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30/01/2013

Alain Garrigou - Le sondage de trop

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14/02/2012

Des parents d'élèves ont en effet dénoncé une "manipulation", lors de la visite de Nicolas Sarkozy, mardi 7 février 2012.

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Des parents d'élèves ont en effet dénoncé une "manipulation", lors de la visite de Nicolas Sarkozy, mardi 7 février, à Lavaur (Tarn), sur le thème de la politique familiale. Un parent d'élève affirme sur le site de La Dépêche du Midi qu'on a demandé à des enfants de crier "Vive Sarkozy" en agitant un drapeau tricolore, lors de l'arrivée du chef de l'Etat sur le parvis de l'hôtel de ville. Une note d'information a pourtant bien été remise aux parents. Ces derniers pouvaient s'opposer à la présence de leur enfant lors de la visite présidentielle.


texte via lemonde.fr


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19/03/2010

Regard sur un média : La télévision peut-elle critiquer la télévision ?

 

 

Analyse d’un passage à l’antenne

En France, plusieurs émissions de télévision se proposent de décrypter les images que reçoivent les téléspectateurs. Se fondant sur l’idée que la télévision peut critiquer la télévision,elles tentent de combattre la méfiance grandissante du public à l’égard de ce média. Pierre Bourdieu,qui a, en janvier dernier, participé à la principale de ces émissions, « Arrêt sur images », livre ici son témoignage.

Par Pierre Bourdieu

J’ai écrit ces notes dans les jours qui ont suivi mon passage à l’émission « Arrêt sur images ». J’avais, dès ce moment-là, le sentiment que ma confiance avait été abusée, mais je n’envisageais pas de les rendre publiques, pensant qu’il y aurait eu là quelque chose de déloyal. Or voilà qu’une nouvelle émission de la même série revient à quatre reprises — quel acharnement ! — sur des extraits de mes interventions, et présente ce règlement de comptes rétrospectif comme un audacieux retour critique de l’émission sur elle-même. Beau courage en effet : on ne s’est guère inquiété, en ce cas, d’opposer des « contradicteurs » aux trois spadassins chargés de l’exécution critique des propos présentés.

La récidive a valeur d’aveu : devant une rupture aussi évidente du contrat de confiance qui devrait unir l’invitant et l’invité, je me sens libre de publier ces observations, que chacun pourra aisément vérifier en visionnant l’enregistrement des deux émissions (1). Ceux qui auraient encore pu douter, après avoir vu la première, que la télévision est un formidable instrument de domination devraient, cette fois, être convaincus : Daniel Schneidermann, producteur de l’émission, en a fait la preuve, malgré lui, en donnant à voir que la télévision est le lieu où deux présentateurs peuvent triompher sans peine de tous les critiques de l’ordre télévisuel.

« Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996. L’émission illustrera parfaitement ce que j’avais l’intention de démontrer : l’impossibilité de tenir à la télévision un discours cohérent et critique sur la télévision. Prévoyant que je ne pourrais pas déployer mon argumentation, je m’étais donné pour projet, comme pis-aller, de laisser les journalistes jouer leur jeu habituel (coupures, interruptions, détournements, etc.) et de dire, après un moment, qu’ils illustraient parfaitement mon propos. Il aurait fallu que j’aie la force et la présence d’esprit de le dire en conclusion (au lieu de faire des concessions polies au « dialogue », imposées par le sentiment d’avoir été trop violent et d’avoir inutilement blessé mes interlocuteurs).

Daniel Schneidermann m’avait proposé à plusieurs reprises de participer à son émission. J’avais toujours refusé. Début janvier, il réitère sa demande, avec beaucoup d’insistance, pour une émission sur le thème : « La télévision peut-elle parler des mouvements sociaux ? » J’hésite beaucoup, craignant de laisser passer une occasion de faire, à propos d’un cas exemplaire, une analyse critique de la télévision à la télévision.

Après avoir donné un accord de principe subordonné à une discussion préalable sur le dispositif, je rappelle Daniel Schneidermann, qui pose d’emblée, comme allant de soi, qu’il faut qu’il y ait un « contradicteur ». Je ne me rappelle pas bien les arguments employés, si tant est qu’il y ait eu arguments, tellement cela allait de soi pour lui. J’ai cédé par une sorte de respect de la bienséance : ne pas accepter le débat, dans n’importe quelles conditions et avec n’importe qui, c’est manquer d’esprit démocratique. Daniel Schneidermann évoque des interlocuteurs possibles, notamment un député RPR qui a pris position contre la manière dont les télévisions ont rendu compte de la grève. Ce qui suppose qu’il attend de moi que je prenne la position opposée (alors qu’il me demande une analyse — ce qui tend à montrer que, comme la plupart des journalistes, il identifie l’analyse à la critique).

Je propose alors Jean-Marie Cavada, parce qu’il est le patron de la chaîne où passera l’émission, et aussi parce qu’il m’est apparu comme typique d’une violence plus douce et moins visible : Jean-Marie Cavada donne toutes les apparences de l’équité formelle, tout en se servant de toutes les ressources de sa position pour exercer une contrainte qui oriente fortement les débats ; mes analyses vaudront ainsi a fortiori. Tout en proclamant que le fait que je mette en question le directeur de la chaîne ne le gênait en rien et que je n’avais pas à me limiter dans mes « critiques », Daniel Schneidermann exclut Jean-Marie Cavada au profit de Guillaume Durand. Il me demande de proposer des extraits d’émissions qui pourraient être présentés à l’appui de mes analyses. Je donne une première liste (comportant plusieurs références à Jean-Marie Cavada et à Guillaume Durand), ce qui m’amène, pour justifier mes choix, à livrer mes intentions.

Dans une seconde conversation, je m’aperçois que plusieurs de mes propositions d’extraits ont été remplacées par d’autres. Dans le « conducteur » final, je verrai apparaître un long « micro-trottoir » sans intérêt visant à montrer que les spectateurs peuvent dire les choses les plus opposées sur la représentation télévisuelle des grèves, donc à relativiser d’avance les « critiques » que je pourrais faire (cela sous prétexte de rappeler l’éternelle première leçon de tout enseignement sur les médias : le montage peut faire dire n’importe quoi à des images). Lors d’une nouvelle conversation, on m’apprend que Jean-Marie Cavada a finalement décidé de venir et qu’on ne peut pas lui refuser ce droit de réponse, puisqu’il est « mis en question ».

Dès la première conversation, j’avais demandé expressément que mes prises de position pendant les grèves de décembre ne soient pas mentionnées. Parce que ce n’était pas le sujet et que ce rappel ne pourrait que faire apparaître comme des critiques de parti pris les analyses que la sociologie peut proposer. Or, dès le début de l’émission, la journaliste, Pascale Clark, annonce que j’ai pris position en faveur de la grève et que je me suis montré « très critique de la représentation que les médias [en] ont donnée », alors que je n’avais rien dit, publiquement, sur ce sujet. Elle récidive avec la première question, sur les raisons pour lesquelles je ne me suis pas exprimé à la télévision pendant les grèves.

Devant ce nouveau manquement à la promesse qui m’avait été faite pour obtenir ma participation, j’hésite longuement, me demandant si je dois partir ou répondre. En fait, à travers cette intervention qui me plaçait d’emblée devant l’alternative de la soumission résignée à la manipulation ou de l’esclandre, contraire aux règles du débat « démocratique », le thème que les deux « contradicteurs » ne cesseront de rabâcher pendant toute l’émission était lancé : comment peut-il prétendre à la science objective de la représentation d’un événement à propos duquel il a pris une position partisane ?

Au cours des discussions téléphoniques, j’avais aussi fait observer que les « contradicteurs » étaient maintenant deux, et deux professionnels (il apparaîtra, dès que je ferai une brève tentative pour analyser la situation dans laquelle je me trouvais, qu’ils étaient quatre) ; j’avais exprimé le souhait qu’ils n’abusent pas de l’avantage qui leur serait ainsi donné. En fait, emportés par l’arrogance et la certitude de leur bon droit, ils n’ont pas cessé de me prendre la parole, de me couper, tout en proférant d’ostentatoires flatteries : je pense que dans cette émission où j’étais censé présenter une analyse sociologique d’un débat télévisé en tant qu’invité principal, j’ai dû avoir la parole, au plus, pendant vingt minutes, moins pour exposer des idées que pour ferrailler avec des interlocuteurs qui refusaient tous le travail d’analyse.

Daniel Schneidermann m’a appelé plusieurs fois, jusqu’au jour de l’émission, et je lui ai parlé avec la confiance la plus entière (qui est la condition tacite, au moins pour moi, de la participation à un dialogue public), livrant ainsi toutes mes intentions. Il ne m’a rien dit, à aucun moment, des intentions de mes « contradicteurs ». Lorsque je lui ai demandé s’il comptait leur montrer, au préalable, les extraits que j’avais choisis — ce qui revenait à leur dévoiler toutes mes batteries —, il m’a dit que s’ils les lui demandaient il ne pourrait pas les leur refuser... Il m’a parlé vaguement d’un micro-trottoir au sujet mal défini tourné à Marseille. Après l’émission, il me dira sa satisfaction et combien il était content qu’un « grand intellectuel » — pommade — ait pris la peine de regarder de près et de discuter la télévision, mais aussi et surtout combien il admirait mes « contradicteurs » d’avoir « joué le jeu » et d’avoir accepté courageusement la critique... Le jour de l’émission, les « contradicteurs » et les présentateurs, avant l’enregistrement, me laissent seul sur le plateau pendant près d’une heure. Guillaume Durand vient s’asseoir en face de moi et m’entreprend bille en tête sur ce qu’il croit être ma complicité avec les socialistes (il est mal informé...). Exaspéré, je lui réponds vertement. Il reste longtemps silencieux et très gêné. La présentatrice, Pascale Clark, essaie de détendre l’atmosphère. « Vous aimez la télévision ? — Je déteste. » On en reste là. Je me demande si je ne dois pas partir.

Si au moins je parvenais à croire que ce que je suis en train de faire peut avoir une quelconque utilité et que je parviendrai à convaincre que je suis venu là pour essayer de faire passer quelque chose à propos de ce nouvel instrument de manipulation... En fait, j’ai surtout l’impression d’avoir seulement réussi à me mettre dans la situation du poisson soluble (et conscient de l’être) qui se serait jeté à l’eau.

La disposition sur le plateau : les deux « contradicteurs » sont assis, en chiens de faïence (et de garde), de part et d’autre du présentateur, je suis sur le côté, face à la présentatrice. On m’apporte le « conducteur » de l’émission : quatre seulement de mes propositions ont été retenues et quatre « sujets » ont été ajoutés, dont deux très longs « micro-trottoirs » et reportages, qui passeront, tous destinés à faire apparaître la relativité de toutes les « critiques » et l’objectivité de la télévision. Les deux qui ne passeront pas, et que j’avais vus, avaient pour fin de montrer la violence des grévistes contre la télévision.

Conclusion (que j’avais écrite avant l’émission) : on ne peut pas critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s’imposent même aux émissions de critique du petit écran. L’émission sur le traitement des grèves à la télévision a reproduit la structure même des émissions à propos des grèves à la télévision.

Ce que j’aurais voulu dire

La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure. On aimerait s’en servir pour dire le monopole de la télévision, des instruments de diffusion (la télévision est l’instrument qui permet de parler au plus grand nombre, au-delà des limites du champ des professionnels). Mais, dans cette tentative, on peut apparaître comme se servant de la télévision, comme les « médiatiques », pour agir dans ce champ, pour y conquérir du pouvoir symbolique à la faveur de la célébrité (mal) acquise auprès des profanes, c’est-à-dire hors du champ. Il faudrait toujours vérifier qu’on va à la télévision pour (et seulement pour) tirer parti de la caractéristique spécifique de cet instrument — le fait qu’il permet de s’adresser au plus grand nombre —, donc pour dire des choses qui méritent d’être dites au plus grand nombre (par exemple qu’on ne peut rien dire à la télévision).

Faire la critique de la télévision à la télévision, c’est tenter de retourner le pouvoir symbolique de la télévision contre lui-même cela en payant de sa personne, c’est le cas de le dire : en acceptant de paraître sacrifier au narcissisme, d’être suspect de tirer des profits symboliques de cette dénonciation et de tomber dans les compromissions de ceux qui en tirent des profits symboliques, c’est-à-dire les « médiatiques ».

Le dispositif : du plus visible au plus caché

Le rôle du présentateur :

— Il impose la problématique, au nom du respect de règles formelles à géométrie variable et au nom du public, par des sommations (« C’est quoi... », « Soyons précis... », « Répondez à ma question », « Expliquez-vous... », « Vous n’avez toujours pas répondu... », « Vous ne dites toujours pas quelle réforme vous souhaitez... ») qui sont de véritables sommations à comparaître mettant l’interlocuteur sur la sellette. Pour donner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des auditeurs : « La question que tout le monde se pose », « C’est important pour les Français... » Il peut même invoquer le « service public » pour se placer du point de vue des « usagers » dans la description de la grève.

— Il distribue la parole et les signes d’importance (ton respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient, titres, ordre de parole, en premier ou en dernier, etc).

— Il crée l’urgence (et s’en sert pour imposer la censure), coupe la parole, ne laisse pas parler (cela au nom des attentes supposées du public c’est-à-dire de l’idée que les auditeurs ne comprendront pas, ou, plus simplement, de son inconscient politique ou social).

— Ces interventions sont toujours différenciées : par exemple, les injonctions s’adressent toujours aux syndicalistes (« Qu’est-ce que vous proposez, vous ? ») sur un ton péremptoire, et en martelant les syllabes ; même attitude pour les coupures : « On va en parler... Merci, madame, merci... » — remerciement qui congédie, par rapport au remerciement empressé adressé à un personnage important. C’est tout le comportement global qui diffère, selon qu’il s’adresse à un « important » (M. Alain Peyrefitte) ou à un invité quelconque : posture du corps, regard, ton de la voix, mots inducteurs (« oui... oui... oui... » impatient, « ouais » sceptique, qui presse et décourage), termes dans lesquels on s’adresse à l’interlocuteur, titres, ordre de parole, temps de parole (le délégué CGT parlera en tout cinq minutes sur une heure et demie à l’émission « La Marche du siècle »).

— Le présentateur agit en maître après Dieu de son plateau (« mon émission », « mes invités » : l’interpellation brutale qu’il adresse à ceux qui contestent sa manière de mener le débat est applaudie par les gens présents sur le plateau et qui font une sorte de claque).

La composition du plateau :

— Elle résulte de tout un travail préalable d’invitation sélective (et de refus). La pire censure est l’absence ; les paroles des absents sont exclues de manière invisible. D’où le dilemme : le refus invisible (vertueux) ou le piège.

— Elle obéit à un souci d’équilibre formel (avec, par exemple, l’égalité des temps de parole dans les « face-à-face ») qui sert de masque à des inégalités réelles : dans les émissions sur la grève de décembre 1995, d’un côté un petit nombre d’acteurs perçus et présentés comme engagés, de parti pris, et de l’autre des observateurs présentés comme des arbitres, parfaitement neutres et convenables, c’est-à-dire les présumés coupables (de nuire aux usagers), qui sont sommés de s’expliquer, et les arbitres impartiaux ou les experts qui ont à juger et à expliquer. L’apparence de l’objectivité est assurée par le fait que les positions partisanes de certains participants sont déguisées (à travers le jeu avec les titres ou la mise en avant de fonctions d’expertise : par exemple, M. Alain Peyrefitte est présenté comme « écrivain » et non comme « sénateur RPR » et « président du comité éditorial du Figaro », M. Guy Sorman comme « économiste » et non comme « conseiller de M. Juppé ».)

La logique du jeu de langage :

— Le jeu joue en faveur des professionnels de la parole, de la parole autorisée.

— Le débat démocratique conçu sur le modèle du combat de catch permet de présenter un ressort d’Audimat (le « face-à-face ») comme un modèle de l’échange démocratique.

— Les affinités entre une partie des participants : les « médiatiques » sont du même monde (entre eux et avec les présentateurs). Familiers des médias et des hommes des médias, ils offrent toutes les garanties : non seulement on sait qu’ils passent bien (ce sont, comme disent les professionnels, de « bons clients »), mais on sait surtout qu’ils seront sans surprises. La censure la plus réussie consiste à mettre à des places où l’on parle des gens qui n’ont à dire que ce que l’on attend qu’ils disent ou, mieux, qui n’ont rien à dire. Les titres qui leur sont donnés contribuent à donner autorité à leur parole.

Les différents participants ne sont pas égaux devant ces situations : d’un côté des professionnels de la parole, dotés de l’aptitude à manipuler le langage soutenu qui convient ; de l’autre des gens moins armés et peu habitués aux situations de prise de parole publique (les syndicalistes et, a fortiori, les travailleurs interrogés, qui, devant la caméra, bafouillent, parlent avec précipitation, s’emmêlent ou, pour échapper au trac, font les marioles, alors que, quelques minutes avant, en situation normale, ils pouvaient dire des choses justes et fortes). Pour assurer l’égalité, il faudrait favoriser les défavorisés (les aider du geste et du regard, leur laisser le temps, etc.), alors que tout est fait pour favoriser les favorisés.

— L’inconscient des présentateurs, leurs habitudes professionnelles. Par exemple, leur soumission culturelle d’intermédiaires culturels demi-savants ou autodidactes, enclins à reconnaître les signes académiques, convenus, de reconnaissance. Ils sont le dispositif (c’est-à-dire l’Audimat) fait hommes : lorsqu’ils coupent des propos qu’ils craignent trop difficiles, ils sont sans doute de bonne foi, sincères. Ils sont les relais parfaits de la structure, et, s’ils ne l’étaient pas, ils seraient virés.

Dans leur vision de la grève et des grévistes, ils engagent leur inconscient de privilégiés : des uns, ils attendent des justifications ou des craintes (« Dites vos craintes », « De quoi vous plaignez-vous ? »), des autres des explications ou des jugements (« Qu’en pensez-vous ? »).

Pierre Bourdieu. Sociologue, professeur au Collège de France.

(1) « Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996 et 13 mars 1996.

Le Monde Diplomatique - Édition imprimée — avril 1996 — Page 25

21:23 | Lien permanent | Commentaires (0) |

08/11/2009

De Tarnac à Poitiers, dans l’autonomie du journalisme nébuleux (et les anciens de l'amicale de la HVO...)

Excellent article sur les Totos et les Zozos, envoyé par Tonio (merci encore) !!!

 

8 novembre 2009

Un article du « Monde » sur les « autonomes »

De Tarnac à Poitiers, dans l’autonomie du journalisme nébuleux

Le Monde consacre la une de son édition datée d’aujourd’hui à un dossier intitulé « De Tarnac à Poitiers, dans la nébuleuse autonome ». Rédigée par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot, cette enquête revient, entre autres, sur le phénomène des « black-blocs », la menace de l’ultra-gauche et l’affaire Julien Coupat. En lisant cet article, nous avons eu de sérieuses raisons de penser qu’il marque une nouvelle étape dans la confusion que fait depuis longtemps Le Monde entre ses lecteurs et des pigeons.

« Ce sont des silhouettes entraperçues au milieu de bris de vitrines, lors d’une manifestation à Poitiers, de heurts et de barricades enflammées, au sommet anti-OTAN de Strasbourg, ou d’opérations policières, comme à Tarnac, un dossier dans lequel, depuis un an, neuf personnes sont poursuivies, suspectées par la justice de sabotages de voies ferrées. Ils surgissent de manière sporadique à la “une” des journaux, le plus souvent à la façon “Black Bloc”, vêtus de noir. Des autonomes, dit-on ? Les autonomes n’existent pas. C’est en tout cas ce qu’ils opposent lorsqu’on les rencontre : les étiqueter, c’est déjà un “travail de flicage”, contestent-ils. Ils n’existent pas, et pourtant comme le dit l’un d’entre eux : “On va nous voir de plus en plus. En face, il y a des gens trop sûrs d’eux et qui n’ont de prise sur rien.” »

Ce n’est pas tous les jours que des journalistes annoncent dès l’introduction de leur article qu’ils vont informer leurs lecteurs sur un phénomène qui, selon les principaux intéressés, n’existe pas. L’aveu mérite d’être relevé : nous, le journal Le Monde, inexplicable fer de lance de la presse française de qualité, nous tenons à prévenir notre aimable clientèle que nous tenons pour un sujet de première importance, digne de faire la « une » de notre édition du week-end, “quelques silhouettes entraperçues”, à savoir des “autonomes qui n’existent pas”, mais que pourtant, on va “voir de plus en plus”. Ah bon ? Comment ? Par quel miracle, des fantômes indéfinis et sans nom vont-ils devenir plus visibles ? L’article a le mérite de fournir (probablement involontairement) un début de réponse : où va-t-on les voir, ces inexistants invisibles ? Eh bien ! ils vont surgir “de manière sporadique à la "une" des journaux”.

C’est rassurant, à deux titres. D’abord, parce que cela confère à ces fantômes un trait qui permet de les identifier. Ensuite, parce que tant que les autonomes déclareront être ceux qui n’existent pas, ils représenteront effectivement un danger majeur pour toute la population. Qu’on en juge ! La police débarque chez vous un matin, pour vous arrêter, parce qu’ils pensent que vous êtes un autonome. Pour vous défendre, vous dites : “Mais non, enfin, je ne suis pas un autonome !” –––– “Ah Ah ! répondra l’inspecteur : vous venez de passer aux aveux ! Car c’est justement à ça qu’on vous reconnaît : les autonomes sont ceux qui disent qu’ils ne le sont pas !” –––– Grâce à la finesse d’analyses comme celles d’Isabelle Mandraud et Caroline Monnot, il devient presque légitime d’arrêter toute la population, puisque :

- soit vous dites que vous êtes un autonome, donc vous revendiquez que vous l’êtes.

- soit vous dites que nous n’êtes pas un autonome, donc c’est bien la preuve que vous l’êtes.

La police et les médias viennent de découvrir (certes avec 2700 ans de retard), tous les usages répressifs que l’on pouvait faire du célèbre paradoxe du menteur (parfois attribué à Épiménide le Crétois : “Un homme disait qu’il était en train de mentir. Ce que l’homme disait est-il vrai ou faux ?”)

“Les “totos” sont loin d’être d’accord sur tout.”

À un tel degré de performance, le travail de terrorisme journalistique pourrait s’arrêter. Mais nous n’en sommes pourtant qu’au tout début. Faute d’essayer de comprendre qui sont ces autonomes qui n’existent pas, on va désormais prouver aux braves lecteurs du Monde pourquoi ils n’existent pas –––– ou plutôt, prouver que l’on a conscience au moins de ne pas savoir de quoi l’on parle :

« Tous les casseurs ne sont pas des autonomes et tous les autonomes ne sont pas des casseurs, mais certains le revendiquent (...) Les autonomes, les “totos”, sont loin d’être d’accord sur tout et de former un ensemble homogène. Cette nébuleuse compterait un millier de personnes en France. Impossible de les rattacher à une organisation structurée, de type parti ou syndicat, c’est une forme qu’ils rejettent. Difficile de les situer : ils haïssent la droite, la gauche et méprisent l’extrême gauche, ils refusent le label "ultragauche" qui pourrait leur correspondre le mieux. »

Mais pour définir une chose, pour conclure à la choséité de ce dont on parle, il faut trouver un point nécessairement commun à tous les objets que l’on classe dans un même ensemble. Quel est donc le point commun de nos autonomes ? Merveilleux syllogisme de nos journalistes : le point commun des autonomes, c’est qu’ils n’ont pas de point commun ! Ce qui donne, en quelques lignes, une liste d’attributs que l’on peut s’amuser à dresser ainsi :

- Les autonomes ne sont pas des casseurs.

- Les casseurs ne sont pas des autonomes.

- Les autonomes ne forment pas un ensemble, on ne peut les rattacher à aucune caractéristique précise.

- On ne saurait non plus les rattacher à un quelconque discours politique précis.

Mais alors, au juste, de qui et de quoi nous parle-t-on ? Patience ! Un début de réponse se trouve dans le paragraphe qui suit :

« La plupart des autonomes sont jeunes, très souvent étudiants. “Ils étaient lycéens en 2006 au moment du mouvement contre le CPE, puis, en 2007, lors de la LRU, ce qui a favorisé une radicalité”, souligne Jean-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo de Poitiers et animateur d’un collectif antirépression, qui a pu observer dans sa ville le parcours de quelques-uns de ses élèves. »

Stupéfiante découverte : cette mouvance qui menace l’ordre public en France, ce serait donc les élèves de Jean-François Chazerans, prof de philo dans un lycée de Poitiers ? Sérieusement ? S’il en faut aussi peu pour menacer les bases de la république qu’une année d’initiation en Terminale aux textes les plus simplissimes de Platon, Descartes, Rousseau, Sartre et Freud, on est saisi d’effroi devant les pieds d’argile de ladite république...

Bref, les autonomes ne sont pas structurés, nous a-t-on dit plus haut. C’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît. Ils ne sont pas structurés et ils n’ont pas un discours politique facile à identifier. Mais, à présent, l’article fait un virage à 180 degrés, et on lit avec étonnement :

« Ceux-là se sont structurés pendant les années Sarkozy, d’abord contre un ministre de l’intérieur honni, puis contre le même, devenu président de la République, qui, pour eux, incarne plus que d’autres l’ordre policier. Dans les jours qui ont suivi son élection, plusieurs voitures ont été incendiées, dont l’une devant le Fouquet’s, le restaurant où le chef de l’État avait fêté sa victoire... “La clique au pouvoir est en train de foutre en l’air tout ce qui peut faire encore la matière d’une existence digne d’être vécue”, justifie Barnabé. “Tant que la droite sera au pouvoir, ça ne peut que monter”, juge de son côté Sébastien Schifres, doctorant en sciences politiques et militant. »

Mais alors, ils sont donc structurés ? Et leur discours politique est identifiable (ils n’aiment pas Sarkozy !) –––– le lecteur est un peu perdu, et ce n’est pas la déclaration de Sébastien Schifres qui va le rassurer : “ça ne peut que monter” — ah bon ? ça ne peut que monter, mais quoi, ça ?

“Pour rédiger un communiqué,
ils se mettent à trente.”

Quelques éclaircissements vont pourtant nous être donnés. Si l’on ne comprend rien à cet article, à ces autonomes, à qui ils sont, à ce qu’ils font, à ce qu’ils pensent... c’est peut-être tout simplement lié à leur méthode de travail. En effet, la teneur assez hermétique de leurs revendications trouve peut-être son origine dans la façon dont ils écrivent leurs communiqués :

« Le père d’un militant autonome de Montreuil confirme : “La rhétorique est très importante. Pour rédiger un communiqué, ils se mettent à trente. Et puis ils votent.” »

Ici, tout s’éclaire –––– en une phrase, les journalistes ont trahi l’identité de leurs autonomes. Relisez bien : “Pour rédiger un communiqué, ils se mettent à trente.” La clé de l’énigme ne vous saute pas aux yeux ? Le chiffre 30, cela ne vous dit rien ? Réfléchissez...

Mais enfin, 30, c’est le nombre moyen d’élèves dans une classe de lycée ! J’avais donc mille fois raison de supposer que ces dangereux terroristes étaient bel et bien les élèves de Monsieur Chazerans, prof de philo dans un lycée de Poitiers !

Chazerans ou pas, essayez tout de même d’écrire un communiqué à trente. Si vous arrivez encore à faire entendre un discours cohérent, vous êtes assurément assez doué pour renverser le vieux monde. Ensuite, votez votre texte (mais votez sur quoi ? Le contenu du communiqué ? Mais alors, cela veut dire qu’on le rédige à nouveau –––– c’est peut-être cette procédure compliquée qui explique que Le Monde n’ait pas pu se procurer un seul communiqué pour étayer son enquête...)

“Une forme d’encerclement des villes
par les campagnes.”

« A sa façon, Tarnac est un autre îlot. C’est une ferme - et non un squat - en zone rurale, comme il en existe dans les Cévennes et en Ariège, où l’on s’écarte de la société marchande en faisant de l’autoproduction. “Une forme d’encerclement des villes par les campagnes”, s’amuse un ancien mao qui les fréquente. Une “utopie pirate”, une de ces “zones d’autonomie temporaire” échappant aux “arpenteurs de l’État”, comme le théorisait Hakim Bey, très lu à la fin des années 1990 dans le milieu. »

S’il est surprenant de lire que les campagnes de France ne sont désormais plus sous l’autorité de l’État, il est amusant d’apprendre que le militantisme radical consiste aujourd’hui à encercler les villes par les campagnes. Car, jusqu’à preuve du contraire, toutes les villes du monde ayant toujours été encerclées par des campagnes (à l’exception de quelques rares exemples de campagnes encerclées par les villes –––– à savoir les jardins publics !), on se demande pourquoi l’insurrection tarde tant à venir.

Cela étant dit, que les fermiers et tous ceux qui vivent à la campagne pardonnent au Monde, les voici transformés par nos journalistes apprentis-sorciers en pirates, corsaires, flibustiers écumeurs des réseaux de subversion rhizomique ! Mais enfin, nous aurons au moins appris quelque chose, le concept de "Zone Autonome Temporaire", qui intriguait nombre d’esprits rationnels pour la bonne raison qu’il ne signifiait rien de précis, vient de nous être expliqué avec précision, les T.A.Z, ce sont en fait les Zones de revitalisation rurale, ces ensembles de communes reconnues comme fragiles et bénéficiant à ce titre d’aides fiscales ! [1]

“Le collectif n’en pense rien.”

Ici, il faut marquer une pause et se demander : par quelles méthodes, sans doute fort élaborées, par quelles techniques d’infiltration et d’investigation dont elles doivent avoir le secret, Isabelle Mandraud et Caroline Monnot ont pu se procurer autant d’informations sensibles ? Nos journalistes du Monde lèvent un coin de voile :

« On demande à discuter avec un autonome, il vient rarement seul. A Poitiers, après deux mois de négociations et plusieurs intermédiaires, Le Monde en rencontrera six autour d’une table, après qu’ils ont débattu entre eux du principe du rendez-vous. A une question sur la signification de tags, la réponse fusera : “Le collectif n’en pense rien.” »

Ce qui a du donner, concrètement, quelque chose comme ça :

— Allô, je suis bien chez les autonomes ?

— Non, nous n’existons pas.

— Ah ! parfait, c’est bien vous que je cherchais ! Nous voudrions faire une enquête sur vous pour le journal Le Monde...

— Attendez, je dois consulter mes 29 collègues et demander à mon ancien prof de philo ce qu’il en pense et je vous rappelle, d’accord ?

Deux mois plus tard :

— Allô ? Oui, c’est nous les autonomes, euh... vous nous aviez téléphoné il y a deux mois pour faire une enquête...

— Ah, euh... ah oui, ça y est ! Alors vous êtes d’accord pour répondre à nos questions ?

— Non, nous acceptons de vous rencontrer mais nous ne répondrons pas à vos questions. Nos conditions sont les suivantes — et pas d’embrouilles, sinon on disparaitra dans la nature sans laisser de traces — donc on veut...

— Quoi ? Un hélicoptère ? –––– des armes ? –––– de l’argent ?

— Euh, non, le collectif veut qu’on discute autour d’une table. Vous entendez, pas d’embrouilles, hein ? Pas de canapé, pas de bar, pas de resto, pas de pique-nique, on exige d’être assis autour d’une table !

— Bon... bon... c’est louche de s’asseoir à une table pour une interview, mais enfin, puisque ce sont vos conditions, on accepte.

Bref, après cette rencontre si difficilement négociée, les journalistes repartiront avec des précieuses révélations pour alimenter leur article. Notamment :

« Les “insurrectionnalistes” mettent l’accent sur la théorie du chaos et les vertus de l’émeute. “Moi, je vis là-dedans, dans l’insurrection permanente”, explique Pascal qui était, entre autres, présent à Poitiers et à Strasbourg. “Nous, ce qu’on veut, c’est qu’il y ait un mouvement unitaire, que les gens viennent et que cela débouche sur une révolte.” »

Ici, une explication s’impose pour les non-scientifiques. En effet, nous venons d’apprendre les insurrectionnalistes (ceux qui disaient plus haut collectivement qu’ils “ne pensaient rien”) mettent toutefois l’accent sur leur goût pour la théorie du chaos. Tout le monde n’étant pas familier avec cette complexe théorie physique, nous nous permettons de renvoyer nos lecteurs vers l’article de Wikipédia sur le sujet. [2] Après s’être dégrossi, notre lecteur se demandera sans doute quel est le rapport de la théorie du chaos avec les vertus de l’émeute et de l’insurrection ? Cela reste un mystère cabalistique dont on trouvera peut-être la clé dans une formule hébraïque ou latine :

« A l’intérieur de ces deux grandes familles, certains sont plutôt “lutte de classes”, d’autres plutôt “autonomie désirante”. Des nuances difficiles à saisir pour le non-initié. (...) Le tag latin “Onmnia sunt communia” (“Tout est commun”) remarqué sur le baptistère de Poitiers, entraîne ce commentaire amusé d’un autonome : “C’est forcément un tiqqunien pour écrire un truc comme ça !” La citation est érudite : elle se réfère à... Thomas Müntzer, un dissident luthérien qui guida sous cette bannière la révolte des paysans allemands au XVIe siècle. »

Astrophysiciens, latinistes, philosophes... ces autonomes sont des génies prodigieusement doués. Des intelligences supérieures. C’est peut-être ce qui leur permet de faire de telles actions-commando dignes des meilleurs services secrets, et de disparaitre ensuite dans la nature sans laisser de traces (alors que quiconque a un peu fréquenté les anarchistes savent qu’ils seraient relativement mal à l’aise dans ce genre d’opération militaire. Et ils risqueraient de laisser des traces : papier à cigarettes OCB, autocollants ou tracts...). C’est sans doute leur grande polyvalence dans les exercices de haut-vol scientifiques qui explique que nos autonomes n’ont pas besoin de beaucoup se préparer pour leurs opérations coup-de-poing :

« Il y a un minimum de préparation lors de certaines manifestations. Mais il n’y a pas de concertation globale : “Ça, c’est un fantasme de flic.” “T’apprends que tel groupe va bouger, bon, tu te dis qu’il va y avoir du monde, mais on ne sait jamais ce que font les autres, raconte-t-il. Chacun vient avec son truc, on prévient ou pas.” Son truc ? Du matériel, tels que des fumigènes, des cocktails, des barres, que chacun a pris soin de disposer à l’avance dans des caches le long de l’itinéraire prévu. “Il sert, ou pas. Ça dépend de l’ambiance. Il y a un côté adrénaline. C’est politique, mais il faut être honnête, on y trouve un certain charme.” Pascal a fait du Black Bloc, qui est une technique et non un groupe constitué de manière permanente comme souvent on le pense. “C’est appropriable par tout le monde”, souligne Barnabé, militant parisien. (...) Depuis Poitiers, où elle a été vivement critiquée, la police est à l’affût du moindre événement qui pourrait donner lieu à des actions d’éclat des autonomes. A ce titre, elle a porté une grande attention à la manifestation anticarcérale qui devait être organisée dimanche 8 novembre à Paris. »

Prêtez une attention toute particulière au paragraphe ci-dessus. Nous allons enfin savoir qui sont les autonomes, comment ils communiquent entre eux, comment ils se donnent des rendez-vous, se renseignent pour s’équiper, etc. Tous ceux qui s’intéressent à l’espionnage connaissent la fameuse technique dite “boîte aux lettres morte” : il s’agit d’un emplacement permettant à des agents secrets d’échanger des messages ou des objets sans avoir besoin de se rencontrer physiquement. Eh bien, voici dévoilé où se trouve la boîte aux lettres morte des autonomes : c’est tout simplement la « une » du quotidien Le Monde ! Qu’est-ce qu’ils sont forts, ces services secrets autonomes : ils ont infiltré les colonnes du plus grand quotidien de France. Ils y font passer en douce leurs messages (rendez-vous à la manif anticarcérale organisée demain dimanche 8 novembre à Paris ; apportez le matériel — fumigènes, des cocktails, des barres —, chacun amène son truc, ça servira ou pas, mais n’oubliez pas de bien planquer votre matos dans des caches le long de l’itinéraire prévu. C’est appropriable par tout le monde : les nouveaux-venus sont invités à participer à la fiesta ! il va y avoir de l’adrénaline !)

Vraiment, avec des autonomes services secrets aussi farceurs, on n’a pas fini de s’amuser, et l’on se dit que finalement, cette société de surveillance et de criminalisation a tout de même ses bons côtés.

Arsène Lupin

 


Notes

[1] Pour en savoir plus sur les Zones de revitalisation rurale.

[2] “La théorie du chaos” sur Wikipédia.



- Illustration de l’article : Yildune Levy superstar.

- Le papier du Monde peut être consulté en intégralité à cette adresse.




Le pti' + de PROBE, les anciens de la HVO:


qui maintenant se recyclent dans l'altermondialisme:



20:01 | Lien permanent | Commentaires (0) |

15/06/2009

Road to Serfdom 5

 

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Essais québécois - "Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie"
Edward Bernays, neveu de Freud et Machiavel de la propagande

Rousseau disait de Machiavel « qu’en feignant de donner des lois aux rois, il en a donné aux peuples ». Peut-on en dire autant de l’Américain Edward Bernays (1891-1995), ce double neveu de Sigmund Freud que Normand Baillargeon présente comme « l’un des principaux créateurs [...] de l’industrie des relations publiques » ? La question, à tout le moins, se pose à la lecture de son ouvrage de 1928 franchement intitulé Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie.

Dans cet ouvrage « de propagande en faveur de la propagande », selon la formule de Baillargeon, Bernays définit cette dernière comme « un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe ». Selon lui, cette technique est, par essence, amorale. Aussi, pour déterminer si son usage est un bien ou un mal, « il faut d’abord se prononcer, et sur le mérite de la cause qu’elle sert, et sur la justesse de l’information publiée ». Quand il apprendra, par exemple, que Goebbels se servait d’un de ses ouvrages pour orchestrer sa propagande contre les juifs, Bernays en sera scandalisé. Pour lui, la propagande est une réalité incontournable du monde moderne, mais elle doit être mise au service de l’intérêt commun.

Baillargeon rejette cette candeur. Il rappelle que les causes de la naissance de l’industrie de la propagande entachent déjà sa nature. Il s’agissait, précise-t-il, au début du XXe siècle, de sauver la réputation des trusts, affectée par des fraudes financières et des scandales politiques, et de justifier l’entrée en guerre des États-Unis en 1917. Dès leur apparition, donc, les relations publiques s’avèrent plus en phase avec la manipulation des masses au profit d’une élite qu’avec le souci de l’intérêt commun.

Après le premier conflit mondial, ajoute Baillargeon, naîtra « l’idée d’offrir la nouvelle expertise d’ingénierie sociale développée en temps de guerre aux clients susceptibles de se la payer en temps de paix — et donc d’abord aux entreprises, puis aux pouvoirs publics ». Cette expertise repose sur des savoirs empruntés surtout aux sciences sociales et se justifie, selon ses partisans, par une conception de la démocratie ouvertement paternaliste.

Impulsion, habitude, émotion

Bernays adhère à l’idée que la mentalité collective n’est pas guidée par la pensée mais « par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion ». Selon lui, « la vapeur qui fait tourner la machine sociale, ce sont les désirs humains » et, pour cette raison, « ce n’est qu’en s’attachant à les sonder que le propagandiste parviendra à contrôler ce vaste mécanisme aux pièces mal emboîtées que forme la société moderne ».

Bernays multiplie les professions de foi démocratique, mais sa conception de la démocratie s’apparente plutôt, en fait, à du despotisme éclairé. Ainsi, avec une rare impudeur, il affirme que, le monde moderne étant complexe et traversé par une foule d’influences et d’intérêts divers, la démocratie a besoin d’un « gouvernement invisible », composé « d’une minorité d’individus intelligents », dont le mandat est « de passer les informations au crible pour mettre en lumière le problème principal, afin de ramener le choix à des proportions réalistes ». Ces « chefs invisibles » doivent donc, grâce à la propagande, « organiser le chaos » pour éviter « que la confusion ne s’installe ».

La démocratie à la Bernays, on le voit, a de forts relents de Big Brother. Ce qui, au fond, la distingue de la dictature, c’est son souci d’imposer des comportements non par la force et la répression, mais par la fabrication du consentement. Bernays, qui ne s’en cache pas, l’écrit noir sur blanc. Nous pourrions, suggère-t-il, procéder par la nomination d’un comité de sages qui nous dicterait nos comportements, mais mieux vaut « la concurrence ouverte ». Appréciez la définition de son idéal démocratique : « Il n’en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l’intérêt égoïste avec l’intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer. »

Ne pas être dupe

On peut, bien sûr, on doit, même, se scandaliser d’un tel programme. C’est d’ailleurs ce que fait Normand Baillargeon dans sa solide présentation de cet ouvrage en rappelant que les propositions de Bernays contredisent l’idéal démocratique moderne. À l’éthique de la discussion rationnelle, elles opposent « une persuasion a-rationnelle » ; à la vertu de l’honnêteté et au droit à l’information, elles opposent la manipulation et « l’occultation de données pertinentes » ; à la participation du plus grand nombre et à l’intérêt vraiment commun, elles opposent le privilège de la « minorité intelligente » de définir l’intérêt commun en fonction des siens. Bernays a beau multiplier les appels en faveur de l’honnêteté et contre l’usage d’arguments fallacieux dans la propagande, on découvre toutefois rapidement qu’il souffle le chaud et le froid quand on lit, sous sa plume, qu’il importe de faire éprouver à l’opinion « l’impression voulue, le plus souvent à son insu », et que notre démocratie « doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider ». Comme disait l’autre, ils veulent notre bien et ils vont l’avoir.

On peut, donc, se scandaliser, mais il faut néanmoins reconnaître que, quoi qu’en dise la propagande, justement, c’est souvent ainsi que nos démocraties fonctionnent. Bernays, sur un point, a raison : la propagande est là pour de bon. Il s’agit de n’en être pas dupe et, pour cela, de développer inlassablement deux outils dignes de l’idéal démocratique non détourné : une école gratuite qui enseigne de solides rudiments d’esprit critique et un journalisme indépendant de qualité. Cela a l’air peu, mais ce peut être beaucoup.

louisco@sympatico.ca

***

Propaganda - Comment manipuler l’opinion en démocratie

Edward Bernays

Traduit de l’anglais par Oristelle Bonis

Présentation de Normand Baillargeon

Lux

Montréal, 2008, 168 pages

 

 

 

 

 

 

Louis Cornellier
Le Devoir
samedi 2 février 2008

 

 

08:56 | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/05/2009

SNCF vs RFF ou la création d'un terrorisme d'utilité public ?

SNCF et RFF, l’usine à gaz des voies ferrées

Rouille / jeudi 17 avril 2008 par Nicolas Beau
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La Cour des Comptes dénonce dans un rapport, le 16 avril, le fonctionnement de « Réseau ferré de France » (RFF), chargé de gérer les infrastructures ferroviaires exploitées par la SNCF ? Pas très nouveau. En 2002 déjà, la Cour pondait un rapport confidentiel au vitriol sur l’état désastreux des voies. Depuis, rien n’a changé.

La Cour des Comptes dénonce dans un rapport, le 16 avril, le fonctionnement de « Réseau ferré de France » (RFF), chargé de gérer les infrastructures ferroviaires exploitées par la SNCF ? Pas très nouveau. En 2002 déjà, la Cour pondait un rapport confidentiel au vitriol sur l’état désastreux des voies. Depuis, rien n’a changé.

Qui écrivait, en 2002, que les rapports entre la SNCF et RFF manquaient « de perspectives claires à moyen terme » ? Qui expliquait qu’ « aucun objectif de rentabilité et d’optimisation » n’avait été fixé à ces deux entités. Qui dénonçait l’espèce de gosplan soviétique « peu transparent » imaginé par l’Etat pour rééquilibrer artificiellement les finances des chemins de fer ?

Et bien, voici six ans, les magistrats de la Cour des Comptes dénonçaient déja, à peu près dans les termes d’aujourd’hui, les relations absurdes entre la SNCF et RFF.

A l’époque, le rapport de la Cour des Comptes n’avait pas été rendu public. Mais le diagnostic était rigoureusement le même : mauvais entretien des voies ferrées, impossibilité pour RFF de financer les rénovations nécessaires. Personne pour s’en émouvoir. Les rapports de la Cour des Comptes n’étaient pas distribués à l’époque aux administrateurs de la SNCF, qui est pourtant une entreprise publique. Les patrons d’alors de la SNCF, Louis Gallois en tète, n’ont jamais montré un très vif intérêt pour les rapports si fastidieux de la Cour des Comptes. Et ils ont eu bien tort !

Tour de passe-passe

En 1997 donc, on a confié à un Etablissement public industriel et commercial, RFF, la propriété et l’entretien des voies. Avec, en prime, la gestion de la dette colossale de l’entreprise ferroviaire. De jolis cadeaux empoisonnés.

Depuis, des « péages » sont versés par la SNCF. Laquelle utilise des voies ferrrées qui ne lui appartiennent plus. Seulement, RFF n’assure pas lui-même l’entretien des voies, mais confie l’essentiel ces taches, par délégation, à des cheminots de la SNCF. Moyennant évidemment une facture salée. Ainsi, par ce tour de passe passe, la SNCF reprend ainsi à RFF par la main gauche ce « qu’elle vient de lui donner par la main droite. Autant de rémunérations croisées, dont le montant est fixé par l’Etat. Et RFF ne peut naturellement pas mettre en concurrence la SNCF avec des grandes entreprises de travaux publics. « Pas de vagues ». Généralement, l’Etat tranche sur le plan financier en faveur de la SNCF. Avec, pour RFF, un manque à gagner annuel de 300 à 400 millions d’euros.

La moitié du réseau entretenu

Un peu partout, des voyageurs s’étonnent. Pourquoi certains convois ralentissent sur des dizaines de kilomètres. La SNCF incrimine la chaleur, le froid, les feuilles mortes. Tu parles ! Tout simplement, les ballasts n’ont pas été changés à temps, certains postes de commande sont à bout de souffle. Dès 2002, les responsables de RFF écrivaient, dans une note confidentielle, que seulement 15 000 kilomètres de voies ferrées, soit la moitié du réseau, étaient entretenus. Un audit du réseau, réalisé en 2005, confirmait ces chiffres, « en raison d’une maintenance inadéquate », comme le répète le rapport rendu public hier (voir encadré ci-dessous). Il précise que « la dégradation du réseau impose des ralentissements permanents des trains pour raisons de sécurité » qui concernaient 1 300 km de lignes fin 2006 !

En 2002, lorsque la Cour des Comptes s’inquiétait déjà de l’état désastreux des voies ferrées, le numéro deux de la SNCF s’appelait Guillaume Pepy. Socialiste « rose » à l’époque, Pepy est aujourd’hui le patron de la SNCF, tendance libéral social. Le changement dans la continuité.

Un audit déplorait un réseau en lambeaux

Extrait édifiant du rapport d’avril 2008 de la cour des Comptes :

« Le réseau ferré national comprend 29 800 km de lignes en service dont 1 800 km de lignes à grande vitesse (LGV), 7 400 km d’autres lignes classées dans les catégories 1 à 4 de l’union internationale des chemins de fer (UIC), 7 000 km dans les catégories 5 et 6 et 13 600 km dans les catégories 7 à 9. Ce classement, souvent utilisé pour apprécier la politique de maintenance, distingue les lignes selon l’importance et la nature du trafic, la première catégorie correspondant aux plus chargées.

L’état physique de ce réseau a fait l’objet en 2005 d’un audit confié par la SNCF et RFF à une équipe d’experts dirigée par le professeur Rivier de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Son rapport a été remis en septembre 2005 et dresse un bilan inquiétant de l’état de l’infrastructure ferroviaire. Ce constat n’était cependant pas particulièrement surprenant, car il corrobore largement les analyses faites depuis longtemps par RFF et la SNCF.

Il apparaît que les voies et appareils de voies sont en général dans un « bon état » pour les LGV et les lignes UIC 1 à 4, dans un état « bon à moyen » pour les lignes UIC 5 et 6, dans un « mauvais état » pour les lignes UIC 7 à 9. Le matériel de celles-ci est « en moyenne tellement dégradé que la géométrie de la voie ne se maintient qu’au prix d’interventions de stabilisation (bourrage) d’une fréquence supérieure d’un facteur 5 à 10 à celle constatée sur d’autres réseau européens ». Aucun renouvellement des voies UIC 7 à 9 n’a eu lieu de 1987 à 2005. Leur âge moyen a augmenté de 10 à 12 ans en 16 ans. »

 

La SNCF invente les retards de 9 heures

RAIL / samedi 19 avril 2008 par Laurent Léger

Des voyageurs ont quitté Londres vers 21h vendredi soir 18 avril. Après deux changements de train dus à des problèmes techniques et un transfert en rase campagne, ils sont enfin arrivés à Paris à 9h15 ce samedi. Comme les rails ne valent pas mieux que les turbines de la SNCF, « Bakchich » ne résiste à vous faire relire les conclusions d’un rapport sur l’état calamiteux des voies ferrées, publié il y a quelques jours. Brûlant d’actualité !

Cette nuit, les 640 pauvres voyageurs ont d’abord évacué leur train saisi d’une panne irrémédiable à Lille et pris un deuxième train. Ce dernier tombe également en panne, en rase campagne. Il n’y a pas eu d’incident mais la police et les pompiers étaient prêts. Au cas où.

Un troisième train est parti à vide de Paris à la rescousse des passagers vers 3h du matin et est arrivé vers 4h30 sur place. Après le transfert des passagers, le nouveau train a repris le trajet normal, arrivant Gare du Nord, à Paris, vers 9h. Avec juste 9 heures de retard. Du jamais vu…

La directrice Voyages France-Europe de la SNCF, Mireille Faugère, consenti quelques excuses et regretté la « galère » des 650 passagers, l’expliquant par « la malchance et une série de cafouillages techniques ». Une enquête a été diligentée en urgence et le rapport sera remis dans les 48 heures au secrétaire d’État chargé des Transports.

Bon, les rails ne valent pas mieux que l’état des turbines. Bakchich ne résiste à vous faire relire les conclusions d’un rapport sur l’état calamiteux des voies ferrées, publié il y a quelques jours. Brûlant d’actualité !

SNCF et RFF, l’usine à gaz des voies ferrées

La Cour des Comptes dénonce dans un rapport, le 16 avril, le fonctionnement de « Réseau ferré de France » (RFF), chargé de gérer les infrastructures ferroviaires exploitées par la SNCF ? Pas très nouveau. En 2002 déjà, la Cour pondait un rapport confidentiel au vitriol sur l’état désastreux des voies. Depuis, rien n’a changé.

 

Grève du 8 novembre : prévisions de trafic:
En raison d’un mouvement social national, le trafic sera perturbé du mardi 7 novembre 20h00 au jeudi 9 novembre 08h00. Voici les premières prévisions de trafic pour la nuit de mardi 7 à mercredi 8 novembre.

Articles liés - Edition spéciale sur Web Trains - Les prévisions de trafic sur Web Trains - Réservez un billet IDTGV

Dans la nuit du 7 au 8 novembre, le trafic TGV sera normal.

Le trafic Corail ne sera assuré dans la nuit que dans le nord de la France. A noté les trains Corails supprimés :
- le Corail 12343 Paris gare du Nord 19h37 Maubeuge 21h37 aura pour terminus Aulnoye à 21h25.
- le Corail 3661 Paris 17h30 / Cahors 22h42 a pour terminus Brive à 21h30 + autocars de Brive à Cahors.
- le Corail 3917 Paris 19h01 / Montluçon 22h40 a pour terminus Bourges à 20h57 + autocars.
- le Corail 3709 Paris 20h47 / Châteauroux 23h01 a pour terminus Vierzon à 22h26 + autocars.
- le Corail 160 Milan 15h10 Nice 19h58 qui sera terminus à Vintimille à 19h22.

Au niveau des Corails internationaux, le trafic sera assuré dans la nuit. Mais attention, es trains internationaux 468 Bâle 01h05 / Paris Est 06h47 et 469 Paris Est 22h43 / Bâle 04h50 sont supprimés. De même, le Talgo 460 Carthagène 8h40 Montpellier 21h09 est supprimé.

Le service Elipsos (France/Espagne) est assuré, mais les trains 272/3 Barcelone 20h40 / Zurich 09h32 et le 370/1 Madrid 22h00 / Cerbère 10h38 sont supprimés.



Suite à un mouvement de grève parmi les conducteurs SNCF, de fortes perturbations sont pévues sur les lignes ferroviaires à partir de mercredi 5 novembre 2008 dans la soirée jusqu’à vendredi 7 novembre dans la matinée:

*

TGV internationaux: peu de perturbations sauf au niveau des Thalys Belgique, dans les deux sens
*

TGV Est et Nord: peu de perturbations prévues
*

TGV Atlantique: 50% des trains seront annulés
*

TGV Sud-Est: 25% des trains seront annulés
*

TGV Province/province: 35% des trains seront annulés
*

Corail: 50% des trains vers Clermont-Ferrand, Limoges et Toulouse ainsi que les lignes Intecités seront supprimés


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Ou : il est plus facile de maintenir Julien Coupat (le présumé chef de la « cellule invisible » sera-t-il libéré cet après-midi ?) que de régler les problèmes du réseau ferré…

[retour sur un article toujours d’actualité de Rue 89 en septembre dernier. Faut-il rappeler que la course à la rentabilité imposée à la SNCF, la division de celle-ci entre opérateur et gestionnaire d’infrastructure- SNCF et RFF-est le résultat de la construction, via l’Europe libérale, d’une économie où tout est régi par le marché, la fameuse « concurrence libre et non faussée » des traités européens ?]

 

Lu sur http://www.rue89.com/explicateur/2008/09/22/pourquoi-letat-du-reseau-ferre-sest-il-degrade?page=1

En lançant un grand diagnostic, la SNCF a reconnu le besoin d'une "vigilance accrue" sur le matériel et le réseau. Explications.

Une vaste "opération nationale de diagnostic du système caténaire-pantographe", prévue jusqu'à fin septembre, voire au-delà. Plus de 1 500 agents mobilisés, 10 000 km de tournées d'inspection à pied...

Mais pourquoi la SNCF a-t-elle besoin de diagnostiquer du matériel et un réseau qu'elle utilise et entretient au quotidien, et devrait donc bien connaître -même si le réseau appartient depuis 1997 à une entité différente, Réseau ferré de France (RFF) ?

  • Pour rassurer les clients, échaudés par l'augmentation des retards et par des incidents de plus en plus spectaculaires.
  • Pour adapter la surveillance de son réseau à l'augmentation du trafic, alors même qu'elle réduit ses effectifs et réorganise les visites de contrôle.
  • Pour remettre à plat les rapports SNCF-RFF, qui plombent manifestement l'efficacité du système de transports.

Des incidents de plus en plus gênants.

Rue89 a recensé une quinzaine d'incidents liés à l'infrastructure ou au matériel depuis la mi-juillet (décompte non exhaustif, basé sur les faits relatés dans les médias).

De son côté, la SNCF annonce un chiffre de 253 incidents "liés à l'infrastructure" de début 2008 jusqu'à fin août, contre 369 sur l'année 2007, 391 en 2006 et 376 en 2005. "Chiffre stable", annonce donc la direction.

  • 37,3% des incidents sont liés à l'infrastructure (le réseau, dont les caténaires)
  • 26,1% au matériel et traction (dont les pantographes)
  • Le reste étant attribué aux intempéries et à la malveillance. Et, pour près de 14%, "de cause indéterminée".

Autant d'incidents avec plus de trains : plus de voyageurs touchés

La SNCF ne communique qu'au coup par coup sur les conséquences en termes de retard. L'ennui, c'est que certains incidents sont désastreux en terme d'image. Ce fut le cas de ceux d'Aubagne (le 17 août) et de Montparnasse (le 5 septembre). Deux scénarios du pire : départ ou retour de week-end, dont celui du 15 août ; lignes très chargées pendant les vacances ; et lignes à grande vitesse, la vitrine de la maison, la plus lucrative aussi.

Résultat : 20 000 personnes retardées à Montparnasse, 3 000 personnes à Aubagne, sur 82 trains grandes lignes...

Les chiffres d'incidents sont stables. Mais le syndicaliste Michel Duhau, secrétaire national CGT-Cheminots en charge de l'équipement, rappelle l'évidence :

"Les chiffres peuvent être stables ou même en baisse, comme il y a plus de trains, un incident touche plus de voyageurs et provoque plus de minutes perdues."

Pour Guillaume Beaucheron, de FO, "il n'y a pas beaucoup plus d'incidents, mais ils sont plus visibles car plus lourds. Les incidents s'aggravent."

Des retards en augmentation

Guillaume Pépy, le président de la SNCF, parle d'une augmentation du trafic de 15% ces quatre dernières années. Impossible d'obtenir une idée des conséquences de cette augmentation en terme de retards. La SNCF n'a pas répondu à nos demandes de confirmation du chiffre avancé par Libération : 79% de trains grandes lignes à l'heure en juillet 2008, au lieu de 84% normalement. Aucun chiffre pour le mois d'août non plus.

On peut donc se référer au rapport remis en avril par la Cour des comptes, qui effectue cette comparaison :

"Entre les années 1993-1997 et les années 2002-2006, le pourcentage de trains de voyageurs en retard a augmenté de 31 à 37 % selon le type de trafic."

Moins d'effectifs, moins de contrôles, mais "plus ciblés".

Ces dernières années, la SNCF a "rationalisé" sa gestion. Elle a supprimé une partie de ses effectifs de maintenance, et réorganisé ses dispositifs de contrôle.

Au niveau national, les agents chargés de la maintenance et de l'équipement sont passés de 29 364 à 20 626 entre 1992 et 2006, selon la CGT. Toujours selon ce syndicat, les objectifs de recrutement ne sont pas suivis : "Alors qu'au plan national, la filière équipement affiche 870 autorisations de recrutement pour 2008, seuls 237 recrutements effectifs ont été menés en 9 mois."

Les syndicats dénoncent aussi le recours à des entreprises privées qui, à les croire, oblige parfois les agents SNCF a repasser derrière des ouvriers pressés par des délais trop tendus.

"C'est vrai, les effectifs ont diminué", reconnaît Bernard Schaer, directeur délégué à la maintenance et aux travaux au sein de SNCF-Infra (qui gère l'infrastructure, et non le matériel). "Pour les caténaristes, on est passé de 2286 en 2006 à 2185 aujourd'hui. Mais dans le même temps, nous avons mis en service de nouveaux engins de mesure et de contrôle." Comme le TGV Iris 320, qui prend des mesures à grande vitesse.

Selon la CGT, une "politique du risque calculé"

N'empêche : pour les syndicats, l'efficacité des contrôles diminue. Michel Duhau (CGT) dénonce "l'espacement des pas de visite". Yannick Tizon, de la CGT-Rennes, cite l'exemple des révisions périodiques (surveillance et remplacement) de Rennes-Saint-Malo : "Avant 2000, on en faisait tous les quatre ans. Aujourd'hui, c'est tous les douze ans."

Les syndicats ont aussi l'impression que la direction, toute à ses soucis de "productivité", prête une oreille moins attentive aux signalements. Ce qui permettait à Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT, d'écrire ceci à Guillaume Pépy, début septembre, après l'incident de Montparnasse :

"Les cheminots [...] ont alerté leur hiérarchie ces derniers mois sur une usure prématurée sur certaines caténaires en suggérant que l'on anticipe leur renouvellement."

Michel Duhau n'hésite pas à parler de "politique du risque calculé" : "Il y a désormais des seuils de tolérance, on attend un peu pour intervenir d'un seul coup sur plusieurs endroits, car ça coûte moins cher." Cependant, "si cela impacte la sécurité, le matériel est immobilisé."

Pour la Cour des comptes, "un réseau inégalement entretenu"

Pour Guillaume Beaucheron, "à force de ne plus avoir de retour de leur hiérarchie quand ils signalent un incident, les conducteurs ne signalent plus."

La direction rejette ces arguments. Bernard Schaer :

"C'est faux, on ne néglige pas. On adapte la surveillance en fonction de la sensibilité des installations par rapport au trafic, on cherche à mieux cibler. En 2008, on a injecté 5 millions d'euros supplémentaires dans le matériel."

Cette année, le montant total alloué à l'entretien et à la régénération des caténaires s'élévera à 191,1 millions d'euros (143,3 pour l'entretien et 47,8 pour la régénération).

Selon le rapport de la Cour des comptes, "la France fait un effort budgétaire inférieur à celui des autres pays pour maintenir son réseau". Et le fait qu'elle consacre plus de moyens à l'entretien qu'au renouvellement est logiquement jugé "défavorable à la pérennité du patrimoine". Au final, la Cour consacre 25 pages à "un réseau inégalement entretenu et des investissements discutables".

Le binôme SNCF-RFF complique la situation.

Depuis 1997, le réseau ferré est géré par une entité différente du ou des opérateurs qui l'utilisent, en vertu d'une directive européenne de 1991. Mais RFF, qui n'a pas les moyens humains d'entretenir l'infrastructure -des syndicats de la SNCF ayant refusé le transfert des effectifs Infra à RFF-, verse une enveloppe à SNCF pour qu'elle le fasse : 11 milliards d'euros pour 2007-2011.

En résumé, la SNCF entretien le réseau avec l'argent de RFF, mais finance elle-même la maintenance de son matériel. Le fait que le contact caténaire-pantographe soit aussi celui de deux sociétés différentes est loin de simplifier la situation.

Le rapport de la Cour des comptes détaille sur des dizaines de pages les problèmes que cause ce ménage forcé et "confus", qui rend notamment la "maîtrise d'ouvrage difficile à assurer" (titre d'un sous-chapitre de 10 pages...)

Un moment-clé dans le bras de fer SNCF-RFF

Pour les syndicats comme pour la direction de la SNCF, la somme allouée est insuffisante. C'est d'ailleurs une des raisons du fameux diagnostic, si l'on décrypte ce que dit le dirigeant de SNCF-Infra Bernard Schaer : "Présenter à RFF une politique d'entretien et de rénovation." Accompagnée d'une facture plus conséquente ?

L'ensemble des acteurs du secteur attend donc avec impatience le rapport du sénateur UMP Hubert Haenel (qui n'a pas donné suite à notre demande d'entretien), prévu pour mi-octobre -juste après les premières conclusions du diagnostic. Il y fait le bilan de la loi de 1997, qui a créé RFF.

De leur côté, les syndicats -dont certains demandent l'abrogation de cette loi de 1997- demandent à la direction la tenue d'une table ronde "sur la stratégie de l'entreprise".

Augustin Scalbert, avec Niels Goumy

 

 

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