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09/01/2010

FranceAfrique - AREVA - Uranium - Congo

8 janvier 2010
Robin Guébois
foexgood.blogspot.com


Après les promesses électorales de « rupture », le défilé des dictateurs africains reçus à l’Élysée par Nicolas Sarkozy avait donné le ton. Les événements de ces dernières semaines confirment que l’impérialisme français en Afrique ne connaît aucune inflexion de fond.

Non contentes de cautionner les manœuvres constitutionnelles et les scrutins truqués des traditionnels dictateurs « amis de la France » acharnés à se maintenir au pouvoir à vie, au Tchad, au Cameroun ou encore au Congo, les autorités françaises se sont fait une spécialité de l’aide aux nouveaux putschistes en manque de légitimité internationale.


Service après-vente pour putschistes

En Mauritanie, le chef de la garde présidentielle, le général Abdel Aziz, fraîchement entouré par des hommes des services secrets français après l’assassinat de quatre touristes1, renversait le président démocratiquement élu Sidi ould Cheikh Abdallahi en août 2008. Mal vus dans plusieurs pays, les putschistes sont discrètement reçus par l’Élysée et la DGSE. La France pousse à l’organisation d’élections sous le contrôle de la junte militaire. Alors que même le président de la commission électorale a préfèré démissionner plutôt que d’en cautionner le résultat, l’élection truquée est déclarée valide par des observateurs internationaux sous influence de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Proclamé président, le général Abdel Aziz a été reçu officiellement à l’Élysée, fin octobre, et Total s’apprête à reprendre l’exploitation pétrolière du pays.

Au Niger, après une visite du président français venu célébrer la signature par Areva du contrat d’exploitation de l’énorme gisement d’uranium d’Imouraren, le président Mamadou Tandja, arrivé en fin de mandat, tentait un coup de force pour jouer les prolongations. Après avoir dissout la Cour constitutionnelle et l’Assemblée nationale qui s’opposaient à ses projets, il a organisé un référendum pour changer la constitution, qui lui interdisait de se représenter, et renforcer les pouvoirs présidentiels. Bien que boycotté par la quasi-totalité du pays, comme les législatives qui ont suivi, la France a « pris note » des résultats du référendum et s’est abstenue de protester contre les arrestations d’opposants.

Au Gabon, berceau originel d’Elf devenu Total, c’est la succession du clan Bongo qu’il a fallu organiser après la mort du plus vieil autocrate françafricain. Si Sarkozy n’avait officiellement « pas de candidat », Ali Bongo, le fils d’Omar, a été le seul prétendant reçu à l’Élysée, et Robert Bourgi (conseiller spécial Afrique de Sarkozy) s’est chargé de faire savoir publiquement qu’il soutenait Ali Bongo et qu’il avait l’oreille de Sarkozy. Là encore, les autorités françaises se sont empressées d’avaliser le scrutin truqué, et le secrétaire d’État à la Coopération, Alain Joyandet, a demandé à l’opposition de laisser le temps à Ali Bongo de « démontrer qu’après le père, le fils peut être un président de rupture »...

À Madagascar, les élections n’ont pas encore eu lieu pour légitimer le jeune putschiste Rajoelina, bien plus attentif aux intérêts français que ne le fut son prédécesseur Ravalomanana, mais la diplomatie française pèse pour que soit mis en œuvre un scénario éprouvé. Jusqu’à maintenant, les négociations butaient sur la composition de l’autorité de transition qui doit organiser les élections, mais la France a déjà œuvré au retour de membres du clan Ratsiraka, dictateur françafricain renversé en 2002.


Qui contrôle ?

Comme au début des premiers mandats de Mitterrand et de Chirac, l’appareil d’État a été traversé par des oppositions plus ou moins feutrées entre les partisans d’une stricte continuité   françafricaine – avec ses coups tordus et ses réseaux parallèles – et certains « réformateurs » plus légalistes. Ces   derniers ne   remettent pas en cause le néocolonialisme, mais veulent en corriger les « excès », animés par des préoccupations   morales ou simplement d’efficacité, conscients  qu’à terme, en raison des   oppositions de plus en plus violentes qu’il suscite en Afrique, l’impérialisme français pourrait payer plus cher son refus de se réformer. Mais comme sous Mitterrand et Chirac, le début du règne de Sarkozy a sanctionné la victoire des « anciens » sur les « modernes ». Le précédent ministre de la Coopération, Jean-Marie Bockel, qui avait publiquement souhaité dresser « l’acte de décès » de la Françafrique, a été relégué aux Anciens combattants, et Bruno Joubert, responsable de l’Afrique subsaharienne au sein de la cellule diplomatique de l’Élysée, qui se disait inspiré par le discours « de rupture » tenu à Cotonou par le candidat Sarkozy, vient d’être remercié par un poste d’ambassadeur au Maroc. Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est souvent réduit à une fonction purement décorative, et doublé par les émissaires officieux de Claude Guéant, comme l’omniprésent Robert Bourgi, ou, pour des affaires plus sensibles, par d’autres envoyés plus discrets, comme le député Patrick Balkany, qui a par exemple négocié la mainmise d’Areva sur l’uranium de la République démocratique du Congo.


Le bras reste armé

Forte médiatisation oblige, la France s’est pourtant démarquée de la junte militaire qui a pris le pouvoir en Guinée à la mort du dictateur Lansana Conté en décembre 2008. Celle-ci a en effet fait massacrer plus de 150 personnes lors d’un rassemblement des partis politiques qui demandaient que le chef des putschistes, Dadis Camara, respecte sa promesse de ne pas se présenter aux élections présidentielles. Quelques jours auparavant, malgré la position officielle de la diplomatie française, ce dernier venait de recevoir le soutien de Balkany pour un scénario à la mauritanienne. Après le massacre, la France a rompu sa coopération militaire, fait suffisamment rare pour être noté. Mais a contrario, cette décision souligne d’une part que la coopération militaire s’était poursuivie jusque là malgré les précédents crimes de l’armée guinéenne, en particulier la répression sanglante de la grève générale en février 2007 ; et d’autre part qu’il s’agit d’une politique à géométrie variable, puisque ni le Cameroun, qui a fait tirer à balles réelles contre les jeunes manifestants des émeutes politiques de décembre 2008, ni la Centrafrique, qui a mené pendant plusieurs mois une politique de la terre brûlée contre des populations supposées acquises aux rebelles, ni le Tchad qui continue malgré plusieurs avertissement internationaux de recruter des enfants soldats qu’il envoie au front, ni d’autres régimes tout aussi criminels n’ont vu la coopération militaire remise en cause.

C’est qu’au plan militaire aussi les effets d’annonce sont plus nombreux que les changements réels. Non seulement la volonté affichée de ne plus intervenir sans mandat de l’ONU a été violée à plusieurs reprises, mais en outre un mandat onusien ou des interventions multilatérales ne constituent nullement des garde-fous contre les manœuvres et les intérêts français, ainsi qu’on a pu le voir en novembre 2004 quand la force Licorne a massacré des civils ivoiriens désarmés. Le contrôle parlementaire sur les opération extérieures reste également de façade, limité au renouvellement des opérations de plus de quatre mois. Enfin, contrairement aux prescriptions du récent Livre blanc sur la défense nationale, il n’y aura finalement pas de base militaire française fermée à Dakar ou à Libreville. Le coût et le volume des opérations extérieures ne cesse d’ailleurs d’augmenter ces dernières années.


Retour économique sur investissement militaire

Les ingérences politiques et militaires de la France ne sont évidemment pas déconnectées des intérêts économiques des entreprises françaises, à commencer par certaines des principales du CAC 40. C’est ce que les militaires nomment dans leurs publications théoriques le « retour économique sur investissement militaire ». Car contrairement à une idée reçue et périodiquement réaffirmée, si les intérêts économiques français se diversifient au-delà du « pré carré » francophone, ils ne baissent ni en volume ni en rentabilité, qu’il s’agisse des domaines traditionnels des matières premières ou des secteurs plus récents, comme celui des télécommunications.

1 – Cf. Issa Bâ, « Comment réussir un putsch avec l’aide de la France », Billets d’Afrique n°185, novembre 2009.


George Forrest joue les «rabatteurs» pour Areva en Afrique

18/12/2009 10:24

Areva, le géant français du nucléaire, souhaite développer des gisements d'uranium en Centrafrique. Il a créé une joint-venture à 70/30 avec l'homme d'affaires George Forrest, afin de profiter des contacts noués par ce dernier dans la région.

Areva s'est récemment adressé à l'homme d'affaires belgo-congolais George Forrest pour développer ses activités en République de Centrafrique. Le géant français du nucléaire espère développer des gisements d'uranium, écrit vendredi L'Echo.

Les deux partenaires viennent de mettre en place une coentreprise dans le pays, du nom d'Areva Explo. Le capital de la joint-venture, dont le montant n'a pas été dévoilé, se divise en 70 % pour Areva et 30 % pour le groupe Forrest. La société dispose de sept permis d'exploration dans le pays, en particulier dans la région de Bakouma.

Areva espère profiter des nombreux contacts que George Forrest a noués dans cette région d'Afrique pour mener à bien ses projets.

Trends.be, avec Belga


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Après avoir bataillé l'année dernière pour signer le coûteux avenant à la convention minière de sa filiale centrafricaine UraMin CAR Ltd (AMI nº187), Areva devrait bientôt décaisser de nouveaux fonds pour son projet dans ce pays. Le groupe nucléaire français y détient le gisement d'uranium de Bakouma, mais cherche à augmenter ses ressources et ses réserves avant de s'engager dans la phase de développement.

Areva souhaite en particulier sécuriser un certain nombre de blocs autour de son permis qui couvrent les extensions du prospect. Ceux-ci (Ndenguiro, Bakouma North, etc.) sont détenus par Uranio AG, la société enregistrée à Bâle de l'homme d'affaires Richard Ondoko. Or, selon nos informations, George Forrest, le célèbre entrepreneur minier du Katanga au Congo-K, aurait récupéré sept de ces titres en vue de les céder à Areva. Pour combien ? Les discussions sont en cours…

Anne Lauvergeon, la patronne du groupe français, s'est entretenue avec le président centrafricain François Bozizé le 29 septembre à Paris. Celui-ci était accompagné de son neveu et ministre des mines, Sylvain Ndoutingaï, et surtout de son conseiller particulier Fabien Singaye. Ce dernier, ainsi que Forrest avaient servi d'intermédiaires à Areva pour la signature, en août 2008, de l'avenant d'UraMin CAR Ltd. Cet accord prévoyait notamment le versement par le groupe français de 40 millions $ sur cinq ans à Bangui.

Rappelons que Forrest et Singaye ont également joué un rôle actif dans les négociations ayant abouti à l'accord avec Areva sur l'exploitation de l'uranium au Congo-K conclu le 26 mars.

Singaye a par ailleurs profité de son séjour dans la capitale française le 29 septembre pour être reçu à Levallois-Perret par le maire Patrick Balkany, en compagnie de son bras droit Renaud Guillot Corail. Balkany, un intime du président Nicolas Sarkozy qu'il accompagnait lors de sa visite à Kinshasa le 26 mars, s'est considérablement rapproché de Forrest depuis plus d'un an. Richard Ondoko était injoignable au moment où nous éditions cet article.

AFRICA MINING INTELLIGENCE

- Edition française N°211 30/09/2009

NDLR : Il ne manquait plus que Saifee Durbar à ce bal parisien autour de Bozizé pour que la boucle soit bouclée. L'opacité avec laquelle Bozizé et Ndoutingai gèrent les ressources minières qui devraient assurer la prospérité économique et sociale de la RCA et des Centrafricains doit  interpeller tous les fils du pays. Bozizé et Ndoutingai se sont alliés à une bande de mafieux étrangers pour mettre en coupe réglée les mines d'uranium de Bakouma comme si c'était leur propriété personnelle alors qu'elles appartiennent bel et bien au patrimoine national. Personne en Centrafrique n'a idée sur ce que  Bozizé et Ndoutingai ont déjà engrangé sur le dos du pays avec la délivrance des permis et toutes les magouilles auxquelles ils se livrent lieu depuis qu'ils ont on découvert que Bakouma pouvait faire d'eux de nouveaux richissimes. Il est temps que cette prédation s'arrête. L'Assemblée nationale étant aux ordres, il n'y a aucun espoir que le moindre député de cette institution ne pose le problème du vol organisé des ressources naturelles du pays par Bozizé, Ndoutingai et leur bande de mafieux.




AREVA-CENTRAFRIQUE: SARKOZY SE VENGE EN AFRIQUE.

On a appris le 04 août dernier que le gouvernement centrafricain, par l'entremise de son ministre d'Etat aux mines, à l'énergie et à l'hydraulique, Sylvain Ngoutingaï, et le groupe nucléaire français Areva ont signé un contrat pour l'exploitation d'un vaste gisement d'uranium situé à l'est de la République centrafricaine à Bakouma, ville située à 800 kilomètres de la capitale, Bangui.

Les deux parties auraient trouvé un accord après un très long bras de fer qui satisfait non seulement Areva, donc la France, mais aussi, la Centrafrique. Le ministre aurait même déclaré: "C'est un accord gagnant-gagnant car les droits de propriété de l'Etat centrafricain et son peuple ont été pris en compte par le fait que les Centrafricains seront employés dans la société. En plus la société Areva doit construire des centres de santé, des écoles, des routes et tenir compte de l'environnement de la région ".

Un an auparavant, au mois de juillet 2007, le groupe Areva avait racheté les droits d'exploitation du site de Bakouma à la société anglo-canadienne, UraMin. Un achat de façon tarabiscotée et obscure dans la mesure où, le contrat entre UraMin et le gouvernement centrafricain du président François Bozizé avait cessé.

A tort ou à raison, ces derniers dénoncèrent l'irrégularité de cette acquisition au détriment du peuple. Cette convention minière entre la société UraMin, signée en 2006 afin de mettre en valeur le gisement d’uranium de Bakouma, n'était qu'une vaste escroquerie, d'où la méfiance face à Areva.

Sentant le danger, Anne Lauvergeon, dirigeante du pôle nucléaire français Areva, fit donc appel au chevalier blanc, Nicolas Sarkozy. L'homme de la Realpolitik, voulant se refaire, ne peut que montrer ses biscotos en Afrique. Après avoir su que la France était une puissance parmi tant d'autres, notamment avec ses pérégrinations couronnées d'échec, il se vengea sur les Africains. Comme dans un péplum, bourré de testostérone, il a donc fait son show auprès du gouvernement centrafricain.

En décrochant son téléphone, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, aurait donc menacé son homologue centrafricain, François Bozizé, qui doit son pouvoir à la France. Or les réticences centrafricaines étaient justifiées. D'abord, que les populations locales puissent bénéficier de la manne, ensuite, que l'exploitation se fasse dans le respect des clauses contractuelles et dans la plus grande transparence. C'est une autre affaire.

Selon les clauses de cet accord, l'Etat centrafricain obtient 12% de la production commerciale de la société Areva sur le site de Bakouma, soit environ 200 à 300 millions de dollars US. Des miettes, si l'on en juge les bénéfices du groupe français. Parce que, il aurait promis de construire des écoles et des hôpitaux ? C'est le retour de plain-pied de la Françafrique, avec ses mensonges, ses exploitations, ses menaces et ses chantages. René Dumont, en 1966, avait bien écrit, L'Afrique noire est mal partie.

Si tout va bien, L'extraction de l'uranium commencera fin 2009 ou début 2010.

Source: AJM (sur les liens)

 

 

07/04/2009 15:19:04 - Jeune Afrique | Par : Jean-Michel Meyer

Comment la France a mis la main sur l'uranium congolais

Comment la France a mis la main sur l'uranium congolaisComment la France a mis la main sur l'uranium congolais

Lors de la visite de Nicolas Sarkozy en RD Congo, le 26 mars, Joseph Kabila a décidé de confier la relance de la filière uranium à Areva. Mais le gouvernement et les concurrents maintiennent la pression.

Tarmac de l’aéroport international de Kinshasa-Ndjili, le 26 mars au petit matin. Dans un voile de lumière, un jet privé loué par Areva dépose en douceur Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe nucléaire français. « Atomic Anne », comme la surnomment quelquefois les Américains, précède d’une heure environ l’arrivée de l’Airbus présidentiel de Nicolas Sarkozy, attendu à 8 h 30 pour la première étape de son périple de deux jours en Afrique qui l’a mené dans les deux Congos et au Niger, les 26 et 27 mars.

Mais alors que le chef de l’État français s’apprête à prononcer un discours devant les parlementaires congolais, à 11 heures, l’ancien sherpa de François Mitterrand à l’Élysée a déjà déserté le cortège officiel pour rejoindre, boulevard du 30-Juin, Martin Kabwelulu, le ministre des Mines de la République démocratique du Congo. Jupe noire, veste blanche à fines rayures rouges et gros boutons noirs, Anne Lauvergeon signe alors avec le représentant du gouvernement un accord-cadre d’un genre nouveau. Il attribue au numéro un mondial du nucléaire civil un permis de recherches de gisements d’uranium, ou « yellow cake », sur l’ensemble du territoire de la RD Congo ainsi que l’exploitation future du minerai enfoui dans le sous-sol.

Du jamais vu ! Côté français, on jubile. « Nous sommes dans un monde de concurrence et notre accord va faire des jaloux », s’est réjouie le jour même Anne Lauvergeon. Depuis la fin de l’époque coloniale, aucun groupe occidental n’avait obtenu le permis d’explorer seul la totalité de la superficie d’un pays africain. « Je crois bien que nous sommes l’unique entreprise dans le monde à avoir ce type de mandat. De plus, nous brisons un tabou. C’est la première fois que l’on ose parler d’exploration d’uranium en RD Congo, une activité qui participait jusque-là du domaine réservé de l’État », ajoute le Burkinabè Zéphirin Diabré, président pour l’Afrique et le Moyen-Orient d’Areva et conseiller de la présidente pour l’international.

L’accord exhale-t-il un parfum de néocolonialisme ? En ouvrant son territoire au numéro un mondial du nucléaire civil, la RD Congo ne prend-elle pas le risque de se transformer en « filiale » d’Areva SA ? « Nous étions à la recherche d’un partenaire sérieux qui nous offre la garantie d’utiliser des technologies fiables dans une industrie sensible et dangereuse afin de relancer les mines d’uranium du Katanga. Il est capital que l’uranium ne tombe pas entre les mains d’États ou de bandes criminels. La réputation d’Areva et de la France a convaincu le gouvernement de reprendre l’exploitation des mines fermées depuis des années, explique Lambert Mende Omalanga, le ministre de la Communication et des Médias de RD Congo. Les négociations, secrètes, ont duré plusieurs mois. »

 

Ménager Pékin

A priori, la RD Congo fait coup double. D’une part, le pays s’ouvre une nouvelle source de revenus prometteuse sur un marché très porteur avec le retour en grâce du nucléaire civil dans le monde. La construction de plus d’une cinquantaine de réacteurs nucléaires est programmée d’ici à 2020 (Chine, Inde, Russie, Japon, Canada…), selon la World Nuclear Association. De l’autre, le président Joseph Kabila ménage la susceptibilité de son partenaire et principal bailleur de fonds, la Chine. Le géant Areva, qui contrôle de 20 % à 25 % du marché mondial de l’uranium, fournit en effet les centrales nucléaires chinoises en combustible et a vendu deux centrales EPR de dernière génération à la compagnie d’électricité chinoise CGNPC. Demain, elles seront alimentées par du combustible congolais. « Avec Areva, la RD Congo a l’assurance de vendre l’uranium à un prix garanti », promet Anne Lauvergeon. Une bonne nouvelle pour un pays qui souffre de l’effondrement des cours du diamant et du cuivre, sensible depuis 2008.

Vrai jackpot pour Areva ou simple mirage sans lendemain ? « Nous aurons de bonnes surprises », assure Zéphirin Diabré, le chasseur de gisements d’Areva, qui parie sur la richesse supposée du pays. Outre d’importants gisements de manganèse, de bauxite, d’or ou de minerai de fer, l’actuelle RD Congo, souvent décrite comme un « scandale géologique », renferme plus de la moitié des réserves mondiales de cobalt, 10 % de celles de cuivre, 30 % de celles de diamant et plus de 70 % des réserves de coltan, utilisé dans la fabrication des téléphones portables. Pour l’uranium, c’est dans le Bas-Congo, au Nord-Kivu, au Katanga, et peut-être au Kasaï, que les espoirs sont les plus grands, même si à ce jour seule la mine katangaise de Shinkolobwe, à 35 kilomètres de Likasi, atteste d’un gisement connu et exploitable. C’est d’ailleurs Shinkolobwe qui a fourni aux Américains, via les colonisateurs belges de l’époque, l’uranium nécessaire à la fabrication de la bombe atomique de Nagasaki, en 1945. Le maintien sous contrôle américain de cette mine fut d’ailleurs l’une des raisons qui ont convaincu la CIA de placer, puis de soutenir, Mobutu à la tête du Zaïre.

 

Des rêves de grandeur

Officiellement fermée depuis près de quarante ans, Shinkolobwe a en réalité toujours été exploitée illégalement par la population locale, alimentant des trafics vers les pays voisins. Elle a également fait l’objet des plus folles rumeurs de vente d’uranium à la Libye, à la Corée du Nord ou à l’Iran… Des fantasmes et des rêves de grandeur qui, au milieu des années 1970, se retrouvent dans le projet fou d’un Mobutu, s’imaginant concurrencer la Nasa et le programme Soyouz avec l’aide d’une obscure société allemande, l’Otrag, dans son projet avorté de créer un centre spatial en pleine brousse afin de mettre sur orbite la fusée des pauvres, la « Volkswagen de l’espace » ! Démesure encore lors de la signature, en septembre 2007, du « contrat du siècle » avec Pékin. Pour 6,5 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures (chemins de fer, routes, logements sociaux…), les entreprises chinoises se sont ouvert l’accès des mines de cuivre, de cobalt et d’or du pays.

Est-ce pour matérialiser le rêve qu’on lui prête de doter son pays de 65 millions d’habitants d’une centrale nucléaire que Joseph Kabila paraît privilégier Areva aujourd’hui ? Outre le ministère des Mines et la direction de Gécamines, l’entreprise publique détentrice jusque-là de tous les droits miniers en RD Congo et pilotée par Paul Fortin, le projet de la relance de l’exploitation de l’uranium en RD Congo passe obligatoirement par la présidence. Et si ce n’est directement par le bureau de Joseph Kabila, c’est immanquablement par celui de son très proche conseiller, le Katangais Augustin Katumba Mwanke.

C’est d’ailleurs le président congolais en personne qui a donné son feu vert au groupe français lors de son séjour à Paris, à la mi-2008. En marge d’un entretien officiel à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy, le 16 juillet dernier, Kabila a reçu dans sa suite de l’hôtel Ritz Anne Lauvergeon et Zéphirin Diabré. Aussitôt, le numéro un mondial du nucléaire civil place ses pions sur le terrain dans la plus grande discrétion. Pour prendre le pouls de la stratégie du gouvernement congolais en matière d’exploitation minière, le groupe avancera sous un nom d’emprunt pendant dix-huit mois à travers une filiale créée pour la circonstance. Baptisée Songhaï, « en référence à un peuple du Niger », explique Zéphirin Diabré, qui la dirige, cette société est théoriquement basée en Afrique du Sud. « Nous avons choisi de ne pas nous afficher en tant qu’Areva pour ne pas éveiller l’attention de nos concurrents, ce qui aurait fait grimper les enchères », justifie-t-il.

 

L’Élysée mobilisé

Le groupe français n’a ménagé ni ses forces ni ses appuis. Les politiques ou les « avocats » du groupe nucléaire s’affairent auprès des autorités congolaises depuis des mois. Le 9 janvier, Bruno Joubert, le « Monsieur Afrique » de l’Élysée, a profité d’un séjour à Kinshasa destiné à préparer le déplacement de Nicolas Sarkozy pour évoquer le sujet Areva avec le président congolais. Dans l’ombre, George Forrest, l’incontournable homme d’affaires belge implanté depuis des lustres dans le secteur minier congolais, et Patrick Balkany, le député-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), intime de l’hôte de l’Élysée, sont les intermédiaires d’Areva en Centrafrique et en RD Congo depuis au moins deux ans. Accueillant régulièrement des émissaires africains à Paris, invité à chaque déplacement présidentiel en Afrique, Patrick Balkany, en voyage dans les Antilles, nous a fait savoir par son service de presse qu’il n’avait rien à voir avec Areva. « Je connais Balkany, c’est un homme dynamique qui pousse les entreprises françaises à s’installer en RD Congo », confiait pourtant George Forrest à Jeune Afrique, début 2008, lors d’un voyage de presse organisé par son groupe pour visiter ses gisements congolais de cuivre et de cobalt. Et pour cause. L’ami de Nicolas Sarkozy est un familier du jet privé de l’homme d’affaires belge. « Il est clair que Balkany a joué un rôle en RD Congo », complète un industriel français présent dans le pays.

Malgré tout, rien n’est joué définitivement en faveur d’Areva. Si le numéro un mondial du nucléaire civil a une longueur d’avance sur ses concurrents, il ne possède aucune exclusivité sur l’uranium congolais. « Malgré les déclarations de Nicolas Sarkozy, le ministère des Mines et Areva n’ont signé qu’un mémo d’intention. C’est un bon départ pour le groupe français, mais ce n’est pas encore un contrat en bonne et due forme. Le gouvernement congolais a fait part de son intention d’ouvrir l’exploitation de l’uranium à d’autres partenaires, russes, américains et chinois. Ces derniers se sont déjà montrés très intéressés », tempère Jean-Marie Longonya Okungu, patron de l’Agence congolaise de presse et proche du pouvoir.

Pour l’instant, beaucoup reste à faire même si les choses avancent vite. Les partenaires franco-congolais doivent régler les détails sur le fond (calendrier des zones de prospection, constitution d’équipes binationales, investissements consentis par les deux parties…). Le principe d’une société commune est arrêté, avec une participation de Gécamines et d’Areva en actionnaire majoritaire, pour mettre en musique l’accord de coopération. Autre point défini : la priorité donnée à la remise en route de la mine de Shinkolobwe, avant d’explorer les autres gisements potentiels du pays.

Les avocats du groupe français sont actuellement mobilisés pour faire enregistrer dans les semaines à venir, à Kinshasa, la naissance d’Areva Congo ou d’Areva RD Congo – le nom fait encore débat. De leur côté, le ministère des Mines et la haute direction de Gécamines peaufinent les exigences congolaises. « L’accord, avec toutes les modalités de mise en œuvre, devrait être validé dans les quinze jours », assure-t-on au ministère des Finances à Paris.

Reste qu’avec un gouvernement congolais qui maintient la pression et des concurrents qui digèrent mal cet accord-cadre concocté en catimini par Areva avec l’appui de l’Élysée, la partie est loin d’être gagnée. Américains et Canadiens sont à l’affût. Ainsi que la China National Uranium Corp., déjà présente au Niger, ou le magnat du diamant israélien Dan Gertler. À 40 ans, le patron de DGI Group (Dan Gertler Investment) diversifie ses activités minières en RD Congo (fer, cuivre, cobalt…). Très proche des cercles dirigeants, il avait convaincu en 2000 Laurent-Désiré Kabila de lui confier l’exclusivité de l’exportation des diamants congolais – un contrat cassé depuis par Joseph Kabila. La bataille pour l’uranium congolais n’est pas terminée.

 

 

Areva et l'exploitation de l'uranium en République Centrafricaine: négoces et coût à payer

Matières premières et l’uranium: les phosphates sédimentaires

Teneur de l'écorce terrestre : 3 à 4 ppm. C'est un élément relativement répandu : il est approximativement aussi abondant que l'étain ou le zinc, 50 fois plus que le mercure et 1000 fois plus que l'or.

Eau de mer: 3 mg d'U/L soit au total 4,5 milliards de t d'uranium. Par exemple, le Rhône charrie près de 100 t/an d'uranium naturel qui provient, en partie, du ruissellement des pluies sur les massifs cristallins. L'extraction de l'uranium de l'eau de mer est techniquement possible, mais elle n'est pas rentable en 2005.

L'exploitation des gisements est économiquement rentable lorsque les teneurs en uranium dépassent 0,05 % à 0,1 %. En général, la teneur des gisements exploités est de 0,1 à 0,3 %. Des gisements exceptionnels peuvent atteindre des teneurs plus élevées : 10 à 20 % à Cigar Lake et Mc Arthur au Canada.

Minerais

De différents typesd : à pechblende, à uraninite (contiennent de l'oxyde U3O8), à brannerite (contiennent du titanate d'uranium)…

L'uranium se trouve sur tous les continents et dans tous les types de terrain. Les plus grands producteurs mondiaux sont donc souvent des pays d'une grande superficie. En particulier, les plus grands gisements connus en 2006 se trouvent en Australie, au Canada et au Kazakhstan.

Les phosphates sédimentaires naturels, matières premières des engrais phosphatés, renferment des teneurs de 50 à 300 ppm d'U, en substitution dans la structure apatitique (exceptionnellement de 0,2 à 0,5 % dans le gisement de Bakouma en République Centre Africaine). Lors de l'attaque sulfurique du phosphate, U est libéré et passe en solution dans l’acide phosphorique duquel il peut être extrait à l'aide de solvants organiques. En 1984, 6 unités, dont 4 aux États-Unis étaient en service dans le monde occidental, avec une production de 1400 t d'U. En Irak, à Al Qaim, une unité fut construite en 1984 et détruite en 1991.

Gisement d'Oklo (Gabon) : dans ce gisement, durant 600 000 ans, a fonctionné, il y a 1,8 milliard d'années, un réacteur nucléaire naturel. A cette époque, l'uranium naturel avait une teneur de 3,07 % en 235U. L'uranium du cœur de la zone de réaction a actuellement une teneur de 0,004 % en 235U (0,72 % normalement) : 2 t de 235U ont été consommées par fission.

NDLR sangonet - Source : Uranium-96 - http://www.sfc.fr/Donnees/metaux/ura/texura.htm



De l’uranium à tout prix


D'étranges parrains ont veillé sur la convention conclue - laborieusement - à la fin juillet par le géant nucléaire Areva et la présidence centrafricaine pour la reprise du gisement d'uranium de Bakouma. A commencer par le sulfureux Rwandais Fabien Singaye, conseiller spécial à la sécurité de François Bozizé. Autres intermédiaires insolites : un proche de Patrick Balkany, ainsi que le négociant belge Georges Forrest, virtuose des contrats miniers et consul honoraire de France au Katanga (RDC).

Ndlr Centrafrique-Presse : Les dessous de cette convention commencent à se faire jour et on voit bien que beaucoup d'opacité entoure cette affaire contrat d'uranium de Bakouma. Rien ne dit aussi  que eu égard à la nature des requins qui sont autour de  Bozizé, la RCA puisse vraiment tirer les profits auxquels elle est en droit de s'attendre de  l'exploitation des mines de Bakouma par Areva.

12 août 2008
L'Express / Centrafrique Presse

 

Uranium: prix élevés poussent des Etats à renégocier leurs contrats

Les prix élevés de l'uranium sur le marché poussent certains pays producteurs, comme le Niger ou désormais la Centrafrique, à renégocier leurs contrats avec les entreprises qui exploitent leurs mines afin de vendre plus cher ce minerai très convoité.

La Centrafrique, après le Niger, a contesté mercredi la reprise de l'exploitation d'une de ses mines par le groupe nucléaire français Areva. Cette mine de Bakouma (est) appartenait jusqu'à présent au producteur canadien d'uranium UraMin, racheté par Areva fin juillet.

Le gouvernement centrafricain a qualifié «d'irrégulière» l'opération de rachat et souhaité que l'exploitation de la mine «soit aussi profitable au peuple centrafricain».

Areva a concédé jeudi qu'il y avait «des bases de discussions» possibles dans la convention minière qui lie depuis février 2006 la Centrafrique à UraMin, et a promis de ne pas faire moins que ce contrat.

Le Niger, quatrième pays producteur dans le monde, a de son côté annoncé le 5 août la fin du «monopole» que détenait depuis quarante ans le groupe français sur la prospection, l'exploitation et la vente de son uranium.

«C'est une partie de bras de fer», explique Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières.

Les pays riches en uranium «espèrent arriver à vendre plus cher leur minerai» dans les contrats à long terme qu'ils concluent de gré à gré avec les groupes miniers, voire «se rapprocher du petit marché spot» de court terme, où les prix de l'uranium ont atteint des sommets.

«Le gros des contrats à long terme a été signé sur un prix de 20 ou 30 dollars» la livre d'uranium, alors que depuis huit ans le prix de ce minerai sur le marché spot n'a cessé d'augmenter, note M. Chalmain.

Son prix est passé de 25 dollars la livre début 2005 à 135 dollars en juin 2007, avant de redescendre à environ 85 dollars en septembre.

Cette hausse des prix de l'uranium est liée notamment à sa rareté. La production mondiale d'uranium couvre actuellement un peu moins des deux tiers de la consommation, elle-même en croissance avec le développement de l'électricité d'origine nucléaire.

Le Canada est le premier producteur mondial, devant l'Australie, le Kazakhstan, le Niger et la Russie. Une part importante d'uranium provient aussi du recyclage de stocks militaires.

Au Niger, les relations avec Areva se sont tendues depuis l'expulsion, fin juillet, du directeur local du groupe, mais Niamey a en même temps obtenu le renouvellement de ses contrats miniers pour 2007 à un prix plus élevé qu'auparavant (42 dollars la livre d'uranium, contre 28,6 dollars).

En attendant la renégociation des contrats pour 2008, Niamey accuse toujours le groupe nucléaire de soutenir des rebelles dans le but d'empêcher d'autres compagnies étrangères concurrentes de s'installer dans le pays pour exploiter l'uranium, ce qu'Areva dément.

Areva présente aussi ses arguments pour limiter la surenchère. Pour la Centrafrique, il souligne que la mine est plus «compliquée à exploiter» que d'autres car le gisement contient du phosphate, ce qui ajoute «des surcoûts».

La Guinée, qui a annoncé en août la découverte de réserves d'uranium, sait déjà qu'elles susciteront «un engouement des différentes sociétés minières», selon son ministre des Mines.

Face à la raréfaction du minerai, Areva a montré son intention de sécuriser sa production en rachetant cet été UraMin, pour produire 19.000 tonnes d'uranium d'ici en 2012.

Paris, AWP/AFX - 21 septembre 2007 10h32

© http://www.romandie.com/infos/news2/200709211032001AWPCH.asp

 

 

 

fleche

La France et la République centrafricainepointillés

Reprise d’une mine d’uranium en Centrafrique qui serait exploitée par Areva (21 septembre 2007)

L’Etat centrafricain avait signé une convention minière avec la société UraMin en 2006 afin de mettre en valeur le gisement d’uranium de Bakouma. Effectivement, Areva a acheté cette société UraMin au mois de juillet 2007.

Sur le souci des autorités centrafricaines que l’exploitation bénéficie aux populations locales, nous partageons ce souci. Il nous paraît effectivement important que soit menée dans ce pays une politique d’utilisation optimale des ressources naturelles qui doivent être exploitées au bénéfice des populations.

La France est attaché à ce que l’exploitation de ce gisement se fasse dans le respect des clauses contractuelles et dans la plus grande transparence.

Dans cette optique, nous encourageons le gouvernement centrafricain à rejoindre les pays africains qui ont adhéré à l’initiative de transparence des industries extractives, qui est un mécanisme que la France soutient. Cette adhésion ne pourra que conforter la transparence du processus d’extraction.


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