Avertir le modérateur

09/09/2011

Namaste - Massoud

http://s1.e-monsite.com/2010/06/08/01/resize_550_550//massoud_ponfilly.jpg

Afghanistan. L'héritage du commandant Massoud

9 septembre 2011 -

Le monde a actuellement les yeux tournés vers les États-Unis qui s'apprêtent à commémorer les dix ans des attentats du11-Septembre. Loin de New York, en Afghanistan, un Breton, Ashmat Froz, se recueillera et se souviendra d'un autre triste anniversaire: celui des dix ans de l'assassinat du commandant Massoud. C'était un 9 septembre....

«En septembre 2001, al-Qaïda a visé deux symboles: les tours et le commandant Massoud. Leur but était d'attirer les États-Unis en Afghanistan et de s'assurer qu'ils ne recevraient pas l'appui de l'Alliance du nord qui s'était constituée autour de Massoud». Dans sa demeure rennaise, Ashmat Froz conserve avec dévotion la mémoire du lion du Panshir, assassiné le 9septembre 2001, par deux terroristes tunisiens se faisant passer pour des journalistes. «J'étais avec Massoud trois semaines avant son assassinat. Il en était certain: Ben Laden allait frapper aux quatre coins du monde et c'était un piège monté par le Pakistan. À présent qu'on sait où se terrait Ben Landen, c'est difficile pour le Pakistan et ses services secrets, l'ISI, de se cacher».

La légende demeure

Il y a quelques jours, Ashmat Froz a quitté la Bretagne pour se rendre sur la terre de ses ancêtres. Aujourd'hui, en compagnie de milliers d'Afghans, il se recueillera dans la vallée du Panshir, à une centaine de kilomètres au nord de Kaboul, sur la tombe d'Ahmad Shah Massoud, non loin du mausolée en construction. Ce sera le prélude à une semaine de célébrations. «En Afghanistan, les photos de Massoud sont présentes partout, sur les murs, dans les commerces... L'héritage du commandant n'est pas mort. Des gens qui étaient très proches de lui sont aujourd'hui au gouvernement, comme le ministre de l'Intérieur, Bismillah, son ancien bras droit. Massoud est devenu un repère pour nous». D'un homme qui se battait contre l'envahisseur, l'image de Massoud a évolué vers une figure de légende, un mythe qu'on évoque pour se redonner du courage dans les heures noires. «Comment se fait-il que Massoud combattait seul les talibans et qu'aujourd'hui, avec l'aide du monde entier, on n'y arrive pas?», demande celui qui partage sa vie entre l'Afghanistan et la Bretagne depuis trente-cinqans. «J'ai bénéficié d'une bourse du gouvernement français pour faire mes études d'architecture àRennes». L'architecte, qui construit ici et là-bas, a exercé son art de bâtir auprès de Massoud. «Mon rôle était de réaliser les projets qu'il esquissait lors des nuits de veille», se remémore l'ancien représentant en France du commandant. «Quand les islamistes ont pris le pouvoir, j'ai accompagné des politiques français pour rencontrer Massoud. On fréquentait le même lycée et on habitait le même quartier. Quand les Russes sont entrés en Afghanistan, il a pris le chemin de la résistance. Massoud n'était pas un homme de guerre mais il n'avait pas d'autres choix que de la faire pour ramener la paix».

Un bâtisseur

Ashmat Froz a connu un autre Massoud, différent du chef de guerre portant l'AK 47 en bandoulière. Lui se rappelle d'un homme amoureux de la poésie, un esthète et un architecte d'un pays sans cesse à reconstruire. «C'était un bâtisseur qui rêvait des plans de villes idéales». Avec son association Afghanistan-Bretagne, Ashmat milite pour un développement économique de son pays d'enfance. «On sait que les Américains cherchent à installer des bases permanentes. Il y a quelques semaines, j'étais à Kaboul lors du passage de Nicolas Sarkozy à l'ambassade. Il me confirmait que la France retirerait ses troupes mais d'une manière progressive et en tenant compte de la situation». L'architecte est inquiet: «Si le pays ne se développe pas, l'Afghanistan reviendra vers le terrorisme. Mais la solution n'est pas militaire. La politique de Massoud était très simple: il responsabilisait les locaux, village après village. Il agissait autant sur le militaire que l'économique. La seule façon de lutter contre les talibans, c'est d'aider la population à se hisser vers le haut grâce à l'économie». Et le meilleur moyen de rendre hommage au lion du Panshir.

Gwen Rastoll

piqué au tas sur www.letelegramme.com

«J'étais à côté de la bombe qui a tué Massoud»«J'étais à côté de la bombe qui a tué Massoud»

Deux jours avant les attentats aux Etats-Unis, Massoud a été assassiné en Afghanistan. À plusieurs reprises, il avait attiré l'attention de la communauté internationale sur le danger représenté par Ben Laden.

Le 9 septembre 2001, le journaliste afghan Fahim Dashty était à moins d'un mètre de la bombe qui a tué le commandant Ahmad Shah Massoud, alors chef de la résistance contre les talibans, mais il fut l'un des derniers à apprendre sa mort.

Ce jour-là, Massoud, ultime chef militaire à empêcher les talibans, alors maîtres d'environ 95% du territoire, de contrôler l'ensemble de l'Afghanistan, est dans l'un de ses QG du nord-est, à Khwaja Bahauddin. Sur place, deux prétendus journalistes arabes, qui ont rejoint les lignes de Massoud depuis 22 jours, sollicitent une interview filmée. «Ils étaient très pressés, ils demandaient deux à trois fois par jour» à le rencontrer, se souvient Fahim Dashty, qui les côtoya neuf jours.

Vers midi, l'interview est enfin accordée. Fahim Dashty se joint à eux. Après avoir écrit entre 1993 et 1996 dans le «Kabul Weekly», fondé par Massoud, il archive en vidéo toutes les activités du héros de la résistance anti-soviétique.

Dans la pièce, Massoud est là. A sa droite, Massoud Khalili, un de ses principaux conseillers et amis. «Tout le monde se salue normalement, chacun s'assoie. Khalili traduit», raconte Fahim Dashty. A la demande de Massoud, surnommé le «Lion du Panchir», les deux Arabes égrènent les questions qu'ils prévoient de poser.

«Pourquoi dites-vous qu’Oussama est un terroriste?»

«Ils avaient une quinzaine de questions, la plupart concernant les talibans et Oussama ben Laden. Du genre : si vous conquérez l'Afghanistan, qu'allez-vous faire d'Oussama?, Pourquoi qualifiez-vous Oussama et les talibans de terroristes?», se rappelle Fahim Dashty.

Pendant ce temps, ce dernier cherche le meilleur angle pour filmer et choisit de s'asseoir juste en retrait du caméraman arabe, placé à 2,50 m devant Massoud. «La lumière d'arrière-plan était très mauvaise, je me mets à régler ma caméra, ça m'occupe 20-30 secondes et j'entends soudain le bruit d'une explosion; comme un ballon qui explose, ce n'était pas très fort; puis je sens que mes mains et mon visage me brûlent et que je suis blessé aux jambes».

Une caméra de faux journalistes piégée

La caméra piégée des deux Arabes vient d'exploser. «J'étais celui qui était le plus près de la bombe, à moins d'un mètre, mais j'ai eu de la chance», sourit Fahim Dashty. «Les gens m'ont dit plus tard que l'explosion était si forte qu'ils ont cru à un bombardement aérien. Moi, ça ne m'a pas paru si fort, j'ai juste entendu un bang ! », poursuit-il. «La première idée qui me vient alors à l'esprit est que peut-être ma caméra a explosé à cause d'un choc électrique et je sors en courant».

Il ne réalise qu'arrivé dans la cour: fenêtres et portes du bâtiment sont soufflées, de la poussière et de la fumée s'en échappent. Deux gardes sortent Massoud, «grièvement blessé au visage et sur tout le corps». Massoud, Khalili et Dashty, grièvement blessés, sont emmenés en hélicoptère dans une petite clinique juste de l'autre côté de la frontière tadjike. Fahim Dashty voit Massoud pour la dernière fois, alors qu'il est emmené par des médecins.

Il apprend la mort de Massoud 12 jours après

Le 11 septembre, tard dans la nuit, à l'occasion d'une visite, il apprend, sur son lit d'hôpital à Douchanbé, la capitale tadjike, où il vient d'être transféré, les attentats qui ont frappé les Etats-Unis. Au bout d'une semaine, les médecins le renvoient chez lui. «A ce moment, de mes deux mains, je ne pouvais bouger que ce doigt», dit-il en montrant son pouce droit. Dix ans après, son corps porte encore les cicatrices des brûlures et héberge toujours des éclats de métal.

En convalescence chez un de ses frères au Tadjikistan, ses différents visiteurs lui assurent que Massoud va bien, qu'il a repris certaines activités. En fait, quelques jours auparavant, le 16 septembre, le «Lion du Panchir» a été enterré devant une foule nombreuse dans sa vallée natale, au lendemain de l'annonce officielle de sa mort, un temps tenue secrète.

«Un jour, mon frère n'en pouvait plus de cette situation. Il est venu s'asseoir au bord de mon lit et m'a parlé d'un projet de musée pour le commandant». «Je lui ai répondu qu'on ne faisait pas de musée pour les gens en vie. Il s'est mis à pleurer et j'ai compris», se rappelle-t-il avec émotion. «C'était douze jours après l'explosion».

Les dernières images de Massoud vivant:
En grand format sur notre portail vidéo Videoportal

(Source: Youtube.com)
via www20.min.ch

La caméra qui a tué Massoud
avait été volée à Grenoble

Publié le 17-10-03 à 16:24    Modifié à 16:24    

La DST a établi que la camera qui a servi dans l'attentat contre le "Lion du Panchir", avait été volé à Grenoble quelques jours auparavant.

La piste française se confirme dans l'attentat contre Ahmed Shah Massoud. Alors que la justice enquête depuis décembre 2000 sur un réseau de soutien aux assassins du "Lion de Panchir", la Direction de la surveillance du territoire a établi que la caméra vidéo utilisée par les auteurs de l'attentat avait été volée à Grenoble (Isère).
A partir du numéro de série de l'appareil de type Beta SP BVW200, retrouvé sur le lieu de l'attentat en Afghanistan, la DST a pu vérifier qu'il s'agissait de la caméra d'un journaliste français volée le 24 décembre 2000 à Grenoble, a-t-on appris jeudi de sources policières.
Selon l'enquête, la caméra a transité par le sud de la région lyonnaise avant d'être confiée aux deux auteurs de l'attentat qui a coûté la vie au "Lion du Panchir" le 9 septembre 2001 soit deux jours avant les attaques contre les Etats-Unis le 11 septembre, a-t-on précisé de mêmes sources.
Entendu par la DST, le journaliste reporter d'images indépendant travaillant dans la région grenobloise a tenu à conserver l'anonymat. Joint par l'Associated Press il s'est refusé mercredi à donner toute précision sur cette affaire couverte, selon lui, par le secret défense.

Une plainte avait été déposée

De sources policières, on ajoute que la caméra a été volée alors que le journaliste effectuait un reportage le 24 décembre 2000 en début de soirée dans le centre-ville de Grenoble. L'appareil d'une valeur à l'achat de 38.100 euros et équipé d'une optique de marque Canon 16x9 a été dérobé sous les yeux de son propriétaire et sans violence dans son véhicule.
Au Parquet de Grenoble, on confirme que le journaliste avait par la suite déposé une plainte pour vol, classée sans suite. Aucune assurance n'a couvert le vol de la caméra achetée d'occasion, environ 16.000 euros, six mois plus tôt.
Quatre hommes sont déjà poursuivis en France en relation avec l'attentat contre le commandant Massoud. Un juge d'instruction antiterroriste enquête en effet depuis le 6 novembre 2000 sur un réseau de falsification de documents ayant pu aider les assassins du "Lion du Panchir".

Un trafic de faux passeports belges

Depuis le 18 janvier 2002 l'Algérien Abderammane Ameuroude, et le Franco-Tunisien Mehrez Azouz sont donc mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "falsification de faux documents administratifs".
Le 30 novembre 2001 le juge Jean-Louis Bruguière avait mis en examen le Français Youssef el Aouni des mêmes chefs, ainsi que trois jours plus tard le Franco-Tunisien Abdel Tebourski.
Les deux derniers avaient été arrêtés à la demande de la justice belge qui enquête sur un trafic de faux passeports belges. Ce trafic pourrait avoir un lien avec les assassins du commandant Massoud, qui étaient détenteurs de passeports belges.
Le destin de la caméra volée à Grenoble, confirme par ailleurs une fois de plus l'importance de la région sud-lyonnaise dans les enquêtes terroristes.
Le Français Pierre Robert, condamné le 18 septembre à la réclusion à perpétuité au Maroc, est originaire de la région de Saint-Etienne (Loire). Il a longtemps fréquenté les mosquées de la vallée du Rhône avant de partir en 1996 au Maroc.
Deux français originaires des Minguettes (quartier lyonnais) ont été interpellés par les forces américaines en Afghanistan et sont actuellement détenus à Guantanamo. Nizar Naouar, l'auteur de l'attentat de la mosquée de Djerba (Tunisie) en avril 2002 est lui aussi originaire de Saint-Priest dans la banlieue sud de Lyon, tout comme Khaled Kelkal, soupçonné de plusieurs attentats, dont celui manqué en août 1995 sur la ligne du TGV Paris-Lyon.

piqué au tas sur tempsreel.nouvelobs.com

Massoud : la caméra piégée avait été volée en France

FRANCE - TERRORISME

-La caméra piégée dont l'explosion a tué le commandant Ahmad Shah Massoud en septembre 2001 en Afghanistan a été volée en décembre 2000 à un cameraman en France, a-t-on appris hier de source policière.

Selon cette source, des policiers de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) ont établi que le numéro de série de la caméra piégée était le même que celui d'une caméra volée à un cameraman de Grenoble.

La DST a confirmé avoir « rencontré » ce cameraman, dont l'identité n'a pas été révélée, et une procédure judiciaire devrait bientôt être ouverte, a-t-on ajouté de même source.

Rappelons que le 9 septembre 2001, deux faux journalistes tunisiens disposant de passeports belges falsifiés avaient fait exploser leur caméra au début de leur entretien avec Ahmad Shah Massoud, chef de l'Alliance du Nord et héros de la lutte anti-talibans, à Khwaja Bahuddine, en Afghanistan.

Le « lion du Panshir » avait succombé à ses blessures, tout comme ses assassins.

Le cameraman indépendant a signalé que sa caméra lui avait été « volée quelques jours avant Noël 2000 alors qu'il tournait un sujet sur les vitrines de Noël devant les Galeries Lafayette de Grenoble (Isère) ».

Il avait alors été « agressé par trois hommes » qui s'étaient emparés de sa caméra Beta Sony BVW 200 AP [lien Probe] avant de prendre la fuite.

Il avait déposé une plainte au commissariat de Grenoble le 28 décembre 2000 et sa plainte avait été, selon lui, classée sans suite en mai 2001.

Publié le 17/10/2003 | La Dépêche du Midi

 

16:42 | Lien permanent | Commentaires (0) |

25/10/2008

Les assassins de Massoud

Le dossier Massoud est un dossier relatif à l'existence d'une filière internationale d'acheminement, en zone pakistano-afghane, de volontaires désireux de s'y installer ou de recevoir un entraînement paramilitaire. Cette filière a fait usage de documents d'identité et de visas falsifiés, dont ont pu notamment profiter les assassins du commandant Massoud, tué dans son fief du nord de l'Afghanistan le 9 septembre 2001. Le dossier sera plus que probablement joint le 22 mai prochain à celui concernant Nizar Trabelsi, qui doit répondre, avec douze autres prévenus, d'association criminelle en vue d'attaques terroristes notamment contre la base militaire belge de Kleine-Brogel.

Un important déploiement policier a été mis sur pied lundi matin à l'occasion de ce que la police considère comme "une répétition du méga-procès qui devrait commencer le 22 mai". Quelque 80 policiers ont ainsi été déployés dans et aux alentours du palais de Justice de Bruxelles.

Le parquet fédéral a demandé la jonction en raison des inculpations dans les deux dossiers de deux personnages clé du procès, Tarek Maaroufi et Amor Sliti. Les avocats de deux prévenus se sont opposés à cette jonction. La raison invoquée par l'un d'entre eux était que son client, qui n'était impliqué que dans le dossier Maaroufi (Massoud), aurait dû assimiler en très peu de temps les 44 cartons du dossier Trabelsi. Le second déclarait que son client aurait à poursuivre un mois de plus sa détention préventive.
Le tribunal a cependant estimé que, "dans l'interêt de la justice", les deux dossiers devaient être joints le 22 mai.

http://old.rtbf.be/rtbf_2000/bin/view_something.cgi?type=article&id=0127392_article&menu=default&pub=RTBF.PORTAIL%2FPORTAIL.FR.la_taille.SP.BELG

 

Le dossier de l'assassinat du commandant Afghan Massoud devant le tribunal correctionnel de Bruxelles aujourd'hui. Le véritable procès débutera le 22 mai, il intégrera également le dossier de Nizar Trabelsi, soupçonné d'avoir préparé un attentat terroriste en Belgique. Il y a deux inculpés communs aux deux dossiers.

La présidente du tribunal correctionnel de Bruxelles a estimé ce matin que les dossiers Massoud et Trabelsi peuvent être joints,notamment parce que deux personnes étaient présents dans les deux dossiers.

Selon la justice belge, les filières de recrutement de combattants islamistes pour l'Afghanistan utilisés par les assassins du commandant Massoud ont fait le projet d'attentat suicide sur la base de Kleine Brogel ont suffisamment de points communs pour qu'un seul procès s'impose dans l'intérêt de la justice, un procès qui commencera le 22 mai.

Coïncidence, c'est aujourd'hui que le frère du commandant Massoud rencontrait, une rencontre prévue de longue date, le ministre des Affaires étrangères Louis Michel, Wali Massoud ambassadeur afghan à Londres est venu demander l'aide de la Belgique pour la fondation Massoud dont l'objectif est la reconstruction de son pays dans la mission respectuelle des droits de l'homme du commandant Massoud. Wali Massoud a également commenté le procès.

Wali Massoud, Frère du commandant Massoud

 

La Belgique est le seul pays de cette partie du monde à coopérer dans cette affaire.

Un appareil judiciaire, c'est justement ce qu'il manque aujourd'hui à l'Afghanistan. Pour Louis Michel, la Belgique devrait directement aider ce pays à reconstruire son état, une administration et une justice

http://old.rtbf.be/rtbf_2000/////bin/view_something.cgi?type=article&id=0127567_article&menu=0127580_menulist&pub=www.rtbf.jt/hp

 

 

Une tentative d'évasion de Trabelsi a été déjouée. 14 suspects interpellés. La police craint des actes terroristes

La veuve de l'assassin de Massoud interpellée

 

 

 

Mesures dans les transports en commun

 

Trabelsi et "Farid le fou" échangés entre Nivelles et Lantin

BRUXELLES

La police fédérale a déjoué, dans le cadre d'une enquête menée par un juge d'instruction bruxellois, une tentative d'évasion de Nizar Trabelsi, condamné en juin 2004 à 10 ans de prison pour la préparation d'un attentat contre la base militaire de Kleine-Brogel. Quinze perquisitions ont été menées vendredi matin dans différents arrondissements judiciaires et 14 personnes ont été interpellées, a-t-on appris vendredi à l'occasion d'un point presse au centre de crise du ministère de l'Intérieur.

La section terrorisme de la police fédérale et le parquet fédéral craignent des actes à caractère terroriste dans les prochains jours, ont-ils indiqué vendredi lors d'une conférence de presse. Des mesures de sécurité renforcées, visibles et moins visibles, seront d'application jusqu'au 2 janvier, principalement dans des lieux stratégiques de Bruxelles.

Les autorités demandent à la population belge de rester vigilante mais de ne pas céder à la panique.
Quinze mandats de perquisitions ont été exécutés vendredi matin sur différents arrondissements judiciaires et principalement sur celui de Bruxelles. Ces perquisitions ont été menées dans le cadre d'un dossier d'un juge d'instruction bruxellois spécialisé dans la lutte contre le terrorisme relatif à un projet d'évasion de Nizar Trabelsi, dont avait été informé la police fédérale.

Les perquisitions de vendredi matin visaient un groupe d'islamistes présumés qui aurait eu pour projet de faire évader Nizar Trabelsi au moyen d'explosifs et d'armes. Quatorze suspects ont été interpellés vendredi matin dans le cadre de ces perquisitions. On ignore si des armes ou des explosifs ont été saisis vendredi matin par la police.

Le parquet fédéral a estimé que si ce groupe pouvait utiliser des explosifs et des armes pour assurer l'évasion d'un détenu d'une prison belge, il n'était pas exclu que ces moyens soient utilisés à d'autres fins.
Une évaluation des menaces terroristes en Belgique a été menée par l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) qui estime que des mesures doivent être prises pour renforcer la sécurité de certains lieux fort fréquentés par la population, particulièrement à Bruxelles, comme sur les marchés de Noël, dans des rues commerçantes, Grand-Place, à Brussels Airport ou les stations de métro.

Des mesures visibles, comparables à celles adoptées lors des sommets européens à Bruxelles, avec une présence policière plus importante, et d'autres plus discrètes seront prises jusqu'au 2 janvier prochain. Les autorités judiciaires réexamineront la situation en fonction notamment d'une nouvelle analyse de l'OCAM, pour décider ou non de prolonger ces mesures. Il est demandé à la population d'être vigilante sans céder à la panique.

Le centre de crise du ministère de l'Intérieur a indiqué vendredi que le phénomène du terrorisme faisait partie de l'actualité quotidienne dans le monde et que le risque s'avère désormais réel en Belgique depuis le projet d'évasion de Nizar Trabelsi.

La veuve de l'assassin de Massoud interpellée

BRUXELLES

Malika el-Aroud, l'épouse d'un des deux assassins du commandant Massoud, l'ancien chef de l'opposition armée des talibans, fait partie des quatorze personnes, islamistes présumés, interpellées vendredi matin dans le cadre de l'enquête sur un projet d'évasion de Nizar Trabelsi, a indiqué à l'AFP Lieven Pellens, porte-parole du parquet fédéral.
Le parquet fédéral devrait communiquer samedi sur d'éventuels mandats d'arrêt.
Agée de 48 ans, Malika el-Aroud, belge d'origine afghane, est la veuve d'Abdessater Dahmane, l'un des deux hommes qui ont assassiné, le 9 septembre 2001 dans un attentat-suicide, le commandant Ahmed Shah Massoud, chef de l'Alliance du Nord qui s'opposait aux talibans.
Déjà poursuivie en Belgique, cette Belge d'origine afghane avait été acquittée en 2003 par le tribunal correctionnel de Bruxelles qui jugeait une filière d'envoi de candidats au jihad en Afghanistan.
Partie en Suisse aux côtés de son nouvel époux, elle avait été jugée en juin de cette année à Genève pour soutien au terrorisme islamiste sur des sites internet. Elle avait été condamnée à six mois de prison avec sursis "pour soutien à une organisation terroriste et complicité de représentation de la violence".
Selon l'accusation, son mari Moez Garsallaoui, un Tunisien de 39 ans demeurant en Suisse, avait créé et exploité différents sites internet utilisés par des organisations terroristes, dont Al-Qaïda. Ces sites diffusaient notamment des recettes de fabrication d'explosifs, selon l'accusation.
Son épouse Malika, "grâce à sa notoriété dans le monde islamique, a offert une légitimation accrue aux démarches criminelles de son mari", avait soutenu l'accusation.

 


Nizar Trabelsi détenu à Nivelles, "Farid le fou" à Lantin

LANTIN

http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/193608/menaces-terroristes-a-bruxelles.html

 

Enquête

Vie et mort des assassins de Massoud

LE MONDE | 19.04.05 | 13h31 • Mis à jour le 19.04.05 | 15h09

ommandant, que ferez-vous d'Oussama Ben Laden lorsque vous aurez reconquis tout l'Afghanistan ?"

Ahmad Chah Massoud ne peut s'empêcher d'éclater de rire à la question posée par le journaliste de télévision qui lui fait face, ce 9 septembre 2001. Le chef de l'Alliance du Nord, figure emblématique de la résistance aux talibans, se trouve alors à Kawja Bahaudinne (Afghani-stan), sa base de repli ; il ne se méfie pas des deux hommes, le journaliste et un cameraman, venus l'interviewer pour une chaîne prétendument appelée Arabic News International (ANI-TV).

Quelques secondes plus tard, alors qu'il s'amuse encore de la question sur Ben Laden, une explosion le projette au sol. Le visage criblé d'éclats, démembré, il mourra peu de temps après. Le cameraman, qui a déclenché les explosifs dissimulés dans sa ceinture, meurt lui aussi, les jambes arrachées. Plusieurs proches de Massoud sont déchiquetés ou grièvement blessés. Seul le faux journaliste est presque indemne. Il tente de fuir mais deux gardes l'abattent de trois balles dans le ventre. Son passeport belge porte le nom de Kassim Bocouli ; il serait né au Maroc, tout comme le cameraman, un certain Karim Souzani. Mais l'enquête établira que leurs documents d'identité faisaient partie des... 19 000 passeports dérobés aux autorités belges entre 1990 et 2000.

Ce 9 septembre 2001, l'organisation d'Oussama Ben Laden, Al-Qaida, signe l'une des opérations les plus retentissantes de son histoire. Deux jours avant de commettre les attentats du 11-Septembre à New York et à Washington, elle élimine son principal ennemi, l'homme qui est venu demander aux Européens de se mobiliser contre les talibans, Ben Laden et leur soutien au sein des services de renseignement pakistanais. Le commandant Massoud Al-Qaida le sait aurait pu relayer dans son pays l'offensive qui ne manquera pas d'être lancée par les Américains après les attentats en préparation aux Etats-Unis. Voilà sans doute pourquoi elle a organisé l'assassinat avec tant de minutie.

Au-delà des deux "kamikazes", tout un réseau a été mis en oeuvre pour cette opération. Sept membres présumés de ce groupe ont comparu, du 30 mars au 13 avril, devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Toutes n'ont pas joué un rôle de premier plan dans l'affaire, mais leur procès, après ceux de 23 autres personnes, à Bruxelles, en 2003 et 2004, permet de mieux comprendre le djihad (guerre sainte) et l'itinéraire des deux assassins. Ces derniers s'appelaient en réalité Dahmane Abd El-Sattar le faux journaliste et Bouraoui El-Ouaer le faux cameraman ; ils étaient Tunisiens. Le premier, âgé de 39 ans, était issu d'un milieu aisé de la ville côtière de Gabès. Le second, âgé de 31 ans, venait d'une famille d'ouvriers de Sousse. Leur histoire est celle d'une évolution progressive vers la mouvance islamiste...

Dahmane Abd El-Sattar, étudiant moyen dans son pays, est arrivé en Belgique en 1986 dans le but de décrocher un doctorat en communication. Six ans plus tard, alors qu'il espère toujours obtenir un diplôme universitaire, il se prépare à une douloureuse séparation avec Samia, une jeune femme qu'il a épousée au pays en 1991. Le jeune homme aux idées de gauche, qui écoute du reggae et boit volontiers de la bière blanche, est considéré comme serviable, ouvert et peu religieux, mais ses mésaventures professionnelles et conjugales le rendent amer. Il se renferme sur lui-même, laisse pousser sa barbe, refuse désormais de serrer la main des femmes. Vivant tant bien que mal de petits boulots, notamment dans une poissonnerie, il déménage beaucoup et, à partir de 1997, fréquente diverses mosquées.

Le parcours de son complice, Bouraoui El-Ouaer, est plus banal. Cet ancien ouvrier textile débarque en Belgique après avoir tenté sa chance en Allemagne et en Italie. Sans formation, il vivote en exerçant, lui aussi, divers petits boulots. Il a le profil-type de l'exécutant et se mettra toujours au service de Dahmane Abd El-Sattar. Tous deux fréquentent la même mosquée, à Bruxelles.

Leur trajectoire a été illustrée par deux récits livrés par Malika El-Aroud, la deuxième épouse de Dahmane Abd El-Sattar. A son retour d'Afghanistan, où elle avait accompagné son mari pour s'occuper, dit-elle, de "projets humanitaires" et enseigner "l'islam véritable", cette femme de 45 ans s'est d'abord confiée à une journaliste belge, Marie-Rose Armesto. Brouillée avec la journaliste qui a tiré un livre de leurs conversations (Son mari a tué Massoud, éd. Balland, 2002) et a évoqué, dès février 2002, la présence de réseaux terroristes en Belgique, Malika El-Aroud a ensuite rédigé son propre ouvrage, Soldats de lumière (La Lanterne Editions, 2004), publié avec le soutien d'un groupe islamiste bruxellois. A l'entendre, son mari n'était pas un terroriste mais "un homme réfléchi, prêt à sacrifier sa vie pour sauver des innocents opprimés".

"On retrouve dans ce livre beaucoup d'éléments qui permettent de comprendre ou d'approcher la motivation de ceux qu'on décrit comme les "fous de Dieu"

, explique Claude Moniquet, spécialiste de ces questions et auteur de l'ouvrage Djihad et islamisme en Belgique (éd. Jourdan-le-Clercq, 2005). Parmi ces éléments, le thème de "l'oppression des musulmans" et celui de "l'humiliation virtuelle".

Dahmane Abd El-Sattar n'était pas un cas social. Avant de venir étudier en Europe, il avait connu une jeunesse plutôt protégée en Tunisie. Quant à sa préoccupation pour le sort de ses coreligionnaires musulmans, elle relevait, selon M. Moniquet, d'une "identité reconstruite, qui ne correspondait à aucun vécu personnel mais à une appropriation des souffrances des autres qui, mythifiées et intégrées, forment la personnalité et la volonté du djihadiste". Reste à savoir comment il est arrivé à l'islam radical... Tout indique qu'il commence à basculer à partir du milieu des années 1990 en fréquentant un groupe de Tunisiens en compagnie d'Adel Tebourski, l'un des prévenus du procès de Paris. Dahmane Abd El-Sattar a fait connaissance de ce Franco-Tunisien en 1987, à l'université catholique de Louvain. A l'époque, Adel Tebourski étudiait les mathématiques. La justice française le soupçonne aujourd'hui d'avoir été l'un des "logisticiens" du groupe appelé à tuer Massoud. Une accusation qu'il a contestée à la barre du tribunal, cherchant au contraire à se démarquer des fondamentalistes musulmans (Le Monde du 1er avril). Il aurait cependant fourni des passeports et des billets d'avions et aidé à l'acheminement des tueurs vers les aéroports.

Ala fin des années 1990, l'un des inspirateurs de Dahmane Abd El-Sattar et Adel Tebourski est un Tunisien naturalisé belge, condamné dans son pays d'origine pour appartenance à un groupe intégriste : Tarek Maaroufi. Réputé proche du Groupe islamique armé (GIA) algérien, cet homme souriant et patelin a également été condamné en Belgique pour trafic d'armes en 1995. Il a ensuite été impliqué dans trois filières mises au jour dans ce pays, dont celle de l'assassinat de Massoud et celle qui, avec l'ex-footballeur professionnel Nizar Trabelsi, préparait un attentat antiaméricain soit à Paris, soit dans le Limbourg belge.

A en croire la police française, Tarek Maaroufi était également impliqué dans les préparatifs de l'attentat manqué contre le marché de Noël, à Strasbourg, en 2000. Les services de renseignement italiens voient en lui l'un des leaders européens du GSPC, un groupe salafiste. Quant à la justice belge, elle a acquis la conviction qu'il a organisé des filières d'acheminement vers l'Afghanistan, tentant d'y former de futures troupes d'assaut contre le régime tunisien. Certaines sources affirment que c'est d'ailleurs pour remercier Ben Laden d'ouvrir ses camps à leurs hommes que des salafistes tunisiens auraient mis leurs militants à son service pour éliminer Massoud.

Le réseau dans lequel Dahmane Abd El-Sattar et son ami Tebourski (l'ancien étudiant en mathématiques) mettent les pieds dans les années 1990 leur fait rencontrer d'autres figures marquantes de la mouvance fondamentaliste. Parmi elles, Cheikh Bassam. Ce prêcheur radical, français d'origine syrienne, dirige le Centre islamique belge, à Bruxelles. Autre personnalité importante : le Tunisien Mohammed Sliti, un garagiste parti s'installer en Afghanistan dès 1999 avec sa femme et ses cinq enfants. C'est lui qui, à l'automne 2000, accueille Dahmane Abd El-Sattar en Afghanistan.

Celui-ci, rebaptisé Abou Hobeid, subit neuf mois d'entraînement physique et de formation idéologique. Il fréquente Trabelsi (l'ex-footballeur), mais aussi des Français : Djamel Beghal (condamné, depuis, à dix ans de réclusion à Paris) et Zacarias Moussaoui, un jeune homme qui sera par la suite accusé par les Américains d'être impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001.

Malika El-Aroud rejoint son mari en Afghanistan en janvier 2001. Elle est porteuse de divers objets remis par Tebourski : des dictionnaires français-arabe, un ordinateur, des dollars et deux multimètres, des appareils de mesure pouvant aider à la fabrication d'une bombe. Le couple s'installe bientôt dans la "ville des élus", où se dressent des maisons offertes par Ben Laden à ses meilleurs combattants. Dahmane Abd El-Sattar initie son épouse au maniement des armes. Au début août 2001, il lui annonce avoir "enfin trouvé du travail" comme "journaliste". Sa première mission sera d'aller "interviewer" Massoud.

Il a en poche une lettre de recommandation de Yasser Al-Siri, directeur du Centre d'observation islamique, une organisation basée à Londres. Ce document présente Dahmane Abd El-Sattar et El-Ouaer le faux cameraman, passé par la Tchétchénie avant de suivre une formation en Afghanistan , comme les envoyés spéciaux d'Arabic News International, une chaîne fictive. En fait, Al-Siri est un proche du numéro deux d'Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri. Il affirmera plus tard ne pas connaître les deux hommes, assurant que cette "lettre de recommandation" était fausse (Le Monde du 3 octobre 2001). Au printemps 2000, Dahmane Abd El-Sattar est en tout cas passé par Londres. Bloqué par les services de l'immigration, il a dû s'échapper d'un centre de transit et appeler à la rescousse son ami Adel Tebourski. Ce dernier s'est arrangé pour lui faire livrer un autre passeport afin de lui permettre de rejoindre le Pakistan, puis l'Afghanistan, avec un visa délivré par l'ambassade des talibans à Islamabad (Pakistan).

Ce détail important aurait dû intriguer les membres de l'Alliance du Nord, en août 2001, quand les prétendus journalistes se sont présentés à eux : comment avaient-ils pu obtenir ce visa auprès des talibans en expliquant qu'ils comptaient rencontrer leur ennemi, le commandant Massoud ? Toujours est-il qu'en jouant les innocents, les deux hommes ont fini, au bout de trois semaines, par endormir la méfiance de tous et approcher le chef de la résistance, dans son fief de Kawja Bahauddine. Françoise Causse, une journaliste française, a, elle, renoncé à obtenir un entretien. Elle a regagné Paris avec toutefois dans la poche des images de ces deux hommes au comportement étrange que la présence de sa caméra semblait tant importuner. Ils étaient, il est vrai, concentrés sur leur mission : tuer celui que Malika El-Aroud appelait "le diable".

"Massoud était un mauvais musulman, on était en guerre et il était légitime de le tuer"

, a déclaré l'épouse du faux journaliste. Jugée en septembre 2003 à Bruxelles, elle n'a pas changé de propos à cette occasion. Sa complicité n'ayant pu être établie avec certitude, elle a échappé aux sanctions. Le tribunal a toutefois jugé que ses idées radicales avaient pu influencer son mari (un "combattant du Bien", à l'entendre) et qu'elle conservait un "mépris évident" pour le monde occidental. La justice belge a en revanche condamné Tarek Maaroufi (six ans de prison), l'ex-footballeur Nizar Trabelsi (dix ans), le garagiste Mohammed Sliti (cinq ans) et d'autres membres d'un réseau qui comptaient visiblement préparer d'autres actions que l'assassinat du chef de guerre afghan.

Depuis, Malika El-Aroud a franchi un nouveau pas. Arrêtée fin février en Suisse lors d'une opération visant des islamistes radicaux, elle est accusée d'avoir contribué à mettre sur pied "islamic-minbar", un site Internet montrant notamment des mises à mort d'otages, des mutilations, ou délivrant des instructions pour des attentats ou la fabrication de bombes. La femme, qui a écrit que le 11-Septembre était l'œuvre des "juifs qui voulaient détourner l'attention du monde pour raser la Palestine et les Palestiniens", n'a manifestement pas terminé son évolution.

Jean-Pierre Stroobants

http://www.mafhoum.com/press8/237C32.htm

 

Terrorisme Les réseaux belges d’al Qaeda

Journaliste à la chaîne de télévision belge RTL-TVI, Marie Rose Armesto est l’auteur d’une enquête (voir ci-dessous) sur le parcours d’un des deux kamikazes qui, venus de Bruxelles avec des passeports belges, ont tué le commandant Massoud, le 9 septembre 2001.

Vous avez publié l’an dernier un livre intitulé Son mari a tué Massoud (1) qui raconte l’histoire de l’assassinat du chef de l’Alliance du Nord, par deux faux journalistes tunisiens venus de Bruxelles via Londres. Le récit fait par Malika Dahmane, l’épouse de l’un de ces terroristes, montre très clairement l’existence de réseaux de soutien à Oussama Ben Laden en Belgique. Ces réseaux existent-ils toujours selon vous ?

Marie-Rose Armesto. J’en suis persuadée. Il s’agit de réseaux dormants dont les membres attendent un signal pour passer à l’action. J’ai découvert leur existence deux jours après les attentats du 11 septembre par un coup de fil reçu à ma rédaction : celui d’une jeune Belge rentrant d’Afghanistan où elle avait suivi un entraînement dans les camps de Ben Laden pour qui elle avait une admiration sans borne. Elle avait vingt-cinq ans, était belgo-pakistanaise et avait fait ses études au Pakistan. Elle m’a expliqué que beaucoup de jeunes Belges allaient s’entraîner en Afghanistan, y restaient de 6 mois à un an, puis revenaient en Belgique où ils reprenaient une vie normale en attendant qu’on fasse appel à eux pour une mission. C’est le principe des cellules dormantes. Le mari de Malika, Abdessatar Dahmane en faisait partie, comme Tarek Maaroufi ou Nizar Trabelsi, qui viennent d’être jugés à Bruxelles (2). Mais comme il n’y a pas encore de loi antiterroriste en Belgique, la plupart des inculpés de ce procès ont été condamnés à des peines légères, sauf Trabelsi, condamné à 10 ans car il préparait un attentat important dont il n’est pas sûr que la cible qu’il a désignée - une base militaire dans le nord de la Belgique - soit celle qu’il visait réellement. Comme on l’a dit, " la tête de l’iceberg a été mise hors d’état de nuire mais la base, que l’on ne voit pas, reste active ". Je trouve inquiétant ce processus de ré-islamisation, de radicalisation et d’embrigadement de musulmans qui se passe sous nos yeux.

Comment se fait leur recrutement ?

Marie-Rose Armesto. Le parcours de Malika et de son mari en sont une illustration. Abdessatar était un jeune Tunisien qui avait fait des études de journalisme dans son pays. Arrivé en Belgique, il s’inscrit dans plusieurs universités mais ne réussit pas à décrocher une équivalence. Il n’a pas de travail fixe, sa première femme le quitte pour rentrer en Tunisie, il vit mal sa situation et commence à fréquenter les mosquées. Quelques années plus tard, on le retrouve totalement transformé : il porte la barbe et la tenue islamique, refuse de serrer la main des femmes et n’a plus qu’une idée en tête, le djihad. Comme il n’a pas de papiers, il cherche une épouse belge et c’est Malika, qu’il épouse au centre islamique de Belgique de Molenbeck où elle-même a été ré-islamisée après avoir été rejetée par sa famille parce qu’elle avait eu une fille hors mariage. Ce centre est très connu. Il était alors dirigé par un Belge converti à l’Islam, Bastin, dont le fils est actuellement en prison en Turquie où il est accusé d’avoir pris part à l’un des attentats de ces derniers mois à Istanbul. Jean François Bastin, alias Abdullah, est aujourd’hui à la tête d’un parti islamiste, le Parti de la citoyenneté et de la prospérité, qui a déjà recueilli 8 500 voix aux dernières élections et qui compte bien améliorer son score en juin prochain.

Mais il n’y a pas que Bastin. Il existe en Belgique une trentaine de mosquées intégristes où sont prononcés des discours d’une rare violence, sans parler de certains sites islamistes sur Internet. On peut y lire des slogans antisémites et des appels aux " véritables musulmans " à " anéantir les chrétiens " ou à " prendre les armes à Ankara comme à Paris ".

Comment réagissent les autorités ?

Marie-Rose Armesto. J’ai posé un jour la question au maire de Molenbek, Philippe Moureaux. Il m’a répondu : " On a laissé les choses aller trop loin, on ne peut plus rien faire sous peine de provoquer une émeute. " Il me semble que des pays comme la France ou l’Espagne réagissent d’une manière plus ferme et sont davantage conscients du danger. En Belgique, dans certains quartiers, des groupes de jeunes musulmans s’érigent en police islamique et exercent un contrôle social, notamment sur les femmes et les jeunes filles qu’ils obligent à se voiler. Et on a saisi des livres dans certaines écoles où on peut lire que " le meilleur voile pour la femme est la burqa ".

Vous parlez d’écoles publiques ou privées ?

Marie-Rose Armesto. Je parle des écoles publiques. En Belgique, il existe un enseignement religieux financé par l’État mais organisé par le Conseil du culte musulman qui fournit les enseignants et choisit les livres. Certains sont des traductions de manuels saoudiens. Ils véhiculent un discours qui mène à l’intolérance et à la violence.

Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin

(1) Son mari a tué Massoud, de Marie Rose Armesto ( Balland, 18 euros).

(2) Vingt-deux inculpés ont comparu dont Malika Dahmane, acquittée faute de preuve. Tarek Maaroufi, qui fut l’un des " contacts " des assassins de Massoud a été condamné à 6 ans et Trabelsi, qui a déjà fait deux ans de préventive, devrait être libre dans trois ans.

Un des orateurs les plus virulents contre l’interdiction du port du voile à l’école lors de la dernière manifestation parisienne

http://www.humanite.fr/2004-02-14_International_-Terrorisme-Les-reseaux-belges-d-al-Qaeda

 

 

20:11 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu