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14/01/2011

Bruxelles - Manifestation anticapitaliste en solidarité avec les insurgés tunisiens

Affiche

Tous à la manifestation de samedi 15/1 à 15h au 'Mégaphone', carrefour Avenue de Stalingrad et Bld du Midi, pour dénoncer
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TUNISIE : A quoi mène le capitalisme  :
Soutien de la France au dictateur tunisien. Ben ALI.
Tous à la manifestation de samedi 15/1 à 15h au 'Mégaphone', carrefour Avenue de Stalingrad et Bld du Midi, pour dénoncer
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courriel du 14/01/2011

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03/06/2010

Chez maman "les colonnies francaises"

19:39 | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/10/2009

Communiqué 5 octobre - La guerre entre le FLN et le MNA...un immense gâchis ?

 

de chez backchich

 

Le MNA ou les tabous de l’histoire d’Algérie

Passé / dimanche 31 août 2008 par Akram Belkaïd

 

Tous les conflits de l’histoire d’Algérie ne sont pas purgés. Notamment celui qui a opposé le MNA et le FLN, aux premières lueurs de la lutte pour l’indépendance.

 

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message d’un fidèle et très lointain lecteur de la présente chronique à propos de l’histoire d’Algérie et de ses thèmes interdits. Evoquant les nombreuses interrogations concernant la période 1945-1963, il se demandait si un appel d’intellectuels pourrait convaincre des acteurs ayant vécu cette époque de s’exprimer pour dire toute la vérité. « La génération concernée nous quitte progressivement, m’a-t-il écrit. Nous sommes à l’extrême limite temporelle où nous pourrions enfin savoir de la bouche des derniers protagonistes tout ce qui s’est réellement passé y compris sur les questions taboues : la crise berbériste, la trahison du MNA, la mort d’Abane Ramdane, le massacre de Melouza, les vraies raisons qui ont débouché sur les événements sanglants du 8 mai 1945, l’asphyxie organisée des maquis, les motivations réelles des officiers musulmans qui ont déserté l’armée française pour rejoindre le FLN (les daf), la paranoïa d’Amirouche, sa mort avec celle de Si Haoues, l’ampleur réelle du massacre des harkis, le rôle des « marsiens » (ceux qui ont pris le maquis après le cessez-le-feu de mars 1962) » Et de citer le cas de l’Indonésie ou de l’Afrique du Sud où des commissions ont su surmonter l’obstacle du nationalisme pour faire la lumière sur des événements douloureux pour ne pas dire honteux.

Parler mais d’abord délier les langues

 

Ma réponse était empreinte de scepticisme. Faire parler les acteurs qui sont encore en vie ? Pourquoi pas mais à condition qu’un déclic majeur puisse délier les langues et faire en sorte que l’on sorte des discours convenus. Pour étayer mon propos, j’ai cité le cas de Lakhdar Belaïd, un camarade journaliste dont j’attendais depuis des années le livre sur le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj. Un projet qui butait sur une grande difficulté : la réticence des anciens militants de ce parti à se raconter et à revenir sur un épisode de l’Histoire dont on parle peu et toujours avec grande prudence en Algérie comme en France. Hasard, coïncidence ou signe encourageant, quelques jours après cet échange épistolaire, j’ai reçu les épreuves du livre de Lakhdar Belaïd [1]

 

Cet ouvrage est une enquête sur le père de l’auteur. Un père, aujourd’hui disparu qui n’a jamais accepté de raconter son passé de militant du MNA fidèle jusqu’au bout à Messali Hadj. Un père qui fut acteur, comme tant d’autres membres de son parti, de la bataille fratricide qui opposa, surtout en France, le FLN et le MNA. Une véritable guerre civile dont les générations nées après l’indépendance ne savent pas grand-chose puisque cet épisode sanglant a toujours été enveloppé dans un voile de confusion et de désinformation. C’est bien simple, une majorité d’Algériens qui n’ont pas connu la Guerre de libération sont convaincus que le MNA et les Harkis, c’est Hadj-Moussa et Moussa-Hadj. Quant à Messali Hadj, réhabilité a minima en 1999, nombreux sont ceux qui lui contestent encore le rôle de père du nationalisme algérien et qui persistent à le qualifier de traître à la cause de l’indépendance.

 

Le livre de Lakhdar Belaïd n’est donc pas une enquête sur le MNA. C’est avant tout l’histoire d’un père qui fut emprisonné et condamné durant la Guerre d’Algérie, la justice française l’ayant accusé d’avoir commandité l’assassinat d’un militant du FLN dans la région lilloise. Au fil des pages, on découvre le parcours d’un travailleur immigré en provenance de Kabylie auquel la fédération de France du PPA-MTLD donna, comme à tant d’autres Algériens, une conscience nationaliste et une éducation politique. Restitué non sans mal du fait du mutisme des survivants interrogés par l’auteur, cet itinéraire a pour toile de fond la férocité de la guerre entre le FLN et le MNA, les attentats, les représailles, le jeu trouble de la police française, en somme, tous ces actes sanglants que la presse de l’époque qualifiait souvent de « règlements de compte entre Nord-Africains ».

Le MNA algérie dépassé par un rival plus moderne

 

On réalise en lisant cet ouvrage que nombre de militants du MNA ont été jusqu’au bout de farouches nationalistes et qu’ils ont été partie prenante du combat pour l’indépendance de l’Algérie en organisant notamment des manifestations en France dont certaines furent dispersées dans le sang par les forces de l’ordre. Après 1962, le père de Lakhdar Belaïd s’est par exemple toujours opposé à ce que ses enfants prennent la nationalité française et c’est en Algérie que cet homme a terminé sa vie. On apprend aussi que le MNA s’est attaqué aux harkis comme l’explique un témoin messaliste interrogés par l’auteur.

 

Alors, pourquoi la guerre entre le FLN et le MNA ? L’intérêt du livre de Belaïd est qu’il met en exergue le point de vue du second camp, celui qui malgré son implantation forte en France a finalement été broyé par les commandos de choc du FLN à l’image de la liquidation de la direction de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens, syndicat messaliste). Et les justifications des messalistes tournent souvent autour de l’attachement obsessionnel à Messali Hadj tandis que le FLN se voit dénié toute légitimité à conduire la Révolution qu’il a pourtant déclenchée.

 

Cinquante ans après cette période, on ne peut s’empêcher de penser que cette guerre entre le FLN et le MNA n’a été qu’un immense gâchis. A qui la faute ? Aux acteurs encore vivant de nous le dire. Pourquoi une telle violence, une telle haine (4.000 morts et 12.000 blessés uniquement en France) ? Le MNA représentait-il vraiment une menace pour l’indépendance ? Le statut de représentant unique, pour ne pas dire absolu, du peuple algérien était-il à ce point indispensable pour le FLN pour qu’il le conduise à liquider d’autres tendances politiques favorables à l’indépendance (messalistes mais aussi communistes) ?

 

La faiblesse politique du MNA ne résidait-elle pas dans le culte, archaïque et d’un autre âge, de Messali Hadj ? Ce dernier avait-il vraiment planifié le début de la guerre d’indépendance pour 1954, se faisant prendre de vitesse par ceux qui allaient créer le FLN ? Ces questions sont posées depuis longtemps. Nous attendons encore les réponses et, finalement, cette idée d’appel d’intellectuels pour que s’expriment enfin les acteurs de cette période est une urgence.

 

 

 

 

 

 

FLN contre MNA: la guerre dans la guerre

 

Par Edgar Morin «L’Affaire Bellounis», publiée en 1998 par un adjoint du chef de guerre messaliste, jette une lumière crue sur les divisions sanglantes du mouvement national algérien

 

5. FLN contre MNA: la guerre dans la guerre

 

Le Nouvel Observateur. – L’extraordinaire, avec «l’affaire Bellounis», est qu’elle ouvre le dossier méconnu d’une lutte acharnée au sein du nationalisme algérien...

Edgar Morin. – Oui. Et dès le début de la guerre d’Algérie. Il y a un conflit entre Messali Hadj, fondateur du nationalisme algérien, et son comité central, qui lui reproche son culte de la personnalité. Un groupe clandestin, le CRUA (Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action), futur FLN, décide de réconcilier les uns et les autres... en lançant une insurrection armée, le 1er novembre 1954. Du coup, Messali décide que ses hommes vont prendre le maquis. Et quand le FLN veut absorber ses forces, il refuse. Rapidement, les combattants du FLN attaquent les maquis de Messali et les éliminent. Sauf un, le plus dur, celui que dirige Bellounis. Des officiers français nouent alors des contacts avec Bellounis pour l’utiliser contre ses frères ennemis du FLN. C’est l’année du massacre de Melouza, où des combattants de l’ALN-FLN vont tuer plus de 300 habitants d’un village favorable à Messali. Pris entre deux feux, Bellounis n’a plus le choix. Il est urgent pour lui de conclure un accord de fin des hostilités avec les Français. Il réussit à les bluffer sur l’importance de ses forces, pose ses conditions et réclame des armes et du matériel. Qu’il obtient. En contrepartie, les Français lui demandent de ne plus utiliser le drapeau algérien, de ne pas prélever d’impôt et de ne pas mobiliser. Ce qu’il ne respectera pas.

 

N. O. – Pour Bellounis, cet accord est une trêve armée, en attendant le jour où, une fois liquidé le FLN, il se retournera contre l’«armée colonisatrice»?

E. Morin. – Exactement. D’ailleurs, il écrit à Messali pour lui demander sa caution: «Donnez-moi votre bénédiction... Nous allons libérer l’Algérie!» Sauf que le vieux leader est persuadé – à tort – qu’il y a des accords secrets entre Bellounis et les Français. Il ne les obtient pas et refuse de reconnaître Bellounis.

N. O. – Se bat-il vraiment contre le FLN?

E. Morin. – Pendant toute une année. Son maquis s’étend et ses troupes bien armées, atteignent 8000 hommes! Au point que les Français finissent par s’en inquiéter.

N. O. – Après le 13 mai 1958, les Français lui demandent de se rallier. Il refuse. Le 23 juillet, les commandos du 11e Choc lui tendent un guet-apens...

E. Morin. – ... et Bellounis est tué. Après sa mort, son état-major est très divisé. Les uns pensent qu’il faut rallier le FLN; d’autres, qu’il faut continuer seuls le combat. Une partie du maquis se perd dans la nature...

N. O. – Comment avez-vous rencontré Chems Ed Din – c’est un pseudonyme –, l’auteur du texte que vous avez préfacé (1)?

E. Morin. – Il faisait partie de l’état-major de Bellounis. A sa mort, il décide de se rendre en bus à Alger. Arrêté à un contrôle, il est interrogé par les Services psychologiques, à qui il dit tout. On le libère et il gagne la France où il trouve un emploi… de vendeur au BHV. J’habitais à côté, rue des Blancs-Manteaux, où j’avais caché un temps un fugitif, un parent à lui. Mis en confiance, il vient me voir avec ce manuscrit: il veut témoigner.

 

N. O. – Qu’est-ce qui vous pousse à accepter?

E. Morin. – Le souvenir de la honte. J’étais scandalisé par la campagne de calomnie contre les messalistes, les faisant passer pour des traîtres, des espions, des collabos de la police. Et j’avais en tête la campagne de diffamation menée pendant la guerre contre les trotskistes accusés d’être des agents de Hitler. A l’époque, j’étais communiste et je n’avais rien dit. Et j’avais honte de m’être tu. En 1955, les amis du FLN, Francis Jeanson et André Mandouze, veulent faire passer l’idée que Messali est le Pierre Laval d’Algérie. Il y a même des gens des «Temps modernes» qui affirment que le FLN est l’avant-garde du prolétariat mondial. Il y a quand même eu, à cette époque, une débauche de conneries exprimées!

N. O. – Evidemment, l’affaire Bellounis est présentée comme la «preuve» de la trahison de Messali...

E. Morin. – Pardi! Sauf que je sais, moi, que Bellounis n’a pas la caution de Messali. Que celui-ci est resté un nationaliste. Contre cette hystérie fanatico-sectaire, je suis prêt à défendre son honneur.

N. O. – Pour publier ce texte, vous vous adressez à Jérôme Lindon. Sa réponse?

E. Morin. – «Ce n’est pas le moment!» Combien de fois ai-je entendu cela dans ma vie! J’ai donc gardé le manuscrit.

N. O. – Pourquoi le faire publier en 1998?

E. Morin. – J’ai rencontré une jeune femme d’origine algérienne, une actrice, dont le père était militant messaliste. Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup souffert de l’étiquette de «traître» accolée à sa mémoire. Alors j’ai envoyé le manuscrit, un peu comme une bouteille à la mer.

N. O. – Quelle a été la réaction des critiques?

E. Morin. – Nulle. Pas un mot dans la presse. Les gens n’ont pas compris... Ils n’ont pas lu!

N. O. – Aujourd’hui encore, vous ne pouvez pas dire qui est Chems Ed Din?

E. Morin. – Hé non! L’auteur est toujours en Algérie, et cette affaire n’est pas encore purgée. La lutte entre le FLN et le MNA, en France et en Algérie, a fait plus de 10000 morts. Ces frères se sont entre-tués. Rien n’est plus horrible. «L’affaire Bellounis» montre ce qu’on a voulu cacher: la complexité de cette guerre. Il y avait plusieurs voies vers l’indépendance. Reste que la liquidation des messalistes est un des péchés originaux du FLN. Qui nous dit que, parmi les massacres actuels, il n’y pas le souvenir de ces villages messalistes et FLN qui ont tellement souffert de cette féroce guerre entre frères?

 

Propos recueillis par JEAN-PAUL MARI

 

(1) «L’Affaire Bellounis», par Chems Ed Din, préface d’Edgar Morin («Retour sur la guerre d’Algérie»), Editions de l’Aube.

 

Jean-Paul Mari

Le Nouvel Observateur

 

Des couvre-feux à Paris en 1958 et 1961 : Une mesure importée d’Algérie pour mieux lutter contre le FLN ?

Sylvie Thenault
L’historiographie récente relative aux événements d’octobre 1961 à Paris a présenté le système répressif alors en place comme le résultat de l’importation, par Maurice Papon, des mesures qu’il connut précédemment au Maroc et en Algérie. Cet article a pour objet de nuancer cette thèse, en examinant précisément le processus de décision du couvre-feu, qui avait aussi été décidé une première fois, en 1958. Il apparaît alors que la thèse de l’importation néglige deux aspects : le rôle des revendications policières dans ce processus et la traduction concrète du couvre-feu, sur le terrain. Ainsi, le couvrefeu s’inscrit dans le cadre de la gestion des troupes policières par leur hiérarchie et il renforce le repérage et le fichage des migrants de la région parisienne. Recent historiography about autumn 1961’s events in Paris tends to consider this repression as the result of Maurice Papon’s action, who is supposed to have reproduced the methods of counter-insurgency he learned before, in Morocco and Algeria. This article wants to discuss such a thesis because, notably, it neglects the role of the police troops in the decision of pronouncing a curfew. And finally, the reconstitution of the process of decision shows that Maurice Papon’s former experience wasn’t simply reproduced as such.
• 1958-1961, des communiqués aux portées très différentes
• Les « Français musulmans d’Algérie » comme cible
• De la lutte contre le terrorisme à la gestion de la base policière
• Conclusion


« Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d’être décidées par la préfecture de police. En vue d’en faciliter l’exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. (…)

D’autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d’Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures ».

 

 

 

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10/10/2009

Octobre à Paris - Maurice Audin -

festivals d’un film maudit

entretien avec Jacques Panijel

entretien réalisé par Jean-Philippe Renouard & Isabelle Saint-Saëns

Octobre à Paris est un objet à part. D’abord par sa fabrication. Dans les mois qui suivent les massacres d’octobre 1961, Jacques Panijel, biologiste, membre du comité Audin, met en scène une reconstitution qui donne à voir le quotidien des Algériens : la vie dans les bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers, les arrestations, le centre de torture du 28 rue de la Goutte d’or. Il fait jouer, par ceux qui en avaient été les acteurs et sur les lieux mêmes, la préparation et le départ de la manifestation du 17 octobre, évoquée par un montage d’archives, photos et images filmées. Puis des témoignages : la caméra refait le trajet de ceux qui ont été arrêtés, battus, jetés à la Seine. Par son devenir ensuite : les copies sont saisies, les projections interdites. En mai 68, le film est projeté aux 3 Luxembourg, en alternance avec La Bataille d’Alger. En 1973, il obtient un visa de censure, après une grève de la faim du cinéaste René Vautier, sans pour autant être distribué. En 1981, des promesses de diffusion à la télévision restent sans suite.
Les livres saisis chez Maspero et aux Editions de Minuit reparaissent (La Découverte réédite en septembre 2000 Ratonnades à Paris, de Paulette Péju). Mais à ce jour les copies dispersées d’Octobre à Paris restent invisibles

Le tournage d’Octobre à Paris est entamé quelques semaines après la manifestation tragique du 17 octobre. Quelles circonstances amènent un chercheur scientifique à passer derrière la caméra ?

D’abord comprenez que dans mes réponses, il y aura certainement beaucoup de subjectivité parce qu’il est vrai que je considère ne pas avoir été gâté par les militants, ni malheureusement et c’est plus important encore, par ce qu’on appelle les intellectuels.

Au matin du 17 octobre 1961, je suis averti par un camarade algérien que « quelque chose va se passer ». Je n’en sais pas plus. Le soir même, il y avait une réunion du secrétariat du comité Audin que nous avions fondé deux ans plus tôt avec Pierre Vidal-Naquet après la mort du mathématicien Maurice Audin, torturé par les militaires. En traversant les Champs-Elysées, je découvre l’horreur : des centaines d’Algériens assis par terre entre deux rangées de flics en uniforme. J’ai parcouru un peu les Grands Boulevards puis me suis rendu à la réunion du comité. Nous militions alors comme nous pouvions — tracts, réunions, manifestations — pour faire connaître la réalité de la situation algérienne. Le Monde nous a soutenu énergiquement en publiant une souscription financière pour venir en aide au comité Audin. Nous avons ainsi réuni une somme d’argent conséquente.

Au lendemain du 17 octobre, j’ai proposé l’idée d’un film qui retracerait les événements... enfin ce qui s’était passé. Le comité a été d’accord à la condition que le film soit réalisé par un metteur en scène de renom. Je me suis donc mis en quête d’un cinéaste dont la réputation aurait protégé le film et qui aurait accepté de travailler avec les contacts dont nous disposions alors avec les représentants du FLN en France. Ainsi ai-je alerté plusieurs cinéastes français de la Nouvelle Vague ; j’ai contacté de grands cinéastes étrangers. Il n’y a qu’Hollywood qui n’ait pas été mis au courant de notre démarche... (rires). Le silence fut assourdissant. Le seul qui ait réagi favorablement fut Jean Rouch. Mais il souhaitait une production légère. Ce que nous refusions car il s’agissait d’un événement majeur. Il fallait à tout prix tourner en 35 mm. Quelques années plus tard, interrogé par une revue de cinéma, François Truffaut expliquait : « la guerre d’Algérie, je regrette mais qu’est-ce que vous voulez que je dise là dessus, j’y connais rien. C’est comme si on me demandait de faire un film sur la déportation ». Que répondre à cela ?

J’ai donc proposé de réaliser le film moi-même. Mon expérience cinématographique se limitait à la coréalisation au côté de Jean-Paul Sassy de La peau et les os qui avait obtenu le Prix Jean Vigo l’année précédente. Je me suis lancé dans l’aventure avec le soutien de ma femme.

L’attitude frileuse des cinéastes français était-elle le lot des intellectuels plus largement ?

Au commencement de la guerre, la grande majorité des intellectuels français croyait qu’il leur suffirait de dire qu’ils étaient contre la guerre. Ce n’est que peu à peu qu’ils ont pris conscience de la gravité de la situation. En 1961, on peut dire que l’ensemble des intellectuels, en particulier dans l’université, est horrifié. Dans le développement de la guerre d’Algérie, le 17 octobre est un événement tardif. Les Algériens des bidonvilles étaient depuis longtemps au cœur de la guerre que livrait en France le FLN aux « modérés" du MNA. Et puis ils s’alarmaient surtout du couvre-feu, véritable chasse au faciès décrétée par Maurice Papon. Cet événement a permis au FLN de mobiliser ceux des bidonvilles afin d’organiser une manifestation à Paris le 17 octobre. Ils furent au moins 20.000 en comptant les femmes et les enfants à s’y rendre. C’est le FLN qui avait organisé les différents parcours ainsi que le désarmement total des manifestants.

Concrètement comment le tournage est-il rendu possible alors que la guerre touche à sa fin ?

Il faut d’abord citer le nom d’un type merveilleux : Jacques Huybrecht qui d’ouvrier chez Renault est devenu photographe professionnel. Je cherchais un opérateur et c’était son rêve. Il était communiste et a souhaité en parler d’abord à son secrétaire de cellule qui lui a répondu qu’un tel film porterait préjudice au parti. Quant à la fédération départementale, elle a évoqué une « pure provocation ». Jacques m’a offert une grande partie de son temps libre pour tourner Octobre à Paris. Pour le montage, il n’y a pas eu de problème, le propriétaire est resté d’une discrétion absolue pendant cinq semaines. Enfin pour le développement de la pellicule, je connaissais un labo dont certains techniciens avaient manifesté leur opposition à la guerre. Honnêtement le seul risque était la saisie sur dénonciation.

Pour transporter le matériel sur les lieux de tournage, pour que les bidonvilles de Gennevilliers et Nanterre, le quartier de la Goutte d’or, nous soient ouverts, pour obtenir des témoignages de valeur, il nous a fallu l’accord et l’aide des responsables locaux du FLN. Ces derniers ont été jusqu’à proposer de financer un film à la gloire du Front. J’ai expliqué que je faisais partie du comité Audin, que nous n’étions pas strictement opposés au FLN mais que cela voulait dire quand même notre désaccord avec le réseau Jeanson. Nous n’étions pas des porteurs de valises, mais des militants républicains français exempts de souvenirs algériens et n’obéissant à aucun patriotisme.

A la Goutte d’or, même si le commissariat n’était pas loin, nous savions que personne ne nous dénoncerait. Qu’il y avait toujours à proximité un responsable du Front pour dire, non laissez, on les connaît. La surveillance était celle des gens du cru. Sur l’une des scènes, on entend l’hélicoptère de la police qui avait l’habitude de survoler le bidonville de Gennevilliers. On arrêtait de tourner et on planquait le matériel pour recommencer le lendemain.

La question majeure que pose Octobre à Paris est celle d’une reconstitution à chaud des événements.

C’est une question que le genre documentaire ne pose pas, celle de la morale de la fiction au sens large. J’ai tourné à partir de la fin 61 et pendant six mois dans les bidonvilles et à la Goutte d’or. Sachant ce qu’avaient été ces journées, il fallait que je les fasse revivre à l’intérieur même du bidonville.

Un autre point que je souhaitais absolument évoquer fut les interrogatoires par les harkis des habitants de la Goutte d’or. Car ce sont eux qui s’en chargeaient pour des raisons linguistiques évidentes. Dans la cave d’un bar de la rue de la Goutte d’or, ce sont eux qui organisaient les séances de torture pour faire avouer à des gens qui n’étaient pas forcément des militants, mais qui peu à peu avaient partagé les idées du FLN. Nous avons filmé l’entrée du lieu depuis un balcon situé en face.

Le plus difficile n’était-il pas de reconstituer la manifestation elle-même ?

Le film est conçu comme une tragédie en trois actes : avant, pendant, après : l’organisation et le départ de la manifestation que nous avons pu reconstituer, la manifestation racontée par des photographies, et les témoignages filmés après la manifestation. J’ai cherché mais n’ai pas trouvé trace de films de la manifestation. Quant à moi, ce jour-là je n’avais même pas un appareil photo et n’imaginais pas l’affreux spectacle qui allait s’offrir à moi. J’imaginais qu’il y avait le risque de violences policières, mais ce que j’ai vu en fait, c’était des comportements dignes des nazis. Après j’ai recherché des gens qui possédaient des photos, même non publiées, ou maquillées, ou volontairement détruites. Il faut évoquer là le nom d’Elie Kagan qui a été un type admirable. Il m’a laissé utiliser ses photos que j’ai rendues vivantes par le montage et les bancs-titres. Une musique concrète donne le sentiment que les cris montent de la foule, puis les victimes sont là dans le silence.

Par ailleurs, j’ai voulu montrer comment la décision s’était prise à l’intérieur de ce qu’on appelait une casemate, qui est l’équivalent d’une direction locale dans les mouvements résistants, comment étaient rapportées les instructions du Front. J’ai demandé à ceux qui avaient rapporté ces instructions au bidonville de Gennevilliers s’ils voulaient bien recommencer la scène qu’ils avaient vécue. On a tourné cela au petit matin. On a reconstitué la réunion de la cellule, les instructions qu’ils ont données d’emprunter tel ou tel chemin, d’emmener aussi les femmes et les enfants. L’ordre était surtout de ne pas apporter la moindre arme, même pas un caillou. Nous avons donc reconstitué la scène de la fouille des militants au départ du bidonville. Les instructions étaient de manifester pacifiquement, d’emprunter les trottoirs pour ne pas gêner la circulation. Bien sûr, les gens savaient qu’il y avait un risque. Ils avaient ordre de fuir si la police les chargeait. Mais surtout pas de bagarres, pas de coups. Il s’agissait vraiment de manifester pacifiquement. Des militants du FLN étaient utilisés comme serre-file. Ils écartaient les bras au bord des trottoirs pour éviter que la foule ne déborde sur la rue. Les familles nombreuses étaient dans la mesure du possible accompagnées d’un militant. Mais un militant au niveau d’un bidonville, ce n’est pas un temps complet, c’est un gars qui transmet les tracts, les instructions. Pas plus.

Concernant les exactions policières proprement dites, comment sont-elles suggérées dans Octobre à Paris ?

Il fallait retrouver des hommes qui avaient échappé de justesse à la mort ; retrouver des gens qui avaient été balancés à la Seine et s’en étaient sortis. Le film raconte le parcours d’un garçon qui a été « flanqué à la Seine », comme il le dit lui-même. Nous avons filmé le lieu où les flics l’ont balancé dans le fleuve et il raconte en voix off ce qui s’est passé, qu’il a attendu jusqu’à quatre heures du matin, de voir passer à nouveau des automobiles sur le pont pour sortir de sa cachette. « Ils m’ont matraqué, ils m’ont frappé à la tête, c’est pour cela que j’ai moins de cheveux. Après ils m’ont jeté dans la Seine ». Nous avons cherché l’endroit où il s’est planqué, l’endroit est tel qu’il nous l’ait décrit, preuve qu’il ne mentait pas. Il y avait notamment un arbre sur lequel était cloué un panneau : « Interdit de jeter des ordures ». Cet homme raconte aussi qu’on lui a tiré dessus. Il a été jeté à l’eau avec deux autres. « Mais moi je savais nager » conclut-il.

Que se passe-t-il une fois le film terminé ? Y a-t-il des projections publiques ou la diffusion est-elle uniquement clandestine ?

Il n’y a pas eu de projection de presse, j’ai simplement averti des amis journalistes que des projections avaient lieu tel jour à telle heure au Studio Bertrand en face de l’hôpital Necker. Une fois sur deux la police arrivait et embarquait la copie du film. Quand nous étions prévenu de la descente, nous projetions Le Sel de la terre, le beau film de Herbert Biberman. Octobre à Paris a été projeté au festival de Cannes en 1962, j’avais loué une salle de la rue d’Antibes. Le seul journal à s’en être fait l’écho fut Variety ! Le grand journal de l’entertainment a évoqué en première page la projection d’un film interdit ! Mais aucun journal parisien consacrant des pages au festival ne s’est fait l’écho de ces quelques projections. J’ai ensuite emmené le film à la Mostra de Venise où il fut à nouveau projeté quelques jours avant que les carabinieri ne ferment la salle. Enfin il m’est arrivé d’emmener Octobre à Paris dans des symposiums scientifiques ; je projetais le film à la stupéfaction des participants. Quand les douaniers posaient des questions, je racontais qu’il s’agissait d’un film scientifique. En mai 68, le film sera à nouveau brièvement projeté dans une salle du Quartier latin, en alternance avec La Bataille d’Alger.

Pourquoi Octobre à Paris est-il invisible depuis ?

Dès 1965, j’ai été contacté par des distributeurs. Mais le film ne possédait pas de visa. Le silence est alors retombé. Il faut attendre le procès de Maurice Papon à Bordeaux pour qu’un producteur courageux souhaite qu’Octobre à Paris soit vu du public. Mais ma condition était — et reste — de tourner un codicille qui détermine exactement que la répression du 17 octobre est l’archétype du « crime d’Etat ». On parle beaucoup de secret d’Etat, d’affaire d’Etat, et curieusement pas de crime d’Etat qui a mon avis mérite une classification à part. Ce que je demandais était d’avoir la liberté de tourner une préface à Octobre à Paris pour tenter de définir ce qu’est — moralement et politiquement — un crime d’Etat. Généralement le crime d’Etat est commis par des individus à qui l’on a garanti l’innocence, qui sont relativement peu nombreux et possèdent un objectif très précis. Au fond l’un des premiers crimes d’Etat est l’assassinat de César par des comploteurs qui s’emparent du pouvoir. Je souhaitais mettre en relation des événements qui ne sont qu’apparemment semblables, par exemple les procès staliniens ne constituent pas un crime d’Etat ; ils rentrent dans une technique d’Etat, ce qui est autre chose, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas fondés sur un mensonge évident mais qu’ils font partie d’un roman politique entraîné par les staliniens et exportés dans tous les pays dépendants où il s’agissait de relier ces procès à une politique donnée.

En 1973, le film obtient enfin un visa de censure...

Grâce à la grève de la faim du cinéaste René Vautier, l’auteur de Avoir vingt ans dans les Aurès. On avait refusé un visa non commercial à Octobre Paris qu’il cherchait à distribuer. Il protestait plus largement contre la censure d’Etat et militait pour l’avènement d’une commission de censure indépendante. Cette grève de la faim a été déterminante. Quand une commission de contrôle cinématographique fut enfin mise sur pied, son président a envoyé un télégramme à Vautier qui expliquait en substance : « la commission de contrôle cinématographique n’utilisera plus de critères politiques pour interdire ou accepter un film ». Ce qui n’a pourtant pas plus facilité la diffusion de mon film. Et depuis le film dort dans un placard et j’en interdis toute projection.

Même les livres d’histoire oublient pour la plupart de mentionner le film quand ils évoquent la guerre d’Algérie...

Plus terrible encore... Au moment de l’affaire des sans papiers de l’église Saint Bernard, il y a eu une protestation émise par 25 ou 30 jeunes gens du cinéma contre les atteintes aux droits de l’homme. Y a-t-il eu un seul d’entre eux pour avoir le vrai courage du cinéma qui aurait consisté à faire un long métrage sur ces événements ? C’est ce que j’avais essayé de faire 35 ans plus tôt. Et Le Monde publie alors un article qui dit à peu près : « pour la première fois dans l’histoire du cinéma, les cinéastes montrent l’importance qu’ils ont pris dans le monde de la culture, de l’intelligence et de la citoyenneté en élevant une protestation solennelle contre le comportement de la police à l’occasion de la grève de la faim des sans papiers de l’église Saint-Bernard ». J’ai pris mon téléphone pour dire à la rédaction que je trouvais scandaleux — non pas l’article sur la protestation purement verbale des cinéastes en question, c’est très bien qu’ils aient fait cela — mais le fait que l’article en question passait sous silence le fait que bien avant un film vraiment clandestin et politique avait été réalisé dans ce pays... Je ne demandais pas de dire qu’Octobre à Paris est une date importante dans l’histoire du cinéma mais plutôt : « comme il est arrivé pendant la guerre d’Algérie avec Octobre à Paris, il y a eu manifestation du cinéma en tant que tel... » Ils m’ont répondu qu’ils ne jugeaient pas cela utile. Conversation close.

 

Autres textes concernant la guerre d’Algérie, accessibles en ligne :
- L’autre invraisemblable, entretien avec Jean-Pierre Vernant, Vacarme n°7, hiver 1998-1999.
- Un franc-tireur minuscule, entretien avec Robert Bonnaud, Vacarme n°14, hiver 2000-2001.
- La vérité de l’indicatif, entretien avec Pierre Vidal-Naquet, Vacarme n°17, automne 2001.
- Sous le peuple, visage de la population, sur les photographies de Marc Garanger, Vacarme n°27, printemps 2004.

 

 

 

 

 

 

La lettre de Michèle Audin à Nicolas Sarkozy

 

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Face à l'imposture, ses simagrées et ses mensonges, il suffit parfois d'être soi-même. De ne pas biaiser, de ne pas faire le malin, de ne pas jouer au plus fin. Tout simplement de rester fidèle. Fidèle à quelques principes, à certaines valeurs, à d'anciens repères. En voici un exemple, superbe de tranquille fermeté, qui, d'une simple lettre, démasque l'hypocrisie qui nous gouverne. Oui, l'hypocrisie de cette mise en scène politique qu'on nous impose plus souvent qu'à l'ordinaire lors du passage d'une année sur l'autre: rituels vœux télévisés qui supposent une nation soumise à la parole d'un seul, traditionnelles promotions dans l'ordre de la Légion d'honneur où se détectent colifichets courtisans et distinctions clientélistes, avalanche de cérémonies de vœux présidentiels dont l'origine remonte à nos âges non-démocratiques, monarchiques ou impériaux. Si l'actuel monarque, républicain d'apparence, autocrate d'essence, ne fait ici que prolonger l'héritage de ses prédécesseurs, il s'en empare avec tant de zèle, de gourmandise vorace et d'agitation narcissique, qu'il finit par nous réveiller de notre torpeur. Vraiment, la démocratie, ce serait donc cela, cette fiction?

 

Une fiction qu'une seule lettre, admirable de simple grandeur, vient de dévoiler. Elle émane d'une brillante mathématicienne et elle est adressée au président de la République. Elle m'a été transmise par son collègue Michel Broué, directeur de l'Institut Henri-Poincaré, par ailleurs président de la Société des amis de Mediapart. La voici:

 

 

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Michèle Audin est la fille de Maurice Audin (son portrait ci-contre), ce jeune et brillant mathématicien qui, militant du Parti communiste algérien, engagé dans le combat anticolonialiste, fut arrêté, torturé et assassiné par l'armée, en juin 1957. En dehors de ses tortionnaires, le dernier à le voir vivant fut Henri Alleg, son camarade de parti, arrêté et torturé lui aussi, qui réussit à survivre pour témoigner en écrivant La Question, aux Editions de Minuit.

 

 

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Le premier livre de l'historien Pierre Vidal-Naquet, dont la mémoire est évoquée ces jours-ci sur Mediapart à un autre propos qui n'est cependant pas sans rapport (c'est à lire ici), fut, chez le même éditeur, L'affaire Audin, préfacé par Laurent Schwartz. Eminente figure de l'école française de mathématiques, ce dernier présida, fin 1957, le jury de la thèse de doctorat d'État de mathématiques de Maurice Audin, sur «les équations linéaires dans un espace vectoriel», soutenue in absentia. Grâce à la mobilisation de ces personnalités, l'affaire Audin marquera un tournant dans la prise de conscience française sur la généralisation de la pratique de la torture en Algérie.

 

"S'il est partisan, c'est seulement de la vérité", écrivait Laurent Schwartz dans sa préface au livre de Pierre Vidal-Naquet. Une vérité que la famille Audin réclame toujours et que nous réclamons tous avec elle, la justice ayant conclu par un non-lieu et son corps n'ayant jamais été retrouvé. Il suffit de le vouloir: les réponses sont là, dans les archives d'Etat, civiles et militaires. Et sans doute y trouvera-t-on la trace de ce lieutenant Charbonnier, déjà identifié par l'enquête de Vidal-Naquet pour le Comité Audin comme ayant été le tortionnaire du jeune mathématicien.

 

 

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Comme l'illustre le digne geste de Michèle Audin, ceux qui entretiennent la mémoire de ce martyr des luttes anticoloniales n'ont pas voulu en faire un monument figé et inerte. Ils l'ont prouvé encore récemment en liant ce souvenir ancien au souci très immédiat d'un autre mathématicien, Ibni Oumar Mahamat Saleh (son portrait ci-contre), cet opposant tchadien disparu début 2008, après avoir été enlevé par l'armée régulière au lendemain du départ des troupes rebelles de la capitale. Sa mort en détention est désormais avérée. Les autorités françaises, forcément concernées, sinon informées, en raison de leur soutien militaire du pouvoir en place à N'Djamena, n'ont guère répondu aux questions posées par diverses ONG.

 

Pour prolonger:

- télécharger en PDF la lettre de Michèle Audin: http://www-irma.u-strasbg.fr/~maudin/President0901.pdf

- la note de Wikipédia sur Maurice Audin, plutôt bien faite

- le site de l'Association Maurice Audin
- un site consacré au sort d'Ibni Oumar Mahamat Saleh
- un billet de Michel Broué, en août dernier, sur son blog à Mediapart

- un mien billet précédent sur les légions d'honneur

 

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Les enfumades du Dahra - 18 juin 1845

Les enfumades du Dahra en documentaire

Les protocoles des massacres

Réalisateur d’une série de documentaires sous le titre générique de Témoignages pour l’histoire, Ali Fateh Ayadi a présenté, hier au siège de la télévision nationale à Alger, son dernier opus en 52 minutes, Les enfumades du Dahra. Documentaire qui devra passer sur les trois chaînes algériennes dimanche 18 février à 20h45, en version arabe et en français.

 

A travers le documentaire, on redécouvre les massacres du Dahra, œuvre du général Pélissier. Le 18 juin 1845, 1000 Algériens de la tribu de Ouled Riah, poursuivis par les colonnes françaises, subiront le sort déjà appliqué par le général Cavaignac aux tribus résistantes de Ténès. L’enfumade, « un massacre respectant un protocole précis », selon Gilles Maçeron, historien français et rédacteur en chef de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Une technique. Un mois et douze jours après, c’est le général Saint-Arnaud qui enfume ce qui reste de la tribu des Beni Sebah à Ténès, faisant selon les estimations de l’époque 500 victimes. Le documentaire est rehaussé par le témoignage de Hadja Zohra, arrière-petit-fille d’une survivante. Le lendemain du crime, Mohamed Ben Mohamed inspecte les lieux à cheval et retrouve deux survivants, deux miraculés de l’enfer : un homme, Bouhraoua et Aïcha Bent M’hamed. Le sauveur se marie avec la survivante Aïcha. De cette union naissent les grands-parents de Zohra qui récitent des poèmes populaires relatant le massacre des anciens condamnés en son temps par des consciences telles que le bonapartien maréchal Ney, qui déclare que ce n’est point comme cela qu’on mène la guerre. Le documentaire incrimine les voix apologistiques des crimes : de Tocqueville, mais aussi Jules Ferry. Pour l’auteur de Coloniser, exterminer, Olivier Le Cour Grand-Maison, les enfumades n’ont pas été décidées dans le feu de l’action, évoquant des « massacres administratifs », concept emprunté à Hannah Arendt. La dérive du discours républicain français justifiant les crimes contre les civils durant la conquête française, explique Gilles Mançeron, a subsisté dans la pensée politique française jusqu’aux indépendances. Pour sa part, l’universitaire Madjid Merdaci s’interroge « à quand un examen sérieux du passé colonial de la France ? ». Un tel examen nourrira selon lui une meilleure politique de la France vis-à-vis de ses propres citoyens, notamment ceux d’origine immigrée. « Le rôle des militants des droits de l’homme est également important », souligne dans le documentaire Gilles Mançeron, « car l’histoire a des conséquences actuelles sur les phénomènes de discrimination et de racisme qui plongent leurs racines dans le terreau du colonialisme ». Mais l’histoire a besoin de repères. « Aucune indication ne signale l’emplacement actuel de ces grottes », ajoute le réalisateur qui regrette que des noms de généraux français coupables de massacres contre les Algériens, comme Clausel ou Cavaignac, soient toujours usités pour indiquer des quartiers d’Alger. Ali Fateh Ayad prépare un autre documentaire, en co-production avec France 2, sur les massacres de mai 1945 dont le tournage sera lancé le 20 avril 2007, De Reggane à Mururoa, traitant des essais nucléaires français ainsi qu’un feuilleton en trois épisodes sur l’Emir Abdel Kader, en chantier.

 

Par Adlène Meddi

 

le maréchal Achille Leroy de Saint-Arnaud



article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie
date de publication : vendredi 28 octobre 2005


Armand Jacques Arnaud (dit Achille Leroy de Saint-Arnaud) « avait les états de service d’un chacal » (Victor Hugo).

Partant des lettres qu’il a adressées à sa famille, François Maspero a relaté sa carrière dans un livre qui n’a rien perdu de son actualité, L’honneur de Saint-Arnaud [1].

Les extraits qui sont repris ci-dessous révèlent le prix du sang qu’il a fallu faire payer pour coloniser l’Algérie.


Paris, 11 juillet 1845 : à la Chambre des Pairs, entre un débat sur l’aménagement des ports corses et un autre sur la loi relative aux chemins de fer, le prince de la Moskowa, fils du maréchal Ney, demande la parole pour une brève interpellation :

«  Messieurs, un journal qui se publie en Algérie, l’Akhbar, contient le récit d’un fait inouï dans notre histoire militaire. Un colonel français se serait rendu coupable d’un acte de cruauté inexplicable, inqualifiable, à l’égard de malheureux arabes prisonniers. Je viens demander au gouvernement français de s’expliquer sur ce fait. » Et il donne lecture de l’article : «  Il vient d’arriver dans le Dahra un de ces événements qui contristent profondément ceux qui en ont été témoins, même lorsqu’ils en ont compris l’affreuse nécessité... Le colonel Pélissier s’occupait à poursuivre les Ouled-Riah, tribu qui n’a jamais été soumise, parce que les pays qu’ils habitent renferment d’immenses cavernes ... » Suit le récit de l’enfumade des Ouled-Riah. Hommes, femmes, enfants et troupeaux se sont, à l’arrivée de la colonne française, réfugiés dans leurs grottes. On en a fait le siège et, au bout d’une journée, « à bout de patience » face au «  fanatisme sauvage de ces malheureux » qui exigeaient, pour sortir, que l’armée française s’éloigne, Pélissier a fait mettre le feu à des fascines disposées aux accès. Le matin, tout est consommé. Cinq cents victimes, dit le rapport officiel. Aux environs de mille, témoignera un officier espagnol présent. Péroraison de l’orateur : «  Il est de l’honneur de l’armée comme il est de la dignité du Gouvernement que de pareils faits soient démentis ou désavoués hautement. »

Le ministre de la Guerre et président nominal du Conseil, le vieux Soult, affecte d’être pris de court : «  Les rapports qui sont parvenus au Ministère sont tellement contradictoires que j’ai dû m’empresser de demander de nouveaux renseignements... Mais pour le fait lui-même, le Gouvernement désapprouve hautement ! (Très bien ! Très bien ! Une voix : - S’il a eu lieu !) »

Il ne s’en tire pas à si bon compte. Montalembert, catholique au coeur sensible, intervient à son tour : «  Je vous demande, Messieurs, de réfléchir à l’effet qu’une pareille nouvelle va produire en Angleterre, hors de France, et je vous demande s’il ne doit pas y avoir un sentiment unanime d’horreur... » Soult lâche encore du lest : «  Si l’expression de désapprobation que j’ai employée au sujet du fait dont il est question est insuffisante, j’ajoute que je le déplore. »

L’incident est clos. Provisoirement. Ça fait quand même du bruit dans le pays. Et aussi dans l’armée d’Afrique : celle-ci ressent cette agression de la métropole comme un coup de poignard dans le dos, et quelques jours plus tard Soult doit faire machine arrière : «  J’ai dit que je désapprouvais et déplorais. Ces expressions se rapportent au fait en lui-même car toutes les fois qu’il s’agit d’un accident, d’un malheur, le sentiment naturel porte tout le monde à le déplorer et à gémir. Mais je veux être plus explicite. Cette affaire à laquelle s’est trouvé un des plus honorables militaires de l’armée d’Afrique, le colonel Pélissier, dont je ferai constamment l’éloge, l’a mis dans une situation fort pénible et embarrassante... Messieurs, je suis aussi patient qu’un autre, mais si j’avais été dans la situation où s’est trouvé le colonel Pélissier j’aurais peut-être fait aussi un exemple très sévère... Nous avons trop souvent le tort, nous autres Français, d’exagérer les faits sans tenir compte des circonstances... En Europe, un pareil fait serait affreux, détestable. En Afrique, c’est la guerre elle-même. Comment voulez-vous qu’on la fasse ?... Je crois qu’on ferait beaucoup mieux de s’abstenir de toutes les réflexions qui peuvent produire un très mauvais effet. »

Cette fois, l’incident est définitivement clos. On pourra jaser en Angleterre ou ailleurs : Pélissier finira maréchal de France. [ ... ]

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Pélissier

Pauvre Pélissier, un si brave homme, un peu bourru, un peu «  bouledogue » même, mais si humain... Ses contemporains ne tarissent pas d’anecdotes : oui, il était soupe au lait - n’a-t-il pas, dans un restaurant, envoyé une omelette à la figure d’un serveur maladroit ? -, mais il adorait les mots d’enfants... Cette malheureuse affaire, cet «  accident », pour reprendre le terme de Soult, va lui coller à la peau jusqu’à son dernier jour, et il ne cessera de se justifier, d’écrire notes, mémoires et éclaircissements. Tout cela, c’est la faute aux Ouled-Riah eux-mêmes, à leur entêtement. Il a vraiment tout essayé : «  Je suis humain, mais je ne sais ce que j’aurais pu faire au-delà de ce que j’ai fait pour épargner à ces malheureux l’impasse infernale où ils sont tombés et très en dehors de ma volonté. » Absurde, leur terreur des représailles, d’être emprisonnés dans la «  Tour des cigognes », célèbre prison de Mostaganem. Extravagante, leur exigence que l’armée recule pour les laisser sortir. D’ailleurs, il ne voulait que leur faire peur : ce sont leurs métiers à tisser entassés aux issues qui, prenant feu, ont produit l’épaisse fumée qui les a intoxiqués. (Mais, témoigne le sergent du génie Moret, «  les soldats qui avaient essuyé des coups de feu mettaient de la rage à porter du bois ».) Et puis, ces sauvages n’ont-ils pas préféré massacrer eux-mêmes leurs femmes et leurs enfants qui tentaient de sortir ? [...] Non, il ne conteste pas le regrettable résultat de l’opération, puisque c’est lui-même qui, dans son rapport à Bugeaud, tombé dans des mains malveillantes, parle de «  hideux spectacle ». («  Rien ne pourrait donner idée, relate de son côté l’officier espagnol qui l’accompagnait, de l’horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus, dans des positions qui indiquaient les convulsions qu’ils avaient dû éprouver avant d’expirer... le sang leur sortait par la bouche. »)

D’ailleurs, la preuve de son souci d’humanité, c’est qu’en découvrant ledit spectacle, il a fait porter secours aux survivants. [...]Ce rapport donne également le chiffre des pertes françaises : pas de morts, cinq blessés dont aucun n’est en danger, et vingt-cinq malades de diarrhée.) Non, non, s’acharnera encore Pélissier dans ses vieux jours avec, dit un témoin, «  un sentiment de vive émotion et les larmes aux yeux » : «  Répétez surtout que je n’ai jamais voulu la mort des tribus rebelles. » Mais son cri du coeur, c’est celui qu’il a lancé dans l’un de ses nombreux plaidoyers : «  La peau d’un de mes tambours avait plus de prix que la peau de tous ces misérables. » L’« affaire du Dahra » demeure dans les annales de la conquête comme une sorte de bavure (regrettable, selon le terme consacré). Elle n’est pourtant pas isolée. On connaît officiellement au moins quatre tueries similaires opérées dans la région par des commandants de colonnes à la même époque [2].

A tout seigneur tout honneur, commençons par notre ami Saint-Arnaud. Celui-ci a reçu Pélissier dans sa circonscription, il a d’autant mieux suivi l’affaire qu’ils se sont concertés, et qu’il a été le premier à en avoir communication écrite. Il a commencé par se taire, prudemment, mais la réaction métropolitaine l’a fait sortir de ses gonds. Le 27 juin 1845, il écrit à son frère Adolphe :

«  Le colonel Pélissier et moi, nous étions chargés de soumettre le Dahra, et le Dahra est soumis. Pélissier est plus ancien que moi et colonel d’état-major, j’ai agi avec lui avec déférence. Je lui ai laissé la belle part... Il a dû agir avec rigueur. J’aurais été à sa place, j’aurais fait de même. » [...] Faire de même ? Il n’aura pas longtemps à attendre. Le 15 août, il envoie à Adolphe le récit de sa propre «  enfumade » des Sbéahs, en lui demandant de le garder pour lui. Le voici, tel qu’il a été publié par la famille :

«  Cher frère, je voulais te faire un long récit de mon expédition, mais le temps me manque. Je viens d’écrire huit pages au maréchal. La fatigue et la chaleur m’accablent, j’ai passé hier vingt-quatre heures à cheval. Je t’envoie seulement une espèce de journal sommaire de mes opérations. Tu sais que j’avais dirigé mes trois colonnes, de manière à surprendre le chérif, le 8, par un mouvement combiné. J’ai rejeté Bou Maza sur les colonnes de Ténès et de Mostaganem qui l’ont tenu entre elles et l’ont poursuivi. Il a fini par s’échapper en passant entre Claparède, Canrobert, Fleury et le lieutenant-colonel Berthier. On m’a rapporté trente quatre têtes, mais c’est la sienne que je voulais.

«  Le même jour, je poussais une reconnaissance sur les grottes ou plutôt cavernes, deux cents mètres de développement, cinq entrées. Nous sommes reçus à coups de fusil, et j’ai été si surpris que j’ai salué respectueusement quelques balles, ce qui n’est pas mon habitude. Le soir même, investissement par le 53e sous le feu ennemi, un seul homme blessé, mesures bien prises. Le 9, commencement des travaux de siège, blocus, mines, pétards, sommations, instances, prières de sortir et de se rendre. Réponse : injures, blasphèmes, coups de fusil... feu allumé. 10, 11, même répétition. Un Arabe sort le 11, engage ses compatriotes à sortir ; ils refusent. Le 12, onze Arabes sortent, les autres tirent des coups de fusil. Alors je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne... que moi ne sait qu’il y a là-dessous cinq cents brigands qui n’égorgeront plus les Français. Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal, simplement, sans poésie terrible ni images.

«  Frère, personne n’est bon par goût ou par nature comme moi. Du 8 au 12, j’ai été malade, mais ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir de chef, et demain je recommencerais. Mais j’ai pris l’Afrique en dégoût. » Un mois plus tard, dégoût ou pas, il sera toujours à l’oeuvre : «  Je n’ai pas encore tout à fait fini avec les Sbéahs, mais cela avance... A la fin de l’expédition, j’aurai tué ou pris plus de deux mille Sbéahs. La tribu entière compte de dix à douze mille âmes. Et peut-être ne seront-ils pas corrigés ? » [...]

[En bref, quelques dates dans la fin de carrière de Saint-Arnaud :

- 1847 : Saint-Arnaud est promu général.
- 1848 : « le sentiment qui domine chez moi, c’est la haine des révolutions ».
- Octobre 1851 : le futur Napoléon III le nomme ministre de la Guerre.
- Saint-Arnaud mène de main de maître le coup d’Etat du 2 décembre 1851.
- En 1852, consécration suprême, il est nommé maréchal de France.
- 1854 : Saint-Arnaud obtient le commandement de l’expédition de Crimée.
- Il remporte la victoire de l’Alma, le 20 septembre 1854.
- Ayant contracté le choléra, il se voit contraint de remettre son commandement le 26.
- 29 septembre 1854 : mort du Maréchal de Saint-Arnaud.]

Dès sa mort, en 1854, au lendemain de la bataille de l’Alma, le frère et la veuve du maréchal avaient eu l’idée de magnifier son souvenir par la publication de ses lettres. Il fallait, écrit Adolphe de Saint-Arnaud dans son introduction, mieux faire connaître l’exemple de cet homme d’action au «  patriotisme éclairé et sincère qui ne savait comprendre ni la société sans ordre, ni la France sans grandeur ». Sainte-Beuve consacra à cette correspondance une «  Causerie du lundi » tellement enthousiaste qu’elle figura en préface à la seconde édition du livre. Sainte-Beuve faisait du maréchal «  la définition vivante de ce qu’est un brillant officier français de notre âge », l’exemple idéal à offrir à la jeunesse française :

«  Après avoir tout vu dans la vie, en savoir tous les courants et tous les écueils, s’y être brisé, puis s’en être relevé, connaître les hommes par les passions et savoir s’en servir, avoir appris à ses dépens à toucher en eux les cordes qui résistent et celles qui répondent, avoir conservé au milieu de toutes ses traverses, et jusque dans les désastres où l’on est tombé par sa faute, son sang-froid, sa gaieté, son entrain, les ressources de son esprit, sa bonne mine, son courage, son espérance surtout, et cette moralité essentielle de l’homme ; quelle préparation meilleure, quand le ressort général n’a point fléchi, quand le principe d’honneur a gardé toute sa sensibilité, pour cette improvisation perpétuelle qu’est la guerre et qui, dès qu’on arrive au commandement, est bien autre chose que ce qu’elle paraît de loin ; car on ne l’a définie qu’en gros quand on a dit qu’elle est l’art de tuer et la facilité à mourir... »[...]

Sainte-Beuve disait de Saint-Arnaud : «  Militaire français s’il en fut, esprit français, saillie française... » Ombres et lumières : il apparaît, dans notre histoire et au gré des historiens, comme tout cela à la fois, gentilhomme et bourreau, chrétien et cynique, loyal et corrompu. Et toujours : français. Car cet homme est de chez nous. Cet homme est à nous.

Ce qu’il y a de fascinant, dans sa correspondance, ce n’est pas tellement qu’il y raconte avec autant de naturel que de clarté et d’élégance toute une série d’actions qui peuvent difficilement être présentées comme des faits d’armes - cette interminable répétition de pays dévastés, de villages brûlés, de populations massacrées sans distinction d’âge et de sexe. Il avait bien le droit de raconter sa vie à sa famille. Là où ça devient formidable, c’est quand on voit cette famille décider que le plus bel hommage à rendre au cher disparu est de publier ses lettres et que, tout en en supprimant ou amputant, bien légitimement, un certain nombre, elle choisit délibérément de conserver l’essentiel de ces lettres-là. Il n’y a dans ce geste aucune hésitation, aucun doute : ces massacres font partie de la gloire militaire du maréchal. La famille a été jusqu’à conserver la lettre où il écrivait lui-même qu’il ne ferait pas la bêtise de rédiger un rapport officiel sur les enfumades. Pourquoi être gêné ? Rien que d’honorable, dans tout cela. Le maréchal lui-même a été, en son temps, le premier à l’affirmer : «  La place était honorable, et je suis fier d’y avoir été. »

François Maspero

Notes

[1] François Maspero, L’honneur de Saint-Arnaud, éd. Plon, 1993. Réédition Points/Seuil, 1995.

[2] Après Pélissier et Saint-Arnaud, Cavaignac et Canrobert.

 

 

 

le colonialisme n’est pas une histoire anecdotique de coup d’éventail



article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie
date de publication : dimanche 30 avril 2006


Un entretien avec Ahmed Akkache, ancien secrétaire du parti communiste algérien, publié dans El Watan le 30 avril 2006 [1].

Ce petit fils de paysan, fils d’Alger, est entré en politique, presque naturellement, parce qu’il considérait dans les années 1940 qu’il était de son devoir de le faire, parce que l’Algérie avait besoin de tous ses enfants. « J’ai eu la chance, au collège, vers l’âge de 15 ans de trouver des livres qui parlaient de révolution et de socialisme. »


  • Pouvez-vous nous dresser le portrait-robot d’un jeune Algérien des années 1940 et brosser les grands traits de sa condition sociale ?

Le jeune Algérien des années 1940 n’avait ni passé ni avenir. Il survivait d’une façon misérable dans les campagnes, dont les terres, les meilleures avaient été prises par la colonisation.

- Son niveau scolaire : néant (3 % seulement des enfants pouvaient trouver place dans les rares « écoles indigène » existantes)
- Sa profession : néant (le chômage était général)
- Sa nationalité : aucune (il était simplement indigène)

Le jeune Algérien avait faim. La Seconde Guerre mondiale (qui était en cours et à laquelle certains de ses parents participaient) avait interrompu les relations commerciales entre l’Algérie et la France. Or la colonisation avait abandonné depuis longtemps les cultures vivrières, nécessaires à la population mais peu rentables, pour les remplacer par des cultures d’exportation (vignobles, agrumes...). L’Algérie croulait sous des millions d’hectolitres de vin, dont elle n’avait pas besoin, mais manquait totalement de farine, de sucre, de savon. Le jeune ne pouvait manger qu’un peu de pain d’orge, qui était rationné. Des régions entières étaient frappées par la famine et des épidémies comme le typhus .

Pour vivre, le jeune Algérien n’avait pas d’autre choix que ramasser la « talghouda », garder des chèvres dans les campagnes ou cirer les souliers des colons européens dans les villes. C’est dans ces conditions qu’est intervenu le débarquement des armées anglo-américaines en novembre 1942. Brusquement, le jeune Algérien voyait surgir des hommes qui semblaient venir d’un autre monde.

Quelque temps après, le général De Gaulle s’installait à son tour à Alger, avec un Comité national de libération de la « France combattante ». Les avions allemands bombardaient la région, des combats se déroulaient en Tunisie. C’était encore la guerre. Mais en mai 1945, le nazisme capitulait. Une époque nouvelle commençait...

  • Jusqu’à cette époque, le mouvement national bégayait encore. Les différentes tendances se précisent, le discours idéologique s’affine, les positions politiques se radicalisent. Pouvez-vous nous parler de l’Algérie de cette période ?

C’était une époque de grands bouleversements et de remise en cause, nous voulions en tirer profit pour nous libérer nous-mêmes. L’image de supériorité et de puissance des grands Etats impérialistes se détériorait.

Déjà la Première Guerre mondiale, marquée notamment par la victoire de la Révolution socialiste d’octobre, en Russie et dans ce qui deviendra l’Union soviétique, avait éveillé et stimulé les peuples coloniaux. En Algérie, par exemple, les activités politiques prenaient le relais de la lutte armée qui avait duré près d’un siècle, mais qui tendait à devenir individuelle et localisée.

Le retour au pays de l’Emir Khaled, petit fils de l’Emir Abdelkader, donna le signal à la création du mouvement des jeunes Algériens, puis à la Fédération des élus indigènes. L’Etoile nord africaine naquit à Paris en 1926, l’association des Ouléma en 1931, le Parti communiste algérien en 1936, le PPA en 1937, les Amis du Manifeste en 1944. Les syndicats CGT avaient commencé à se manifester beaucoup plus tôt.

Il y avait eu, avant même la Seconde Guerre mondiale, de grandes luttes populaires, des grèves, des meetings, des manifestations souvent unitaires comme le Congrès musulman (Ouléma, communistes, Fédération des élus et indépendants) contre la répression et pour le respect des libertés démocratiques.

Il existait donc des traditions importantes de luttes légales qu’il fallait poursuivre et développer, pour les faire émerger à un niveau national.

On pouvait désormais demander l’application des promesses concernant le droit des peuples à disposer deux-mêmes. De grands pays d’Asie accédaient à l’indépendance. Les révolutions socialistes s’étendaient à de nouvelles contrées.

Seul l’impérialisme français, incapable de comprendre la nécessité du changement, s’accrochait férocement à ses « possessions d’outre-mer » : massacres en Algérie (1945) et à Madagascar (1947), répression sanglante en Tunisie et au Maroc, guerre au Viêtnam... mais les peuples n’avaient plus peur et s’organisaient massivement dans les partis politiques, les syndicats et les associations, pour exiger leurs droits.

  • Qu’est-ce qui, dans tout ce foisonnement, a guidé vos choix politiques et vous a incité à aller dans un camp plutôt que dans un autre ?

Les jeunes de ma génération cherchaient avidement à comprendre la société et ses problèmes. Ils se posaient des questions : pourquoi la colonisation ? Pourquoi l’humiliation et la misère ? Pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? Comment faire pour être libres et vivre mieux ?

Les pays arabes ne nous offraient aucun modèle positif. C’était partout des monarchies et des féodalités, le luxe insolent d’une minorité et l’arbitraire à l’égard des peuples. Ce n’était pas du tout ce dont nous rêvions dans le petit groupe de jeunes nationalistes dont je faisais partie. Personnellement, j’ai eu la chance au collège, vers l’âge de 15 ans, de trouver des livres qui parlaient de révolution et de socialisme. J’ai passé des nuits entières à les lire et à les relire. Brusquement, je comprenais que la colonisation n’était pas une fatalité, mais le résultat d’un système d’exploitation de l’homme par l’homme, qu’on pouvait donc combattre.

Le colonialisme, ce n’est pas une question de morale ou de région ni une histoire anecdotique de coup d’éventail, mais un instrument de pillage des ressources d’un pays par les sociétés capitalistes d’un autre pays. C’est un problème de conquête du marché national pour y vendre les produits industriels fabriqués à l’étranger, pour tirer le maximum de profits de la terre et des hommes. J’apprenais ainsi que l’Union des mines (Ouenza et Kouif), la banque Lazard, le groupe Rotschild et son représentant en Algérie René Mayer, les « 100 seigneurs » de la colonisation, Borgeaud, Schneider, Blachette et autres étaient les véritables maîtres du pays. Et les causes essentielles de notre misère et de notre dénuement. A partir de ce moment, les idées nationalistes me semblèrent insuffisantes.

L’indépendance politique, c’est-à-dire le remplacement des dirigeants français par des Algériens, ne pouvait avoir son véritable sens que par des transformations de la société et du système dirigeant lui-même. C’est pourquoi l’idéal proposé dans mes lectures, celui d’une société juste et solidaire, fondée sur la propriété collective des moyens de production, m’a séduit. J’en ai parlé à mes amis. Certains d’entre eux éprouvaient la même inquiétude à l’idée d’une indépendance qui aboutirait au pouvoir d’un monarque, d’une bourgeoisie ou d’une bureaucratie d’Etat. Nous rêvions d’une indépendance qui libérerait réellement la population, qui donnerait les terres aux paysans et une vie meilleure aux ouvriers. Nous rêvions confusément à un système social démocratique et juste, au service des plus démunis et des plus malheureux. C’est alors que nous avons décidé de créer la première cellule de la jeunesse communiste dans notre quartier. C’était en 1944. De nombreux jeunes Algériens y ont adhéré. Il y avait parmi eux deux jeunes Européens. L’un s’appelait Henri Maillot et l’autre Fernand Yveton.

  • Vu d’ici, aujourd’hui, nous avons l’impression que les quatre grandes formations nationales des années 1940 se complétaient bien plus qu’elles ne s’opposaient. Qu’en était-il réellement ?

Les quatre formations nationales s’adressaient à des couches différentes de la population et pouvaient ainsi se compléter, mais aussi s’opposer. Il y avait par exemple au début une certaine concurrence entre PPA et PCA, nés tous les deux dans les milieux des travailleurs algériens émigrés et s’adressant tous les deux à des milieux ouvriers et populaires. Quand le PPA s’est transformé en MTLD et qu’il s’est élargi à des militants favorables à une activité politique légale, les relations se sont améliorées. Il s’est même développé une certaine coopération dans les comités de lutte contre la répression, pour les libertés démocratiques pour l’amnistie aux condamnés à mort du 8 mai et la libération des détenus, dans les grèves, les comités de chômeurs, les syndicats de petits paysans...

Les relations étaient moins tendues avec l’UDMA, qui s’appuyait sur des agriculteurs aisés dans les campagnes et des membres des professions libérales dans les villes, ouverts à une vision moderne de la société et favorables à des réformes progressives. Il y avait entre nous un dénominateur commun : la lutte contre le colonialisme. Mais chacun avait sa façon de la mener.

Les alliances locales se diversifiaient. Aux élections municipales par exemple, le MTLD a accepté une liste commune à Oran avec le PCA, mais il a préféré se présenter seul à Alger. Par contre PCA et UDMA ont présenté une liste commune à Constantine.

La répression colonialiste contribuait évidemment à nous rapprocher les uns des autres pour mieux nous défendre. Et la lutte commune faisait reculer les tendances conservatrices et les visions moyenâgeuses. L’action des ouléma s’opposait au maraboutisme et au charlatanisme encouragés par l’administration française.

  • Qu’est-ce qui a empêché le PCA d’intégrer les AML ?

On ne lui a pas demandé sa participation. Les dirigeants nationalistes espéraient sans doute en 1944 obtenir le soutien des Américains à la cause de l’Algérie. Et ils ne voulaient pas les indisposer en s’alliant aux communistes.

Faux calcul, car les Etats-Unis, nouvelle puissance impériale, préféraient s’appuyer sur les ex-grandes puissances européennes (Angleterre, France). Les AML ont d’ailleurs volé en éclats en moins d’un an sous l’effet de leurs contradictions internes.

  • Après la terrible tragédie du 8 mai 45, le PCF et l’Humanité ont été très durs avec les nationalistes du PPA qu’ils ont traités « d’agents dans un complot fasciste ». Qu’en pensez-vous ?

Nos camarades français se sont trompés. Et ils l’ont d’ailleurs reconnu par la suite. Ne connaissant pas bien les réalités algériennes (la plupart d’entre eux venaient de sortir des camps de concentration), ils ont réagi avec précipitation aux événements. Pour eux - comme d’ailleurs pour les autres peuples - le 8 mai 1945 représentait la victoire sur le fascisme et la fin du terrible cauchemar de la guerre mondiale. Ils ne comprenaient pas que les Algériens puissent être à la fois heureux de la victoire, à laquelle des milliers des leurs avaient d’ailleurs participé, et profiter de cette occasion pour rappeler leurs propres aspirations nationales.

Il est vrai que dans le PPA de l’époque, il y avait certains admirateurs de Hitler et du nazisme. Mais la tragédie du 8 mai est le résultat d’une provocation de l’administration française composée en majorité de représentants des colons et de collaborateurs des Allemands pour tenter d’étouffer dans le sang le mouvement algérien de libération qui commençait à prendre son essor. Le préfet Lestrade Carbonel et le sous-préfet Achiary avaient formé de véritables milices pour la « chasse aux Arabes ».

Les manifestations populaires de Sétif et de Guelma ont été immédiatement présentées par la presse colonialiste comme une « insurrection nationaliste ». Des photos d’Européens tués étaient publiées pour appeler à la répression. Mais très vite, le complot fasciste fut éventé. L’un des premiers à le dénoncer fut le postier communiste Denier, secrétaire de la section de Sétif, qui avait eu les deux mains coupées à la hache par des provocateurs. Les communistes français ont alors rectifié leur attitude, dénoncé les massacres et exigé la libération des Algériens emprisonnés en intervenant y compris à l’Assemblée nationale et au gouvernement, auxquels ils participaient.

  • Quand le secrétaire du PCA, Caballero, déclarait au congrès du PCF (28 juin 1945) que « le peuple algérien ne veut pas se séparer de la France » et qu’il traite ceux qui « réclament l’indépendance d’agents conscients ou inconscients d’un autre impérialisme », traduisait-il réellement le sentiment de tous les militants du PCA ?

Pas du tout. Cette déclaration ne traduisait que le point de vue d’un certain nombre de dirigeants, qui ont d’ailleurs reconnu leur erreur par la suite et fait leur autocritique.

Paul Caballero était un vieux militant, qui a été parmi les premiers à saluer l’idée d’indépendance de l’Algérie. Il a été condamné à mort en 1940 par les tribunaux français. J’ai passé plusieurs mois avec lui dans une cellule de Serkadji, et il m’a expliqué honnêtement que sa déclaration contre le « séparatisme » ne concernait pas les nationalistes algériens, mais les colons français fascistes, qui étaient alors effrayés par la constitution à Paris d’un gouvernement de gauche et qui, après avoir crié « plutôt Hitler que le Front populaire » menaçaient leur propre pays de représailles. Ce qu’ils ont d’ailleurs fait quelques années plus tard pendant la guerre de libération, lors du 13 mai 1958 et en 1960 avec la mutinerie des généraux OAS.

Caballero pensait, comme beaucoup de militants, qu’il valait mieux rester solidaires des forces démocratiques françaises - qui sympathisaient malgré tout à notre cause - plutôt que de subir la dictature des « ultras » colonialistes en Algérie.

  • La théorie de « l’Algérie nation en formation » défendue par le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez (1939), n’a-t-elle pas été à l’origine de l’affaiblissement de la position des communistes algériens, jusqu’à 1954 ?

Quand elle a été énoncée cette formule de « nation en formation » a d’abord paru séduisante. Par rapport aux thèses de la colonisation, qui niaient à notre pays tout caractère national, c’était même un progrès. L’idée d’une Algérie plurielle, riche de la diversité de tous ses habitants, sans distinction de race ou de religion, ne pouvait que nous satisfaire. Elle présentait en tout cas une solution possible à la coexistence d’une communauté autochtone de 7 millions de personnes et d’une communauté européenne d’un million.

Mais nous nous sommes aperçus par la suite que cette idée pouvait devenir un frein, car elle conditionnait l’émergence de la nation à l’intégration préalable des Européens, ce qui ne pouvait être le résultat que d’un long processus historique. Au demeurant, ces Européens étaient-ils disposés à devenir Algériens ? La colonisation française avait tout fait pour créer dans le pays un double collège : celui des Français, qui disposaient de tous les avantages, et « les autres ». Les juifs algériens, très nombreux dans les villes de Constantine, d’Alger, de Tlemcen, qui parlaient en arabe et qui vivaient en parfaite harmonie avec les autres habitants du pays, furent transformés par le décret Crémieux en citoyens français. Tous les Européens qui arrivaient en Algérie (de France, d’Italie, d’Espagne, de Malte...) obtenaient des terres, des emplois, des maisons.

Ils bénéficiaient rapidement de la nationalité française et avaient le droit d’élire des représentants dans les assemblées délibérantes, à raison des 4/5 des membres (contre 1/5 seulement pour les Algériens, pourtant 8 fois plus nombreux). Ces Européens étaient ainsi intégrés à la caste coloniale dominante, dont ils partageaient en partie les intérêts. Comment les amener à accepter l’indépendance de l’Algérie ? Défi énorme que le PCA a pourtant essayé de relever. Mais comment les rassurer sinon en édulcorant ses positions nationales ?

Ce qui aboutissait à mécontenter les jeunes militants algériens désireux d’impulser la lutte pour la libération. Créé à l’origine par des militants français, mais devenu par la suite indépendant, le parti restait néanmoins prisonnier de ses choix politiques. Bien qu’ayant fortement « algérianisé » sa composition, et amélioré son audience, il continuait à subir des contradictions paralysantes qui ont amené la direction clandestine du parti, en pleine guerre de libération à remettre en cause l’idée de « nation en formation ».

Ce qui n’enlevait rien à l’immense mérite d’une petite minorité de militants européens, profondément attachés à l’Algérie, et qui ont choisi d’y vivre et d’en prendre la nationalité.

  • Pour abréger la situation, on admet généralement que les nationalistes avaient un objectif (l’indépendance) mais pas de programme. En revanche, le PCA avait un programme, mais quel était son objectif ?

L’objectif fondamental des communistes était évidemment l’instauration du socialisme. Mais cet objectif ne peut se réaliser que par étapes tenant compte des conditions particulières de chaque pays. En Algérie, pays colonial, notre objectif premier était la réalisation d’une « République démocratique et sociale ayant sa constitution, son parlement et son gouvernement », c’est-à-dire l’indépendance.

Pour y parvenir, le PCA préconisait depuis 1946 l’union de toutes les forces anticolonialistes dans un Front national démocratique. « La libération de l’Algérie, disait-il, ne sera l’œuvre ni d’un homme ni d’un parti pris isolément mais celle de tous les Algériens unis contre le colonialisme. »

Cette nécessité impérieuse de l’Union a été le fil conducteur de l’action du parti durant toute cette période. Un résultat important a été obtenu en 1951 avec la création du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADREL) rassemblant les trois grands partis nationaux, les oulémas, les syndicats et des personnalités indépendantes. Le gouverneur général de l’époque, Roger Léonard, avouait son inquiétude dans un rapport au gouvernement français en écrivant : « Ce front représente le mouvement le plus important qu’on ait jamais vu en Algérie. »

Malheureusement, cette réalisation historique, qui aurait pu accélérer la libération du pays, a été gâchée par les éternelles divisions et les querelles internes. Après avoir créé d’importants comités dans toutes les régions du pays et engagé de nombreuses actions unitaires, le front s’est disloqué en 1953. Mais il avait tout de même contribué à réduire les vieilles méfiances partisanes et à rapprocher les points de vue.

Ainsi le mot d’ordre de République démocratique et sociale était repris par l’UDMA. Le MTLD lui-même définissait à son congrès de 1953 les grandes lignes d’un programme, comportant « la nationalisation des grands moyens de production, la répartition équitable du revenu national, le respect des libertés syndicales », etc. De son côté, le PCA a intégré à son programme les principales revendications des oulémas : reconnaissance officielle de la langue arabe et liberté du culte musulman.

Boukhalfa Amazit

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29/08/2009

Veterans - The French in Algeria

 

21:35 | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/07/2009

C'est curieux chez les vieux militaires xénophobes, ce besoin de faire des phrases !

"Bruno" vient de se lâcher, encore une fois... Bruno, c'est Bigeard..."Le" Bigeard de l'Indo, de l'Algérie...20 années de défaites militaires française...forcément ça marque un homme...

 

Il vient "d'écrire" encore un livre et il se lache...

 

"Adieu ma France des trafics en tous genres, du chômage, de l’islamisme, de la polygamie, du laxisme, de la permissivité, de la famille décomposée..."

 

Donc ne cherchez plus, si c'est le bordel, la crise,ce n'est pas à cause de Madoff.... c'est à cause des felouzes musulmans, des branlecouilles de feignasses de gauche,des divorcéEs,des fornicateTRICEurs et j'en passe...

 

Drôle de remerciement à des gens qui ont donnés leurs vies en 39-45 pour la France et en Algérie...Bigeard oublie les fils de harki et les "musulman et français"...le commando "Georges"... créé, sous les ordres du lieutenant Drillot, formé de rebelles ralliés et de musulmans. Le commando COBRA composé de 200 hommes (volontaires du secteur, pieds noirs et musulmans) sous les ordres du lieutenant GAGET.

 

 

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Vive la France...

18:15 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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