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21/03/2010

Interrogations sur la demande d'information au CHU de Toulouse

17/03/2010 lejpb logoslogan

Goizeder TABERNA

«Agé de 48 ans, s'exprimait en français avec un accent espagnol. Il était de forte corpulence (90 kg). Cheveux coupés courts, poivre et sel, yeux marron, il mesurait 1,70 cm et portait des lunettes à monture noire qu'il était obligé de porter en permanence. Le 29 mars, il portait un blouson en cuir noir, un pantalon de survêtement bleu marine et un T-shirt rayé», se sont les indications données par la police judiciaire de Toulouse pour retrouver la trace de Jon Anza, ce militant basque disparu depuis le 18 avril 2009, dont le corps a été retrouvé la semaine dernière à la morgue de l'hôpital Purpan de Toulouse.

Lancé hier, l'appel à témoin devrait permettre aux enquêteurs de reconstituer l'emploi du temps de Jon Anza du 18 au 29 avril, grande zone d'ombre de l'enquête dirigée par la procureure de Bayonne Anne Kayanakis. Cependant, ce dossier suscite de nombreuses autres interrogations.

L'une d'elle porte sur la transmission des demandes de renseignements entre les différents services qui mènent l'enquête et ceux de l'hôpital. A ce stade de l'investigation, il est tôt pour détecter avec exactitude les lacunes de la chaîne qui aurait dû permettre de retrouver Jon Anza et son corps entre le 29 avril, date à laquelle il entre au Centre hospitalier de Toulouse, et le 20 mai, date d'émission d'une demande de renseignements par les enquêteurs aux hôpitaux.

Absence d'enquête

Toutefois, les questions sont claires. Le Centre hospitalier de Toulouse affirme, certes, que trois signalements d'un corps non identifié avaient été émis, il dément en revanche avoir reçu une demande de renseignement sur la disparition de Jon Anza et, encore moins, d'avoir répondu par la négative. «Nous n'avons jamais répondu à une telle demande», insiste la directrice de la communication du CHU, Marie-Claude Sudre, «il faudrait surtout qu'on nous dise quand et à qui on a formulé la demande». Les responsables de l'hôpital disent avoir vérifié tous les courriers.

Un fax a été envoyé à l'hôpital par les personnes chargées de l'enquête le 20 mai, d'après le Parquet de Bayonne, et le 4 juin un appel téléphonique semble avoir été réalisé dans le but d'obtenir une réponse. La compagne de Jon Anza ayant, de son côté, déjà contacté ce centre en avril, le Parquet n'aurait pas cru bon de réitérer la demande.

Concernant les différents signalements émis par l'hôpital aussi bien au commissariat de police, au Parquet de Toulouse qu'à l'Office central chargé des disparitions inquiétantes, et qui n'ont pas été suivis d'effets, Anne Kayanakis, la procureure de Bayonne, est en «cours de récupération des informations». Dans l'édition d'hier de La Dépêche du Midi, on précisait : «le représentant du parquet qui l'a reçu affirme l'avoir transmis au commissariat central. Aucun pli de ce genre n'a cependant été enregistré à l'hôtel de police».

Plus l'enquête avance, plus l'inquiétude augmente au Pays Basque. Les questions sans réponse engendrent de la colère parmi ceux qui rendent le ministre de l'Intérieur espagnol, A.P. Rubalcaba, et la ministre de la Justice française, M. Alliot-Marie, responsables de la disparition de Jon Anza. Ainsi, pour dénoncer la situation des rassemblements auront lieu à midi au rond-point des Joncaux d'Hendaye, et en soirée à Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-Pée, Ascain, Bayonne, Bassussary, Mauléon, Hasparren, Bidart et Hendaye.

Actions contre la version non-officielle

«Les informations d'El Mundo sur le départ précipité d'une équipe d'agents appartenant à une cellule de renseignement de la garde civile pourraient constituer le premier élément tangible d'une implication espagnole», écrivait hier le journaliste de Libération en charge de ce dossier, Karl Laske. C'est précisément contre ce type d'hypothèse ou accusation que le ministre de l'Intérieur espagnol Alfredo Perez Rubalcaba va entreprendre des poursuites judiciaires, comme il l'a annoncé hier à la Radio nationale d'Espagne. Ces poursuites concernent les personnes qui ont «injurié et calomnié sans aucune preuve» les Forces de Sécurité espagnoles, les accusant de «barbaries» telles que la «torture ou l'enfouissement» de Jon Anza. Ces déclarations sont survenues à la suite d'une manifestation qui a eu lieu dimanche à Donostia, dans lequel les participants ont scandé : «Rubalcaba assassin !». «Tant sa mort que la dissimulation du cadavre découlent d'une décision politique», a dénoncé le porte-parole local du mouvement pro-amnistie. Bien qu'elle reste prudente, la procureure de Bayonne n'a toujours pas écarté la version qui va dans ce sens, soutenue par ETA dans son communiqué du 19 mai 2009.

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