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24/03/2010

Dammarie-les-Lys : l'assassinat du policier Jean Serge NERIN démontre l'imposture du discours sécuritaire.

Pris chez Médiapart

 

L'assassinat d'un policier en région parisienne amène à douter sérieusement de la sincérité de l'action politique en matière de sécurité au regard des évènements (RTV.es).

 

Le ministère de l'intérieur porte dans cette affaire une lourde responsabilité. Il est en effet paradoxal qu'un fonctionnaire de police d'un commissariat de banlieue se retrouve un soir face à un groupe terroriste armé quand on se souvient les déploiements de force consentis par ce même ministère dans le cadre de l'affaire de Tarnac.

 

Il paraît incohérent qu'un groupe de terroristes se promène en région parisienne, braque un garage, y vole plusieurs véhicules et ouvre le feu sur des fonctionnaires de police sans que les services spécialisés, très mobilisés pour poursuivre de prétendus poseurs de crochets armés de gants en en caoutchouc, ne s'en soient préoccupés avec autant sinon plus d'attention.

Il ne s'agissait pas de matériel de bricolage à Dammarie, mais d 'armes de guerre, de groupe armé violent supposant une logistique très importante pour se loger, se déplacer, s'armer, s'entraîner, se nourrir. Comment admettre une telle négligence du ministère de l'intérieur quand la région parisienne compte l'une des proportions les plus élevées du monde - sinon la plus élevée - de policiers par habitant ? Comment imaginer qu'un tel groupe ait pu passer inapperçu ? L'action antiterroriste, dans de telles conditions, n'est pas crédible.

 

Les policiers du commissariat n'avaient pas à être sur les lieux ; mais les services censés lutter contre le terrorisme - si les choses étaient bien faites et cohérentes au discours tenu lors de l'affaire de Tarnac. Le ministre de l'intérieur devra expliquer comment il mobilise des centaines de fonctionnaires pour retrouver Treiber à Melun - dont Dammarie est limitrophe – ou un simple voleur – comme Musilin – et qu'il n'y a personne derrière des membres de l'ETA, dont l'action est de tuer, pas de fuir.

 

La liberté d'action laissée à des terroristes avérés paraît incongrue en considération des forces envoyées de Paris pour arrêter les épiciers de Tarnac. Pas de service spécialisé derrière l'ETA en Seine et Marne non plus, quand la Brie en grouillait au moment des filatures de l'enquête de Tarnac. Cette disproportion des moyens et des faits reprochés rend très sceptique sur les priorités politiques et les objectifs dévolus aux services antiterroristes.

 

Se posent dès lors l'utilité réelle des Lois Perben, des moyens d'investigation technique attentatoires à la vie privée,  des moyens matériels et légaux sans cesse réclamés à cor et à cris pour soit-disant assurer la sécurité contre le terrorisme...

On voit que, d'une part, le discours sécuritaire a justifié l'enfermement pendant plusieurs mois d'un intellectuel, pour des raisons demeurant obscures, et que, d'autre part, il est incapable d'assurer la sécurité même de fonctionnaires de police, qui auraient du être avertis de la présence de terroristes sur leur circonscription. Cela leur aurait permis de prendre des précautions, évitant la mort de l'un d'eux et réaliser l'arrestation de toute une bande armée dans un lieu ne mettant pas en danger la vie d'un passant.

La mort de ce policier est donc un terrible fiasco et un démenti de la politique et du discours sécuritaires.

Elle démontre l'inutilité des moyens réclamés et obtenus (Loppsi, Hadopi, Edvige & Co, lois Perben, etc).

Un discours se servant de la disparition tragique de ce fonctionnaire pour réclamer vengeance et plus de moyens n'est donc ni sincère ni décent.

Les mobilisations policières pour Tarnac, Treiber, Musilin montrent qu'il y a assez de moyens - il est même prévu de les réduire. Ce n'est donc pas un manque de moyens à l'origine de l'assassinat du fonctionaire de police. Cela amène à s'interroger sur l'objet véritable du discours sécuritaire et de la lutte anti terroriste. S'ils étaient sincères, l'assassinat du policier n'aurait jamais du se produire et ce n'est pas Julien Coupat que la SDAT aurait mis en prison mais des terroristes de l'ETA.

Tout cela aurait du conduire les autorités à faire preuve d'humilité et de circonspection lors de l'hommage rendu au fonctionnaire de police assassiné par l'ETA, parce qu'elles en portent la responsabilité. L'employeur a une obligation de résultat en matière de sécurtié à l'égard des ses employés. Le gilet pare-balle inefficace à arrêter les coups des tueurs montre combien cette obligation est négligée, au-delà de l'inefficacité de la lutte anti terroriste.

La décence commandait donc à s'incliner en silence devant la dépouille d'une victime de son échec et ne pas renchérir opportunément dans l'escalade sécuritaire ou répressive. L'assassinat du policier de Dammarie témoigne de l'imposture d'un discours et montre qu'il n'est qu'un prétexte à porter atteinte aux droits et libertés fondamentaux.

Toutes mes sincères condoléances à la famille du policier disparu.

 

 

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