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13/09/2010

La police s'humanise... elle change de munitions

Jugées "trop dangereuses", la police change de munitions

Les balles traversaient leurs cibles, au risque d’atteindre des passants. 48 millions de cartouches ont été commandées, pour près de six millions d’euros, cinq ans seulement après le dernier marché public.

23 novembre 2006, aux abords du Parc des Princes. Un supporteur du Hapoël Tel Aviv est pris à partie par des fans du PSG. Les insultes antisémites fusent, on craint un lynchage, jusqu’à ce qu’un policier intervienne et tire. Bilan : un blessé grave, atteint au poumon, et un autre, mortellement touché au cœur, par la même balle. Juillet 2008, Paris, XIe arrondissement. Deux policiers se blessent avec leurs propres armes en interpellant un homme qui brandit un couteau. Les balles ont ricoché. Ces deux épisodes dramatiques – parmi d’autres – ont poussé le ministère de l’Intérieur à changer les munitions qui accompagnent la nouvelle arme de la police nationale depuis 2003, le Sig Sauer. En cause, « des balles blindées très perforantes, trop », dit un fonctionnaire. L’énorme opération de remplacement (deux chargeurs de trente coups par fonctionnaire) commencé au printemps s’achève ces jours-ci. Dans une certaine urgence qu’ont déplorée les policiers.

Victimes collatérales

Le budget est conséquent. Attribué en mai 2009, le nouveau marché porte sur 5,8 millions d’euros. Il a été remporté par l’américain Alliant Techsystems [Alliant Techsystems (ATK)] et une filiale française du groupe Beretta (HUMBERT CTTS - distributeur exclusif des armes Beretta). Ils fabriqueront jusqu’à 48 millions de cartouches « Speer Gold Dot haute performance » pour l’ensemble des 250.000 policiers, gendarmes, douaniers et surveillants de prison. Des balles plus chères, mais « optimisées », pour, d’une part, « neutraliser » des personnes armées dans le cadre d’une fusillade et, d’autre part, éviter les victimes collatérales. Contrairement aux blindées, cette balle à pointe creuse, dite « expansive », se déforme en rencontrant un obstacle et sa vitesse est freinée.

Des balles pour la guerre

L’ancienne munition, commandée en 2005, aurait été choisie en dépit du bon sens. « Elle n’était pas du tout adaptée à l’usage police, commente un syndicaliste. Elle était destinée à un usage de guerre, pour blesser. Parce que, sur un champ de bataille, un blessé mobilise trois personnes. Dans la police, nous nous retrouvons dans des situations avec des mecs en face de nous qui prennent quatre à cinq balles et continuent de tirer. Aux Etats-Unis, ça fait trente ans qu’ils utilisent des balles expansives. C’est comme sur le plan routier. En France, on aménage un carrefour quand il a fait vingt morts. C’est un peu la même logique. »

Le marché du Sig Sauer, en remplacement du vieux revolver Manurhin, avait porté sur 260.000 pistolets et 90 millions d’euros, « la plus grosse commande d’armes de service d’après-guerre », s’était réjoui Sauer und Sohn, le fabricant allemand. Le marché des munitions, lancé en 2004, portait alors sur un minimum de 20 millions de cartouches, pour 2,2 millions d’euros. « Quand on change autant d’armes, on réfléchit tout de même un peu aux munitions qui vont avec », s’indigne un autre policier, basé dans le sud de la France. Des essais avaient pourtant eu lieu, avec des centaines de milliers de cartouches tirées. C’était pour tester les revolvers, pas les munitions. Pourtant, les gendarmes, qui ont reçu la même arme en dotation, ont fait un autre choix. Dès le début, ils avaient opté pour des balles avec une ogive plastique [la MEN QD-1 fabriquée chez RUAG Thun - Projectile de 5.9gr donnée à 420m/s ou 520 joules. Le projectile est en alliage cuivre. ], qui limite leur pouvoir de pénétration.


Le Flash-Ball, solution alternative ?

Un policier renvoyé en correctionnelle, un autre mis en examen et deux jeunes gens qui ont perdu partiellement ou totalement l’usage d’un œil. L’utilisation du Flash-Ball n’est pas sans risque, malgré les assurances faites lors de son introduction il y a maintenant plus de dix ans. Ces armes sont non létales et correspondent, selon le fabricant, à un coup de poing asséné par un boxeur professionnel. Elles ne tuent pas mais peuvent faire des dégâts, surtout si elles sont mal utilisées, comme à Montreuil (Seine-Saint-Denis), quand un manifestant de 34 ans en a reçu une en plein visage par un policier qui n’était pas en état de légitime défense. Idem à Toulouse en 2009, quand un étudiant en sociologie a été grièvement blessé à l’œil. Il s’agissait alors de la première génération de Flash-Ball. Depuis, le « LBD 40 », c’est-à-dire un lanceur de balles de défense de 40 mm, a été généralisé. Beaucoup plus précise, l’arme a passé la portée de tir de moins de 10 mètres à plus de 30 mètres. Alors qu’il était en phase de test, à Nantes en 2007, un lycéen de 17 ans a reçu un projectile en pleine tête. Et a perdu lui aussi la vue d’un œil. Le mois dernier, le policier qui tirait a été renvoyé en correctionnelle.


piqué au tas sur www.francesoir.fr - 13/09/2010

 

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