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30/03/2011

MaM Out - Interpellation à Saint-Jean-de-Luz d'une militante basque espagnole

Une jeune Espagnole de 24 ans, membre de l'organisation des jeunes basques Segi, a été interpellée mercredi matin par la police judiciaire à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), a-t-on appris de source policière. Lire la suite l'article

Elle faisait l'objet d'un mandat d'arrêt européen lancé par l'Espagne pour "appartenance à une organisation terroriste". Ce dernier devait lui être signifié mercredi après-midi par le parquet général de Pau où elle a été transférée.

Cette jeune femme appartenait au groupe de huit militants espagnols de Segi qui avaient tenu une conférence publique le 21 février à Ispoure (Pyrénées-Atlantiques) pour dénoncer la répression exercée à leur encontre par les autorités espagnoles et la multiplication des mandats d'arrêt européen lancés contre eux.

Sept d'entre eux ont depuis été interpellés par les policiers français. Interdit en Espagne, le mouvement Segi est considéré comme l'antichambre de l'organisation séparatiste basque ETA. AP

piqué au ats sur fr.news.yahoo.com - 30/03/2011

De jeunes indépendantistes demandent que "MAM dégage du Pays basque"

SAINT-JEAN-DE-LUZ (Pyrénées-Atlantiques) — Environ cinquante militants du mouvement de la jeunesse radicale basque Segi ont manifesté vendredi devant la mairie de Saint-Jean-de-Luz, où se trouvait Michèle Alliot-Marie, réclamant son départ du Pays basque, a constaté l'AFP.

Les militants se sont rassemblés sans aucun incident de 17H30 à 18H30, alors que se tenait un conseil municipal auquel assistait l'ancienne ministre des Affaires étrangères, première adjointe au maire de Saint-Jean-de-Luz.

Les militants de Segi, un mouvement considéré par Madrid comme proche du groupe indépendantiste armé ETA, ont également déployé des banderoles et scandé des slogans exigeant que Mme Alliot-Marie, écartée du gouvernement fin février après avoir exercé quatre postes régaliens dont l'Intérieur et la Justice depuis 2002, "dégage du Pays basque".

Ils ont aussi réclamé "la vérité" sur la mort du membre de l'ETA Yon Anza, dont le corps avait été retrouvé en mars 2010 dans une morgue toulousaine, onze mois après sa disparition.

En quelques mois, il s'agit du troisième rassemblement hostile à l'ancienne ministre tenu à l'occasion d'un conseil municipal à Saint-Jean-de-Luz. En décembre, quelques militants avaient été brièvement interpellés.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une douzaine d'affiches et de tags anonymes, attribuées par une source policière à Segi et indiquant déjà "MAM dégage", ont été disséminés sur des murs à Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et Urrugne.

Ils avaient été retirés dès jeudi matin, à la demande du maire de Saint-Jean-de-Luz, Peyuco Duhart.

 

Segi se mobilise encore

Des militants de Segi se sont réunis hier, en fin d'après-midi, juste avant le début du Conseil municipal auquel participait Michèle Alliot-Marie.

Les forces de police, la seule confrontation à laquelle les manifestants ont eu le droit. photo Jean-Daniel chopin

 Les forces de police, la seule confrontation à laquelle les manifestants ont eu le droit. photo Jean-Daniel chopin

Hier, aux alentours de 17 h 30, des militants du mouvement Segi, le mouvement de jeunes de la gauche radicale basque (interdit en Espagne mais autorisé en France), se sont rassemblés sur la place Louis XIV de Saint-Jean-de-Luz. Le lieu et l'heure du rendez-vous n'étaient pas anodins. Quelques minutes plus tard (à 18 heures), le Conseil municipal auquel l'ancienne ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, participait pour la première fois depuis son retour sur les terres luziennes, allait démarrer.

Postés juste en face de l'entrée de la mairie, la cinquantaine de manifestants, drapeaux basques sur l'épaule, a scandé en chœur des paroles au message clair et unanime : « Michèle Alliot-Marie dégage du Pays basque ». Un message similaire était ensuite repris en basque. « MAM Entzun ! Bim Bam Boum ! » pouvait-on entendre. Leurs banderoles, dépliées devant la cinquantaine de policiers déployés devant eux, affichaient la même ténacité.

« Symbole de l'oppression »

Amaia Elichiry, qui était hier la représentante du mouvement, a pris la parole depuis le kiosque de la place Louis XIV. « Michèle Alliot-Marie a occupé les responsabilités politiques les plus importantes du gouvernement français et maintenant elle est hors jeu. Virée à cause de ses fautes graves, c'est le sort qu'elle méritait. Elle n'a plus sa place dans le gouvernement mais elle est toujours ici, au Pays basque, élue à la mairie de Saint-Jean-de-Luz. Elle est le symbole de l'oppression que l'État Français maintient au Pays basque », a-t-elle déclaré dans un haut-parleur, avant de rajouter : « Lorsque le tribunal de Pau a accepté le mandat d'arrêt européen contre Aurore Martin, elle était ministre de la Justice ».

Imperturbable

Les jeunes militants ont ensuite continué à prononcer leur message, attendant l'arrivée de Michèle Alliot-Marie devant la mairie. Mais celle-ci se trouvait déjà à l'intérieur. Arrivée dans le courant de l'après-midi, l'ancienne ministre n'aura croisé le regard d'aucun des membres de Segi. Elle les aura simplement entendus. Car les manifestants ont poursuivi leur mouvement durant toute la première demi-heure du Conseil municipal. Face à ces appels à la démission, Michèle Alliot-Marie a su rester imperturbable. Assise aux côtés du maire Peyuco Duhart, elle a tenu son rôle de première adjointe sans sourciller durant toute la séance, affichant parfois quelques sourires, et interrogeant à certains moments les opposants d'Herri Berri et de la gauche abertzale sur des sujets de politique locale.

Sur la place Louis XIV, les manifestants, eux, ont attendu 18 h 30 avant de replier leurs banderoles, et quitté les lieux, dans le plus grand calme.

 

18:05 | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/03/2010

ETA - EZLN - Sentir le rouge...

 

 

"Sentir le rouge, c’est arriver à reconnaître les indices, que la société dans sa majorité ne reconnaît pas, qui prouvent d’une guerre de basse intensité à une guerre ouverte contre les droits les plus élémentaires et l’intégrité des populations œuvrant avec courage et sans violence pour la construction d’une autonomie garantissant liberté et développement."(non lieu)

 

 

 

7.03.10 - 20:24 (RTBF)

L'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), mouvement de rébellion mexicain, aurait reçu de l'organisation séparatiste basque armée ETA plus d'un million d'euros, a rapporté samedi le journal mexicain Reforma en citant un ex-membre de l'EZLN.

L'informateur du quotidien, qui s'est présenté comme un ancien responsable du mouvement, lui a transmis un dossier comprenant des photos du sous-commandant Marcos, chef de l'EZLN, sans sa cagoule habituelle pour ses apparitions en public, des numéros de portables de dirigeants zapatistes, les types d'armes dont ils disposeraient et leurs sources de financement. Dans le dossier, "il y a quelques remarques disant que ces derniers temps ils (ndlr: l'ETA) ont transmis 750 000 euros, puis 350 000 euros" aux autorités zapatistes de La Garrucha, a déclaré au journal l'homme qui a affirmé avoir occupé un poste important au sein du mouvement rebelle.

Le quartier général de l'EZLN se trouve à La Garrucha, localité de l'Etat du Chiapas dans le sud-est du Mexique, où ce mouvement amérindien avait lancé un soulèvement armé le 1er janvier 1994, jour de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

Belga

 

 

Transformer le monde sans prendre le pouvoir

entretien avec Jérôme Baschet*


 

Plus de 20’000 zapatistes ont occupé San Cristobal de las Casas le 1er janvier 2003, ils n’avaient cette fois que leurs machettes ou bâtons de paysan en main. Après les prises de parole de Fidelia, Omar, Mister, Brus Li, Esther, Tacho et David, commandants de l’EZLN, ils ont quitté la principale ville du Chiapas le lendemain matin, non sans avoir démontré leur capacité d’organisation et leur esprit de résistance. « Nous connaissons le monde […] parce que nous connaissons tous ces hommes et femmes de tous les pays qui sont arrivés dans nos villages, ils nous ont parlé de leurs luttes, de leurs mondes et de tout ce qu’ils font. À travers leurs paroles nous avons voyagé et nous avons vu et connu plus de terres que n’importe quel intellectuel », a expliqué Mister.

En France, les médias ont ignoré la manifestation.

Marc Tomsin : Après vingt et un mois de silence, l’armée zapatiste (EZLN) s’est-elle isolée, affaiblie ou renforcée ?

Jérôme Baschet : Le plus remarquable est sans doute que l’EZLN soit parvenue à franchir sans sombrer une passe très périlleuse et ait pu surmonter l’énorme déception des lendemains de la Marche de la dignité indigène, il y a tout juste deux ans : une marche qui a été un succès par l’ampleur des rencontres et des mobilisations qu’elle a suscitées, mais qui n’a eu aucun résultat en termes législatifs. Il y a eu là un moment de découragement qui a sans doute été très difficile à surmonter, mais qui l’a été. Je crois que c’est le principal acquis de cette période.

Par ailleurs, il y a sans doute une usure qui continue à se faire sentir, qui n’a pas commencé avec la marche mais qui a continué malgré la marche. Une difficulté à maintenir l’esprit de résistance des communautés dans des conditions matérielles très précaires. Il y a sûrement des gens qui ont quitté l’organisation, mais le fait d’avoir surmonté cette épreuve est le signe d’une force indéniable. On aurait pu penser qu’après une épreuve de cette sorte l’EZLN allait tomber en déliquescence, se dissoudre. C’était l’une des hypothèses possibles. Cela n’a pas été le cas, l’organisation a résisté, elle a fait la preuve de sa capacité de mobilisation lors de la manifestation du 1er janvier de cette année, très importante par son ampleur mais aussi par le degré d’organisation qu’elle a démontré. Donc, malgré le rétrécissement de l’espace des communautés zapatistes, il y a un acquis, une démonstration de résistance très importante.

Marc Tomsin : Avec la réapparition des zapatistes et la fin du silence de leur commandement, y a-t-il un durcissement de leurs positions vis-à-vis des partis politiques, particulièrement du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche) ?

Jérôme Baschet : Réapparition, oui, indéniablement ; fin du silence, c’est le moins qu’on puisse dire, puisque nous sommes maintenant soumis à une rafale de communiqués, au rythme d’un tous les deux ou trois jours, à peu près. Réapparition publique lors de cette manifestation du 1er janvier, avec son caractère impressionnant et symboliquement très fort, c’est clair. Mais je ne vois guère de durcissement de la position de l’EZLN et pas d’inflexion très sensible. L’attitude très dure à l’égard des partis politiques en général et en particulier du PRD n’est pas vraiment nouvelle. Il y a beaucoup d’antécédents à cette attitude qui a certes un peu varié au gré de la conjoncture politique, notamment aux moments où le PRD appuyait les demandes zapatistes et indigènes en général. Cette posture des zapatistes est logique, compte tenu de la participation du PRD et en particulier de ses sénateurs au vote de la contre-réforme indigène. Ce vote du PRD a été dénoncé très clairement au lendemain de l’approbation de la contre-réforme, fin avril 2001, et l’EZLN a alors lancé des mots très durs contre la « trinité infernale » qui incluait aussi bien les politiciens du PRD que du PAN ou du PRI. C’est aujourd’hui la même chose qui ne fait que s’amplifier. Les zapatistes ont toutes raisons d’être furieux à l’égard d’un parti qui se dit de gauche et qui a voté avec les autres forces politiques représentées au Parlement cette loi tout à fait contraire aux demandes des zapatistes et des indigènes en général. C’est assez logique.

Marc Tomsin : Que penser de l’incompréhension que rencontre aujourd’hui le mouvement zapatiste dans les médias 1 en France ? De la charge contre Marcos et l’EZLN pratiquée par les magazines de la « gauche cathodique » (Les Inrockuptibles 2, Télérama, etc.) au sujet de la correspondance sur la question basque comme de leur silence total après la manifestation du 1er janvier ?

Jérôme Baschet : Il me semble que ce n’est pas un phénomène nouveau. On le constate depuis 1994, et plus encore depuis la rencontre « intergalactique » de 1996. Le discours de la presse française en particulier, mais aussi d’autres pays européens, est catastrophique. J’ai l’impression que, dans le cas récent de la polémique autour des échanges de Marcos sur la question basque, on assiste en fait à la reprise des archétypes que les médias ont construits sur les zapatistes et sur le personnage de Marcos depuis 1994 : un mouvement anecdotique, anachronique, réductible à la dimension médiatique de son porte-parole (par parenthèse, l’idée d’un Marcos omniprésent dans les médias fait un peu sourire, surtout en France) et à son répertoire exigu de symboles qui deviennent des obsessions pour les journalistes français comme le fameux passe-montagne. Il y a peu, un hebdomadaire faisait encore une fois sa une sur le passe-montagne de Marcos, mais déjà, en décembre 2000, Le Monde passait par pertes et profits l’essentiel d’une conférence de presse de Marcos et focalisait l’attention sur l’annonce supposée d’un renoncement audit passe-montagne. Ce sont les mêmes stéréotypes qui fonctionnent, qui sont repris inlassablement d’article en article avec, dans certains cas, une intention de nuisance évidente, une malveillance qui utilise tout ce qui peut servir à déconsidérer les zapatistes et Marcos en particulier, avec la plus évidente mauvaise foi. Parler, par exemple, du « soutien ahurissant (de Marcos) aux terroristes de l’ETA » (Télérama du 8 janvier 2003) est un mensonge pur et simple, puisque de tout ce dossier on peut ne retenir qu’une seule chose, c’est que, dans ses deux lettres à l’ETA, Marcos dénonce très clairement les méthodes et les principes d’une organisation qui « a fait de la mort de la parole son négoce » (avant-garde auto proclamée qui prétend agir en représentation de tout le peuple basque, certitude de détenir la vérité absolue qui conduit à « tuer tous ceux qui ne souscrivent pas à cette vérité », recours au crime, attentat contre la vie de civils, réponse aux mots par des balles). C’est aux antipodes de tels principes que se situe l’EZLN et il suffit de lire ces deux textes pour voir qu’il n’y a pas d’effort minimal d’information dans presque tous les articles parus sur ce thème.

Marc Tomsin : De jeunes Tzotziles, Tzeltales, Choles, Tojolabales… nés, comme l’EZLN, en 1983, vont avoir vingt ans. Cette nouvelle génération s’est-elle transformée avec ce mouvement ?

Jérôme Baschet : C’est une préoccupation évidente des zapatistes. L’attention qu’ils portent à la mise en place de projets éducatifs, qui sont devenus maintenant réalité, montre bien qu’ils ont ce souci de former de nouvelles générations, zapatistes ou non, mais en tout cas engagées dans la résistance et la lutte. Ces jeunes sont là, on sent leur enthousiasme et leur énergie. Mais en même temps que va-t-il advenir du mouvement zapatiste et, de manière plus générale, de la lutte indigène dans un contexte qui est très difficile ? Ces acquis et ces germes d’avenir sont là, mais encore faut-il que les conditions permettent que cette résistance se développe et ne s’épuise pas. Le risque d’affaiblissement est toujours présent, et tout cela conditionne la possibilité pour ces germes d’espérance de se développer vraiment.

Marc Tomsin : On a parlé, au sujet des origines du zapatisme, des « matrices » dont ce courant serait issu, comme la théologie de la libération, certaines tendances du marxisme ou de l’anarchisme (Flores Magón) au Mexique. Une recherche sociale comme celle de John Holloway semble à son tour influencée par l’expérience du mouvement indigène au Chiapas. Le zapatisme est-il devenu lui-même une matrice ?

Jérôme Baschet : Une matrice, je ne sais pas. Le terme correspond peut-être mal à l’indéfinition revendiquée par les zapatistes. Qu’il y ait des traces très fortes, des empreintes, sur les gens, sur les jeunes dans les communautés indiennes, c’est certain. On sent chez eux une possibilité de parler, une récupération de leur histoire en même temps qu’une ouverture sur le monde, une réflexion politique et morale en train de se fortifier, mais j’insiste sur la fragilité de tous ces projets, de toutes ces réalisations en cours, parce qu’elles se font toujours dans des situations d’urgence, de difficultés très grandes et qu’elles peuvent être interrompues du jour au lendemain. Il n’y a pas de garantie absolue que tout ce qui est en train de se développer puisse réellement croître comme on le souhaiterait. Par ailleurs, vers l’extérieur, l’écho du zapatisme me semble indéniable. Il marque la pensée critique. Ce n’est peut-être pas très sensible en France, mais ça l’est dans d’autres pays, et certainement au Mexique. Il y a un apport du zapatisme à la pensée critique qui se fait sentir dans un livre comme celui de John Holloway 3, Cambiar el mundo sin tomar el poder (el significado de la revolucion hoy), dont le titre - « Changer le monde sans prendre le pouvoir (le sens de la révolution aujourd’hui) » - est la reprise directe de l’un des thèmes principaux des zapatistes. La formule semble destinée à circuler amplement à travers le monde, de cercles de réflexion en publications et de publications en manifestations ; elle amène certainement à reformuler les apports du marxisme et les traditions libertaires. Cette part toujours active du zapatisme est bien là, je crois.

1. La désinformation et le confusionnisme culminent avec les éditions Mille et une nuits, qui publient Marcos, le maître des miroirs, essai de Vazquez Montalban, et vont jusqu’à annoncer, en « quatrième de couverture », qu’après avoir « marché sur Mexico en 2001 » Marcos a signé un accord avec le gouvernement et, bien sûr, « ôté son fameux passe-montagne », révélant son identité.

2. Un certain Marc Saint-Upéry écrit dans l’hebdomadaire des BBB (bourgeois, blancs, branchés) une méchante diatribe contre « le sous-commandant en dessous de tout », accusé d’être « solidaire des tueurs d’ETA », et exige des « représentants de l’EZLN […] une rectification de leur position ». Tout s’éclaire si on lit, dans le Monde diplomatique de janvier, du même Saint-Upéry, journaliste à Quito, un éloge de l’organisation indienne d’Équateur qui a « su combiner lutte sociale et pratique institutionnelle ».

3. Irlandais installé au Mexique, chercheur en sciences sociales de l’université de Puebla.

* Jérôme Baschet, auteur de L’Étincelle zapatiste (éditions Denoël, [voir le Monde libertaire de l’été 2002-rub1471]).

 

  ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.

7 décembre 2002

A l'organisation politico-militaire basque Euskadi ta
Askatasuna (ETA). Pays basque.
Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.

Mesdames et Messieurs,

Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale du Mexique.
Comme vous le savez sans doute, il y a quelque temps, et
dans une lettre lue en territoire espagnol, nous avons
fait référence à la lutte du peuple basque pour sa
souveraineté. Bien que le texte fît clairement référence
à la lutte politique basque et non à la lutte militaire,
les paroles furent intentionnellement ambiguës en ce qui
concerne l'action de votre organisation ETA.
L'objectif de l'ambiguïté était de provoquer, ce qui a
réussi. Nous n'ignorons pas que nous avons mis en danger
le capital moral que, nous zapatistes, avons conquis dans
le monde entier, en particulier dans la péninsule
ibérique, mais c'était nécessaire… alors.
Vous et nous savons bien que l'EZLN n'a réalisé et ne
réalisera aucune action militaire contre les civils. Vous
savez aussi que nous condamnons ce type d'attaques, qui
font un grand nombre de victimes chez des personnes qui
ne savent même pas de quoi il s'agit.
Ce n'est pas rien le nombre de victimes civiles que vous
avez provoquées par vos actions. Parmi elles, il y avait
des personnes qui sympathisaient avec notre cause et qui,
comme le reste des victimes civiles, sont mortes dans
l'angoisse de ne pas savoir pourquoi.
Nous considérons la lutte du peuple basque pour sa
souveraineté comme juste et légitime, mais cette noble
cause, ni aucune autre, ne justifie que l'on sacrifie la
vie de civils. Non seulement cela ne produit aucun
bénéfice politique et, même si cela arrivait, le coût
humain n'a pas de prix. Nous condamnons les actions
militaires qui touchent les civils. Et nous les
condamnons de la même manière, qu'elles proviennent d'ETA
ou du gouvernement espagnol, d'Al-Qaida ou de George W.
Bush, d'Israéliens ou de
Palestiniens, ou de quiconque, sous des noms différents
ou des sigles différents, alléguant ou non des raisons
d'Etat, idéologiques ou religieuses, prenne ses victimes
parmi les enfants, les femmes, les anciens et les hommes
qui n'ont rien à voir avec le sujet.
Je sais aussi que, dans le compte des morts et blessés
que réalise le gouvernement espagnol, ne figurent pas les
milliers de Basques qui ont été exécutés, torturés et les
disparus entre les mains des forces de l'Etat. Cependant,
je ne vous écris pas pour comparer le nombre des morts.
En cela, nous surpassons les uns et les autres, vu que ce
sont des millions d'indigènes mexicains qui sont tombés
depuis la conquête espagnole. Personne ne peut
concurrencer nos morts.
Non, ce n'est pas pour parler de ce qui s'est passé avant
que je m'adresse à vous.
Il y a deux jours, le juge Fernando Baltasar Garzon Real
m'a défié à un débat. Je lui ai répondu par l'affirmative
et j'ai posé comme condition, entre autres, que se
réalise une rencontre entre toutes les forces politiques,
sociales et culturelles impliquées ou intéressées par la
problématique du Pays basque, pour qu'elles parlent et
s'écoutent au sujet des chemins basques.
De même, au nom de mes camarades, je vous demande de
décréter une trêve unilatérale pour une période de 177
jours, qui commencerait au matin du 24 décembre 2002. Je
vous demande de ne réaliser aucune opération militaire
offensive durant cette période et de contribuer ainsi à
créer un climat propice à cette rencontre, c'est-à-dire
pour donner une opportunité à la parole.
Il serait bon qu'Euskadi ta Askatasuna envoie plusieurs
délégués parler et écouter, pas à négocier ou à faire un
pacte, pour la rencontre "Le Pays basque : des chemins".
Je sais qu'ils courraient des risques, mais s'ils sont
disposés à mourir ou à être faits prisonniers dans les
actions militaires qu'ils réalisent, je ne vois pas
pourquoi ils ne seraient pas disposés à souffrir la même
chose dans une action politique.

C'est ce que je vous demande, pas de vous rendre ni
d'abandonner vos armes ou vos convictions. Je vous
demande simplement de donner une opportunité à la parole
et honorer ainsi le grand risque que les zapatistes ont
pris et devront prendre. En cas de refus, je me propose
personnellement comme victime propiciatoire de votre
prochaine attaque. Vous pourrez me traiter
de "collaborateur" de l'Etat espagnol (ce qui sera
paradoxal, puisque les autorités espagnoles m'accusent
d'apologie du terrorisme). L'argument
sera le minimum. Il n'y aura pas de reproches ni de
représailles de notre part, mais au moins je saurai
pourquoi je meurs. J'attends votre réponse.

Bon. Salut et une chance à la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002.


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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.

7 décembre 2002

A toutes les forces politiques, sociales, culturelles et
religieuses du Pays basque, quelle que soit leur idéologie
Du sous-commandant insurgé Marcos

Dames, gentilshommes et enfants,

Je vous écris au nom de l'Armée zapatiste de libération
nationale pour vous inviter à vous unir et à faire vôtre
la mobilisation “Une chance pour la parole” qui prétend
obtenir d'ETA et du gouvernement espagnol un climat
propice à la réalisation de la rencontre "Le Pays
basque : des chemins".
Cette rencontre doit se tenir sur l'île de Lanzarote,
îles Canaries, du 3 au 7 avril 2003 et n'a pas d'autre
motif que d'essayer de changer la logique de guerre qui
assaille le monde.

Nous vous invitons aussi à vous approprier cette
rencontre, à l'organiser et à y participer, au moment et
sous la forme que vous trouverez les plus adéquats.
Au départ, la rencontre est une des conditions que nous
avons fixées pour la réalisation du débat auquel nous a
défié le juge Baltasar Garzon, mais, s'il ne se réalise
pas ou si quelque malheur ou contretemps empêche la
célébration de la joute, nous vous demandons
respectueusement de réaliser cette rencontre, comme vous
le voulez, en lieu et date qui vous convienne.
Je ne vais pas répéter ce qu'il y a dans les lettres que
j'ai annexées.

Nous sommes sûrs que cette initiative, si elle réussit,
se transformera en une lueur d'espérance pour tous les
peuples de la Terre.

Je vous réitère nos salutations, notre respect et notre
admiration.

Bon. Salut, est-ce que ça ne vaut pas la peine de donner
une chance à la parole ?
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002

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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE

7 décembre 2002

A la société civile espagnole et basque.
Péninsule ibérique, planète Terre.

Du sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique

Dames, gentilshommes et enfants,

Je vous écris au nom des anciens, des femmes, des enfants
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale, du Mexique, pour vous saluer.
Il y a quelque temps, une de nos lettres, lue à
l'Aguascalientes madrilène, a déclenché une polémique et
une condamnation contre nous, parce que la lettre était
ambiguë par rapport aux actions armées de l'organisation
basque ETA. Même si, au début de la lettre, on
avertissait que "rien n'est accidentel chez les
zapatistes" et que nous faisions clairement référence à
la lutte politique, et non armée, du peuple basque, le
manque de condamnation explicite du terrorisme a été
interprété comme un appui de l'EZLN
à ETA et à ses actions.
Je dois vous dire que l'ambiguïté était intentionnelle,
comme le ton du reste de la lettre. Nous cherchons à
provoquer le tempérament hispanique d'un homme et ainsi
entreprendre une initiative qui, pour notre part,
représente peut-être la dernière opportunité d'aboutir à
une solution pacifique digne de nos revendications qui
sont, comme tout le monde le sait, la reconnaissance des
droits et de la culture indigènes.

Vous savez bien que nous ne pratiquons pas le terrorisme
et qu'en plusieurs occasions, dans des déclarations
écrites et orales, nous avons condamné la terreur, d'où
qu'elle vienne. Et si cette fois nous ne l'avons pas
explicitement fait, c'est pour des raisons que l'on
commence à voir clairement.
Pour les familles des victimes d'ETA et de l'Etat
espagnol, parmi lesquelles se trouvent nombre de
partisans de notre cause, nous nous excusons si par cette
ambiguïté nous manquons de respect à leur douleur. Nous
voulons de tout cœur qu'ils nous comprennent et qu'un
jour ils nous pardonnent ce que nous avons provoqué.
Nous regrettons aussi que cette souffrance ait été
manipulée par le gouvernement espagnol pour détourner et
cacher son inefficacité criminelle dans la catastrophe
écologique qui s'abat sur le peuple galicien qui a
démontré que l'on peut s'organiser et résoudre ses
problèmes pendant que les gouvernants se promènent dans
les pages sociales des journaux madrilènes.
Comme vous le savez, le juge Fernando Baltasar Garzon
Real m'a provoqué à un débat public sur divers thèmes.
Nous avons décidé d'accepter le débat et de mettre comme
condition que l'on réalise une rencontre entre les
intéressés et concernés par la problématique basque, pour
parler et écouter, sans bombes, balles et ordres de
détention. Le thème de la rencontre est "Le Pays basque :
des chemins".
Pour la réalisation de cette rencontre, je me suis déjà
adressé, par lettre, à l'organisation basque ETA pour lui
demander de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours
(commençant le 24 décembre de cette année) et ainsi de
rendre propice un climat adéquat pour la réalisation de
cette rencontre.

Nous pensons que quelque chose doit se faire pour changer
la logique criminelle qui s'impose actuellement dans le
monde. Que la terreur se combatte par la terreur mais
sans pouvoir la vaincre. Que les arguments légaux servent
à justifier les tortures, les disparitions, les
assassinats mais n'en finissent pas avec ceux qui, avec
des arguments idéologiques ou religieux, justifient la
mort des autres.
Le monde d'aujourd'hui nous présente une solution finale
qui, comme toutes les solutions finales, est un piège. On
nous oblige à choisir entre une terreur et une autre et
critiquer l'un veut dire appuyer l'autre. Dans ce cas, on
nous oblige à choisir entre le terrorisme d'ETA et le
terrorisme de l'Etat espagnol, et si nous nous démarquons
de l'un, nous sommes complices de l'autre.
Vous et nous savons que l'alternative n'est pas une chose
ou l'autre, sinon celle que l'on construit comme une
nouvelle voie, comme un nouveau monde.
Il serait joliment juste et instructif que, au milieu
d'un monde polarisé ou la mort et la destruction ne
varient qu'au niveau des arguments et de la déraison (ou
condamner les actions punitives de Bush équivaut à
soutenir la folie fondamentaliste de Bin Laden), ce soit
dans la péninsule ibérique que l'on ouvre un espace pour
donner une chanceé à la parole.
Il serait merveilleux que ce soit la dignité ibérique qui
dise au monde entier que c'est possible, et nécessaire,
de donner une chance à la parole.
A cause de tout cela, nous vous invitons à vous mobiliser
sur tout le sol hispanique pour demander, au gouvernement
espagnol et à ETA, cela : une chance à la parole.
Bon. Salut. Et si ce n'est pas maintenant, quand alors ?
Il faut donner une chance à la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002

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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.

7 décembre 2002

Aux organisations politiques, sociales et culturelles
basques de gauche (abertzales). Pays basque.

Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.

Frères et sœurs,

Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale du Mexique et je vous salue avec respect et
admiration.

Je crois ne pas me tromper en supposant que vous
connaissez bien la polémique qui s'est développée à
partir de la lettre zapatiste lue à l'Aguascalientes
madrilène à la fin du mois de novembre de cette année.
Comme vous verrez dans la lettre que je joins, j'ai
accepté le défi à débattre que m'a lancé le juge Baltasar
Garzon. Puisque je suis le défié, c'est à moi de fixer
les conditions, et j'ai répondu que l'une d'elles est
que, de manière parallèle au débat, se réalise une
rencontre entre les forces politiques et culturelles
impliquées dans la problématique du Pays basque et qui y
sont disposées. J'ai également écrit à ETA en lui
demandant de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours
à partir du 24 décembre
de cette année, afin de créer les conditions propices
pour la réalisation de cette rencontre.
Bien, c'est une courte synthèse. Vous pourrez en savoir
plus avec les lettres mentionnées. Mais je m'adresse
spécialement à vous pour plusieurs raisons.
En plus de vous inviter à participer à la rencontre, je
vous écris pour vous demander de vous joindre à la
demande que je fais à ETA, parce que vous avez l'autorité
morale et le prestige qui me manque pour cela.
Je vous demande aussi, avec inclusion et tolérance, de
réunir les plus grandes forces possibles pour que cette
rencontre puisse avoir lieu. Je vous le demande parce
que, historiquement, la gauche a toujours démontré être
meilleure organisatrice que la droite. Les thèmes, les
rythmes et les autres conditions de la rencontre doivent
être le fruit de la décision de toutes les forces qui
veulent donner une chance à la parole.

Je sais bien que, à la différence de la gauche
parlementaire mexicaine, vous avez, vous, un projet
politique alternatif, pas seulement pour la lutte pour la
souveraineté basque, mais aussi pour la construction d'un
système plus juste, plus démocratique et plus libre,
c'est-à-dire plus humain. Pour cela je m'adresse à vous,
à votre expérience, à votre décision de lutte, à votre
héroïsme et à l'autorité morale qui, cela ne fait aucun
doute, se sont construits à l'intérieur du noble peuple
basque. Qu'il y ait
des voies encore inexplorées pour conquérir la
souveraineté basque ne fait aucun doute.
Et cela ne fait aucun doute que ces voies sont
aujourd'hui fermées par la terreur qui souffle d'un côté
ou de l'autre.
Pour cela, je vous demande de parler et d'écouter. Pas de
renoncer à vos convictions et à vos projets mais de les
faire connaître dans un espace pour lequel vous devez
lutter, cela oui, aux côtés de tous les hommes et femmes
honnêtes.

Je vous demande de lutter pour rendre possible cet
espace, personne n'a rien à perdre (sauf nous, les
zapatistes, mais c'est notre spécialité) et beaucoup à
gagner.

Je vous demande de consacrer vos plus grands efforts à
donner une chance à la parole.
Autre chose (je sais que je demande beaucoup, mais vous
êtes nobles), je vous demande, même si tout va à l'envers
et que rien n'aboutit comme nous l'aurions voulu, de la
manière dont vous le désirez, d'ouvrir cet espace et de
convoquer tous ceux qui le veulent à parler et à entendre
ce que tous et toutes ont à dire et à entendre.

Bon. Salut, je sais que cela ressemble à une consigne de
mobilisation de rue, mais il faut donner une chance à la
parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002.

14:50 | Lien permanent | Commentaires (0) |

21/03/2010

Regard sur les relations diplomatique de basse intensité entre la France et l'Espagne : le GAL (Groupes antiterroristes de libération)

- De 1983 à 1986, les Groupes antiterroristes de libération ont assassiné 17 séparatistes basques sur le sol de France. Comment ces commandos étaient-ils recrutés? D'où venait l'argent? Qui les commandait? Enquête. Par Raufer Xavier, publié le 26/01/1995 00:00 - mis à jour le 29/07/2009 16:21

- Des policiers de l'Hexagone sont accusés d'avoir été payés pour renseigner les mercenaires qui exécutaient des nationalistes basques réfugiés en France - par Eric Pelletier, publié le 12/04/2001 00:00 - mis à jour le 29/07/2009 17:11

- Dans son édition de vendredi, le quotidien Gara informe que selon des sources fiables, Jon Anza aurait été intercepté dans le train qu'il prit à Bayonne le 18 avril pour se rendre à Toulouse. Il aurait été intercepté par des agents d'un service policier espagnol. - Béatrice MOLLE - 03/10/2009 - Euskal Herriko Kazeta - le Journal du pays Basque

- Jon Anza Ortunez, 47 ans, a subitement disparu alors qu'il se trouvait dans la région de Bayonne, sans laisser de trace. L'organisation indépendantiste basque ETA, qui figure sur la liste des entreprises terroristes de l'Union européenne, l'a reconnu comme l'un de ses membres. Une première. Et elle accuse la police espagnole de l'avoir enlevé. - LE MONDE | 03.12.09 | 15h15  •  Mis à jour le 04.12.09 | 08h55

- Autre information, et ce à propos de la plainte de Juan Mari Mujika, séquestré quelques heures à St-Palais le 11 décembre 2008, par des individus se présentant comme des policiers français et s'exprimant en espagnol. Le Monde révèle que «jusqu'ici la police française a remonté la piste de quatre téléphones portables espagnols» dans cette affaire. -05/12/2009 - Béatrice MOLLE 6 Euskal Herriko Kazeta - le Journal du pays Basque

- Jacques MASSEY "ETA, une guerre de cent ans" - Libération 06/03/2010 à 00h00 Par celui qui mouille la chemise :  KARL LASKE


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