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28/04/2009

bilan contre-manifestation Otan Strasbourg

Résistance anti-impérialiste à Strasbourg: un bilan

Eric Smith, Samedi, Avril 25, 2009 - 12:40 (Analyses | Contre-Sommet)

Début avril, le monde a été témoin d’importantes manifestations en Europe, d’abord à Londres, à l’occasion de la tenue du sommet des pays membres du «G-20», puis à Strasbourg, en France, là où se tenait le sommet de l’OTAN (l’Organisation du traité de l’Amérique Nord). Outre la répression policière aussi sauvage qu’habituelle (au moins 600 personnes ont été arrêtées), plusieurs ont remarqué la présence nombreuse de forts «contingents rouges», animés notamment par des organisations maoïstes européennes. Nos homologues (et camarades!) du journal Le Drapeau rouge (publié par le Parti communiste maoïste de France) ont publié un numéro spécial «anti-OTAN», qui dresse un bilan des événements de Strasbourg. En voici des extraits (sur le Web: http://drapeaurouge.over-blog.com).

* * *

Les maoïstes étaient présents au contre-sommet de l’OTAN sur des bases anti-impérialistes: pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes!

Voici donc un résumé de ce qui a été observé directement ou sur la base de témoignages sûrs.

Mercredi 1er avril: Installation du camp anti-OTAN. Dans la soirée, des policiers de la BAC provoquent les anti-OTAN à proximité du camp. Petites échauffourées mais rien de bien méchant.

Jeudi 2 avril: Une manifestation part du camp pour dénoncer la mort d’un homme à Londres lors d’une manifestation contre le G20. Très rapidement, une caserne militaire est attaquée ainsi que deux jeeps militaires. Le passager sort son arme, mais n’en fait heureusement pas usage. La manifestation continue. Des affrontements avec la police éclatent en plein cœur d’un quartier populaire. Les jeunes sur leurs scooters aident les manifestants en leur indiquant où se trouvent les flics. Une partie de la manifestation, toujours dans le quartier populaire, s’attaque à un commissariat avec l’aide des jeunes du quartier. La population assiste à l’attaque par les fenêtres. Nombreux sont les encouragements! Les deux roues stockés dans le commissariat sont redistribués aux habitants.

La manifestation est divisée en deux. Une partie arrivera à rentrer saine et sauve au camp. En revanche, ce sont plus de 270 personnes qui vont se faire arrêter à 200m du camp. Vraisemblablement, ce serait un indic’ qui les auraient guidés vers un barrage de police…

Vendredi 3 avril: Un bloc anti-impérialiste est formé par différentes organisations communistes. À l’assemblée plénière, il est décidé de partir en manifestation anti-répression et pour la solidarité internationale des peuples vers le pont de l’Europe. Anti-répression à cause des arrestations de la veille; pour la solidarité internationale des peuples car à Baden-Baden a lieu un blocage où le ratio flics/manifestants est de 10/1!

Peu après, une brigade d’une soixantaine de clowns part en direction du quartier populaire pour une action pacifiste symbolique. Ils se font gazer et attaquer par la police! Le camp se mobilise alors pour aller les récupérer. Les flics ne l’entendent pas de cette oreille et bloquent en plein quartier résidentiel les révolutionnaires, à 100m du camp.

Le soir, tous les groupes s’organisent pour la grande manifestation du samedi.

Samedi 4 avril: Le bloc anti-impérialiste et le bloc anticapitaliste partent vers le pont de l’Europe. Cela représente quelques milliers de personnes. Tout au long de la manif, et principalement dans le quartier populaire, les habitants de Strasbourg encouragent les révolutionnaires et leur apportent soutien et détermination. Les slogans fusent: «Vive la solidarité internationale des peuples!», «Marx! Engels! Lénine! Staline! Mao! Viva! Viva! Viva!», «À bas le fascisme moderne! À bas l’État policier!»

Au bout de quelques kilomètres, le cortège se retrouve bloqué sur un pont. Directement, les flics envoient des dizaines de lacrymos. Un bloc rouge se déploie pour forcer le passage. Contrairement à la majorité du black block, il est très organisé. Mais l’unité se fait dans l’action et après environ une heure de combat, la voie s’ouvre enfin. Le cortège repart donc et se dirige vers le point de départ officiel de la manifestation. En chemin, une station essence d’une grande multinationale capitaliste est pillée.

La manif arrive alors au pont de l’Europe. Les anti-impérialistes exigent que les camarades du côté allemand puissent passer du côté français. Entre temps, les drapeaux français et de l’OTAN sont brûlés. Le poste frontière connaîtra le même sort.

Sur la place, les caméras de surveillance sont détruites sous les applaudissements de la foule. Une banque et un office du tourisme sont attaqués et brûlés, ce qui entraînera l’incendie d’une pharmacie.

Contrairement à ce que les médias bourgeois affirment, c’est bien la banque qui était visée, symbole du capital financier, et pas la pharmacie. Dans la foulée, un hôtel Ibis est pillé de son matériel pour en faire des barricades. À peu près au même moment, les hélicoptères qui survolent la manifestation balancent des grenades lacrymos et des grenades aveuglantes. Ensuite, un incendie se déclare dans l’hôtel. À l’heure actuelle, il est difficile de dire d’où provient l’incendie. Il y a de plus en plus de témoignages qui affirment que lorsque la police a chargé pour sécuriser l’hôtel, il n’y avait pas encore de flammes visibles. Plusieurs témoins (dont des journalistes) affirment avoir vu les grenades tirées de l’hélico tomber sur l’hôtel.

Les flics chargent indistinctement les manifestants et envoient des lacrymos en plein milieu du cortège officiel. Les manifestants se regroupent et partent en cortège vers un pont.

Dès que le pont est à portée de vue, les manifestants s’aperçoivent qu’il est complètement rempli de fourgons de flics, de canons à eau, de rangées de CRS, le tout protégé par un mur antiémeute de 3m! La manifestation prend alors la direction de la zone industrielle sur les docks.

Au bout, elle tombe nez à nez avec les flics postés sur une voie ferrée. Les pacifistes postés devant font une chaîne pour «isoler les casseurs» (sic) et ainsi permettre à la police de les interpeller! Il n’y a pas de comportements plus écœurant que celui-ci! Ainsi, la situation est telle que le cortège est pris en sandwich entre deux lignes de flics: devant et derrière! Et ils ne tarderont pas à attaquer des deux côtés.

Les anti-impérialistes ripostent des deux côtés mais dans pareille nasse, ils n’ont plus qu’à se replier dans la confusion la plus totale: les BAC sont présents (en armure ou en civil), les CRS et les gardes mobiles également. Ils tirent sur tout ce qui bouge (pacifistes ou non, jeunes ou vieux, et même certaines personnes handicapées…) et procèdent à des arrestations ciblées. Les flics mettent en place un barrage filtrant qui leur permet de rendre plus efficaces leurs arrestations.

À noter le comportement clairement honteux de certaines organisations qui soit ne se sont souciées que de leur sécurité, soit qui ont carrément joué le jeu de l’État en affirmant que c’était à cause des «casseurs» que la manif s’était faite attaquer (PCF, et autres organisations pacifistes)!

Après cela, la manif s’est dispersée et les flics ont continué à gazer tout le monde, déployant également leurs canons à eau.

Il est à noter que de nombreux habitants des quartiers populaires se sont joints à la manifestation.

Il y a eu de nombreux blessés du côté des manifestants car la violence policière fut omniprésente. De même la répression policière a été très sévère.

Bilan: violences

Il faut être bien clairs sur qui porte la violence et qui est légitime quand il utilise la violence. De manière générale, c’est le peuple, le prolétariat qui subit les violences de l’Etat bourgeois au quotidien. Cette violence s’appelle pauvreté, misère, exploitation, licenciement, radiation, chômage… Pour les peuples opprimés par les pays impérialistes, cette violence s’appelle également famine, épidémie, génocide, guerre, bombardement, «rétablissement de la démocratie», «lutte contre le terrorisme», «intervention humanitaire»…

Les organisations pacifistes, réformistes et petites-bourgeoises ne voient pas où se situe la violence. Elles ont des œillères qui les empêchent de voir la globalité de la situation internationale, des rapports qu’il y a entre les classes sociales, de la violence de l’impérialisme. Doit-on leur rappeler où se situe la vraie violence? Une réunion de l’OTAN ne porte-t-elle pas plus de violences que des groupes qui lancent des pierres contre les représentants de l’État bourgeois? Décider d’envahir et de bombarder tel ou tel pays n’est-il pas plus violent que de lancer un Molotov?

Violents ou non-violents, le prolétariat et les peuples opprimés du monde entier doivent employer tous les moyens légitimes pour parvenir à leur libération: la révolution socialiste en direction du communisme dans les pays impérialistes et la révolution de nouvelle démocratie en direction du socialisme puis du communisme dans les pays opprimés.

État policier et fascisme moderne

Strasbourg nous a démontré à quel point l’État policier se renforçait et à quel point le fascisme moderne était avancé. Concernant l’État policier, ses représentants (les «forces de l’ordre»…) ont été déployés au nombre de 10 000, sans compter le nombre déployé de l’autre côté du Rhin. Leur équipement «non-létal» est de plus en plus sophistiqué, ainsi que leurs moyens. Ainsi, c’étaient des hélicoptères en permanence au-dessus de la ville pour repérer les mouvements de foule et mettre la pression psychologique sur les protestataires. C’étaient également des nouveaux flash-balls, avec une portée plus élevée que les anciens. Une utilisation très importante des grenades assourdissantes a été faite. Celles-ci envoient des éclats lorsqu’elles explosent. De plus, les policiers ont effectué à maintes reprises des tirs tendus de grenades lacrymos ou de grenades assourdissantes, visant les jambes, le corps et même la tête. D’ailleurs, le résultat fut tragique à Bastia où un jeune de 14 ans est dans le coma suite à un tir tendu de grenade lacrymo. L’État policier a voulu démontrer sa puissance. Main dans la main avec la justice, le dispositif répressif est d’ailleurs en marche.

Pour le fascisme moderne, la question de la collaboration directe de certaines organisations avec la police est effrayante. Dans ce genre de manifestations, la masse pacifiste devrait être solidaire de la masse qui résiste aux agressions policières. Hélas, seule une partie des pacifistes le sont, alors que les résistants comprennent aussi le besoin d’actions pacifistes. Il ne sera jamais assez répété que le prolétariat et les masses opprimées doivent user de tous les moyens légitimes dans leur lutte contre l’impérialisme. Le fascisme moderne n’est possible que grâce à la collaboration des organisations réformistes et révisionnistes: PS et P«c»F en tête, ainsi que différentes associations et syndicats.

Globalement, le fascisme moderne n’a pas besoin d’utiliser la force à tout va car les partis et organisations de droite comme de gauche collaborent avec l’État bourgeois et n’apportent aucune alternative révolutionnaire: ils servent directement les intérêts de la classe dominante, la bourgeoisie.

Le fascisme moderne sert aux États bourgeois à rallier les couches supérieures de la classe ouvrière et la petite-bourgeoisie à ses objectifs. Mais plus la situation avance et plus l’usage de la force est nécessaire à l’État bourgeois car dans une situation de crise capitaliste, les soupapes de sécurité de l’État sont de plus en plus dépassées.

Organisation

Le bloc anti-impérialiste a su démontrer lors de ce contre-sommet la puissance de son organisation et la détermination qui le caractérise. De plus, les différentes organisations présentes (marxistes-léninistes et maoïstes principalement) ont démontré la puissance de l’idéologie lorsqu’elle est mise en pratique. L’organisation de ce bloc a permis de démontrer en pratique que l’organisation sur des bases idéologiques est supérieure qualitativement à l’organisation sur des bases affinitaires qui caractérise principalement les groupes anarchistes et/ou autonomes. De même, le bloc a toujours recherché l’unité dans l’action avec les anarchistes, en dépassant les clivages idéologiques lorsque cela est nécessaire. Cela est la portée pratique du front uni dont le peuple a besoin pour avancer vers la révolution et renverser l’ennemi commun à tous les exploités et opprimés: l’impérialisme.

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Article paru dans Le Drapeau rouge-express, nº 210, le 25 avril 2009.
Le Drapeau rouge-express est une liste de nouvelles du Parti communiste révolutionnaire.
Pour vous abonner: renseignez-vous au www.ledrapeaurouge.ca.


Le Drapeau rouge-express
Strasbourg brûle-t-il ?
Quelques considérations sur les journées anti-OTAN dans la capitale de l’Union européenne


Mondialisation.ca, Le 27 avril 2009
Disarmiamoli !

Compte-rendu du « contre-sommet » anti-Otan des 3 au 5 avril à Strasbourg fait par les camarades italiens du Réseau Disarmiamoli ! (« Désarmons-les ! »)

Les feux à la périphérie de Strasbourg une fois éteints, la « grandeur » française se mesurera dorénavant à l’intérieur d’une alliance qui semble dès à présent peu encline à satisfaire le petit De Gaulle de service, Nicolas Sarkozy.

L’affrontement avec les Etats-Unis sur l’entrée de la Turquie n’est qu’une des nombreuses contradictions qui risquent d’augmenter, au lieu de les résoudre, les graves problèmes de gestion d’une alliance de plus en plus malade d’éléphantiasis : incapable de résoudre le conflit afghan sur le terrain, en impasse sur le projet « bouclier anti-missile », et bloquée par la Russie dans l’offensive géorgienne contre l’Ossétie du Sud.

L’élargissement tourmenté de l’OTAN à l’Est, la tentative d’intégration avec les structures militaires de l’Ue, les hypothèses de projection de puissance bien au-delà de l’aire eurasiatique et moyen-orientale, indiquent cependant une tendance à la « solution militaire » pour faire face à la très grave crise économique que traverse le système capitaliste.

Prendre le train de la guerre est donc d’une importance vitale. Ceux qui en sont exclus risquent de passer sus les roues. D’où le féroce jeu de coudes des Etats et dirigeants : tous aux wagons, de préférence de première classe, avec le risque de faire dérailler tout le convoi. Pour le moment, la contribution du mouvement alter-mondialiste à l’accident qu’il appelle de ses voeux est, à la lumière des faits de Strasbourg, plutôt faible.

Les maîtres de maison d'un sommet devaient garantir, au moment du « grand retour » dans l’alliance, un calme absolu au cœur de la City, autour des palais du pouvoir militaire occidental. C’est ce qui s’est passé.

Pour tenir les militants anti-OTAN à distance acceptable des lieux de rencontre des « grands », on a mobilisé plus de 10.000 policiers, au ciel, sur la terre et même dans l’eau, avec des dizaines de vedettes et bateaux pneumatiques répartis autour des ponts qui traversent l’Ill.

Strasbourg s’est transformée en quelques jours en ville en état de siège, avec ses citoyens des zones orange et rouge surveillés de près. Chacun avec son pass de la couleur de sa zone de résidence, qui s’est ensuite révélé inutile aux moments forts du sommet, le matin et l’après-midi de samedi 4 avril, quand il ne leur a même plus permis se déplacer d’une zone à l’autre.

Nous avons assisté à des protestations individuelles de certains citoyens, mais dans l’ensemble, le corps social d’une ville qui prospère autour des institutions européennes ne s’est pas organisé contre l’état de siège imposé par l’OTAN. La « démocratie occidentale » a ses coûts, que ses sujets les plus fortunés sont évidemment peu disposés à payer.

L’hétéroclite mouvement contre la guerre qui avait afflué dans la ville française n’a jamais trouvé un moment de véritable synthèse politique, que ce soit par rapport aux stratégies actuelles et futures contre l’alliance de guerre, comme pour la gestion de la rue même pendant le sommet.

Nous avons vu à l’œuvre les nombreuses composantes du mouvement, ou de ce qu’il en reste, dans les formes historiques du Forum Social Européen, à travers ses diverses expressions politiques culturelles et syndicales.

Pendant le contre-sommet de vendredi 3 avril, qui s’est tenu à l’intérieur du centre sportif d’Illkirch Lixenbhul (à l’extrême périphérie de la ville), face à environ 800-1.000 participants, se sont confrontés les représentants des diverses forces en présence : PCF, CGT (française), NPA, Socialist Workers (anglais), les Link allemands, les grecs du Comité international pour la paix (Greek Committee for International Detente and Peace–EEDYE), certains parlementaires du GUE, Attac France, Femmes en noir et autres petits groupes politiques surtout allemands, polonais et espagnols. La présence italienne a été très réduite, avec environ 30 militants du Pacte contre la guerre et des Femmes en noir (7 ou 8 napolitaines qui sont allées le lendemain se placer devant le podium, visibilité oblige, NdT).

Le contre-sommet organisé par le Forum social a été, à notre avis, grandement édulcoré dans ses contenus et très faible dans ses références politiques.

Aucune référence directe au rôle impérialiste de l’Europe, pas un mot sur la guerre « constituante » de la nouvelle OTAN, c’est-à-dire le bombardement sur l’ex-Yougoslavie, thème qui a valu aux grecs de l’EEDYE de se faire exclure du comité organisateur. Malgré ce, c’est grâce à eux que l’agression dans les Balkans a été dénoncée et discutée à travers toute une session du contre-sommet.

Des invités pour le moins discutables pour les débats finals (auxquels nous n’avons pas participé) du 5 avril, avec une Lidia Menapace revenante parmi les rapporteurs. Oui, juste elle, cette vieille dame qui pendant le gouvernement Prodi, pour justifier son vote en faveur de l’occupation et des bombardements de l’OTAN sur l’Afghanistan a inventé la théorie terrifiante de la « réduction des dommages ».

Une faiblesse qui s’est révélée plus clairement ensuite pendant la réunion pour organiser la manifestation du 4 avril, où des représentants français du Forum social proposaient d’accepter l’itinéraire indiqué au dernier moment par les autorités françaises : un parcours à 8-10 kilomètres du centre historique, pratiquement entre des hangars de la zone industrielle et commerciale (et en partie sur un terrain militaire ! NdT).

Le débat sur le sujet a mis en évidence une divergence profonde et conséquente dans la gestion de la rue, entre ceux qui acceptaient la manifestation en banlieue et ceux qui voulaient garder le trajet initial de la traversée du Pont de l’Europe, vers le lieu du sommet.

Les événements de rue qui se sont déroulés le lendemain montrent l’inconsistance importante et l’inutilité factuelle de cette confrontation. Nous en parlerons.

Aucune surprise donc si certaines des expressions les plus radicales du mouvement contre la guerre (et non pas « mouvement de la paix » ou « pacifistes », NdT) se sont regroupées dans d’autres lieux et selon d’autres modalités, comme au centre social « Molodoi », rue du Ban de la Roche, et au camping international de la Rue de Ganzau, dans le quartier du Neuhof, relégués à 7 kilomètres du centre historique. Dans ces endroits, tout autres ont été les thèmes, les interlocuteurs et les objectifs discutés.

On peur être surpris par contre que certaines forces politiques, expressions dans plusieurs pays de contenus et de luttes conséquentes contre le militarisme impérialiste, continuent à fréquenter des milieux qui se révèlent désormais en état d’asphyxie et inopérants pour affronter les nouveaux défis imposés à l’humanité par un capitalisme en crise profonde et, de ce fait, particulièrement agressif.

Samedi 4 avril. A la périphérie de Strasbourg

Inutile de décrire la dynamique concrète des événements de la journée clou du sommet et du contre sommet, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Les agences de régime ont abondamment couvert l’événement, avec force arrêts sur image sur les incendies et les black block « féroces » (et revenants, eux aussi).

La gestion de la rue de la part du système de contrôle et de répression des Etats concernés (avant tout France et Allemagne) a été quasiment impeccable.

Après toute une journée d’affrontements, un hôtel de 8 étages en flammes et quelques bâtiments dont un poste de douane désaffecté (destiné à la démolition depuis pas mal de temps, et bourré d’amiante –précision d’un correspondant de l’AFP rencontré sur place-, corrections à l’initiative de la traductrice), les manifestants blessés et interpellés se comptaient sur les doigts de quelques mains seulement.

En observant les policiers français / allemands à l’œuvre, nous avons compris un peu plus encore à quel point c’est la haine qui guide et informe la main des « nôtres », comme on a pu le voir de façon remarquable à Gênes en 2001.

La manifestation a été canalisée à l’intérieur d’une enceinte prédéfinie, à l’extrême périphérie de Strasbourg, habitée surtout par des travailleurs, immigrés, précaires, comme dans la majorité des banlieues européennes. Depuis les maisons et les fenêtres de ce morceau de ville, très peu de drapeaux de la paix et encore moins d’expression de solidarité et de participation au cortège. Certaines tensions, au contraire, entre des jeunes de banlieue et certains secteurs du cortège, peu enclins à accepter ce dialogue que nous pouvons qualifier, par un euphémisme, de « rude ».

Dans les faits, les différents secteurs sociaux de cette métropole de plus de 450.000 habitants –du centre à la périphérie- se sont montrés largement imperméables à la mobilisation contre l’OTAN.

Le refus absolu de traverser le Port de l’Europe, comme cela avait été prévu les jours précédents, la division de la ville en zones off limits et l’impressionnante militarisation du territoire avaient mis en évidence à la fois l’échec de la soi-disant « démocratie occidentale » et la totale inutilité de contre sommets : qui tentaient au même moment d’imposer un autre point de vue politique par rapport à ce qui a été déterminé au préalable par les « grands de la terre ».

Dans ces conditions, accepter la logique de l’enceinte –comme cela a été proposé par certains leaders du Forum social- signifiait devenir une partie intégrante du mécanisme « démocratique », et servant ainsi sa légitimation.

D’où la réaction légitime à l’empêchement physique d’un droit élémentaire comme celui de manifester. Quelques milliers de manifestants ont de façon récurrente –et légitime- essayé de forcer les barrages de la police. Parmi eux, les plus organisés ont été ceux qu’on qualifie rapidement de « blacks blocks » : phénomène de jeunesse qui reste entièrement à enquêter, mais qui a peu à faire avec une expression politique définie. Très grande tactique et mobilité paramilitaire, et aucune idée au-delà de celle de détruire les symboles de la civilisation ( une station-service, des lampadaires parce qu’ils portaient des caméras, une station de lavage de voitures, des panneaux urbains de publicité, NdT), des cabines téléphoniques aux hôtels (un seul au milieu de la zone industrielle, NdT).

Nous ne serons pas de ceux qui se lamentent face aux incendies et dévastations. Les « frappes chirurgicales » des bombardiers de l’OTAN sur les villages afghans sont d’une toute autre nature et lourdeur.

Le problème, comme toujours, est politique, et il tient à la capacité des futurs mouvements de renforcer leur présence dans le tissu social des métropoles. Si, et quand, les banlieues deviennent un arrière-front stratégique de la lutte contre la guerre impérialiste nous serons en mesure de résoudre aussi la « contradiction » black block.

La leçon de Strasbourg doit servir à affiner la réflexion sur les méthodes d’action de la nouvelle phase politique que nous avons face à nous. Le temps n’est plus aux contre sommets, mais à l’enracinement des idées force antimilitaristes et anti-impérialistes à l’intérieur du flux impétueux des luttes que la crise capitaliste va déterminer sur tout le continent européen et bien au-delà.



Traduction : Marie-Ange Patrizzio

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