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27/09/2011

Les Sciences sociales au prisme de l’extrême droite. Enjeux et usages d’une récupération idéologique

Nicolas Lebourg (CRHiSM/Université de Perpignan-Via Domitia),
« La fonction productrice de l’histoire dans le renouvellement du fascisme à partir des
années 1960 », in Sylvain Crépon (SOPHIAPOL, Paris X) et Sébastien Mosbah-
Natanson (IRISES / Paris Dauphine et CIRST/UQAM) dir.,
Les Sciences sociales au prisme de l’extrême droite. Enjeux et usages d’une récupération
idéologique, L’Harmattan, collection Les Cahiers politiques de l’ IRISES / Paris
Dauphine (UMR 7170), Paris, 2008, pp.213-243.

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/48/18/69/PDF/Nico...

Extraits :

Inventer l’histoire


« Inventer » c’est là l’acte du mystificateur, mais aussi celui de l’archéologue qui découvre un objet. Inventrice historiquement, la praxis néo-fasciste peut : a) se saisir de matériaux qui lui permettent de forger de toutes pièces une tradition historique valorisante ; b) s’immiscer dans les thématiques de mémoire de la société pour se positionner a contrario du lieu où la place l’histoire politique ; c) se découvrir ainsi une
nouvelle vision politique historique sans pour autant s’extraire de la problématique sociale mémorialiste.

...

Le renouvellement idéologique du fascisme par l’usage de l’histoire est donc autant affaire de culture, et de ses matériaux, que du politique, et de ses actions. La culture politique néo-fasciste est une culture rhizome, apte à se saisir d’éléments politologiques et historiques en diverses nations. L’utopie d’un horizon palingénésique et la représentation sphérique du temps, concepts-phares de la Révolution Conservatrice, sont présents : le fascisme doit renaître, en étant lui-même, car en étant différent de son
incarnation historique première. Nonobstant, au-delà de la réflexion sur le caractère cyclique du temps fasciste, ce rapport à l’histoire n’est pas sans éveiller l’écho d’une sentence de Benjamin : « l’histoire est l’objet d’une construction dont le lieu n’est pas le temps homogène et vide, mais le temps saturé d’‘àprésent’. Ainsi, pour Robespierre, la Rome antique était un passé chargé d’‘à-présent’ qu’il arrachait au continuum de l’histoire »51. Pour faire vivre leur culture politique, les néo-fascistes recherchent dans leurs
lectures historiques de quoi saturer leur temps communautaire d’‘à-présent’, refaisant jaillir Sparte ou la République de Salo aux marges de la société de consommation et à l’encontre du présentisme établi.
D’aucuns objecteront que philosophiquement et historiquement ces perspectives sont tendancieuses… Effectivement : le but des militants n’est pas de complaire à l’analyse académique, mais de mettre en place un système politico-culturel de rupture avec le paradigme libéral justifiant l’existence de leur courant et lui donnant sens.
Cette attitude ne se limite pas à l’ère post-1960. Déjà, Déat, Doriot ou Valois se légitiment en produisant un ensemble de signes où s’entremêlent éléments extra-nationaux et affirmation d’une tradition nationale spécifique, au cours plus long que celui des modèles italien ou allemand. Valois affirme tout à la fois que le fascisme trouve sa source chez les Jacobins, est idéologiquement entier dans la France de l’avant
1914, et que c’est l’expérience de la Grande guerre qui a fait des fascistes ce qu’ils sont... C’est-à-dire que, puisque le fascisme est empirisme, ses adeptes français sont résolument libres de composer leurs discours en puisant des signes selon leurs desiderata, dans un axe qui est plus celui d’une esthétique que d’un programme. Ainsi, sur les bases du « nationalisme des nationalistes », le fascisme français se produit, tout au long du XXè siècle, par cette hybridation de signes, globalement extra-nationaux, pouvant être puisés dans une offre culturelle connaissant une explosion depuis les années 1960.

11:54 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/01/2011

30 janvier 2011 France 5 - L'Extrême Gauche en France : le poids de l'héritage (avec l'expert Christophe Bourseiller !)

Les intervenants du documentaire

Comme l’éditorialiste du journal L’Humanité Claude Cabanes, l’historien Christophe Bourseiller [expert cathodique] pointe la politisation très forte de la société comme une spécificité française. Leurs analyses et commentaires émaillent ce documentaire historique, avec ceux d’autres spécialistes avisés : Alexandre Adler, essayiste, Alain Krivine, porte-parole du NPA, Philippe Raynaud, philosophe et politologue, et Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac.

François Lanzenberg plonge dans l’histoire de la gauche radicale en France, des racines aux influences subies par ses diverses composantes. Nourri de nombreux clichés d’époque et d’images d’archives, ce film, proposé dans La Case du siècle par Fabrice d’Almeida, mène le téléspectateur jusqu’à l’époque contemporaine, marquée par la création du NPA.

Avec des personnalités comme Gracchus Babeuf, Robespierre, puis Auguste Blanqui, ou des groupes comme les Enragés, qui appelaient à l’insurrection contre les possédants, la Révolution française et les années qui suivirent constituent la source de tous les courants de pensée et mouvements protestataires et extrémistes de gauche. Au XIXe siècle, le mouvement ouvrier se forme. Marx introduit les concepts de lutte des classes et de dictature du prolétariat. La Ire Internationale est fondée à Londres en 1864. C’est aussi l’époque où se développe le mouvement anarchiste avec, notamment, Ravachol. L’extrême gauche a, ainsi, marqué de son empreinte quelques grandes dates de l’histoire de France : après la révolution de 1789, celle de 1848, la Commune de Paris en 1871, le Front populaire en 1936, Mai 68…

Trotski, une personnalité centrale

Fille de la Révolution française et plus tard de la révolution russe, l’extrême gauche en France sera largement marquée au XXe siècle par la personnalité de Trotski, « génie de la révolution d’Octobre ». Sa rupture avec Staline, intervenue dans les années 20, va modeler les courants de l’extrême gauche dans l’Hexagone, expliquant la fracture vive et durable que l’on y constatera entre celle-ci et le Parti communiste créé en 1920. Ayant séjourné à plusieurs reprises en France, notamment dans les années 30, où il sera à l’origine de la IVe Internationale, Trotski y laissera une empreinte indélébile… encore présente aujourd’hui.
Ainsi, dans les bouleversements de l’après-guerre, ce sont les trotskistes qui sont à la pointe de la protestation sociale. C’est l’époque où apparaît Lutte ouvrière. Puis, durant la guerre d’Algérie, ils jouent un rôle important dans les réseaux de soutien au FLN. On les retrouve bien sûr en Mai 68, où beaucoup d’organisations font ou refont surface. L’idée d’autogestion est mise en avant : et l’on reparle de Rosa Luxemburg. Le mouvement maoïste est aussi présent mais avec une influence « plus culturelle que politique » durant une période « éphémère où des sensibilités très différentes ont cohabité », souligne l’historien Christophe Bourseiller. Plusieurs groupements apparaîtront ensuite, marquant leur appartenance à l’extrême gauche, comme le mouvement du Larzac, où se conjuguent antimilitarisme et retour à la terre, ou Action directe, figure emblématique du terrorisme dans les années 70. Durant toutes ces années, le PC est souvent en lutte contre de petites formations d’ultra-gauche, les uns et les autres occupant successivement le devant de la scène dans une sorte de mouvement de balancier.
Les mouvements d’inspiration trotskiste retrouveront de la vigueur au moment de l’effondrement du bloc de l’Est et de la chute du mur de Berlin en 1989, alors que le PCF continue à s’affaiblir. Ce sont ainsi des syndicalistes trotskistes qui créent Sud en 1988. « Arlette Laguiller et Lutte ouvrière connaissent leurs meilleurs scores à partir de ce moment », remarque encore l’historien, notant pour finir que le « mouvement altermondialiste et Olivier Besancenot participent aujourd’hui au renouvellement générationnel de l’extrême gauche », une tendance qui reprend des forces, alors que la gauche traditionnelle traverse une crise importante. « L’omniprésence de l’extrême gauche comme l’omniprésence de tout courant extrémiste est le signe d’une société malade, d’une France malade », constate pour finir Christophe Bourseiller.

Françoise Pay

piqué au tas sur www.france5.fr

 

09:15 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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