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04/07/2009

Les Etats-Unis réinventent le Macchartisme - Glenn Beck de Fox TV n'a pas lu l'Insurrection qui vient...(réactualisé)

 

Le journaliste politique Glenn Beck livre sur la chaîne américaine Fox News son analyse du livre «L'insurrection qui vient», dont la version traduite en anglais sort le 9 août. Selon lui, il s'agit d'«un livre dangereux» qui «appelle à la révolution violente» et que les Américains doivent prendre très au sérieux.

The Coming Insurrection : panique à Fox News

Trouvé dans la bibliothèque de Julien Coupat à Tarnac lors de son arrestation, et considéré par ses accusateurs comme une pièce à conviction, L’insurrection qui vient, publié en 2007 à La Fabrique, a connu depuis un succès inattendu. La traduction anglaise paraîtra en août aux Presses du Massachusetts Institute of Technology (MIT), et elle semble bien partie pour susciter autant d’émoi aux Etats-Unis qu’en France (1). Le 1er juillet, sur Fox News, le chroniqueur Glenn Beck brandit le brûlot du Comité invisible en le qualifiant de « livre dangereux ». Sur fond d’images d’émeutes dans les banlieues françaises ou ailleurs, il en extrait quelques citations terrifiantes et annonce que Julien Coupat est en passe de pénétrer clandestinement sur le territoire américain. Il conclut en soupirant que, partant en vacances le soir même, il va maintenant devoir... lire ce livre, « pendant que toute sa famille lira des choses amusantes », afin de pouvoir, à son retour, dire à son public « ce qu’il y a dedans » !

« En dépit des exorcismes, le spectre de la révolution, l’immense espoir qu’un jour tout pourrait changer, filtre de la conscience collective et naît de l’enchaînement des événements. Les colères soulevées par la crise économique inquiètent les commentateurs conservateurs. Conscients que leur modèle idéologique s’effrite, ils scrutent avec inquiétude les signes du surgissement... Un autre monde ? La course folle du capitalisme vient en tout cas de fissurer celui que nous connaissons », écrivions-nous en ouverture de notre dossier de mai, « Comment naissent les révolutions », désormais accessible en ligne.

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-07-03-The-Co...

 

«L'extrême gauche appelle activement à la violence. [...] Ils veulent abattre le capitalisme et le mode de vie occidental. Cela a commencé en France et s'est étendu à des pays comme le Grèce ou l'Islande, des pays où les gens n'ont plus de travail, plus d'argent et plus de patience. [...] L'Europe est au bord de la destruction depuis plusieurs années. Maintenant, le phénomène est sur le point d'arriver aux Etats-Unis.»

Le présentateur révèle que Julien «Coupé», l'un des auteurs présumés du livre, a visité le Canada avec son amie en janvier 2008 et s'est «glissé» de l'autre côté de la frontière pour visiter New York. «Qui s'inquiète de la frontière canadienne? Au fait, nos frontières sont sûres, pas vrai?» ironise-t-il.

Conclusion de Glenn Beck, qui avoue tout naturellement n'avoir pas encore lu le livre: «Je ne demande pas à une interdiction de ce livre. Il est important que vous lisiez ce livre. Vous savez ce que les gens pensent, vous savez qui sont les ennemis, et vous êtes prêts.»

Slate : http://www.slate.fr/story/7605/lam%C3%A9rique-doit-se-pr%...

 

 

 

 

 

 

Autre analyse mais même conclusion sur Libération :

http://www.liberation.fr/brut-de-net/06011086-fox-news-fa...

 

Voilà une pub inattendue pour la sortie américaine imminente du livre qui a empêché Michèle Alliot-Marie de dormir... Le très droitier Glenn Bleck a consacré sa chronique du 1er juillet sur la chaîne conservatrice Fox News à l'Insurrection qui vient, que le gouvernement français soupçonnait Julien Coupat d'avoir écrit.

La traduction anglaise -The Coming Insurrection- doit être publiée aux Etats-Unis début août, aux presses du Massachussets Institute of Technology. Et Glenn Beck voit là de "gros problèmes en perspective", tant les "désaffiliés" du monde entier ont tendance à se rebeller ces derniers temps.

Lors de son show -en version traduite par Libé ci-dessus- Glenn Beck lit des extraits du livre sur fond d'images d'émeutes en France et de manifestations au Japon ("Ils ne font pas ça, normalement, les Japonais!", s'étrangle-t-il).

Pour le chroniqueur -qui annonce emmener le livre en vacances- il est urgent de lire l'Insurrection qui vient "afin de connaitre ses ennemis".

 

Comme part hasard, le ROS Italien vient de mettre la main sur les auteurs d’un vaste complot :

 

Présentés comme appartenant à «la mouvance anarchiste», ils ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à saboter une ligne de train en Italie. Ils doivent être inculpés pour «association subversive» «dans un but terroriste».


Deux jeunes Italiens, présentés comme appartenant à «la mouvance anarchiste», ont été arrêtés vendredi 3 juillet en Italie, alors qu’ils s’apprêtaient à saboter une ligne de train. C’est la section anti-terroriste de la gendarmerie italienne (Ros) qui a effectué cette arrestation, a-t-elle elle-même annoncé.

Ils ont été interpellés à 5h (3h GMT), sur un pont au-dessus de la ligne ferroviaire Orte-Ancône (nord-est). Ils étaient à bord d’une voiture volée qui contenait des crochets artisanaux en fer pouvant servir à provoquer un court-circuit sur le réseau d’alimentation de la ligne, a indiqué à l’AFP un porte-parole du Ros, sous le couvert de l’anonymat.

«Nous sommes intervenus un peu avant qu’ils ne mettent leur projet de sabotage à exécution», a affirmé le porte-parole.

Une quarantaine de perquisitions

Dans le même temps, les gendarmes ont procédé, sur instruction du parquet de Pérouse (nord-ouest), à une quarantaine de perquisitions chez des sympathisants du groupement «anarcho-insurrectionnel» auquel appartiendraient les deux jeunes arrêtés, selon les mêmes sources.

Pour ce qui est des deux jeunes interpellés dans la voiture près de la ligne Orte-Ancône, l’un d’eux est né à Rome en 1982 et l’autre à Pérouse en 1987, a précisé le porte-parole, qui n’a pas fourni plus de précision sur leur identité.

«Dans un but terroriste»

Les deux jeunes seront inculpés pour «association subversive» et «atteinte à la sécurité des transports publics dans un but terroriste», a-t-il indiqué. 37 autres personnes de ce mouvement «anarcho-insurrectionnel» ont été inculpées d’«association subversive» à l’issue des perquisitions, selon le porte-parole. Mais ces dernières ont été laissées en liberté, a-t-il souligné.

Le mouvement «anarcho-insurrectionnel» est un mouvement subversif interdit, a précisé le porte-parole des Ros qui a précisé qu’à ce stade l’enquête ne faisait pas apparaître de liens avec l’étranger.

Le G8 en toile de fond

La police et la gendarmerie italiennes sont en état d’alerte maximale en raison de l’imminence de la tenue du 8 au 10 juillet du sommet du G8 à L’Aquila dans les Abruzzes (centre) et de l’arrivée en Italie de 39 chefs d’État ou de gouvernement étrangers.

Le 11 juin dernier, les forces de l’ordre avaient déjà arrêté six personnes qu’elles soupçonnaient de préparer un attentat contre le G8.

La sécurité des transports ferroviaires est également au centre des préoccupations des autorités italiennes après la catastrophe de Viareggio (nord-ouest) qui a fait lundi 21 morts dans l’explosion accidentelle d’un wagon-citerne chargé de GPL (gaz de pétrole liquéfié).

Cette affaire intervient alors qu’en France se poursuit l’enquête controversée de la section sur les neuf inculpés de Tarnac, soupçonnés eux aussi par les enquêteurs d’avoir voulu saboter des lignes ferrovières en France.

Leur presse (Le Nouvel Observateur), 3 juillet.

 

 

Après le fantôme des Brigades rouges ressuscité il y a trois semaines, c’est maintenant aux «anarcho-insurrectionnels» d’occuper la scène répressive, en remake de «Tarnac».

Dans la nuit américaine du spectacle, toutes les vaches sont grises.

À bas l’État ! Et gare à ses flics de tout poil — en face comme parmi nous !

Avait posté hier le visionnaire « Le Jura Libertaire ».

 

 

Herr Grimaud, 23 mars 2009

Des sorcières aux autonomes : les hérétiques, de l’Antiquité à nos jours

 

Un lien entre le traitement fait aux supposés tenants de la sorcellerie, dans le passé, et celui réservé aux prétendus membres de la mouvance anarcho-autonome, aujourd’hui ? Allons donc, faut pas pousser mémé dans les orties… Pourtant : si. Et je vous le prouve, au long d’un rappel historique s’appuyant sur le travail de Norman Cohn. Sortez vos balais et vos chapeaux pointus, fini de rire !
Retour aux sources : cette bonne vieille Antiquité

La sorcellerie telle qu’elle est conçue et imaginée au Moyen-âge est un héritage de l’Antiquité. Les accusations de démonolâtrie et d’infanticides rituels sont prononcés pour la première fois à l’encontre des chrétiens, à l’époque une secte dissidente du judaïsme refermée sur elle-même et qui prétend que son Dieu est le seul labellisé 100% divin. C’est l’aspect mystérieux et confidentiel de cette secte, la confusion par rapport à l’Eucharistie (manger le corps du christ sous forme de pain) et à l’Agape (nom donné au repas que prenaient les premiers chrétiens pour commémorer la cène et pendant lequel ils échangeaient le baiser de la paix) qui conduisent de nombreux observateurs de l’époque à décrire les chrétiens comme participant à des orgies incestueuses et cannibales et à des sacrifices rituels. Certaines descriptions carrément grotesques en deviennent comiques, notamment l’accusation d’adorer un Dieu à tête d’âne et de lui baiser l’anus (dans le monde antique, si certains dieux ont effectivement des parties animales, peu sont aussi mal considérés que l’âne). Les chrétiens étant une secte marginale, ils servent de boucs émissaires et agrègent tous les fantasmes morbides de l’époque.

Le système religieux romain est une concrétion à même d’assurer l’unité de l’empire et la « pax romana ». Au fur et à mesure que l’empire s’étend, les Dieux et les peuples sont pareillement intégrés. Parallèlement, la société romaine évolue vers une déification de l’empereur. A ce stade, le monothéisme des premiers chrétiens est considéré comme une atteinte à la société dans son ensemble, d’où les persécutions dont ils sont victimes.

La religion catholique finit par sortir de son ornière et, bien entendu, il n’est plus question de ces accusations lorsque la religion chrétienne, prosélyte et universelle, devient religion d’empire.

Paradoxe historique

L’évolution que connait l’idée de sorcellerie au cours du Moyen-âge est parallèle à la diabolisation des hérétiques. En pratique, il s’opère un retournement historique audacieux : les chrétiens accusent ceux qui dévient du dogme de ce qu’on leur reprochait à l’origine. D’où : ces accusations sont toujours une manière d’exclure les personnes incriminées de la société humaine en les accusant de transgresser l’ensemble des tabous communément admis (inceste, partouze, manger les bébés, zoophilie…). C’est valable pour les Vaudois, les Cathares et les Fraticelli. Ça a également été le cas pour les Templiers, qui n’ont eu d’autre tort que d’avoir une immense fortune aiguisant l’appétit de ce psychopathe de Phillipe le Bel. Ces affaires démontrent l’utilisation machiavélique qui a pu être faite de ce type d’accusations.

Par la suite, il s’opère une confusion entre la perception paysanne de la sorcellerie (qui s’exerce sous forme de « malleficum » : maléfices ayant pour objet de nuire à quelqu’un), la conception du magicien (lettré qui fait appel à des forces démoniaques sur la base de rituels établis par écrits) et ces hérésies dont les adeptes, par la force des choses, ont une pratique collective et secrète de leur foi. Si le fait de transformer ces derniers en adorateurs du démon bons pour le feu relève incontestablement de la manipulation, une grande part des procès individuels et collectifs dans les villages relèvent du fanatisme religieux, de l’obscurantisme et de la connerie humaine. Avec ce constat : les personnes taxées de sorcellerie s’étaient souvent, au cours des années, mis une grande part de la population du village à dos ; cette accusation matérialisait ainsi un consensus villageois pour se débarrasser de quelqu’un.

Méthode inquisitoriale

En ce qui concerne la justice, la méthode inquisitoriale est une innovation intéressante de la période. Auparavant, le procédé de droit utilisé était largement issu du droit germain : la méthode accusatoire imposait au plaignant d’engager personnellement sa responsabilité dans la plainte déposée. Et s’il n’apportait pas la preuve matérielle de ses accusations, c’est lui qui se mangeait un châtiment équivalent. Ce système avait l’avantage de limiter les procédures aux cas où les personnes étaient prêtes à prendre ce risque considérable pour obtenir justice.

A contrario, la méthode inquisitoriale consiste en une mise en accusation par la puissance publique. Cette dernière se charge d’obtenir des aveux par la torture et de brûler l’accusé s’il revient sur ses aveux. Pratique, n’est-ce pas ? D’où la possibilité d’obtenir ce qu’on veut de qui ont veut, de suggérer et de voir immédiatement la personne contresigner.
(Pour information, la raison qui sous-tendait l’utilisation de la torture dans les procès en sorcellerie est la suivante : les personnes étant sous l’emprise du démon, seule une torture bien menée pouvait permettre de rompre le lien entre la victime et les puissances infernales ; la torture était donc vivement recommandée par Dieu lui-même, puisque les aveux pouvaient permettre de sauver l’âme du pauvre pêcheur(resse).)

La grande chasse au sorcière des XVIe et XVIIe siècles, et les procès de masse qui ont eu lieu, proviennent de l’exigence de délation de la part des autorités, persuadées d’avoir affaire à une force occulte organisée. Sous la torture, les gens dénonçaient n’importe qui. Pour exemple, dans la petite ville de Wiesensteig, en Allemagne, 63 femmes ont été brûlées pour la seule année 1562 ; et en une année, des villages ont perdus prés de 10 % de leur population.

Ésotérisme et falsification historique

Question : y avait-il une organisation structurée de sorciers ? L’auteur de Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen-Âge, fantasmes et réalités, Norman Cohn, pose que l’amalgame opéré entre hérésie et sorcellerie, entre des pratiques individuelles et des pratiques collectives, a conduit de nombreux auteurs modernes à verser dans cette erreur historique postulant l’existence de « covens », ces sociétés secrètes de sorciers(ères) se livrant à des sabbats, réunions périodique comportant leur lot d’activités plus ludiques les unes que les autres. Telles qu’invocation du démon ou du diable en personne, grosse partouze et dévoration de bébés…

Les principales sources d’information à ce sujet sont les comptes-rendus de procès d’inquisition. Au vu des méthodes employées, on peut se poser des questions sur la crédibilité de ces témoignages. Et supposer que ces compte-rendus sont surtout des projections d’inquisiteurs obsédés par leurs propres démons. Ainsi de cet abbé persuadé que des diablotins s’acharnaient sur lui, lui donnant des gaz et le faisant dormir pendant la messe…

Ce qui est amusant, c’est que l’ouvrage de référence en la matière, celui de madame Murray, publié au début XXe siècle, a conduit à la renaissance du mouvement païen et à la constitution de la Wicca, néo-paganisme moderne né dans les années 30 sous l’influence de l’ouvrage de Murray et d’un individu nommé Gardner. Pourtant, aucune preuve historique sérieuse n’existe pour confirmer ce postulat de l’existence d’une société secrète de sorciers. Par ailleurs, sa théorie se fonde largement sur l’oeuvre d’ethnologie de Frazier, le « Rameau d’Or », qui ramène la plupart des croyances antiques à la fertilité. Pour Murray, les cercles de sorcières étaient des cercles de femmes adorant une sorte de religion primitive de la terre et de la fertilité, en opposition au patriarcat du catholicisme.

A la suite de Murray, de nombreuses théories historiquement invérifiables ont été échafaudées, comme celle de Michelet, postulant que les cercles de sorciers étaient en fait des réunions de personnes en rébellion contre l’autorité de la religion et des seigneurs. Il est intéressant de constater que ces théories suivent très fidèlement le Zeitgeist du moment : celle de Michelet par son enthousiasme pour l’émancipation des classes laborieuses et le féminisme naissant ; celle de Murray par Frazier ; enfin, celle de Rose par l’époque psychédélique (il postule de grandes réunions de défonces à base de décoctions de plantes et des orgies avec des gens déguisés en animaux).

Les liens à établir avec notre époque, maintenant, chez nous

D’après Norman Cohn, les historiens ont gravement sous-estimé les capacités de l’imagination humaine : les récits de sorcellerie sont manifestement des compilations de faux documents et de délires montés de toute pièce. Il en ressort aussi un archétype au sens Jungien [1] de la société secrète, que l’on retrouve dans l’antisémitisme au XXe siècle (notamment à travers le Protocole des sages de Sion), mais également dans le traitement du terrorisme et la paranoïa sécuritaire actuelle.

La continuité est de deux ordres.

- Sur la forme : le traitement fait aux « terroristes » présumés dans les prisons israëliennes ou américaines est du même ordre que celui réservé aux hérétiques du Moyen-âge ; de même, alors qu’au Moyen-âge existaient des manuels de la « question » pour faire avouer l’hérétique, des manuels de torture ont été réalisés à destination des marines américains.
On peut constater aussi que la procédure inquisitoriale a déteint sur la conception juridique actuelle, en tout cas en matière de lois antiterroristes. Une des principales caractéristique de la procédure inquisitoriale comme des lois antiterroristes est l’absence presque totale de protection de l’accusé. La puissance publique accuse, cherche les preuves, condamne et applique la sentence. En pratique, elle part de sa propre conviction, sans qu’elle soit motivée par une plainte ou une dénonciation (comme c’est le cas en droit romain, par exemple), et cherche ce qui peut étayer sa thèse. Pour moi, les hérétiques du XXe siècle sont les personnes suspectées de terrorisme (étant donné qu’une infime part de ces dernières sont effectivement des terroristes actifs).

- Sur le fond : il apparaît clairement que le fantasme terroriste, bien qu’il soit en partie fondé sur la réalité, est largement amplifié et manipulé par les autorités capitalistes, occidentales et impérialistes (pas de raisons d’exclure le gouvernement chinois du cercle très ouvert des enfoirés). Sans revenir sur les différentes théories qui font du terrorisme une manipulation d’Etat, l’opportunité de l’ennemi intérieur et extérieur est évidente dans une situation de contestation politique grandissante et généralisée. Les masses terrorisées se concentrent alors sur le danger le plus immédiat : celui qu’on leur fait manger à l’heure du journal télévisé en accompagnement des petits pois.

[2]

D’une certaine manière, les membres de la mouvance anarcho-autonome incarnent les sorciers du XXIe siècle, et il est difficile de dire si l’acharnement dont elle est victime (si tant est qu’elle soit autre chose qu’un fantasme du pouvoir) est de la manipulation ou du fanatisme dogmatique. Dans l’affaire de Tarnac, on a pu voir la preuve de cette procédure inquisitoriale dans la recherche de pièces à conviction : harnais, horaires de trains et, pour montrer que Julien Coupat était le chef de la « bande », ce qui justifie encore son incarcération, un dessin d’enfant sur lequel il figure au-dessus (tout simplement parce-que l’enfant l’avait tout d’abord oublié).
Et si la soi-disant mouvance anarcho-autonome représente la sorcellerie du XXIe siècle, il n’y pas loin à chercher pour trouver l’Eglise prosélyte et universaliste, avec ses conciles (G8) et ses instances prétendant gouverner le monde (OTAN, ONU, FMI, OMC), par la force s’il le faut. Si au niveau franco-français, les autonomes font une bel épouvantail, à l’échelle du monde c’est l’ensemble des mouvements alternatifs et de contestation qui sont régulièrement attaqués.

La dérive sécuritaire paranoïaque me paraît n’être rien de plus qu’une énorme baudruche remplie de ces gaz fétides que produisent la peur et le fanatisme. Ça me fait bien marrer quand des gens disent : « Ça n’arriverait pas chez nous, on est pas des barbares »… Alors que « chez nous », on revient à grand pas aux bonnes vieilles méthodes médiévales de traitement de la contestation.


[1] Soit une « image primordiale » renfermant un thème universel, commun à toutes les cultures humaines mais figuré sous des formes symboliques diverses, et structurant la psyché inconsciente

[2] Affiche de Matt Mahlen.

Un article issu de : Des sorcières aux autonomes : les hérétiques, de l'Antiquité à nos jours

À voir en ligne ici : http://www.article11.info/spip/spip.php?article331

 

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23/06/2009

Road to Serfdom 7

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09:06 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/06/2009

Road to Serfdom 6

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La Tata Nano, la voiture la moins chère du monde, n'est pas accueillie partout avec le même enthousiasme. A Singur, dans le Bengale occidental, au nord-est de l'Inde, Tata a exproprié des fermiers pour installer une usine d'assemblage. La population ne voit pas d'un bon oeil l'arrivée des industriels qui menacnt l'économie locale. Et elle le fait savoir.

Un reportage d'Arnauld Miguet, Dominique Marotel et Divya Dugar, diffusé le 8 septembre 2008.





La Tata Nano, la voiture la moins chère du monde, n'est pas accueillie partout avec le même enthousiasme. A Singur, dans le Bengale occidental, au nord-est de l'Inde, Tata a exproprié des fermiers pour installer une usine d'assemblage. La population ne voit pas d'un bon oeil l'arrivée des industriels qui menacnt l'économie locale. Et elle le fait savoir.

Un reportage d'Arnauld Miguet, Dominique Marotel et Divya Dugar, diffusé le 8 septembre 2008.

Plus de vidéos et d'infos sur l'Inde sur le blog de France 2 New Delhi
http://blog.france2.fr/bureau-inde-france2/

 

20:52 | Lien permanent | Commentaires (0) |

15/06/2009

Road to Serfdom 5

 

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Essais québécois - "Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie"
Edward Bernays, neveu de Freud et Machiavel de la propagande

Rousseau disait de Machiavel « qu’en feignant de donner des lois aux rois, il en a donné aux peuples ». Peut-on en dire autant de l’Américain Edward Bernays (1891-1995), ce double neveu de Sigmund Freud que Normand Baillargeon présente comme « l’un des principaux créateurs [...] de l’industrie des relations publiques » ? La question, à tout le moins, se pose à la lecture de son ouvrage de 1928 franchement intitulé Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie.

Dans cet ouvrage « de propagande en faveur de la propagande », selon la formule de Baillargeon, Bernays définit cette dernière comme « un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe ». Selon lui, cette technique est, par essence, amorale. Aussi, pour déterminer si son usage est un bien ou un mal, « il faut d’abord se prononcer, et sur le mérite de la cause qu’elle sert, et sur la justesse de l’information publiée ». Quand il apprendra, par exemple, que Goebbels se servait d’un de ses ouvrages pour orchestrer sa propagande contre les juifs, Bernays en sera scandalisé. Pour lui, la propagande est une réalité incontournable du monde moderne, mais elle doit être mise au service de l’intérêt commun.

Baillargeon rejette cette candeur. Il rappelle que les causes de la naissance de l’industrie de la propagande entachent déjà sa nature. Il s’agissait, précise-t-il, au début du XXe siècle, de sauver la réputation des trusts, affectée par des fraudes financières et des scandales politiques, et de justifier l’entrée en guerre des États-Unis en 1917. Dès leur apparition, donc, les relations publiques s’avèrent plus en phase avec la manipulation des masses au profit d’une élite qu’avec le souci de l’intérêt commun.

Après le premier conflit mondial, ajoute Baillargeon, naîtra « l’idée d’offrir la nouvelle expertise d’ingénierie sociale développée en temps de guerre aux clients susceptibles de se la payer en temps de paix — et donc d’abord aux entreprises, puis aux pouvoirs publics ». Cette expertise repose sur des savoirs empruntés surtout aux sciences sociales et se justifie, selon ses partisans, par une conception de la démocratie ouvertement paternaliste.

Impulsion, habitude, émotion

Bernays adhère à l’idée que la mentalité collective n’est pas guidée par la pensée mais « par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion ». Selon lui, « la vapeur qui fait tourner la machine sociale, ce sont les désirs humains » et, pour cette raison, « ce n’est qu’en s’attachant à les sonder que le propagandiste parviendra à contrôler ce vaste mécanisme aux pièces mal emboîtées que forme la société moderne ».

Bernays multiplie les professions de foi démocratique, mais sa conception de la démocratie s’apparente plutôt, en fait, à du despotisme éclairé. Ainsi, avec une rare impudeur, il affirme que, le monde moderne étant complexe et traversé par une foule d’influences et d’intérêts divers, la démocratie a besoin d’un « gouvernement invisible », composé « d’une minorité d’individus intelligents », dont le mandat est « de passer les informations au crible pour mettre en lumière le problème principal, afin de ramener le choix à des proportions réalistes ». Ces « chefs invisibles » doivent donc, grâce à la propagande, « organiser le chaos » pour éviter « que la confusion ne s’installe ».

La démocratie à la Bernays, on le voit, a de forts relents de Big Brother. Ce qui, au fond, la distingue de la dictature, c’est son souci d’imposer des comportements non par la force et la répression, mais par la fabrication du consentement. Bernays, qui ne s’en cache pas, l’écrit noir sur blanc. Nous pourrions, suggère-t-il, procéder par la nomination d’un comité de sages qui nous dicterait nos comportements, mais mieux vaut « la concurrence ouverte ». Appréciez la définition de son idéal démocratique : « Il n’en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l’intérêt égoïste avec l’intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer. »

Ne pas être dupe

On peut, bien sûr, on doit, même, se scandaliser d’un tel programme. C’est d’ailleurs ce que fait Normand Baillargeon dans sa solide présentation de cet ouvrage en rappelant que les propositions de Bernays contredisent l’idéal démocratique moderne. À l’éthique de la discussion rationnelle, elles opposent « une persuasion a-rationnelle » ; à la vertu de l’honnêteté et au droit à l’information, elles opposent la manipulation et « l’occultation de données pertinentes » ; à la participation du plus grand nombre et à l’intérêt vraiment commun, elles opposent le privilège de la « minorité intelligente » de définir l’intérêt commun en fonction des siens. Bernays a beau multiplier les appels en faveur de l’honnêteté et contre l’usage d’arguments fallacieux dans la propagande, on découvre toutefois rapidement qu’il souffle le chaud et le froid quand on lit, sous sa plume, qu’il importe de faire éprouver à l’opinion « l’impression voulue, le plus souvent à son insu », et que notre démocratie « doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider ». Comme disait l’autre, ils veulent notre bien et ils vont l’avoir.

On peut, donc, se scandaliser, mais il faut néanmoins reconnaître que, quoi qu’en dise la propagande, justement, c’est souvent ainsi que nos démocraties fonctionnent. Bernays, sur un point, a raison : la propagande est là pour de bon. Il s’agit de n’en être pas dupe et, pour cela, de développer inlassablement deux outils dignes de l’idéal démocratique non détourné : une école gratuite qui enseigne de solides rudiments d’esprit critique et un journalisme indépendant de qualité. Cela a l’air peu, mais ce peut être beaucoup.

louisco@sympatico.ca

***

Propaganda - Comment manipuler l’opinion en démocratie

Edward Bernays

Traduit de l’anglais par Oristelle Bonis

Présentation de Normand Baillargeon

Lux

Montréal, 2008, 168 pages

 

 

 

 

 

 

Louis Cornellier
Le Devoir
samedi 2 février 2008

 

 

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12/06/2009

Road to Serfdom 4

 

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A state controlled economic system:
The salesman asks his audience to make this pledge: "I hereby turn over to Ism, Incorporated, everything I have, including my freedom, and the freedom of my children, and my children's children, in return for which said Ism promises to take care of me forever." This doesn't scare them. So onlooker "John Q. Public" urges them to get better acquainted with the enemy.
"Before signing up, you boys ought to try a little taste of Dr. Ism's formula to see what you'd get in exchange for your 'freedom.' Go ahead! Try it." They drink and are plunged into a totalitarian dream. Clamped inside the State's iron fist, the worker cannot strike and is no longer protected by his union. The manufacturer is now irrelevant. "No more private property. No more you!" the State says to manufacturer, kicking him out onto the street. The farmer is controlled through a central production plan and turned into an industrialized employee of the state. One courageous politician speaks up for freedom, but is quickly brainwashed, becoming "State Propaganda speaker 3120," a phonograph where his head should be, saying "Everything is fine!" over and over again.

08:25 | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/06/2009

Road to Serfdom 3

 

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Nuclear energy is playing a vital role in the life of every man, woman, and child in the United States today. In the years ahead it will affect increasingly all the peoples of the Earth. It is essential that all Americans gain an understanding of this vital force if they are to discharge thoughtfully their responsibilities as citizens and if they are to realize fully the myriad benefits that nuclear energy offers them.
- Foreword to the 'Plowshare' booklet1, Edward J Brunenkant, Director, Division of Technical Information, Atomic Energy Commission (AEC)

 

 

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10/06/2009

Road to Serfdom 2

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09:07 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/06/2009

Taxes for Democraty - Road to Serfdom

 

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09:37 | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/06/2009

La guerre des idées. Les intellectuels se bornent-ils à mettre leurs idées au service du maintien de l’ordre social ?


Combien de divisions ?

« Le secteur public et sa dette vont prendre une part plus importante dans l’économie de nombreux pays. Mais à long terme, beaucoup de choses dépendent de comment les responsabilités de cette catastrophe seront assignées. C’est là qu’une importante bataille intellectuelle doit et devra être gagnée. » Cet éditorial de l’hebdomadaire britannique The Economist, publié le 18 octobre 2008, en pleine bourrasque financière, a l’avantage d’annoncer la couleur : il n’est pas de crise économique, de transformation sociale ou politique dont les effets concrets soient séparables de l’interprétation qui en est proposée. Les plus terribles déroutes peuvent ainsi se convertir en victoires par la magie des commentateurs autorisés. Donner le sens des faits, trouver les mots ou les catégories pour les dire constituent des batailles décisives. Imputer le chômage de masse à la rigidité du marché de l’emploi n’a pas les mêmes implications que de l’analyser comme le résultat de la voracité des actionnaires. Produire des représentations du monde social constitue ainsi une dimension fondamentale de la lutte politique.

Qui construit ces représentations ? « Tous les hommes sont des intellectuels, mais tous les hommes n’ont pas dans la société fonction d’intellectuel. » Dans ses Cahiers de prison, Antonio Gramsci (1891-1937) attirait déjà l’attention sur l’existence d’« intellectuels de profession », disposant d’un quasi-monopole sur la construction de catégories de perception de la réalité. Après la seconde guerre mondiale, l’élévation continue des niveaux de scolarité dans l’ensemble des sociétés occidentales industrialisées y a largement accru leur nombre. Au point que l’économie de la connaissance occupe dorénavant une place sans commune mesure avec celle qui était la sienne dans un passé récent.

Néanmoins, la position de ces travailleurs de l’esprit est ambiguë. Les clercs du XIVe siècle détenaient certes le savoir mais, comme hommes d’Eglise, ils définissaient également les places et les hiérarchies dans l’ordre du monde. A leur tour, les philosophes des Lumières élaborèrent les analyses qui accompagnèrent l’émancipation de la bourgeoisie des structures féodales et aristocratiques. Par la suite, on ne compte plus ni le nombre de travaux de psychiatres soi-disant rigoureux destinés à établir l’infériorité intellectuelle des colonisés, ni celui des écrits produits par une armée de sociologues et de psychologues pour lutter contre le syndicalisme dans les usines ou les mouvements révolutionnaires, en Amérique latine notamment.

Dans une actualité plus récente, les recommandations des économistes en faveur des plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI), les commentaires des philosophes de cour sur les flambées de violence dans les banlieues françaises ou l’auscultation par d’éminents professeurs de science politique des penchants prétendument autoritaires et racistes des milieux populaires ont été dans le même sens.

Les intellectuels se bornent-ils à mettre leurs idées au service du maintien de l’ordre social ? Pas seulement. Car si la détention d’un savoir, d’une éducation les place du côté des privilégiés, ils n’en sont qu’une fraction dominée, face à ceux qui possèdent un capital plus économique.

Une bonne part des prises de positions, politiques notamment, de l’intellectuel découlent de cette tension. Soit, comme le disait Jean-Paul Sartre, il devient « quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas », c’est-à-dire qu’il use de sa notoriété scientifique « pour critiquer la société et les pouvoirs établis au nom d’une conception globale de l’homme ». C’est le chemin qu’ont choisi, selon des modalités différentes, des savants de renom comme Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Edward W. Said ou Noam Chomsky, mais aussi nombre d’intellectuels moins connus.

Soit il affecte de ne pas savoir ce qu’il sait du monde social et de ses injustices, et se transforme en ce que Paul Nizan appelait un « chien de garde ». Parfois de manière franche, comme le philosophe François Ewald, ancien maoïste devenu conseiller de la Fédération française des sociétés d’assurances, quand il explique : « La politique est devenue impuissante et décevante. Et les intellectuels ont compris que le vrai pouvoir se trouvait du côté des entreprises (L’Expansion, 1er décembre 2002). » Parfois de manière plus détournée, en prenant l’allure de l’intellectuel engagé et en commençant, comme lui, à critiquer les ravages de telle ou telle politique, mais en ajoutant aussitôt que les choses sont « plus complexes » et en condamnant les formes radicales de résistance. Il sera le théoricien de la « réforme », c’est-à-dire de l’adoucissement des conditions de l’exploitation, mais du maintien de ses fondements.

En 1843, James Wilson, un homme d’affaire écossais, voulut lutter contre les Corn Laws, des lois protectionnistes, en même temps que convaincre l’ensemble des élites de son temps de la nécessité du libre-échange. Il s’entoura d’intellectuels qui y étaient favorables, créa un organe de diffusion de qualité, The Economist, et se fit élire député. Pour lui, la guerre des idées pouvait commencer

Laurent Bonelli.

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I. Producteurs d’idées

Les sociétés contemporaines traversent-elles une crise de la pensée ? C’est en tout cas ce que l’on pourrait croire à écouter les complaintes de certains intellectuels dont journalistes et éditorialistes se font régulièrement l’écho. Pourtant, jamais les intellectuels n’ont publié un tel nombre de livres, d’articles ou de tribunes de presse. Jamais leurs textes, leurs conférences n’ont autant circulé, grâce au développement d’Internet. Jamais, enfin, ils n’ont pu bénéficier d’un public instruit aussi large, résultant de la progression des effectifs de l’enseignement supérieur dans la plupart des démocraties occidentales.

Cette sensation de crise provient sans doute du fait que l’essor de leur rôle public s’est accompagné d’un durcissement des tensions portant sur la définition même de la figure de l’intellectuel.

Le développement des médias de masse donne en effet une prime à ceux capables de s’adapter aux formats et aux exigences des journalistes. Ils seront ceux qui donnent « de la profondeur » à un reportage, habillant – avec style parfois – des problématiques dans l’air du temps. L’activité – hyperactivité diront certains – de ces savants des apparences contraste largement avec celle de scientifiques construisant patiemment un objet de recherche dans leur laboratoire et destinant leurs résultats d’abord à leurs pairs. Parmi ces derniers, rares sont ceux qui engagent leur savoir dans les débats de société. Au point d’ailleurs de donner facilement prise à un antiintellectualisme dont certains hommes politiques peuvent habilement jouer, comme les républicains aux Etats-Unis, ou plus récemment M. Nicolas Sarkozy en France. Mais l’autonomie de pensée de ces universitaires et scientifiques n’est en rien acquise définitivement. La part croissante du nombre de chercheurs précaires, comme celle des entreprises dans le financement de leur travail, contribue à redéfinir les problématiques et même les objets de leur travail intellectuel.

II. Lieux stratégiques

Les récentes réformes du monde universitaire et de la recherche ainsi que les mobilisations qu’elles ont suscitées rappellent que l’enjeu est considérable. S’agit-il de produire des savoirs immédiatement fonctionnels dans l’entreprise, comme le souhaitent nombre de gouvernants, ou de défendre un projet d’émancipation sociale par la connaissance ? L’énergie des chercheurs doit-elle se concentrer sur des brevets industriels, sur la meilleure rationalisation des tâches dans une institution, ou peut-elle s’employer à montrer les ravages de telle politique de sécurité ou de la concentration des médias ?

Cela vaut également pour le marché de l’édition. Est-il possible de faire exister une pensée qui ne serait pas immédiatement rentable économiquement, car elle reste minoritaire et va contre l’air du temps ? Que valent les connaissances élaborées dans des institutions privées de recherche (les think tanks), dont la principale préoccupation est de défendre les intérêts de leurs bailleurs de fonds ? Ces questions ne sont pas marginales. La guerre des idées nécessite en effet des infrastructures qui constituent à la fois des lieux de production et les principaux vecteurs de diffusion de la pensée. Un savant ne devient un intellectuel, disait Jean-Paul Sartre, qu’à partir du moment où il quitte son laboratoire pour élargir son audience au-delà de ses collègues. De là l’importance du contrôle de l’ensemble de ces structures de médiation, qui, par l’enseignement, des livres, des articles ou des notes de synthèse, fournissent à des millions d’individus des grilles de lecture et d’interprétation du monde qui nous entoure.

III. Querelles intellectuelles

Le libéralisme économique et la démocratie représentative sont-ils la « fin de l’histoire », comme l’énonçait le philosophe américain Francis Fukuyama, ou allons-nous vers un « choc des civilisations », comme le laissait entendre son collègue Samuel Huntington ? L’effondrement des modèles alternatifs semble donner raison au premier.

En tout cas, les libéraux de tout poil le proclament haut et fort même au coeur d’une crise profonde de leur système. Quant aux analyses du « choc des civilisations », elles sont nourries par les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et par le regain de la violence politique commise au nom de l’islam. Voire par le rôle croissant occupé par la Chine dans les relations internationales.

Apparemment contradictoires, ces deux thèses partagent pourtant le même présupposé, celui de la supériorité des « valeurs occidentales » sur toutes les autres. Loin d’être seulement descriptives, elles participent d’un travail de rationalisation de la domination qu’exerce une partie du Nord sur le Sud, le capital sur le travail.

Il en va de même pour l’histoire, qui reste souvent celle des vainqueurs. L’un des privilèges de ces derniers est en effet de pouvoir dire ce qui s’est passé, de l’écrire et donc de le transmettre. Les peuples colonisés, les minorités ethniques ou sexuelles pas plus que les classes populaires n’ont généralement droit de cité dans le grand récit de la saga des nations. A moins qu’à la faveur d’un changement des rapports de forces ils ne puissent retourner les armes du savoir contre ceux qui se croient leurs maîtres, et faire apparaître dans toute leur brutalité les dominations que dissimule la mémoire officielle.

 

http://www.monde-diplomatique.fr/mav/104/

 

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