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23/11/2011

Denis Robert : « La fiction est le meilleur chemin pour dire le réel »

Après dix ans de procès, le journaliste Denis Robert est enfin « blanchi ». Posément, sans rancune envers ses anciens détracteurs, il tente de convaincre les politiques de l’urgence à agir contre les dérives du système bancaire.

Regards.fr : Après avoir été blanchi en février par la cour de Cassation, la cour d’appel de Lyon fixera le 29 novembre les préjudices engendrés par Clearstream à votre encontre. Vous êtes soulagé ?

Denis Robert : J’ai gagné sur le plan judiciaire, mais je n’ai pas gagné politiquement, ni médiatiquement. Le scandale Clearstream n’a pas encore véritablement explosé. À quoi sert un journaliste si ce qu’il écrit n’a pas de résonance effective dans le réel ?

Regards.fr : Pourquoi ce silence, selon vous ?

Denis Robert : Il est relatif. Mais l’absence de prise en compte de ce que révèle mon enquête tient à son contenu. Ce que je montre est insupportable pour les banquiers car ça touche le cœur de leur bizness et celui de leurs plus gros clients. Le lobby bancaire est plus puissant que je ne l’imaginais. Ils ont mis en place une sorte de cordon de sécurité autour de mon travail. Dix années de plaintes à répétition et de calomnies. La décision de la cour de cassation réamorce l’histoire. Je vais à Bruxelles dans les jours qui viennent pour rencontrer des eurodéputés. Je suis sollicité par des candidats à la présidentielle. Je ne suis pas pressé. Le temps joue pour moi.

Regards.fr : Les politiques ne s’emparent pas de cette question ?

Denis Robert : C’est un débat qui commence enfin à agiter la gauche. Les candidats à la Primaire socialiste ont parlé de régulation du capitalisme ou de lutte contre les paradis fiscaux mais sans entrer concrètement dans le vif du sujet. Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon ont tenu les propos les plus offensifs, mais on reste encore trop à la surface des choses. Prenons l’exemple des paradis fiscaux. Nicolas Sarkozy avait promis leur disparition. Quelle blague ! Là, les candidats disent tous : « Il faut lutter contre les paradis fiscaux. » J’ai même entendu : «  Il faut interdire les paradis fiscaux. » C’est juridiquement impossible. C’est comme se saisir d’une savonnette avec un gant de boxe. Les paradis fiscaux sont des leurres. Il est par contre possible de surveiller, voire de stopper les pompes qui alimentent ces paradis fiscaux. On sait que les virements se font pour l’essentiel grâce à une société de routing financier, Swift et grâce aux réseaux informatiques des deux chambres de compensation Euroclear et Clearstream. Il faut contrôler ces structures…

Regards.fr : C’est ce que vous avez indiqué à François Hollande dans la note que vous lui avez donnée ?

Denis Robert : Oui, entre autres. On m’a demandé d’écrire une note. Je l’ai fait bien volontiers. On a trop tendance à considérer l’univers de la finance comme impénétrable ou trop compliqué. Ça ne l’est pas. C’est possible, c’est politique.

Regards.fr : Depuis l’appel de Genève lancé en 1996, c’est un de vos combats moteur ?

Denis Robert : J’ai affiné mes connaissances. En 1996, je n’imaginais pas que l’information financière était autant centralisée. Je ne connaissais pas les chambres de compensation. Je ne savais pas leur importance dans l’organisation du commerce interbancaire. Le juge Garzon, comme les six autres magistrats signataires de l’appel, s’avouait impuissant face aux moyens techniques et à la rapidité des prédateurs financiers. Les fonctionnements judiciaires étaient tellement lourds que les criminels gagnaient toujours. Malheureusement, d’un point de vue judiciaire, la situation n’a pas évolué. Les juges restent toujours cadenassés dans leurs frontières. Par contre, la perception que l’on a de la circulation des valeurs a changé. Il est inutile d’aller chercher des dépositaires dans des paradis fiscaux. Ils sont protégés par ces législations de papier. Le seul moment où les prédateurs financiers sont vulnérables, c’est pendant le temps du transfert de fonds. Et ce temps est électronique. C’est un jeu d’écriture qui s’opère à l’intérieur des chambres de compensation. C’est là qu’il faut taper.

Regards.fr : Vous faites de la pédagogie car souvent le vocabulaire financier est ardu ?

Denis Robert : Quand j’écris, je pense souvent à mon père ou à mes copains qui n’y connaissent rien. Je fais de gros efforts d’écriture et de simplification. Je n’ai pas peur d’être parfois naïf, ou de répéter plusieurs fois la même question quand je ne comprends pas. Cette méthode m’a permis de découvrir le fonctionnement de Clearstream. Au début, son PDG et son staff se sont moqués de mes questions. Ce sont ces questions et leurs réponses qui ont pourtant provoqué leur perte. Aussi puissants qu’ils pouvaient être, ils ont été virés comme des larbins trois mois après la sortie de mon premier livre Révélation$.

Regards.fr : Vous ne lâchez donc pas le morceau ?

Denis Robert : J’aimerais que d’autres prennent le relais. Je sais que des films et des articles sont en préparation en France et à l’étranger. Je suis content de ne pas y participer. Il faudrait maintenant une commission d’enquête et un véritable audit sur Clearstream mais aussi sur Euroclear et Swift. J’ai encore cette ultime étape à franchir.

Regards.fr : Vous avez d’autres projets ?

Denis Robert : Oui, mais j’ai un peu de difficulté à m’y remettre. Je n’ai pas peint une seule toile depuis presque un an. Mon prochain livre – un récit qui n’a pas grand-chose à voir avec la finance- est en rade. J’ai plusieurs films en fabrication. Une série documentaire sur le journalisme est en cours montage. Je prépare un film hommage sur un vieux journaliste qui m’a beaucoup inspiré à mes débuts, Cavanna… J’ai aussi envie de réaliser un film sur des ouvriers qui ont occupé une usine il y a trente ans. Il est important de témoigner de la classe ouvrière. De le faire sans nostalgie. J’ai aussi le dernier tome de ma BD L’ Affaire des affaires qui sort fin novembre. Et une autre BD adaptée de mon dernier roman Dunk est en cours d’écriture.

Regards.fr : Depuis quelques années, vous vous tournez vers la peinture, le théâtre, la BD. Vous êtes fâché avec le réel ?

Denis Robert : Tout a toujours tourné autour de la même question  : « Comment une société aussi riche peut produire autant de pauvreté ? » Mes toiles ou mes BD parlent de ça. La pièce de théâtre que je suis en train de monter au théâtre du Rond-Point aussi. Hunter Thomson disait que la fiction était le meilleur chemin pour dire le réel. C’est assez juste. La saga Clearstream, c’était un combat à mains nues avec le réel. Un affrontement long, excitant mais fatigant. Je suis allé au bout de cette histoire. La cour de cassation a mis un point final à mon travail de journaliste. J’ai maintenant envie de passer à autre chose.

Regards.fr : Vous avez un auteur fétiche ?

Denis Robert : Plusieurs. Mais celui qui m’a amené au journalisme disons littéraire, c’est Truman Capote. La lecture de De Sang-froid a été déterminante. J’ai eu envie de faire comme Truman Capote au début. Je n’y suis pas encore parvenu. Mais sans lui, je serais sûrement resté dans un journal où c’était finalement très confortable.

Regards.fr : Et la peinture ? Quel a été le déclic ?

Denis Robert : Quand on a interdit mon livre Clearstream, l’enquête en 2006, qu’on l’a retiré des rayons, j’ai pris un coup au moral. Le hasard et Facebook m’ont fait croiser la route d’une galerie parisienne. La galerie W. Je me suis dit que là, les policiers ou les censeurs ne viendraient pas m’emmerder. C’est comme ça que ça a commencé. Et ça ne s’est plus arrêté.

Regards.fr : L’enquête, les journaux vous manquent ?

Denis Robert : Parfois. Récemment, il y a eu une page sur moi dans Le Monde avec ce titre : « Le marginal de l’info ». Cette marginalité n’a jamais été un choix de ma part. Le système médiatique et ses influences m’ont mis à l’écart. L’information que j’ai produite n’est plus marginale aujourd’hui.

Regards.fr : Vous êtes conscient d’être devenu une sorte d’emblème, pour tous ceux qui se battent contre les dérives du système, les « indignés » ?

Denis Robert : Pas vraiment, même si je suis souvent sollicité. Je me sens plus utile à écrire, à faire des films qu’à m’engager sur le terrain politique. Au fond, j’ai du mal à y croire. On est dans un pays avec des élections, différents partis, une démocratie qui fonctionne pas trop mal… On n’est pas encore dans un climat insurrectionnel. Ça peut venir assez vite.

Regards.fr : Pour qui allez-vous voter à la Présidentielle ?

Denis Robert : Pour celui ou celle qui réglera le problème des dérives du capitalisme financier. À la gauche de la gauche au premier tour. Et au second tour, sans aucun état d’âme, pour le candidat socialiste qui sera qualifié. S’il l’est… Si ce n’est pas le cas, ça va devenir très compliqué.

Regards.fr : Tous ces gens qui vous font des risettes aujourd’hui après vous avoir lâché pendant les plus dures années, ça vous énerve ?

Denis Robert : Non, pas du tout. Je n’ai de rancoeur pour personne.

piqué au tas sur regards.fr

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11/12/2010

Mille milliards de dollars - Henri Verneuil - 1982



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25/10/2008

Lobby de l'armement, à qui profite la guerre ?

 

Le VBCI de Nexter. Choisi par l'Angleterre, il pourrait marquer le début d'un regroupement industriel de l'armement terrestre européen. Ce sujet devait être abordé durant le déplacement de Nicolas Sarkozy au Royaume-Uni.

Dans les prochaines semaines, le Ministère de la Défense britannique doit choisir son véhicule de transport de troupes intermédiaire. Le véhicule blindé de combat d'infanterie de Nexter (ex Giat Industries) s'oppose dans cette compétition à l'allemand Boxer (KMW et Rheinmetall) et au Piranha IV (Mowag, filiale de General Dynamics). Cet appel d'offres est significatif puisqu'il porte sur l'acquisition de plus de 2000 véhicules mais aussi parce qu'il pourrait être le détonateur de la recomposition du paysage de l'armement terrestre européen.

Depuis plus de cinq ans, les groupes anglo-saxons ont effectué une percée qui isole les groupes allemands et français : l’américain General Dynamics a réalisé une avancée par l’Europe du sud, rachetant en 2001 Santa Barbara (Espagne), et en 2003 Steyr (Autriche) et Mowag (Suisse), tandis que BAE Systems s’est emparé de l’Europe du nord, reprenant en 1997 Hagglunds Vehicle Group (Suède) et en 2004 Alvis (Royaume-Uni). Reste donc, très isolés, les Allemands KMW et Rheinmetall, aujourd’hui focalisés sur leur marché national, et le Français Nexter.

En quelques années, grâce au plan Giat 2006 mis en œuvre par son PDG Luc Vigneron, ce dernier est passé du statut du mouton noir à celui de la proie courtisée. Certes, tout n’est pas rose. Les ratios financiers de Giat Industries sont à l’équilibre, avec en 2006 un premier retour aux bénéfices (les premiers depuis la création de l’entreprise en 1991). Cependant, le groupe reste très dépendant du marché national et lié au sort de deux produits : le VBCI, 700 véhicules commandés par l’armée française à près de deux millions d’euros l’unité, et le canon Caesar, commandés à 72 unités en France. L’exportation est bien faible puisque ni le char Leclerc, ni le VBCI ne sont parvenus à percer. Seuls quelques Caesar ont été vendus en Thaïlande et Arabie Saoudite. Par ailleurs, Nexter, au prix d’un plan social drastique, est parvenu à diminuer le nombre de ses sites et de sa masse salariale. Avec 3 000 employés pour 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, le leader français de l’armement terrestre, se rapproche en taille de KMW mais reste loin derrière les majors anglo-saxons, qui réalisent plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans ce domaine. Le sursaut de Nexter n’a donc de sens que s’il se traduit rapidement par une alliance ou un rapprochement.

Dans un tel contexte, l’appel d’offres britanniques nourrit un certain nombre de fantasme. A la direction générale de l’armement, on imagine, en cas de succès du VBCI en Grande-Bretagne, pouvoir marier Nexter avec BAE. D’autant qu’une série d’appels d’offres français, comprenant plus de 2600 blindés médians et 300 EBRC, permettraient de garnir facilement la corbeille de la mariée. Dans l’esprit de la DGA, EADS a permis de rafler l’aéronautique en Europe et les meubles ont été sauvés par le rapprochement entre DCN et Thales dans le naval. Le secteur terrestre est considéré comme non prioritaire. Une alliance entre égaux a été pour un temps recherchée avec les Allemands, mais KMW et Rheinmetall n’ont guère montré d’intérêt pour le Français. Leur principale préoccupation a toujours été de savoir qui réussirait à reprendre l’autre ! Après des décennies de tentative de coopération (le char Napoléon, le VBCI, etc.), les Français ont fini par jeter l’éponge, se tournant ainsi naturellement vers une solution britannique.

Pourtant, les jeux ne sont pas faits : le réalisme des groupes de Défense français pourrait finir par jouer. EADS et Thales sont bien conscients que dans les autres pays du monde occidental, l’armement terrestre est devenu un secteur stratégique. Ce n’est pas encore le cas en France, en raison du poids historique de nos champions nationaux dans le domaine aéronautique, mais la réalité des engagements sur le terrain (les opérations extérieures en Afghanistan et au Liban) ne manquera pas de provoquer, à terme, un sursaut. Dès lors, EADS, déjà propriétaire de Patria (Finlande), ou Thales (qui a créé une Business Group Land & Joint pilotée par Bruno Rambaud) pourraient mener une action défensive pour empêcher General Dynamics ou BAE de mettre la main sur Nexter.

Néanmoins, l’offensive des groupes américains et anglais met en danger l’autonomie des industries de l’armement européen, encore en ordre dispersé, qui manque de concentration. Quelques dix producteurs opèrent en Europe, contre deux aux Etats-Unis. Une dispersion qui pourrait coûter chez aux industriels européens qui aujourd’hui, doivent se concentrer.

 

Traditionnellement les biens de défense sont classés comme biens collectifs purs, du fait de leur non-rivalité et de leur non-exlusion

7

Le caractère pur du bien collectif « défense nationale » apparaît cependant contestable du fait de la segmentation possible entre la fourniture du service de défense, relevant de la mission régalienne de l’État, et la fourniture des équipements de défense, c'est-à-dire leur production elle-même. L’évaluation de l’efficience passe par une analyse au cas par cas, et donc des modes de contractualisation adaptés tenant compte du degré de criticité et de valeur stratégique du bien (ce qui induit des possibilités ou impossibilités d’exportation), de sa disponibilité souhaitée, des investissements nécessaires et du retour sur investissement possible, des droits de propriété, etc.8

 

 

 

 

La théorie des biens collectifs appliquée à la défense évoluerait ainsi vers un tryptique :

-

 

biens collectifs purs (avec la production nucléaire militaire par exemple) ;

-

 

biens collectifs mixtes (systèmes de communication, marchés de MCO, de formation, services de transport militaire) ;

-

 

biens privés (avions de chasse, véhicules terrestres, navires).

L’évolution des contrats, vers une gestion capacitaire davantage que patrimoniale, notamment avec des « partenariats publics privés », des financements d’origine privée, des locations et des contrats de service sur le long terme, permettrait de retrouver une adéquation équilibrée entre la demande et l’offre

 

9. Le nouveau mode de régulation, en tout état de cause, doit mettre l’accent sur le partage des risques et donc le partage de l’information, en particulier sur la disponibilité demandée et offerte, en qualité et quantité (cf. les contrats de maintien en condition opérationnelle et étalés sur le cycle de vie)10. De ces partages et échanges construits – « la définition de l’objet de l’échange ne va pas de soi, elle doit être construite »11 , dépendent la satisfaction de la mission régalienne et l’implication effective des entreprises. Les incertitudes qui subsistent, majeures, sont le périmètre de ce nouveau mode de régulation ou la « qualification » du produit ou de la prestation, sa durabilité, ses résultats financiers et, in fine, les performances opérationnelles. Se justifie alors pleinement l’émergence de structures administratives dédiées à ce type de contractualisation12

.

Enfin, dernière condition implicite de réussite d’un marché de défense et explication du paradoxe d’un monopole bilatéral au niveau européen, la relation transatlantique en matière d’armement apparaît fondamentale. Il s’agit de trouver la juste insertion d’un marché intérieur dans un marché global international dominé par la demande et surtout l’offre américaine. La crainte d’un surcroît d’importations d’origine américaine ainsi que celle de la conduite des restructurations européennes par des entreprises amé-ricaines amènent les États européens à favoriser des entreprises atteignant une taille critique, et devenant de fait des entreprises monopolistiques au niveau européen. Des re-configurations de marché intérieur sont prévisibles à l’orée de la comparaison entre les États-Unis et l’Union européenne : le secteur naval américain est constitué de quatre industriels (pour six chantiers), tandis que le secteur naval européen, dont la restructuration a débuté en 2004, compte vingt-et-un industriels (pour 23 chantiers)

 

13. Le secteur terrestre européen comprend une dizaine d’industriels, avec une prédominance de BAE Systems’ Land and Armaments, division de BAE Systems, et d’European Land Combat Systems, division de General Dynamics. A l’échelle mondiale, du point de vue européen, la tendance est alors à la création de duopoles. Ces champions européens et non plus nationaux ont parallèlement avantage à voir la demande européenne se coordonner et harmoniser ses commandes afin de lisser au mieux leur plan de charge14

.

7

La non-rivalité désigne le fait que la consommation du bien par une personne ne réduit pas les possibilités de consommation par une autre. La non-exclusion désigne le fait que le propriétaire d’un bien n’est pas en capacité d’en empêcher l’accès à un tiers qui refuserait d’en payer l’usage (cf. Renaud Bellais, « La défense entre missions et satisfaction : nouvelle "géographie" des frontières du marché », in Renaud Bellais (dir.), Economie et Défense. Nouvelles frontières entre États et marchés, Paris, Descartes & Cie, 2005, pp. 45-66).

8

Un service de transport militaire permanent n’est pas nécessairement utile aux Armées, pourvu que sa disponibilité soit assurée, contractuellement, à des moments précis.

9

Martial Foucault, « Défense et contractualisation : quels partenariats ? », in Renaud Bellais (dir.), Economie et Défense. Nouvelles frontières entre États et marchés, Paris, Descartes & Cie, 2005, pp. 67-86. Soulignons que si la concurrence existe au moment du choix du contractant industriel, elle ne s’en trouve pas accrue sur le long terme puisque les contrats sont valables sur plusieurs années, voire plus d’une décennie du fait de la prise en compte du cycle de vie et des coûts de possession (exemple français : 7 ans pour l’automoteur Caesar, 9 ans pour la location des deux avions de transport à long rayon d’action A340-200).

10 Jean-Michel Oudot, « La réduction des risques présents dans l’approvisionnement de défense : une approche par les contrats », Chronique Ecadienne, n° 3, octobre 2004, 4 p.

11

Benjamin Coriat et Olivier Weinstein, « La construction sociale des marchés », op. cit., p. 2.

12 En France, le décret n° 2004-1551 du 30 décembre 2004 modifié a ainsi institué un organisme expert au sein du ministère de la Défense pour évaluer les contrats de partenariats et leur opportunité (

cf. Ministère de la Défense, Projet de loi de finances pour 2006. Budget de la Défense, Paris, DICOD, 2005, pp. 35-38).

13 DCN,

Rapport d’activité 2003, 2004, p. 25. Le nombre d’industriels intervenant sur les chantiers européens peut être ramené à une dizaine si l’on prend seulement en compte les maîtres d’oeuvre.

14 C’est ainsi qu’il faut comprendre la demande pressante des industries aéronautiques européennes déjà restructurées à l’égard des gouvernements européens en faveur d’une plus grande harmonisation en 2003 (Philippe Camus, Rainer Hertrich, Denis Ranque et Mike Turner, « Défense européenne : il est grand temps d’agir ! »,

Le Monde, 29 avril 2003), et inversement la demande actuelle tout aussi pressante du ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, à l’égard de DCN et Thales pour fusionner dans l’optique de restructurations européennes dans le domaine naval (alors que la demande européenne tend déjà à s’harmoniser). Le secteur terrestre reste encore en retrait, seule l’Agence européenne de défense semblant prendre l’initiative à défaut des gouvernements et industriels (britanniques exceptés), échaudés par l’échec de coopérations et l’inexistence de grand programme commun (cf. Laetitia Blandin, Antonin Tisseron et Cyrus Hodes, « Quelle évolution du marché de la défense en Europe ? Le cas du secteur terrestre et aéroterrestre », Les notes de l’Institut Thomas More, n° 5, 15 octobre 2005, p. 8, et Agence européenne de Défense). « European Defence Agency Ministers Call for More Cooperation on New Armoured Fighting Vehicles », Bruxelles, 23 mai 2005.

15 Hélène Masson, « L’ouverture des marchés publics de défense en Europe : vers un régime intergouvernemental volontaire ? », in

Annuaire stratégiques et militaire 2005, Paris, Odile Jacob, pp.193-232.

 

De l'armement belge au Tchad

Sabine Verhest

Mis en ligne le 08/02/2008

La Région wallonne estime la France responsable de l'octroi de la licence.

Des blindés, modernisés et armés par une société belge, avant de se retrouver au Tchad - à la frontière avec le Darfour qui plus est -, cela fait mauvais genre. L'information a été donnée par "The Bulletin". Le 7 décembre 2006, la Région wallonne a octroyé à Sabiex International, de Braine-l'Alleud, une licence d'exportation d'armes à destination de la France, laquelle a ensuite décidé d'envoyer le matériel à la garde présidentielle tchadienne.

Sabiex a équipé des blindés originaires d'Afrique du Sud pour le groupe Sofema, qui a obtenu de la France une licence d'exportation de 25 de ces chars légers à destination de son allié tchadien l'an dernier. Et le gouvernement wallon refuse de porter le chapeau. "La France seule assume la responsabilité politique de l'envoi de ce matériel", insiste Karim Ibourki, porte-parole du ministre-Président Rudy Demotte. En l'occurrence, le code de conduite de l'Union européenne en matière d'exportation d'armements n'impose pas à Paris de demander l'aval de Namur pour pouvoir envoyer des équipements de Sabiex au Tchad. "On ne demande pas à un pays européen ou de l'Otan de remplir le certificat de destination finale", précise M.Ibourki. Les membres de l'Union partent du principe qu'ils sont tous censés respecter le même code de conduite en octroyant une licence d'exportation d'armes vers un pays.

"Manque de prudence"

Or, "quand la transaction a eu lieu, fin 2006 début 2007, trois critères du code auraient dû inciter la France à refuser la licence", estime Luc Mampaey. Il s'agit, un, de "la question du respect des droits de l'homme dans le pays de destination finale; et le régime du président Déby est autoritaire", affirme le chercheur au Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité. Deux, l'exportation doit être évitée si elle est "susceptible de provoquer ou de prolonger des conflits armés ou des tensions, internes ou avec des pays voisins". Ou, trois, s'il existe "un risque de détournement de l'équipement; et les rebelles volent le matériel gouvernemental".

Aussi, "si la Région wallonne savait, au moment où Sabiex a introduit sa demande, que les armes seraient réexpédiées vers le Tchad, elle aurait pu refuser la transaction". Mais, indique M. Ibourki, "le dossier de Sabiex qu'elle a examiné ne mentionnait pas le Tchad ".

Reste que la Région a fait preuve "de manque de curiosité et d'erreur de jugement" dans cette affaire, pense l'expert du Grip. Car "une série d'indices auraient dû l'inciter à être plus prudente . D'une part, on était en présence de blindés de plus de 30 ans, certes reconditionnés par Sabiex, mais qui n'étaient manifestement pas destinés à l'armée française. D'autre part, l'activité principale du groupe Sofema en France est justement de vendre du matériel à l'exportation." Donc, "la Région wallonne aurait dû enquêter sur la finalité du contrat". Et l'"on ne peut pas dire que la responsabilité soit entièrement du côté français".

Depuis, toutefois, "l'attitude de la communauté internationale a changé vis-à-vis du Tchad : le Conseil de sécurité a appelé le 4 février tous les Etats membres à apporter leur appui au gouvernement du président Déby", rappelle M. Mampaey. De quoi justifier en fait, a posteriori, la licence française d'exportation.

Queqlues infos qui prennent de la place, désolé...

http://www.amnesty.org/fr/library/asset/ASA11/004/2008/en/0869e617-018c-11dd-b95b-f14e309c7fde/asa110042008eng.pdf

http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/news/afghanistan-arms-fuel-further-abuse-20080403

 

Lors du sommet de l’OTAN, cette semaine à Bucarest (2-4 avril), Amnesty International s’est inquiétée des quantités excessives d’armes légères, d’armes de petit calibre et de munitions fournies par des États membres de l’OTAN et leurs alliés aux forces de sécurité et à la police afghanes. Il existe un risque important de voir ces équipements être utilisés pour commettre de graves violations du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire.

dans le PDF, beaucoup de chiffre.

merci au soldat canadien près de La Rivière

 

http://www.rue89.com/2008/06/10/le-business-des-armes-se-porte-comme-un-charme

http://www.lelivrenoirdeleconomie.com/Notes-Chapitre-03.htm

http://www.newsweek.com/id/132684

 

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