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02/04/2011

LTI, la langue du IIIème Reich, de Victor KLEMPERER

Victor KLEMPERER (1881-1960), philologue, spécialiste de littérature française et italienne, professeur à l'Université de Dresde est destitué de son poste dès 1935 et échappe de très peu à la déportation. De religion juive, il est persécuté à ce titre par le IIIème Reich et rédige depuis 1933 jusqu'à 1945 un journal dans lequel il consigne toutes les déformations introduites dans la langue par le régime nazi. Ce journal, mis en forme et intitulé LTI comme Lingua Tertii Imperii, langue du Troisième Reich, n'est publié en Allemagne qu'en 1995.
Ce journal, véritable manuel de résistance, constitue à lui seul à la fois un témoignage de lutte intellectuelle et une étude serrée de la grammaire, de la syntaxe et du vocabulaire, tels qu'ils ont été utilisés pour envenimer, pervertir et déformer la langue allemande pendant plus d'une dizaine d'années et dont certains effets, selon Victor KLEMPERER perdure encore.

Tout au long de ces 37 courts chapitres suivis d'un épilogue, on découvre à la fois les conditions dans lesquelles l'auteur a rédigé ses notes cachées à la Gestapo et les réflexions de fond suscitées par les événements dramatiques que l'on sait (ou qu'on ne sait pas assez bien...) sur les relations entre caractère et langage.

"On pourrait la prendre (la formule LTI) métaphoriquement. Car tout comme il est courant de parler de la physionomie d'une époque, d'un pays, de même on désigne l'esprit du temps par sa langue. Le Troisième Reich parle avec une effroyable homogénéité à travers toutes ses manifestations et à travers l'héritage qu'il nous laisse, à travers l'ostentation démesurée de ses édifices pompeux, à travers ses ruines, et à travers le type de ses soldats, des SA et des SS, qu'il fixait comme des figures idéales sur des affiches toujours différentes mais toujours semblables, à travers ses autoroutes et ses fosses communes."  "J'observais de plus en plus minutieusement la façon de parler des ouvriers à l'usine, celle des brutes de la Gestapo et comment l'on s'exprimait chez nous, dans ce jardin zoologique des Juifs en cage (les lieux de relégation des Juifs, avant la solution finale). Il n'y avait pas de différences notables. (...) Tous, partisans et adversaires, profiteurs et victimes, étaient incontestablement guidés par les mêmes modèles.
"On parle tant à présent (en 1945) d'extirper l'état d'esprit fasciste, on s'active tant pour cela. (...) Mais la langue du Troisième Reich semble devoir survivre dans maintes expressions caractéristiques; elles se sont si profondément incrustées qu'elles semblent devenir une possession permanente de la langue allemande."
Pour tenter d'expliquer cette imprégnation, l'auteur s'interroge : "Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l'hitlérisme?" 
Ce n'est pas grâce au contenu nazi des informations diffusées à longueurs de journée, ni les discours longs et enflammés d'Hitler (lesquels étaient plutôt entendus avec indifférence...) que l'idéologie nazie s'insinuait dans tous les esprits. "Le nazisme s'insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s'imposaient à des millions d'exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente." "Le Troisième Reich n'a forgé, de son propre cru, qu'un très petit nombre de mots de sa langue (...). La langue nazie renvoie pour beaucoup à des apports étrangers, et pour le reste, emprunte la plupart du temps aux Allemands d'avant HITLER. Mais elle change la valeur des mots et leur fréquences, elle transforme en bien général ce qui, jadis, appartenait à un seul individu ou à un groupuscule, elle réquisitionne pour le Parti ce qui, jadis, était le bien général et, ce faisant, elle imprègne les mots et les formes syntaxiques de son poison, elle assujettit la langue à son terrible système, elle gagne avec la langue son moyen de propagande le plus puissant, le plus public et le plus secret.

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18/07/2010

Hanoi Jane et Kaboul David

 

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Jane Fonda - Hanoi (Viet Nam) - 08/07/1972

 

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David Beckham - Helmand (Afghanistan) - 23/05/2010

 

 

09:46 | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/07/2010

10 juillet 2002 - merci M. Sarkozy...

retrouver ce média sur www.ina.fr

 

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17:54 | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/06/2010

Nicolas Sarkozy en off - Guerre contre la presse et média

 

" Ou alors donnez moi le petit noir...donnez moi le petit noir " Nicolas Sarkozy - école maternelle de Neuilly - 13/05/1993

 

 

Sarkozy « off » : un journaliste mis en examen

Augustin Scalbert, journaliste du site internet Rue89, a été convoqué hier devant la juge d'instruction Anne-Julie Paschal et mis en examen pour recel. Cette convocation fait suite à la plainte déposée le 8 juillet 2008 par France 3 pour « vol, recel et contrefaçon » après la diffusion sur internet d'une vidéo montrant le chef de l'État hors antenne, avant un passage dans le journal « 19/20 ». On y découvrait Nicolas Sarkozy agacé parce qu'un technicien de France 3 ne l'avait pas salué. Le Président avait également demandé au journaliste Gérard Leclerc combien de temps il était resté « au placard ».

Cette mise en examen a provoqué un véritable tollé parmi les journalistes et leurs syndicats. « C'est scandaleux et contraire à la loi sur la protection des sources » a ainsi déclaré Dominique Pradalié pour le Syndicat national des Journalistes. Pour Augustin Scalbert, cette plainte de France 3 ne peut s'expliquer « que par une pression venue de l'Élysée ». Il risque jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende.

Piqué sue La Dépèche.fr-12/06/2010


"...Le gouvernement n'est pas en guerre contre la presse, le gouvernement respecte la presse..." Yama Rade - 08/02/2008

 


09:23 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/05/2010

La propagande festive de Vichy - Mythes fondateurs, relecture nationaliste et contestation en france de 1940 à 1944

Si l’attitude des Français sous l’occupation fait l’objet de nombreuses études, les vecteurs quotidiens de l’idéologie vichyste n’ont pas encore tous  été recensés. En effet, s’il n’est guère contestable qu’à Vichy « la sauvegarde, mais aussi l’utilisation du moral furent les soucis prioritaires des gouvernants et [que] la propagande devint [...] une arme de choix »[1] , les questions de la perception des choix gouvernementaux par les Français et des réactions aux tentatives d’encadrement social restent posées. Il est donc pertinent, pour mieux comprendre la réalité du régime, de croiser l’étude des relais[2] idéologiques du pouvoir dans la vie quotidienne (l’école, la légion, l’armée, les corporations...) avec celle des supports de propagande d’un régime autoritaire comme les affiches, la presse, la radio ou le cinéma. Or, depuis longtemps, une pratique sociale et culturelle rassemblait ces indicateurs : les fêtes publiques. Elles formaient en effet depuis toujours, et plus encore depuis 1789[3] , un espace de sociabilité éloquent et populaire, malléable selon les choix idéologiques des gouvernements.

Rémi Dalisson - IUFM de Rouen.

L'illustration ne fait pas partie de l'article

 

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22:59 | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/03/2010

Regard sur la diplomatie américaine : culture - sport - persuasion - propagande

"C'est un fait, nous sommes bien meilleurs que les autres".

- Bode Miller, médaille d'argent du super-G après le bronze de la descente, à propos de la razzia américaine en ski alpin- Vancouver Fév. 2010

 

 

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Bethany Dempsey pose pour Sports Illustrated

Les photos illustrants ce post ne font pas partie de l'article de Jérôme GYGAX.

2005 Relations internationales Hors dossier

Diplomatie culturelle et sportive américaine : persuasion et propagande durant la Guerre froide

Jérôme Gygax HEI, Genève.
Sur la liste du « Psychological strategy board » du Département d’État en 1952, figuraient les organismes à utiliser à des fins de propagande. Parmi eux les journaux et associations d’éditeurs, le Comité olympique américain et toute autre organisation de « portée internationale ». Comme le stipule ce document confidentiel : « Les efforts de propagande sont vains s’ils n’atteignent pas une audience. Un moyen d’obtenir une audience est de fournir du divertissement » [1]. Cet effort de diplomatie publique devait montrer en toute finalité à l’opinion mondiale que les « objectifs nationaux du monde libre coïncident avec ceux des États-Unis » [2]. Il s’agit dans cet article, pour lequel nous usons de divers fonds d’archives : CIA, Département d’État, librairies présidentielles Carter et Reagan, d’aborder la nature de cette « diplomatie », nous basant sur ses déterminants culturels, en identifiant son fonctionnement sur le long terme. Comment mettre au jour la continuité dans l’usage de telles pratiques, parfois englobées sous l’expression vague de « soft power », reflets du couplage de la politique extérieure et intérieure, entre sphères publiques et privées ? Un courant de recherche récent a su revaloriser les facteurs internes de ces politiques [3]. Notre étude se concentre sur les Jeux olympiques, symboliques de l’affrontement idéologique avec l’Union soviétique durant la période de Guerre froide. Le concept de « containment culture », posé par le sociologue Alan Nadel en 1995, expliquait comment l’idéologie du containment devait s’imposer dans l’après-guerre et devenir omniprésente dans les différents secteurs de la société durant toute la Guerre froide [4]. On peut s’interroger sur le rôle des acteurs et les étapes de la réforme des institutions olympiques américaines et internationales suivant une « révolution des idées » prônée par les nouveaux conservateurs américains. Ceux-ci, comme nous le verrons, visaient précisément à occuper les forums internationaux, propres à promouvoir leurs systèmes de valeurs. Vision grandiose ou délire ? Dès les années Reagan (1981-1984, 1985-1988), cette « libération » couvre les domaines à la fois politique, économique et culturel. Le sport et l’olympisme occupent une place particulière au sein d’un système de représentation, reflet de l’imaginaire collectif. Ils seront instrumentalisés pour ces mêmes raisons.
LA PROPAGANDE CULTURELLE ET SPORTIVE SE NORMALISE
Ce que la guerre avait légitimé, la paix le lui avait retiré. Les Américains en viennent promptement après la Seconde Guerre mondiale à l’idée que leur avantage dans l’information mérite d’être exploité, une supériorité inscrite dans la nature même d’une société « libre » s’affranchissant des barrières culturelles. En Europe, à Berlin, est créé en juin 1950 le Kongress für Kulturelle Freiheit, Congrès pour la liberté de la culture. Melvin Lasky, militant anticommuniste, membre de la CIA, en est le coordinateur. Il cumule ce rôle à celui de rédacteur en chef de Der Monat, créé trois ans plus tôt avec l’appui de l’Office of Military Government of the United States [5]. Ce Congrès pour la liberté de la culture repose sur les fondements théoriques du manifeste de James Burnham, chef de file des néoconservateurs : The Managerial Revolution, paru en 1941, qui met en perspective l’émergence d’une nouvelle idéologie basée sur la rhétorique technocratique. Burnham insiste sur l’échec économique et idéologique de l’Union soviétique et annonce l’avènement de « l’ère des managers ». Une classe de directeurs qui contrôleraient l’État et les entreprises [6].
La « matrice de la politique de libération » reposait pour un temps au moins sur les restes des réseaux de l’OSS actifs pendant la Seconde Guerre mondiale et le rôle des dissidents actifs derrière le rideau de fer, en Europe tout au moins [7]. L’action des dissidents doit être relevée car elle est coordonnée sous les auspices privés du National Committee for a Free Europe qui aidera à la défection des athlètes de l’Est entre 1956 et 1960 [8].
Le front domestique « homefront », est, quant à lui, associé à la sauvegarde de la sécurité nationale et repose de fait sur le maintien d’une mobilisation de l’opinion publique américaine, vécu comme une nécessité et qui aura la vie longue [9]. Dwight D. Eisenhower, après H. Truman, intensifie l’emploi des armes spirituelles qui sont pour lui « les ressources les plus puissantes du pays en temps de paix ou de guerre » [10]. Dès août 1953, une agence d’État centralise les divers programmes de propagande à l’étranger, il s’agit de l’United States Information Agency (USIA) [11]. Conjointement le sport et les stars sportives deviennent les faire-valoir de la nation, marquant le renouveau d’une symbolique et le reflet de l’identité nationale. Ses mythes s’affichent sur la scène internationale [12]. Peut-on parler comme certains le font de « remuscularisation » du système des conflits [13] ? Certes, la Guerre froide transforme le sport en vecteur privilégié de la puissance. Aux États-Unis, la pratique sportive reflète l’individualisme au service de l’excellence, par un sport amateur qui s’oppose à l’étatisme soviétique et au « professionnalisme », véritable antithèse et contre- modèle. Selon le point de vue hégémoniste, le sport est une pratique populaire culturelle importante sur laquelle s’appuie, se maintient et se reproduit l’idéologie [14].
Un mémo, du 30 novembre 1955, de l’Operation Coordination Board (OCB) adressé au comité culturel du Département d’État américain fait remarquer qu’une victoire soviétique aux Jeux olympiques de Melbourne l’année suivante aurait de fâcheuses conséquences « psychologiques » sur l’opinion mondiale et sur l’attitude des autres puissances à l’égard des États-Unis [15]. L’USIA dissémine le pamphlet Sport behind the Iron Curtain par le biais des postes diplomatiques qui fustigent la machine sportive soviétique. La CIA coordonne cette opération dont la tactique consiste à accroître la participation d’athlètes « du monde libre » afin, comme le dit le document, de « diluer » la prépondérance des « professionnels » soviétiques. L’USIA réalise ainsi les productions filmées, diffusées par l’USIS, qui encouragent le recrutement, l’entraînement et la préparation des athlètes de l’Ouest.
La défection des athlètes hongrois est « favorisée » après la défection massive qui survient en 1956 lors des Jeux de Melbourne avec quarante-cinq demandes d’asile. La récupération de l’événement est flagrante : un tour d’exhibition est organisé aux États-Unis entre janvier et février 1957 pour, comme le dit un mémo du Département d’État, atteindre le prestige soviétique et montrer la générosité de la nation américaine : « Cela soulignerait à nouveau la cause des nations captives auprès du public américain. » [16] L’impact de cette opération est tel qu’on prévoit de rééditer le coup médiatique pour les Jeux de Rome. Outre Voice of America, bras armé de l’USIA, deux radios financées par la CIA, Radio Liberty et Radio Free Europe, assurent le relais des intellectuels dissidents des pays de l’Est au service d’une véritable « internationale » anticommuniste [17].
Le Smith-Mundt Act visait dès 1948 à empêcher l’infiltration communiste tout en limitant officiellement et très théoriquement les risques de propagande sur le sol américain [18]. Dix ans plus tard, pas une manifestation culturelle – conférences académiques, concerts de jazz ou événements de masse – n’échappe à la supervision de l’USIA. Le sport en particulier est vu comme un moyen de gagner les cœurs et les esprits des masses [19]. Les États-Unis développent parallèlement leurs interventions déguisées, « opérations secrètes », à l’intérieur de la sphère d’influence adverse par l’emploi notable des médias. Renoncer à ce type d’action signifierait selon l’historien T. Daugherty faire vœu d’impuissance politique [20]. Une question restait en suspend : comment mener cette lutte sans contrevenir aux principes démocratiques, sans emprunter les travers totalitaires de son adversaire ?
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INSTRUMENTALISER L’INFORMATION
Pour le soviétologue Z. Brzezinski dont les théories ont grandement influencé les conceptions politiques américaines dès les années 1960, les médias de masse agissent comme des vecteurs permettant de forger des « convictions ». La « représentation » de l’événement est plus importante que l’événement lui-même. Brzezinski n’aura de cesse d’encourager cette nouvelle forme de « guerre de l’information » ou, plus exactement, « par et pour » l’information, en tant que conseiller à la Rand Corporation puis sous les présidences de Carter et Reagan [21]. Avec S. Huntington, il admet que, si le terme d’ « idéologie » est propre aux Soviétiques, celui de « croyances » est américain [22]. Des deux côtés on modélise l’information, son langage et ses codes. Un credo devient « idéologie » ou « croyance » dès lors qu’il répond aux critères suivants [23] : haut degré de généralité, caractère intégré (lié à différents aspects de la vie sociale) « faisant le lien entre la théorie et l’action » [24], simplicité (centré autour d’une ou de plusieurs valeurs proéminentes), caractère émotionnel, permanence (une structure cognitive fermée résistante au changement et à l’innovation), nature sociale, un « programme d’action adapté à la consommation de masse » [25].
Le sport fait écho à tous ces critères. Jimmy Carter, inspiré par Brzezinski, adopte un programme de « covert action » visant la scène politique intérieure de l’URSS, suivi d’un programme de propagande et d’actions politiques (opérations psychologiques, soutien aux dissidents...) pour contrer les « mesures actives » mises en place par l’URSS [26]. Pour l’historien Daugherty, cette croisade internationale pour les « droits de l’homme » constitue une « nouvelle voie » visant à contraindre leurs adversaires à appliquer les accords internationaux, dont ceux d’Helsinki (1975) sur les libertés humaines et culturelles [27].
Le 18 janvier 1978, Carter ordonne la suspension de la livraison de technologies en relation avec les Jeux de Moscou à venir, soit un ordinateur Sperry Univac pour l’agence Tass, et réintroduit des mesures de contrôle sur les exportations de technologies vers l’URSS. Cela représente une volte-face dans leur politique commerciale [28]. Notons que la Maison-Blanche réorganise son approche olympique dès le mois de mars 1979 en centralisant les informations disséminées entre les divers bureaux ( « Office » ) [29]. Brzezinski leur transmet un dossier portant la mention : « Human Rights concerns at the Moscow Games ». Le NSC, dont il supervise la marche, coordonnera la politique du boycott dès janvier 1980 avec Lloyd Cutler et Joseph Onek. Un mémo interne fixe donc plus d’une année à l’avance les grandes lignes de cette diplomatie sportive développant « une stratégie de relations publiques positive qui soit cohérente avec les considérations de politique interne et étrangère » [30].
Suite à l’intervention soviétique en Afghanistan en décembre 1979 et au décret du boycott des transactions commerciales et culturelles avec l’URSS, les retombées de l’opération sont évaluées. Le mérite principal est visible dans les pays du Tiers Monde, alors que l’Europe s’est montrée partagée et que la Chine a soutenu Washington dans le but d’ « assurer la paix mondiale » et de « sauver l’esprit olympique ». Pour les conseillers du président, le fait que de nombreux pays alignés sur Moscou aient répondu à leur appel signifie, outre l’importance du sport dans toutes les nations du monde, que : « nous pouvons plus efficacement utiliser les programmes sportifs pour renforcer notre aide à l’étranger et nos objectifs de politique étrangère. » [31] L’utilisation politique du sport représente des avantages évidents : « Notre nation a la capacité unique de participer à des programmes de sport à travers le monde du fait que nous avons un si grand nombre d’athlètes et de coaches noirs et hispaniques. » [32] Jimmy Carter n’avait-il pas utilisé le boxeur noir-américain Mohammed Ali comme ambassadeur pour défendre le boycott des Jeux de Moscou en Afrique [33] ? Le sport acquiert le potentiel de devenir l’instrument privilégié d’une nouvelle forme de propagande culturelle américaine.
LA DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME, CONTINUITÉ DU CREDO AMÉRICAIN
Comme le souligne le vice-président de la délégation américaine pour les accords d’Helsinki, d’un côté il y a l’aspiration universelle pour la paix et les droits de l’homme, de l’autre il y a la confirmation que l’Union soviétique, une société totalitaire, représente l’antithèse de « nos valeurs » et devient, de façon de plus en plus intense, perçue comme une menace de celles-ci [34].
Aussi surprenant que cela puisse paraître au premier abord, utiliser les droits de l’homme et les Jeux olympiques participe d’une même logique, mêlant des thèmes voisins, vecteurs de valeurs universelles. Le conseiller pour la politique intérieure Stuart E. Eizenstat expose : « En refusant de participer aux Jeux dans la capitale d’une nation qui est en train d’envahir et de soumettre un pays auparavant indépendant, les États-Unis ont réaffirmé les principes olympiques de paix, de bienveillance et de fair play. » [35] Les idéaux de l’olympisme s’intègrent à l’universalisme des valeurs défendues par l’Administration américaine. À l’automne 1980, l’Amérique revendique par une large majorité un retour à la sécurité et à une politique du bâton que prônent les néoconservateurs. Carter a-t-il trop joué de subtilité en invoquant des principes moraux et non plus uniquement sécuritaire ? Son mandat se termine dans une atmosphère d’échec, dû selon ses détracteurs à l’incohérence de sa gestion et la façon avec laquelle il a permis à l’URSS de « gagner du terrain » dans le domaine militaire notamment [36].
L’USIA GÈRE LA PROPAGANDE OLYMPIQUE ENVERS LES PAYS DU TIERS MONDE
La lente résurgence des néoconservatreurs connaît son apogée après deux générations et l’application de la doctrine du « rolling back », extension offensive du « containment » auquel Reagan donnera un accent résolument antiterroriste, un « empire du mal » soviétique omniprésent. Ainsi se fixe progressivement une « démonologie politique » basée sur l’exagération systématique de la menace, par intensification puis déshumanisation [37]. Cette vision du monde est soutenue par les membres du Committee on the Present Danger dont le président a fait partie [38]. Reagan réactualise les mythes de l’Amérique « gagnante », suivant une « destinée manifeste », associée à la défense des idéaux universels qui paradoxalement étaient déjà prônés par Carter. Sous l’influence de William Casey (DCI), la stratégie de « guerre psychologique » s’intensifie par le biais de l’USIA [39] et des organismes privés, reprenant l’idée d’une utilisation plus intensive du sport dans les pays du Tiers Monde notamment, dessinée par l’Administration précédente. Deux républicains conservateurs vont s’en charger : William E. Simon, présidant le Comité olympique américain (USOC), et Peter V. Ueberroth, au Comité d’organisation des Jeux de Los Angeles (LAOOC) depuis 1979 [40]. L’USIA développe avec leur concours plusieurs émissions par satellite « Worldnet » pour le continent africain (par Afnet) et l’Amérique centrale (par Arnet) sans parler du film promotionnel Welcome to L. A. Le directeur de l’USIA Charles Z. Wick communique à James Baker les retombées observées sur des médias internationaux et le rôle remarquable d’Ueberroth. Après l’émission de juin 1984, il écrit : « Je pensais que vous seriez intéressé de voir l’usage impressionnant des médias et les réactions à notre émission du 15 juin sur Worldnet, faisant figurer Peter Ueberroth et le maire de Los Angeles Tom Bradley. » [41] À la suite du deuxième volet africain, Wick se félicite : « Je pense que vous trouverez ceci aussi positif et encourageant que les réactions précédentes à sa [Ueberroth] précédente apparition sur nos programmes Worldnet » [42]. Ueberroth a prétendu à l’antenne que le Comité olympique ne visait aucun « bénéfice » financier. Le surplus ne sera « que » de 238 millions de dollars [43]. Ueberroth prône une extension de la couverture télévisée des Jeux olympiques en Afrique. Le président du LAOOC précise, dans un élan de bonté : « Nous ne voulons pas un penny de plus, pas un penny. Et nous aiderons le Nigeria et les autres pays à étendre leur couverture télévision [...]. Autant de couverture que possible serait bien pour le peuple d’Afrique, et pour chaque pays. Ainsi nous étendrons cela. » [44]
La nature politisée du discours d’Ueberroth ne passe pas inaperçue dans les médias sud-américains. La Gazeta Esportiva de São Paulo titre : « Ueberroth is a perfect US ambassador », alors que le Jornal Da Tarde de la même ville écrit : « L’impression qu’Ueberroth a laissée parmi les journalistes de São Paulo est qu’il est un excellent politicien », alors que le Tiempo Argentino remarque qu’il est « parfaitement entraîné pour échapper à n’importe quelle pierre d’achoppement ». À Buenos Aires : « L’audience était impressionnée par l’étendue des connaissances de Peter Ueberroth’s, sa défense vigoureuse du LAOOC et sa sérénité à répondre à n’importe quelle question posée » [45].
L’ensemble de ces programmes s’intègre pleinement à la stratégie dessinée en mai 1982, dans la directive de sécurité nationale NSDD 32, autour de cinq piliers : une modernisation militaire, une augmentation des dépenses militaires par les Alliés, des pressions économiques sur l’URSS et ses alliés ; la poursuite d’une persuasion politique et de propagande sur sol américain (en contravention avec le Smith-Mundt Act, 1948) et à l’étranger, des opérations secrètes visant à séparer les pays satellites de Moscou [46]. Parallèlement la nouvelle législation « antiterroriste » passée en avril 1984 prétend défendre « our way of life ». Dès ce moment, comme le relève la directive NSDD 138 : « Tous les canaux de communication seront utilisés pour persuader ceux qui pratiquent ou soutiennent le terrorisme de se désister. » Cette menace est présentée comme le problème commun de toutes les « nations démocratiques » et les États-Unis en prennent le commandement [47].
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UNE PRISE DE PARTICIPATION MAJORITAIRE DANS LES INSTITUTIONS SPORTIVES
Dès la fin des années 1970, Henry Kissinger, ancien conseiller aux Affaires de sécurité nationale de Nixon, s’engage à attirer les grandes compétitions sportives internationales sur le sol américain [48]. Le Mondial de football ou les Championnats du monde de ski 1986 sont ainsi visés. Kissinger demande au président Reagan d’intervenir pour des compétitions qui sont populaires, meilleurs véhicules d’images et de prestige [49]. D’autre part, William E. Simon est le véritable architecte de la réforme du système olympique américain qui sera ensuite étendu à l’ensemble de l’organisation olympique. 63e secrétaire du Trésor nommé en mai 1974, Simon a été président du East-West Foreign Trade Board. Il est membre des « Chevaliers de Malte » avec William Casey, directeur de la CIA, et s’intègre comme conseiller économique pour la campagne présidentielle de Reagan [50]. Simon avait publié A Time for Truth en 1978, puis A Time for Action dont le titre annonçait le retour sur le devant de la scène des néoconservateurs. Simon développe par écrit les moyens de cette prise de pouvoir : « Les fonds générés par le business [...] doivent affluer par multimillions au soutien de la liberté [...] pour acheminer les fonds désespérément demandés par les érudits, savants des sciences sociales, écrivains et journalistes qui comprennent la relation entre la liberté politique et économique. Les Business doivent cesser le soutien financier irresponsable des collèges et universités dont les départements d’économie, de politique et d’histoire sont hostiles au capitalisme. » [51] L’ère des managers qu’entrevoyait J. Burnham ne semble pas très éloignée.
William E. Simon, d’abord trésorier du Comité olympique américain de 1977 à 1981 puis président, instaure un modèle de marketing pour l’organisation des Jeux de Los Angeles [52]. Ce dernier doit permettre, selon ses termes, d’ « assurer un financement presque perpétuel pour nos athlètes ». Le Congrès adopte le « Olympic Commemorative Coin Act » qui autorise le département du Commerce à fondre des pièces commémoratives dont les bénéfices seront versés à l’USOC et au LAOOC. Le colonel Don Miller, directeur exécutif de l’USOC, confirme : « Le rêve que Bill Simon et moi avons eu depuis quinze ans est d’établir un programme de dotation pour le Comité olympique américain. [...] Cela serait un des grands legs que nous pourrions laisser au sport américain » [53].
Le programme idéologique de Simon recoupe étroitement les objectifs de l’American Entreprise Institute (AEI) qui vise à promouvoir le capitalisme et la libre entreprise grâce à ses membres qui occupent des positions clés au sein du gouvernement et assurent ainsi la promotion et la croissance de leurs idéaux [54]. L’AEI tient des Public Policy Forum représentant près de 600 émissions à la radio et à la télévision en 1982 ainsi que d’autres forums tel le War Powers and the Constitution qui défend les nouveaux programmes d’intervention militaire sur l’île de Grenade et au Liban l’année suivante [55]. Le budget de l’AEI triple en dix ans, passant de 4 millions de dollars en 1975 à 12 millions en 1985, la moitié provenant de donateurs, dont le principal est la Fondation Olin dirigée par Simon. L’AEI est étroitement associée à une autre organisation militante, fondée en 1974, le Business Roundtable, dont les membres figurent parmi les directeurs exécutifs des plus hautes corporations américaines et multinationales actives dans le lobbying auprès du Congrès. Un grand nombre se retrouveront TOP Sponsors olympiques après 1984 : IBM, AT&T, Dupont, General Motors et General Electric, ces deux dernières étant aussi de gros contractants militaires. Le président Reagan, parlant de l’AEI, déclare, en 1988 : « L’American Entreprise Institute est au centre de la révolution des idées à laquelle moi aussi j’ai pris part. L’œuvre remarquable achevée par l’AEI est un témoignage du triomphe du think tank [...] et personne n’a été plus influent que l’AEI » [56].
La « commercialisation » sans précédent s’accompagne de nouveaux modes de sponsoring et d’exclusivité qui s’imposeront pour tout le système olympique [57]. Il est vrai de dire que Simon avait très clairement défendu les fondements des réformes projetées pour l’ensemble du système olympique lors de la réunion de la commission exécutive du CIO, le 18 mai 1984. Cela intervient au plus bas des relations Est-Ouest, alors que Moscou a annoncé son retrait des Jeux de Los Angeles dix jours plus tôt. Simple effet du hasard ou timing coordonné ? On relèvera la nature idéologique du discours : « Nous devons ouvrir nos cœurs et nos esprits et oublier les préjudices passés, et commencer le dialogue qui résultera dans la création d’un nouveau mouvement olympique qui reconnaîtra le monde tel qu’il est aujourd’hui. [...] Avec des esprits ouverts [nous devons] commencer à définir et redéfinir notre mission parce qu’il devrait être évident pour tous que le mouvement olympique émergera de cette seconde perturbation [non-participation soviétique] comme une entité différente. » [58] Simon présentait le rapport des forces en termes économiques en proposant une implication commerciale massive : « C’est un fait économique indéniable que 80 % des fonds du CIO sont dérivés des contrats de télévision américains. La commercialisation fait autant partie intégrante des Jeux olympiques aujourd’hui que le lâché de colombes de la paix lors de la cérémonie d’ouverture. [...] Un effort commercial coordonné et bien dirigé pourrait efficacement dédommager ces entreprises qui s’identifient avec le mouvement olympique » [59]. Qui au sein du Comité international olympique, avait connaissance des écrits et des engagements politiques de Simon ? Aucune correspondance accessible aux archives du CIO ne suggère que quiconque s’en soit inquiété.
L’attribution des Jeux du centenaire à Atlanta, en 1996, signifiera, plus de dix ans plus tard, la réussite des nouveaux programmes de sponsoring, Coca-Cola Corp. en tête qui, outre le fait d’avoir son siège dans la ville hôte, a Peter V. Ueberroth pour directeur.
La campagne du boycott en 1980 n’avait pas fait qu’occasionner de lourds manques à gagner. Le gouvernement s’était chargé pour la première fois de régler des « compensations » en s’attachant le partenariat des firmes commerciales. L’USOC avait multiplié par cinq son budget de fonctionnement entre 1981 et 1983. En 1981, il négociait en outre l’exclusivité des droits de télévision sans intermédiaire, s’en attribuant un pourcentage fixe de 12 % [60]. Après les Jeux olympiques de Los Angeles, l’amateurisme semblait révolu à tout jamais. Une commission prend en charge les différentes questions olympiques et notamment celles de diplomatie publique. Edward Derwinski (conseiller au Département d’État), spécialiste des droits de l’homme, se joint à Micheal K. Deaver et Kenneth J. Hill [61]. Allait-on enfin pouvoir, comme le disait Simon, entamer la « libération » du mouvement olympique ? Il s’agissait selon ses paroles non « pas seulement [d’aider] les athlètes que vous voyez marcher dans le stade olympique le jour de l’ouverture mais des millions de jeunes hommes et femmes à s’entraîner et se développer, ce qui produit de meilleurs citoyens qui apporteront une grande contribution à notre société » [62]. La diplomatie sportive était en marche, au service du pouvoir en place.
Le rapport annuel de l’USOC pour l’année 1983, remis au président, révèle les grandes lignes de cette nouvelle approche. Le Congrès adopte la même année une révision du Code sur les revenus, procurant une exemption de taxe pour toutes les fédérations sportives au niveau national, source de revenus supplémentaires de ceux générés par le marketing de produits dérivés et du « Coin Act », loi régissant la commercialisation d’une pièce commémorative [63]. Un ami proche de Reagan, ancien supporter de sa campagne au poste de gouverneur, Justin Dart, devenu depuis président du comité exécutif de Dart&Kraft Inc. et du LAOOC [64], dès le 10 juillet 1981 demande au président américain son soutien pour le passage de cette loi au Congrès : « Il n’y aura pas de coût pour le gouvernement fédéral, et nous espérons même faire un petit profit pour vous. Je sais que vous partagez mon sentiment que les Jeux de 1984 seront une magnifique vitrine pour l’Amérique et votre support pour le Coin Act assurera leur succès. » Les gains projetés sont considérables, entre 200 et 600 millions de dollars, permettant le financement d’une équipe capable de s’imposer internationalement. À peine une année après son lancement, la commercialisation des pièces est un succès [65]. Le directeur de l’USOC relève dans la presse que la contribution de firmes commerciales à l’organisation des Jeux s’associe à une longue tradition de libre entreprise, essence même de la société américaine [66]. L’USOC devient le comité olympique le plus « puissant » potentiellement en mesure de dicter au Comité international olympique sa ligne future. Autre point central qui figurait au centre de cette stratégie : l’ascension de personnalités américaines aux positions clés.
CONTROVERSE OLYMPIQUE : RFE/RL AU SERVICE DE LA DISSIDENCE
Z. Brzezinski est consulté à diverses reprises par le gouvernement Reagan. Il ne peut qu’approuver la nouvelle ligne dure qu’il avait lui-même privilégiée en tant que conseiller de Jimmy Carter. Il insiste alors, dans un mémo sur les axes de cette stratégie : « Le développement militaire devrait être poursuivi, le renforcement de la défense conventionnelle accentué, particulièrement les développements prometteurs dans notre capacité à frapper profondément. » Il ajoutait : « Nous devrions nous concentrer davantage sur nos programmes de radiodiffusion [broadcast] à destination de l’URSS et sur la guerre psychologique en général. Cela est notre meilleur espoir, bien qu’étant mince, d’atteindre quelque transformation du présent système. » [67]
Moscou redoute de son côté que des Jeux américains ne se transforment en forum anticommuniste. Or une décision, arrêtée par les instances du sport international à Innsbruck en 1976, excluait l’accréditation de média « politisé » pour les Jeux à venir. Les deux radios américaines RFE et RL, fondées et financées par le Congrès américain à hauteur de 100 millions de dollars, ne pouvaient prétendre au statut d’ « indépendance » selon les dispositions du CIO [68].
James L. Buckley, directeur de RFE/RL, frère de l’écrivain conservateur William F. Buckley, alerte Thomas C. Bodin (Director of News, US), qui contacte à son tour le sous-secrétaire pour les Affaires politiques du département d’État, Laurence S. Eagleburger, le 29 novembre 1983. Une « stratégie » visant à impliquer la Maison-Blanche est proposée par William E. Simon en personne. Bodin informe Derwinski [69] : « Cet acte politique flagrant va créer une incroyable agitation à moins que nous ne soyons capables de le mettre en ordre. Nous avons convenu avec l’USOC de ne pas rendre l’action du CIO publique avant que l’USOC n’ait eu le temps pour essayer de le redresser. » [70] Bodin précise : « L’USOC est dans une posture favorable pour le faire car les États-Unis sont les hôtes des prochaines olympiades. » Action de lobbying concerté, Bodin expose les rapports de force tels qu’il les perçoit au sein du CIO : « Nous avons un certain avantage à présent. Alors qu’en 1976 il n’y avait aucun Américain au conseil de direction, il y en a un aujourd’hui – Julian K. Roosevelt. Cela est peut-être compensé par le fait que la commission de presse du CIO, qui n’avait pas de vice-président par le passé, en a un à présent – Vitaly Smirnov, de l’Union soviétique. »
Malheureusement pour Buckley et Bodin, J. K. Roosevelt, unique membre américain du CIO, désapprouve les procédés employés ainsi que l’ingérence du gouvernement Reagan, ce qui lui vaudra des attaques dans la presse, orchestrées par Buckley. On l’accuse d’antipatriotisme et d’être « un pion » à la solde de l’Union soviétique.
Le 28 décembre 1983, l’affaire passe du Département d’État au National Security Council. Le vice-président George Bush est impliqué pour faire plier le CIO et le forcer à revenir sur ses positions [71]. Cette initiative émane une nouvelle fois de Simon. Le secrétaire exécutif du NSC confirme que cela serait « très utile pour lui [Simon] afin de renverser la position négative du CIO » [72]. Bush écrit alors une « fausse lettre » à Simon : « Je me joins à Jim Buckley pour exprimer mon indignation ? à cette décision. Je vous enjoins de prendre toutes les mesures nécessaires afin de persuader le comité exécutif de changer sa position » [73]. Les mêmes revendications d’accréditation sont reprises point par point par la coalition antisoviétique Ban the Soviets (BTSC). J. K. Roosevelt, excédé par les attaques portées contre lui, écrit une note au président du CIO, J. A. Samaranch, le 9 mars 1984 : « Voilà ce à quoi je dois faire face chez moi ! [at home] J’espère que RFE ne veut pas être accrédité pour Los Angeles » [74].
À l’appel du BTSC, des manifestations, dont une le 3 mai 1984 devant le siège du LAOOC, appellent au retrait des Soviétiques des Jeux américains [75]. Les manifestants proviennent d’Afghanistan, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Hongrie, des Pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et de Cuba. Ils protestent contre les violations des droits de l’homme en URSS et rappellent leur intention d’encourager les athlètes de l’Est à demander l’asile politique. Les Soviétiques voient dans ces manifestations des manipulations et provocations américaines. Deux semaines plus tôt, Peter Ueberroth reconnaît devant les journalistes américains que des permis de manifester seront accordés, refusant néanmoins de commenter les activités du BTSC : « La chose la plus importante est l’action des gens, pas les paroles [...], N’importe qui peut parler franchement contre les athlètes de n’importe quelle partie du monde. C’est leur droit [...]. Mais il n’y aura pas de guerre psychologique et les athlètes soviétiques seront les bienvenus. » [76] N’était-ce pas exactement le contraire ?
Les garanties américaines sont jugées insuffisantes par Moscou qui annonce, le 8 mai 1984, leur retrait des Jeux de la XXIIIe Olympiade. P. V. Ueberroth est alors désigné pour se rendre à Cuba et dissuader Fidel Castro de s’aligner sur Moscou. Le procureur Charles Lee est dépêché en Chine et Anthony Frank, dirigeant exécutif de la firme Savings&Loan, se rend en Allemagne de l’Est, ce qui illustre la volonté du gouvernement de ne pas s’impliquer ouvertement mais d’utiliser un vaste réseau privé. Quelques semaines plus tard, des vols charter seront affrétés pour ramener gratuitement les athlètes de quarante États africains et augmenter ainsi le nombre de participants. Cette opération accentue la marginalisation des pays socialistes absents.
Comment expliquer que seule la Roumanie participe à Los Angeles en marge des autres pays de l’Europe de l’Est ? La logique d’une telle décision repose dans les négociations qui ont eu lieu à couvert. Les mesures de soutien à la politique de dissidence roumaine s’inscrivent dans la stratégie du NSDD 32 vue précédemment.
Le président du LAOOC rencontre les officiels de la délégation olympique roumaine dans un hôtel suisse tenu secret avant le départ de N. Ceausescu pour Moscou : « Les Roumains avaient confié à Ueberroth qu’ils voulaient utiliser leur présence aux Jeux olympiques comme façon apolitique de défier les Soviétiques » [77]. Dans une autobiographie parue quelques années plus tard dans le Time, Ueberroth commente : « C’était une expérience émouvante de les voir se préparer à défier l’URSS » [78]. Le Roumain Alexandru Siperco (un des trois vice-présidents du CIO) confirme cette dissidence roumaine à l’issue de la réunion de l’Assemblée des organisations sportives des pays socialistes à Prague [79]. Le membre soviétique du Comité olympique, Marat Gramov, réaffirme à cette occasion et devant la presse que l’Union soviétique n’exerce aucune pression sur les autres pays socialistes, les laissant libres de leur choix, contrairement à la campagne américaine menée quatre ans plus tôt. Ueberroth soutient alors le contraire et la presse américaine parle de contre-boycott orchestré par Moscou [80].
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GAGNER L’ASCENDANT CULTUREL, AFFIRMATION DE L’UNILATÉRALISME AMÉRICAIN
Washington a su en quelques années développer un « avantage comparatif » considérable dans le domaine des communications et de l’information de masse, alors que l’ « empire » soviétique ne possède aucune « structure » comparable, reposant sur des « connextions » transnationales, en Europe tout spécialement : « L’État soviétique ne pouvait pas cultiver ces “liens qui unissent” structurellement les économies capitalistes avancées – commerce mutuellement bénéfique, modèles et types d’investissement et échanges technologiques » [81]. Voilà un facteur important dans la promotion d’une dimension « culturelle » et « idéologique » partagée par les démocraties occidentales, identifiées collectivement au même « modèle » libéral humain au travers également de normes sportives communes. Les dissensions apparaissent très tôt sur ce thème entre les États-Unis et la communauté internationale. Le débat se cristallise au sein de l’ONU et de son organe culturel, l’UNESCO. Les Américains désavouent l’institution et annoncent leur retrait le 28 juillet 1983, avec effet pour la fin de l’année. Quelles sont les raisons invoquées ? Outre les problèmes de management persistants dénoncés par l’ambassadeur, celui-ci évoque des « problèmes liés à une hostilité aux valeurs démocratiques » [82]. Les États-Unis reprochent à l’UNESCO de devenir un forum sur le désarmement outrepassant ses attributions. La critique porte sur l’incompatibilité des valeurs promues et la présence de l’URSS en son sein. L’UNESCO est accusée de vouloir promouvoir un « nouveau journalisme mondial » assumant des points de vue sociaux et politiques [83]. Cela contribue, selon Washington, à favoriser le pouvoir des pays non démocratiques. L’UNESCO agit contre les « idéaux de l’Occident » et ne doit, selon Washington, en aucun cas défendre le « droit de communiquer » et le « droit de résister à l’extension de la libre information ». Cela conférerait un pouvoir aux États autocratiques et pénaliserait les acteurs infra-étatiques (individus, journalistes, libres entrepreneurs...).
Cette plaidoirie vise à préserver les programmes de « libre » communication transnationaux dont font partie RFE et RL ou les nouveaux réseaux mondiaux d’information par satellite « Project Democracy » et « Worldnet », dont on a vu l’utilisation dans le cadre des Jeux olympiques. À l’ouverture de la 22e conférence générale de l’UNESCO le 25 octobre 1983, l’Union soviétique fait circuler un projet de résolution condamnant les organisations de mass media accusées d’ « entretenir la tension mondiale en disséminant des messages tendancieux et diffamateurs qui sèment les germes de toutes les hostilités » [84]. Les États-Unis, par la voix de leur porte-parole Mr. Hennelly, rejettent une telle interprétation en même temps que le budget de l’organe culturel de l’ONU [85].
Ce n’est certes pas la première fois que l’ONU se trouve au centre de cette lutte idéologique. Selon Sean MacBride, l’initiateur du concept de l’IPDC [86], la raison américaine était en réalité que ces derniers ne pouvaient pas imposer leurs vues à l’UNESCO. Ce forum risque en effet d’entraver, voire de compromettre l’avantage acquis de longue date dans l’ « infosphère », domaine privilégié et hautement stratégique pour la politique américaine. Un rapport de l’USIA de quelques années antérieures stipulait : « Une partie de la réponse se trouve dans la propagande intelligente, autant qu’on n’en aime pas le terme. Les États-Unis ont besoin de la meilleure et la plus subtile propagande pour mener la guerre froide » [87]. Les programmes culturels américains sont imprégnés par l’anticommunisme et le culte de l’exceptionnalisme depuis le début de la guerre froide. Ils s’inscrivent dans la poursuite d’un idéal et d’une philosophie proprement américains, couverts sous les attributs d’un libéralisme légitimé en Occident depuis le XIXe siècle. Le prétexte de la liberté de la presse garantit l’impunité dans la poursuite des objectifs moins avouables et qui visent à faire valoir les perceptions américaines [88].
Le 18 février 1984, un mois après son discours sur l’État de l’Union qui marque traditionnellement le début de l’année présidentielle, Reagan compare la poursuite des efforts de paix avec les efforts pour l’or olympique, associant, comme l’avait fait son prédécesseur, l’universalisme des valeurs humaines. Reagan demande aux leaders du monde de rechercher la paix aussi âprement que les athlètes poursuivent l’excellence lors des Jeux : « Les dirigeants des gouvernements ont une obligation d’essayer d’obtenir la coopération en se donnant autant de mal que nos athlètes qui puisent au fond d’eux-mêmes pour le plus gros effort de leur vie [...]. Les États-Unis n’ont pas de plus haute priorité que la paix, comme exemplifié par l’esprit olympique » [89].
De telles déclarations s’inscrivent en contradiction flagrante avec la position américaine sur le front des négociations. L’initiative de défense stratégique (IDS) annoncée le 23 mars 1983, dite « guerre des étoiles », se démarque d’une politique traditionnelle favorable à la recherche d’un compromis sur la question du désarmement. Un mémo de l’ « Interagency Intelligence Assessment » montre que l’exécutif américain avait conscience du caractère préjudiciable de sa nouvelle politique : « L’initiative de défense américaine a probablement pris par surprise les planificateurs soviétiques et ils ne sont probablement pas en position de réagir rapidement avec des changements majeurs dans leurs propres plans et programmes stratégiques » [90]. Comme le révèle le texte, l’URSS était visée et prétendument touchée « dans son approche globale vis-à-vis des États-Unis et du reste du monde » [91]. Peut-on parler d’une stratégie visant à bouleverser la nature même du terrain de la lutte ? Les Soviétiques, tel que l’estime l’Administration Reagan, ne sont pas prêts à accepter des accords qui contredisent le cœur de leur doctrine « stratégique » formulée depuis les années Brejnev, celle-ci faisant face au dynamisme sans précédent du complexe militaro-industriel américain [92]. Le retard soviétique dans les technologies militaires coïncide avec leur manque d’innovation en matière de communication. Quelques années plus tard, en mars 1987, le National Security Council proposait sur recommandation de l’International Political Committee, regroupant les activités de diplomatie publique, d’accentuer les mesures en exagérant la menace soviétique dans tous les domaines, y compris ceux de la culture : « Éducation et endoctrinement, utilisation des organisations internationales, soutien aux partis communistes étrangers et mouvements internationaux, soutien du terrorisme international, manipulation de la religion... [la liste continue]. » Toutes ces informations, outre le fait de mobiliser l’opinion et le Congrès américain comme le stipule ce mémo, avaient pour but d’accroître les budgets des agences concernées : State, USIA, « National Endowment for Democracy » [93].
Deux jours plus tard, le président Reagan délivrait un message par vidéocassette au Comité olympique américain en vue des Jeux pan américain d’Indianapolis, des Jeux olympiques de Calgary et de Séoul 1988 : « Comme représentants et ambassadeurs de l’United States Olympic Committee, vous répandez l’esprit olympique à travers le monde, cet esprit qui est infusé par les mêmes valeurs qui ont formé cette grande nation qui est la nôtre. [...] Ces valeurs sont importantes pas seulement pour l’organisation de compétitions sportives réussies, mais aussi pour les échanges culturels et diplomatiques internationaux. L’esprit olympique fixe les standards pour une communication et la compréhension interculturelles à tous les niveaux. [...] Et votre effort est d’une façon très concrète aussi précieux chez nous, à l’intérieur de notre nation. L’esprit olympique sert comme inspiration pour nos enfants » [94]. Le président des États-Unis ne pouvait être plus clair sur le rôle désormais dévolu à l’olympisme mis au service des valeurs nationales.
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CONCLUSION
La liberté intellectuelle et d’expression revendiquée par le système américain offre une justification pour les programmes d’information et d’échange culturel coordonnés par l’USIA dès le début des années 1950. Les stratèges américains, comme Brzezinski, avaient entrevu comment leurs valeurs serviraient à asseoir une prédominance sur leurs adversaires. L’historien Rosenberg soulignait : « L’idée libérale de la libre circulation, comme celle de la porte ouverte économique, logiquement menait non à un marché ouvert plein de produits variés et compétitifs entre eux mais à la domination des producteurs les plus avancés technologiquement. » [95]
Non seulement l’olympisme fait partie de ces programmes de propagande, mais il devient un centre dans l’exercice de cette nouvelle diplomatie culturelle et sportive. S’affirmer en vainqueur permet d’imposer une perception aux autres, reflet d’influence politique, économique, sociale et culturelle au service de l’identité nationale. Comme le disait Robert Frank parlant de la « diplomatie culturelle » : « L’État intervient pour faire vendre les idées et les œuvres de son pays, et modifier le système des représentations des Autres, dans une logique soit de puissance et de “rayonnement”, soit idéologique, soit de “réciprocité”. » [96] Ce faisant, les États-Unis ont adopté des mesures, souvent dissimulées, incompatibles avec les normes d’un système démocratique, qui la font ressembler à l’adversaire totalitaire qu’elle prétendait initialement combattre, par un « containment » salvateur.
Les Comités olympiques (USOC et LAOOC) ont été dirigés par des hommes qui, comme Simon ou Ueberroth, servaient les intérêts du pouvoir en place. Plus que le simple partage d’une « conception du monde » ou de valeurs, il s’agit, comme nous l’avons vu, d’une collaboration avec les conseillers du président. Peter Ueberroth assume aujourd’hui un des postes à la direction du Comité olympique américain [97]. L’ère des managers en pleine renaissance sous la présidence de Reagan poursuit sous ses « successeurs » dont George W. Bush fait partie. Ceux-ci n’ont a priori aucune raison d’inverser le courant d’une politique qui leur assure un ascendant sur leurs adversaires par l’emploi du « soft power ». À l’été 2002, la Maison-Blanche annonçait la création de l’ « Office of Global Communications » dont l’objectif est de superviser la promotion de l’image de l’Amérique à l’étranger en relançant les programme de diplomatie publique. Comme le disait H. Kissinger, le test de l’histoire pour les États-Unis sera de savoir s’ils peuvent transformer leur pouvoir prédominant en consensus international de même que leurs principes en normes internationales largement acceptées. Ce qui fut la grandeur de Rome et de l’Angleterre en leur temps [98].
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NOTES
[1] PSB D-19, Security information, Psychological strategy board, 5 janvier 1952, confidential, archives de la CIA, Washington, College Park.
[2] Ibid., section E. Entertainment.
[3] Lucas Scott, Freedom’s War : The US Crusade against the Soviet Union, 1945-1956, Manchester, Manchester University Press, 1999, ou Iriye Akira, Cultural Internationalism and World Order, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1997.
[4] Alan Nadel, Containment Culture : American Narratives, Postmodernism, and the Atomic Age, Durham (NC), Duke University Press, 1995, p. 2-3.
[5] Voir Peter Coleman, The Liberal Conspiracy : The Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, The Free Press, 1989.
[6] Le Français Raymond Aron s’engagea avec d’autres intellectuels dans cette internationale. Il faudra attendre 1967 pour qu’éclate le scandale de son financement occulte découvrant ses liens financiers avec la CIA.
[7] Justine Faure, « La politique américaine de libération de l’Europe de l’Est : genèse et mise en place », Relations internationales, no 119, automne 2004, p. 276.
[8] Nicholas J. Cull, « The Man who invented truth : The tenure of Edward R. Murrow as Director of the United States Information Agency during the Kennedy years », Mitter Rana et Major Patrick (eds), Across the Blocs, Cold War Cultural and Social History, London, Frank Cass, 2004, p. 25. Voir Mémo de G. Telegdy à John Matthews, White House confidential, non daté, Declassified Documents Reference System, Library of Congress.
[9] Rana Mitter et Patrick Major (eds), Across the Blocs, Cold War Cultural and Social History, London, Frank Cass, 2004, p. 4.
[10] Stephen J. Whitfield, The Culture of the Cold War, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2nd ed., 1996, p. 90, p. 100.
[11] L’USIA est née des programmes antérieurs développés pendant la Seconde Guerre mondiale pour gagner les esprits, par le Office of War Information (OWI) fondé par Roosevelt en 1942, puis de la fusion de cette dernière avec le Bureau des Affaires interaméricaines de Nelson Rockfeller et du Bureau de l’information public pour former en 1946 le « Office of International Information and Cultural Affairs ». L’USIA sera dissoute en 1999 et ses activités absorbées dans le Département d’État.
[12] Cf. Gary Whannel, Media Sport Stars : Masculinities and Minorities, New York, Routledge, 2002, p. 97.
[13] Rana Mitter et Patrick Major (eds), op. cit., p. 14.
[14] George H. Sage, Power and Ideology in American Sport, Champaign (Ill.), Human Kinetics, 1998, 2nd ed., p. 30.
[15] Mémo de Ralph R. Busick, OCB staff representative, OCB, 10 novembre 1955, Declassified Documents Reference System, Bibliothèque du Congrès américain.
[16] Mémo de G. Telegdy à John Matthews, White House confidential, non daté, Declassified Documents Reference System, Library of Congress.
[17] Kovrig Bennett, Of Walls and Bridges : The United States and Eastern Europe, New York, New York University Press, 1991, p. 171.
[18] H.R. 3342 and Public Law 402, 80th Congress. De cette loi résulte l’expansion de la diplomatie culturelle à l’étranger et se cristallise la volonté politique de poursuivre cet effort dans la nouvelle lutte anticommuniste.
[19] Sur la nature de ces échanges, voir Yale Richmond, Cultural Exchange and the Cold War : Raising the Iron Curtain, Pennsylvania State University (publish), 2003, p. 123-127.
[20] Thierry Daugherty, Executive Secrets : Covert Action and the Presidency, University Press of Kentucky, 2004, p. 19.
[21] Martin Libicki a classifié les différents domaines touchés par de telles guerres de l’information d’après cinq catégories : la guerre de commandement et de contrôle, la guerre du renseignement, la guerre électronique, la guerre psychologique, la guerre des pirates informatiques. Dès 1994, on a parlé de « Revolution in Military Affairs » (RMA), très en vogue au Pentagone. Pour ces théoriciens, il s’agit de conserver la supériorité absolue dans ces domaines. Voir les propos de Z. Brzezinski (cf. infra), qui encourage continuellement l’Administration Reagan dans ce sens.
[22] Z. K. Brzezinski et S. P. Huntington, Political Power : USA/USSR, New York, Viking Ed., 1967.
[23] Christer Jönsson, op. cit., p. 93.
[24] Z. K. Brzezinski, Ideology and Power in Soviet Politics, New York, Praeger Ed., 1967.
[25] Selon G. Sartori, « Politics, ideology, and belief systems », American Political Science Review, 63 (juin 1969), p. 411, il s’agit d’un instrument de mobilisation politique. Cité dans Jönsson, op. cit., p. 5.
[26] Brzezinski cumule les mandats. Outre son rôle de conseiller de la RANd et au Département d’État de 1962 à 1976, il sera National Security Advisor de 1977 à 1981. Member of President’s Chemical Warfare Commission, en 1985 ; Member of NSC – Defense Department Commission on Integrated Long-Term Strategy, 1987-1988 ; Member of the President’s Foreign Intelligence Advisory Board (une commission présidentielle qui supervise les activités d’espionnage).
[27] W. Daugherty, op. cit., p. 185-186.
[28] Voir Alan P. Dobson, US Economic Statecraft for Survival 1933-1991, of Sanctions, Embargoes and Economic Warfare, London, Routledge, 2002, p. 243.
[29] Avant la mise sur pied de cette commission, J. Watson s’occupe des coûts des Jeux de Lake Placid, S. Eizenstat et McIntyre traitent de la politique à adopter selon l’ « Amateur Sports Bill » ainsi que de la coordination du support fédéral pour les Jeux de Los Angeles 1984. La « Promotion olympique » relève de T. Kraft.
[30] Mémo de Bob Berenson et Joe Onek à Stuart Eizenstat, 27 mars 1979, dans Correspondance interne, 1977-1979, Maison-Blanche, Archiv. Hist. du CIO, Lausanne, Musée olympique.
[31] Mémo de Joe Onek à Lloyd Cutler, 30 juin 1980, dans Correspondance interne mai-oct. 1980, Maison-Blanche, Archiv. Hist. du CIO, Lausanne, Musée olympique.
[32] Ibid.
[33] Stephen R. Wenn et P. Jeffrey, « Muhammad Ali and the convergence of olympic sport and US diplomacy in 1980 : A reassessment from behind the scenes at the US State Department », Olympika : The International Journal of Olympic Studies, vol. 2, 1993, p. 45-66.
[34] Lettre de Max M. Kampelman, co-chairman of the American delegation à Hedrik Hertzberg (chief speechwriter to the President), 17 juillet 1980, Maison-Blanche, Archiv. Hist. du CIO.
[35] Lettre de Stuart E. Eizenstat à Robert M. Hahn, 29 avril 1980, Carter Library, Maison- Blanche, Archiv. Hist. du CIO.
[36] Voir V. Allen Richard, « Diplomatie américaine : changer de cap », Politique internationale, no 9, automne 1980, p. 81-97, article qui traduit la vision de l’époque, insécurité perçue venant de l’intervention soviétique en Afghanistan, la prise de pouvoir des Sandinistes au Nicaragua et la révolution islamique en Iran.
[37] Stephen J. Whitfield, op. cit., p. 15.
[38] En 1976, Nitze et Rostow tiennent la première réunion du CPd. Il comprend de nombreux anciens du « Team B », groupement d’intelligence secret formé par George Bush alors directeur de la CIA. Reagan y adhère en janvier 1979.
[39] Dès le 25 août 1981, un mémo interne rapporte que Charles Wick, directeur de l’USIA, propose de se tourner vers l’avocat influent et « Chairman » du LAOOC Paul Ziffren. Selon les propos de Wick rapportés dans le mémo : « Ziffren is coming our way now and he might be a political asset in 1982 or 1984. » Si Reagan devait refuser ce choix, un ancien directeur de l’USIA sous Johnson, Leonard Marks, est deuxième sur la liste : « A friendly democrat who helped save [William] Casey. » « He was chief spokesman with Lexalt to head off the press to keep them from devouring Casey », Reagan Library. Archiv. Hist.
[40] C’est le procureur John C. Argue qui effectue le choix final pour le nouveau directeur du LAOOC. P. V. Ueberroth s’ajoute à Paul Ziffren déjà en place. Voir « The Executive of Los Angeles », mai 1979, p. 10.
[41] Lettre de Charles Z. Wick (directeur USIA) à James Baker III. 20 juillet 1984, Reagan Library. Archiv. Hist.
[42] Ibid.
[43] Samaranch demandera publiquement un remboursement pour les coûts engagés par les Comités olympiques nationaux, ce que l’USOC et le LAOOC refuseront. Le contrat signé en 1979 prévoyait que 40 % du surplus aille à l’USOC, 40 % à la « Southern California Youth Sports » et 20 % aux Fédérations nationales américaines ; cf. Los Angeles Times, 11 novembre 1984, by Kenneth Reich.
[44] USIA, Television Worldnet, Video dialogue, 15 June 1984, D. C. Transcripts, p. 64, Reagan Library. Archiv. Hist.
[45] Ibid.
[46] NSdd 32, « US National Security Strategy », Simpson Christopher, National Security Directives of the Reagan and Bush Administrations : The Declassified History of US Political and Military Policy, 1981-1991, Oxford, Westview Press, 1995, p. 62.
[47] NSdd 138, Simpson Christopher, op. cit.
[48] Mémo de H. Kissinger à Michael K. Daever, 28 avril 1983, Archives Maison-Blanche, Reagan Library, Archiv. Hist.
[49] Mexico avait été désigné après le retrait de la candidature américaine de la ville de Columbia.happy-family.jpg
[50] Idéologie développée par Irvin Kristol qui tire son inspiration d’une société « idéale » en expansion, se voulant antistatiste, et se distingue des conservateurs purs. Voir à ce sujet l’ouvrage de Thomas S. Langstone, Ideologues and Presidents : From the New Deal to the Reagan Revolution, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1992.
[51] In William E. Simon, A Time for Truth, 1978, cité dans Mémo de Jude Wanniski, Re : The Passing of Bill Simon, June 5, 2000, at hhhttp:// wwww. polyconomics. com.
[52] À la suite des Jeux de Los Angeles, de 1985 à 1997, il deviendra le président de la « US Olympic Fondation » créée avec les profits générés par le sponsoring ; phénomène entretenu par le boom commercial après les Jeux olympiques d’Atlanta en 1996.
[53] John Sherlock, « Money not a problem for the Olympics », USA today, non daté.
[54] L’AEI compte, parmi ses membres encore actifs sous la présidence de George W. Bush, le vice-président Richard Cheney et de nombreux conseillers, tel l’actuel secrétaire de la Défense et conseiller aux Affaires de sécurité nationales Brent Scowcroft. On trouve également Richard Perle qui est resté membre actif depuis la période Reagan.
[55] Voir hhhttp:// wwww. publiceye. org/ research/ Group_Watch/ Entries-04. htm#P215_48292.
[56] Cité dans hhhttp:// wwww. publiceye. org/ research/ Group_watch/ entries-04. htm#P215_48292.
[57] Le pourcentage des droits de télévision passe de 1 180 000 $ en 1960 aux Jeux olympiques de Rome, soit 33 % pour les États-Unis (CBS), cette proportion passe à 78 % à Los Angeles 1984, sur un total de 286 310 000 $. Chiffres tirés de J.-L. Chappelet, Le système olympique, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1991, p. 152.
[58] Discours de W. E. Simon, 18 mai 1984, Annexe au PV de la CE et de la Commission du mouvement olympique, LA 1984, boycott, Archiv. Hist.
[59] Ibid.
[60] Cette disposition a permis depuis 1984, grâce également à l’explosion des droits de retransmission des télévisions américaines, de faire de l’USOC le géant des CNO, totalisant un budget largement supérieur à l’ensemble des 199 autres comités nationaux. Avec neuf sponsors américains majeurs sur onze du programme TOP, touchant 20 % de leurs versements, ainsi que 12 % des droits de TV américains, l’USOC possède un levier de pression et de chantage face au CIO.
[61] Le 15 février 1983, Edward J. Derwinski remplacera James L. Buckley au poste de conseiller de la Maison-Blanche auprès du Département d’État. Buckley prendra, quant à lui, la direction de Radio Free Europe et Radio Liberty. Derwinski est le président du « Republican Study Committee » qui est, selon les notes internes de la Maison-Blanche : « A group of conservative House Members who work to promote responsible principles of government », Reagan Library, Archiv. Hist. Kenneth J. Hill est le coordinateur officiel pour la sécurité et rapporte à Deaver, Deputy Chief of Staff et Presidential Liaison to the Olympics.
[62] Discours de W. E. Simon, Annexe PV de la CE, op. cit., p. 10.
[63] Amateur Sports Act, Internal Revenue Code 501c.3.
[64] Parmi les membres figurants au comité de direction de Dart and Kraft se trouvent le président de l’USOC William Simon. Rappelons que ce dernier servira tout au long de sa carrière dans le conseil de direction d’une trentaine de compagnies parmi lesquelles Xerox, Citibank, United Technologies et Halliburton.
[65] En juin 1983, un an avant le début des Jeux, 926 400 pièces ont déjà été vendues représentant 66 millions de dollars dont 15 451 920 dollars pour les deux Comités olympiques USOC/LAOOC, Mémo de Donald T. Reagan à M. K. Deaver, 15 juin 1983, Reagan Library, 1980-1984, Reagan Library, Archiv. Hist.
[66] Time, 14 mars 1983.
[67] Souligné par l’auteur, Mémo de Ty Cobb à Jack Matlock, concerning « Brzezinski on Soviet-American Relations », Archives Maison-Blanche, Reagan Library, dans Archiv. Hist., Lausanne, Musée olympique.
[68] Selon la charte du CIO, les CNO sont nationaux, attachés à un territoire, ce qui n’est pas strictement applicable à RFE et RL qui ont leur siège à Munich et émettent par-dessus les frontières nationales et non sur le territoire des États-Unis.
[69] Département d’État, en charge du « International Sports Programs ».
[70] Lettre de Thomas C. Bodin (Director of News, US) à Laurence S. Eagleburger (sous-secrétaire pour les Affaires politiques, Département d’État), 29 novembre 1983, Reagan Library, Archiv. Hist.
[71] Mémo de Robert M. Kimmit (NSC) à Donald Gregg, 28 décembre 1983, Reagan Library, Archiv. Hist.
[72] Ibid.
[73] Draft letter or Telegram, White House, 19 décembre 1983, Reagan Library, Archiv. Hist.
[74] Dossier Roosevelt Julian, General, 1974-1986, Archiv. Hist.
[75] Source AFP, 3 mai 1984.
[76] Source UPI, 25 avril 1984.
[77] Cité dans hhhttp:// wwww. time. com/ time/ special/ moy/ 1984. html.
[78] Ibid., rapport écrit par Ajemian Robert, intitulé « Peter Ueberroth : Master of the Games ».
[79] La réunion de Prague a rassemblé des représentants de la Bulgarie, de la Hongrie, du Vietnam, de la RDA, de Cuba, de la Mongolie, de la Pologne, de la Roumanie, de l’URSS et de la Tchécoslovaquie.
[80] UPI, 24 mai 1984.
[81] Westad Arne Odd, « Secret of the Second World : The Russian archives and the reinterpretation of Cold War History », Diplomatic History, vol. 21, no 2, 1997, p. 268.
[82] Daily Bulletin, United States Embassy (Bern), mercredi 30 mai 1984, no 102 (par Public Affairs Counselor & responsible editor : Robert C. McLaughlin, p. 4, Reagan Library, Archiv. Hist.
[83] Allusion au « programme de l’UNESCO pour le développement des communications », l’ « IPDC » formulé lors de la 21e conférence générale. Celle-ci doit approuver la création d’une agence panafricaine de News, une « Newsletter » pour la région Asie-Pacifique et une autre agence en Amérique latine, Keesing’s Contemporary Archives, vol. XXX, p. 328332.
[84] Ibid.
[85] Ibid.
[86] Voir supra, n. 82.
[87] USIAL/HC, Smith and Neff, « Bi- and multi-national cooperation in Germany », Wagnleitner, Reinhold, op. cit., p. 57.
[88] Ninkovitch, « Diplomacy of ideas », cité dans ibid., p. 58.
[89] Reuter, 18 février 1984.
[90] « Possible Soviet Responses to the US Strategic Defense Initiative », NIC M 83-10017, 12 septembre 1983, copy 158, hhhhttp:// wwww. fas. org/ spp/ starwars,p. 4.
[91] Ibid., p. 3.
[92] Ibid., p. 4.
[93] Mémo de Fritz W. Ermarth (NSC) à Frank C. Carlucci, « Annual report on Soviet political Power », 25 mars 1987, Reagan Library, Archiv. Hist.
[94] Presidential taping, USOC House of Delegates annual meeting, Friday, 27 mars 1987, Reagan Library, Archiv. Hist. du CIO.
[95] Rosenberg, « Spreading the American Dream », p. 219, cité dans Wagnleitner, Reinhold, Coca-Colonization and Cold War : The Cultural Mission of the US in Austria after World War II, op. cit., p. 55.
[96] R. Frank, « Introduction », Relations internationales, no 115, automne 2003, p. 322.
[97] Washington Post, 15 juin 2004, D7.
[98] Henry Kissinger, « Our nearsighted world vision », Washington Post, 10 janvier 2000, A19.
© Cairn.info 2009 


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j'allais oublier le chien...

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25/01/2010

Résumé du discours du Président de la république: Français, Ayez confiance !

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08/01/2010

Radio FM "libre" à Surobi...la voix de son maître en Afghanistan ?

Radio Free Otan - Propagande et guerre de basse intensité:

Alfred De Montesquiou nous apprends, dans un article mainte fois repris dans tous les organes de presse officiants pour le libre marché concurentiel de la Paix dans le Monde,  qu'une "radio locale" a été créée à Surobi, en Afghanistan, par des militaires français "dans un vieux bunker soviétique".

On peut y lire qu' "un groupe de collabos civils afghans et de l'armée d'occupation légionnaires français s'activent autour d'ordinateurs portables et de micro...la première radio FM du district de Surobi, à l'est de Kaboul, diffuse la propagande Otanesque des informations et de la musique à destination de la population locale."

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les deux titres les plus programmés: "KarzaÏ nous voilà " et "Le chant des Talibans"

 

Sur un air d'anti-communisme primaire:

Détail croustillant concernant l'historique du bâtiment "le studio de fortune, installé sur une base de l'OTAN, est logé dans les restes d'un bunker où des dizaines de soldats soviétiques ont été tués par les combattants afghans dans les années 1980."

Il doit certainement encore flotter dans l'air "l'odeur, légère, de putréfaction et de mort" comme à Gori en Géorgie...

Ceci n'est sans doute pas sans déplaire à nos professionnels armés de la paix dans le monde! L'odeur légère d'hémoglobine et la sensation de patauger dans du sang de communiste, le tout en musique, dans un bunker...ils n'ont plus qu'a enfiler leur sweat-shirt de consanguin thor steinar...le rave generalmajor !!!

 

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Joueur de fifre allemand "Lanz knecht" plus connu sous le nom de Lansquenets que l'on trouve généralement comme fond musical sur les blogs info patriotique de consanguins.

 

Mondialisation du communautarisme:

Aussi surprenant que celà puisse paraître, le capitaine Michel, parachutiste de la Légion étrangère de 32 ans, en charge de la station, avoue que "l'objectif est vraiment de donner aux habitants locaux leur propre radio communautaire".

Oui, du coup c'est déstabilisant...je sent que le doute vous assaille...vous pensiez jeunes filles afghanes, mains coupées, barbus à kalashnikov et vous venez d'apprendre que nous avons envoyés des militaires là-bas pour y installer une radio...

 

Ici Surobi, les Afghans parlent aux Afghans:

Sentant que vous n'êtes pas convaincu par cette démarche philantropique, le capitaine Raphaël (journaliste de radio et officier de réserve) va vous rassurer en affirmant que: "Radio Surobi ne cherche pas à faire la promotion des forces de l'OTAN ou la critique des talibans. Elle se concentre sur "les nouvelles essentielles, la musique et les préoccupations de la population"...

Le doute n'est plus permis..."Parmi les sujets d'actualité traités lors d'un récent journal: l'arrestation d'un adjoint au maire pour corruption"l'élu n'est pas des Hauts de Seine, mais de Kaboul), des difficultés de circulation sur un axe majeur qui traverse Surobi (la chronique Bison Futé), la libération de prisonniers dans une province proche (mais pas un mot sur Guatanamo), une visite du Premier ministre britannique Gordon Brown dans le sud du pays et, pour finir, des résultats de cricket (de la vraie info libre et pertinante, comme ici en France!).

http://api.ning.com/files/zWujlQ003uMK4jRPbAFQlGfn5K3nm822Cd*pTmZwom6Ui9PeiucwDWObe5gh5BGgeaSiurx4leLZkomF-VWxkLeNOzpcChB6/quadernifascisti4.jpg

Diffuser c'est bien mais qui écoute ?

Et oui, à quoi bon diffuser si personne n'a de quoi écouter, comme le 18 juin 1940...

Et c'est là que le génie militaire rentre en action...

Du coup c'est le colonel Durieux qui intervient pour annoncer le point d'orgue de la mission:"Les unités de l'OTAN sont chargées de distribuer 4.000 radios alimentées par capteurs solaire et piles".

Oui, toi aussi tu est scotché dans ton fauteuil...qu'elle idée lumineuse...bon, je vais faire le pointilleux et faire remarquer qu'ils auraient pu distibuer des radios qui se remontent aussi mécaniquement (à dynamo):

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Deux capitaines, un colonel...l'affaire est sérieuse...il est donc impossible de renvoyer les troupes d'Afghanistan, la programmation en serait perturbée...

 

Arme secrête de Contre-guerilla:

Moi ça m'a fait tilt...je me suis dit que si les Afghans avaient leur radio libre, on pourrait aussi l'utiliser pour envoyer des musique subliminales... ou alors même mieux...plutôt que d'envoyer des tracts par avion, on lance des petits transistors comme ceux que trouvent nos enfants des pays libres dans les boîtes de "manger heureux" et qui diffuserait de la musique qui rendrait pacifique (et consommateurs de produits manufacturés) les insurgés taliban...

Vas'y Mireille ! C'est de la balle !

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25/11/2009

L'adjudant Drucker reprend du service au ministère de la propagande, avec le concours des stars, au service de la spectaculaire société des marchands de canons...

Michel Drucker, VRP d'une armée super fun

Régis Soubrouillard - Marianne | Mercredi 25 Novembre 2009 à 14:01

France Télévisions a choisi son expert en matière de questions de défense: Michel Drucker. L'animateur, en collaboration avec le service de relations publiques des armées a encore programmé deux émissions spéciales, si possible avec Carla Bruni, diffusant toujours une vision festivalière et ludique de l'armée.



Arielle Dombasle au coeur de l'armée de terre
Arielle Dombasle au coeur de l'armée de terre
Cherche-t-il à se placer pour la future présidence de France Télévisions ou directement à postuler à la tête du ministère de la Défense, voire au Panthéon, qui sait ? En tout cas depuis quelques temps, Michel Drucker rend bien des services à la nation qui lui en sera à coup sûr reconnaissante.

Le 14 juillet dernier, notre Mimi national avait déjà présenté un show à la gloire des armées françaises où  il devisait Défense mais aussi vélo avec le président de la République, faisait découvrir à des téléspectateurs ébahis le quartier général de l’état major de l’armée de terre, mais aussi un saut en parachute de Guy Marchand, Lizarazu au sein des forces spéciales, Gérard Darmon en Afghanistan et last but not least un raid gracieux d’Arielle Dombasle au Tchad. Une émission largement produite en collaboration avec le Sirpa, le service de relations publiques des armées.

« Pour ce projet, il nous fallait trouver le financement pour le réaliser »
, expliquaient alors au journal TV Mag les producteurs, déjà à l’origine des émissions « Une nuit sur le Charles-de-Gaulle » et « Une nuit sous les mers ». « Le ministre de la Défense Hervé Morin a immédiatement accepté de nous aider et de mettre du matériel à notre disposition ». Une coproduction à visée essentiellement publicitaire.


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Une vision ludique, pacifiste et démilitarisée de l'armée


Dans un entretien resté culte de Carla Bruni –réalisé le 14 juillet, grand jour de propagande sarkozyste-, la première Dame de France avait posé, elle aussi, son regard « artiste » sur les questions de défense : « C'est magnifique que tous ces hommes, toutes ces armes, tous ces avions, soient au service de la paix car désormais l'armée nous protège de la guerre ». Bien loin des efforts déployés par son mari pour la vente de quelques Rafale…

Dans les milieux de défense, certains s’inquiètent depuis longtemps de ces dérives médiatiques : « Exploitant cette veine pacifiste et démilitarisée, les différents Sirpa et Directions du recrutement jouent également la carte de l’humour et de la décontraction. Le principe de réalité est alors occulté et drapé du principe de plaisir, aux contours plus resplendissants. Durant les étés 2003 et 2004, par exemple, l’Armée de terre a organisé une tournée des plages durant laquelle des militaires se sont donnés en spectacle, dansant en treillis sur le sable et livrant une vision faussement détendue du métier des armes, qui fit d’ailleurs l’objet d’une critique virulente du Canard Enchaîné (4 août 2004). La Marine nationale, quant à elle, promet une vie ludique et aventureuse à ses recrues potentielles, au travers d’affiches qui exhortent : « Vivez intense », « oubliez votre scooter » ou encore « changez d’adrénaline » écrivait en 2005  le capitaine –en disponibilité-  et professeur de communication Céline Bryon Portet dans la revue Défense nationale dans un article au titre prémonitoire : « communication militaire : identité en péril ».

L’armée de l’air et Michel Drucker (déjà) en prenaient eux aussi pour leurs grades : « L’Armée de l’air, enfin, pratique une inquiétante confusion des genres et cède au jeunisme lorsqu’elle ridiculise ses pilotes dans des jingles radiophoniques ou promeut la provocante Ophélie Winter marraine du 50e anniversaire de la Patrouille de France. Durant cet événement médiatique, présentée par Michel Drucker, le 17 mai 2003 sur France 2 à 20 h 50, on a pu entendre la chanteuse, vêtue de la symbolique combinaison de vol bleu ciel des pilotes de la PAF, vanter les voluptés de l’onanisme après une allocution de Mme Michèle Alliot-Marie… Et comme la jeune femme avait participé à l’émission « Nice people » quelques jours auparavant, le magazine Télé 7 jours associa les deux événements ».

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Carla Bruni au coeur de la Défense nationale

Rien n’a changé. Ni le style, ni les acteurs. L’armée continue de se complaire dans une communication essentiellement festivalière avec la complicité du service public de télévision qui lui permet d’occulter des questions autrement plus essentielles, soulevées notamment au moment de la publication du livre blanc sur la Défense, les questions matérielles, la présence des troupes françaises sur les théâtres d’opérations, l’incapacité chronique à envisager le début d’un projet de défense européenne etc.  

Dans une interview récente à France Soir, Michel Drucker confie qu’il réalisera encore deux émissions à la gloire de l’armée française dans les mois qui viennent. En mars, il partira pour Kandahar pour une émission spéciale pour le 75è anniversaire de l’armée de l’air. Et le mois suivant, le présentateur produira une émission hommage à la Patrouille de France (encore…) avec la participation de…Carla Bruni. Ophélie Winter n'étant plus bankable et encore moins première Dame... Des militaires, des célébrités, de l’émotion, et l’épouse du chef d’Etat-major des armées. L'armée, c'est sûr, maîtrise parfaitement sa communication. Reste à savoir combien de temps le nuage de fumée national fera effet.

Communication militaire : identité en péril ?

Céline BRYON-PORTET

Longtemps enfermée dans le mutisme, l’institution militaire, dans un contexte nouveau marqué par la fin de la guerre froide, l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et la suspension du service national, s’est progressivement ouverte au monde de la communication. Essentiellement destinée à renforcer la visibilité des armées ainsi que leur potentiel d’attractivité, cette ouverture a souvent dénaturé leurs fondamentaux identitaires, ce qui risque d’avoir des conséquences néfastes sur son image, tant en externe qu’en interne. À l’inverse, une approche systémique, davantage respectueuse de la spécificité du métier des armes et visant à lui redonner du sens en réactualisant ses valeurs, pourrait être envisagée.


LA LOI DU SILENCE : FONDEMENTS STRATÉGIQUES,
STRUCTURELS ET ORGANISATIONNELS

L’armée fut longtemps surnommée, comme chacun le sait, « la Grande muette ». La pratique du silence attachée à l’institution militaire s’enracine dans un lointain passé, puisqu’elle était déjà préconisée par Sun Tzu puis, près de deux mille ans plus tard, par Clausewitz. D’une manière générale, on note cette invitation au mutisme dans la plupart des traités de polémologie évoquant les principes stratégiques des guerres classiques.

Ainsi recommande-t-on, dans L’Art de la guerre (1), la connaissance des projets de l’ennemi par la voie du renseignement, tandis qu’une grande discrétion sur les desseins personnels est conseillée, afin que soit rendue possible une guerre éclair prenant par surprise les troupes adverses. La diffusion de fausses rumeurs ou intoxication est également proposée pour que les forces antagonistes soient trompées sur les intentions réelles de l’attaquant. Car « la guerre repose sur le mensonge »…

Très tôt dans l’histoire militaire, donc, une attention de premier ordre a été accordée à la quête et à la circulation maîtrisée d’une information qui peut rapidement être convertie en désinformation. Apparaissant comme une arme à double tranchant, pouvant tout aussi bien entraîner la victoire ou la défaite, la communication fut toujours considérée avec méfiance et maniée avec prudence par les armées. Conscientes, à l’instar de Napoléon Bonaparte, que « quatre gazettes font plus de tort que 100 000 soldats en campagne », celles-ci ont assis leur mode de fonctionnement même sur la protection du secret, grâce à une classification des documents détenus selon leur degré de confidentialité.

Outre ce fondement stratégique, on relève des motivations de nature structurelle et organisationnelle : le devoir de réserve, par exemple, impose des limites au militaire afin que ce dernier ne livre une opinion personnelle lorsqu’il s’exprime au nom de l’institution à laquelle il appartient. Le principe de subsidiarité, quant à lui, selon lequel chacun participe à la délivrance de l’information à son niveau, est plus particulièrement lié à la structure hiérarchique des armées.

DE L’INFORMATION À LA COMMUNICATION : CAUSES ET ENJEUX

Ce n’est que très progressivement que les armées ont abandonné leur familière position de repli pour s’ouvrir au monde profane de la communication. À la base de ce processus, on peut identifier trois causes majeures.

L’après-guerre froide

La première, de nature géopolitique, correspond à la fin de la guerre froide. Jusqu’aux années 80, en effet, les rivalités qui opposaient les blocs de l’Est et de l’Ouest justifiaient que chaque partie tût ses avancées technologiques en matière d’armement et de conquête spatiale ; mais à mesure que le danger diminuait, le mutisme à l’égard de la population perdait sa raison d’être. En outre, les « menaces moins perceptibles » entraînent une vision floue des armées et un certain détachement à l’égard de la chose militaire, comme le souligne le Schéma directeur de la communication de la Défense 2000-2002. Dans le climat du dégel, l’institution de Défense a donc dû justifier ses dépenses, prouver sa légitimité et sa nécessité en communiquant sur ses besoins, ses moyens et ses enjeux, auprès des décideurs politiques afin que lui soient alloués les budgets garantissant son fonctionnement, mais aussi auprès du grand public, pour remporter l’adhésion et obtenir le soutien de ses opérations.

Société de l’information

La deuxième cause est de nature technologique et sociétale. L’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), la mondialisation des flux et l’influence grandissante des médias sur l’opinion publique, qui considère le droit à l’information comme une exigence démocratique, ont incité les forces armées à réviser leur attitude de réserve. En 1994, le Livre blanc sur la Défense, évoquant les nouvelles règles du jeu qu’impose la globalisation des échanges, observe que « la gestion médiatique devient l’un des éléments de la stratégie militaire ». « L’information est désormais au cœur de toute politique de défense », pour ce que « les médias ne sont plus seulement des spectateurs mais des acteurs des crises et des conflits, qui pèsent sur leur conduite et leur issue », ce qu’avait prouvé l’intervention des armées britanniques dans les Malouines, en 1982.

Suspension du service national

Enfin, le dernier déclencheur a trait à la suspension du service national, annoncée par M. Jacques Chirac dès 1996. La professionnalisation, en effet, a entraîné de profondes restructurations et rendu nécessaire l’élaboration d’une politique de communication destinée d’une part à développer le potentiel d’attractivité du métier des armes afin de recruter des effectifs ; d’autre part à augmenter la visibilité des armées et à renforcer le lien nation-défense, jadis assuré par la conscription, et dont on peut craindre qu’il sera altéré, à plus ou moins long terme.

Engageant près de 30 000 jeunes par an, la Défense se positionne comme le « 1er recruteur national », selon le mot de M. Jean-François Bureau, porte-parole du ministre et délégué à l’information et à la communication de la Défense (Dicod). Cette nouvelle donne permet de comprendre que l’institution de Défense, après avoir répondu aux attentes de l’opinion publique en faisant de l’information son premier cheval de bataille, ait progressivement donné la priorité à la communication (2), et plus précisément à une communication de séduction.

 

L’ORGANISATION DE LA COMMUNICATION DE DÉFENSE

La création de la Dicod, en 1998, a opéré une rupture radicale dans la communication de Défense. La dissolution du Sirpa central (Service d’information et de relation publique des Armées), en effet, marquait une volonté d’émancipation de l’organe militaire vis-à-vis du cabinet du ministre, dont il n’était jadis que le bras séculier, ce qui donnait fréquemment lieu à des conflits (3).

Chargée de définir les grandes orientations stratégiques et de délivrer les discours officiels du ministre auprès du public, mais également auprès des Sirpa des quatre forces armées et autres services, la Dicod conserve un lien étroit avec le ministère de la Défense, puisqu’elle élabore notamment ses campagnes de communication. Le rôle d’intermédiaire qu’elle occupe entre le ministère et les armées atténue cependant les ingérences directes des figures politiques et des hauts fonctionnaires civils dans la sphère militaire. Cette entité interarmées est donc tout à la fois centralisatrice et coordinatrice. Elle impose aux différentes armées un fil directeur qui assure une harmonisation du discours et garantit simultanément une autonomie relative de ces dernières vis-à-vis du politique.

La communication institutionnelle de la Défense s’exprime, grâce à la Dicod et aux Sirpa, à travers l’édition de nombreuses revues, la diffusion d’éléments de langage, la préparation d’argumentaires relatifs à des dossiers sensibles, la simulation de crises, la mise à jour d’un site Internet, l’organisation d’événements médiatiques divers, d’expositions et de manifestations militaires en tous genres, destinés à promouvoir l’image de la Défense, enfin l’élaboration de campagnes institutionnelles et de recrutement.

Paradoxe pour le moins surprenant, la Défense, d’abord réticente à communiquer, possède à ce jour le dispositif de communication le plus important de l’État, d’un point de vue quantitatif. Qualitativement, en revanche, il n’en va guère de même : en dépit de moyens financiers non négligeables, la communication peine à se hisser au rang de spécialité reconnue. Majoritairement militaire, le personnel qui y œuvre exerce ses fonctions sans avoir été formé (à 61,79 %) et le déplore fortement, comme il ressort d’une récente étude (4).

L’ADIEU AUX ARMES : STRATÉGIE MARKETING
ET COMMUNICATION DÉCALÉE

Le système de communication de la Défense est donc ainsi fait qu’il permet, théoriquement, la construction d’une image fédératrice de l’institution, via la Dicod, et la sauvegarde des particularismes de chaque armée, grâce aux Sirpa. Néanmoins, le traitement des différentes cibles de communication ne semble pas articulé de manière aussi harmonieuse.

Depuis la mise en place de la professionnalisation, en effet, la communication institutionnelle de la Défense repose sur deux axes assez hétérogènes. Le premier, dirigé vers les leaders d’opinion et les cadres supérieurs civils et militaires, demeure globalement fidèle à la réalité de l’institution (les recherches de l’IHEDN relèvent d’une telle politique de communication). En revanche, la seconde orientation, visant le grand public, paraît davantage biaisée. Cette scission crée donc une image institutionnelle duelle.

Campagnes de recrutement, événements médiatiques, éléments de langage, concourent à donner des armées d’aujourd’hui, en effet, une image assouplie. Dans une logique de séduction, l’ethos du combattant et les effets parfois destructeurs de la force armée, susceptibles de rebuter le grand public, sont volontiers omis dans les discours officiels de la Dicod. Ainsi les vocables guerriers sont-ils bannis au profit d’une approche humanitaire qui s’assortit d’expressions telles que « soldat de la paix », « frappes chirurgicales », « zéro mort » ou « guerre propre ».

Dérapage ?

Exploitant cette veine pacifiste et démilitarisée, les différents Sirpa et Directions du recrutement jouent également la carte de l’humour et de la décontraction. Le principe de réalité est alors occulté et drapé du principe de plaisir, aux contours plus resplendissants. Durant les étés 2003 et 2004, par exemple, l’Armée de terre a organisé une tournée des plages durant laquelle des militaires se sont donnés en spectacle, dansant en treillis sur le sable et livrant une vision faussement détendue du métier des armes, qui fit d’ailleurs l’objet d’une critique virulente du Canard Enchaîné (4 août 2004). La Marine nationale, quant à elle, promet une vie ludique et aventureuse à ses recrues potentielles, au travers d’affiches qui exhortent : « Vivez intense », « oubliez votre scooter » ou encore « changez d’adrénaline » (5).

L’Armée de l’air, enfin, pratique une inquiétante confusion des genres et cède au jeunisme lorsqu’elle ridiculise ses pilotes dans des jingles radiophoniques (6) ou promeut la provocante Ophélie Winter marraine du 50e anniversaire de la Patrouille de France. Durant cet événement médiatique, présentée par Michel Drucker, le 17 mai 2003 sur France 2 à 20 h 50, on a pu entendre la chanteuse, vêtue de la symbolique combinaison de vol bleu ciel des pilotes de la PAF, vanter les voluptés de l’onanisme après une allocution de Mme Michèle Alliot-Marie… Et comme la jeune femme avait participé à l’émission « Nice people » quelques jours auparavant, le magazine Télé 7 jours associa les deux événements.

Image ou image de marque ?

Autant de présentations mensongères, puisqu’au sein de l’institution demeurent les traditionnelles exigences : discipline, disponibilité, sacrifice de soi (7)… En outre, de telles opérations ressemblent davantage à des campagnes marketing qu’à des actions de communication institutionnelle. La Défense vend aujourd’hui son image de la même façon qu’une entreprise privée vend un produit commercial. Pour reprendre la terminologie de l’analyste américain Porter, au lieu de se positionner sur un segment qualitatif reposant sur une stratégie différenciée, parfaitement adaptée à leur dimension institutionnelle, les armées pratiquent une approche quantitative, dite stratégie de volume. Celle-ci se révèle pourtant incompatible avec leur culture. Quelle entreprise du secteur civil, en effet, exige de ses employés qu’ils défendent un idéal au péril de leur vie ? Ayons l’honnêteté de le dire : le métier des armes n’est pas et ne sera jamais un métier comme les autres.

 

CONSÉQUENCES EXTERNES
ET RÉPERCUSSIONS INTERNES

En diffusant des messages inadéquats, les armées voient leurs fondements identitaires menacés, tant vis-à-vis du grand public que du personnel militaire.

Banalisation

En externe, cette diffusion crée une image attractive mais fallacieuse. La spécificité du métier des armes ainsi gommée, se trouve fragilisé le principe de différenciation de l’institution militaire, principe grâce auquel une entité, ou une marque, peut se distinguer des autres. En matière de ciblage du recrutement, ce phénomène de banalisation favorise l’engagement d’une population globalement inconsciente des contraintes inhérentes au statut militaire et inadaptée au mode de vie qu’il requiert, ce qui entraîne des dysfonctionnements au sein de l’institution.

À long terme, les armées pourraient rencontrer des difficultés dans leur tentative de fidélisation du personnel, le décalage entre la vision édulcorée des campagnes d’attraction et les astreintes effectives du quotidien étant souvent trop important, et propre à décevoir les jeunes recrues qui signent un contrat sur la promesse d’un rêve ou d’une aventure. Cet aspect n’a d’ailleurs pas échappé à la critique de certains journalistes. Dans un article des Échos, paru le 3 février 2004, Sophie Reiffers notait que « la Marine nationale ose recruter décalé » et soulignait les dangers d’une telle « idéalisation publicitaire », qui masque « l’éventualité d’un combat ou les contraintes » de la vie militaire et favorise donc « le désistement de candidats déçus ».

Plus généralement, enfin, cet effacement de la « militarité » des armées pourrait affecter leur crédibilité même, et, partant, la confiance que leur témoigne la population. En outre, on peut se demander si de telles constructions symboliques, propres à s’enraciner durablement dans l’inconscient collectif, ne participent pas à créer un climat social hostile à l’utilisation de toute force, y compris coercitive, ce qui se révèlerait préjudiciable en cas de conflit.

 

Intégrité menacée

Si ces messages sont principalement adressés au public, ils pénètrent également, par un phénomène de porosité, le personnel militaire. En interne, ceux-ci ne favorisent donc guère la préparation psychologique des défenseurs de la nation, lesquels devront peut-être donner la mort ou sacrifier leur vie. Enfin, cette communication décalée entre en contradiction avec l’idée que les militaires se forgent de leur engagement. Brouillant les marques traditionnelles, indispensables à tout principe d’identification et d’appropriation, elle entame la cohésion de la communauté. Le récent échec qu’a connu la campagne radiophonique de l’Armée de l’air prouve qu’un tel décalage est inopportun, et souligne le danger qu’il y a à dévaloriser le personnel et à ignorer ses attentes sous le prétexte qu’on souhaite s’attirer les faveurs de l’opinion publique...

L’intégrité de l’institution, de ses valeurs et de ses individus, s’en trouve donc affectée. Nombre de militaires paraissent oublier leur vocation première. Subissant une déconcertante perte d’identité, ils adoptent progressivement un comportement de « fonctionnaire » et se considèrent comme de simples salariés, comptables de leur temps et de leurs efforts, si l’on en croit de récents rapports : on bondit de son siège dès l7 h 00, on néglige le salut réglementaire, on soupire lorsqu’on doit assister à une cérémonie, on refuse même, parfois, de participer à un conflit ! D’aucuns invoqueront l’évolution des mentalités sociales ; mais ce phénomène n’est-il pas également imputable à l’image que les armées cultivent et donnent d’elles-mêmes ?

VERS UNE VISION SYSTÉMIQUE

Interdisciplinaire, la communication est, par essence, fondée sur un jeu de relations et d’échanges, comme le rappelle le dieu Hermès qui en est la figure tutélaire, mais aussi son étymologie latine. Elle se définit comme un système ; or, dans tout système, la modification d’une partie du corps entraîne celle de tout l’organisme. Qu’est-ce à dire ? La dénaturation de l’image externe engendre nécessairement une altération plus intime. Nulle étanchéité possible : le battement d’ailes d’un papillon en mer de Chine peut déclencher un ouragan à l’autre bout de la planète, et un jingle radio trop ironique est susceptible de provoquer un scandale au sein de toutes les unités aéronautiques françaises. Nombreux sont les dommages « collatéraux » que créent des actions de communication non réfléchies ou maîtrisées.

Anticipation

À partir de ce constat, force est de reconnaître que l’on doit s’efforcer d’anticiper, en premier lieu, les conséquences de toute action de communication. Mieux vaut donc renoncer à l’élaboration de campagnes de séduction dont on peut supposer qu’elles apporteront à l’entité organisatrice moins d’avantages que d’inconvénients. Dans cette perspective, il paraît aussi indispensable de privilégier une stratégie sur le long terme plutôt que des entreprises aux effets éphémères, orientées vers la seule satisfaction des besoins immédiats.

Une approche systémique implique, enfin, une vision globale de la communication, ce qui interdit une scission entre les sphères interne et externe, mais surtout l’émission de messages contradictoires. Continuité et cohérence devraient être les maîtres mots. On peut en conclure que les armées gagneraient à réduire le décalage qui existe à ce jour entre la réalité du statut militaire et la représentation qu’elles en donnent. Une inversion de la chaîne des priorités, prenant la gestion interne de la spécificité du métier des armes comme pierre de touche et amorce des stratégies de communication offertes au monde civil, s’avèrerait probablement bénéfique, toute cohésion habilement renforcée rayonnant naturellement vers l’extérieur. Comme les autorités se plaisent à le répéter, le militaire constitue un relais essentiel, propre à consolider le lien nation-défense. Qui peut témoigner mieux que lui, en effet, de son expérience, et valoriser l’institution qu’il sert ?

Cohérence

Concrètement, le respect d’une approche systémique s’exprimerait par un refus de séparer les différents services qui pratiquent la communication au sein d’une même institution. La tendance des armées, depuis quelques années, semble pourtant être inverse. Ainsi la sous-direction du recrutement (SDR) de l’Armée de l’air, notamment chargée d’élaborer les campagnes de recrutement, est-elle devenue autonome du Sirpa Air, qui œuvre sur la communication interne et externe. On conçoit aisément que ces services distincts, respectivement basés à Tours et à Paris, parviennent difficilement à définir des messages cohérents, à respecter des objectifs communs et à travailler à la construction d’une image institutionnelle globale.

Cette scission ne fut d’ailleurs pas étrangère au scandale que provoqua la dernière campagne radio de l’Armée de l’air. Responsable de l’opération, la SDR, en effet, ne considéra que l’objectif qui était le sien, à savoir le recrutement de nouveaux effectifs. Le Sirpa Air, quant à lui, émit des doutes sur la pertinence des jingles proposés par BDDP & Fils, au regard des effets négatifs qu’ils auraient sur l’image de l’institution et le moral d’une catégorie de son personnel. S’il fut consulté, cet organe n’était guère leader et la décision finale appartînt à la SDR… Leurs actions sont pourtant interdépendantes, si l’on considère que les messages institutionnels en direction du public ont une répercussion évidente sur le recrutement, tandis que réciproquement, les dites campagnes participent à construire l’image interne et externe de l’Armée de l’air.

La Marine nationale est dotée d’une organisation relativement similaire à sa consœur, puisqu’elle dissocie : le Service d’information sur les carrières de la Marine (SICM) auquel incombent les missions de recrutement ; la Cellule conditions de vie (Covie) chargée de la communication interne ; le Sirpa, qui œuvre sur la communication institutionnelle, principalement externe ; et le Centre d’enseignement supérieur de la Marine (CESM) qui s’évertue à faire rayonner l’image de l’institution par une action d’information auprès d’un cercle de décideurs, de chercheurs et de groupes d’influence.

RÉAFFIRMER LA SPÉCIFICITÉ MILITAIRE

Être ou paraître ?

À l’instar de Faust, les armées perdent leur âme pour avoir voulu rajeunir leur image et pactisé, pour ce faire, avec des représentations mensongères… Désireuses d’effacer des mémoires le cliché du militaire borné et d’une institution dont la rigidité des règles confinait parfois à l’absurde, elles ont purement et simplement occulté leur essence, pêchant ainsi par excès inverse… L’on a probablement craint que nombre de concepts militaires paraissent obsolètes, que des notions telles que l’ordre et la discipline répugnent à des adolescents hostiles à toute forme d’autorité. Fallait-il pour autant faire accroire que l’on avait renié cet utile patrimoine et travestir la réalité, au risque d’entamer la motivation des troupes ?

En termes platoniciens, les armées ont suivi la voie de la «doxa » plutôt que celle de la vérité. Au lieu d’effectuer ce choix sophistique, fondé sur le règne de l’apparence, les armées auraient pu se lancer pour défi de cultiver leur différence. Dans une époque désenchantée où l’homme, déplorant la faillite des repères moraux, religieux et politiques déjà dénoncée par Nietzsche à la fin du XIXe siècle, part en quête de sens, les armées, dépositaires de valeurs humaines et de jalons directifs (rigueur, solidarité…), ont sans nul doute un rôle crucial et salvateur à jouer (8).

S’adapter

La gageure consisterait alors à réactualiser les « anciennes valeurs », c’est-à-dire à modifier leur forme tout en promouvant leur esprit, de manière à leur insuffler une légitimité perdue. Eadem sed aliter, préconisait Schopenhauer (9). Continuer d’être militaire, mais autrement, en utilisant des mots différents et en expliquant l’utilité des normes mises à l’honneur, tel est le véritable challenge. Loin d’atténuer les convictions qui sont celles de tout militaire et de faire table rase d’une tradition qui puise souvent sa raison d’être dans les impératifs du combat et des missions de défense, il s’agirait de conserver les principes d’identification et de différenciation propres à l’institution en les adaptant aux exigences de sens qu’exprime la société moderne. Et de nous rappeler, avec Lyautey, qu’« il faut faire de l’avenir une floraison du passé »…

 

(1) Sun Tzu : L’Art de la guerre ; Economica, 1988.

(2) Sur cette distinction entre le terme « information », relatif à la diffusion d’une donnée brute, et celui de « communication », impliquant une intentionnalité, on pourra se reporter à l’ouvrage de Dominique Wolton : War Game ; Flammarion, 1991, chapitre 8, « De l’information à la communication », p. 159-163.

(3) Claude Weber : « La filière communication au sein de la Défense », C2SD, n° 47, 2002 (p. 23).

(4) « La filière communication au sein de la Défense », op. cit., p. 64 et p. 109-111.

(5) Campagnes de recrutement 2002, 2003 et 2004. Ci-dessus 2004.

(6) Cette campagne de recrutement fut lancée sur les ondes d’Europe 2, Fun radio, NRJ et Skyrock en mars 2004. Celle-ci provoqua de vifs mécontentements au sein du personnel navigant et fut arrêtée moins d’une semaine après sa mise en place sur ordre du général Wolsztynski, chef d’état-major de l’Armée de l’air.

(7) Seule la Gendarmerie nationale semble ne pas céder à cette tentation et se positionne sur la spécificité des métiers proposés, avec des affiches telles que « osez un métier différent » ou encore « la sécurité comme objectif ». Également consciente de l’écueil, l’Armée de terre, un instant séduite par une communication décalée, repositionna sensiblement ses campagnes de recrutement sur une image plus militaire, comme le confiait le colonel Desgrees du Loû, de la Direction du recrutement (article paru dans Les Échos le 3 février 2004).

(8) Telle est la thèse défendue par Archier et Serieyx (Pilotes du troisième type ; Seuil, 1986), mais aussi par Thomas Peters et Robert Watterman (Le Prix de l’excellence ; Dunod,1999).

(9) NDLR. Les mêmes choses, mais d’une autre manière et qui devrait être la devise de l’histoire selon Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation ; Puf, collection « Quadrige », 2003.

 

 

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F2 : Drucker et l'armée de terre, le best of
Par la rédaction le 15/07/2009

Michel Drucker présentait, à l'occasion du 14 juillet, une émission spéciale sur France 2 en hommage à l'armée française. Un savant mélange de communication politique officielle, d'émotion voyeuriste et de star system.

 

 


Battlespace: Photographs from Iraq and Afghanistan





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23/08/2009

Propagande: le pouvoir de l'image et du discours...

Du pouvoir de l’image : la photographie de propagande et de contre-propagande national-socialiste en Allemagne et en France (1933-1945)

Mme Gaëlle LIEDTS soutient sa thèse de doctorat en cotutelle avec LUDWIG MAXIMILIANS UNIVERSITÄT MÜNCHEN :

- Du pouvoir de l’image : la photographie de propagande et de contre-propagande national-socialiste en Allemagne et en France (1933-1945)

En présence du Jury :

Directeurs de thèse :
M. Prof. Dr. Jean-Paul BLED
M. Prof. Dr. Hubertus KOHLE

M. Prof. Dr. François-Georges DREYFUS
M. Prof. Dr. Pierre DU BOIS
M. Prof. Dr. Serge LEMOINE
M. Prof. Dr. Rolf SACHSSE

Du pouvoir de l’image : la photographie de propagande et de contre-propagande national-socialiste en Allemagne et en France (1933-1945)

Alors que c’est surtout le cinéma qui a retenu l’attention pour la période des années trente et quarante, la photographie reste l’une des armes les plus efficaces de la propagande de l’époque. Encore trop peu étudiée, elle a notamment été très utilisée par le gouvernement national-socialiste entre 1933 et 1945, que ce soit en Allemagne ou en France lors de la période d’occupation. Mais l’Allemagne nazie n’est pas la seule à avoir utilisé la photographie, surtout véhiculée par la presse illustrée et les brochures de propagande, à ses fins. Le gouvernement français a, lui aussi, utilisé la photographie pour sa propagande en s’inspirant fortement des techniques mises en œuvre en Allemagne. Si les thèmes abordés par la photographie de propagande relèvent de particularismes locaux spécifiques à chaque pays, le « culte du chef » est l’un des points communs les plus importants. La photographie a donc servi les propagandes totalitaires de l’Allemagne nazie et de la France vichyssoise, mais elle a aussi été l’arme de combat des anti-fascistes. Ces derniers opposent à la propagande nazie d’autres utilisations de ce médium tels que le photomontage politique.

Position de thèse

Depuis une vingtaine d’années, les historiens - et non plus seulement les historiens de l’art - se penchent un peu plus sur la photographie et le rôle qu’elle a pu jouer dans les différentes périodes de l’histoire récente. La propagande national-socialiste pendant la période 1933-1945 a, quant à elle, été traitée dans de nombreux ouvrages dès la fin de la Deuxième guerre mondiale. Même dans les années trente et quarante, certains contemporains s’étaient déjà interrogés sur le rôle de la propagande dans le développement de la politique national-socialiste en Europe. Dans ces différentes études, on constate pourtant rapidement une lacune importante : si les pratiques artistiques ont été envisagées du point de vue de la propagande national-socialiste, depuis l’architecture jusqu’au cinéma en passant par la peinture, la sculpture ou même le théâtre, la photographie est la grande oubliée de l’historiographie. Même les « classiques » français concernant l’art nazi ne font aucune allusion au rôle de l’image photographique dans la propagande national-socialiste. Alors que la propagande photographique allemande a aussi été diffusée en France, très rares sont les études qui abordent le sujet en profondeur en France. Des études ont été réalisées sur l’influence de la photographie en France lors de la même période, mais il semble que les recherches s’arrêtent toujours à la frontière du Rhin. Il n’est pourtant pas possible de comprendre comment la propagande nazie a eu tant de répercussions sur les événements des années trente et quarante en Europe - et plus particulièrement en France - sans comprendre comment elle s’est répandue en Allemagne auparavant. C’est en partant de ces observations et afin de combler cette lacune que cette thèse réalisée en cotutelle entre les universités de Paris IV-Sorbonne et Ludwig-Maximilians-Universität de Munich tente de montrer l’importance de la photographie dans la propagande national-socialiste des années 1933 à 1945, grâce notamment à des parallèles avec la propagande photographique de la France à la même période. Si la photographie a été une arme importante pour la propagande nazie et vichyssoise, elle a aussi été utilisée par les artistes qui ont combattu le nazisme. La différence entre le succès de la propagande photographique national-socialiste et le relatif retentissement de l’anti-nazisme en photographie est l’objet principal de cette thèse.

Cette thèse est divisée en trois parties. Afin de se mettre d’accord sur les termes et sur l’enjeu de la démonstration, la première partie précise ce qui fait de la photographie une source essentielle de l’histoire, elle tente ensuite d’expliquer pourquoi cette source a été négligée et donne un aperçu de la diversité des types de photographies. Elle montre aussi quel était l’état de la pratique photographique en 1933 et quelles ont été les causes qui ont opéré le glissement d’une photographie comme moyen d’expression artistique à une arme de propagande. La deuxième partie de la thèse est d’abord consacrée à l’organisation administrative de la propagande photographique en Allemagne. Un parallèle est fait avec l’administration française de la photographie, qui n’est en place qu’à partir de 1942. Cette deuxième partie présente ensuite une analyse des spécificités de la propagande national-socialiste en photographie : comment est-elle véhiculée ? Qu’est-ce qui est autorisé et qu’est ce qui est censuré ? Quels sont les thèmes de prédilection de la photographie de tradition national-socialiste ? L’observation de la situation amène à une autre interrogation : la photographie est-elle simplement, au final, juste un moyen de propagande, une image d’une société à un instant donné, ou ne peut-elle pas aussi et ensuite, servir de « pièce à conviction » ? A ce sujet, l’utilisation de la photographie dans les camps de concentration pose problème : est-elle simplement une documentation comme les autres - qui a aussi servi en propagande nazie - ou acquiert-elle une dimension supplémentaire du fait même se son sujet ? La dernière partie de la thèse traite de la contre-propagande national-socialiste au moyen de la photographie. Quelle a été l’action des photographes contre le nazisme ? Comment s’est elle manifestée ? Et quelle forme a-t-elle a pris ? On verra aussi le rôle de la presse illustrée et des partis communistes allemand et français dans la diffusion des images photographiques anti-nazies. Puis on s’attachera plus particulièrement à la seule émanation de l’image photographique qui a pu avoir une certaine influence en contre-propagande, c’est-à-dire le photomontage.

Au terme de cette étude franco-allemande, plusieurs observations sont à faire au vu des résultats obtenus. Il s’agissait en la menant de combler une lacune sur les connaissances historiques du pouvoir de l’image photographique et de son rôle dans la propagande national-socialiste d’une part, et dans la contre-propagande national-socialiste d’autre part durant la période où Hitler et le NSDAP régissent la vie politique, sociale et culturelle de l’Allemagne. Il était aussi question d’étudier le rôle qu’avait pu avoir la photographie en propagande national-socialiste et de voir si elle avait eu un rôle comparable dans les camps adverses. Force est de constater, à l’issue de cette recherche, que la photographie a eu un rôle déterminant dans la propagande national-socialiste, mais qu’elle n’a pas réussi à avoir un rôle aussi important en propagande anti-nazie qu’en propagande national-socialiste. Quelles sont donc les raisons de cette différence tangible ? Tout d’abord, l’appareil d’Etat national-socialiste a réussi à mettre la main sur tout le processus de création photographique. Depuis les fabricants de matériel photographique - industrie chimique et savoir-faire optique en tête - jusqu’à la photographie qui se trouve dans l’album familial, tout est contrôlé par le ministère de la propagande. Il n’est pratiquement plus possible de photographier sans adhérer à l’une ou l’autre des associations d’amateurs ou groupements de professionnels. Même l’armée est dotée d’importants effectifs de photographes (et aussi d’opérateurs de cinéma) grâce aux Propaganda Kompanien. De leur côté, les artistes qui ne sont pas d’accord avec les directives ministérielles soit quittent le pays, soit portent leur attention sur d’autres sujets. Le ministre de la propagande Joseph Goebbels l’avait déjà déclaré en 1933 lors de l’inauguration de l’exposition Die Kamera : chaque Allemand possédant un appareil photo a le devoir de s’en servir pour son pays ! Les images ainsi produites sont utilisées pour la propagande nazie : on exalte les corps parfaits des forts paysans aryens, on documente la modernisation de l’Allemagne en photographiant les autoroutes, les ponts ou l’architecture monumentale, et on voue une admiration sans bornes au chef qui a permis tout cela. Le culte de la personnalité voué à Hitler est certainement en grande partie le résultat de la diffusion de son image par la photographie. Pas un seul village où n’arrive en Allemagne et parfois au-delà même du Reich, les portraits photographiques du Führer. Heinrich Hoffmann, son photographe personnel, en a fait un démiurge : à la fois inaccessible quand il préside les rassemblements du NSDAP et proche des gens quand il se promène, rêveur, dans les montagnes bavaroises. Tout concourt à faire de lui le sauveur de l’Allemagne, depuis les cartes postales à son effigie jusqu’aux immenses portraits de presque 20 mètres de haut affichés lors d’expositions monumentales. C’est aussi en grande partie la presse qui véhicule cette image de l’Allemagne. A la fois à l’intérieur du pays et hors des frontières, toutes les images qui sont publiées sont contrôlées et doivent recevoir un visa d’exploitation. Elles sont rares, ces images qui montrent le vrai visage de l’Allemagne d’avant la Deuxième guerre mondiale. Et lorsque la guerre éclate, la censure est encore plus forte. En France, à la même époque, la situation est très différente. Très hostiles à l’idée de faire confiance à la photographie, les autorités françaises n’ont pas su profiter des possibilités qu’elle offrait. A l’époque où en Italie ou en URSS, la photographie a aussi été le support d’une propagande politique d’Etat très efficace, la France joue les timides. Des querelles entre les différents syndicats et plus tard des rationnements en matériel (produits chimiques, encre, papier) ne permettent pas à la photographie d’égaler le niveau d’utilisation de l’image photographique en Allemagne. Certes, la presse illustrée connaît aussi un essor considérable, mais les reportages qui sont publiés ne concernent pas autant l’action anti-nazie. La résistance à la propagande nazie est plutôt le fait des artistes de la plume ou alors des peintres, des sculpteurs, dont bon nombre sont des émigrés de l’Allemagne et de l’Autriche. Les photographes, eux, n’ont pas reçu l’accueil qu’ils auraient pu espérer. S’ils n’ont pas été rejetés, loin s’en faut, ils n’ont néanmoins pas bénéficié du soutien qu’ils auraient pu attendre de Paris, qui avait pourtant la réputation d’être la ville de la liberté. L’action anti-nazie en photographie a surtout été véhiculée par les journaux ouvriers. C’est John Heartfield en particulier qui a initié le mouvement dans le journal créé par Willi Münzenberg et intitulé Arbeiter-Illustrierte Zeitung, bientôt continué par des illustrés comme Regards ou Marianne et dans une moindre mesure Vu. Mais après une période prometteuse, la lutte anti-fasciste de ces journaux illustrés en partie dirigés, ou du moins influencés, par le parti communiste, se confond avec la lutte des classes, notamment à partir du Front populaire. Lorsque la guerre éclate et que la France est occupée, il n’y a presque plus personne pour s’opposer en photographie à la déferlante des images national-socialistes. Les derniers journaux dénonçant le régime nazi sont interdits ou « mis au pas », la France occupée devient une antenne de l’Allemagne en matière d’information et toutes les photographies publiées doivent recevoir l’accord des services allemands. La résistance à la propagande nazie ne passe pas tellement par la photographie. D’abord, parce qu’elle était très chère à imprimer clandestinement et que les matériaux sont rationnés, ensuite, parce qu’il est difficile de faire face à l’organisation parfaite de la propagande nazie. Et pourtant, la photographie recommence à être utilisée à des fins de propagande en France à partir de 1940. Mais c’est la propagande personnelle du Maréchal Pétain qui en profite. Après quelques accords avec l’occupant, la France de Vichy parvient à publier et diffuser des photographies pour sa propre propagande. Mais elle n’est pas une propagande de résistance au national-socialisme, elle est une propagande pro-vichyssoise. Au final, on peut dire que la photographie, même si elle servi à combattre le nazisme avant 1940, a surtout été utilisée pour la propagande communiste et ensuite pour la propagande pétainiste. Face à la grosse machine de la propagande national-socialiste, cette propagande anti-nazie n’a pas tellement eu d’influence. Peut-être pourrait-on considérer que la seule contre-propagande national-socialiste qui ait été efficace en photographie, ne l’a été qu’après la guerre, lorsque les photographies prises clandestinement ont enfin raconté l’horreur du régime nazi.

A la fin de la thèse, après le texte français, se trouve un résumé en allemand, tel que cela est prévu dans le cadre d’une cotutelle.

http://www.paris-sorbonne.fr/fr/article.php3?id_article=3776

 

 

 

L’américanisation de la propagande en Europe de l’Ouest (1945-2003)

Fabrice d’Almeida [*]


CAIRN

Loin d’être uniquement un processus téléguidé depuis les États-Unis, l’américanisation est souvent un phénomène consenti et recherché car il est synonyme de modernisation. La propagande et la communication politique en Europe sont en particulier réputées avoir été depuis la guerre directement inspirées du modèle américain. Pourtant, ne puisent-elles pas avant tout leur inspiration dans la tradition démocratique européenne ?
En 1945, l’Europe est encore sous le choc de la violence nazie et fasciste. Elle s’interroge sur les raisons de la durée de ces régimes. La réponse qu’apportent les hommes politiques et nombre de théoriciens tient en un mot : la propagande [1]. Les peuples ont été victimes d’une hallucination morticole. Ils ont été manipulés par d’habiles démagogues, Hitler, Mussolini et Goebbels, en particulier. Le paradoxe veut que la propagande est alors loin d’être décriée. Sa puissance est redoutée, mais chacun croit pouvoir en maîtriser les effets. Son rôle dans les partis politiques est acquis ; toutes les grandes formations européennes se dotent d’un secteur spécialisé dans cette activité. Même la SFIO, qui admet la théorie de Tchakhotine [2] sur Le viol des foules par l’action psychologique, désigne un délégué à la propagande qui prétend faire une « bonne propagande » contre les déviances communiste et nazie [3]. Triomphante et diverse, la propagande subit des influences contradictoires. Elle suit des modes idéologiques et ses contours dépendent de créateurs dont, parfois, le style tempère les formes.
De fait, après 1947, quand débute la guerre froide, chacun des camps tente d’uniformiser le discours et les méthodes d’influence de ses partisans. À l’Est, sous l’influence de Jdanov, responsable de la propagande soviétique, une théorie esthétique s’impose à tous les pays communistes grâce au Kominform tout juste créé. Elle pèse aussi sur les partis communistes d’Europe de l’Ouest, et notamment le PCF et le PCI. Progressivement, les artistes et les graphistes sont appelés à se cantonner au style prolétarien et à fournir une iconographie qui accompagne la mobilisation des masses. Les journalistes apprennent, quant à eux, une écriture des faits déformée par la doctrine. Mais la soviétisation dépasse de ce projet intellectuel. Elle suppose la collectivisation dans les nouveaux pays communistes, la destruction des anciennes pratiques « bourgeoises » ; bref, la mise en place d’un État totalitaire. Les troupes de l’armée, la police politique ou les forces de l’ordre sont les auxiliaires d’un système qui utilise la terreur et la récompense comme des instruments essentiels d’une psychologie de masse.
Dans ce contexte, les actes de la puissance américaine sont scrutés comme s’ils étaient le pendant de ceux des Russes. Pourtant, l’américanisation n’a que peu à voir avec la soviétisation, pour ne pas dire la stalinisation, de la propagande communiste. Le mot « américanisation » est d’ailleurs évoqué à propos de la société française dès le milieu du 19e siècle, notamment dans le Journal des Goncourt. Dans l’entre-deux-guerres, il se retrouve en matière de mise en scène politique. Il signifie une modernité partisane qui s’exprime quand, par exemple, le colonel de La Rocque organise de grands raids automobiles pour frapper l’opinion, ou quand Mussolini reprend les modèles des trains de propagande américains pour vanter les mérites de sa politique. Cependant, l’usage du mot est majoritairement péjoratif. Des observateurs comme Bertold Brecht voient dans cette influence le signe d’un déclin proche du capitalisme européen (Dans la jungle des Villes, 1924). Cette dimension est particulièrement sensible dans le langage courant. L’américanisation traduit une forme de désavœu, voire de renoncement, par rapport à une identité nationale. Un discours implicite de déploration en découle. Mais la question change avec le plan Marshall et l’hégémonie nucléaire. L’Amérique devient un modèle attractif, un bouclier et un tuteur qui suscite et accompagne la mue des comportements sur le vieux continent. Dans ce contexte, l’opposition communiste reprend ce vocable pour contester les gouvernements modérés et tenter de montrer aux peuples une putative trahison des élites.
Utilisé en histoire, le concept d’américanisation est moins polémique [4]. Il signifie une interrogation sur l’histoire des cultures nationales et des influences transnationales. Les formes de l’américanisation ne sont pas constantes dans le temps et l’espace. Leur intensité a varié, en particulier au rythme des relations de l’Europe occidentale avec le monde soviétique. S’arrêter sur la propagande permet d’illustrer la complexité des processus d’acculturation contemporains et de souligner un paradoxe : l’influence des États-Unis fut parfois d’autant plus profonde qu’elle ne relevait pas d’une action volontaire du département d’État ou d’un engagement atlantiste.
Les sources partisanes sont particulièrement éclairantes. Elles montrent une disjonction entre des cultures politiques qui veulent objectiver leur rapport à un modèle étranger, et des mises en forme qui subissent une influence inconsciente. Les documents étatiques provoquent des constats similaires. Une tension y est perceptible entre le maintien de rituels et de protocoles anciens et les glissements introduits par une pratique importée ou transférée d’outre-Atlantique. Encore verra-t-on que ces emprunts ont été plus faibles que ne le laisserait supposer un jugement hâtif. Car, derrière le procès en américanisation mené par les communistes, se cache un questionnement sur la légitimité de la modernisation de la vie publique.
◦ Les Américains propagandistes
Entre 1943 et 1945, les services de propagande américains envahissent l’Europe et maintiennent un temps leur méthode de guerre psychologique à usage des pays nouvellement libérés du nazisme. En France, l’armée américaine diffuse les émissions de la Voix de l’Amérique et garde un moment l’œil sur la presse. Son action est cependant vite limitée par le GPRF qui tente même dans les actualités filmées officielles de minorer la puissance des libérateurs [5]. Il n’en va pas de même en Allemagne. Là, les militaires, puis l’OMGUS (Office of Military Government for Germany, United States), tiennent ferme la barre de l’information. Suivant les théories d’Eric W. Stoetzner, un émigré allemand antinazi, théoricien du langage, ils veulent rééduquer les Allemands [6]. Des films de propagande sont produits afin de leur apprendre la démocratie, de briser le conditionnement raciste. Ces documents, présentés comme des actualités, sont les seuls à circuler dans les cinémas à partir de mai 1945. La réouverture de la presse passe aussi par les autorisations accordées ou refusées par les occupants. Les premiers quotidiens sont confiés à des administrateurs jugés fiables comme en témoignent les autorisations de la Frankfurter Allgemeine Zeitung ou de la Süddeutsche Zeitung. La dénazification dans ce domaine doit être visible et correspondre à une libéralisation. Sur les murs, des affiches vantent les mérites de l’American Way of Life, un idéal de vie quotidienne dont est loin le pays ravagé et divisé. Au fond, ce n’est pas seulement la propagande qui est américanisée mais le pays tout entier, afin de mettre fin à la haine anti-américaine provoquée par les bombardements, et dont les accents antisémites étaient perceptibles dès le début du régime hitlérien.
Le lancement du plan Marshall, et l’envoi d’une aide massive sur le vieux continent, est l’occasion d’une campagne spécifique. L’aide économique (European Recovery Programm, ERP) est exaltée par le secteur publicité de l’Economic Cooperation Administration (ECA). Ce dernier effectue des actions d’information et d’influence en Italie, Grèce, Turquie, Allemagne et en France. Généreuse Amérique.
En Italie, par exemple, l’ECA finance des films montrant les trains et les bateaux d’aide destinés à l’Italie [7]. Les producteurs américains n’hésitent pas à prêter main forte en produisant des films bientôt diffusés par les sociétés italiennes. L’un d’entre eux montre comment les États-Unis et leurs soldats ont payé de leur sang la libération de l’Italie, évoquant la violence des combats à travers les images du paysage désolé du Monte Cassino et d’un cimetière militaire [8]. Puis, il explique la pauvreté du pays et la décision de voter le Recovery Act. Les visages d’enfants et de parents illustrent l’impérieuse nécessité de l’aide. Enfin, le film se conclut par un extrait de discours d’Alcide de Gasperi, le président du Conseil italien, qui remercie les États-Unis. Chaque Italien est ainsi invité à juger de sa dette envers l’Amérique. Un programme radiophonique quotidien d’un quart d’heure est diffusé, des camions d’exposition itinérante parcourent la péninsule ; la presse, quant à elle, reçoit des aides, et des pages de publicité sont achetées pour mettre en valeur la contribution américaine à la reconstruction. Cet effort est valorisé auprès des pays alliés. La firme Pathé, en Angleterre, diffuse dans ses actualités des documentaires en montrant la valeur [9]. Au fond, le plan Marshall tout entier semble être une opération de propagande, si l’on veut bien considérer cette dernière comme une forme de communication visant à obtenir un comportement précis d’une personne déterminée. En recevant l’aide, les Européens affichent la gratitude et la solidarité atlantiste attendue par Washington. Les communistes ne se lassent pas de dénoncer cette corruption idéologique acquise à l’aide du dollar.
Afin d’exercer une influence moins visible sur le cours des choses, l’administration fédérale décide de passer par des canaux plus discrets. Elle sollicite l’action des agents secrets. Les services de renseignements américains, l’OSS puis la CIA, organisent des cellules d’action dans les services secrets alliés, plus ou moins vite désactivées, à partir de 1966 : le réseau Glaive (Gladio). Les espions et leurs honorables correspondants établissent aussi un système de relais dans l’opinion. Sont ainsi créées des associations dont le but est de soutenir la diplomatie et la stratégie, en particulier au début des années 1950, quand les communistes lancent leur campagne mondiale pour la paix [10]. Cette tactique est perceptible à travers l’usage spécifique du mot « culture » dans des groupements infrapartisans, opposé à celui de « social » chez les communistes [11]. Les libéraux et, parfois, les sociaux-démocrates peuvent ainsi alimenter une presse peu lue ou des revues de grand prestige intellectuel, mais de faible écho. Ces associations utilisent aussi des affiches murales qui satisfont particulièrement les agents américains, comptables des fonds devant le Sénat et contraints de quantifier leur action. Elles reprennent le mythe de défense de la liberté de l’Europe, cette fois derrière les États-Unis, contre le soviétisme venu d’Asie. En ce sens, il existe bien une continuité propagandiste dans la lecture de la géopolitique proposée par les nazis et le bloc occidental durci par la guerre froide. Même les dessins, les affiches, voire les argumentaires, se ressemblent au point de donner l’impression que se rejoue, là, une suite de la seconde guerre mondiale. Mais, il s’agit d’une confusion volontaire des experts en guerre psychologique qui s’appuient sur les peurs et les croyances anciennes pour convaincre les opinions. Le cas de Paix et Liberté, association créée en 1950 à l’initiative du gouvernement Pleven et financée par le ministère de l’Intérieur français pour lutter contre l’influence communiste, est symptomatique de ce discours. Les dessinateurs et graphistes qui élaborent ses affiches colorées mettent en scène les dangers pour provoquer la frayeur [12]. Environ 200 images tirées à près de 100 000 exemplaires chacune sont diffusées en six ans. Quant à son président, le radical Jean-Paul David, il tente par tous les moyens de préciser la menace communiste aux yeux des Français. Il en parle à la radio où il obtient, dès 1951, une chronique quotidienne. Il y décrit les méfaits du stalinisme et dénonce l’agressivité militaire de l’Union soviétique, tout comme dans le journal du mouvement.
L’action directe ou indirecte des États-Unis, l’aide d’alliés plus ou moins impliqués dans les appareils gouvernementaux européens, contribuent ainsi à donner le sentiment qu’en matière d’action de masse la grande démocratie est plus capable que les pays d’Europe à peine libérés. L’impression de la supériorité militaire américaine se double, en définitive, d’une croyance généralisée dans la qualité de ses techniques de domination, et singulièrement de ses moyens de propagande.
◦ Une expertise en psychologie de masse
Un détour par les partis politiques d’Europe occidentale montre que, dans le long après-guerre qui court jusqu’aux premiers frémissements de soixante-huit, ces organisations ont renouvelé leurs outils de propagande en imitant sciemment des pratiques perçues outre-Atlantique. Quelques exemples rendent compte de cette fascination. En témoigne, d’abord, la façon dont le parti socialiste italien (PSI), pourtant en pleine phase d’alliance avec le PCI et de soutien à l’Union soviétique, pense devoir modifier les pratiques de ses activistes. Un texte emprunté à la revue d’orientation des militants exprime en termes simples la nouvelle stratégie : « L’évolution des choses et des idées a conduit à une nouvelle phase dans les méthodes de propagande et notre parti aussi doit savoir s’adapter aux exigences nouvelles. En Amérique, la propagande électorale passe par les formes les plus inimaginables et les plus modernes que l’esprit humain puisse concevoir ; mais en Europe aussi, et parmi ses États, en Italie, où, ces derniers mois, il ne semble pas que les partis politiques dédaignent de renouveler leurs thèmes, nous avons vu commencer un nouveau type propagandiste qui a trouvé dans le projecteur à format réduit sa forme d’action. Cela impose que chaque fédération possède une machine de ce format avec laquelle il sera possible de projeter des films à sujets social et politique qui pourront, mieux que dix réunions, attirer vers le parti de nouvelles adhésions et de nouveaux prosélytes [13]. » Même le secrétaire du parti, Lelio Basso, que certains comparent à Lénine à cause de sa barbe taillée en pointe, encourage l’achat de voitures pour conduire une propagande mobile, comme celle des démarcheurs américains.
La démocratie chrétienne (DC) n’est pas en reste. Elle a acquis plusieurs dizaines d’appareils de projection qui servent notamment à alimenter les soirées des sections que les dirigeants du service de presse et de propagande (SPES) conçoivent à la manière de clubs anglo-saxons, où l’on peut passer se détendre après le travail. La modernité américaine en propagande est donc perçue comme une manière plus simple de parler aux masses et de faire passer une doctrine politique que militants et sympathisants refusent sous son caractère revêche.
Sans doute est-ce cet aspect rébarbatif qui explique la progressive désertion de la politique partisane après l’efflorescence des années 1945-1947. Lentement, puis clairement dans les années 1950, l’éthique de parti disparaît. Les effectifs réduits contraignent progressivement les dirigeants à ne plus compter sur la seule sagacité des activistes pour atteindre l’électorat. Les partis empruntent alors des voies inédites pour se faire entendre. En Allemagne, dès le milieu des années 1950, ils achètent des espaces publicitaires dans la presse. Il y a là comme un héritage de la pratique ouverte par le plan Marshall. Les gouvernements ne répugnent pas non plus à cette pratique. Émerge une publicité politique dont les formes ne sont pas cantonnées à l’affichage militant, mais qui suppose une professionnalisation dans la conception de messages suivant des préceptes différents de ceux de l’esthétique militante. Le recours à des publicitaires est donc considéré comme une forme de modernité américanisée. C’est le cas de Guy Mollet qui sollicite Marcel Bleustein-Blanchet et Pierre Sabbagh en 1956 pour ses prestations télévisuelles.
La professionnalisation est à l’évidence une américanisation, quand la DC italienne, à son tour, se met à acheter des espaces publicitaires, et demande même l’aide d’un des plus grands experts en psychologie publicitaire, Ernst Dichter. L’épisode indique la volonté de se conformer à un type de pratiques partisanes jugées étrangères, mais dont l’efficacité laisse dubitatifs, jusqu’à ceux qui les importent. En 1962, en effet, le SPES a pris l’initiative de contacter Dichter pour évaluer la situation de la DC [14]. Dichter est le dépositaire commercial du motivationnisme, dont Abraham Maslow fut le fondateur. Ses théories ont connu une grande vogue aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Il les a exposées dans quelques livres et, surtout, les a mises en pratique auprès de très grandes entreprises commerciales, d’agences publicitaires (Publicis et Bleustein-Blanchet ont fait sa fortune en France [15]) et d’État (Israël, le gouvernement américain…). Son idée phare : les actes d’achat reposent sur des motivations psychologiques, pas nécessairement liées aux qualités intrinsèques du produit, mais à ses propriétés symboliques [16]. Si l’on agit sur la bonne motivation, il est possible de déclencher l’acte attendu. Cette réflexion en stimulus-réponse fut partagée par d’autres publicitaires de cette époque, et notamment un autre Américain, Vance Packard, dont l’ouvrage, La persuasion clandestine, fut un best-seller mondial et notamment européen [17]. Dichter est donc requis pour un diagnostic sur la DC. Le témoignage de son interlocuteur du SPES restitue ce qui fut alors reçu avec ambiguïté, entre respect et scepticisme : « Chez vous, nous expliquait Dichter […], le père-patron-parti domine la fonction de catalysation dans certaines circonstances historiques qui évoquent la peur et donc le besoin de protection. Mais, sur le seuil du boom économique, il en ira tout autrement. Et puis “les confessions motivationnelles” des assistants de Dichter avaient précisé que, dans l’inconscient des Italiens moyens, la DC plus qu’un père était une mère voire une matrone. […] Nous voulions vendre le centre-gauche ? Eh bien, nous n’avions qu’à essayer avec cette vieille vendeuse [18]. »
Les remarques sont prises en compte, partiellement. La campagne s’appuie sur l’image d’une jeune mariée, peinte par Lalia. « La DC ha vent’anni », disait le slogan de cette affiche, où une délicieuse brune au doux sourire symbolisait un parti non vieilli mais rajeuni par l’exercice du pouvoir. Les graffitis tournent vite en dérision cette image et son slogan. Mais l’important est ailleurs. Le PCI, dans son journal Paese Sera, dénonce le recours à un marchand de prunes de Californie pour faire la propagande d’un parti : les techniques commerciales ne sont pas dignes de la politique. Les résultats électoraux semblent lui donner raison : la DC perd 3,5 % des voix au scrutin de 1963, retardant, du même coup, le recours systématique aux méthodes publicitaires en politique. Cette tentative précoce d’aligner l’Italie sur les critères américains de propagande s’est soldée par un échec.
Pourtant, insidieusement, les habitudes changent et des pratiques culturelles démontrent un transfert entre les États-Unis et l’Europe. D’abord, par les entreprises, le marketing des statisticiens américains s’est largement imposé après la seconde guerre mondiale. De même, les pratiques de démarchage à domicile venues d’outre-Atlantique, avec leurs argumentaires précis et l’entraînement des vendeurs, se développent. Naturellement les partis en héritent. Les communistes français n’hésitent plus à vanter le porte-à-porte. Le PCF publie des brochures pour expliquer, dessins à l’appui, comment s’y prendre au mieux [19].
Les dirigeants politiques sont partout conscients de l’influence prise par les spectacles hollywoodiens et les distractions venues des Amériques. Ils tentent d’utiliser l’engouement pour des vedettes comme le font leurs homologues démocrates ou républicains. Ils imaginent même de détourner des manifestations apolitiques pour leur donner un caractère militant. Stephen Gundle a ainsi rappelé l’étrange attraction des communistes italiens pour le modèle hollywoodien [20]. Le PCI tente, par exemple, de créer une alternative au concours de Miss Italie jugé trop mercantile et américanisé. Il fonde une manifestation concurrente pour récompenser une jeune militante correspondant à des critères plus prolétariens [21]. Il faut pourtant qu’elle soit jolie, mais hors des canons internationaux… Les candidates échappent aux épreuves en maillot de bain et le jury prétend autant éduquer que valoriser un modèle de beauté véritablement italien.
Cette influence américaine, avalant ceux-là même qui la réprouvent, se ressent sur le plan formel dans les mouvements contestataires des années 1960. Rappelons que le mouvement de protestation dans le graphisme est, aux États-Unis, très puissant dans l’après-guerre. En témoignent les affiches de Ben Shahn qui se fit connaître au service du syndicat CIO dès 1946. Son style caricatural fut connu par les étudiants des Beaux-Arts et des Arts décoratifs européens dans la décennie suivante. De jeunes graphistes, tel l’Alsacien Tomi Ungerer, tout en empruntant un langage différent, saisissent l’intérêt de ce moment, et prennent le chemin de New York ou de la Californie où ils participent à la nouvelle vague de contestation contre la guerre du Vietnam. Le mouvement américain utilise beaucoup les pochoirs et la sérigraphie, et se retrouve amalgamé, vu d’Europe, à la montée du Pop’art.
En retour, le mai 1968 européen est caractérisé par un usage de ces techniques d’illustration et de graphisme. À Paris, les affiches de l’atelier populaire des Beaux-Arts ou celles des étudiants des Arts décoratifs qui, bientôt, forment le Grapus, empruntent précisément aux contestataires américains la sérigraphie et le pochoir, en raison de la rapidité de leur fabrication. Nul ne dénonce ici une américanisation. L’historien doit pourtant prendre acte du transfert et souligner ici que, finalement, les bonnes idées tirées des exemples étrangers finissent par être indigènes. En un sens, l’emprunt semble parfois un prétexte qui ouvre droit à une forme d’expression locale.
◦ Le fantasme de la communication politique
Parmi les représentations pesant sur l’histoire de la propagande, la plus lourde est sans doute celle qui veut que la propagande soit morte avec la mise en place des systèmes politiques pluralistes. Sa première occurrence se trouve en 1950 chez Jean-Marie Domenach qui, dans un court livre, affirme que propagande rime avec totalitarisme, déniant ainsi toute l’évolution des partis depuis la fin du 19e siècle [22]. Bientôt, il est rejoint par Monica Charlot qui, dans son ouvrage sur la persuasion politique, explique que, dans les pays démocratiques, la propagande est remplacée par la persuasion [23]. L’auteur s’appuie sur de nombreux travaux américains qu’elle introduit alors auprès du public français. Il y a là l’importation d’un mythe voulant que la plus grande démocratie du monde ne pratique pas la propagande, alors même qu’elle utilise encore largement des méthodes de désinformation pour lutter contre les adversaires communistes. Pourtant, cette idée s’ancre fortement en Europe. La publicité politique est désormais qualifiée comme telle et, déjà dans les années 1970, on répugne à parler de propagande. Le phénomène s’amplifie dans les années 1980 et 1990, au point qu’aujourd’hui en Europe rares sont les partis politiques ayant maintenu un secteur de propagande portant cette étiquette.
En France, l’expression « communication politique » s’est substituée à l’ancienne terminologie. Elle contient un programme idéologique implicite : le parti est à l’écoute des citoyens et se tient dans une posture de dialogue égalitaire avec eux. Les sondages seraient le moyen pour les organisations partisanes de connaître les souhaits des opinions publiques. Cette évolution est jugée comme une forme d’américanisation à l’extrême gauche, car les sondages ont été inventés aux États-Unis par George Gallup, au début des années 1930. Certes, Jean Stoetzel les a implantés, en France, en 1938, créant même pour l’occasion l’usage du mot sondage. Mais, ailleurs, en Belgique, en Italie, ou en Allemagne, par exemple, il faut attendre l’ouverture de succursales de l’agence Gallup ou la signature de partenariats pour que les sondages soient reconnus. L’italien garde d’ailleurs une trace de cette importation dans le vocabulaire : on parle de sondaggi, ou, lors des élections, des exit poll. Les utilisations par les hommes politiques ne se généralisent le plus souvent que dans les années 1960, voire 1970. À partir des années 1980, la pratique est devenue banale, autant que l’usage d’agences publicitaires professionnelles pour les campagnes électorales. Les Allemands, dans ce domaine, semblent pionniers. Ils sont cependant plus lents à se convaincre de la pertinence des sondages.
La France entre véritablement dans l’ère publicitaire lors de la campagne pour les élections de 1965. Mais elle n’est totalement coutumière de la pratique qu’en 1979, lorsque, à l’occasion des élections législatives, le PCF, lui-même, emploie un publicitaire et achète des espaces d’affichage payant, pour y apposer des images grand format (4 m x 3 m). L’habitude est bien ancrée de centrer les campagnes sur les candidats et de mettre en scène leur visage. Le phénomène aux États-Unis est plus ancien puisque dès 1928 un candidat emploie un publicitaire dans son équipe de campagne et que, dès 1934, les affiches jouent sur le visage de Franklin Roosevelt. Par effet d’antécédence donc, l’emprise de la publicité sonne comme une américanisation.
En témoigne aussi une forme de loi de l’imitation pour réussir. Le succès populaire du président Kennedy lui vaut nombre d’émules en France et en Italie. Aldo Moro s’en réclame au début des années 1960, quand il avance la stratégie de centre-gauche. Jean Lecanuet se veut « le Kennedy français » en 1965. Bientôt, Jean-Jacques Servan-Schreiber lui reprend l’étiquette, et se lance en politique après avoir écrit un best-seller : Le défi américain [24]. Même Valéry Giscard d’Estaing subit cette influence quand il demande à Raymond Depardon de faire un film sur sa campagne présidentielle [25]. Il a en tête les extraordinaires images de Robert Drew sur les primaires démocrates de 1960 [26]. Il choisit d’ailleurs d’imprimer des T-shirts à son nom, de distribuer des badges – alors à la mode –, d’utiliser la communication télévisuelle en décalant les informations. Pendant la campagne, il participe à un match de football et marque même des buts.
L’année 1974 semble celle de la plus grande américanisation propagandiste française : pour la première fois, un véritable face-à-face oppose les deux candidats au second tour des élections présidentielles. Les commentateurs s’empressent de présenter cet exercice comme un héritage du débat entre Kennedy et Nixon. Pourtant, la formule choisie n’a que peu à voir. Giscard et Mitterrand sont placés en opposition frontale quand leurs prédécesseurs se tenaient côte à côte. Ils dialoguent entre eux, alors que le journaliste ne pose pas de questions, se contentant de rappeler les temps de parole. Selon Christian Delporte, le renvoi au débat de Kennedy est un moyen de légitimer comme plus moderne un type de débat pourtant inventé par le personnel politique français [27]. Une série d’émissions a, en effet, animé la télévision publique, fondées sur la joute verbale entre deux dirigeants politiques. Ces confrontations, il faut le préciser, existaient déjà avant la télévision puisque des réunions contradictoires étaient organisées couramment depuis la seconde guerre mondiale dans les circonscriptions. On peut même se demander si cette pratique du duel télévisé ne correspond pas à une forme de cérémonie du pouvoir dont le duel nobiliaire fut le modèle [28]. Car les États-Unis ne connaissent pas ces luttes frontales entre deux hommes politiques, sous le regard d’un journaliste, et, ce, malgré leur éloge du duel dans les westerns. Là-bas, les journalistes sont trop l’incarnation de l’opinion pour qu’ils ne puissent manifester leur indépendance en posant des questions, en déterminant la demande politique. Si bien que le modèle de communication politique à la française, avec une concurrence nette entre des débatteurs dans un cadre bipolaire, n’est pas le pur décalque d’une invention d’outre-Atlantique.
Il en va de même en Italie. Le cocktail de marketing et de publicité imaginé par Silvio Berlusconi lorsqu’il lance Forza Italia en 1994 ne constitue en rien une simple application des méthodes de publicité politique américaines [29]. Il mobilise un savoir-faire italien et européen. Les méthodes de marketing sont celles de son entreprise, dont la majeure partie des cadres dirigeants est issue des universités de la péninsule. Ses spots ont été préparés par des agences italiennes et expertisés par un sémiologue belge. Son succès s’explique surtout par la connaissance fine du terroir politique italien, car il n’hésite pas à prendre pour responsables locaux de son mouvement d’anciens militants des partis menacés d’extinction, comme la DC et le PSI. Sa capacité d’action est, en outre, le fruit de son implantation profonde dans l’univers médiatique. Il jouit d’une position unique dans le monde occidental, que même un Ruppert Murdoch n’a pas réussi à obtenir : il est le seul propriétaire des trois réseaux nationaux privés qui concurrencent avec succès les trois chaînes publiques. Il est aussi le propriétaire de la plus grande maison d’édition, Mondadori, et possède quelques journaux et périodiques. Forza Italia crée, pour la première fois dans un parti, un secteur de « communication visuelle ». Ce dernier propose spots, affiches, musiques, et ouvre un site internet. Le mouvement inaugure des formules de rencontres qui se veulent moins formelles avec les militants : il crée des clubs. Rien de tout cela ne ressemble aux méthodes de la politique américaine. Pourtant ce parfum de nouveauté, ces jingles, ce goût de l’événement médiatique (campagne aérienne puis maritime sur un paquebot…) donnent l’impression d’une politique spectacle qui serait importée, qui imiterait les shows organisés à l’occasion des grands scrutins américains.
Un changement est survenu pourtant. Berlusconi est certes perçu comme américanisé, mais la critique essentielle qui lui est adressée est celle de participer à un processus de globalisation (ou de mondialisation, pour reprendre le mot français) et, partant, d’affadissement des cultures. Sa communication, comme celle que Michel Bongrand, Jacques Séguéla (tous les deux ont effectué un passage aux États-Unis en leurs vertes années) et d’autres imposèrent en France, serait le signe criant de l’existence d’un empire dominé depuis Washington, Los Angeles, la Silicon Valley ou New York. Les différences marquées entre ces pratiques et celles qui ont cours là-bas sont estompées comme pour préserver une bonne conscience européenne.
C’est oublier un peu vite que les hommes politiques de Paris, Londres, Rome ou Berlin furent les premiers lecteurs de Machiavel, qu’ils ont su à chaque âge trouver les moyens de convaincre leurs électeurs en élaborant leur propre synthèse théorique, et en développant les supports qui leur semblaient les mieux adaptés à la conduite des peuples. Loin d’américaniser leur propagande, ils ont européanisé des outils et les ont placés au service de leurs causes.
Cette circulation des techniques de propagande et de communication est l’une des composantes de la civilisation politique actuelle. Elle engendre partout les mêmes effets : fausse décontraction du personnel politique, atteinte consentie à leur intimité, entrée de leur famille dans l’espace public. Ce processus vécu dans les grandes démocraties, avec de légers décalages, laisse une impression de plagiat. Mais il est partout gauchi et ingéré par les cultures nationales et les civilités qui le vivent.
L’américanisation de la propagande, amorcée au lendemain de la seconde guerre mondiale, avait pour objectif de faire admettre aux Européens les bienfaits reçus de leur grand allié. Elle aidait aussi à structurer un ensemble de pays susceptibles de tomber sous la domination communiste. Elle prend aujourd’hui une coloration différente. L’américanisation revient simplement à l’instrumentalisation de moyens de communication forgés à l’étranger. Elle est un fard pour avancer ses idées sous un masque de modernité, qui, au demeurant, permet de rejeter les fautes et les erreurs au loin. Cette nouvelle version de l’américanisation ne conserve comme trace de sa devancière que la croyance en une plus grande efficacité technique des fournisseurs d’outre-Atlantique. Pourtant, cet avantage n’est pas clair aux yeux du monde. Encore aujourd’hui, les communicants politiques français sillonnent la planète pour conseiller quelques despotes ou apprentis démocrates, qui se fient davantage à leur maîtrise des intrigues qu’aux méthodes éprouvées des commerciaux américains. Sans doute parce que si l’Europe est un vieux continent, elle conserve encore les traces de cette modernité qui lui fit faire naguère la greffe américaine.
NOTES
[1] Pour une histoire de ce terme, cf. Fabrice d’Almeida, « Propagande. Histoire d’un mot disgracié », Mots, 69, juillet 2002, p. 137-148.
[2] Serge Tchakotine, Le viol des foules par la propagande politique, Gallimard, Paris, 1952.
[3] Cf. Frédéric Cépède, Gilles Morin (dir.), « La propagande socialiste », Cahier et revue de l’OURS, 211, mai-juin 1993.
[4] Sur l’américanisation de la France, plusieurs études historiques sont intervenues depuis la thèse de René Rémond, Les États-Unis devant l’opinion publique française 1815-1852, Paris, Colin, 1962. Cf. pour la période qui nous intéresse : Denis Lacorne, Jacques Rupnik, Marie-France Toinet (dir.), L’Amérique dans les têtes. Un siècle de fascination et d’aversions, Paris, Hachette, 1986 ; Jacques Portes, Une fascination réticente. Les États-Unis dans l’opinion française, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1990 ; Christine Faure, Tom Bishop (dir.), L’Amérique des Français, Paris, François Bourin, 1992 ; Philippe Roger, Rêves et cauchemars américains. Les États-Unis au miroir de l’opinion publique française (1944-1953), Villeneuve d’Asq, Presses Universitaires du Septentrion, 1996 ; Richard F. Kuisel, Le miroir américain. 50 ans de regard français sur l’Amérique, Paris, J.-C. Lattès, 1996. Pour un début de comparaison, cf. Dominique Barjot, Christophe Reveilard (dir.), L’américanisation de l’Europe occidentale au xx e siècle. Mythe et réalité, Paris, Presses de la Sorbonne, 2002. On pourrait retenir en conclusion le sous-titre d’André Kaspi, Les États-Unis d’aujourd’hui. Mal connus, mal aimés, mal compris, Paris, Plon, 1999.
[5] Sylvie Lindeperg, Clio de 5 à 7, Paris, CNRS, 2000.
[6] Klaus Schönberger, « Hier half der Marshallplan – Werbung für das europaïsche Wiederaufbauprogramm zwischen Propaganda und Public Relations », in Gerald Diesener, Rainer Gries (dir.), Propaganda in Deutschland. Zur Geschichte der politischen Massenbeeinflussung im 20. Jahrhundert, Darmstadt, WBG, 1996, p. 197-198.
[7] David W. Ellwood, « Italian modernisation and the propaganda of the Marshall Plan », in Luciano Cheles, Lucio Sponza (dir.), The Art of Persuasion, Manchester, Manchester University Press, 2001, p. 23-48.
[8] Instituto Luce, Combat film, 1951, en collaboration avec la NBC.
[9] British Pathé, News, 1948.
[10] William Colby, Trente ans de CIA, Paris, UGE, 1978.
[11] Cf. Pierre Grémion, Intelligence de l’anticommunisme. Le Congrès pour la liberté de la culture, 1950-1975, Paris, Fayard, 1995.
[12] BDIC, Musée d’histoire contemporaine, dossier Paix et liberté. Une grande partie des documents a été publiée in Philippe Buton, Laurent Gervereau, Le couteau entre les dents, Paris, Le Chêne, 1989.
[13] « Ogni Federazione una macchina cinematografica », Orientamenti, 3-4, juillet-août 1947.
[14] Carlo Dané (dir.), Parole e immagine della democrazia cristiana, Rome, SPES, 1985, p. 38-41.
[15] Cf. son éloge in Marcel Bleustein-Blanchet, La rage de convaincre, Paris, Laffont, 1970.
[16] Ernst Dichter, Une stratégie du désir. Une philosophie de la vente, Paris, Fayard, 1961 pour la traduction française.
[17] Vance Packard, I persuasori occulti, Milano, Il Saggiatore, 1985. Le livre original, The Hidden Persuaders date de 1957. Il existe une version du livre en français, en espagnol, en portugais, en allemand.
[18] Adolfo Sarti, Quando la DC, art. cité, p. 41.
[19] « Le porte-à-porte », La vie du parti, septembre 1948.
[20] Stephen Gundle, I comunisti italiani tra Hollywood e Mosca : la sfida della cultura di massa (1943-1991), Florence, Giunti, 1995. Cf. aussi du même « The Americanization of Daily Life : Television and Consumerism in Italy in the 1950s », Italian History and Culture, 1996, 2, p. 11-39.
[21] Stephen Gundle, « Glamour et propagande. Les concours de beauté communistes des années cinquante », in colloque Propagande et contre-propagande en Italie de 1945 à nos jours, Paris, Institut culturel italien, 20-22 novembre 2001.
[22] Jean-Marie Domenach, La propagande politique, Paris, PUF, 1950.
[23] Monica Charlot, La persuasion politique, Paris, Colin, 1962.
[24] Jean-Jacques Servan-Schreiber, Le défi américain, Paris, Denoël, 1967.
[25] 1974. Une partie de campagne, Raymond Depardon, 1974, 1 heure 30 minutes. Le titre original de l’œuvre en 1974 était 50,81 %. Mais chacun connaît l’histoire de la micro-censure de ce documentaire par son instigateur et producteur, Valéry Giscard d’Estaing.
[26] Primary. 1960, de Robert Drew, Time Life Broadcast, 52 minutes.
[27]Sur ce sujet cf. Christian Delporte, « Corps à corps ou tête-à-tête ? Le duel politique à la télévision (des années 1960 à nos jours) », Mots, décembre 2001, 67, p. 70-91.
[28] Antoine de Baecque, La cérémonie du pouvoir – Les duels sur la scène politique française de la Révolution à nos jours, Paris, Grasset, 2001.
[29] Fabrice d’Almeida, « Verso “una democrazia dell’opinione” ? I linguaggi politici tra propaganda e comunicazione di massa », in Pier Luigi Ballini, Maurizio Ridolfi (dir.), Storia delle campagne elettorali in Italia, Milan, Bruno Mondadori, 2002, p. 275-284.
[*] Fabrice d’Almeida, ancien membre de l’École française de Rome, est actuellement maître de conférence à l’université de Paris 10-Nanterre. Il a notamment publié Images et propagande (Casterman-Giunti, 1995), Histoire et politique en France et en Italie : l’exemple des socialistes 1945-1983 (Bibliothèque des Écoles française d’Athènes de Rome, 1998), La Manipulation (PUF, 2003). Il est aussi l’auteur avec Christian Delporte de l’Histoire des médias en France de la Grande Guerre à nos jours (Flammarion, 2003). Avec ce dernier, il coordonne un groupe européen de recherches sur l’histoire de la propagande.


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