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04/06/2009

La terreur des opprimés – Un examen comparatiste des réponses au terrorisme


Jeffrey S. murer Swarthmore College Dpt of Political Science Trotter Hall 319 500 College Ave. Swarthmore PA 19081
Depuis les attentats meurtriers contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, la lutte contre le terrorisme a pris le devant de la scène de ce qui structure les relations internationales. Le terrorisme n’a pourtant pas de définition unique; de même, il ne se produit pas dans un seul contexte. Ses facettes multiples invitent à le comprendre dans un contexte subjectif, une situation dans laquelle les contingences historiques se mêlent à des réactions émotionnelles, que l’État et l’action des médias façonnent. Martha Crenshaw nous le rappelle : « le contexte du terrorisme ne consiste pas… en facteurs historiques objectifs » (2000 : 7). Une grande part de la tâche qu’impose la compréhension du terrorisme exige plutôt une lecture des conditions subjectives et symboliques qui constituent les contextes de ces formes spécifiques de violence politique. De plus, ces contextes diffèrent également en fonction du « public » de la violence « terroriste »; une violence dirigée contre un État, par opposition à une violence dirigée contre un public général, prend des cibles différentes. Si la variation de ces cibles peut s’attribuer aux différents buts « terroristes », elle dépend souvent du degré de pratique démocratique qui caractérise l’espace politique dans lequel la violence se produit. Cette étude analyse l’activité terroriste selon les différentes conditions de son occurrence, en examinant les réactions étatiques et l’impact que celles-ci exercent sur la protection des Droits Humains.
On peut dire en général que la violence jugée terroriste est celle dont le but est de saper la légitimité d’un État, le plus souvent dans un rapport asymétrique. L’organisation qui tente de miner une légitimité étatique ne possède pas des ressources ou des capacités égales à celles de l’État [attaqué]; le conflit n’est pas équilibré. Cette organisation entreprend donc des actions qui concentrent l’attention d’un public donné et peuvent s’efforcer de propager la peur. Le but de ces actes est de faire la démonstration de l’incapacité de l’État à prévenir les attentats et de délégitimer sa prétention au monopole de la force. Un autre but peut être de faire la preuve que l’État est répressif et qu’il viole les droits de ses citoyens. Dans ce cas, les terroristes veulent essayer d’obtenir le soutien du public et, de cette manière, ces acteurs politiques terrorisent l’État et non les citoyens per se, comme cela se passait pour la Fraction Armée Rouge en Allemagne et pour les Brigades Rouges en Italie, notamment pendant les années 1970. L’adoption du mot « armée » ou l’usage de termes militaires (comme par exemple « brigade » ou « force ») suggérait que cette violence politique contestait le pouvoir étatique aussi directement que possible. Dans de telles circonstances, il devient difficile de différencier « terroristes », mouvements de « résistance » et rébellion politique. Ainsi se vérifie l’adage ancien : le terroriste de l’un et le combattant pour la liberté de l’autre…
La distinction des organisations terroristes pourrait s’établir par l’examen des voies par lesquelles la violence utilisée affecte la société civile. En outre, la façon dont la société civile est atteinte a un impact immédiat sur les réponses étatiques.


RÉPONSES AU TERRORISME DANS UNE PERSPECTIVE COMPARATISTE

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État : installations militaires, postes de police, édifices du gouvernement et fonctionnaires du gouvernement (comprenant, entre autres : officiers de police, juges, avocats, procureurs, élus locaux, personnel militaire en uniforme).
Public : sites non-gouvernementaux et individus, avec entre autres : discothèques, pubs, bureaux commerciaux, galeries, voies publiques et personnel militaire en civil.
Extra État : cibles associées à un État mais ne s’y trouvant pas, ce qui comprend, entre autres : installations militaires à l’étranger, ambassades, bureaux officiels et personnel militaire à l’étranger.
Mixte : organisations qui attaquent État et lieux publics.
5. Réponse de l’État : représente les actions de l’Etat qui privent les individus de leurs droits civils et humains.
Agressive : actions de l’Etat qu enfreignent sévèrement les règles du droit civil et humain, ce qui comprend, principalement : annulation d’un procès, refus d’accorder une défense juridique, détention sans accusation, durée indéterminée de détention, exécution sommaire, refus du droit de visite, torture, et traitement cruel et inhumain des détenus.
Agressive ciblée : actions de l’État qui peuvent comprendre celles énumérées ci-dessus, mais qui visent des individus identifiés par une cour de justice comme appartenant à une organisation terroriste.
Passive : aucune action supplémentaire n’est entreprise contre les activités terroristes. Celles-ci font l’objet de poursuites de la part des forces de police qui ne reçoivent pas de pouvoirs supplémentaires pour cela.
POUR CONCLURE
Nous pourrions dire ici que la réponse de l’État se fonde sur la notion d’inquiétante étrangeté. Nous distinguerions deux cas :
  • Dans le cas d’une réponse agressive où, comme nous l’avons vu, l’État empiète sur les droits humains par son intrusion dans la société civile, prévaut le mythe que l’étranger est partout et tout-puissant. Pour cette raison, l’État se permet de violer certains droits (ceux précédemment cités). L’Unheimlich, fascination pour l’étrange et le répugnant, constitue alors un mode d’identification, renforcée dans cet encerclement par l’étranger. Le paradoxe réside en ceci que l’Unheimlich confronte le désir d’être cerné par l’étranger à une véritable répulsion, due à l’identification collective du sujet. La répression qu’exerce l’État est alors bienvenue, etc’est bien ce sur quoi il compte.
  • Dans le cas d’une réponse passive, le groupe s’identifie au “terroriste”, et voit en l’État une menace. L’ambivalence de l’Unheimlich est de mise ici aussi. L’identification à l’autre comme terroriste s’effectue, car celui-ci est une manifestation réalisée du désir de résister à l’État. Mais une certaine répulsion est également éprouvée, principalement liée au rejet de la violence terroriste, qui vient pointer l’incapacité du sujet à résister à l’État.
  • Les sujets individuels confortent leur identité dans la collectivité, qui les sécurise. Si donc en temps normal, le lien entre identités individuelle et collective est assez faible, il est à même de se renforcer en temps de menace. Toutefois, il s’établit de manière moins évidente dans le cas d’une réponse passive de l’État, plutôtque dans l’autre.
Soulignons par ailleurs la projection du Surmoi qui se réalise dans l’État lors d’une réaction agressive de celui-ci, et dans le terroriste lors d’une réaction passive. C’est pourquoi, dans ce dernier cas, l’Étatn’intervient pas.
L’utilisation de la peur de l’étranger et le fait de charger cet étranger de puissances et de forces considérables ont procuré à l’État de la légitimité pour accroître son propre pouvoir de menacer les droits individuels. Les actes visant à miner le pouvoir de l’État peuvent au contraire l’étendre par là, du moins à court terme. Le défi pour la société civile est de trouver la capacité de surmonter sa peur et d’intégrer l’étranger plutôt que de le dévaloriser.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thamy Ayouch et Adam Kiss
NOTES
[1]Cf. Murer, Jeffrey « Abjection :Applying Julia Kristeva’s concept of Splitting to Collective Identity Formation ». Tr. fr. in (Dés)obéissance civile et droits humains, Kiss Adam, (Paris : L’Harmattan, 2002), pp. 179-198.
[2]L’abjection est la création d’un autre-ennemi pour y projeter les traits indésirés de soi-même. Souvent, cet autre-ennemi nouvellement créé représente une partie du sujet collectif antérieur.
[3]Cf. Volkan Vamik The Need to Have Enemies and Allies (London : Jason, 1998) and Kovel James White Racism : A Psychohistory (New York : Pantheon Books, 1970)

© Cairn 2007 

SOCIÉTÉ CIVILE ET VIOLENCE
On perçoit souvent la société civile, cet espace entre l’État et l’économie, comme dégagée de violence politique. En effet, lorsque les sujets deviennent citoyens et abandonnent à l’État leur « droit naturel » à la violence, c’est avec la conviction de s’épargner ainsi la rancune et la vengeance d’autres individus. « La société civile garantit une liberté importante : celle des individus de vivre sans la peur quotidienne d’une mort violente infligée par l’autre » (Keane, 2002). Néanmoins, que l’on suive Hegel, Locke ou Rousseau, les théories s’accordent sur le fait que la société civile est précisément l’espace dans lequel l’État exerce son potentiel de violence, en particulier par la police et les appareils de sécurité. Mais souvent on perçoit cette violence comme de nature apolitique. Quand bien même les États-Unis pourraient sembler atypiques du point de vue du niveau de violence quotidienne que l’on y connaît, ils offrent un excellent exemple. La violence issue de frustrations économiques, d’injustices ou des tirs de la police au nom du maintien de l’ordre, n’ont, ni l’une ni l’autre, une dimension particulièrement politique. Même la vague d’attentats contre les cliniques où l’on pratique l’avortement et l’assassinat de médecins qui ont fait des interruptions de grossesse passent curieusement pour de la violence « privée », relevant du domaine de la société civile. Ces actes ne comptent pas en tant que terrorisme intérieur, car la cible n’en est ni l’État, ni le public en général, public par lequel des candidats-terroristes pourraient chercher à s’assurer du soutien ou de la consternation civique pour arracher un changement des coutumes étatiques. La société civile demeure la sphère dans laquelle l’angoisse et la peur sont « privatisées », dispersées parmi les individus, vouées à une atomisation assumée.
C’est en même temps dans la sphère civile que se forme l’identité collective, car ce sont les actes collectifs de définition groupale et d’auto-définition qui dessinent les contours et les frontières des identités collectives. Le rôle que l’État joue peut soutenir le fondement d’une telle identité en tant qu’ensemble d’institutions qui marquent les pratiques et les rituels politico-culturels, mais l’État ne peut par lui-même imposer une identité. Ainsi, l’identité est le produit d’une relation dynamique entre individus, collectivités, institutions et circonstances socio-politiques. Ces circonstances peuvent être telles que les identités s’y épuisent ou s’y renforcent, mais elles ne s’y définissent pas.
Dans l’espace social de la violence réduite, « les ennemis potentiels sont transformés en étrangers », sans que leur extranéité soit objective. Car l’étranger se trouve derrière les frontières de l’identité collective installée dans la société civile. Il peut y avoir beaucoup de collectivités dans cet espace de la société civile, chacune évoluant et modifiant sa définition de nouveaux étrangers et son assimilation des autres. Comme antérieurement des ennemis potentiels ont été « transformés », il devient possible pour ces étrangers d’être assimilés avec le temps, et de s’incorporer dans une collectivité élargie. Les étrangers sont marqués autant par leur éloignement de ceux qui les entourent que par leur proximité aux mêmes (Keane, 2002). Pourtant, à l’intérieur de la société civile, « les étrangers prolifèrent, tandis que se raréfient les plaisirs sauvages et la haine sans entraves dans la destruction de tout ce qui est hostile » (Keane, 2002).
Néanmoins, cette haine réapparaît de temps à autre. En cas de menace, notamment d’une menace aiguë pesant sur l’identité collective, les étrangers deviennent une cible pour l’angoisse refoulée et la peur. Dans ces conditions, le besoin de projeter est tellement fort que, s’il n’y a pas d’étranger convenable sous la main, les collectivités le créent de toute pièce [1]. Ce processus de projection se distingue par des modèles de dévalorisation véhémente et d’abjection [2] et peut se manifester dans des formes spécialement virulentes : antisémitisme, xénophobie, violence ethnique [3]. Avant tout, ces actions et réactions s’extériorisent au sein de la société civile. Ainsi naît un lien. La violence intérieure à la société civile, en particulier celle qui perturbe les définitions identitaires, engendre de l’hostilité envers l’étranger, dont on assurerait la protection dans d’autres circonstances. Souvent, cette hostilité peut servir à légitimer la violence d’État dirigée contre l’étranger pour tenter de rétablir le status quo ante. La somme de contrainte que l’État emploie légitimement est directement proportionnelle au niveau d’anxiété qu’exprime la collectivité par réaction à une menace identitaire donnée. Il importe de souligner que l’État peut trouver son intérêt à bénéficier d’une telle occasion pour manifester ainsi son pouvoir, qui sans cela serait limité, placé sous le contrôle de la société civile. Pour cette raison, il est pertinent d’examiner de plus près le lien entre les expressions de l’anxiété et la transmission étatique et médiatique de celle-ci.
LE TRIANGLE DE LA PEUR SELON KEANE
John Keane a développé un modèle pour étudier le rôle que joue la peur de l’État dans la formation de la violence politique. La peur du pouvoir étatique – explique-t-il dans son étude – produit des réactions significatives dans la cité qui tente de surmonter et de transcender cette peur. Keane estime que la peur n’est pas objective, mais qu’elle se construit à partir de la relation dynamique entre individus et circonstances socio-politiques. Les circonstances objectives que des sujets ou des groupes perçoivent comme menaçantes provoquent des symptômes physiologiques et mentaux que l’objet de la peur déclenche. À leur tour, ces symptômes engendrent des abréactions sur l’objet. Selon ses conclusions optimistes, les sujets de la terreur étatique mettent en acte leurs symptômes corporels et mentaux dans leur abréaction et défient ainsi les circonstances qui créent la peur. Keane s’empresse de souligner que peur n’est pas synonyme d’anxiété, car la peur est beaucoup plus immédiatement et intimement liée aux circonstances objectives.
D’après cet auteur, la publicité, qu’elle soit faite par les médias officiels ou par des réseaux d’information informelle, devient un instrument-clé pour contrôler le pouvoir étatique, car elle offre un mécanisme pour réorienter la peur en la réduisant et en la transformant en action politique qui étend l’espace de la société civile. Toutefois le modèle de Keane peut être retourné. En cas d’action terroriste, que celle-ci se dirige contre l’État ou le public général, l’État peut se servir des médias pour produire ou répandre la peur, ce qui légitimera un usage plus étendu de sa force. Les abréactions dans ce cas inverse peuvent, au lieu de défier l’État, induire une soumission au pouvoir étatique accru et à ses expressions violentes. Les médias peuvent aussi, involontairement, offrir une tribune de diffusion de la peur, plutôt que de mettre en question le lien entre l’État et la société civile. Le mécanisme qui dans un autre contexte dissipe la peur, la produit en l’occurrence et dissimule le pouvoir accru de l’État et ses empiètements sur le terrain de la société civile.
À mesure que la peur s’empare de la collectivité, de nombreux mécanismes de défense peuvent s’enclencher. Le plus important d’entre eux est la projection. Ce procédé de déplacement, consistant, pour le sujet, à investir un objet de ses qualités indésirables, est un préambule à la constitution de l’autre « ennemi ». À mesure que d’autres traits, et particulièrement l’agressivité éprouvée par le groupe, sont projetés dans cet autre, l’objet est vu comme dangereux et menaçant. « Pris dans la haine, on a tendance à attribuer un statut et un pouvoir extraordinaire à l’autre extérieur [abject]» (Pao, 1965 : 258). Au niveau du groupe, la projection collective fait partie intégrante de la définition d’ennemis politiques et sociaux.
La croyance que le monde est un lieu effrayant, inquiétant, multiplie les composantes de la projection. D’un côté, croire en des forces extérieures inquiétantes conduit à se protéger soi ou son groupe de la menace imaginaire. Cela peut prendre la forme de la fuite physique, de barrières de protection contre l’attaque, de tentatives de camouflage… D’un autre côté, le fait de se sentir en danger peut porter à essayer de désarmer, capturer ou détruire l’autre imaginaire (Cramer, 1991 : 64). On peut comprendre la dévalorisation de l’autre en tant que défense contre ce désir, comme parallèle à la phobie. L’agressivité cache de la peur, le rejet du désir, les deux peuventse masquer et obscurcir la vue par l’inflation des pouvoirs de l’autre. Ce sont l’objet de la peur et la source de l’insécurité qu’on présente comme excessivement puissants, pour éviter qu’on ne paraisse faible soi-même. Par conséquent, tandis qu’un individu peut désirer la réconciliation avec l’autre, la peur de l’exclusion sociale exige que l’autre soit puissant et menaçant à l’excès. Dans cette logique, le groupe se sent menacé par l’autre, donc l’autre menace le groupe. On peut par là faire craindre un étranger à un groupe indépendamment du fait que l’étranger menace ou non. Il suffit que le sujet collectif se sente menacé. L’État peut exacerber la peur ressentie en transmettant des messages qui affirment la puissance de l’étranger. La répétition et l’intensité de ces messages peut inciter la collectivité sociale à accepter n’importe quel moyen que l’État propose comme nécessaire à la défense contre les nouvelles menaces. Ce procédé consistant à investir l’autre de pouvoirs étendus sert à justifier la peur égocentrique et les moyens de mettre sur pied les défenses pour faire face à cette peur. Notons qu’il est dans l’intérêt de l’État d’augmenter la peur ressentie et de faciliter la réalisation des conditions de la peur, plutôtque d’y porter remède.
TERRORISME D’ÉTAT, USAGE ÉTATIQUE DU TERRORISME
L’État peut trouver utile de créer une atmosphère de peur. En propageant haine et angoisse, il légitime beaucoup d’actions agressives. On peut trouver bien des exemples pour illustrer ce propos; en voici trois, immédiats qui le servent : celui de la Russie vis-à-vis des « terroristes » tchétchènes, celui de la Serbie face à l’Armée de Libération du Kosovo (ALK) et celui des États-Unis contre Al Qaida.
En 1999, l’État russe s’est servi de la peur produite par une vague d’attentats dans des appartements de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour justifier la reprise de son action en Tchétchénie. Que l’État ait pu insinuer la responsabilité des terroristes tchétchènes dans ces attentats, quoique ce ne fût jamais prouvé, a légitimé non seulement une nouvelle opération militaire directe en Tchétchénie, mais aussi l’incarcération d’un grand nombre de Tchétchènes, sur la base de la simple « suspicion » de leur lien à des activités terroristes. L’État russe a récemment utilisé la menace de terroristes tchétchènes pour justifier l’action militaire entreprise en République de Géorgie. La possibilité pour la Russie d’empiéter sur le territoire d’un autre État souverain montre bien l’ampleur du pouvoir de la peur.
De manière semblable, l’État serbe a employé l’accusation de terrorisme contre l’Armée de Libération du Kosovo (ALK) en 1999 aussi pour inciter à la « purification ethnique » dans la région. Pendant dix ans, le Gouvernement fédéral yougoslave a expliqué la suspension de la loi autonome dans la région en se fondant sur des accusations concernant la présence de terroristes kosovars. Lorsque les résistants de l’ALK opposaient des actions militaires et paramilitaires contre les forces fédérales, Radio Serbia et les médias de l’État serbe diffusaient des messages relatifs à la « puissance » et la force de l’ALK, pour se servir ensuite de la présence de l’ALK comme justification de la violence serbe dans la région.
Aux États-Unis, depuis les attaques de 2001, on a argumenté la nécessité de nombreuses prises de pouvoir de l’État américain par la « guerre contre le terrorisme ». La détention sans aucun recours, sans défense légale et sans droit de plus de mille personnes d’origine moyen-orientale n’était qu’une des nombreuses infractions aux Droits Humains au nom de l’opposition au terrorisme. Une loi de 1996, intitulée Antiterrorism and Effective Death Penalty Act, contient une disposition peu usitée interdisant « le soutien matériel » à une organisation terroriste. Elle a permis au gouvernement des États-Unis d’arrêter et de mettre en accusation des individus qui ont envoyé de l’argent à des organisations que le gouvernement estimait liées au terrorisme, sans prendre en compte l’intention des personnes arrêtées. Autrement dit, des individus peuvent être arrêtés pour avoir apporté un soutien au terrorisme, même s’ils ne savaient pas qu’ils le faisaient, ni n’en avaient l’intention. Cette disposition a été invoquée contre cinq Yéménites de Buffalo, NewYork, arrêtés pour avoir visité un « camp d’entraînement » d’Al Qaida au Pakistan.
Une autre loi, de 2001, intitulée USA Patriot Act, prévoit d’étendre les pouvoirs de surveillance des agences gouvernementales d’application des lois fédérales. On peut penser que plusieurs de ces pouvoirs ainsi accrus violent le droit individuel au respect de la vie privée et d’autres droits civiques et humains. La condition de ces extensions de pouvoirs de l’État est que les menaces soient « persistantes ». Aussi le gouvernement des États-Unis continue-t-il à diffuser des mises en garde relatives à des menaces indéterminées et à prétendre qu’il ne peut révéler la nature de ces menaces étant donné l’intérêt de la défense nationale. Les médias reprennent alors ces avis en y ajoutant leurs propres spéculations et contribuent pour leur propre part à un climat de peur. Ainsi, l’occasion de la violence tragique et dévastatrice à New York et à Washington a favorisé un remodelage des frontières entre l’État et la société civile, alors que d’autres formes de violence, interne, privée, apolitique se prolongent. 4. Cible : renvoie à la plus grande partie des cibles choisies par les terroristes.

 

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