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23/06/2013

Elément de language, les Terroristes Hybrides... Manuel VALLS dans la continuité des RAUFER/BAUER

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article piqué au tas sur lemonde.fr


Le "terrorisme hybride", du Xavier RAUFER dans le texte :

http://www.ihedn-rl-ar14.org/images_temporaires/XRMenaces.pdf

http://www.lenouveleconomiste.fr/criminalite-et-terrorisme-le-temps-des-hybrides-16392/

http://classiques.uqac.ca/contemporains/raufer_xavier/menaces_terroristes/menaces_terroristes.html

http://www.drmcc.org/spip.php?article261

"Une complicité, un travail permanent avec notre ami Alain Bauer (qu’on ne présente plus)"


à relire :

http://probe.20minutes-blogs.fr/archive/2010/02/25/bauer-raufer-glenn-beck-la-mise-en-scene-du-terrorisme.html

16:41 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/03/2013

Lecture à rebours de la mise en construction

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09:17 | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/11/2012

Fatalitas ?-)

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Tandis que Chéri-Bibi est aux fers, ses amis préparent une mutinerie...

19:43 | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/06/2012

Deux millions de contrôles au faciès

Le nouveau fichier policier de reconnaissance biométrique faciale, dont l'existence a été révélée le jour où Nicolas Sarkozy a perdu la présidentielle, est illégal, mais semble exister depuis des années. Il devrait comporter les photographies de deux millions de "suspects".

Extrait :

Alain Bauer et Michel Gaudin, deux des têtes pensantes du ministère de l’Intérieur du temps de Nicolas Sarkozy, avaient de leur côté précisé, dans leur Livre blanc sur la sécurité publique, remis en octobre 2011 à Claude Guéant, que ce “troisième grand fichier de police” regrouperait plus de 2 millions de clichés et portraits-robots issus du fichier STIC-Canonge de la police nationale et du Fichier automatisés des empreintes digitales (FAED).

L’objectif était double : mettre en place un logiciel de reconnaissance biométrique faciale pour identifier les suspects filmés par des caméras de vidéosurveillance, mais également sortir le ministère de l’Intérieur de l’état de non-droit qui caractérise le STIC-Canonge, et afin de remplacer ce dernier, dans la mesure où l’inspecteur Canonge qui l’avait créé dans les années 50 l’avait conçu pour effectuer des recherches en fonction de profils ethniques (noir, blanc, jaune et arabe), une situation qui perdure aujourd’hui, en pire :

Informatisé en 1992, Canonge s’est perfectionné en retenant douze catégories « ethno-raciales », toujours en vigueur : « blanc (Caucasien), Méditerranéen, Gitan, Moyen-Oriental, Nord Africain, Asiatique Eurasien, Amérindien, Indien (Inde), Métis-Mulâtre, Noir, Polynésien, Mélanésien-Canaque ».

 

à lire sur owni

08:34 | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/03/2012

La bande à Bauer obtient sa section "criminologie"...

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La criminologie : Nouvelle discipline universitaire en France

Jeudi (15/03/2012], le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a officiellement crée une section de « criminologie » au sein du Conseil National des Universités (CNU). La décision, publiée au Journal Officiel, fait suite à l'arrêté du 13 février 2012 qui « consacre l'aboutissement d'un long processus en plusieurs étapes, processus qui a débuté en 2008 ».

La criminologie constitue une discipline scientifique qui aborde le phénomène criminel, ainsi que les réponses que la société lui apporte ou pourrait lui apporter. Elle fait appel à des connaissances et des compétences spécifiques dans des domaines complémentaires tels que les sciences de la société, la philosophie, la médecine ou encore le droit. L'objectif de cette section universitaire consacrée à la criminologie serait donc de permettre la fédération des formations, des recherches et des enseignants-chercheurs.

Cette nouvelle discipline universitaire s'inscrit dans un processus de longue date. Après la remise d'un rapport au ministère en 2010 et suite à une consultation publique sur le site internet du ministère, il est apparu qu'il existe une demande de formation ad hoc en ce domaine, non seulement de la part des étudiants en formation initiale, obligés de s'expatrier s'ils veulent suivre un cursus complet, mais aussi des professionnels des champs concernés desquels sont exigées des connaissances plus pointues.

Les critiques du monde universitaire

La majorité des enseignants en science et en droit (la criminologie était jusqu'à présent une spécialisation) refusent de voir en cette matière une science à part entière. Dans un communiqué publié par le Snesup-FSU, le principal syndicat de l'enseignement supérieur parle d'un « oukase gouvernemental (...) pris en dépit d’une très large opposition des communautés scientifiques concernées en s'appuyant sur une pseudo-consultation publique dont les résultats n'ont cependant jamais été publiés. Cette décision impacte la composition et le fonctionnement de quinze sections du CNU sans que cette instance n'ait été consultée de quelque façon ». Le Snesup s'élève par ailleurs « avec force contre le coup de force du ministère » et demande « que soient abrogés ces deux arrêtés ».

Une dimension politique

La politique en effet eu un rôle à jouer dans cette décision. A l'origine du projet, Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient de 2000 à 2003 qui s'est depuis rapproché de Nicolas Sarkozy. Devenu son conseiller sur les questions de sécurité et président de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), Alain Bauer a pesé de tout son poids pour la création de cette filière. La communauté universitaire redoute que, sous son influence, le comportement criminel ne soit analysé sous un angle trop statistique et sécuritaire. Elle lui reproche également son manque de crédibilité dans le domaine.

Par Damien Helene

piqué au tas sur francesoir.fr - 16/03/2012

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Les partenaires en crime de l’influent Alain Bauer

Le conseiller de Nicolas Sarkozy a fait plier le monde universitaire en imposant la « criminologie » comme nouvelle filière autonome, avec le soutien de réseaux très à droite.

Il faut reconnaître à Alain Bauer une réelle dextérité politique. Il est passé de gauche à droite dans les années 1990, a surfé sur la vague sarkozyste dans les années 2000. D’un coup de pouce du président, il s’est fait catapulter à la tête de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), puis professeur de « criminologie appliquée » au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). À cinquante ans, le CV de ce franc-maçon multicartes, conseiller officieux du président, est complètement délirant. Il serait même consultant auprès de la police de New York.

Aujourd’hui, Alain Bauer fait plier l’université française en imposant la « criminologie » comme nouvelle discipline universitaire autonome. Autour de lui, une fine équipe. Avec, en tête, Xavier Raufer et Yves Roucaute. Le premier est un de ces ex de l’extrême droite, passé d’Ordre nouveau au commerce de la peur et à « l’analyse des nouvelles menaces ». Le second, ferme partisan de l’intervention en Irak, était le porte-plume de Claude Guéant, pour son fameux discours sur les « civilisations qui ne se valent pas ».

Au second cercle des soutiens d’Alain Bauer, on trouve aussi deux universitaires qui servent de caution. Car, tout de même, c’est de recherche que l’on parle. Christian Vallar, professeur de droit à l’université de Nice et pilier de la droite dure, façon Club de l’horloge, a été chargé d’une « consultation de la communauté scientifique ». Et Loïc Villerbu, professeur de psychopathologie à la retraite, d’une étude de faisabilité. L’ensemble du monde universitaire s’est soulevé contre cette manœuvre. « C’est une OPA sur le monde de la recherche ! » s’indigne Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS. Pour ce spécialiste de la délinquance, l’opération relève d’une vaste imposture intellectuelle : « Alain Bauer n’a pas fait de thèse, n’a pas de doctorat. On est dans le charlatanisme et l’escroquerie. »

Le Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) est l’équivalent français des instituts de criminologie anglo-saxons. « C’est nous les criminologues. Aucun d’entre eux n’a jamais publié dans les revues internationales, comme Criminology ou The European Journal of Criminology », rappelle Fabien Jobard, chercheur au Cesdip.

Un « Risque social »

Selon la communauté universitaire, la criminologie est un champ d’étude interdisciplinaire. « On ne peut pas fondre dans la même discipline des sciences qui relèvent à la fois du psychisme et du social, qui vont de la psychopathologie aux relations internationales », estime Fabien Jobard, chercheur au Cesdip. Selon lui, un « risque social » existera lorsque 
ces nouveaux criminologues seront chargés par des juges d’expertiser des criminels.

Mehdi FIkri

piqué au tas sur humanite.fr - 15/03/2012

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« Alain Bauer n’a pas fait de thèse, n’a pas de doctorat. On est dans le charlatanisme et l’escroquerie. »

08:18 | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/03/2012

Criminologie : le monde universitaire face à la « bande à Bauer »

 

Le Conseil National des Universités va t-il bientôt accueillir malgré l’avis unanime de ses représentants une nouvelle section de « Criminologie » ? Il ne reste plus qu’un bon mois à ses promoteurs pour y parvenir, avant une élection présidentielle qui risque de ruiner leurs efforts et leur stratégie et de rebattre les cartes dans ce domaine comme dans d’autres. Ce projet est en effet trop évidemment politisé pour sortir indemne du changement politique qui semble s’annoncer. Décryptage sans concession, documents à l’appui.

Apparition et montée en puissance politique d’Alain Bauer

A l’origine, on trouve le personnage d’Alain Bauer. L’ancien militant du parti socialiste, rocardien, a opéré un virage à 180 degrés à partir de la fin des années 1990. D’abord sans doute en relation avec des intérêts commerciaux puisqu’il avait fondé une société privée de conseil en sécurité (AB Associates) qui a beaucoup profité du lancement des Contrats Locaux de Sécurité après 1997. Ensuite sans doute pour ses ambitions universitaires. Car cet homme, qui publie des livres à tour de bras mais n’a jamais soutenu le moindre doctorat en sciences sociales ni réalisé la moindre recherche empirique, rêvait apparemment depuis longtemps du titre de « professeur de criminologie ». Il partage ce rêve avec son ami Xavier Raufer (de son vrai nom Christian de Bongain), ancien cadre du parti d’extrême droite Ordre Nouveau (il fut membre de son bureau national et candidat sous cette étiquette aux élections municipales à Paris en 1971) reconverti dans l’analyse des « nouvelles menaces » reliant sécurité intérieure et terrorisme international. En duo, les deux hommes ont d’abord développé une importante stratégie éditoriale avec la complicité des Presses Universitaires de France, occupant le terrain par une avalanche de livres (notamment des « Que Sais-je ? »). C’était de fait un bel affichage que de signer des livres comme « criminologues » dans des collections universitaires. Mais une stratégie de communication ne donne pas un titre universitaire. Lorsque Xavier Raufer signait des interviews dans la presse et des tribunes dans Valeurs actuelles comme « professeur de criminologie à l’Université Paris 2 », il commettait en réalité une infraction au code pénal (Art. 433-17), celle d’usurpation de titre. L’intéressé l’a bien compris, qui finira par soutenir une thèse en 2007, mais en géographie. D’où l’intérêt d’une section de « criminologie » du CNU qui viendrait le qualifier pour concourir à l’obtention d’un poste titulaire dans l’enseignement supérieur. Mais la réputation de Raufer-Bongain n’est plus à faire et la chose sera difficile pour lui si la gauche revient au pouvoir. Alain Bauer le sait sans doute depuis longtemps et a choisi une voie plus directe.

Photo : lepost.fr

Grâce à une incontestable agilité politique et grâce à l’influence et au pouvoir que donnent la position de dirigeant dans la franc-maçonnerie (il fut conseiller de l'Ordre et adjoint de Philippe Guglielmi de 1996 à 1999, puis Grand Maître de 2000 à 2003, avant de démissionner de toutes ses responsabilités nationales en 2005), l’ancien rocardien a réussi à approcher de très près Nicolas Sarkozy à partir de 2002, jusqu’à devenir un de ses conseillers presque officiel sur les questions de sécurité. Le renvoi d’ascenseur ne se fait pas attendre. Lorsque N. Sarkozy créé l’Observatoire National de la Délinquance en 2004, il place Alain Bauer à sa tête. La diffusion de l’information statistique ne risquera pas ainsi de gêner la nouvelle stratégie de communication politique et la nouvelle « politique du chiffre » impulsée par le ministre de l’Intérieur. Les échanges de loyaux services s’intensifient lorsque Nicolas Sarkozy accède à la présidence de la République. Alain Bauer préside notamment la Commission nationale de la vidéosurveillance ainsi que celle du contrôle des fichiers de police, éléments centraux de la politique de sécurité du nouveau gouvernement. De façon encore plus globale et significative, A. Bauer se voit confier par N. Sarkozy dès 2007 une « mission sur la formation et la recherche en matière stratégique ». Ce rapport intitulé Déceler–Étudier–Former : une voie nouvelle pour la recherche stratégique est publié le 20 mars 2008. Il y est question de « rassembler » l’ensemble de la recherche sur les questions de sécurité et de justice pénale dans un unique organisme public placé sous tutelle gouvernementale et installé à l’École militaire de Paris. Tout un symbole... C’est de là que part le projet de créer une nouvelle section du CNU reliant sécurité intérieure et conflits internationaux à travers la Criminologie.

En retour, le décret présidentiel du 25 mars 2009 nomme Alain Bauer professeur de « criminologie appliquée » au Conservatoire national des Arts et métiers (CNAM). Un fait du Prince. Depuis, Alain Bauer est donc le premier « professeur de criminologie » (appliquée) en France. Fin 2011, il signe un nouveau « Que-Sais-Je ? » avec Christophe Soullez (son adjoint à l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, lui aussi criminologue auto-proclamé, auparavant directeur de cabinet de plusieurs collectivités territoriales, notamment dans les Hauts-de-Seine), livre qui célèbre  « la grande réorientation » de la politique de sécurité entreprise à partir de 2002. Un plaidoyer pro domo en quelque sorte.

A la recherche d’alliés dans la stratégie de légitimation universitaire

Photo : lesinrocks.com

Dans cette vaste entreprise de conquête de pouvoir institutionnel et de légitimation scientifique, le duo Bauer-Raufer avait besoin d’alliés dans le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Les premiers sont naturellement ceux qui partagent la même orientation politique que l’entourage de Nicolas Sarkozy : la « droite dure » ou la droite de la droite. Ainsi lorsque Alain Bauer obtiendra début 2011 du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (dirigé par Valérie Pécresse) le lancement d’une (pseudo) « consultation de la communauté scientifique » sur le projet de section au CNU, la tâche sera officiellement confiée à Christian Vallar, professeur de droit à l’Université de Nice, qui appartient à la frange la plus dure de la droite niçoise. De même, lorsqu’il s’agit actuellement de réfléchir à un président pour la future section de « criminologie », le petit groupe se tourne vers Yves Roucaute. Professeur de droit à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, ce dernier est aussi un soutien officiel de Nicolas Sarkozy en 2007 de même qu’un ardent défenseur de l’intervention américaine en Irak en 2003. Chroniqueur sur le site « La droite libre », Y. Roucaute est aussi l'auteur du « fameux » discours de Claude Guéant prononcé devant les étudiants du syndicat UNI le 5 février dernier, au cours lors duquel il avait notamment déclaré que « toutes les civilisations ne se valent pas ».

Dans le milieu universitaire et scientifique, personne n’est dupe à propos de ce noyautage politique et de cette manipulation de la référence à la « criminologie » par un tout petit groupe de personnes cherchant avant tout à favoriser leurs orientations idéologiques, leurs positions institutionnelles et leurs situations professionnelles. C’est bien pourquoi la « bande à Bauer » n’a jamais trouvé de soutien chez des universitaires ou des scientifiques un tant soit peu reconnus et occupant suffisamment de surface institutionnelle et/ou intellectuelle pour être autre chose que des électrons libres, des seconds couteaux, des hommes plutôt en fin de carrière et en mal de reconnaissance. De ce point de vue, le décalage est véritablement énorme entre d’une part la notoriété et l’influence d’Alain Bauer et de ses alliés auprès du pouvoir politique actuel et d’une bonne partie des journalistes et, d’autre part, la quasi unanimité que son entreprise de légitimation intellectuelle a fait contre elle dans le milieu universitaire où ils cherchent aussi à s’imposer.

Un rejet quasi unanime dans la communauté universitaire et scientifique

Photo : profencampagne.com

Alain Bauer a l’habitude de balayer toute critique en qualifiant les arguments de ses adversaires de propos « militants » ou « politiques ». La ficelle est grosse et le fait erroné. En réalité, la liste est longue des prises de positions hostiles de presque toutes les institutions représentant le milieu académique, regroupant des universitaires qui se situent politiquement aussi bien à droite qu’à gauche. L’entregent, la bonhommie et l’influence du personnage suffisent pourtant souvent à tromper les journalistes et les élus qui ignorent la réalité des condamnations et rejets massifs dont Alain Bauer est l'objet dans la communauté universitaire. Jugeons plutôt :

- Dès la fin de l’année 2008, l’auteur de ces lignes alerte la communauté universitaire et scientifique sur l’importance du rapport Bauer précité (Déceler–Étudier–Former : une voie nouvelle pour la recherche stratégique). L’article, intitulé « Une "nouvelle criminologie" française. Pour quoi et pour qui ? » est publié dans la grande revue des pénalistes : la Revue de sciences criminelles et de droit pénal comparé (fondée en 1936).

- En janvier 2009, un premier manifeste intitulé « Pourquoi nous ne voulons pas de la ‘nouvelle criminologie’ et des projets de contrôle de la recherche sur la ‘sécurité intérieure’ dans lesquels elle s’inscrit » est publié sur le site de l’association « Sauvons la recherche ». Il est signé par quelque 270 membres de la communauté universitaire et scientifique.

- Le 6 février 2009, une tribune publiée par le journal Libération fait état d’une pétition contestant la nomination politique directe d’Alain Bauer à la chaire du CNAM, pétition qui a recueilli près de 400 signatures d’enseignants, d’étudiants et de collaborateurs divers du CNAM.

- Dans un communiqué du 8 mars 2011, l’association pour la « Qualité de la science française » (qui « a pour mission de défendre et de promouvoir la qualité et la créativité de l’enseignement supérieur et de la recherche en France »), résumait les choses en écrivant que ce projet de nouvelle section de Criminologie « semble surtout motivée par le souci d’une minorité d’obtenir ainsi une reconnaissance institutionnelle et scientifique que la communauté universitaire ne lui accorde pas ».

Photo : leblogdupingouin.over-blog.com

De fait, avec l’annonce par le groupe Vallar de son projet d’une section associant de surcroît la « criminologie », la « diplomatie », la « polémologie » et la « stratégie », les communiqués tombent en pagaille dans les semaines et les mois qui suivent :

- Le 14 mars 2011, un Communiqué de l’Association française de criminologie indique que « la criminologie n'a rien à voir avec la stratégie ou la science de la guerre » et que l’association « refuse de prendre part à ces orientations dangereuses et trompeuses ».

- Dans un communiqué du 23 mars 2011, le Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), plus important centre de recherche français sur les questions de délinquances, dénonce une méthode qui vise au « contournement des textes et des règles qui seules assurent la garantie d’un fonctionnement transparent et démocratique de nos institutions universitaires ». Et il termine en précisant que : « cette mention délirante de la criminologie comme sous-ensemble particulier des sciences de la guerre achève de convaincre, avant même tout débat, que l’entreprise n’a aucun rapport avec la connaissance du crime, son traitement et les réactions sociales qu’il suscite ou appelle ; sauf à considérer que la moindre infraction (de l’absentéisme à l’école à la délinquance sexuelle ou routière) est partie d’un ensemble plus vaste, celui du terrorisme international ».

- Le 24 mars 2011, l’ensemble des animateurs français et étrangers de la revue Champ Pénal. Nouvelle revue internationale de criminologie publié un communiqué exceptionnel dans lequel ils écrivent : « issus de diverses disciplines des sciences de l'homme et de la société et d'horizons intellectuels variés, nous exprimons notre plus vive inquiétude à la lecture de la lettre d'intention diffusée par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et signée par MM. Vallar et Villerbu, dernière étape en date d'un processus visant à créer, contre l'opposition de l'immense majorité de la communauté universitaire, une section criminologie étendue à la diplomatie, la polémologie et la stratégie dans les universités françaises. Comme la plupart de nos collègues, nous nous opposons fermement aux orientations qui guident ce processus et ne participerons pas à une consultation que nous refusons de cautionner. Ce qui se dessine vise à développer un savoir de gouvernement inféodé à des présupposés doctrinaux au mieux fortement contestables, au pire tout à fait dangereux ».

- Le 13 mai 2011, une Déclaration est publiée par près de 70 universitaires, dont de nombreux directeurs d'instituts de sciences criminelles des universités françaises, qui écrivent : « Nous contestons à la criminologie toute qualification de ‘discipline’ autonome ou de ‘science’ à part entière. En un siècle d'existence, la criminologie n'a en effet jamais été autre chose qu' un champ d’étude au croisement de nombreuses disciplines ». Ils estiment que « le Rapport remis par Monsieur Alain Bauer en 2008 sur "La formation et la recherche stratégique" est une dénaturation de la criminologie lourde de conséquences négatives. La criminologie ne saurait se réduire à un ensemble de savoirs sur la sécurité intérieure et la sécurité extérieure. Aucun criminologue universitaire ne peut raisonnablement accepter une telle assimilation ». Et ajoutent : « nous réprouvons, plus généralement, l'instrumentalisation de la criminologie à des fins politiques qui vise à apporter une pseudo-caution scientifique à une politique pénale à la dérive ».

- Le 12 avril 2011, un Communiqué de l’Association française de science politique indique que « à quelques mois d’une recomposition de la composition du CNU, à un moment où la campagne électorale qui accompagne ce renouvellement est déjà engagée, l’Association entend combattre toute volonté arbitraire et politique de redécoupage du CNU qui ne pourrait que modifier les équilibres internes aux disciplines reconnues légitimement. Elle appelle surtout l’attention de ses membres sur les risques d’une instrumentalisation politique nocive des savoirs liés au champ des politiques pénales et de la criminologie, mais aussi des relations internationales ».

- En janvier 2012, une Motion de l’Association française de droit pénal exprime « son indignation », « met en garde contre l’instrumentalisation de la criminologie à des fins politiques » et « dénonce tant la méthode qui a présidé à la mise en place de cette nouvelle instance que l’inconsistance de son objet ».

- Enfin, le 28 février 2012, un nouveau communiqué conjoint nous informe qu’une délégation formée de Virginie Gautron, maître de conférences à l’Université de Nantes, Alain Blanc, président de l’Association française de criminologie, Jacques Buisson, président de l’Association française de droit pénal, Fabien Jobard, directeur du CESDIP et Xavier Pin, professeur de droit pénal, a rencontré M. Thierry Rambaud, conseiller au Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche » afin de connaître les intentions du ministère. L’on y apprend notamment que le ministère « refuse de communiquer à la communauté universitaire les résultats de la "consultation publique" ouverte en mars 2011 et clôturée en juin 2011 », qu’il « refuse de nous indiquer le calendrier relatif à la constitution de la section en question », qu’il « n’a pas été en mesure de nous indiquer les besoins actuels en termes d’emploi auxquels répondrait une section CNU de criminologie » et même que « le ministère n’a pas été en mesure de nous indiquer la moindre définition de la discipline évoquée » !

La boucle est ainsi bouclée. S’il fallait encore s’en convaincre, la lecture de la leçon inaugurale d’Alain Bauer au CNAM vaut le détour. Elle a beau être publiée sous forme d’opuscule par les Éditions (dites) du CNRS (sic !), on y vérifie que derrière le mot « criminologie » il n’y a en réalité aucun contenu scientifique, aucune définition ni analyse précise du champ scientifique que recouvrirait une telle discipline en France. Dès lors, quand son auteur déclare le 7 mars 2012 à l'agence spécialisée AEF-Info : « Je souhaite que la criminologie, après plus de 50 ans de bataille, trouve enfin sa place et sorte la France de son isolement parmi toutes les nations développées », on se dit que c’est plutôt deux siècles de retard que la France s’apprêterait à prendre en ce domaine, cette vaste supercherie ramenant les sciences humaines et sociales au stade d’ingénierie politique ou de science du Prince où elles stagnaient parfois encore au début du 19ème siècle.

 

Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS

 

Pour aller plus loin :

- D. Kaminski, « Criminologie plurielle et pourtant singulière », Revue de sciences criminelles et de droit pénal comparé, 2011.

- L. Mucchielli, « L’impossible constitution d’une discipline criminologique en France : cadres institutionnels, enjeux normatifs et développements de la recherche des années 1880 à nos jours », Criminologie, 2004, vol. 37, n°1.

- L. Mucchielli, « Vers une criminologie d’État en France ? Institutions, acteurs et doctrines d’une nouvelle science policière », Politix. Revue des sciences sociales du politique, 2010, n°89.

- L. Mucchielli, « De la criminologie comme science appliquée et des discours mythiques sur la multidisciplinarité et l’exception française », Champ pénal. Nouvelle revue internationale de criminologie, 2010, vol. 7.

- M. Rigouste, Les marchands de peur. La bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, Paris, Libertalia, 2011.

 

via insecurite.blog.lemonde.fr - 11/03/2012

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28/01/2012

"Les marchands de peur" en débat - Mardi 31 janvier, à 20 h 45, au théâtre Na Loba

Mardi 31 janvier, à 20 h 45, au théâtre Na Loba, Les amis du Monde diplomatique, en partenariat avec la mairie, présentent : "Les marchands de peur", avec Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales rattaché à Paris VIII.

Après une première venue dans la commune, en 2009, pour alerter sur l'utilisation du concept d'"ennemi intérieur" dans le fonctionnement de la police, le jeune sociologue est de retour pour dévoiler les manoeuvres de ceux qui théorisent et contribuent à la mise en place d'un système répressif critiquable...

«Du haut de la chaire qui lui a été créée sur mesure au conservatoire national des Arts et métiers par Nicolas Sarkozy, expliquent Les amis du Monde diplomatique, Alain Bauer entend promouvoir la ' criminologie' en France. La conquête d'une position académique apparaît comme la dernière victoire de cet ancien consultant en sécurité urbaine, conseiller écouté d'élites politiques, de droite comme de gauche, et chéri des médias. L'ouvrage de Mathieu Rigouste permet de comprendre cette ascension apparemment irrésistible. Elle repose sur un système d'échanges, de dons et de contre-dons, avec une série d'autres personnages que l'auteur regroupe sous le label de ' bande à Bauer'. Si l'on peut émettre quelques réserves sur le cadre général d'explication, ce livre n'en reste pas moins un passionnant voyage dans l'univers des ' marchands de peur', pour qui ' la sécurité globale' sert de substitut à l'anticommunisme de naguère".

 

piqué au tas sur lindependant.fr - 28/01/2012

09:30 | Lien permanent | Commentaires (0) |

01/11/2011

10 questions à Laurent Mucchielli

Mon huitième invité est Laurent Muchielli, sociologue, directeur de recherches au CNRS, membre du Laboratoire Méditerranéen de Sociologie(LAMES, UMR 6127 du CNRS et l’Université de Provence). Ses thèmes de recherche portent sur les délinquances, les institutions pénales (police, justice) et les politiques locales de sécurité et de prévention. Il anime un site Internet spécialisé Délinquance, justice et autres questions de société.

Valéry Rasplus : Vos travaux portent essentiellement sur les phénomènes de délinquance, les politiques de sécurité, le droit et les institutions pénales. A partir de quel moment et pourquoi cette orientation thématique est venue dans votre parcours de sociologue ?

Laurent Muchielli : C’est difficile à dire avec certitude, c’est comme souvent un mélange de dispositions personnelles anciennes et de rencontres ou de hasards dans les relations sociales. Même si elles ne sont évidemment pas les seules, ces questions m’intéressaient depuis longtemps, au moins depuis mes premières années d’études à l’université. Ensuite, mon sujet de thèse m’y a ramené. Je travaillais alors sur l’histoire des sciences sociales au tournant du 19ème et du 20ème siècles et il se trouve que la question du crime était déjà centrale à l’époque dans le débat public et dans le débat scientifique. J’ai ainsi organisé en 1994 mon premier colloque sur l’histoire des sciences du crime et j’ai publié dans la foulée mon premier livre (collectif) sur ce sujet. A cette occasion, j’ai rencontré les gens du CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions sociales), le grand laboratoire français sur les questions pénales et nous avons bien accroché. Lorsque j’ai passé le concours d’entrée au CNRS j’ai donc fait un projet qui prolongeait cette histoire des sciences du crime et j’ai demandé à être affecté au CESDIP. Et j’ai réussi le concours... J’ai ainsi passé plus de 12 ans dans ce laboratoire francilien, avant de revenir dans ma région d’origine.

 

Valéry Rasplus : Comment analysez-vous ce que l’on nomme « normes »,  « déviances », « délinquance » et « insécurité » ?

Laurent Muchielli : En quelques mots, la base du travail de sociologue dans notre domaine consiste à définir le crime ou la délinquance comme résultant de trois choses : 1) l’existence de normes disant ce qui est crime et ce qui ne l’est pas, 2) l’existence de personnes transgressant ces normes (devenant donc délinquantes), 3) l’existence d’une « réaction sociale » à ces transgressions.

En langage concret et simple, pour qu’il y ait crime, il faut : 1) qu’il y ait un interdit (et cela ouvre de grands horizons d’études historiques et sociologiques car la production des interdits ne cesse d’évoluer), 2) qu’il y ait un ou plusieurs transgresseurs (et c’est un autre champ d’études, plutôt sociologiques et psychologiques), 3) que quelqu’un s’en aperçoive et qu’il se passe quelque chose ensuite (sinon le crime commis n’existe pas socialement).


Quant à l’« insécurité » c’est tout à fait autre chose. Ce n’est pas un concept scientifique et ce n’est pas un ensemble de choses identifiables. C’est en réalité une notion de type politique et médiatique, qui ne réfère pas à des comportements précis mais à des peurs. Du point de vue scientifique, nous pouvons en revanche parler du « sentiment d’insécurité » et l’étudier en tant que tel par des questionnaires et des entretiens. On y découvre alors que le premier facteur du sentiment d »insécurité n’est pas le fait d’avoir été victime de quelque chose. Le premier facteur est l’âge : les personnes âgées ont plus peur, même s’il ne leur est rien arrivé. Il ne s’agit donc pas en réalité d’une insécurité mais bien plutôt d’une vulnérabilité, ce qui est très différent. Et c’est valable aussi pour les autres facteurs : le sexe des personnes interrogées, leur précarité socioéconomique, le niveau de dégradations apparentes de leur quartier, le degré d’anonymat...

 

Valéry Rasplus : Faîtes-vous une différence entre la sociologie de la délinquance et la criminologie ?

laurent mucchielli,sociologie,délinquance,déviance,criminologie,sécurité,statistiques,valéry rasplusLaurent Muchielli : Ce n’est pas moi qui fait une différence, ce sont nos institutions. En France, la sociologie est une discipline scientifique enseignée à l’université, on peut passer un doctorat en sociologie et être recruté comme enseignant en sociologie ou chercheur au CNRS en sociologie. Même chose en droit, en psychologie, en science politique, etcetera. Mais rien de tel avec la criminologie qui n’existe pas comme discipline scientifique. Dès lors c’est un peu comme « psychologue » il y a une vingtaine d’années avant que la profession ne soit mieux réglementée, n’importe qui peut s’autoproclamer aujourd’hui « criminologue », ça ne veut rien dire et surtout ça n’est la garantie d’aucune formation ni d’aucune compétence. Dans d’autres pays, la situation est tout à fait différente. Mais selon les pays, le contenu de ce qui est appelé Criminologie est assez variable. Dans certains c’est une dominante juridique (beaucoup de droit pénal), dans d’autres c’est une dominante psychologique et enfin dans les pays anglo-saxons c’est le plus souvent une dominante sociologique.

 

Valéry Rasplus : En quoi votre approche diffère de criminologues comme Alain Bauer ou Xavier Raufer ?

Laurent Muchielli : Ce n’est pas simplement mon « approche » qui diffère, c’est l’ensemble de mon métier qui n’a rien à voir. Encore une fois, il ne peut pas y avoir de « criminologues » en France puisqu’aucune instance universitaire et scientifique ne délivre ce titre. Les personnes qui s’accaparent ce titre sont en réalité des personnes extérieures au monde universitaire et scientifique, qui recherchent la légitimité que donne un titre et s’emparent donc de cette étiquette qui est en quelque sorte libre de droits...

Alain Bauer et Xavier Raufer en sont les deux exemples les plus connus. Le premier est en réalité à l’origine un entrepreneur de sécurité privée qui a beaucoup investi le marché du conseil et du diagnostic local de sécurité. Le second est un ancien militant d’extrême droite reconverti dans l’analyse du terrorisme d’extrême gauche puis du terrorisme islamiste. Leur stratégie de légitimation universitaire est très forte car ils ont trouvé des alliés, en particulier des éditeurs. La plupart de leurs livres sont en effet édités aux Presses Universitaires de France et désormais aussi aux éditions du CNRS, ce qui est un comble ! Pour Xavier Raufer, je crois que personne n’est dupe. Le cas d’Alain Bauer est plus complexe. Il a du pouvoir, il est proche du Président de la République, il dirige l’Observatoire national de la délinquance et il a désormais aussi un titre de type universitaire qui peut faire illusion. En effet, par décret du 25 mars 2009, Nicolas Sarkozy l’a directement nommé titulaire d’une « chaire de criminologie appliquée » au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). Un fait du prince.

 

Valéry Rasplus : L’interprétation et les résultats d’enquêtes statistiques portent souvent à polémique. Comment doit-on lire et interpréter les résultats statistiques liés à « l’insécurité » et aux « violences » ?

Laurent Muchielli : Les questions de sécurité sont parmi les plus importantes dans les discours politiques et les rhétoriques électorales en France. Dans ces débats, que répercutent fortement les médias, les statistiques servent généralement d’arguments d’autorité. Elles sont convoquées pour prouver le bien fondé de l’action d’un gouvernement, ou son échec selon ses opposants. Cela donne des « batailles de chiffres » auxquelles le citoyen ne comprend pas grand-chose, qui n’éclairent guère le débat public et surtout permettent rarement d’évaluer correctement tant l’état des problèmes que l’efficacité des politiques publiques.


Pour interpréter correctement les choses, il faut au moins respecter ce que j’appellerais trois « règles d’or » de l’analyse statistique en sciences humaines : 1) on ne peut rien dire d'un chiffre si l'on ignore comment il a été fabriqué ; 2) un seul chiffre ne saurait permettre de décrire ni mesurer un phénomène social complexe ; 3) les chiffres ne « parlent pas d'eux-mêmes », c'est nous qui les faisons parler. En l’occurrence, le débat public est totalement biaisé par la naïveté avec laquelle les responsables politiques et les journalistes font semblant de croire que les statistiques de la police permettent de connaître les « chiffres de la délinquance ». En réalité, les statistiques de police mesurent les procédures faites par les policiers et les gendarmes. C’est un comptage d’actes administratifs. C’est bien entendu lié directement à l’activité délinquante mais ça n’en est pas un baromètre précis, a fortiori lorsque le pouvoir politique vient truquer tout le système en obligeant les policiers et les gendarmes à produire les « bons chiffres » c’est-à-dire ceux qui sont conformes à la demande du ministre...

 

Valéry Rasplus : Quelle est la part de la délinquance dans les « cités » par rapport à celle que l’on trouve dans d’autres espaces sociaux ? Et de quelle nature est-elle ?

laurent mucchielli,sociologie,délinquance,déviance,criminologie,sécurité,statistiques,valéry rasplusLaurent Muchielli : Il n’y a pas une délinquance mais des délinquances. Dans les quartiers ghettoïsés, on trouve concentrés certains types de délinquance particuliers : les diverses infractions commises par les bandes de jeunes délinquants, les violences envers les institutions, les incendies de véhicules, les trafics de drogue. Cela s’explique de nombreux facteurs, en particulier l’ampleur du chômage qui fragilise le lien global avec le reste de la société, l’ampleur de l’échec scolaire qui précipite vers la délinquance de nombreux jeunes, l’ampleur des discriminations qui sont dénoncées moralement mais qui demeurent quotidiennes dans la réalité et qui fragilisent elles aussi le lien global avec le reste de la société, le manque de ressources des familles pour faire face aux difficultés de leurs enfants, et d’autres facteurs encore. Mais tout cela ne signifie pas que la délinquance est une spécificité de ces quartiers.

D’abord, il existe à l’autre opposé de l’échelle sociale une délinquance des puissants, une délinquance des élites qui est également forte et qui est autrement plus impunie. L’écroulement du contentieux de la délinquance économique et financière (et de la corruption) ces dernières années est l’indice d’un « deux poids, deux mesures » vertigineux en matière de lutte contre la délinquance. Ensuite, il existe des problèmes intrafamiliaux dans tous les milieux sociaux. Or c’est là, au sein de la famille, que se trament certaines des plus grandes violences psychologiques, physiques et sexuelles. 

 

Valéry Rasplus : Existe-t-il des populations plus « criminogènes » que d’autres et selon quels critères ?

Laurent Muchielli : Non. Il existe des facteurs criminogènes si l’on veut, c’est-à-dire des facteurs habituels de délinquance (par exemple les violences intrafamiliales ou l’échec scolaire), ou encore des situations et des contextes criminogènes au sens où certains maximisent les risques quand d’autres les minimisent, mais il n’existe en aucun cas des « populations criminogènes » au sens où certains groupes de population auraient en soi et de manière générale une propension plus grande à commettre des infractions. Ceci est typiquement une représentation de sens commun ou bien un préjugé de type raciste.

 

Valéry Rasplus : Pourrait-il exister des politiques de substitution à l’enfermement carcéral ? 

Laurent Muchielli : Mais il en existe déjà ! Il existe de nombreux types de centres d’accueil plus ou moins fermés pour les jeunes délinquants. Il existe aussi des formes de prises en charge médicales pour les malades mentaux. Il existe par ailleurs toute une batterie de peines de substitution ou d’alternatives à l’emprisonnement. Le problème est que, pour être efficaces, ces alternatives supposent la collaboration des collectivités territoriales voire de la société civile. Une peine de réparation ou de travail d’intérêt général, par exemple, suppose de trouver un lieu d’accueil pour effectuer la mesure, un encadrement technique et éducatif minimal, un peu  de suivi et un peu d’évaluation à la fin. C’est un peu plus compliqué à organiser que d’expédier les gens en prison pour de courtes peines (ce qui est la majorité des peines de prison). Et pourtant toutes les études montrent que ce serait mieux du point de vue de la lutte contre la récidive.

 

Valéry Rasplus : Pensez-vous que nous soyons dans un monde gouverné par un « totalitarisme de la sécurité » ?

Laurent Muchielli : Non, pas encore, mais il existe une tendance assez évidente ! J’ai écrit un livre entier à ce sujet, avec d’autres collègues, en 2008, que j’ai appelé « La frénésie sécuritaire ».


Nous ne sommes pas encore sous le règne de « big brother » mais, tout de même, nous n’avons jamais été aussi bombardés de lois, de circulaires et de règlements divers édictant des interdits et des formatages en tous sens, nous n’avons jamais été aussi « fichés » et « tracés » de multiples manières (fichiers de police, fichiers de santé, fichiers sociaux, puces électroniques en tous genres, etc.), nous sommes de plus en plus vidéo-surveillés et bientôt de plus en plus surveillés sur Internet, on nous promet partout la « tolérance zéro »...


Par ailleurs, certains nous entretiennent presque quotidiennement dans la peur de l’« insécurité » de façon active (certains politiques) ou passives (les médias, leur traitement des faits divers, leurs pseudo-reportages incessants sur le crime, les policiers, etc.). Dès lors, cette prétendue « insécurité » légitimant les concessions croissantes que nous faisons à la sécurité au détriment de nos libertés, il est clair qu’il y a là une pente et une escalade potentiellement dangereuse et qu’il faut que nous restions bien éveillés.

 

Valéry Rasplus : Quelles sont pour vous les questions les plus importantes, dans votre domaine, qu’il reste à traiter dans les années à venir ?

Laurent Muchielli : La question est vaste, je ne prendrais que les trois premiers points qui me viennent à l’esprit mais il y en a certainement d’autres.


Premièrement, nous (chercheurs, universitaires) ne travaillons pas assez sur les délinquances en cols blancs. Pour schématiser, 99 % des travaux de recherches sont concentrés sur le public judiciarisé c’est-à-dire essentiellement les pauvres. Nous succombons ainsi à notre tour au tropisme général et aux mécanismes sociopolitiques fabriquant cette très forte inégalité.


Deuxièmement, nous ne travaillons pas assez sur l’évaluation des dispositifs de traitement de la délinquance à tous les niveaux. C’est comme si nous nous interdisions d’avoir un avis sur l’action des professionnels, sur la performance des dispositifs, comme si l’évaluation des politiques publiques était un objet moins noble ou moins intéressant. Il faut dire que l’Etat n’y pousse guère,  la culture de l’évaluation scientifique indépendante est faible en France dans les institutions publiques.


Troisièmement, nous ne travaillons pas assez localement avec les collectivités territoriales qui sont largement désarmées face aux questions de délinquance, tant dans le diagnostic des problèmes que dans l’accompagnement et l’évaluation des politiques publiques. Or il y a là aussi de gros besoins et il serait important que le monde universitaire et scientifique, dans sa logique de service public, s’investisse dans un champ actuellement occupé uniquement par les entreprises privées de sécurité. C’est pourquoi, pour ma part, je viens de lancer à Aix-en-Provence un programme de recherches à l’échelle locale, que j’ai baptisé Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS), dans le but notamment d’offrir aux collectivités territoriales une aide scientifique au diagnostic et à l’évaluation.

Propos recueillis par Valéry Rasplus

 

piqué au tas sur valery-rasplus.blogs - 1/11/2011

10:09 | Lien permanent | Commentaires (1) |

08/10/2010

Fichier à caractère ethnique de la gendarmerie : Hortefeux mandate Bauer

Le quotidien Le Monde dans son édition datée du vendredi 8 octobre 2010 indique que l’office central de lutte contre la délinquance itinérante (O.C.L.D.I), office central relevant de la gendarmerie nationale, détiendrait « un fichier à caractère ethnique » sur les gens du voyage.

Le cabinet du ministre de l’intérieur, de l’outre mer et des collectivités territoriales a aussitôt réagi en affirmant   »qu’il n’a pas connaissance d’un tel fichier ».

« Le fichier généalogique, alors détenu par l’O.C.L.D.I, a été supprimé le 13 décembre 2007, conformément aux obligations de la loi » précise la place Beauvau. « Demeure seulement en vigueur la base de données de suivi des titres de circulation délivrés aux personnes sans domicile ni résidence fixe, base de données autorisée par un arrêté interministériel du 22 mars 1994 et après avis de la CNIL » souligne le ministère de Brice Hortefeux.

Le criminologue et professeur de droit proche de Nicolas Sarkozy, Alain Bauer a aussitôt été mandaté par le ministère pour  »procéder à un contrôle des éléments recueillis dans les bases de données de la gendarmerie nationale ».

Selon le ministère Alain Bauer devrait réunir ce groupe de contrôle dès la semaine prochaine.

Composée de personnels à statut militaire la gendarmerie nationale est désormais rattachée au ministère de l’intérieur depuis le vote de la loi du 3 août 2009.

piqué au tas sur Toulouse7.com - 08/10/2010

 

11:02 | Lien permanent | Commentaires (0) |

26/08/2010

"La police municipale a fait son métier : elle s'est trouvée par hasard au milieu du champ de tir..."

alain Bauer chez Guillaume Durand - 24/05/2010

 

 

MISSION COMMUNE D'INFORMATION CHARGEE DE DRESSER LE BILAN DE LA DECENTRALISATION ET DE PROPOSER DES AMELIORATIONS DE NATURE A FACILITER L'EXERCICE DES COMPETENCES LOCALES


Audition de MM. Alain Bauer et Xavier Raufer, auteurs de l'ouvrage " Violences et insécurités urbaines "

Extrait:

Interrogé sur les polices municipales, M. Alain Bauer a noté la parution très récente des décrets d'application relatifs à la convention avec l'Etat et à l'armement. Il a approuvé la démarche législative tendant à reconnaître les polices municipales, à fixer un cadre et à affirmer le principe de complémentarité avec les forces de l'Etat. Il a appelé l'attention sur la définition des rôles respectifs de la police nationale et des polices municipales, lors de la signature de la convention. Il a ajouté que l'armement des polices municipales ne soulevait pas de problèmes sur le terrain mais qu'il n'était pas toujours indispensable.

www.senat.fr - 28/03/2000 - Présidence de M. Jean-Paul Delevoye, président.

16:05 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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