le 11 Septembre, l’islamisme sert ici de contre-modèle. «C’est une chose de se révolter contre les usages que nos maîtres ont fait de la “menace”. C’en est une autre de ne pas reconnaître la réalité de la menace.» Pour Retort, Al-Qaeda marque la résurgence de la conception léniniste de la révolution,où une avant-garde agit au nom de la masse. La gauche doit à tout prix se déprendre d’un tel schéma «si elle veut convertir son spasmodique “Nous sommes des millions” en une […] pratique politique». L’avant-propos de l’édition française n’hésite pas à critiquer l’attitude de la gauche française (et européenne) en 2003 qui, trop occupée à se mirer dans l’«image auto satisfaite» de sa «différence»,n’a pas vu que son antiaméricanisme s’intégrait parfaitement à la logique du spectacle. Et note que Chirac, encensé par la gauche pour son soi-disant courage face à l’Amérique,n’a pas tardé à montrer la vraie nature de ses calculs politiciens en participant dès 2004 à l’intervention américaine en Haïti. La force du spectacle est «la capacité à produire de la passivité». Pour en sortir, il faut manifester, certes, mais aussi lire, chercher, comprendre. Deleuze dit que philosopher, c’est fabriquer des concepts. Faire la révolution, c’est s’en servir.

AESCHIMANN Eric

Retort . Des images et des bombes. Politique du spectacle et néolibéralisme militaire Traduit de l'américain par Rémy Toulouse et Nicolas Vieillecazes. Les Prairies ordinaires, 204 pp., 14 euros

04/09/2008 - http://www.liberation.fr/livres/010188472-a-gauche-les-redresseurs-de-retort

 

autre article à lire sur A. 11 :

Retort : "Ils firent un désert et le nommèrent paix"


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