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08/01/2011

La Méditerranée, la Société, la Sécurité ... et Arcosur.

"L'affaire de la S.M.S." en Corse

Par Alain Verdi (édité par Grégoire Bézie)

Le marché de la sécurité des aéroports semble être au coeur de ce dossier.

Le marché de la sécurité des aéroports semble être au coeur de ce dossier.

La Société Méditerranée de Sécurité : un lourd dossier sur fond d'affairisme et de guerre des polices.

Après quatorze mois de cavale, Antoine Nivaggioni avait été mis en examen en janvier 2009 pour escroquerie et abus de biens sociaux dans l’Affaire de la SMS, une société de gardiennage. Remis en liberté suite à une erreur de procédure, son procès devait avoir lieu au printemps prochain. Antoine Nivaggioni a été abattu le 18 octobre 2010 à Ajaccio.

Dans un entretien exclusif, accordé à France 3 Corse en septembre 2009 , Antoine Nivaggioni indiquait que "la chambre de l’instruction (du tribunal de Marseille ndlr) avait décidé de ne pas renouveler le mandat de dépôt".  L’enquête sur le dossier S.M.S. semble bouclée, sauf rebondissement. En ce début du mois d'octobre 2009, on compte 16 mises en examen, dont 15 physiques. Le volet judiciaire de l’affaire a débuté en novembre 2007.

L’enquête est centralisée par la Juridiction Interrégionale Spécialisée de Marseille. De manière incidente, les enquêteurs s’intéressent à deux autres sociétés de gardiennage. Ce dossier déjà lourd a, de plus, mis en lumière une certaine « guerre des polices ». Un élu nationaliste corse et des hommes d’affaires « respectables » se trouvent aussi en marge de cette affaire...

Un lourd dossier

Un lourd dossier.

Quinze personnes physiques mises en examen et une personne morale, la société S.M.S., cela fait une grosse affaire. Les treize personnes ont été poursuivies en plusieurs vagues :

La première opération a lieu fin novembre 2007. Elle débouche sur sept mises en examen. Parmi les personnes poursuivies, on trouve le président du MEDEF du Var, Gérard Cerutti. Il est soupçonné de favoritisme dans les appels d’offres sur le marché de la sécurité de l’aéroport de Toulon-Hyères. Il sera laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Six autres personnes sont arrêtées en Corse, mises en examen et placées en détention à la prison des Baumettes à Marseille. Parmi elles, on trouve plusieurs membres de la société S.M.S.

Le 20 décembre 2007, cinq personnes sont mises en cause, « des proches de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Corse-du-Sud et plus particulièrement de son président », Raymond Ceccaldi, dit-on de source judiciaire. Ils sont poursuivies pour délit de favoritisme et laissées en liberté sous contrôle judiciaire. Raymond Ceccaldi est quand à lui mis en examen pour escroquerie en bande organisée, association de malfaiteurs, favoritisme dans l’attribution des marchés de sécurité à l’aéroport d’Ajaccio et de détournement de fonds.  Placé en détention à Marseille, il sera remis en liberté après sept semaines de détention.

Le 21 décembre 2007, une treizième personne est mise en examen pour favoritisme et laissée en liberté sous contrôle judiciaire. Il s’agit de Lucien Perez, membre de la commission d’appel d’offres de la C.C.I.  Dans une affaire incidente, Lucien Perez a déjà été condamné, à 5000 euros d’amende pour prise illégale d’intérêt par le tribunal d’Ajaccio. Il était alors accusé de faire partie de la commission d’appel d’offres  qui a attribué les marchés à la S.M.S. Quelques temps après cette attribution, Lucien Perez était embauché par cette même S.M.S. ce qui est un délit. La justice précise au passage, qu’en rentrant à la S.M.S. son salaire aurait fait un bond…

Le 8 Janvier 2008, surprise au commissariat d’Ajaccio. Francis Pantalacci, président de la commission d’appel d’offres de la C.C.I. de Corse-du-Sud se présente  aux enquêteurs, après un mois de cavale.   Il est aussitôt placé en garde-à-vue, puis fait l’objet d’un mandat d’amené le 10 Janvier. Il est placé en détention à la maison d’arrêt d’Ajaccio, puis transféré à Marseille, où entendu par le juge d’instruction, il est mis en examen, le 13 Janvier, pour « favoritisme et association de malfaiteurs ».

Le 9 janvier 2009, Antoine Nivaggioni est interpellé à Ajaccio par le RAID. Le co-fondateur de la S.M.S. était en cavale depuis 14 mois. L’arrestation s’est faite sans histoire. « Il ne s’agit pas d’une reddition » estimera son avocat Maître Antoine Sollacaro. Pourtant certains observateurs estiment que « cela y ressemble ». Antoine Nivaggioni est, dans un premier temps transféré à Paris pour être entendu par l’Office Central de lutte Contre la Grande Délinquance (ORCB),  puis à Marseille pour être entendu par le juge d’instruction de la J.I.R.S.

Emprisonné à la maison d’arrêt de Luynes dans les Bouches du Rhône, Antoine Nivaggioni est libéré le 13 septembre 2009, suite à une erreur de procédure, dans des conditions juridiques mal définies : « Une erreur rare de la Chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix en Provence  » selon l’A.F.P., ou un choix délibéré de cette Chambre selon Antoine Nivaggioni. Mais une libération qui coutera la vie à l’ancien militant nationaliste du MPA (Mouvement pour l’autodétermination). Il échappera à une première tentative d’assassinat en mai 2010 pour finalement tomber sous les balles d’un commando le 18 octobre 2010 à Ajaccio.

La S.M.S. une société sous haute surveillance

Co-fondée par Antoine Nivaggioni, au début des années 2000, la S.M.S. est une société de sécurité reconnue par les autorités. Pour pouvoir travailler sur des secteurs sensibles comme les ports et les aéroports, une société de ce type reçoit l’agrément des autorités préfectorales. L’activité de la S.M.S. s’étendait de la Corse au Var, en passant par les Bouches du Rhône. Plusieurs préfets ont donc eu à s’exprimer sur le dossier d’accréditation de cette société. Les autorités devront, peut être, s’interroger sur les investigations qui ont précédé les autorisations d’activité de la S.M.S. D’autant plus que ses marchés étaient nombreux et souvent… stratégiques : l’aéroport de Toulon-Hyères, celui d’Ajaccio, le port de Marseille, l’hôpital de la Conception à Marseille…. En 2008, la société échappe au redressement judiciaire, elle est placée sous surveillance en attendant l’apurement de son passif. Elle a changé de nom et s’appelle ARCOSUR.

La personnalité d’Antoine Nivaggioni n’a soulevé d’interrogations que dans la presse. Son passé de militant du Mouvement Pour l’Autodétermination et des poursuites dans différents dossiers n’ont pas été jugés comme des obstacles à l’activité de surveillance des lieux publics par les autorités. En juin 2002 Antoine Nivaggioni s’exprime dans les colonnes de Libération : « … nous ne sommes pas une officine nationaliste, mais une société commerciale dynamique ».  Le « dynamisme  » semble avoir fonctionné. Les enquêteurs soupçonnent la S.M.S. d’avoir détourné des fonds qui pourraient s’élever à 1,9 millions d’euros.

Les enquêteurs  pensent que la société est le siège d’une série de malversations : « prêts fictifs, salaires mirobolants et avantages divers bénéficiant, notamment, à A. Nivaggioni ». Des avantages mal perçus par les personnels de la S.M.S. qui ont peu apprécié que leur direction puisse s’octroyer des augmentations qu’elle leur refusait. Outre les « avantages en nature », les enquêteurs parlent de « blanchiment ». Ils soupçonnent la compagne d’Antoine Nivaggioni, incarcérée un temps en novembre 2007, de diriger une société immobilière, la Colomba Mérimée, qui aurait servi de boite à lettre pour les transactions.

De plus, les enquêteurs soupçonnent la société d’avoir « détaché » des employés, payés par la C.C.I. pour effectuer des travaux sur plusieurs chantiers, un stade d’Ajaccio notamment.

Après avoir été entendu par un juge d’instruction de la Jirs, la Juridiction interspécialisée de Marseille, Antoine Nivaggioni est incarcéré le 15 janvier 2009. Il est mis en examen pour : "abus de biens sociaux, blanchiment en bande organisée, escroquerie aggravée, présentation de comptes inexactes, faux et usage de faux et association de malfaiteurs".

En Mars  2007, une « scission » a lieu au sein de la S.M.S. Un des co-dirigeants de la société, Yves Manunta, militant nationaliste de longue date, crée une autre entreprise de surveillance, la Société de Sécurité Méridionale.  Officiellement, la S.S.M. gère le gardiennage et la S.M.S. la sécurité. La S.S.M. a les marchés de l’hôpital d’Ajaccio et de plusieurs grandes surfaces et d’établissements hôteliers. Le nom de cette société n’apparaît pas, pour l’instant, dans l’enquête mais son dirigeant Yves Manunta est mis en examen et incarcéré aux Baumettes dans la première vague de poursuites, fin novembre. Il est libéré, sous contrôle judiciaire le 21 décembre 2007. Les enquêteurs constatent que la « scission » a eu lieu « dans la période où les investigations ont débuté ». Cependant, il faut noter que la S.S.M. a été créée dès 1989. Bien avant la S.M.S. créé en Mars 2000.


La S.I.S.I.S. le gardiennage surveillé

Une autre société de gardiennage insulaire intéresse vivement les enquêteurs de la Jirs. Il s’agit de la Sécurité Incendie Surveillance Intervention Sureté (S.I.S.I.S.), domicilée à Vescovato en Haute Corse depuis 2003.

Les 12 et 13 décembre 2007, plusieurs personnes sont interpellées en Haute-Corse. Trois d’entre elles sont mises en examen à Marseille et placées sous contrôle judiciaire pour « des faits d’abus de biens sociaux, abus de confiance et travail dissimulé ». L’affaire concerne l’entreprise de gardiennage S.I.S.I.S.  Selon l’Agence France Presse (15-12-2007), les personnes mises en examen « sont des proches d’Ange Toussaint Federicci arrêté en janvier 2007 à Paris… » pour la fusillade mortelle d’un bar de Marseille (avril 2006), affaire en relation indirecte avec le dossier de blanchiment du cercle  de jeux Concorde.  Dans ce dossier un insulaire est également recherché. Il s’agit du bonifacien Paul Lantiéri, propriétaire de plusieurs établissements en Corse et sur le continent, dont la brasserie La Rotonde à Aix en Provence.

Le dossier S.I.S.I.S. et le double dossier fusillade/Cercle Concorde ne sont pas juridiquement liés. La S.I.S.I.S. crée en  Octobre 2003 à son siège à Vescovato en Haute-Corse. Cette société gère plusieurs marchés, en Corse et sur le continent, notamment à Marne-La-Vallée. Officiellement, elle aurait  « échangé des marchés avec la S.S.M. entre  la Haute-Corse et la Corse-du-Sud », sans que cela soit confirmé. Les enquêteurs ne font aucun lien entre les trois sociétés de gardiennage, sus citées.


Affaires et guerre des polices

Le 17 Janvier 2008, à Paris, un repas réuni Jean-Christophe Angelini, élu territorial nationaliste « modéré » du PNC (Parti de la Nation Corse) et le patron de la Direction de la Sécurité du Territoire, Bernard Squarcini.  A la sortie du restaurant, Jean-Christophe Angelini est arrêté par les policiers de l’Office Central de la Répression de la Grande Délinquance Financière. Ils agissent sur commission rogatoire des juges marseillais de la Jirs, Charles Duchaine et  Serge Touraine. Selon des écoutes téléphoniques, l’élu nationaliste était informé de la tentative de délivrance d’un vrai faux passeport, fabriqué en préfecture d’Amiens pour permettre la cavale d’Antoine Nivaggioni. Le même jour, plusieurs intermédiaires accusés d’être liés à cette affaire de passeport, sont interpellés. Parmi eux, deux hommes d’affaires connus, responsable de la société Ginger Groupe. Son président Jean-Luc Schnoebelen et son directeur général Eric de Ficquelmont. Ce dernier sera relâché rapidement, Jean-Christophe Angelini et Jean-Luc Schnoebelen sont mis en examen.

L’enquête sur ce « sous dossier » a mis en exergue deux choses : le rôle de deux hommes d’affaires connus et le premier volet d’une « guerre des polices ».

Les hommes d’affaires : Eric de Ficquelmont est un ancien haut responsable du groupe VEOLIA. Jean-Luc Schnoebelen et lui ont investi de l’argent dans le sauvetage de la S.M.S. Tous deux précisent qu’il s’agit d’un investissement « à titre personnel ». Ils sont gérants, aujourd’hui d’ARCOSUR. Ils nient toute implication dans l’affaire du vrai faux passeport.

La guerre des polices : Le patron de la D.S.T. de l’époque (Direction de Suveillance du Territoire), n’a pas été informé de la préparation de l’arrestation de Jean-Christophe Angelini à la sortie de leur déjeuner. Et ça, ça ne passe pas du tout ! Cette « guerre des polices » aura des retombées jusqu’au commissariat d’Ajaccio.  La police judiciaire soupçonne les Renseignement Généraux d’être en rapport avec Antoine Nivaggioni en fuite. Un policier de la P.J. ajaccienne est même soupçonné d’avoir rédigé un tract anonyme mettant en cause le patron des R.G. Bernard Squarcini. Le véhicule du commissaire Robert Saby n°2 de la P.J  d’Ajaccio est plastiqué le 25 Novembre 2008, le policier est muté sur le continent.

Le même mois, un policier de la P.J. d’Ajaccio et un ancien policier des R.G. sont entendus à Marseille par les juges du dossier S.M.S. Rien ne filtre du volet judiciaire de cette guerre P.J.-R.G. On sait seulement que l’ancien policier des R.G. se nomme Didier Vallé, un ancien collaborateur de… Bernard Squarcini. En novembre 2008, le magazine Corsica publie un entretien d’Antoine Nivaggioni durant sa cavale. Le fugitif se disait « prêt  à se rendre », niait « avoir participé à des marchés truqués » et se disait victime « d’une guerre des polices ».

Conclusion : bien plus qu’une simple extorsion de fonds…

L’intitulé des mises en examen de certaines personnes et la juridiction qui gère le dossier, laissent penser que nous nous trouvons en présence d’une « grosse affaire », selon les mots des enquêteurs. Avec l’arrestation d’Antoine Nivaggioni, l’un des principaux protagonistes de cette affaire, on espérait savoir rapidement si l’affaire allait être relancée ou bien si l’enquête serait close. Confère le livre de Justin Florus (pseudo) Guerre des polices et affaires corses, aux éditions Nouveau Monde.

La principale inquiétude de certains observateurs, est que devant le « panel » des personnes mises en examen et les relations de ce dossier avec les sphères de pouvoir politique, Etat, affaires et milieu, l’enquête connaisse finalement le même sort que celle du Crédit Agricole, laissée aux oubliettes de la Justice.

Ces inquiétudes semblent confirmées par la décision de la C.C.S.D.N. (Commission Consultative du Secret de la Défense Nationale).  Le 16 Avril 2009, les members dela Commission ont donné un avis défavorable à la dé-classification de documents concernant le dossier d’Antoine Nivaggioni. Le Ministère de l’Intérieur suit, majoritairement, les avis de la commission. Cet obstacle, mis sur le chemin du juge d’instruction, conforte ceux qui pensent que toute la lumière ne sera pas faite sur ce dossier.

Et les dernières clés pourraient avoir définitivement disparues avec la mort de son principal protagoniste.

piqué au tas sur corse.france3.fr - 02/11/2010

 

Un nationaliste corse au centre d'une guerre des polices arrêté

PARIS - Un nationaliste corse au centre d'une "guerre des polices" a été arrêté vendredi en pleine rue à Ajaccio par une dizaine de policiers,...
PARIS (Reuters) - Un nationaliste corse au centre d'une "guerre des polices" a été arrêté vendredi en pleine rue à Ajaccio par une dizaine de policiers, apprend-on de source policière.
Antoine Nivagionni, ancien gérant de la Société méditerranéenne de sécurité (SMS), soupçonné de détournements de fonds, a été placé en garde à vue. Il devrait être transféré d'ici dimanche à Marseille où l'instruction est conduite pour sa mise en examen.
Le cas de cet homme recherché depuis 14 mois avait conduit à une confrontation entre la police judiciaire d'Ajaccio, en charge de l'enquête et des policiers des ex-Renseignements généraux (RG), aujourd'hui fondus dans la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).
Des écoutes téléphoniques ont en effet montré que les policiers des RG étaient en rapport avec Nivagionni et ils sont donc soupçonnés de l'avoir aidé dans sa fuite.
Les liens entre policiers et suspects sont nombreux dans ce dossier.
Le 17 janvier 2008, un proche d'Antoine Nivagionni, Jean-Christophe Angelini, dirigeant du Parti de la nation corse et élu territorial, avait ainsi été arrêté à Paris alors qu'il sortait d'un déjeuner au restaurant avec Bernard Squarcini, policier proche de Nicolas Sarkozy et patron de la DCRI.
La police judiciaire corse, qui semblait soucieuse de rechercher Nivagionni et ses complices, a fait les frais de cet imbroglio.
Le 25 novembre, le véhicule du commissaire Robert Saby, numéro deux de la PJ d'Ajaccio a été endommagée par un attentat à l'explosif. Robert Saby a ensuite été muté sur le continent.
L'arrestation de Nivagionni a finalement été réalisée par d'autres services que ceux impliqués dans l'imbroglio policier, l'unité d'élite du Raid et la Brigade de recherche des fugitifs.
Le juge d'instruction de Marseille Charles Duchaine va maintenant pouvoir interroger l'ex-fuyard sur le fond de l'affaire, qui menace plusieurs notables corses.
Raymond Ceccaldi, président de la chambre de commerce d'Ajaccio, a été mis en examen et écroué entre le 20 décembre 2007 et le 12 février dans l'affaire. Il est poursuivi pour "favoritisme, escroquerie en bande organisée, détournement de fonds publics et association de malfaiteurs".
Service France

piqué au tas sur www.rmc.fr - 09/01/2009

 

 

 

 

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