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17/03/2012

La bande à Bauer obtient sa section "criminologie"...

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La criminologie : Nouvelle discipline universitaire en France

Jeudi (15/03/2012], le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a officiellement crée une section de « criminologie » au sein du Conseil National des Universités (CNU). La décision, publiée au Journal Officiel, fait suite à l'arrêté du 13 février 2012 qui « consacre l'aboutissement d'un long processus en plusieurs étapes, processus qui a débuté en 2008 ».

La criminologie constitue une discipline scientifique qui aborde le phénomène criminel, ainsi que les réponses que la société lui apporte ou pourrait lui apporter. Elle fait appel à des connaissances et des compétences spécifiques dans des domaines complémentaires tels que les sciences de la société, la philosophie, la médecine ou encore le droit. L'objectif de cette section universitaire consacrée à la criminologie serait donc de permettre la fédération des formations, des recherches et des enseignants-chercheurs.

Cette nouvelle discipline universitaire s'inscrit dans un processus de longue date. Après la remise d'un rapport au ministère en 2010 et suite à une consultation publique sur le site internet du ministère, il est apparu qu'il existe une demande de formation ad hoc en ce domaine, non seulement de la part des étudiants en formation initiale, obligés de s'expatrier s'ils veulent suivre un cursus complet, mais aussi des professionnels des champs concernés desquels sont exigées des connaissances plus pointues.

Les critiques du monde universitaire

La majorité des enseignants en science et en droit (la criminologie était jusqu'à présent une spécialisation) refusent de voir en cette matière une science à part entière. Dans un communiqué publié par le Snesup-FSU, le principal syndicat de l'enseignement supérieur parle d'un « oukase gouvernemental (...) pris en dépit d’une très large opposition des communautés scientifiques concernées en s'appuyant sur une pseudo-consultation publique dont les résultats n'ont cependant jamais été publiés. Cette décision impacte la composition et le fonctionnement de quinze sections du CNU sans que cette instance n'ait été consultée de quelque façon ». Le Snesup s'élève par ailleurs « avec force contre le coup de force du ministère » et demande « que soient abrogés ces deux arrêtés ».

Une dimension politique

La politique en effet eu un rôle à jouer dans cette décision. A l'origine du projet, Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient de 2000 à 2003 qui s'est depuis rapproché de Nicolas Sarkozy. Devenu son conseiller sur les questions de sécurité et président de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), Alain Bauer a pesé de tout son poids pour la création de cette filière. La communauté universitaire redoute que, sous son influence, le comportement criminel ne soit analysé sous un angle trop statistique et sécuritaire. Elle lui reproche également son manque de crédibilité dans le domaine.

Par Damien Helene

piqué au tas sur francesoir.fr - 16/03/2012

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Les partenaires en crime de l’influent Alain Bauer

Le conseiller de Nicolas Sarkozy a fait plier le monde universitaire en imposant la « criminologie » comme nouvelle filière autonome, avec le soutien de réseaux très à droite.

Il faut reconnaître à Alain Bauer une réelle dextérité politique. Il est passé de gauche à droite dans les années 1990, a surfé sur la vague sarkozyste dans les années 2000. D’un coup de pouce du président, il s’est fait catapulter à la tête de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), puis professeur de « criminologie appliquée » au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). À cinquante ans, le CV de ce franc-maçon multicartes, conseiller officieux du président, est complètement délirant. Il serait même consultant auprès de la police de New York.

Aujourd’hui, Alain Bauer fait plier l’université française en imposant la « criminologie » comme nouvelle discipline universitaire autonome. Autour de lui, une fine équipe. Avec, en tête, Xavier Raufer et Yves Roucaute. Le premier est un de ces ex de l’extrême droite, passé d’Ordre nouveau au commerce de la peur et à « l’analyse des nouvelles menaces ». Le second, ferme partisan de l’intervention en Irak, était le porte-plume de Claude Guéant, pour son fameux discours sur les « civilisations qui ne se valent pas ».

Au second cercle des soutiens d’Alain Bauer, on trouve aussi deux universitaires qui servent de caution. Car, tout de même, c’est de recherche que l’on parle. Christian Vallar, professeur de droit à l’université de Nice et pilier de la droite dure, façon Club de l’horloge, a été chargé d’une « consultation de la communauté scientifique ». Et Loïc Villerbu, professeur de psychopathologie à la retraite, d’une étude de faisabilité. L’ensemble du monde universitaire s’est soulevé contre cette manœuvre. « C’est une OPA sur le monde de la recherche ! » s’indigne Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS. Pour ce spécialiste de la délinquance, l’opération relève d’une vaste imposture intellectuelle : « Alain Bauer n’a pas fait de thèse, n’a pas de doctorat. On est dans le charlatanisme et l’escroquerie. »

Le Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) est l’équivalent français des instituts de criminologie anglo-saxons. « C’est nous les criminologues. Aucun d’entre eux n’a jamais publié dans les revues internationales, comme Criminology ou The European Journal of Criminology », rappelle Fabien Jobard, chercheur au Cesdip.

Un « Risque social »

Selon la communauté universitaire, la criminologie est un champ d’étude interdisciplinaire. « On ne peut pas fondre dans la même discipline des sciences qui relèvent à la fois du psychisme et du social, qui vont de la psychopathologie aux relations internationales », estime Fabien Jobard, chercheur au Cesdip. Selon lui, un « risque social » existera lorsque 
ces nouveaux criminologues seront chargés par des juges d’expertiser des criminels.

Mehdi FIkri

piqué au tas sur humanite.fr - 15/03/2012

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« Alain Bauer n’a pas fait de thèse, n’a pas de doctorat. On est dans le charlatanisme et l’escroquerie. »

08:18 | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/02/2012

Jacques Kotoujansky, conseiller santé de Marine Le Pen...

Capture d'écran du site de Jacques Kotoujansky

Le docteur Jacques Kotoujansky gagne à être connu. Ce gynécologue-obstétricien de 58 ans, diplômé de Science-Po Strasbourg, a rejoint le Front national après être passé par le MPF de Philippe de Villiers, le Rassemblement pour l'Indépendance de la France (RIF) de Paul-Marie Coûteaux et le parti de Nicolas Dupont-Aignan (Debout La République). Conseiller municipal de Lasson (Yonne) et candidat frontiste l'année dernière dans son canton, il est aujourd'hui membre du comité d'action programmatique du FN sur la santé.

A l'instar de Jean-Marie Le Pen, Kotoujansky est un adepte des thèses de Thierry Meyssan sur le 11-Septembre. En 2008, il avait envoyé par e-mail à 3000 « cadres politiques, sociaux et culturels de la France » une longue lettre ouverte développant la thèse d'un « complot intérieur » et renvoyant au site conspirationniste ReOpen911.

Le texte avait essaimé sur des sites d'extrême droite (Géostratégie.com, Generationfa8.com...) ou altermondialiste (Bellacio.org). Dans la foulée, on avait applaudit, sur le forum de discussion de ReOpen911, le « courage » de ce « scientifique ». Si Atmoh, le président de ReOpen911, avait appelé à la prudence sur les données invérifiables que comportait la lettre ouverte de Kotoujansky, il n'hésitait pourtant pas à la qualifier de « précieuse ». Quant à Kotoujansky, il était intervenu en personne : « Merci d’avance à tous les internautes et aux amis de ReOpen (à qui je dois presque tout !) qui ont la gentillesse de commenter favorablement mon travail (...) Courage à toutes et tous, on les aura ! ».

''Bienvenue au Front'', de Claire Checcaglini
 
Après avoir donné des conférences sur le 11-Septembre à l'invitation de Terre et Peuple (en janvier 2009) et du Local (en septembre 2010), Jacques Kotoujansky a fondé sa propre association conspirationniste, "Vérité & Liberté", adossée à un site, kotou.fr dédié à la théorie du complot. En août 2011, quelques jours avant la commémoration du dixième anniversaire des attentats, il diffuse une seconde lettre ouverte dans laquelle on peut lire : « Je suis militant au Front National et si je milite au Front, c’est parce que je sais depuis longtemps la vérité sur le 11-septembre, que j’en mesure toutes les conséquences et que le FN est le seul parti en France à même d’assumer les implications de cette vérité, avec les risques que cela comporte ».

Auteure de Bienvenue au FN, journal d'une infiltrée (éditions Jacob-Duvernet, 2012), la journaliste Claire Checcaglini révèle que Jacques Kotoujansky n'est pas seulement un adepte de la théorie du complot sur le 11-Septembre : il nierait également la réalité des chambres à gaz. Au cours d'un dîner organisé pendant les universités d'été du FN à Nice en septembre dernier, il aurait ainsi défendu les thèses négationnistes de Robert Faurisson. Voici le témoignage de Claire Checcaglini :

 


La soirée de gala des universités d'été FN par Mediapart

via conspiracywatch.info (avec les réserves qu'on peut avoir)

 

Infos supplémentaires [Probe] :

Jacques Kotoujansky, Terre et Peuple, île de France,

Conférence du Dr Jacques Kotoujansky, spécialiste auto/proclamé des attentats du 11 septembre 2001 - page de Synthèse nationale.

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Appel national "à la sécession" - page de Front Comtois.

 

On y retrouve :

 

- Roland Hélie, avec Robert Spieler, qui ont lancés la maison d’édition Semis Diffusion, copinant avec Anne Kling (1). Roland Hélie est, depuis novembre 2011, le Secrétaire national de l'Union de la droite nationale (UDN), structure rassemblant la NDP dirigée par Robert Spieler, le Parti de la France de Carl Lang et le MNR fondé par Bruno Mégret.

- André Gandillon, actuel rédacteur en chef de Militant, une revue  " gardien[ne] de la mémoire du nationalisme français, avec l’Œuvre Française, en organisant des commémorations à la mémoire de Brasillach, François Duprat, mais également en l’honneur de La Commune par le biais de l’Association des Amis du Socialisme Français (ceux-ci se revendiquant de l’héritage de la Commune de Paris) ou encore en organisant un banquet annuel. Lors de ces initiatives la Gauche Nationale de Kavan Herbin vient renforcer les maigres troupes de sympathisants de la revue, abaissant sensiblement par la même occasion la moyenne d’âge de toute la petite troupe." (2).

- Jérôme Bourbon, directeur de Rivarol, hebdo d'extrême droite, héritier d'une "tradition polémique et pamphlétaire" qui s'est encore vu condamné par "quelques segments de phrase jugés corrosifs d'Hervé Ryssen sur le «peuple sûr de lui et dominateur».

- Pierre Vial, l'indécrottable amateur de solstice, compagnon de route au GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne ) de Guillaume FAYE (dictionnaire fondamental de 177 mots-clés) et Jean-Yves Le Gallou (président de la fondation Polémia et promoteur du Gramscisme technologique). Vial cherche à unifier "un courant identitaire [,] une véritable doctrine de synthèse idéologique et politique qui au-delà de tous les partis (3)

- Serge Ayoub, énergique animateur du club de rencontre "Le Local", également présent à la 5ème journée de synthèse du 11/11/11 à 11h00 (4)

 

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- Olivier Grimald, activiste français d'extrême droite de longue date : il fut notamment membre du mouvement Ordre Nouveau, du Parti des forces nouvelles (dans les années 1970-1980) et du comité Espace nouveau (regroupant dans les années 1990 des dissidents du FN). Il est surtout connu comme étant le président du Cercle franco-hispanique (CFH), dès son apparition en 1982.(5)

- Christian Perez qui cultive les relations du parti Populiste sur Pearltree (6)

- François Ferrier, responsable lorrain de la NDP, ex RPR, ex conseiller régional FN de Lorraine élu en 2004.

- Pierre Descaves, ancien activiste de l'OAS et conseiller régional en 2004 au FN qui, depuis qu'il a "entendu le message christique de Jean-Paul II", s'est rangé des camions et de l'action directe en tentant une reconvertion dans l'écriture. Il rejoint Arnaud Raffard de Brienne autour des Ateliers Fol'Fer (7)

 

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Jacques Kotoujansky, lecteur de Pierre Hillard depuis 2007, s'est aussi essayé au "journalisme citoyen" sur agoravox (8)

 


1 - http://probe.20minutes-blogs.fr/archive/2011/10/22/au-sec...

2 - http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article345

3 - http://tempspresents.wordpress.com/2009/03/03/reflexions-...

4 - http://probe.20minutes-blogs.fr/archive/2012/01/04/herve-...

5 - http://www.resistances.be/fnaced03.html

6 - http://www.pearltrees.com/#/N-f=1_2287459&N-fa=44899&...

7 - http://www.atelier-folfer.com

8 - http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/traite-europeen-ce-que-veut-l-27636

15:27 | Lien permanent | Commentaires (0) |

24/09/2011

François Duprat, une histoire de l’extrême droite

Propos de Joseph Beauregard et Nicolas Lebourg recueillis par Abel Mestre et Caroline Monnot

Vendredi 8 avril à 18 heures, est mis en ligne sur le site du Monde.fr, un webdocumentaire “François Duprat, une histoire de l’extrême droite”.

Produit par Le Monde.fr, l’INA et 1+1 Production, ce documentaire écrit par Joseph Beauregard et Nicolas Lebourg s’attache à expliquer le parcours politique de François Duprat et le rôle essentiel qu’il a joué au sein de l’extrême droite française. C’est surtout le portrait d’une époque.

Comment présenteriez vous François Duprat ?

Nicolas Lebourg : Né en 1940, assassiné par un attentat à la voiture piégée en 1978, c’est un personnage central de la reconstruction des extrêmes droites européennes après la débâcle des fascismes. Il se reconnaît lui-même comme néo-fasciste. C’est à la fois un réactionnaire obsédé par l’anticommunisme, et un révolutionnaire qui veut changer le monde. Il réinvente l’extrême droite à qui il impose des thèmes novateurs alors, comme l’antisionisme, le négationnisme, le rejet de l’immigration sur une base sociale. Cadre fondateur et dirigeant d’Occident, d’Ordre Nouveau, du Front National, entre autres, il a pourtant été exclu de chacun de ces mouvements à un moment de sa trajectoire. Son trajet personnel ne manque pourtant ni de logique ni de sens quant à ses contemporains, car la duplicité et la dualité que certains pointent chez lui sont aussi les nôtres. En effet, ces allers-retours entre subversion et contre-subversion, sa volonté de balayer l’Etat tout en travaillant volontiers avec l’essentiel de ses secteurs répressifs sont très révélateurs des rapports de la société française à sa démocratie et des jeux de la Guerre froide.

Joseph Beauregard : Cet homme est un jeu de poupées gigognes. C’est un intellectuel néofasciste et un enseignant plutôt de la pédagogie fustigée aujourd’hui comme soixante-huitarde, un commis voyageur des circuits internationaux de l’anticommunisme qui danse bien le rock’n'roll, un numéro deux du Front National qui offre un disque de Maxime Leforestier à sa nièce. Au travers de ses méandres, Duprat raconte quelque chose de vertigineux sur son époque. Il cherche à capitaliser sur toutes les formes de transgression. Nous avons interrogé plus de 130 témoins : les termes les plus récurrents chez eux, quelle que soit leur empathie pour lui, sont la « fascination » qu’il exerce, et la « perversité » qu’ils ressentent. Ils ne font pourtant pas montre d’un jugement moraliste, car l’homme échappe aux schémas ordinaires.

Qu’est-ce que le parcours de François Duprat révèle de son époque ?

Joseph Beauregard : Avec François Duprat on comprend la résurrection idéologique et organisationnelle des extrêmes droites. Comment durant les Trente glorieuses, de l’Épuration à l’élection de François Mitterrand, a couvé la résurrection d’une tendance politique qui paraissait avoir été balayée par l’Histoire. Et on voit bien que c’est une coproduction nationale. Duprat se faufile partout. Il prône la révolution et est accueilli discrètement à l’Hôtel Matignon. Il dit pis que pendre de la gauche, mais a un pied dans les milieux du financement occulte de la gauche non communiste.

Nicolas Lebourg : Il est quelqu’un de très adapté aux jeux à triple tiroirs avec double fond très typiques de la Guerre froide, mais en même temps c’est un homme qui rêve d’un héroïsme fantasmé à partir de la Seconde guerre mondiale au milieu de cette société des années 1960-1970 toujours plus matérialiste. Il se revendique d’une idéologie, le fascisme, qui correspond à « l’âge des masses », à l’ère industrielle et de l’Etat-Nation, alors que lui-même est dans « l’âge des marges », l’internationalisation du politique, les hybridations idéologiques. Il s’engage pour l’Algérie française mais devient très vite un admirateur du régime ba’thiste syrien et de l’essentiel des nationalismes arabes. Il montre bien à quel point le réel est structuré par ses contradictions internes. C’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons pour lesquelles il agaçait tant de monde : avec lui il ne reste rien d’une catégorisation simpliste, malgré son discours ultra-radical, totalement clivant, le monde qui se dessine quand on le regarde apparaît en zones de gris.


En quoi ce personnage est-il actuel ?

Nicolas Lebourg : Duprat a été à l’avant-garde de propositions politiques d’une importance cruciale aujourd’hui. La fusion de l’antisémitisme, de l’antisionisme, du négationnisme et du conspirationnisme est une offre idéologique à l’échelle mondiale désormais. Sa stratégie consistant à faire exploser les droites après leur avoir fait avaliser des thèmes de discrimination nationale, et ainsi relégitimer l’extrême droite, est-celle qui a permis le 21 avril 2002 et explique une bonne part de notre actualité politique.

Joseph Beauregard : C’est d’ailleurs lui l’inventeur de cette formule si souvent reprise par Jean-Marie Le Pen « l’électeur préfère toujours l’original à la copie ». Moins que théoricien, comme on le présente toujours, il est avant tout un tacticien très conscient que sa première force c’est la faiblesse morale de ses adversaires, leur enfermement dans un temps électoral court alors que les révolutionnaires tablent sur un temps long.

Il s’est passé trente-trois ans depuis l’attentat à la voiture piégé qui le visait. Les conditions de cette mort n’ont pas été éclaircies. Que faut-il en penser ?

Joseph Beauregard : D’emblée, évacuons une rumeur coriace : en aucun cas, comme il a souvent été dit, il n’y a pas eu d’enquête. La police, le juge d’instruction, ont fait leur devoir. Ils l’ont fait, c’est vrai, sans le soutien des services de renseignement qui auraient pu leur être utiles. Aujourd’hui, je regrette humblement que madame Alliot-Marie, lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur, ait apposé son veto à la dérogation que nous avions obtenu d’accès aux archives sur l’assassinat. C’est conforme avec son refus en tant que ministre de la Justice de donner suite à la demande de la fille de Robert Boulin, ministre assassiné à la même période, de faire rouvrir cette autre enquête. Mais je crois que c’est regrettable pour notre démocratie. Pour notre part, nous avons repris toutes les hypothèses qui avaient été soulevées, publiquement ou non, et les avons étudiées sereinement. L’essentiel d’entre elles sont balayées par la démonstration logique et des aspects factuels.

Nicolas Lebourg : D’abord, malgré tous les fantasmes liés à cet assassinat, totalement hors norme par son mode opératoire dans la vie politique française, nous nous sommes refusés à tout sensationnalisme autour de cela. Pour une raison très simple : l’éthique. La veuve de François Duprat était une militante engagée, sur des idées qui ne sont pas les nôtres, mais elle mérite le respect. Nous ne nous imaginions pas faire montre de légèreté là-dessus, n’en déplaise au voyeurisme de notre époque. Ensuite, nous ne sommes pas investis d’une charge de police ou de justice, or pour qu’une démocratie fonctionne il faut qu’elle soit structurée… Néanmoins, pour que cette démocratie existe, qu’elle ne soit pas dans une dérive bureaucratique ou qu’elle ne devienne pas le théâtre d’ombres de dominants, il faut exercer une pression sur elle, il faut qu’il y ait une tension permanente. C’est pourquoi nous poursuivons toujours cette décision du ministre de l’Intérieur devant le Tribunal Administratif. C’est ce qui explique l’importance de travailler sur la vie et la mort de Duprat. Sans toutefois donc confondre les fonctions d’histoire du temps présent et d’enquête judiciaire. N’ayant ni les moyens ni la légitimité à refaire cette enquête, il était plus pertinent d’essayer de comprendre ce que cette mort occultée pouvait dire sur notre société et nos institutions. Notre pays était alors très tolérant avec les manques de tempérance et de transparence. Le manque d’émoi face à l’assassinat de Duprat et à l’échec de l’enquête sur son assassinat témoignent que le goût pour l’arbitraire et l’autoritaire dépasse amplement la zone de l’extrême droite radicale.

Votre webdocumentaire va être diffusé à parti du 8 avril, en même temps que devait sortir en librairie votre biographie de François Duprat

Joseph Beauregard : Ce « webdoc » n’est pas une adaptation du livre mais plus une histoire de l’extrême droite dont la figure de François Duprat est le fil rouge. Les deux objets sont complémentaires, l’un situant l’homme dans sa profondeur, l’autre correspondant à une critique politique de son action menée. Chaque élément correspond ainsi à sa propre logique et cela évite les « parasitages » entre ces deux démarches. Nous étions particulièrement soucieux de proposer un élément analysant un homme en mouvements dans son temps, sans jugement, et, d’une autre manière, d’assumer notre libre choix de la critique de son action et ses pensées.

Nicolas Lebourg : Au bout de cette longue enquête, le manuscrit et le webdocumentaire ont été validés à la réception par l’éditeur et les producteurs. Cependant le premier mars 2011, l’éditeur nous a fait savoir qu’il réorganisait son planning de parution. L’ouvrage serait renvoyé à janvier 2012. Lemonde.fr n’a pas souhaité surseoir à la diffusion du webdoc et l’a programmé à compter du 8 avril 18 heures.

Première parution : « François Duprat, une histoire d’allers-retours entre subversion et contre-subversion« , Droite(s) extrême(s) lemonde.fr, 7 avril 2011.

 

sur le site du "Monde.fr", un webdocumentaire "François Duprat, une histoire de l'extrême droite". (Il est visible ici).

via tempspresents et droites-extremes

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11/02/2010

FISSURES DANS L’OMERTA - CQFD

Mis à jour le :15 février 2007. Auteur : Gilles Lucas.

« La Mafia n’est pas étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées », disait Debord en 1988. Janvier 2007, à l’aise devant les caméras de télé, un homme d’honneur et d’influence crache le morceau.

JEUDI 11 JANVIER. L’émission de Frédéric Taddei « Ce soir ou jamais » sur France 3 bat son plein. Sujet : « Truands : de la fiction à la réalité ». Xavier Raufer, l’éminent commerçant paranoïaque, semble attendre patiemment. Lorsqu’il prend enfin la parole, c’est pour se répandre dans une litanie d’annonces apocalyptiques. « Les enlèvements se multiplient. Les choses s’aggravent… Aujourd’hui, les braquages sont bricolés. C’est trois ou quatre jeunes. Sans repérage. C’est le signal d’une nouvelle génération de criminels. Et puis les activités s’enfilent les unes dans les autres… Après les braquages, on passe directement à la drogue et à la prostitution… Partout se développent de formidables organisations criminelles… » À lire les titres de ses ouvrages, on cherche du regard les issues pour pouvoir s’arracher au plus vite : Le grand réveil des mafias, La guerre ne fait que commencer, Les treize menaces du Chaos mondial

Enseignant à l’Institut de criminologie de Paris et professeur à l’École de police criminelle de Chine, Raufer est un des principaux prosélytes et commerçants de la « tolérance zéro ». Mais maintenant que cette idéologie sécuritaire a conquis tous les milieux dirigeants, ce sont surtout les mafias qui le préoccupent. Et il sait de quoi il parle : ses relations, amitiés, collaborations confinent à un véritable annuaire de la classe dirigeante. Attention, pince-nez obligatoire ! On y trouve, pêle-mêle, Giscard, L’Express et Le Figaro, Pasqua, la cellule élyséenne de Mitterrand, des services secrets américains, le directeur de France Culture, les cercles patronaux, les autorités chinoises, des milieux universitaires, Radio Courtoisie, la direction de la gendarmerie, Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient de France…

Militant, dans les années 60, dans le groupuscule néofasciste Occident, Xavier Raufer, dit « Bonne Soupe » [1], a côtoyé dans sa jeunesse Madelin et Longuet, passés depuis au néolibéralisme. Leur mentor ? Georges Albertini, un ex-vichyste ayant grenouillé durant l’après-guerre dans les milieux bancaires, les officines anticommunistes occultes et divers services secrets. Dans les copinages juvéniles de Raufer, on retrouve aussi un certain Penciolelli et Patrick Buisson, respectivement ancien patron et ex-directeur de la rédaction du journal d’extrême droite Minute. Actuellement directeur du service politique du Figaro, Buisson animait encore récemment des émissions sur LCI en compagnie du présentateur vedette David Pujadas. Lequel est membre du « Siècle », think tank qui rassemble depuis 1944 les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française. La quintessence des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques s’y rencontre, entre autres Claude Bébéar, Thierry Breton, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Marie Colombani, Jean-François Copé, Laurent Fabius, Serge July, Alain Minc, Nicole Notat (Vigeo), Michel Pébereau (BNP Paribas), Patrick Poivre d’Arvor, Nicolas Sarkozy, Ernest-Antoine Seillière, Jean- Claude Trichet… Mamma mia ! Tous ces padrone et caporegime qui polémiquent en public et se concertent quand micros et caméras s’éteignent ! De quoi céder au plus délirant conspirationnisme face à un tel faisceau de connivences partout présent dans l’économie, les médias, la politique et les institutions !

On comprend mieux alors, l’intérêt que Xavier Raufer porte aux mafias « illégales » en concurrence directe avec celles disposant de la loi. Et, devant les caméras, « l’expert » de s’ébaudir, sans oser se nommer lui-même, sur le savoir-vivre des chefs mafieux : « Ils ont une noblesse de comportement… La différence qu’il y a entre le milieu et la mafia, c’est la différence qu’il y a entre un beaujolais nouveau et un château-latour 1947. » Et rompant malencontreusement l’omertà : « Le jour où un chef de la mafia meurt, le lendemain il a un successeur, le jour où Action Directe a tué le PDG de Renault, il y avait un autre PDG. Il n’y a pas eu une voiture de moins produite dans l’année. La mafia, c’est pareil, ça continue… » Voilà qui est dit ! En clair, systèmes industriels et commerciaux et mafias, même fonctionnement, mêmes principes, mêmes garanties pour la pérennité du pouvoir, même connivence occulte imposant la dépendance.

Alors, que viennent faire au milieu de ces « guerres » entre mafias, les offensives menées contre la grande masse des anonymes au nom de la « tolérance zéro » et de la lutte contre les incivilités ? Contrôler et réprimer les populations sans pouvoir, c’est montrer spectaculairement l’omniprésence du droit et de la loi dans la rue tout en ne dérangeant pas dans leurs palais les véritables prédateurs. Comme dans toutes les guerres modernes, pris entre deux feux, ce sont les civils qui morflent. Et si en plus toute l’opération dégage de beaux profits grâce à l’intoxication paranoïaque et à l’explosion du marché de la sécurité, c’est du nanan !

Article publié dans CQFD n° 42, février 2006.


[1] C’est ainsi que le surnomment ses amis de jeunesse (cf : members.aol.com/MOccident)

19:59 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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