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28/05/2010

Cubisme et camouflage... devenir l'ennemi

Je tombe par fois sur des choses étonnantes, à défaut d'être détonnantes...
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L’arme « camouflage »

La guerre de 1914-1918 ne fut pas la guerre éclair tant attendue. Elle s’enlisa rapidement et, avec la mise en place des tranchées, devint une guerre de position où la survie dépendait essentiellement du silence et de l’invisibilité des troupes. Il fallait voir sans être vu, surveiller sans se faire repérer pour anticiper les mouvements de l’ennemi ou attaquer sans envoyer à l’aveuglette projectiles et soldats. Le camouflage n’était plus une ruse ponctuelle comme dans les guerres de mouvement, mais un moyen de combat offensif et défensif.
Guirand de Scevola, jeune peintre canonnier de 2e classe, eut le premier l’idée de camoufler le matériel en le peignant. De cette invention naquit la première équipe de camouflage, placée sous sa direction, dont le ministre de la guerre ratifia l’existence officielle le 12 février 1915. Une fois reconnu, codifié et organisé, le camouflage pris rapidement une importance considérable comme méthode stratégique passive et active : de 30 hommes en 1915, son effectif passa en 1918 à 3 000 hommes.
Comme méthode passive, la plus rapidement mise en place, il s’agissait de dissimuler le matériel, les routes, ponts et autres points stratégiques sous des filets ou par de la peinture. Le camouflage actif comprenait quant à lui la création de postes d’observation ou de tir invisibles en s’appuyant sur les accidents et les particularités du terrain (ruines, arbres creux, meules de paille, fossés…) ou en les fabriquant de toute pièce (comme le faux arbre contenant une guérite photographié par Louis Danton) pour les substituer de nuit aux véritables éléments ayant servi de modèle à leur élaboration. Toute modification du paysage étant suspecte, il fallait remplacer un objet réel par son fac-similé, la copie étant aménagée de manière à contenir un ou plusieurs hommes avec du matériel militaire. Parfois ces doubles servaient à dérouter l’ennemi et le diriger sur des cibles fictives ou des positions erronées par la confection de canons ou de véhicules factices et de faux terrains d’aviations ou dépôts de munitions.



Auteur : Claire LE THOMAS

 

Le camouflage, un art

C'est au cours de la guerre de 14-18 que la France utilisa pour la première fois le camouflage. A cette fin, l'armée fit appel à la technique des cubistes. L'Historial de Péronne leur rend hommage

Du cheval de Troie aux avions leurres en plastique, le camouflage est synonyme d'ingéniosité. S'il est aujourd'hui présent dans toutes les armées du monde, il fut institué en France pendant la Première Guerre mondiale. En 1915, les technologies de mort se perfectionnant, il fallut améliorer la protection des troupes, tromper l'ennemi sur leur présence, leur importance, leurs moyens, leurs intentions. On donna alors aux cubistes français l'occasion d'inventer un véritable camouflage militaire, et ce malgré l'anathème que la propagande patriotique jetait sur ce mouvement d'avant-garde, assimilé à de l'art «boche».

Dans un petit mais captivant accrochage de tableaux et d'objets (peintures, dessins, photos, documents, sculptures, casques, vareuses et capotes), l'Historial de la Grande Guerre, à Péronne, raconte l'insolite collaboration de ces soldats sans armes qui avaient un caméléon comme insigne.

C'est le peintre Guirand de Scévola qui, le premier, eut l'idée de cacher des canons en exploitant les procédés des artistes cubistes, lesquels, en travaillant sur le rapport de l'objet avec la lumière, cherchaient à le révéler par la distorsion de ses formes et de ses couleurs. Scévola camoufla donc les engins de guerre sous des toiles bariolées dont les teintes se fondirent avec la nature environnante et dont le graphisme modifia la silhouette réelle.

Le 4 août 1915, un détachement de 125 réservistes, ouvriers peintres, décorateurs ou en bâtiment, fut mis à sa disposition. L'unité des «trompe-la-mort» était née. Sur tout le front on recruta menuisiers, charpentiers, tôliers, ajusteurs, mécaniciens, plâtriers. Pas fâchés de quitter l'enfer des tranchées, quantité de peintres, de sculpteurs ou d'illustrateurs, tels André Mare (l'exposition montre notamment quelques-uns de ses nombreux carnets de campagne), Léger, Braque, Camoin, Dunoyer de Segonzac, Forain, Villon, Duchamp, Duchamp-Villon, La Fresnaye, Marcoussis, Bouchard, Landowski, rejoignirent la section.

Les artistes soldats créèrent des arbres, des pierres, de faux cadavres, de fausses voies ferrées, des meules de paille, des masques en raphia; dessinèrent des fleurs sur les voitures, des reflets changeants sur les navires; passèrent des chevaux au bleu de méthylène, des pigeons au noir de suie; et, bien avant Christo, habillèrent les paysages cauchemardesques de la Somme de grandes mousselines barbouillées: des choses qui, vues d'avion, étaient un défi au sens commun...

Surprenants, amusants parfois, ces leurres réunissent le ludique et le métaphorique, le mensonge et la vérité. «Le camouflage appartient à la poésie universelle de la vie: être, ne pas être, dire, ne pas dire, faire, ne pas faire», rappelle Thomas Compère-Morel, directeur de l'Historial. Pendant la Grande Guerre, des peintres figuratifs choisirent le cubisme, mais l'abandonnèrent une fois le conflit fini. Comme s'il avait un arrière-goût trop évident de mort.

Pris au tas chez L'Express - Par Lachaud Martine, publié le 30/10/1997

 

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