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11/02/2009

OTAN-NON-NATO France Strasbourg Sommet

Le double événement constitué par la publication du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale et par le discours de Nicolas Sarkozy du 17 juin pourrait mériter le qualificatif d'"historique" pour deux raisons. Dans cet exercice tirant pour la première fois les leçons d'un environnement stratégique marqué par les menaces post-guerre froide, la France se dote d'une doctrine militaire rénovée, dont elle tire la conclusion que son armée doit réduire ses effectifs pour mieux s'équiper.

Le double événement constitué par la publication du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale et par le discours de Nicolas Sarkozy du 17 juin pourrait mériter le qualificatif d'"historique" pour deux raisons. Dans cet exercice tirant pour la première fois les leçons d'un environnement stratégique marqué par les menaces post-guerre froide, la France se dote d'une doctrine militaire rénovée, dont elle tire la conclusion que son armée doit réduire ses effectifs pour mieux s'équiper.

La seconde raison est plus lourde de conséquences diplomatiques : revenant sur le choix fait en 1966 par le général de Gaulle, le président de la République explique pourquoi la France pourrait rejoindre bientôt la structure militaire intégrée de l'Alliance atlantique. Il y a là un double présupposé. Le premier est d'ordre budgétaire : il consiste à convaincre l'opinion publique et l'institution militaire que les économies générées par la réduction des effectifs seront reversées aux armées.

Les premières réactions montrent que les militaires ont des doutes. Sans doute ont-ils été échaudés par le "modèle d'armée 2015", qui leur promettait monts et merveilles. Ils savent aussi que le Livre blanc est indissociable de la Revue générale des politiques publiques (RGPP), dont la vocation est de réduire le train de vie de l'Etat. Ils constatent enfin que, au moment où l'évolution des conflits (Afghanistan, Irak...) montre que les missiles ne remplacent pas les fantassins, ils vont devoir, dans un premier temps, non seulement supprimer des régiments, mais aussi se passer d'un deuxième porte-avions, revoir à la baisse le nombre des frégates Fremm et des chars Leclerc, accepter un ralentissement des délais de livraison des avions Rafale. D'où cette interrogation : ne seront-ils pas in fine perdants sur les deux tableaux des effectifs et des crédits de la défense ?

Le deuxième présupposé relève d'un syllogisme diplomatique : parce qu'elle réintègre le commandement militaire intégré de l'OTAN, la France sera en position de faire progresser l'Europe de la défense. Au-delà de ce pari incertain, le glissement du discours officiel sur cette question est sensible. A Bucarest, lors du sommet de l'OTAN, le chef de l'Etat avait expliqué que le cheminement des progrès de la défense européenne devait se faire au rythme de celui du retour dans l'organisation intégrée de l'Alliance.

En deux mois et demi, le second s'est accéléré. M. Sarkozy a réitéré le lien entre les deux objectifs, tout en soulignant que la Commission du Livre blanc - dont le rapport n'est autre que la nouvelle doctrine militaire française - a conclu que rien ne s'oppose au retour de la France dans les structures militaires de l'OTAN. Héritier de la filiation gaulliste, M. Sarkozy a cité les principes avancés en mars 1966 par le général de Gaulle pour quitter l'OTAN pour expliquer que leur strict respect permettra demain d'y rentrer !

Ce retour est un choix politique cohérent, qui gagnerait à être assumé. Or depuis quelques semaines, les explications officielles se concentrent sur l'idée que franchir le pas de la structure intégrée est désormais sans conséquence, tant la France s'en est rapprochée ces dernières années. Cette décision serait naturelle pour un pays qui est le quatrième contributeur financier et le cinquième contributeur militaire de l'OTAN. Il se ferait, en outre, sans douleur, puisqu'il est acquis que la France ne rejoindra pas le "groupe des plans nucléaires" (NPG), se contentant de réintégrer le comité des plans de défense (DPC). Il sera facile de mettre en avant la contrepartie de la rénovation de l'Alliance, puisque celle-ci est en cours, avec notamment un allégement du système de planification de défense, dont les effectifs devraient passer à terme de 15 000 à 12 500 personnes.

Bien sûr, ce retour nécessitera un effort militaire et financier. La France ne dispose aujourd'hui que de 110 militaires dans le commandement militaire, contre 2 100 Américains, 1 600 Allemands, 1 000 Italiens et 950 Britanniques. Si elle passe à 800 officiers et sous-officiers, elle devra augmenter son budget et le faire passer de 145 millions d'euros à environ 210 millions par an. Restera la question des postes de commandement, pour lesquels des discussions sont en cours.

 

UN ERASMUS MILITAIRE

 

Certes, il y aura bien, à un moment ou à un autre, un virage difficile à négocier, lorsqu'il faudra dresser la liste des "avancées" de la défense européenne. Bienheureux Irlandais, dont le "non" justifie par avance quelques aggiornamentos ! La politique européenne de sécurité et de défense (PESD), dont M. Sarkozy avait assuré qu'elle constituerait une "priorité" de la présidence française de l'UE, devra être réévaluée avec réalisme, explique-t-on de sources diplomatiques et militaires, pour justifier la lente érosion de la conditionnalité entre progrès de la PESD et retour complet dans l'OTAN.

S'il y a plusieurs manières de faire avancer la première, sans une montée en puissance du centre de planification et de conduite des opérations de l'UE - une ébauche de quartier général et un rôle ambitieux pour l'Agence européenne de défense (AED) -, il sera difficile de convaincre d'une relance de la PESD. Or, sur ces deux sujets, la Grande-Bretagne reste inflexible. "Nos lignes rouges n'ont pas changé, insiste un diplomate britannique en parlant du futur quartier général européen (OHQ). Nous pensons toujours qu'il y a un risque de duplication avec l'OTAN, que cette structure sera coûteuse ; enfin nous ne voulons pas placer nos soldats sous les ordres d'un état-major européen qui n'aurait pas fait ses preuves." Les Britanniques sont aussi réticents à l'idée de créer un Erasmus militaire et envisagent avec circonspection une coopération en matière de groupe aéronaval. Des progrès pourront sûrement être enregistrés s'agissant de la mutualisation des hélicoptères, mais la panne institutionnelle du traité de Lisbonne, qui a le mérite d'obliger les Etats à prendre des engagements en termes de capacités militaires (par les "coopérations structurées permanentes"), n'est pas de bon augure.

Les données de l'équation sont connues : profitant du parapluie de sécurité que leur offre l'OTAN, les pays européens ne voient pas l'intérêt d'augmenter leurs dépenses militaires. Si la France ne leur donne pas l'exemple sur le plan budgétaire, et qu'elle rejoint la structure militaire intégrée de l'Alliance atlantique sans contreparties pour la PESD, ce retour au bercail ressemblera fort à un marché de dupes.

Laurent Zecchini (Service International)

Soudan : l'humanitaire en marche (militaire)Roland Marounek
28 juin 2006
source : Alerte OTAN n°22

 

 

Les initiatives sur la capacité militaire de l’Otan : garantes ou prédatrices de la sécurité

internationale ?

Luc Mampaey,

Chercheur au Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP).

L’Initiative sur les capacités de défense (ou DCI, Defense Capabilities Initiative) résulte d’une initiative des

Etats-Unis issue d’un exposé présenté par le secrétaire d’Etat américain à la Défense, William Cohen, à la

réunion des ministres de la Défense de juin 1998, à Bruxelles. Cet exposé, traitant de la manière de réorganiser

l’Otan pour lui permettre de relever les défis du XXIème siècle, a amené M. Cohen à proposer la DCI à la

réunion informelle des ministres de la Défense de septembre 1998 à Vilamoura, au Portugal. Les fondements de

cette initiative furent ensuite établis en novembre 1998 lors d’une conférence de l’Alliance à Norfolk (Virginie)

sur le thème de la «Transformation de l’Otan pour répondre aux défis du XXIème siècle » au cours de laquelle

les représentants des 16 pays membres de l’Alliance atlantique et des trois pays qui étaient à cette époque sur le

point de la rejoindre (Pologne, Hongrie et République Tchèque) ont approuvé la transformation nécessaire des

capacités de défense

1.

L’Initiative sur les capacités de défense (DCI) a finalement été entérinée par les chefs d’Etats et de

gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord à Washington, les 23 et 24 avril 1999.

Elle a pour objectif premier de garantir, notamment par une meilleure interopérabilité des forces, l’efficacité des

futures opérations multinationales dans la gamme complète des missions définies dans le nouveau concept

stratégique de l’Otan adopté au cours de ce même Conseil.

La DCI se compose initialement de 59 points définis à partir d’un examen des priorités des commandements

stratégiques de l’Otan et d’une mise en évidence des lacunes. Ces 59 points –dont la liste complète est classifiéesont

répartis en 5 catégories

2 :

1. Capacités de déploiement et de mobilité : 6 points portant essentiellement sur l’acquisition de moyens de

transport aériens et maritimes.

2. Système d’information de commandement et de contrôle : 8 points, dont des systèmes d’identification de

combat et des moyens déployables de commandement et de contrôle.

3. Efficacité de l’engagement : la plus importante des catégories avec 22 points, dont la suppression des

défenses aériennes de l’ennemi (Suppression of Enemy Air Defense, SEA D), la surveillance terrestre de

l’Alliance (Alliance Ground Surveillance, AGS) et les munitions tous temps à guidage de précision).

4. Capacités de soutien et logistique : 14 points qui ont notamment impliqué la mise en oeuvre du concept

Multinational Joint Logistics Center (MJLC) signifiant désormais l’adoption d’une approche multinationale

des problèmes de logistique.

5. Capacités de survie des forces et de l’infrastructure : 9 points, dont la défense contre les attaques menées

avec des armes de destruction massive, en l’occurrence nucléaires, biologiques et chimiques (NBC).

Excroissance du concept stratégique défini par l’Otan en 1999, la DCI trouve son origine dans le débat presque

séculaire sur la répartition des tâches entre les Etats membres. Elle est présenté comme un «instrument efficace »

pour réduire le «fossé technologique »

3 entre les Etats-Unis et leurs alliés européens, et sensée contribuer à

renforcer le pilier européen de l’Alliance tout en dynamisant le développement de la politique européenne de

sécurité et de défense de l’Union Européenne (PESD).

L’effet de levier du 11 septembre 2001.

Depuis son adoption, la DCI n’a cependant bénéficié que d’une très faible visibilité politique et rare sont les

objectifs qui ont été atteints. Les événements du 11 septembre 2001 pourraient cependant offrir un remarquable

effet de levier à la mise en oeuvre de la DCI. Le ton a été donné dès le 26 septembre 2001 par le secrétaire adjoint

à la Défense des Etats-Unis, Paul Wolfowitz, remplaçant Donald Rumsfeld à la réunion des ministres de la

Défense de l’Otan : « Il faut dépenser plus pour éviter des surprises horribles ». Les ministres européens ont

acquiescé –»nous ne pouvons avoir une défense bon marché »- et ont promis de redoubler d’énergie pour

atteindre au plus vite les objectifs de la DCI

4.

1

L’initiative des capacités de défense et le concept stratégique de l’Otan, Rapport de la sous-commission sur

l’avenir de la sécurité et des capacités de défense, Assemblée parlementaire de l’Otan, 13 avril 2000.

2

Le rôle de l’Otan dans la réforme de la défense, Rapport de la sous-commission sur l’avenir de la sécurité et

des capacités de défense, Assemblée parlementaire de l’Otan, octobre 2001.

3

Id

4

Nouvelles Atlantiques n° 3324, 28 septembre 2001.

En raison des événements, qui montrent l’existence de «menaces crédibles », il faut des «moyens crédibles », et

«la DCI doit être accélérée » a constaté le secrétaire général de l’Alliance. Trouvant enfin dans la tragédie du 11

septembre un fondement à sa critique récurrente du niveau insuffisant des dépenses militaires européennes, Lord

George Robertson s’est embarqué dans une véritable croisade pour relancer le processus de la DCI avec pour

objectif déterminé de pouvoir produire des résultats tangibles d’ici au prochain sommet de l’Otan, qui se tiendra

à Prague en novembre 2002.

L’offensive est double. Elle est évidemment et principalement dirigée vers les opinions publiques et les

gouvernements européens. Robertson a résumé la situation en quelques mots le 21 janvier 2002 à Salen en

Suède, à l’occasion de la Conférence annuelle défense et société : « la vérité est que l’Europe reste un pygmée

militaire

5 ». Il a une fois de plus souligné que, malgré l’énergie politique récemment déployée pour remettre la

DCI sur ses rails et malgré les efforts de l’Union Européenne dans le cadre du «headline Goal

6 », «trop de

gouvernements dépensent trop peu pour la défense, et trop de gouvernements gaspillent l’argent pour des

capacités qui ne contribuent en rien à leur propre sécurité, à la sécurité de l’Europe

7 ».

Mais la critique s’adresse aussi aux Etats-Unis, comme rappelé à de multiples occasions au début de cette année,

et notamment à Munich les 2 et 3 février 2002 (à la Conférence annuelle internationale sur la sécurité) et

quelques jours plus tard, le 19 février, au Parlement européen : les Etats-Unis aussi doivent faire plus, estime

Robertson ; ils pourraient faciliter le processus de modernisation de la défense européenne, par exemple en

relâchant des restrictions inutiles sur le transfert de technologie et la coopération industrielle et en libéralisant

leur politique d’exportation.

Nouvelle DCI : objectif Prague.

Constatant le peu de progrès réalisés par la DCI depuis son lancement en 1999 –et rappelant une fois encore que

l’Europe avait le choix «entre modernisation et marginalisation » et qu’une hausse des budgets était

indispensable-, le secrétaire général de l’Otan a confirmé au mois d’avril dernier son intention de présenter au

Sommet de Prague, en novembre 2002, une «version remodelée de la DCI », «compatible, praticable et facile à

financer

8 » et concentrée sur un petit nombre de capacités considérées comme absolument essentielles.

C’est dans l’esprit de cette «nouvelle DCI » que s’inscrit la «déclaration sur les capacités militaires » adoptée le

6 juin 2002 à Bruxelles, au cours de la Réunion du Conseil de l’Atlantique Nord en session des ministres de la

Défense. A cette occasion, les ministres de la Défense se sont dits «déterminés à fournir à l’Otan les capacités

nécessaires à l’exécution complète de ses missions ».

La Déclaration confirme les principes «d’engagements nationaux fermes, assortis de dates cibles précises »,

auquel les pays membres souscriront au prochain Sommet de Prague en novembre 2002. Elle indique en outre

que la «nouvelle DCI » devrait concentrer ses efforts afin d’apporter une contribution dans quatre domaines

jugés essentiels

9 :

1. Défense contre les armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires ;

2. Garantir la supériorité des systèmes protégés de commandement, de communication et d’information ;

3. Améliorer l’interopérabilité des forces déployées et les aspects essentiels de l’efficacité au combat ;

4. Garantir le déploiement rapide et le maintien en puissance des forces de combat.

Cette nouvelle DCI devrait également encourager la mise en commun des capacités militaires, une spécialisation

croissante des rôles, l’acquisition en coopération de matériel, ainsi que les financements communs et

multinationaux. Enfin, la Déclaration indique également qu’il y a un consensus au sein de l’Alliance atlantique

sur la nécessité de «mettre en place des défenses antimissiles de théâtre afin de protéger les forces déployées ».

Ce remodelage de la DCI ne change cependant en rien sa véritable nature. Fondamentalement la DCI reste une

initiative essentiellement militaro-commerciale américaine. Elle est le fruit de la pression permanente et intense

exercée par les militaires et les industriels -inspirateurs et gestionnaires des programmes concernés- sur le

Congrès américain et les bureaucraties de l’Administration.

L’interopérabilité, l’intégration Atlantique et la résorption du «technological gap » entre l’Union Européenne et

les Etats-Unis sont autant d’arguments qui ne servent en fin de compte qu’à mieux habiller le rôle de bâilleur de

fonds du gouvernement américain dans un projet dont la finalité est à la fois technologique –maintenir une

avance technologique décisive pour les Etats-Unis grâce à un soutien massif aux industries de l’armement- et

5

Nouvelles Atlantiques n° 3354, 23 janvier 2002.

6

Au sommet européen d’HELSINKI DES 10 ET 11 D2CEMBRE 1999 ? LES Etats membres s’étaient engagés

à moderniser leurs armées d’ici l’année 2003 afin d’être aptes à déployer une force de 50 à 60.000 personnes

dans un délai de 60 jours, avec le soutien aérien et naval nécessaire et la capacité de soutenir l’effort durant une

année : c’est le « Headline Goal » de la Défense de l’Union Européenne.

7

Nouvelles Atlantiques n° 3351, 23 janvier 2002.

8

Nouvelles Atlantiques n° 3377, 19 avril 2002.

9

Nouvelles Atlantiques n° 3391, 8 juin 2002.

mercantile, le message aux Européens étant du type «si vous ne parvenez pas à produire les technologies dont

vous avez besoin, nous pouvons vous vendre les nôtres ». Ce dernier objectif est jusqu’à présent partiellement

entravé par les restrictions imposées par l’Administration américaine aux transferts de technologies. Mais ici

aussi les efforts de lobbying portent progressivement leurs fruits : un rapport

10 d’une Task Force on

Globalization and Security établie au sein du Defense Science Board (l’organe chargé de conseiller le secrétaire

à la Défense) concluait en décembre 1999 qu’un encouragement aux fusions et acquisitions transfrontalières

ainsi qu’un assouplissement –en fait, une libéralisation- des régimes applicables aux exportations d’armements et

aux transferts de technologies (sauf pour quelques technologies pointues que se réservent les Etats-Unis), étaient

dans l’intérêt de l’industrie américaine. Celle-ci trouvera donc en la personne de Lord Robertson un allié de

poids.

Une montée en puissance des forces non politiques.

La DCI nous amène au constat d’une affirmation de plus en plus marquée des forces non politiques, au caractère

transnational de plus en plus prononcé et difficilement contrôlables par les pouvoirs politiques dont elles se

placent désormais en concurrentes

11.

Ces forces non politiques, représentantes de l’ordre économique néolibéral caractérisé par une privatisation de

l’essentiel des activités humaines –y compris celles liées à la sécurité internationale- ont trouvé dans les

événements du 11 septembre 2001 une occasion inespérée de conférer à l’instrument militaire la légitimité

politique qui lui faisait défaut depuis la fin de la Guerre froide. Par le biais de la DCI et de substantiels

accroissements des budgets de la défense, l’instrument militaire est désormais assuré de disposer des moyens

nécessaires à l’exécution des missions définies dès 1999 dans le Concept stratégique de l’Otan.

Fondé sur «une approche globale de la sécurité », ce nouveau Concept stratégique affirme qu’en plus de sa

fonction traditionnelle, conformément aux dispositions des articles 5 et 6 du Traité de Washington, de dissuasion

et de défense contre toute menace d’agression visant un pays membre, l’Alliance doit également être en mesure

de réagir hors zone atlantique, partout dans le monde, aux risques et menaces liées à des facteurs politiques,

économiques, sociaux, religieux ou environnementaux.

La force militaire est ainsi propulsée au coeur des processus de la mondialisation dominée par le capital financier

et les privatisations. La viabilité et la stabilité des systèmes globaux majeurs que sont les échanges commerciaux,

les marchés financiers, l’approvisionnement énergétique et l’environnement –considérés comme des intérêts

nationaux de la plus haute importance pour l’Amérique

12- ne peuvent, selon la pensée économique dominante,

être assurés que par une militarisation croissante de la planète. ?

En 2001, les pays membres de l’Otan ont affecté quelque 470 milliards de dollars à leurs dépenses militaires.

Une somme qui prend désormais l’allure, en quelque sorte, d’une prime d’assurance supportée par la collectivité

mais destinée à assurer les intérêts particuliers du capital privé. Une somme qui permet aussi que se perpétue une

exploitation inique des ressources de la planète, au détriment d’une grande et croissante partie de la population

mondiale privée des bénéfices de la mondialisation. Une somme, enfin, qui alimente un système grâce auquel le

complexe militaro-industriel développe un caractère de plus en plus prédateur de la sécurité internationale : loin

de nous assurer paix et prospérité, le filet de sécurité militaire dont dépend une mondialisation inégale - qui sera

inévitablement défiée- crée au contraire les conditions de notre insécurité.

Un défi pour l’Europe : éviter la spirale infernale de la hausse des dépenses militaires.

L’Europe peut faire d’autres choix. Il lui est encore possible de «compter » sur la scène internationale autrement

qu’en se laissant entraîner par les Etats-Unis dans la spirale infernale de la hausse des dépenses militaires et du

renforcement de son propre complexe militaro-industriel. Alors qu’aujourd’hui la puissance militaire reste

incontestablement la première bénéficiaire des investissements publics destinés à assurer la sécurité, l’Union

Européenne pourrait faire le choix, qui serait aussi celui de l’efficience économique, de privilégier les autres

dimensions que recouvre la notion de sécurité : coopération au développement, préservation de l’environnement,

prévention des conflits et gestion civile des crises par exemple.

Indubitablement, au sein de l’Union Européenne aussi, le 11 septembre 2001 a dégagé une énergie nouvelle pour

la relance des initiatives sur les capacités militaires. Le « Plan d’action européen sur les capacités » (ECAP)

adopté le 19 novembre 2001, à Bruxelles, lors de la Conférence sur l’amélioration des capacités militaires de

l’U.E., ainsi que les groupes de travail instaurés à l’initiative de la Présidence espagnole dès février 2002 en sont

l’illustration. Cependant, conduites avec intelligence, en améliorant les synergies entre les programmes

nationaux et multinationaux, en oeuvrant à la mise en place d’un système européen d’acquisition, en remédiant

10

U.S. Departement of Defense, Final Report of the Defense Science Board Task force on Globalization and

security of the Under Secretary of Defense for Acquisition and Technology, Washington D.C., décember 1999.

11

L’esprit du technological gap, De Defensa, Vol. 15, n° 3, 10 octobre 1999.

12

America National Interests : A Report from The Commission on America’s National Interests, july 2000,

disponible sur : http://www.nixoncenter.org/oublications/monographs/nationalinterests.htm

aux duplications d’efforts au seil de l’U.E., ces initiatives pourraient aboutir à une défense européenne commune

plus efficace, mais surtout meilleure marché que la somme des efforts nationaux : Déclaration sur les capacités

militaires de l’Otan (6 juin 2002)

Dispersés. Il faut privilégier cette hypothèse selon laquelle une amélioration des capacités militaires propres ne

s’accompagne pas nécessairement, pour l’Union Européenne, d’une hausse des dépenses militaires.

Pour l’heure, face aux pressions des milieux atlantiques et aux discours va-t-en-guerre de certains dirigeants

européens

13, seules les Assemblées parlementaires, et singulièrement le Parlement Européen, sont réceptives à

ces arguments. C’est en leur sein que ces questions doivent être débattues. Il est donc fondamental de renforcer

la dimension parlementaire de la nouvelle architecture de sécurité et de défense européenne.

Documents de référence figurant sur le site

 

13

 

L'aide états-unienne au Soudan

20 août 1998 : les Etats-Unis lancent depuis le Golfe 19 missiles qui pulvérisent l'unique usine de médicaments du Soudan. Le prétexte - qu'elle produisait des armes chimiques - était totalement fantaisiste. Par contre, l'usine produisait 60% des médicaments disponibles au Soudan. On n'évaluera sans doute jamais le nombre de morts et les souffrances qu'a provoqués directement la destruction de cette usine, et qu'elle continue à provoquer, les Etats-Unis n'ayant jamais trouvé utile de proposer le moindre dédommagement.

Loin des fantasmes du terrorisme islamiste et d'al-Qaida, c'est la misère et le sous-développement extrême qui est le meilleur moteur pour les conflits régionaux, notamment celui qui ravage le Soudan depuis des décennies, pas seulement au Darfour. Comme vient de le déclarer l'ambassadeur britannique aux Nations Unies, la représentation occidentale du conflit du Darfour est erronée, il s'agit plutôt d'une lutte « pour obtenir le contrôle des ressources nationales limitées »1.. « Il n'y a aucune ressource humaine de base. Les gens boivent aux mêmes sources que les animaux; il y a un manque de routes, d'écoles et d'infrastructures médicales. », déclare un responsable soudanais.2.

Les bombardements et les sanctions économiques contre un pays affamés et exsangue ne contribuent certainement pas à apaiser les tensions et à apporter une solution aux drames humanitaires.

Vers une mission de l'OTAN

Le but affiché des États-Unis est d'arriver à imposer une force dirigée par l'OTAN au Soudan. Cela devrait se faire en deux temps, exactement à l'image de ce qui s'est passé en Afghanistan : D'abord , une mission de l'ONU de maintien de la paix remplace la mission actuelle de l'Union africaine de surveillance du cessez-le-feu; dans un deuxième temps, l'ONU confie 'naturellement' la mission à l'OTAN - Koffi Annan a suffisamment prouvé qu'il n'a rien à refuser aux USA.

« L'OTAN pourra entrer en jeu avec l'aide des Etats-Unis dans le cadre de l'ONU, pour signifier au gouvernement soudanais que nous avons l'intention d'apporter la sécurité à la population et que nous avons l'intention d'aider à trouver un accord de paix durable », déclare ainsi George Bush en mars dernier, relayé par le secrétaire général de l'OTAN de Hoop Scheffer : « Je suis persuadé, comme je l'ai dit au président [Bush], que quand l'ONU sera là, les pays membres de l'OTAN seront prêts à faire davantage pour permettre de déployer une force au Darfour »
3.

L'OTAN a déjà un pied au Darfour depuis juin 2005, dans le rôle de support logistique de la mission de l'Union africaine: le président Konare a complaisamment cédé aux pressions états-unienne, et 'demandé' l'aide de l'Alliance, court-circuitant l'opposition de la certains pays de l'OTAN dont la France, dont l'agenda entre en contradiction avec celui des USA.

Effets pervers

La première chose à faire est évidemment de "démontrer" que les forces actuelles l'Union Africaine sont incapables de faire cesser les massacres au Darfour. Ce résultat ne devrait pas être trop difficile à atteindre. il suffit que les groupes rebelles créés, financés et armés par le régime Tchadien rompent le cessez-le-feu négocié; la culpabilité en sera en tout cas attribuée au "régime soudanais et ses milices arabes".
4.

Le fait même de brandir la menace de l'intervention humanitaire a donc l'effet paradoxal (mais parfaitement prévisible) d'aggraver le problème humanitaire. Comme naguère en Yougoslavie, les seigneurs de guerre de la région vont espérer une intervention occidentale en faveur de leur cause, et n'ont donc aucun intérêt à des concessions négociées. Le pompier états-unien est en train d'attiser sciemment les flammes dans la région.

Larmes des vautours autour de puits de pétrole

Les choses deviennent beaucoup plus claires lorsqu'on sait que le Soudan possède du pétrole en très grandes quantités - certains parlent de ressources rivalisant avec celles de l'Arabie Saoudite – et que ces ressources pétrolières sont actuellement exploitées non par des compagnies américaines, comme au Tchad, mais principalement par la compagnie chinoise des pétroles.
5.

Lorsque les grandes puissances évoquent avec tant d'insistance l'humanitaire, le plus élémentaire réflexe devrait être de se demander qu'est-ce qu'on est en train d'essayer de nous vendre ? Accorder la moindre crédibilité aux Bush et consort aujourd'hui, reviendrait à prendre au sérieux les affirmations de Léopold II qui voulait, main sur le cœur libérer les nègres des esclavagistes arabes, ou celles d'Adolf Hitler dont l'unique préoccupation était de libérer le peuple des Sudètes des exactions tchèques .

La crise humanitaire au Darfour est instrumentalisée par les Etats-Unis dans une tentative de brider la montée en puissance de la Chine, et de la maintenir en état de dépendance pour l'accès au pétrole. L'Irak est (actuellement) fermé, l'Iran est également dans la ligne de mire. Il s'agit d'une question cruciale pour la survie même de l'hégémonie US.

Il est essentiel que le mouvement pour la paix, en particulier dans les pays de l'OTAN, ne retombe pas dans le piège de l'humanitaire. Une intervention de l'Occident au Soudan n'est certainement pas une partie de la solution, mais bien une partie du problème.

1. "Darfour, un conflit mal compris, affirme l'ambassadeur britannique au Conseil de sécurité" – Nations Unies, 15 juin 2006
2. "Sudan: Pas d'accueil enthousiaste pour les casques bleus", Inter Press Service (Johannesburg), 16 Juin 2006
http://www.ipsnews.net/africa/
3. "Bush espère que l'OTAN va prendre la direction des opérations au Darfour", Xinhuanet 20 mars 2006
4. cf "Le chef du Mouvement de Libération du Soudan menace de rompre l'accord de paix avec Khartoum", AP, 17 juin
5 "The Oil Factor About Sudan", John Laughland - The Guardian 3 août 2004http://www.stopusa.be/scripts/texte.php?section=BQ&langue=1&id=22982fo2r@free.fr


http://www.csotan.org/textes/texte.php?art_id=308&type=articles

Les nouveaux rôles probables de l’Otan dans les futurs scénarios impérialistes : Comment arrêter l’Otan ?George Havatzas
28 juin 2004

Chers amis et camarades,

Une menace contre la paix de l’humanité et contre l’avenir des peuples rôde à Istanbul. Cette menace n’est autre que la réunion du sommet de l’Otan. En outre, ce sommet spécifique des dirigeants des 26 Etats membres, anciens et nouveaux, de l’Otan signifie la transformation de l’alliance à un niveau opérationnel, d’une façon telle que ses forces sont être capables d’opérer en unité et seront donc à même de répondre plus efficacement aux nécessités actuelles des quartiers généraux impérialistes. Les décisions auxquelles on s’attend marqueront un pas décisif vers la mise en application de la doctrine de l’Otan de la « guerre et action préventives », l’Otan constituant une force d’oppression mondiale dans les limites d’action que lui octroie son statut mondial aujourd’hui élargi. Entre autres en ce qui concerne le projet d’expansion du Moyen-Orient. La dimension militaire de la globalisation capitaliste a été amenée sur la table par les hauts responsables de l’Otan. Ces décisions deviennent de plus en plus dangereuses et constituent une menace sans cesse grandissante pour les peuples, du fait qu’elles ont été adoptées à une époque où l’agression impérialiste ne cesse de s’intensifier. En outre, il y a encore la décision très récente des grands responsables capitalistes mondiaux, ceux des pays du G-8, qui s’est réuni aux Etats-Unis, lequel pays définit, lui, les grandes lignes de l’affaire.

Déjà, en Grèce, la chose a été rendue publique sans démenti jusqu’à présent. Le gouvernement grec s’empresse d’accepter les demandes américaines en vue de remodeler 40% des forces armées du pays, de sorte qu’elles soient entièrement compatibles avec le modèle défini par la Force de Réaction rapide de l’Otan et qu’elles soient également en mesure de se déployer dans n’importe endroit de la planète où l’alliance fonctionne. En attendant, afin d’assurer la rotation des forces dans des missions à long terme, le gouvernement grec a accepté la demande de l’Otan, à savoir que 8% des troupes grecques remodelées soient à même, conformément aux nécessités opérationnelles de l’Otan, d’assurer une présence permanente dans n’importe quelle région du globe où l’Otan a déployé son action.

En fait, selon des informations diplomatiques, ces décisions du gouvernement grec concordent effectivement avec la nouvelle structure opérationnelle planifiée par l’Otan et elles concernent chaque Etat membre de l’alliance. Un prélude certain de l’implication directe des Grecs dans les nouveaux plans impérialistes n’est autre que le récent projet de loi présenté au parlement grec, lequel entend « résoudre » le problème de l’utilisation de navires commerciaux par les forces armées afin de transporter du matériel de guerre et des troupes vers d’autres pays, puisque, dans l’actuel état des choses, on ne peut acheminer de forces armées par bateau en dehors des frontières grecques.

De façon plus spécifique, en ce qui concerne le genre de missions qui auront lieu dans le cadre du nouveau rôle de l’alliance, le commandant américain des forces alliées en Europe, le général James L. Jones, étudie, dans un article publié dans NATO reviews, comment l’alliance a modifié ses structures militaires et créé sa Force de Réaction rapide. « Jusqu’en 2006 », note le général américain, « l’alliance sera équipée d’une nouvelle capacité militaire – ce qu’on appelle la capacité d’action préventive. Ceci », poursuit Jones, « constitue un changement essentiel dans la morale et la culture de l’alliance, comparé à ce qui se faisait durant la période de la guerre froide. »

Cette « nouvelle capacité militaire » dont parle le responsable américain présuppose une restructuration de l’administration de l’Otan, laquelle a déjà eu lieu, et la transformation de 40% des forces nationales des Etats membres selon le modèle de la Force de Réaction rapide. Quant aux missions que cette alliance « transformée » sera à même d’entreprendre, l’Afghanistan, où l’alliance est déjà engagée, en a subi un bon exemple, et ce sera pareil pour l’Irak, où elle ne va pas tarder à intervenir, dégradant encore plus le statut déjà bien effiloché de l’ONU.

Ne perdons naturellement pas de vue que, dans les Balkans, après la guerre de l’impérialisme anglo-américain contre la Yougoslavie et la formation d’Etats protectorats, les forces de l’Otan ont :maintenu leur présence, c e qui constitue une source constante de tension et d’instabilité dans la région.

Ne mettons pas non plus de côté le rôle de l’Union européenne. Déjà, avec l’euro-constitution décidée lors de la récente rencontre au sommet de l’UE, celle-ci adoptait la doctrine militaire américaine des « frappes préventives » a l’encontre d’un pays ou plus sous le prétexte de combattre le « terrorisme ». Un aspect intégral de l’euro-constitution consiste dans la militarisation de l’UE, laquelle soutiendra et complètera l’Otan partout où la chose s’avérera nécessaire. Dans le cadre du FYROM, les forces armées européennes ont déjà remplacé les forces de l’Otan et elles sont prêtes à faire de même en Bosnie. Le sommet européen a montré on ne peut mieux que les impérialistes sont unis quand ils se préparent à attaquer les peuples, alors que leur confrontation concerne simplement la question de savoir qui s’occupera du partage des bénéfices (voyons ce qui s’est passé durant la première invasion américaine de l’Irak et pensons à l’attitude de l’UE). Les peuples doivent prendre leurs propres mesures préventives et déclarer leur propre guerre préventive contre la guerre impérialiste à l’échelle mondiale. Une première réponse réside dans la manifestation populaire internationale visant à condamner les crimes impérialistes, manifestation qui a eu lieu aujourd’hui à Istanbul, de même que les nombreux rassemblements présentant les mêmes revendications et qui se sont tenus dans de nombreuses villes grecques. Il n’y a pas de place pour les illusions et il n’y a pas non plus de temps à perdre. Les guerres impérialistes de la dernière décennie ont donné le signal voici longtemps déjà.

En Grèce, nous avons une riche expérience dans les actions orientées de la sorte.

Notre action très diversifiée contre les forces de l’Otan durant la période de guerre en Yougoslavie a été presque unanimement bien perçue par le peuple grec (98% !) et elle a suscité beaucoup d’intérêt de la part des mass media internationaux. Nous avons organisé des conférences internationales à Salonique, conférences que nous avons estimées utiles pour l’échange d’expériences avec les mouvements de notre région. Nous avons également participé à un forum international, avec divers séminaires, mis sur pied par Ban-c, comme ceux de Florence et de Paris.

C’est avec la même motivation que nous avons organisé, au printemps précédent, les grands rassemblements anti-guerre contre l’invasion et l’occupation de l’Irak, affirmant clairement, dès les tout premiers instants, que le désaccord original de l’UE était avant tout motivé par le partage du butin après la guerre. Tous ces rassemblements ont culminé, l’an dernier, par la grande manifestation internationale du contre-sommet de l’UE qui a été organisée par « Action-Salonika 2003 », en juin 2003, et qui a été la seule initiative dénonçant avec virulence le caractère impérialiste de l’Otan et de l’UE. Nous n’avons pas l’intention de baisser les bras, et nous poursuivrons notre lutte contre la présence des bases militaires des Etats-Unis et de l’Otan sur notre territoire, ou encore contre le massacre du peuple palestinien.

La seule barricade contre l’agression impérialiste réside dans le développement au niveau national du mouvement anti-impérialiste et anti-guerre et dans sa coordination au niveau international. C’est le sens que nous donnons à notre présence ici et à notre participation aux activités de votre mouvement. Merci de nous avoir prêté l’oreille.

Je vous souhaite un grand succès dans votre combat contre l’Otan et contre l’impérialisme.

Traduit par Jean-Marie Flémal


« La future défense européenne est un livre ouvert pour les États-Unis »Entretien avec le Général Henri Paris, président de la Fédération des officiers de réserve républica
4 mai 2005
source : L’Humanité


Pourquoi vous prononcez-vous contre le traité constitutionnel ?
Le traité constitutionnel fait explicitement référence à l’OTAN comme le « fondement » d’une éventuelle défense européenne. Quand l’Alliance Atlantique a été fondée en 1949 elle répondait à deux critères. D’une part une aire géographique précise : l’Atlantique Nord. D’autre part elle était fabriquée pour répondre à un adversaire identifié : le bloc de l’Est et le Pacte de Varsovie. En 1991 il n’y a plus de pacte de Varsovie, plus d’ennemi identifié, pourtant l’OTAN continuer d’exister, quitte à contredire le cadre géographique de l’Atlantique Nord. Il est par exemple contre nature de voir l’OTAN intervenir en Afghanistan. L’OTAN n’est plus qu’un simple supplétif des Etats-Unis. Il me semble donc inconcevable de lier structurellement une défense européenne à l’Alliance Atlantique.

Le traité empêche donc selon vous toute défense européenne indépendante ?
Effectivement. D’autre part il faut bien mesurer toutes les implications si le « oui » l’emporte. Pour mémoire, l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord indique que « les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence, elles conviennent que si une telle attaque se produit chacune d’elles assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et en accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée ». Le projet de constitution européenne va plus loin. Il oblige les Etats membres, dans son article 1-41-7, à apporter « aide et assistance par TOUS les moyens en leur pouvoir au cas où un Etat membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire ». La nuance entre les deux articles est d’importance. D’une part elle risque d’entraîner la France dans des conflits qui ne la concernent pas, d’autre part cela pose la question de l’arme nucléaire. Il faut bien mesurer que la France est la seule puissance nucléaire européenne indépendante. Quant à l’armement nucléaire britannique il est sous sujétion américaine, puisque les missiles sont de fabrication américaine.
L’arme nucléaire à la disposition des Vingt Cinq ? Pourquoi pas ? Mais cela implique de définir une stratégie commune de dissuasion adaptée à l’espace géographique des Vingt Cinq, de définir des cibles communes… Or quelle peut être une stratégie commune ? La dissuasion se réfléchit dans un cadre du « faible au fort », qui voudrait-on dissuader aujourd’hui ? La Chine ? C’est absurde ! Une stratégie nucléaire européenne commune implique une refonte des concepts stratégiques. Or la constitution, en posant le cadre de l’OTAN comme fondement de la défense européenne, donne déjà un cadre stratégique et empêche de développer une politique de défense indépendante.

Pourtant on avance l’idée que le traité permet de lutter plus efficacement contre les « nouvelles menaces » ?
Absurde ! Il n’y a pas besoin d’une constitution pour organiser la lutte commune contre le terrorisme. Par contre, je note que le traité est étrangement muet concernant les paradis européens de blanchiment d’argent sale. Cet argent est le nerf de la guerre des terroristes. Il est plus efficace de mettre en place des règlements et des outils permettant de lutter contre ces paradis que de s’aligner derrière la conception américaine de la lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, à peine cinq pays en Europe disposent de ce que l’on peut appeler une défense organisée autour d’industries de défense. Les trois principaux sont la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne. Loin derrière on trouve l’Espagne et l’Italie. La constitution, en obligeant les pays européens à augmenter leurs capacités militaires, pousse tous les autres pays de l’UE à acheter des « matériels sur étagères ». On voit le résultat lorsque la Pologne décide d’acquérir des F16 américains, renforçant du même coup se dépendance à l’Oncle Sam.
Pour être indépendante, l’Europe a besoin d’une indépendance technologique. Or l’alignement derrière l’OTAN, le concept d’interopérabilité sous critères de l’OTAN, mettent à mal cette indépendance. L’interopérabilité ce n’est pas simplement la standardisation du calibre des armes et des munitions, c’est aussi la normalisation aux standards de l’OTAN, donc américains, des systèmes de communication, de transmission y compris du chiffre, et de commandement. Autant dire que la future défense européenne est un livre ouvert pour les Etats-Unis. Ce ne sont pas les coopérations renforcées que vous évoquez qui changent quoi que ce soit. Tel qu’il est conçu dans la constitution ce système donne à la Grande Bretagne un rôle d’arbitre et le pouvoir de s’opposer à toute coopération. Elle le fait déjà concernant les applications militaires du système Galiléo, qui pourrait être une alternative au GPS américain. Quand on connaît les penchants atlantistes de ce pays on a du mal à imaginer qu’il appuie des programmes de recherche qui heurteraient les intérêts des Etats-Unis.

Contact Fédération :

http://www.csotan.org/textes/texte.php?type=articles&art_id=235

:

G1027 : Le Concept stratégique de l’Otan (avril 1999)

G1029 : Déclaration sur les capacités militaire de l’Otan ( 6 juin n 2002)

G1030 : Déclaration sur les capacités militaires de l’Union Européenne (19 novembre 2001)

Les initiatives sur la capacité militaire de l’Otan : garantes ou prédatrices de la sécurité

internationale ?

Luc Mampaey,

Chercheur au Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP).

L’Initiative sur les capacités de défense (ou DCI, Defense Capabilities Initiative) résulte d’une initiative des

Etats-Unis issue d’un exposé présenté par le secrétaire d’Etat américain à la Défense, William Cohen, à la

réunion des ministres de la Défense de juin 1998, à Bruxelles. Cet exposé, traitant de la manière de réorganiser

l’Otan pour lui permettre de relever les défis du XXIème siècle, a amené M. Cohen à proposer la DCI à la

réunion informelle des ministres de la Défense de septembre 1998 à Vilamoura, au Portugal. Les fondements de

cette initiative furent ensuite établis en novembre 1998 lors d’une conférence de l’Alliance à Norfolk (Virginie)

sur le thème de la «Transformation de l’Otan pour répondre aux défis du XXIème siècle » au cours de laquelle

les représentants des 16 pays membres de l’Alliance atlantique et des trois pays qui étaient à cette époque sur le

point de la rejoindre (Pologne, Hongrie et République Tchèque) ont approuvé la transformation nécessaire des

capacités de défense

1.

L’Initiative sur les capacités de défense (DCI) a finalement été entérinée par les chefs d’Etats et de

gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord à Washington, les 23 et 24 avril 1999.

Elle a pour objectif premier de garantir, notamment par une meilleure interopérabilité des forces, l’efficacité des

futures opérations multinationales dans la gamme complète des missions définies dans le nouveau concept

stratégique de l’Otan adopté au cours de ce même Conseil.

La DCI se compose initialement de 59 points définis à partir d’un examen des priorités des commandements

stratégiques de l’Otan et d’une mise en évidence des lacunes. Ces 59 points –dont la liste complète est classifiéesont

répartis en 5 catégories

2 :

1. Capacités de déploiement et de mobilité : 6 points portant essentiellement sur l’acquisition de moyens de

transport aériens et maritimes.

2. Système d’information de commandement et de contrôle : 8 points, dont des systèmes d’identification de

combat et des moyens déployables de commandement et de contrôle.

3. Efficacité de l’engagement : la plus importante des catégories avec 22 points, dont la su

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