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17/05/2010

Glières 2010 : combat mémoriel autour de la Résistance II

La suite des Gliéres 2010 vu par PROBE.

Dans l'épisode précédent, je t'avais, amiE de lutte, parlé du film "Les réquisitions de Marseille".

Cette projection avait lieu au cinéma Le Parnal (5.00€ la place, la résistance a un prix ...)

J'ai trouvé sur le net un extrait de 8 minutes qui commence par le témoignage d'un des anciens des ADN (Acieries du Nord) de Marseille :

"on avait vécu une période fabuleuse" ...

 

"leur directeur, nommé avec l'aval de la CGT et des ouvriers, était assisté d'un comité consultatif de gestion. Symbole démocratique, ce conseil était composé de représentants du personnel – un ingénieur, un technicien, un ouvrier – et de représentants des actionnaires. » Et tous s'en portent bien : les ouvriers, qui voient leur salaire et leur travail s'améliorer, augmentent spontanément les cadences. L'entreprise est largement bénéficiaire (Elle restituera 600 millions de francs de bénéfices à l'État en 1947). On investit les bénéfices dans des logements sociaux, on construit un centre culturel, on crée les premiers CE, etc... Autant d'avancées souhaitées par le programme du Comité national de la résistance (CNR) qui prévoyait, entre autres, sécurité sociale et retraite pour tous." Stéphanie Arc - CNRS


Comme je ne suis pas trop doué pour faire de long discours, je te propose de lire ce qu'en dit Mille Babords (présent eux aussi aux Glières) :

Les Réquisitions de Marseille

Peu de personnes connaissent cette aventure. Au lendemain de la Libération de Marseille, au sortir des combats, des ouvriers créent des comités de gestion et relancent la production dans des entreprises dont les patrons ont, le plus souvent, pris la fuite pour cause de collaboration.

Nommé Commissaire régional de la République par de Gaulle, Raymond Aubrac, figure mythique de la résistance, va donner à quinze grandes entreprises marseillaises, et quinze mille ouvriers, les moyens de perpétuer cet élan en appliquant une mesure propre à l’état de guerre : "la réquisition". Soixante ans après, un film documentaire, réalisé par Sébastien Jousse et Luc Joulé, relate cette épopée, largement oubliée, ces "soviets de Marseille", selon la formule des patrons revanchards qui, en 1947, dans un contexte politique qui avait changé, parvinrent à y mettre un terme. Revenus sur le site de leur ancienne usine, en compagnie de l’historien Robert Mencherini, des ouvriers ayant pris part à l’aventure font revivre cet épisode qui, comme le confie l’un d’eux, démontre qu’on peut "substituer au profit la notion de service".

Au coeur du film, les Aciéries du Nord. Leur directeur était assisté d’un comité consultatif de gestion composé de représentants du personnel - un ingénieur, un technicien, un ouvrier - et de représentants des actionnaires. Les ouvriers, qui voient leur salaire et leurs conditions de travail s’améliorer, augmentent les cadences. L’entreprise est largement bénéficiaire. On investit les bénéfices dans des logements sociaux, on construit un centre culturel, etc... Autant d’avancées souhaitées par le programme du Conseil National de la Résistance.

Ce film est une belle occasion de découvrir cet épisode de l’histoire d’un mouvement social marseillais et d’alimenter la réflexion, à l’heure où le gouvernement privatise à tour de bras.

 

Ce film donne la part belle à ce qui pourrait sembler du "capitalisme participatif". Et tu t'es rendu compte de l'enfumage dont ces ouvriers on fait les frais ... car finalement que reste-t-il de leurs "acquis" ? Rien, ou plus grand chose ... car depuis juin 1947 "la réquisition ne s'imposait pas" et les collabos ont repris leurs place... personne n'a repris les armes pour s'insurger ...

Suite à la projection, un débat c'est organisé dans le cinéma ... je n'ai pas tenu longtemps non plus, bien que mes voisins étaient toutes et tous des gens très courtois et respectables, ayant un contact facile. Mais malgré toute leur bonne volonté, je n'ai pas voulu rester écouter les quelques syndicalistes prenant parole ...

Je suis donc retourné vers la salle Tom MOREL où j'ai cherché à rencontrer les "6 de Paux" dont on avait parlé à un moment ... et il me semble que c'est François RUFFIN qui m'a renseigné ...

à suivre ...

21:54 | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/05/2010

Terroristes ou résistants ? texte de Raymond Aubrac

 

Les photos - affiches - reprographies ne font pas partie de l'article

 

http://www.ldh-toulon.net/local/cache-vignettes/L300xH197/appel_delation-7ac66.jpg

 

L’auteur rappelle que les nazis qualifiaient de terroristes les résistants français, alors que ceux-ci, combattant certes dans l’illégalité du point de vue des  Vichyssistes, ne perpétraient pas d’attentats aveugles, tandis que l’armée d’occupation, se comportant elle en terroriste, s’en prenait à des otages, à des femmes et des enfants pour obtenir la passivité de la population etdétruire la Résistance.

 

 

Je ne suis pas à mon aise pour parler de la Résistance dans une réunion consacrée au « terrorisme ».

Il est vrai que nos adversaires, les nazis et leurs alliés français, nous qualifiaient de terroristes dans tous les moyens de propagande, affiches, journaux, radios qu’ils contrôlaient. La qualification péjorative avait pour but d’impressionner l’opinion, mais naturellement nous ne l’acceptions jamais.

En outre, nous ne qualifiions pas nos adversaires de terroristes, malgré les moyens qu’ils employaient.

Nous étions des combattants volontaires, ayant accepté une vie rude et les plus grands risques pour reconquérir la liberté. Nos adversaires étaient une armée d’occupation qui exploitait notre pays et avait pour objectif d’aliéner définitivement son indépendance. Ils disposaient de plusieurs polices dont les responsables ne respectaient aucune règle de droit, et les dirigeants français qu’ils avaient installés avaient mis à leur disposition l’appareil de l’État augmenté d’une milice aux privilèges exorbitants.

Mais il est vrai qu’en dehors de toute légalité nous avons fait usage de nos forces et de nos armes pour combattre l’adversaire et ses complices. Voilà pourquoi on peut chercher à comparer les comportements des deux camps, et les résultats de leur combat.

Pour comprendre les actions de résistance que l’occupant et Vichy qualifiaient de « terrorisme », il faut parler d’un débat fondamental qui s’établit au sein de la Résistance dès qu’elle eut accès à quelques armes, le problème connu sous le terme d’« action immédiate ».

http://medias.lepost.fr/ill/2009/10/21/h-20-1752505-1256117124.jpg

De quoi s’agissait-il ? Dès que quelques armes furent envoyées de Londres, avec parcimonie jusqu’au printemps de 1944, les états-majors alliés et avec eux le B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignement et d’Action), le bras exécutif du Comité français de la libération chargé des actions vers la France, considéraient que les mouvements armés devaient exclusivement se préparer à accompagner le combat final et donc devaient se garder de toute action prématurée qui les dévoilerait, faciliterait la répression et entraînerait le sacrifice d’otages. Cette position était partagée, en France, par des états-majors de l’Armée secrète et par des responsables de l’O.R.A., Organisation de Résistance de l’Armée, qui groupait des officiers de carrière.

Au contraire, dans les organisations de résistance et dans les maquis, la « base » brûlait tout naturellement d’en découdre et de commencer à utiliser les moyens disponibles en armes et en explosifs pour acquérir une expérience des combats et faire sentir à l’ennemi et à la population sa présence. Cette position était aussi celle du Parti communiste et des militants qu’il influençait.

Ce n’est pas le lieu de retracer les péripéties du débat, mais il importe d’en connaître les conclusions. Bien avant le débarquement de juin 1944, tous les mouvements de résistance avaient exprimé leur accord pour pratiquer l’action immédiate, mais contre des cibles bien déterminées : sabotage des moyens de transport, en particulier de voies ferrées; sabotage d’installations industrielles travaillant pour l’ennemi; personnel de la Gestapo, de la Wehrmacht, des polices et milices de Vichy, etc. Mais dans tous les cas des mesures étaient prises pour épargner les Français innocents, et jamais d’attentats aveugles ne furent exécutés. Ces actions avaient un triple but : atteindre l’adversaire, entraîner les résistants et leur montrer que le combat était possible et efficace.

Il ne fallait pas laisser rouiller la future Armée secrète comme avait rouillé l’Armée française pendant la « drôle de guerre » de l’hiver 1939-40.

Quant au terrorisme perpétré par l’ennemi, il serait faux de croire qu’il était toujours en réponse aux attaques de la Résistance. Il fut pratiqué très tôt sous n’importe quel prétexte pour montrer à la population qu’il était le maître. Lorsqu’il se développa en réponse à des sabotages ou des attentats, il fut immédiatement démesuré, frappant souvent à l’aveugle des innocents, fussent-ils des otages, et allant jusqu’au massacre y compris des femmes et des enfants, la destruction de maisons et des villages entiers.

Sur les murs et dans les journaux, des annonces en lettres de sang informaient la population pour la terroriser, mais par-là même, elles démontraient que l’occupant était vulnérable.

http://www.tao-yin.com/edito/img/maquis_terroristen.jpg

Terroriser la population pour obtenir son appui ou au moins sa passivité, tel était l’objectif de cette publicité.

Reste un aspect de ce comportement barbare qui constitue une énigme mal expliquée, c’est le silence et même le secret accompagnant une face odieuse du terrorisme nazi, celle des déportations raciales et l’extermination des juifs et des tziganes, ou la disparition de militants dans les ténèbres de « nuit et brouillard ».

Il convient maintenant d’examiner quels furent les résultats de ces deux formes opposées d’emploi de la force et des armes, et d’apprécier les résultats par rapport à la finalité recherchée.

Le terrorisme des nazis, de l’armée allemande et de leurs affiliés vichystes avait pour but objectif d’obtenir la passivité de la population, et d’éliminer les organisations de la Résistance. L’histoire nous montre qu’au fil des années et des mois qui précédèrent la Libération, l’évolution contraire se produisit. Les organisations, mouvements, réseaux, maquis, groupes francs et Armée secrète se renforcèrent et parvinrent à s’unir. Chaque coup de l’ennemi faisait franchir une étape à cette unité, qui devint leur meilleur atout. La population française comprenait et accompagnait cette évolution avec sympathie, et les exemples d’aide et de solidarité sont innombrables. La charge péjorative de ce mot « terroriste », répété par tous les médias sous contrôle officiel n’eut pas plus d’effet qu’un pétard mouillé.

Quant au prétendu « terrorisme » bien contrôlé de « l’action immédiate », je crois qu’on peut considérer qu’il atteignait ses objectifs. Il permit à la Résistance de prendre conscience de ses forces. Il montra à la population française qu’elle jouait son rôle de justicier avant de s’élever à celui de libérateur, et surtout ces actions eurent un impact non négligeable sur le moral et l’efficacité des troupes d’occupation.

 

Le célèbre expert militaire britannique Sir Basil Lidell Hart interrogea après guerre des généraux allemands. Voici ce que déclara le général Gunther Blumentritt, qui avait été de 1942 à 1945 le chef d’état-major du Commandant en chef du frontouest :
« En 1943, la puissance accrue des mouvements de la résistance française s’ajouta à nos autres difficultés. Ils nous causaient de nombreuses pertes, et nous obligeaient à rester toujours sur le qui vive… Le désordre croissant en France devint une sérieuse menace pour nous. De plus les coups de main et les embuscades nous causèrent des pertes considérables. Les trains de renfort et d’approvisionnement à destination du front déraillaient souvent. »

Je me garderai bien de conclure après ces remarques. Les résistants furent-ils des terroristes puisqu’ils combattaient dans l’illégalité ? Leur combat n’était-il pas légitime bien qu’illégal ?

Quant à moi, je suis fier d’avoir été baptisé « terroriste » par mes ennemis.

Raymond Aubrac « Terroristes ou résistants ? », Topique 2/2003 (N°83), p. 7-10. - Cairn -

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http://pagesperso-orange.fr/pcf.evry/manouchian3.jpg

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