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02/05/2009

Les vrais Résistants ne vous saluent pas

 

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"Non, M. Sarkozy, les combattants des Glières ne sont pas récupérables !"

24/05/2007

Voici le texte de l'appel signé le 5 mai par les anciens des Glières Walter Bassan, Constant Paisant et Robert Lacroix à la suite de la visite sur le plateau de Nicolas Sarkozy, 48 heures avant le second tour de l'élection présidentielle :


« Non, M. Sarkozy, les combattants des Glières ne sont pas récupérables !
M. Sarkozy vient de réaliser une opération médiatique sur le lieu des combats de 1944, aux Glières.
Tantôt marchant absolument seul vers le monument, tantôt serré par des parlementaires de son parti et entouré de micros et caméras, il est certain que M. Sarkozy disposait d'un bon metteur en scène ce vendredi 4 mai 2007.
Les dialogues étaient beaucoup moins affûtés : parler de la « sérénité » du lieu s'accommodait bien mal de la bousculade médiatique de ce jour là. Et les propos polémiques contre sa concurrente au poste de la Présidence de la République face aux micros tendus n'étaient pas dignes d'être proférés sur le lieu même du sacrifice des Résistants unis.
M. Sarkozy ne sert pas la mémoire des Glières et de la Résistance. M. Sarkozy se sert des Glières.
Nul ne lui contesterait le droit de rendre un hommage personnel et discret aux hommes tombés ici. Nul ne lui contesterait le droit de rendre un hommage public dans une fonction officielle. Nous lui contestons le droit de récupérer un symbole historique au service de son ambition personnelle, dans une mise en scène détestable à quelques heures du scrutin. La mémoire des combattants des Glières appartient au peuple français.
Les avancées politiques issues de ces sacrifices et des combats de toutes les Forces Françaises de l'Intérieur doivent être défendues. Le programme du Conseil National de la Résistance, unifiant les composantes combattantes a permis des avancées sociales extraordinaires à la Libération. Nous, nous y souscrivons toujours.
Nous appelons à un rassemblement digne sur le plateau des Glières, autour d'un repas tiré du sac et fraternellement partagé, dimanche 13 mai 2007 vers midi : citoyennes et citoyens sont conviés à montrer que ce sont des gens du peuple, d'origines très diverses, qui se sont dressés ici contre l'oppression. Non, aucun politique en campagne, de quelque bord qu'il soit, n'aurait dû venir entacher l'esprit du plateau.
« Le mot "Non", fermement opposé à la force, possède une puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles. » (extrait du discours prononcé par André Malraux, le 2 septembre 1973, à l'occasion de l'inauguration du Monument de la Résistance érigé par le sculpteur Gilioli sur le Plateau des Glières.)
Au nom de la dignité et du respect pour les martyrs et les rescapés des Glières, au nom des trois résistants qui soutiennent l'appel, et au nom de cette initiative citoyenne et non-partisane, il est demandé instamment aux participants de n'arborer aucune banderole ou bannière.
De plus il n'y aura pas de prises de parole politiques : la parole sera simplement rendue aux résistants oubliés par le candidat Sarkozy, tout à sa précipitation de se montrer face aux caméras devant ce symbole qui, décidément non, ne lui appartient pas, qui n'appartient à personne, ou plutôt à tout le monde !
Montrons la force de notre « non » par notre silence recueilli dans la quiétude de cet alpage, par notre attitude forçons le respect.
Ce lieu est donc un symbole... Dans l'histoire de la Résistance, le maquis des Glières représente le premier groupement réunissant des mouvements de différentes sensibilités, Armée secrète et FTP. L'unité de la Résistance s'y est caractérisée. C'est également un symbole d'une lutte antifasciste de dimension internationale. Après la dispersion du maquis, la Résistance s'est reconstituée. La Haute-Savoie sera le premier département de la métropole à être libéré, le 19 août 1944, par les seules forces de la Résistance. Les Glières ont donc une signification nationale."


Lucie Aubrac et les valeurs de la Résistance

21/03/2007

Le 15 mars 2004, Lucie Aubrac et son mari Raymond avaient signé l'Appel des Résistants, lors de la commémoration du 60e anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance. Un appel dirigé vers les jeunes générations pour que celles-ci n'oublient pas les combats des années noires et les valeurs de la Résistance :

« Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et transmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d'accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s'éteigne jamais.
Nous appelons d'abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l'anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l'éducation pour tous, presse délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ?
Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l'intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c'est résister. Résister, c'est créer ».

Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.



Une proposition de loi pour attribuer le Titre de reconnaissance de la Nation aux réfractaires du STO

12/10/2006

Député UMP de la Mayenne, Yannick Favennec a récemment déposé une proposition de loi (distribuée aux parlementaires le 25 septembre 2006 et portant le numéro 3150) relative à « l'attribution du Titre de reconnaissance de la Nation aux réfractaires au service du travail obligatoire (STO) ».
Dans son exposé des motifs, le député de la majorité rappelle que jusqu'ici le Titre de reconnaissance de la Nation a été réservé aux titulaires de la carte du combattant, excluant ainsi les réfractaires au STO. Pourtant, l'article L 303 du code des pensions militaires indique que « la période durant laquelle le réfractaire aura dû vivre en hors-la-loi est considérée comme service militaire actif ». Rejoignant la clandestinité, les réfractaires ont privé la machine de guerre allemande d'un milliard cinq cent millions d'heures de travail tout en mobilisant sur le territoire français des troupes que les nazis n'ont pu utiliser sur d'autres théâtres d'opérations militaires, sans oublier les faits de résistance que certains ont pu accomplir, comme des sabotages.
Aussi, selon Yannick Favennec, « il a fallu attendre le 22 août 1950 pour que la loi établisse le statut de réfractaire et reconnaisse les mérites de ceux-ci dans le combat contre l'occupant nazi. L'article 8 de cette loi n° 50-1027, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale et le conseil de la République, a reconnu que l'opposition aux lois et décrets de Vichy concernant le service du travail obligatoire, ayant porté un grave préjudice à l'ennemi et comportant pour son auteur des risques graves, est considérée comme un acte de résistance. C'est pourquoi, rien ne permet de s'opposer à l'extension du titre de reconnaissance de la Nation aux titulaires de la carte de réfractaire. C'est dans cet esprit que faisant devoir de mémoire, notre pays devrait reconnaître enfin aux quelques milliers de réfractaires aujourd'hui survivants, leur droit imprescriptible à réparation en leur attribuant le titre de reconnaissance de la Nation (TRN). »




TDC : Quelles raisons vous ont poussée à entrer dans la Résistance ?

Lucie Aubrac. Je me suis engagée dans la Résistance par rébellion contre Pétain. Il venait de signer un accord de collaboration avec Hitler en octobre 1940 à Montoire. Durant ma vie étudiante, j’avais milité activement contre la montée du fascisme et cette collaboration avec les nazis m’avait bouleversée. Jean Cavaillès, professeur de philosophie (fusillé en janvier 1944), Emmanuel d’Astier de La Vigerie, journaliste, et moi-même, professeur d’histoire, nous étions du côté de la liberté. Nous avons donc fondé le mouvement Libération-Sud à Clermont-Ferrand. Par la force des choses, ce mouvement est devenu antinazi avec l’occupation allemande.
Le statut des juifs était aussi pour moi un sujet de révolte. Vichy avait par exemple interdit aux juifs d’exercer dans la fonction publique. La directrice de notre lycée avait été révoquée. Mon nom de jeune fille était Lucie Bernard, un nom très courant dans la région de Cluny, mon village d’origine, près de Mâcon. Il a fallu que j’apporte la preuve que je n’étais pas juive pour continuer d’enseigner. Je devais fournir mon certificat de baptême, celui de mes parents, et celui de deux de mes grands-parents. À cause de mon nom, j’étais plus sensible à la condition des élèves juives et je leur témoignais plus d’attention.

TDC : Comment cela se traduisait-il dans votre vie quotidienne ?

L. A. Jusqu’en novembre 1942, il n’y avait pas d’Allemands en zone sud, mais la police française avait instauré un climat de répression. Il y avait beaucoup d’arrestations de juifs étrangers, d’Espagnols républicains, de syndicalistes, d’hommes politiques (parmi lesquels Blum et Daladier). Des élèves imprudents volaient la craie en classe pour faire des inscriptions antinazies sur les murs. Dans la Résistance, nous ne pouvions pas séparer le gouvernement de Vichy des nazis.
Les accords de Montoire étaient aussi des accords économiques : les Allemands raflaient tout. Dès 1941, la France a connu une pénurie qui s’est traduite par la mise en circulation de cartes de rationnement. Tous les biens de consommation étaient échangés contre des tickets attribués par catégories de personnes (adultes, jeunes, vieillards...). Nous manquions de tout. Nous passions un temps fou à faire la queue devant les magasins pour nous ravitailler. Le 3 mai 1941, j’avais accouché de mon fils, Boubou. Je le nourrissais car nous avions une boîte de lait concentré par semaine. C’était insuffisant.
J’arrivais à améliorer l’ordinaire en allant voir régulièrement mes parents en Saône-et-Loire qui me fournissaient en pommes de terre et en haricots secs. La Résistance nous procurait aussi des fausses cartes volées dans les mairies. Les cartes étaient renouvelées tous les mois. Chaque fois, la mise en scène était la même. Les maires et leurs secrétaires étaient attaqués (avec leur consentement) et les résistants repartaient avec les cartes qui étaient arrivées la veille de la préfecture. Nous avions aussi nos propres imprimeries clandestines.

TDC : Que faisiez-vous dans la Résistance ?

L. A. Au début de la guerre, Libération-Sud était surtout un mouvement de propagande. La radio était contrôlée par Vichy et les journaux étaient censurés. Notre seul moyen d’expression était donc la presse clandestine. Nous avons créé le premier journal de résistance en zone sud : Libération. Nous étions de gauche et gaullistes. Dès 1942, notre journal a soutenu le général de Gaulle.
À cette époque, je recrutais également pour notre mouvement. J’avais deux bases : mon milieu d’enseignante et mon ancien milieu de militante antifasciste. Après mon agrégation, j’avais été nommée professeur à Strasbourg. L’évacuation de cette ville et l’éparpillement des professeurs que je connaissais dans toute la France a été pour moi une base de recrutement. Je prenais le train et j’allais discuter avec les gens qu’on engageait dans l’Isère ou à Montpellier, Toulouse, Limoges, Clermont-Ferrand...
À partir de janvier 1942, le mouvement a marqué un tournant. Ce furent les débuts de l’unification intérieure de la Résistance pour laquelle Jean Moulin avait été parachuté de Londres avec un ordre de mission du général de Gaulle. J’effectuais des missions d’information de mouvement en mouvement. Les cheminots me faisaient passer la ligne de démarcation en me cachant dans les trains de marchandises. Je m’occupais aussi des faux papiers. Pierre Kahn-Farelle avait monté ce service en 1942. Il fallait lui fournir des noms et des adresses, avec la complicité de l’administration.
Puis, le 11 novembre 1942, les Allemands sont entrés en zone sud. La Milice française et la Gestapo se sont livrées à une violente répression contre la Résistance. À partir de ce moment, début 1943, je me suis occupée presque exclusivement d’évasions. J’ai dirigé un groupe franc de dix garçons. C’était toujours le même scénario. Un garçon revêtait l’uniforme allemand, un autre représentait la Gestapo et un troisième avait le rôle d’un policier français pour servir d’interprète. Ils venaient chercher les prisonniers que nous avions fait transférer à l’hôpital. Pour organiser ce transfert, nous leur faisions passer un médicament qui donnait la fièvre.

TDC : Est-ce que le fait d’être une femme vous a servi dans vos missions ?

L. A. Si vous saviez le nombre de fois où j’ai été prétendument fiancée à un prisonnier pour entrer en contact avec lui ! Pour organiser l’évasion de mon mari, je suis allée voir Klaus Barbie, responsable de la Gestapo de Lyon, en me faisant passer pour une jeune fille de bonne famille à la recherche de son fiancé retenu prisonnier. J’étais alors enceinte de quatre mois et je lui demandais de nous permettre de nous marier. Une telle demande était prise très au sérieux. À cette époque, être une femme enceinte sans être mariée était déshonorant. Les filles mères étaient jetées dehors par les parents la plupart du temps. Dans la Résistance, les femmes utilisaient leur habileté. Un jour, en descendant d’un train, une camarade résistante, qui transportait des documents compromettants, a demandé à un soldat allemand de lui porter sa valise sous prétexte qu’elle était trop lourde, le temps de passer les contrôles en toute sécurité dans la gare. Personne n’aurait eu l’idée de fouiller un Allemand.

TDC : Parallèlement à votre activité de résistante, vous avez continué d’enseigner l’histoire. Adaptiez-vous vos cours à l’actualité ?

L. A. J’ai enseigné jusqu’en novembre 1943. J’ai cessé d’enseigner deux jours après l’attaque réussie contre la Gestapo. Cette attaque a permis de faire évader quatorze prisonniers dont mon mari. Après cette évasion, j’ai été obligée de vivre dans la clandestinité et j’ai été révoquée pour abandon de poste. Je n’ai repris mon activité d’enseignante qu’en 1946.
Durant la guerre, l’enseignement de l’histoire était très surveillé et je ne pouvais évoquer directement l’actualité. Toutefois, il y avait toujours un moyen de faire des allusions. Après tout, les révoltes paysannes, les guerres de religion, la révocation de l’édit de Nantes sont autant d’attaques à la liberté de pensée. Mac-Mahon fut aussi en son temps un maréchal de France contre la République. On ne pouvait pas me reprocher de l’étudier en classe. Aucun élève n’a jamais su que j’étais résistante.

TDC : Comment faisiez-vous pour concilier vos activités de mère de famille, d’enseignante et de résistante ?

L. A. J’avais beaucoup de liberté car je donnais douze heures de cours par semaine. Lorsque je devais m’absenter du lycée, je fournissais un certificat médical. Nous avions monté un dossier attestant que j’avais contracté la tuberculose et que j’en étais guérie. À cause de cette maladie, je souffrais d’anémie et j’étais sujette à la fatigue. Je savais en jouer.

TDC : Vous deviez vivre continuellement dans le mensonge ?

L. A. Nous avions fait le choix de désobéir. Nous avons commencé par être des faussaires. Puis certains sont devenus des assassins. Notre morale a été changée. Nous vivions dans une société officielle que nous réprouvions et dans une société clandestine que nous considérions comme légitime. Mais nous avions nos propres lois : la discipline, l’exactitude et la solidarité. C’était nos valeurs.

Pour TDC : Béatrice Monnet

 

 

http://video.metrofrance.com/video/iLyROoaftm9x.html

 

Apprendre à désobéir
par Isabelle Masson dans le mensuel du Soir, Familles, mars 2005, n°33, p. 55-56.

La désobéissance et le chaos. L’obéissance et l’ordre. Au-delà de ces clichés, désobéir peut être un acte positif et utile, voire salutaire, comme l’histoire des démocraties l’a déjà montré avec Ghandi ou Lucie Aubrac ! Peut-on éduquer à un respect critique des règles ?

Aux lendemains de la découverte des camps de la mort, nombre de scientifiques se sont interrogés sur ce qui avait pu pousser des millions d’hommes à participer à un tel crime contre l’humanité sous le couvert de l’obéissance aux ordres, un argument souvent cité par les inculpés lors des procès de l’après seconde guerre mondiale. Au cours des années soixante, pour tenter de comprendre le processus psychologique de la soumission à l’autorité, un jeune psychologue américain, Stanley Milgram, réalise une série d’expériences testant la capacité de l’individu à résister à l’autorité.

La soumission à l’autorité
Le scénario général de l’expérience est celui d’une prétendue étude sur la mémorisation : il est demandé à des sujets volontaires “naïfs” d’appliquer les instructions d’une “autorité scientifique” et d’infliger une série de chocs électriques, à un acteur/victime lorsque ce dernier ne récite pas correctement une liste de mots. Au fur et à mesure des mauvaises réponses, la décharge fictive devient plus forte et une voix de rétroaction est programmée pour faire entendre au sujet des plaintes d’intensité croissante… jusqu’au silence fatal !
Lorsque le tortionnaire implore le scientifique de mettre fin à l’expérience, celui-ci l’exhorte à continuer pour le bien de la science… L’expérience standard a révélé que les deux tiers des sujets furent “obéissants” au point d’infliger la douleur extrême !
Comment expliquer un tel niveau d’obéissance chez des sujets qui ont pourtant bien compris le caractère douloureux et potentiellement meurtrier de leurs actes ? Pour Milgram, c’est le processus de socialisation qui, bâti sur un système de récompenses et de châtiments, fixe et renforce la tendance à l’obéissance. En pénétrant dans un système d’autorité “perçu” comme légitime, le sujet sera aux prises avec un puissant sentiment d’obligation et deviendra un simple “agent” de la volonté d’autrui, ne se sentant plus personnellement responsable de ses actes.

Pour une éducation raisonnée aux règles
Dans le courant de “Mai 68”, cette réflexion a mené à un rejet des morales de l’obéissance… Aujourd’hui pourtant, estime Claudine Leleux, maître assistante de philosophie au département pédagogique Defré de la Haute Ecole de Bruxelles, on s’est rendu compte que ce rejet de l’obéissance aveugle a mené à des dérives laxistes, que ce soit dans les écoles ou au sein des familles, en remettant en question le principe même de la règle. Cette tendance a permis aux jeunes de mieux s’affirmer en exprimant leurs désirs et volontés. Le revers de la médaille fut une incompréhension de la règle en tant que véhicule de communication, essentielle pour nous permettre de coopérer et de nous entendre…
Aujourd’hui, philosophes, psychologues et spécialistes de la pédagogie plaident pour une éducation raisonnée aux règles : une façon de reconnaître l’importance de la règle tout en se gardant de tomber à nouveau dans l’obéissance aveugle… Obéir ou désobéir librement à la loi, à la norme ou à la règle, suppose un jugement sur son bien-fondé. Or pour apprendre à juger, il est important d’être confronté depuis le plus jeune âge à des dilemmes moraux.

Apprendre ou désobéir ?
Pas si opposé ! Jacques Lautrey, professeur au laboratoire Cognition et Développement à l’Université Paris 5, a mis en évidence un lien entre le développement cognitif des enfants et le degré de structuration des règles de vie familiales. Les familles dites « souples », dans lesquelles les règles existent mais sont négociées pour arriver à une adhésion volontaire, se sont révélées les plus favorables au développement cognitif. Les enfants de ces familles réussissent mieux du point de vue scolaire et obtiennent des résultats supérieurs aux tests d’intelligence que ceux élevés dans la rigidité des règles. Les moins favorisés néanmoins sont les enfants éduqués dans un milieu laxiste au sein duquel les règles n’existent pas ou changent continuellement ! Comme l’explique Claudine Leleux, en l’absence de règle, il est plus difficile de prévoir, d’anticiper, et donc de réaliser des opérations cognitives telles que planifier, gérer ou calculer !

Comprendre l’inter-dit
Choisir d’adhérer librement à une règle ou de la transgresser librement, et donc d’assumer la sanction, permet l’apprentissage raisonné des normes… Négocier la règle ne signifie pas pour autant la remettre en question perpétuellement mais plutôt expliquer son fondement : Dès la naissance, notre condition d’humain est d’apprendre en obéissant. Il est important que les parents mettent des mots sur la règle pour que l’enfant acquière cette démarche et comprenne ce qu’est l’inter-dit, c’est-à-dire ce qui est dit entre personnes et qui justifie la règle, la rend légitime. Le parent ou l’éducateur qui ne parvient pas à expliquer une règle devrait se remettre en question, car cela signifie bien souvent que cette règle est illégitime ! Un des risques, plus important au sein des familles qu’à l’école, est de s’appuyer sur une pédagogie affective : cela arrive lorsqu’au lieu de donner la raison de la règle, on exige un comportement de l’enfant en recourant à la peur et non à la raison. Le chantage affectif a les mêmes effets sur l’enfant : en lui faisant peur de perdre l’amour de ses parents, on maintient l’enfant prisonnier de ses sentiments !

Jouer pour apprendre les règles
Le jeu est un excellent laboratoire de la vie en société : au fil des stades d’apprentissage de l’enfant, il va permettre, au travers de l’appréhension des règles, l’acquisition de l’autonomie et de la coopération. Alors que les tout-petits jouent les uns à côté des autres, passé l’âge de 3 ans ils vont s’approprier la règle en tant que condition pour jouer et vivre ensemble. Après un stade de sacralisation de la règle, les enfants vont connaître une phase de négociation, au cours de laquelle ils s’expliquent les règles, prennent en compte le point de vue des uns et des autres et construisent de nouvelles règles… Le jeu permet ainsi d’éduquer à la décentration de l’enfant, c’est un moyen de sortir de l’égocentrisme des enfants-rois. Eduquer aux règles par le jeu et par la négociation est utile sur le plan de l’éthique comme sur un plan fonctionnel : c’est former des individus capables de fonctionner en équipe pour la société de demain.

À lire
Claudine Leleux, L’École revue et corrigée. Pour une formation générale de base universelle et inconditionnelle, De Boeck, 2001.
Pierre-Arnaud Perrouty (dir), Obéir et désobéir. Le citoyen face à la loi, Éd. de l’ULB, 2000.


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