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25/07/2010

La révolte des autonomes

extrait:

22 janvier 78 : Week-end contre l’Europe des polices à l’université de Strasbourg : les trois présidents d’université communiquent : « Il n’est pas question que les facultés strasbourgeoises hébergent les participants à ce rassemblement ». Le rassemblement est interdit. Le veille, FR3 région mettait en garde la population contre la venue de « deux mille étrangers, armés et casqués » un commerçant ironisera : « Ce serait la première fois que les barbares viennent de l’Ouest ». Le rassemblement sera empêché par un quadrillage policier sans précédent.

 

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Autonomes* : de la révolte à l’auto construction

1977/1981 Chronique du mouvement autonome parisien

*Petit Larousse Autonome, adj.(du grec autos, soi-même, et nomos, loi) Qui jouit de l’autonomie. Région autonome. Elève autonome. Gestion autonome : organisation d’une entreprise telle que chaque secteur, chaque atelier est indépendant des autres. Adj. et nom : se dit de certains contestataires, génération de la mouvance d’extrême gauche, qui rejettent toute organisation politique.

Parmi la génération des vingt trente ans qui se revendiquent aujourd’hui de « l’autonomie » peu connaissent l’histoire du mouvement autonome qui a défrayé la chronique avant l’ère Mitterrand et qui a été très peu documenté. Tout au plus quelques grandes lignes qui constituent une sorte de « contre culture » de la révolte trop souvent assimilée au catastrophique groupuscule « Action directe ». Les « autonomes » d’aujourd’hui sont plus préoccupés par la construction réelle de leur autonomie. On en trouve beaucoup dans le monde rural, le plus souvent en réseau, s’occupant de construire leur habitat avec des matériaux naturels, de produire leur alimentation tout en essayant de trouver des énergies alternatives. Ils tentent ainsi de « se construire eux mêmes » .

L’extrême gauche est en crise. Dissolution de la « Gauche prolétarienne » maoïste et de son journal La Cause du peuple. En 1976, des assemblées générales à Jussieu réunissent des centaines de militants qui veulent poursuivre le combat, auxquels s’ajoute une nouvelle génération d’étudiants pauvres et de chômeurs. L’émergence du mouvement des radios libres, de revues comme Camarades, Matin d’un blues, l’ouvertures de squatts politiques créent des pôles de « recomposition du mouvement ». S’organiser pour satisfaire ses besoins quotidiens sur l’habitat, les transports, la nourriture et les loisirs entraînent autant d’ « auto-réductions », c’est-à-dire le non paiement. Pour ces personnes, les luttes urbaines se font sur le terrain social, pour soi-même et pour l’expression d’une révolte qui prend de multiples visages (comme le montre la chronologie qui suit).

L’expression politique de cette mouvance justifie son existence en expliquant que l’automatisation de la production entraîne forcément un chômage de masse qui ne pourra que s’amplifier. L’Etat devra alors redistribuer un revenu garanti à chaque individu pour qu’il puisse choisir librement ses activités. Ce revenu garanti entraînera de fait une hausse des salaires provenant du travail aliéné. Cela ne pourra advenir que par une lutte sans merci avec l’Etat. En attendant cette démocratie sociale, les autonomes prendront l’argent là où il se trouve : dans les banques. Toutes les actions qu’ils médiatisent en utilisant le plus souvent la violence sont faîtes pour donner des orientations afin que quiconque s’y reconnaissant crée son groupe autonome selon ses affinités.

Il y aura donc un mouvement organisé et un mouvement diffus.

Une enquête réalisée en octobre 1979 par la revue Les dossiers de l’étudiant (cité par Laurent Greilsamer dans « Les autonomes de l’An III », Le Monde du 16/10/79)

indique que 0,9% de la population scolarisée après le baccalauréat se déclare autonome (soit 9 778 personnes), 13,1% sympathisants (soit 136 428 personnes) 30% indifférents, 33,8% en désaccord, alors que 22,3% ignorent tout de ce qu’ils représentent. 24,5% des étudiants estiment qu’il est normal de « piquer de la nourriture dans un grand magasin », 8% de « braquer une banque » 28,8% de ne pas payer ses impôts, 64,1% de refuser de faire son service militaire et enfin 6,7% qu’il est « normal » de casser une vitrine.

Note d’intention du réalisateur

J’ai côtoyé le mouvement autonome parisien, notamment en participant au « Collectif de défense militante » qui s’occupait de la défense des autonomes emprisonnés, j’ai ensuite collaboré au magazine Gueule (ex La Gueule Ouverte). Il s’agit de faire un documentaire historique se servant du principe de la chronologie, en sollicitant l’INA pour les archives télévisuelles et les agences de presse pour les photos. Trois intellectuels reconnus s’exprimeront sur le sujet :

Yann Moulier-Boutang, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et directeur de publication de la revue Multitudes analysera la dernière révolte des banlieues.

Antonio Negri, philosophe, (L’Anomalie sauvage : puissance et pouvoir chez Spinoza PUF 1982, Le pouvoir constituant : essai sur les alternatives de la modernité PUF 1997) dernier ouvrage paru en collaboration avec Michael Hardt Empire (Harvard University Press, Exils, 10/18) (600 000 exemplaires vendus) développera son point de vue sur la notion de forces sociales constituantes d’une alternative à la machine capitalistique.

Bernard Nadoulek, fondateur du journal Matin d’un Blues en 1977, dernier ouvrage paru L’épopée des civilisations (Eyrolles 2005) s’exprimera sur l’emploi de la violence (de la part du pouvoir et/ou du « contre pouvoir » comme forme de non résolution des problèmes sociétaux

Un certain nombre de protagonistes de ce mouvement seront interviewés sur cette époque. Ils sont aujourd’hui directeur de radio associative, professeur, infographiste, écrivain, journaliste, vidéaste, animateur d’association de lutte contre le chômage, travailleur précaire, artiste. En épilogue de ce film, ils s’exprimeront également sur les questions posées à l’époque qui ne sont toujours pas résolues à ce jour.

Dans les balbutiements des radios pirates, une coordination se crée « l’Association pour la libération des ondes (ALO) ». « Le point de vue de l’autonomie sur cette question des moyens de communication de masse est que cent fleurs s’épanouissent, que cent radios transmettent.. » (La révolution moléculaire. Félix Guattari)

Fin 76 debut 1977 : à la faculté de Tolbiac, des inorganisés se baptisent « collectif étudiants autonomes », après le détournement du réseau de haut-parleurs baptisé « Radio Tolbiac en Lutte, RTL » qui dénoncent notamment les restaurants universitaires « trop chers et pas bons » « une soixantaine d’entre eux s’emparent de deux cent repas à Censier pour les distribuer. Une bombe ? Vingt minutes plus tard, un millier de repas est donné à Jussieu…. L’idée fait boule de neige : des commandos de la gratuité fleurissent alors à la pitié Salpétrière, à Villetaneuse, à Strasbourg et à Aix-en-Provence » ( « La galaxie des autonomes », Le Monde du 25/01/78) Mars 1977 : au siège de la BNP, une grève est lancée au centre de traitement informatique par un collectif autonome qui opère au sein de la CFDT, un an plus tard, la confédération « lassée », suspendra provisoirement sa section BNP. 23 mars 1977 : assassinat de Jean Antoine Tramoni par « Les Noyaux Armés pour l’Autonomie Populaire ». Tramoni était le meurtrier en 1972 de Pierre Overney, militant maoïste chez Renault. 31 juillet 1977 : Malville la manifestation préparée depuis des mois s’annonce comme un événement significatif. L’extrême gauche et la coordination des comités Malville souhaitent « une manifestation non-violente-offensive », la majorité des opposants à la construction du surgénérateur espèrent qu’une grande manifestation pacifique suffira à faire reculer le projet, alors que les divers groupes de la mouvance autonome et libertaire ne croient qu’à l’affrontement avec la police pour au moins signifier leur opposition radicale. Les médias avaient préparées l’opinion en annonçant l’arrivée de groupes autonomes étrangers réputés violents. Les CRS purent ainsi tirer des grenades offensives sur les manifestants : un mort, deux amputations et cinquante mille manifestants trempés par une pluie battante. Libération avec Claire Brière pouvait alors écrire : « L’heure du Peace and Love écologique contre le nucléaire c’est fini ». 23 octobre 1977 : occupation de Libération par plus d’une centaine d’autonomes qui exigeait la parution d’un quatre pages dans le journal pour expliquer leur vision de l’affaire Baader que Libération avait censurer selon eux. L’assemblée parisienne des groupes autonomes déclare à cette occasion : « Cette occupation signifie clairement a toutes les puissances de ce monde de Paris à Moscou en passant par Pékin et Rome, qu’elle se donnera tous les moyens pour favoriser le mouvement prolétarien écrasé en France en 68 par les bureaucrates syndicaux et gauchistes ». 19 novembre 1977 : manifestation contre l’extradition de Klaus Croissant, l’avocat de Baader. Des centaines d’autonomes font dégénérer le cortège, cassent des vitrines, s’affrontent avec les CRS notamment aux cris de « Libérez Croissant, extradez Krivine » 24 novembre 1977 : au petit matin la police expulse les occupants des squatts de la rue Vercingétorix, de la rue de l’Ouest, de la rue du Château et du passage de Vanves dans le 14ème à Paris alors que le Conseil de Paris venait de « suspendre les expulsions jusqu’au 31 mars 1978 ». Le soir, une manifestation d’un millier de personnes revendiquent « le droit de vivre dans le 14 ème » . Vers 20 H, des groupes autonomes attaquent les CRS avec des cocktails molotovs, des petites barricades sont dressées afin de revenir dans les immeubles évacués. Les locaux de la SEMIREP (Société de rénovation du secteur Plaisance) sont incendiés.(Le Monde du 26/01.78) En province 24 décembre 1977, Grenoble : au cours d’une manifestation pour la libération de Joël Larrive et Patrick Bunoz, accusés d’avoir voulu faire sauter la clôture entourant la centrale nucléaire en construction à Malville, une vingtaine de personnes du groupe « Tornade blanche » détruisent les marchandises des « Dames de France » à l’eau de Javel. Parmi eux, Jeanne, 28 ans, institutrice durant deux ans : « J ‘ai l’impression que la marchandise m’a toujours étouffé : j’en veux pas… » (Libération 17/01/78).

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15/04/2009

Black Blocs vs Otan Strasbourg

 

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l’aticle censuré sur bellacio et récupéré sur indymédia toulouse

OTAN en emportent les black blocs

OTAN en emportent les black blocs
Notes sur la journée strasbourgeoise du 4 avril 2009

« L’insurrection désoriente les partis politiques. Leur doctrine, en effet, a toujours affirmé l’inefficacité de toute épreuve de force et leur existence même est une constante condamnation de toute insurrection »
Frantz Fanon, Les damnés de la terre, 1961.

1

Ce qui s’est passé à Strasbourg était relativement prévisible, et relativement inévitable. Pourtant, comme après chaque contre-sommet qui donne lieu à de belles émeutes, de gauche à droite on hurle au scandale, on accuse les uns et les autres d’avoir laissé faire les émeutier-e-s, de les avoir incité-e-s, ou, encore plus fort, d’avoir machiavéliquement organisé tout ça, dans l’ombre.
Tous les partis politiques, y compris à l’extrême-gauche, se font les porte-voix de discours sécuritaires tous plus puants les uns que les autres, déplorant explicitement ou implicitement l’impuissance policière face aux actes émeutiers (voir plus bas, le florilège de citations bien pensantes).

Au final, c’est toujours le même cinéma, avec dans le fond une idée commune à l’UMP et au Parti Socialiste, d’Attac jusqu’au Front National : il est impossible que des gens soient révoltés au point de se lancer d’eux-mêmes dans des pratiques émeutières. Il faut forcément, pour cela, que ces gens soient d’une manière ou d’une autre manipulés.

2

Comme cela a pu être fait en juillet 2001 suite aux grandes émeutes de Gênes lors du sommet du G8, nous le répétons : nous n’avons besoin de personne pour nous révolter et pour lutter. Ce samedi 4 avril 2009, à Strasbourg, si nous avons cassé des vitrines ou mis le feu à des bâtiments qui sont au service de l’Etat et du capitalisme (douane, banques, station essence, office de tourisme, hôtel Ibis, etc.), si nous avons saccagé des caméras de vidéosurveillance et des panneaux publicitaires, si nous nous sommes attaqué-e-s à la police, ce n’est pas parce qu’une organisation occulte nous y a poussé, mais parce que nous l’avons choisi délibérément.

3

Si nous avons eu autant de facilité à agir, c’est que nous étions plusieurs centaines à le faire, peut-être même plusieurs milliers (les fameux black blocs internationaux !).
C’est aussi parce que les flics ne sont pas totalement des robots. Ce sont des humains, eux aussi peuvent ressentir la peur, par exemple.
Et dans une « démocratie », aussi sarkozyste soit-elle, ça ferait mauvais genre de tuer des manifestant-e-s. Parce qu’une des possibilités pour la police de faire taire les émeutes plus rapidement aurait été de tirer à vue. Et autre chose que des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des tirs de flashball… Le 8 avril 2009, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a déclaré que « la priorité du gouvernement était qu’il n’y ait pas de mort ». Parce que leur « démocratie » ne se sent pas encore trop en danger.

4

Si nous n’avons pas pu agir ailleurs que dans les quartiers pauvres du port autonome de Strasbourg, c’est parce que nous n’avons eu ni la force ni la finesse de parvenir jusqu’au centre-ville. La police et l’armée ont protégé la fameuse « zone rouge », autrement dit le centre-ville et les quartiers bourgeois de Strasbourg. Mais personne n’est dupe : nous aurions été bien plus redoutables dans ces quartiers riches…
Par ailleurs, personne n’est dupe non plus sur le fait que seuls des bâtiments institutionnels ou commerciaux ont été attaqués. Les biens de la population locale n’ont pas été touchés.
Nous luttons contre le pouvoir, pas contre celles et ceux qui le subissent.

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Le discours médiatico-politicien cherche à donner une image de « casseurs nihilistes et sanguinaires » aux black blocs. Pourtant, les pratiques des black blocs ne se limitent pas à des actes de destruction (tout comme nos existences ne se limitent pas aux black blocs, qui ne sont que des modes ponctuels et contextuels de manifestation). Les black blocs pratiquent l’entraide et la complicité avec tou-te-s les manifestant-e-s, dans l’affrontement, l’auto-défense et la fuite face à l’ennemi policier.

Dans l’émeute, se créé une solidarité spontanée et anonyme, authentique au sens où chaque geste n’attend rien en retour.
Il y a là deux mondes qui s’opposent dans leurs démarches mêmes : d’un côté, des manifestant-e-s déterminé-e-s qui sont là pour leurs convictions, leurs désirs, leur rage de vivre, gratuitement et pleinement. De l’autre côté, des flics asermentés qui sont là par contrainte et obéissance, pour l’ordre et pour l’argent, ils sont payés pour réprimer et doivent réfléchir le moins possible à ce qu’ils font (le risque de démission serait trop important).

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Ce qui se discutait lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg nous concerne tou-te-s. Les guerres post-colonialistes menées par les puissances occidentales nous font gerber et la guerre aux « ennemis intérieurs » nous révulse également. Contrôle des populations, gestion des flux migratoires, renforcement des polices, perfectionnement du renseignement et du fichage, c’est contre tout cela que nous nous sommes soulevé-e-s.

7

L’enjeu principal, pour le pouvoir, est de continuer à imposer à tou-te-s la démocratie capitaliste comme unique organisation sociale possible. Et malgré les vies de merde qui sont les nôtres, malgré l’aspect chancelant du capitalisme ces derniers temps, force est de constater que les perspectives révolutionnaires semblent tellement lointaines qu’on ne les imagine qu’avec difficulté. Pourtant, la résignation profondément contre-révolutionnaire de notre époque n’est pas une fatalité. C’est un bel enjeu que celui de réussir à s’émanciper du capitalisme, par la lutte et l’entraide. Et de fait, cette émancipation ne peut co-exister avec le pouvoir capitaliste et étatique.

8

Sachant qu’un autre monde ne peut être possible sans l’anéantissement de la démocratie capitaliste mondialisée, sachant que « toutes les classes dominantes ont toujours défendu leurs privilèges jusqu’au bout avec l’énergie la plus acharnée » (Rosa Luxembourg, Que veut Spartacus ?, 1918), semer le chaos et la destruction (pour reprendre les termes spectaculaires des médias) au sein de ce monde d’oppression et de contrôle social ne nous pose pas de problème. Cela nous semble même insuffisant.

Toute possibilité de transformation révolutionnaire de ce monde ne peut avoir lieu sans rapport de force tangible. C’est aux dominé-e-s de poser de nouvelles bases de vie sociale, sans attendre l’assentiment des dominant-e-s.

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Ces dernières années ont été traversées par des soulèvements qui inquiètent le pouvoir : émeutes des quartiers pauvres en novembre 2005, mouvement anti-CPE au printemps 2006, émeutes anti-Sarko lors des élections présidentielles de 2007, mouvements étudiants et lycéens de 2007-2008, et dernièrement la quasi insurrection grecque.

Pour ces mouvements comme pour les black blocs qui ont agi à Strasbourg, les médias focalisent sur la jeunesse de ces mouvements, comme pour enfermer la révolte dans un phénomène générationnel (avec toutes les remarques condescendantes qui vont avec : « vous verrez, dans dix ans, vous aurez oublié tout ça et vous serez résigné-e-s comme tout le monde »).
Nous pensons qu’il y a là un danger à dépasser absolument. Une insurrection ne peut être uniquement le fait de la jeunesse (une révolution encore moins) mais, comme la lutte des classes, elle doit être traversée et vécue par tou-te-s, au-delà des différences d’âge, de couleur de peau, de genre, de corporation, etc. Avec une conscience pleine des dominations et des exploitations.

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Si nous sommes parti-e-s du constat que pour renverser le pouvoir, il ne sert pas à grand chose de se contenter de manifester calmement, aussi nombreux soit-on, même à plusieurs millions de personnes, nous sommes également conscient-e-s que s’attaquer à la police et vandaliser des propriétés de l’Etat et/ou du capital à quelques milliers ne suffit pas non plus.
A quelques millions, ça aurait déjà plus de gueule. Toutes les technologies de contrôle et de répression pourraient s’avérer insuffisantes à maintenir la colère généralisée.

Mettons en place et répandons des pratiques communes de résistance, des solidarités concrètes, des moyens de lutte hors la loi et des perspectives révolutionnaires… Tout un programme pour en finir avec le vieux monde et ses technologies d’un futur déjà bien moisi !

Quelque part en fRance, le 8 avril 2009, quelques « casseurs » d’un groupe affinitaire actif parmi les black blocs du 4 avril 2009 à Strasbourg


 

Florilège de citations bien pensantes :

« Ils viennent exclusivement pour casser et sont au stade ultime de la bêtise (…). Ils n’ont pas d’autre idéologie que la violence. Ceux sont des voyous qui auraient même pu devenir des criminels quand on voit certaines images. »
Robert Herrmann, premier adjoint au maire (PS) de Strasbourg, cité par Philippe Wendling dans un article de 20 Minutes, 3 avril 2009.

« Mais surtout, j’ai de la colère, parce que des gens qui seront présentés comme des militants anti-OTAN alors qu’ils ne méritent que le nom d’imbéciles, ont commis des actes très graves qui méritent une condamnation claire et sans ambiguïté. Ces gens ne sont pas des nôtres, ce ne sont pas des militants pacifistes et nous refusons que leurs actes soient rapprochés d’une manière ou d’une autre de la manifestation pour la paix à laquelle les communistes ont participé. »
Marie-George Buffet, communiqué du Parti Communiste Français, 4 avril 2009

« Le PCF du Bas-Rhin condamne avec la plus grande fermeté les violences gratuites des groupes venus au nom de prétextes fallacieux pour casser. Ces gens là n’ont rien à voir avec les mouvements démocratiques qui organisaient le Contre-sommet de l’OTAN. Ces groupes font le jeu des Sarkozy, Merkel, Berlusconi, Brown etc… qui dominent l’Europe et qui l’ont conduite dans l’ornière de la crise économique et sociale d’aujourd’hui… »
Communiqué de la fédération du Bas-Rhin du Parti Communiste Français, 4 avril 2009

« L’objectif du gouvernement était clair, faire passer pour des casseurs tous ceux et celles qui souhaitaient manifester leur opposition à l’OTAN. »
Communiqué du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), 4 avril 2009

« On voit bien aujourd’hui de quel côté se situent l’extrémisme et la violence : à gauche ! Le Front National dénonce le saccage de Strasbourg par des bandes de voyous venus principalement d’Allemagne. »
Bruno Gollnisch, vice-président exécutif du Front National, 4 avril 2009

« Avant même le début de la manifestation, et pendant de longs moments, des casseurs venus de toute l’Europe se sont livré à des actes criminels dont les premières victimes sont les habitants du quartier du port du Rhin. Ces actes intolérables ont durement touché des strasbourgeois parmi les plus modestes, et contribué à empêcher l’expression pacifique de nombreux européens à la politique de l’OTAN.
Poste de douane, pharmacie, hôtel ont été incendiés, une Eglise investie, le mobilier urbain complètement saccagé, et l’école du quartier elle même n’a pu être préservée que par la mobilisation spontanée des habitants du quartier. Nous condamnons ces actes sans ambiguité. Leurs auteurs méritent d’être poursuivis et jugés conformément à la Loi.
Ces événements tragiques ont pu se produire en dépit de l’important déploiement policier et nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur la responsabilité de l’Etat et la stratégie qui a été la sienne durant ces heures éprouvantes.
»
Communiqué du Groupe des élu-e-s Verts de Strasbourg, 5 avril 2009

« L’UNSA-POLICE – Le Syndicat Unique condamne les émeutes d’une rare violence commises par des groupes de casseurs en marge de la manifestation organisée à Strasbourg à l’occasion du sommet de l’OTAN (…).
L’UNSA-POLICE – Le Syndicat Unique rappelle la difficulté d’exercer le métier de policier dans un climat de plus en plus tendu et une nouvelle fois réclame l’abandon des suppressions d’effectifs prévues jusqu’en 2012.
L’UNSA-POLICE – Le Syndicat Unique apporte son soutien aux agents blessés et félicite l’ensemble des policiers pour l’exemplarité de leur conduite et du professionnalisme dont ils ont fait preuve.
».
Communiqué de l’UNSA-Police, 5 avril 2009

« Les élus du Mouvement populaire ne peuvent comprendre que des responsables politiques participent à l’incitation à la violence à des fins politiciennes. Inciter à la révolte ou à la rébellion, ne peut constituer un programme politique crédible et n’est pas digne des grands partis républicains.
L’UMP veut par ailleurs rendre hommage au professionnalisme des forces de l’ordre qui font un travail remarquable et ne doivent pas être la cible de quelques délinquants.
Il faut donc adopter la plus grande fermeté avec ces individus, comme avec les casseurs qui cherchent coûte que coûte à troubler l’ordre public.
»
Eric Ciotti (UMP), Secrétaire national à la sécurité, 6 avril 2009

« Ce que je souhaite, c’est que les casseurs soient punis avec une extrême sévérité. »
Nicolas Sarkozy, président de la République, cité par Arnaud Leparmentier dans un article du Monde, 6 avril 2009.

« tous les partis politiques condamnent cette violence, ces casseurs, ces voyous. »
Bernard Accoyer (UMP), président de l’Assemblée Nationale, cité par Arnaud Leparmentier dans un article du Monde, 6 avril 2009.

« ’des groupes ultraminoritaires et ultraviolents qu’il faut sanctionner sans aucune faiblesse ».
Laurent Fabius (PS), cité par Arnaud Leparmentier dans un article du Monde, 6 avril 2009.

« ’Le pouvoir instrumentalise les violences qu’il a lui-même orchestrées pour tenter d’occulter le caractère massif de la protestation contre le sommet de l’OTAN qu’il n’a pu qu’entraver mais pas empêcher. »
Communiqué du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), 6 avril 2009

« Des grenades lacrymogènes ont été tirées pendant les prises de parole sans la moindre justification, contraignant la manifestation à se former dans la confusion et l’urgence, permettant à des groupes violents de s’infiltrer dans le cortège ;
Ces éléments violents ont pu passer les frontières alors que le dispositif Schengen avait été levé (…)
Les forces de l’ordre ont laissé ces mêmes éléments violents, au demeurant peu nombreux, (dont le Ministère de l’Intérieur se targue pourtant de connaître les identités) détruire l’ancien poste de douane sans intervenir (…) ; comment interpréter les autres destructions que les forces de l’ordre, pourtant en surnombre dans Strasbourg, n’ont pas su ( ?) empêcher ? Incompétence ou volonté de laisser faire ?
Les forces de l’ordre, comme c’est leur mission lors d’une manifestation autorisée, n’ont pas assuré la sécurité des manifestants, mais l’ont, au contraire délibérément compromise en laissant les éléments violents agir à leur guise
»
Communiqué d’Attac France, Attac Strasbourg et Attac Vosges du Nord, 6 avril 2009

« le dispositif policier était au point, de l’aveu même d’Alliot-Marie, et le maire de Strasbourg, qui adopte une posture de dénonciation, était dans la confidence depuis le début, il s’agit donc purement et simplement d’une combinaison cynique dont les habitants d’un quartier défavorisé, plus faciles à punir et à surveiller que les flux de capitaux, ont fait les frais ».
Communiqué de la Fédération Anarchiste, 6 avril 2009

« La lumière doit être faite sur les raisons qui expliquent que les casseurs ont pu avoir le terrain libre pendant près d’une heure, leur permettant d’incendier le bâtiment des douanes, un bâtiment abritant une pharmacie et l’office de tourisme et l’hôtel Ibis. »
Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, cité dans un article de nouvelobs.com, 7 avril 2009

publié le 8 avril 2009  |

http://schlomoh.blog.lemonde.fr/2009/04/12/la-feuille-de-...

 

Otan: le cercle vicieux de la violence
Diana Johnstone

 

 

Où qu’elle aille, l’Otan crée des menaces. C'est  son fond de commerce. Que ce soit en Afghanistan ou à Strasbourg, la présence  militaire étrangère provoque la rébellion violente, surtout de la part de  jeunes gens qui veulent relever le défi. Leur rébellion sert à justifier une  augmentation de violence répressive. Et ainsi de suite…

Ce cycle était  visible samedi le 4 avril à Strasbourg, où plusieurs milliers de policiers et  un petit nombre de casseurs du Black Block ont volé la vedette à ce qui aurait  dû être le début d’un nouveau mouvement de masse européen contre l’Otan. La  manifestation pacifiste fut écrasée et désintégrée par la police en armes,  pendant que des jeunes aux capuchons noirs jetaient des pierres, cassaient des  vitres et mettaient le feu aux bâtiments.

 

Provocateurs contre provocateurs

Dans ce cycle de provocation, il n’y a aucun doute que c'est  l'Otan qui a commencé. La célébration ostentatoire du 60ème anniversaire de  l’Alliance tenue dans trois villes du Rhin, Strasbourg, Kehl et Baden Baden ce  jour-là, constituait une insulte aux citoyens. Après tout, si les dirigeants  de "l’Occident démocratique" sont tellement appréciés, pourquoi faut-il  transformer les villes qui les reçoivent en forteresses assiégées pour les  accueillir? Si les Européens bénéficient de la protection de l’Otan, pourquoi  les tenir à distance de leur bienfaiteurs ? Mais bien sûr l’Otan n’est pas une  force de défense. Depuis l’agression contre la Serbie il y dix ans jusqu’au  bourbier afghan aujourd’hui, l’Otan se transforme progressivement en force  expéditionnaire destinée aux interventions lointaines. Les mesures de sécurité  draconiennes appliquées à trois villes européennes plutôt conservatrices,  enfermant les habitants dans leurs domiciles, ressemblaient à une occupation  étrangère. Malgré la grande – mais peut-être passagère – popularité d’Obama,  le sommet de l’Otan a illustré l’écart qui se creuse entre les peuples et  leurs dirigeants politiques. Grand « communicateur », le Président des  Etats-Unis s’est efforcé de persuader les Européens qu’ils sont encore plus  menacés par Osama bin Laden et Al Qaeda que les Américains, et doivent donc  payer leur tribut en impôts et en soldats pour éliminer cette menace quelque  part en Afghanistan, si ce n’est au Pakistan ou ailleurs. Les médias européens  ont pu distraire le public de cette notion saugrenue en dirigeant l’attention  vers la tenue vestimentaire de Michelle Obama. Mais, entre temps, des dizaines  de milliers de citoyens européens se dirigeaient vers Strasbourg dans l’espoir  de manifester leur désaccord. Ils avaient des arguments à faire entendre. Ils ont fini étouffés par des nuages de gaz lacrimogènes, et ont été traités comme  des bêtes.

La responsabilité du fiasco

La responsabilité de ce fiasco  est partagée. De loin les plus responsables sont les forces de l'ordre qui ne  cessent de durcir leurs modes de répression partout en Europe. Sous le regard  des hélicoptères, les divers policiers, gendarmes et CRS pratiquent la  technique d’origine anglaise de « kettling » qui consiste à diviser et à  enfermer les manifestants à l’intérieur de petits espaces séparés, parfois  entourés de barrières métalliques. Il s’agit de traiter les êtres humains  comme du bétail. Plus de dix mille policiers ont employé un arsenal d’armes  anti-personnelles contre un nombre comparable de manifestants sans défense.  Des gaz lacrimogènes, des balles en caouchouc et des armes à « son et lumière  » ont d’abord mis fin aux discours avant d’égarer les manifestant dispersés et  désorientés. Tout cela a fini dans un chaos total.

Ce fut le résultat  recherché. Mais une part de responsabilité incombe aux organisateurs, si on  peut utiliser ce mot pour un événement où l’organisation faisait à ce point  défaut. La manifestation anti-Otan du 4 avril était organisée par un collectif  de groupes de militants français dont aucun n’avait l’autorité pour imposer un  plan cohérent. Ainsi, le doyen de ces groupes, le Mouvement de la Paix, a fini  par exercer la plus grande influence sur les décisions, notamment celle  d’accepter le choix du site pour le rassemblement offert par la Préfecture. Au  lieu de pouvoir se rassembler sur une place publique et de défiler dans les  rues de Strasbourg sous les fenêtres des habitants, avec leurs banderolles,  leurs slogans et leur théâtre de rue, les manifestants furent exilés sur une  île périphérique entre le Rhin et un grand canal dans une zone industrielle.  Les deux seuls ponts permettant l’accès du côté français étaient faciles à  bloquer pour les forces d’ordre. Il suffit de regarder un plan pour voir qu’il  s’agissaitt d’un piège, et, sur le terrain, le dénivellement rendait celui-ci  pire encore. Situé à quelques huit kilomètres de la gare, un jour où tout  transport public était supprimé, le site était difficile à atteindre. De plus,  le point de rassemblement et le parcours imposé était quasi invisible au  public. Bref, les manifestants étaient coupés de toute communication avec le  public. Et la souricière donnait l’avantage à la police pour exercer ses  méthodes de répression. Pourtant les organisateurs ont accepté ce site  inacceptable – sans même fournir un service d’ordre pour guider et essayer de  protéger les manifestants.

Il est vrai qu’en échange, la Préfecture avait  fait certaines promesses – non tenues. Les ponts et les rues qui devaient  rester ouverts pour permettre aux manifestants de joindre le rassemblement sur  l’île se trouvaient bloqués de façon imprévisible par la police, provoquant  les premières échauffourées. Curieusement, plusieurs milliers de manifestant  pacifistes furent bloqués sur la rive allemande du Rhin, sans jamais pouvoir  rejoindre le rassemblement, tandis que des Black Block allemands y  parvenaient. En général, la police a traité les pacifistes comme l’ennemi dans  une guerre civile, sans protéger les personnes ou les biens de la minorité  violente.
Le rassemblement, tenu dans un creux sur l’île, était perturbé  par le spectacle d’un hôtel voisin consumé par les flammes. Les haut-parleurs  cédaient au bruit des hélicoptères. Le défilé programmé n’a jamais pu se  faire. Des manifestants désorientés étaient abandonnés à eux-mêmes lorsqu’ils  tentaient d’échapper aux gaz lacrimogènes à travers un labyrinthe de contrôles  policiers.

Le Black Block

Les pacifistes ne pouvaient concurrencer les  casseurs du Black Block, pourtant beaucoup moins nombreux. Contrairement aux  pacifistes, ils paraissent, sur les vidéos, comme étant maîtres de leur propre  jeu, en combat avec la police. Il est probable qu’ils en éprouvent fierté et  satisfaction.
Après le désastre de Strasbourg, il est clair que, pour  survivre et se développer, le mouvement anti-Otan doit faire face à trois  problèmes : ses propres faiblesses organisationnelles, la répression policière  et le Black Block.
Question fréquente : les casseurs du Black Block  sont-ils des provocateurs travaillant pour la police ? Incapable d’enquêter  sérieusement sur cette question, ma propre réponse intuitive est :  subjectivement non, mais objectivement oui. Ils ne peuvent pas tous être des  policiers en capuchon noir. La plupart croient sans doute qu’ils sont en train  de « combattre le capitalisme », comme ils le proclament. Mais objectivement  ils arrivent à justifier cette même répression policière qu’ils combattent  avec tant d’élan.

 

 

Errare humanum est. Les mauvaises intentions  fleurissent, mais les erreurs sont encore plus courantes. Un mouvement  intelligent contre l’Otan doit essayer d’appliquer l’alternative à la guerre –  l’argumentation rationnelle – en toutes circonstances. Nous devons débattre  avec les gens qui se trompent sur l’Otan, pour expliquer sa nocivité. Et nous  devons débattre avec ceux du Black Block, pour signaler ce qui ne va pas dans  leur forme de protestation.

Comment entamer un tel dialogue n’est pas  évident. En faisant l’hypothèse que les participants aux actions du Black  Block ne sont pas tous des policiers déguisés, j’inviterais, si j’en avais les  moyens, ceux qui sont sincères à prendre en considération plusieurs  idées.

  • Les combattants du Black Block devraient mettre en question leurs  propres motivations. Tout au long de l’histoire, de jeunes gens s’amusent à se  mettre en bandes pour combattre un ennemi. La testosterone et l’adrénaline ne  sont pas des arguments politiques. Mais ce sont des stimulants très efficaces  quand il s’agit de lancer des projectiles contre l’adversaire. Les combattants  de rue se sentent facilement victorieux et supérieurs face aux phalanges de  flics casqués qui paraissent bien lâches dans ce contexte. Les casseurs sont  victorieux dans le match du machisme, mais à quoi bon, si ce n'est à flatter  leur orgueil ?
  • Les combattants du Black Block devraient surtout penser à  l’effet de leurs actions sur la masse des citoyens, qui peuvent être indécis  politiquement. L’Otan et les forces de l’ordre profitent du sentiment  d’insécurité des citoyens. Les actions du Black Block attisent ce  sentiment.
  • Les combattants du Black Block devraient évaluer l’impact  désastreux de leurs activités sur d’autres formes de protestation publique.  Avec la police, ils vident les rues des manifestations de masse.
  • Les  combattants du Black Block devraient réfléchir sur la facilité avec laquelle ils sont exploités par leur ennemi. D’une part, quoi qu’ils en pensent, ils  sont certainement infiltrés par des agents. Et ils doivent se demander  pourquoi certains d’entre eux ont pu casser les vitres de l’Hôtel Ibis sur l'île du Rhin à Strasbourg, puis y mettre le feu de façon méthodique, sans la  moindre intervention policière. De plus, cet incendie impressionnant dévora  l’hôtel pendant plus d’une heure avant l’arrivée des pompiers. Ce spectacle  servit parfaitement à faire peur aux manifestants et à hâter leur dispersion, mais surtout à remplir les écrans de télévision avec la preuve que « les  manifestants sèment la destruction ». Les autorités ont cité l’incendie comme  justifiant leurs mesures policières (pourtant parfaitement inutile dans ce cas  précis). Et pourquoi mettre le feu à un hôtel Ibis, alors qu’il y en a huit à Strasbourg, celui-ci étant probablement le moins rentable ? Et quels moyens  semi-professionnels étaient nécessaires pour cette action de pyromane ? Et pourquoi mettre également le feu à une pharmacie qui servait les résidents  plutôt modestes de ce quartier déshérité ? Quel message politique exprime-t-on  ainsi ?
  • Bref, les militants du Black Block, quel que soit leur âge, doivent quitter l’adolescence attardée et se rendre compte que le combat  contre les pouvoirs injustes commence par la pensée, la raison, les faits et les arguments. Jouer avec la violence c'est jouer sur le seul terrain où ils  sont les plus forts, c’est jouer leur jeu. L’action du style d’Intifada peut  être le seul recours pour des Palestiniens désespérés, mais, en Europe, il existe encore d’autres moyens d’opposition politique. Il faut les inventer,  les explorer, les développer.

Que faire?

L’année 2008 fut un vrai  tournant, avec deux événements de très grande portée qui changent, petit à  petit, la vision du monde que peuvent avoir la plupat des gens :  l’effondrement financier, et l’attaque israélienne contre Gaza. Les  répercussions s'en feront de plus en plus sentir. Elles préparent le terrain  pour l’opposition massive des peuples aux puissances financières et militaires  qui dirigent l’Occident et qui s’efforcent toujours, à travers l’Otan en  particulier, d'imposer leur domination au monde entier. Il y a des indices que  le pouvoir reconnaît le danger et prépare des technologies de répression pour  contrer les révoltes à venir. Il est urgent de fournir des alternatives  politiques en termes de programmes et d’organisation. Si les manifestations de  masse sont vulnérables à la répression policière et aux casseurs, il faut  inventer d’autres moyens plus variés et plus flexibles pour communiquer les  uns avec les autres afin d' élargir un mouvement cohérent capable de combattre  la militarisation de la société et de construire une économie centrée sur les  véritables besoins des êtres humains. En tout cas, toute manifestion future  contre l’Otan doit se doter de son propre service d’ordre. On ne peut pas  mélanger des manifestants pacifiques avec les casseurs qui cherchent ce que  cherche la police : les combats violents.

 

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ARTICLES DE MICHEL COLLON
Mercredi 08 Avril 2009 Imprimer E-mail
La mission mondiale nauséabonde de l’OTAN

L’OTAN, le bras principal à l’étranger du complexe militaro-industriel des Etats-Unis, ne fait que s’étendre. Sa raison d’être originale, le bloc soviétique supposé menaçant est mort depuis 20 ans. Mais à l’instar du complexe militaro-industriel lui-même, l’OTAN est maintenue en vie et continue de croître par des intérêts économiques bien établis, l’inertie institutionnelle et un état d’esprit officiel proche de la paranoïa, avec des groupes de réflexion qui cherchent désespérément des « menaces ».



Ce mastodonte s’apprête à célébrer son 60ème anniversaire en avril, sur le Rhin, dans les villes jumelles de Strasbourg (en France) et de Kehl (en Allemagne). Le président français, Nicolas Sarkozy, de plus en plus impopulaire, offre un cadeau exceptionnel : le retour de la France dans le « commandement intégré » de l’OTAN. Cet événement bureaucratique, dont la signification pratique reste peu claire, fournit aux chœur des fonctionnaires et des éditorialistes OTANolâtres de quoi s’enorgueillir. Voyez ! Ces idiots de Français ont reconnu leur erreur et sont rentrés au bercail.

Sarkozy dit les choses autrement. Il affirme qu’en rejoignant le commandement de l’OTAN l’importance de la France s’accroîtra, en lui donnant de l’influence sur la stratégie et les opérations d’une Alliance qu’elle n’a jamais quittée et pour laquelle elle a continué de contribuer plus que sa part en forces armées.

Le défaut dans cet argument est que c’était le contrôle total et inébranlable des Etats-Unis sur le commandement intégré de l’OTAN qui persuada en premier lieu le Général Charles de Gaulle à le quitter, en mars 1966. De Gaulle ne le fit pas sur un coup de tête. Il avait essayé de changer le processus de prise de décision et avait découvert que c’était impossible. La menace soviétique avait diminué et de Gaulle ne voulait pas être attiré dans des guerres qu’il pensait inutiles, comme les efforts étasuniens de gagner la guerre en Indochine et que la France avait déjà perdue et considérait ingagnable. Il voulait que la France soit capable de poursuivre ses propres intérêts au Proche-Orient et en Afrique. D’autre part, la présence militaire des Etats-Unis en France stimulait les manifestations « Yankee go home ». Le transfert du commandement de l’OTAN en Belgique satisfaisait tout le monde.

Le prédécesseur de Sarkozy, Jacques Chirac, étiqueté à tort par les médias étasuniens comme « anti-américain », était déjà prêt à rejoindre le commandement de l’OTAN s’il pouvait obtenir quelque chose de substantiel en retour, comme le commandement de l’OTAN en Méditerranée. Les Etats-Unis refusèrent platement.

A la place, Sarkozy accepte des miettes : l’affectation d’officiers supérieurs français à un commandement au Portugal et dans quelques bases d’entraînement aux Etats-Unis. « Rien n’a été négocié. Deux ou trois officiers français supplémentaires en position de recevoir des ordres des Américains ne changeront rien », a observé l’ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, lors d’un récent colloque sur la France et l’Otan. Sarkozy a annoncé ce retour le 11 mars, six jours avant que cette question ne soit débattue par l’Assemblée Nationale. Les protestations de gauche comme de droite seront vaines.

Il semble qu’il y ait deux causes principales à cette reddition inconditionnelle.

L’une est la psychologie de Sarkozy lui-même, dont l’adoration pour les aspects les plus superficiels des Etats-Unis s’est exprimée dans son discours embarrassant devant le Congrès des Etats-Unis en novembre 2007. Sarkozy est peut-être le premier président français qui semble ne pas aimer la France. Ou, du moins, qui semble préférer les Etats-Unis (par ce qu’il regarde à la télévision). Il peut donner l’impression d’avoir voulu être le président de la France, non pas par amour pour son pays, mais par vengeance sociale contre lui. Depuis le début, il s’est montré pressé de « normaliser » la France, c’est-à-dire, de la refaçonner en accord avec le modèle américain.

L’autre cause, moins flagrante mais plus objective, est la récente expansion de l’Union Européenne. L’absorption rapide de tous les anciens satellites d’Europe de l’Est, ainsi que des anciennes républiques soviétiques d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie, a radicalement changé l’équilibre du pouvoir au sein de l’UE elle-même. Les nations fondatrices, la France, l’Allemagne, l’Italie et les pays du Benelux, ne peuvent plus guider l’Union vers une politique étrangère et de sécurité unifiée. Après le refus de la France et de l’Allemagne d’accepter l’invasion de l’Irak, Donald Rumsfeld a discrédité ces deux pays comme faisant partie de la « vieille Europe » et il s’est gargarisé de la volonté de la « nouvelle Europe » de suivre l’exemple des Etats-Unis. La Grande-Bretagne à l’Ouest et les « nouveaux » satellites européens à l’Est sont plus attachés aux Etats-Unis, politiquement et émotionnellement, qu’ils ne le sont à l’Union Européenne qui les a recueillis et leur a apportés une aide économique au développement considérable et un droit de veto sur les questions politiques majeures.

Cette expansion a enterré efficacement le projet français de longue date de construire une force de défense européenne pouvant agir hors du commandement de l’OTAN. Les dirigeants de la Pologne et des Etats Baltes veulent une défense américaine, à travers l’Otan, point. Ils n’accepteraient jamais le projet français d’une défense européenne qui ne serait pas liée à l’OTAN et aux Etats-Unis.

La France a son propre complexe militaro-industriel, un nain comparé au complexe militaro-industriel américain, mais le plus grand de l’Europe occidentale. Tout complexe de ce type a besoin des marchés à l’exportation pour son industrie d’armement. Le marché au meilleur potentiel aurait été des forces armées européennes indépendantes. Sans cette perspective, certains pouvaient espérer qu’en rejoignant le commandement intégré les marchés de l’OTAN s’ouvriraient à la production militaire française.

Un espoir tenu, cependant. Les Etats-Unis protègent jalousement les acquisitions majeures de l’OTAN au bénéfice de leur propre industrie. La France n’aura probablement pas beaucoup d’influence au sein de l’OTAN pour la même raison qu’elle abandonne sa tentative de construire une armée européenne indépendante. Les Européens sont eux-mêmes profondément divisés. Avec une Europe divisée, les Etats-Unis règnent. De plus, avec la crise économique qui s’accentue, l’argent est de moins en moins disponible pour l’armement.

Du point de vue de l’intérêt national français, ce faible espoir de commercialiser des équipements militaires lourds est largement miné par les conséquences politiques désastreuses de l’acte d’allégeance de Sarkozy.

Il est vrai que même hors du commandement intégré de l’OTAN l’indépendance de la France n’était que relative. La France a suivi les Etats-Unis dans la première guerre du Golfe – le Président François Mitterrand espéra vainement gagner ainsi de l’influence à Washington, le mirage habituel qui attire les alliés dans les opérations étasuniennes douteuses. La France s’est jointe à l’OTAN en 1999 dans la guerre contre la Yougoslavie, malgré les doutes aux plus hauts niveaux. Mais en 2003, le Président Jacques Chirac et son ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin ont réellement usé de leur indépendance en rejetant l’invasion de l’Irak. Il est généralement reconnu que la position française a permis à l’Allemagne de faire de même. La Belgique a suivi.

Le discours de Villepin, le 14 février 2003, au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, donnant la priorité au désarmement et à la paix sur la guerre, reçut une rare standing ovation. Le discours de Villepin fut immensément populaire dans le monde entier et a accru énormément le prestige de la France, en particulier dans le monde arabe. Mais, de retour à Paris, la haine personnelle entre Sarkozy et Villepin atteignit des sommets passionnels et l’on peut suspecter que le retour de Sarkozy dans l’obédience de l’OTAN est également un acte de vengeance personnelle.

Le pire effet politique est beaucoup plus vaste. L’impression est à présent créée que « l’Occident » - l’Europe et l’Amérique du Nord - se barricadent contre le reste du monde par une alliance militaire. Rétrospectivement, la dissidence française a rendu service à l’ensemble du monde occidental en donnant l’impression - ou l’illusion - que la pensée et l’action indépendantes étaient toujours possibles et que quelqu’un en Europe pouvait écouter ce que d’autres parties du monde pensaient et disaient. Désormais, ce « resserrement des rangs », salué par les fervents défenseurs de l’OTAN comme « améliorant notre sécurité », sonnera l’alarme dans le reste du monde. L’empire semble resserrer ses rangs en vue de faire la loi dans le monde. Les Etats-Unis et ses alliés ne prétendent pas ouvertement diriger le monde, seulement le réguler. L’Ouest contrôle les institutions financières mondiale, le FMI et la Banque Mondiale. Il contrôle le judiciaire, la Cour Criminelle Internationale, laquelle, en six années d’existence, a jugé seulement un obscur chef de guerre congolais et mis en accusation 12 autres personnes, toutes africaines – et pendant ce temps, les Etats-Unis causent la mort de centaines de milliers, voire de millions de personnes en Irak et en Afghanistan et soutiennent l’agression continuelle d’Israël contre le peuple palestinien. Pour le reste du monde, l’OTAN n’est que la branche armée de cette entreprise de domination. Et cela à un moment où le système du capitalisme financier dominé par l’Ouest entraîne l’économie mondiale dans l’effondrement.

Cette gesticulation, consistant à « montrer l’unité occidentale » pour « notre sécurité », ne peut que rendre le reste du monde inquiet pour l’avenir. Pendant ce temps, l’OTAN manœuvre chaque jour un peu plus pour encercler la Russie avec des bases militaires et des alliances hostiles, notamment en Géorgie. En dépit des sourires pendant les dîners avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, Hillary Clinton répète le mantra étonnant selon lequel « les sphères d’influence ne sont pas acceptables » - voulant dire, bien sûr, que la sphère historique russe d’intérêt est inacceptable, tandis que les Etats-Unis l’incorporent vigoureusement dans leur propre sphère d’influence, qui s’appelle l’OTAN.

Déjà, la Chine et la Russie accroissent leur coopération en matière de défense. Les intérêts économiques et l’inertie institutionnelle de l’OTAN poussent le monde vers un alignement préalable à la guerre bien plus dangereux que la Guerre Froide.

La leçon que l’OTAN refuse d’apprendre est que sa recherche d’ennemis crée des ennemis. La guerre contre le terrorisme nourrit le terrorisme. Entourer la Russie avec des missiles soi-disant « défensifs » - lorsque tout stratège sait qu’un bouclier accompagné d’une épée est aussi une arme offensive – créera un ennemi russe.
La Recherche de Menaces

Pour se prouver à elle-même qu’elle est réellement « défensive », l’OTAN continue de rechercher des menaces. Eh bien, le monde est un endroit agité, en grande partie grâce à la sorte de mondialisation économique imposée par les Etats-Unis au cours des décennies passées ! Cela pourrait être le moment d’entreprendre des efforts diplomatiques et politiques afin de mettre au point des moyens internationalement acceptés pour traiter les problèmes tels que la crise économique mondiale, le changement climatique, l’utilisation de l’énergie, les pirates informatiques (« la guerre cybernétique »). Les groupes de réflexion de l’OTAN se jètent sur ces problèmes comme de nouvelles « menaces » qui doivent être traitées par l’OTAN. Cela conduit à une militarisation des décisions, là où elles devraient être démilitarisées.

Par exemple, que peut bien vouloir dire répondre à la menace supposée du changement climatique avec des moyens militaires ? La réponse semble évidente : la force militaire peut être utilisée d’une manière ou d’une autre contre les populations obligées de fuir de chez elles à cause des sécheresses ou des inondations. Peut-être, comme au Darfour, la sécheresse conduira-t-elle à des conflits entre groupes ethniques ou sociaux. Ensuite, l’OTAN peut décider quel est le « bon » camp et bombarder l’autre camp. Quelque chose de ce genre.

Le monde semble en effet se diriger vers une période de troubles. L’Otan semble se préparer à affronter ces troubles en utilisant la force armée contre des populations indisciplinées.

Cela sera évident lors de la célébration du soixantième anniversaire de l’OTAN, qui se déroulera les 3 et 4 avril prochains à Strasbourg et à Kehl.

Ces villes seront transformées en camps armés. Les habitants de la ville tranquille de Strasbourg sont obligés demander des badges pour pouvoir quitter leurs propres habitations ou y entrer durant ce joyeux évènement. Aux moments cruciaux, ils ne seront pas autorisés du tout à quitter leur domicile, sauf en cas d’urgence. Le transport urbain sera stoppé. Ces villes seront aussi mortes que si elles avaient été bombardées, afin de permettre aux dignitaires de l’OTAN de simuler une démonstration de paix.

Le point culminant sera une séance de photos de dix minutes, lorsque les dirigeants français et allemand se serreront la main sur le pont au-dessus du Rhin reliant Strasbourg à Kehl. Comme si Angela Merkel et Nicolas Sarkozy faisaient la paix entre la France et l’Allemagne pour la première fois ! Les gens du cru seront enfermés afin de ne pas déranger cette mascarade.

L’OTAN se comportera comme si la plus grande menace à laquelle elle est confrontée est le peuple d’Europe. Et la plus grande menace pour le peuple européen pourrait bien être l’OTAN.

 

Article original en anglais, NATO's Global Mission Creep, Counterpunch, 13 mars 2009. Pour lire l'article en anglais, cliquez ici.

Traduction Questions Critiques.

http://www.michelcollon.info/index.php?view=article&c...

 

 

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