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03/07/2012

Alain Bauer : « La sécurité privée a toute sa place »

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Quel est la vocation de la délégation territoriale Grand Est du Conseil national des activités privées de sécurité que vous installez ce matin à Metz ?

Alain BAUER : « C’est une instance interrégionale [sur le territoire de la zone de défense, NDLR] qui a une triple vocation pédagogique, déontologique et de sanction pour les acteurs de la sécurité privée dans le Grand Est. C’est la deuxième à être installée après Rennes. Agents de surveillance, vigiles, détectives, agents de télésurveillance doivent respecter des règles dans un cadre précis, avec des agréments pour les personnels et les chefs de ces entreprises. Elle a donc aussi vocation à réprimer tous les manquements à ces règles ».

La France compte deux agents de sécurité publique (policiers, gendarmes…) pour un agent privé. Pensez-vous que l’avenir de la sécurité soit dans le secteur privé ?

« Je pense que l’avenir, c’est l’économie mixte. Comme Michel Rocard, j’ai toujours pensé que l’État n’était pas fait pour produire mais pour contrôler. Les opérateurs privés ont toute leur place dans le dispositif mais ils doivent être durablement et sérieusement contrôlés […] C’est l’exception française : contrairement à l’Europe et notamment les pays anglo-saxons, où il y a deux agents privés pour un agent public, en France, c’est bien l’inverse qui perdure ».

Gendarmes et policiers ont-ils encore toute leur place ?

« Oui, mais la question se pose pour certaines activités : faut-il un agent d’État pour surveiller la sortie des écoles, la gestion des marchés, des permanences funéraires ? La France reste un des rares pays avec une police d’État centralisée. La question, c’est : qui fait quoi sur quel territoire ? Tant qu’on ne traite pas cet enjeu, qui passe par l’intercommunalité, les services publics ne survivront pas ».

Vous êtes un expert enseignant en criminologie au Cnam, à New York et Pékin. Ensuite, vous êtes amis avec Nicolas Sarkozy mais également avec Manuel Valls, l’actuel ministre de l’Intérieur ? Comment peut-on être les deux à la fois ?

« Vous choisissez vos amis en fonction de leurs idées politiques, de leur appartenance à une secte particulière ? Moi pas ».

Que conseillez-vous à Manuel Valls pour résoudre les problèmes de sécurité en France : répression ou prévention ?

« Je n’ai pas de conseil à lui donner. Il est le gardien de la paix publique ; il doit donc tout couvrir : dissuasion, prévention, sanction. Après, chacun a sa patte personnelle. Il a, à mon sens placé, dans ses dernières déclarations, son action sous le signe de l’équilibre ».

La récente création de la section de criminologie du Conseil national des universités a provoqué des résistances fortes. Légitimes ou illégitimes ?

« La reconnaissance de la criminologie en tant que discipline a eu lieu lorsqu’une chaire [au Conseil national des arts et métiers] a été créée et à laquelle j’ai été élu. Pour le reste, il faut savoir qu’une centaine de profs de criminologie enseigne de façon clandestine ou presque. Mes collègues ont besoin d’une gestion de carrière comme les autres, voilà tout. Cette section a été créée et nous en sommes là. Bon, ensuite, tout ceci ne dérange que certaines personnes accrochées à leur pré carré ».

Propos recueillis par Alain MORVAN. 

piqué au tas sur republicain-lorrain.fr - 03/07/2012

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15/02/2012

Sociétés Militaires Privées (SMP) un rapport de l'Assemblée nationale qui leur ouvre la porte

Source : http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=24853 Copyright © agencebretagnepresse.com

Dans un rapport rendu ce jour à la Commission de la Défense et des Forces Armées de l'Assemblée nationale, les députés (UMP - Finistère) Christian Ménard et (PS - Charente) Jean-Claude Viollet, viennent de briser un tabou en préconisant l'ouverture, en France, d'Entreprises de Services de Sécurité et de Défense (ESSD). Les deux parlementaires, pourtant issus de deux groupes politiques opposés, se rejoignent totalement sur la nécessité de créer des sociétés françaises destinées à assurer la sécurité, notamment à l'étranger, de nos grands groupes industriels, de leurs personnels, mais aussi de leurs intérêts. « Nous devons avoir conscience que notre pays, en raison de la multiplicité des théâtres d'opérations, doit avoir recours à ce type de sociétés. Les Anglo-Saxons, Sud-Africains, Israéliens, entre autres, l'ont fort bien compris en créant de telles entités… » assure Christian Ménard, déjà auteur de deux précédents rapports sur la Piraterie Maritime, ajoutant « les Armateurs de France, l'énorme majorité des militaires (qui voient là la possibilité d'une seconde carrière), les industriels vont dans le sens d'une telle ouverture. Il appartient désormais à notre pays, d'expérimenter (pourquoi pas au niveau de la piraterie maritime ?), de légiférer et, bien sûr, de labelliser de telles sociétés…». ■

Christian Ménard  Publié le 14/02/12

 

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Source : Christian Ménard Porte parole:Christian Ménard Publié le 14/02/12 17:35 PARIS— Dans un rapport rendu ce jour à la Commission de la Défense et des Forces Armées de l'Assemblée nationale, les députés (UMP - Finistère) Christian Ménard et (PS - Charente) Jean-Claude Viollet, viennent de briser un tabou en préconisant l'ouverture, en France, d'Entreprises de Services de Sécurité et de Défense (ESSD). Les deux parlementaires, pourtant issus de deux groupes politiques opposés, se rejoignent totalement sur la nécessité de créer des sociétés françaises destinées à assurer la sécurité, notamment à l'étranger, de nos grands groupes industriels, de leurs personnels, mais aussi de leurs intérêts. « Nous devons avoir conscience que notre pays, en raison de la multiplicité des théâtres d'opérations, doit avoir recours à ce type de sociétés. Les Anglo-Saxons, Sud-Africains, Israéliens, entre autres, l'ont fort bien compris en créant de telles entités… » assure Christian Ménard, déjà auteur de deux précédents rapports sur la Piraterie Maritime, ajoutant « les Armateurs de France, l'énorme majorité des militaires (qui voient là la possibilité d'une seconde carrière), les industriels vont dans le sens d'une telle ouverture. Il appartient désormais à notre pays, d'expérimenter (pourquoi pas au niveau de la piraterie maritime ?), de légiférer et, bien sûr, de labelliser de telles sociétés…». ■

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Source : Christian Ménard Porte parole:Christian Ménard Publié le 14/02/12 17:35 PARIS— Dans un rapport rendu ce jour à la Commission de la Défense et des Forces Armées de l'Assemblée nationale, les députés (UMP - Finistère) Christian Ménard et (PS - Charente) Jean-Claude Viollet, viennent de briser un tabou en préconisant l'ouverture, en France, d'Entreprises de Services de Sécurité et de Défense (ESSD). Les deux parlementaires, pourtant issus de deux groupes politiques opposés, se rejoignent totalement sur la nécessité de créer des sociétés françaises destinées à assurer la sécurité, notamment à l'étranger, de nos grands groupes industriels, de leurs personnels, mais aussi de leurs intérêts. « Nous devons avoir conscience que notre pays, en raison de la multiplicité des théâtres d'opérations, doit avoir recours à ce type de sociétés. Les Anglo-Saxons, Sud-Africains, Israéliens, entre autres, l'ont fort bien compris en créant de telles entités… » assure Christian Ménard, déjà auteur de deux précédents rapports sur la Piraterie Maritime, ajoutant « les Armateurs de France, l'énorme majorité des militaires (qui voient là la possibilité d'une seconde carrière), les industriels vont dans le sens d'une telle ouverture. Il appartient désormais à notre pays, d'expérimenter (pourquoi pas au niveau de la piraterie maritime ?), de légiférer et, bien sûr, de labelliser de telles sociétés…». ■

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05/07/2011

SMP - Sociétés militaires privées... Si c'est une oeuvre alors là, là c'est autre chose. ...

Sociétés militaires privées à la française : faut-il modifier la loi ?

Le 12 mai dernier, Pierre Marziali, ancien sous-officier parachutiste et fondateur de la société Secopex, était mortellement blessé sur un check point à Bengazi, dans des circonstances encore imprécises. On apprendra rapidement qu'il était présent en Libye en vue d'y consolider l'installation d'une succursale de son entreprise destinée à fournir des prestations de sécurité et de protection aux journalistes présents sur le théâtre.

Ce fait divers a ainsi brutalement replacé sur le devant de la scène médiatique un débat déjà plusieurs fois mené en France : celui relatif au développement des sociétés militaires privées (SMP).

UN DÉBAT RELATIVEMENT RÉCENT

Dans ces termes actuels, le débat a pris corps essentiellement avec les conflits irakien et afghan. Engagements d'un type nouveau pour les armées occidentales, ces conflits sont marqués également par une multiplication de SMP présentes sur les théâtres, essentiellement anglo-saxonnes, pour accompagner et prolonger l'action des forces. Ces sociétés, qui agissent prioritairement dans le domaine de la sécurité, de la protection ou dans celui de la formation, apparaissent aux yeux de beaucoup, non seulement comme un des éléments de la stratégie de sortie de crise mais aussi et surtout, comme un appui particulièrement efficace à la mise en œuvre d'une politique d'influence destinée à soutenir les entreprises engagées dans la conquête des juteux marchés des contrats de reconstruction.

Dans notre pays, ce débat est surtout marqué par une problématique centrale : la France a-t-elle ou non intérêt à favoriser le développement de SMP à caractère national ?

Pour les tenants d'un développement des SMP à la française, il s'agit d'être à notre tour présent sur ce segment en mettant un terme au quasi-monopole dont disposent les anglo-saxons en la matière avec, dans la ligne de mire, l'objectif de mieux accompagner nos entreprises nationales pour qu'elles soient plus performantes dans l'obtention des marchés financés par la communauté internationale dans ces zones de crises.

Et d'expliquer que le différentiel entre nous et les anglo-saxons tiendrait essentiellement à notre législation, en particulier la loi n° 2003-340 du 14 avril 2003 relative à la répression de l'activité de mercenaire jugée beaucoup plus restrictive ; la solution consistant donc à déréglementer pour permettre l'épanouissement de SMP à la française.

L'ÉTAT DU DROIT EXISTANT

Mais en fait, de quoi parle-t-on ? Que dit la loi de 2003 relative à la répression de l'activité de mercenaire ?

Elle vise explicitement la participation directe à deux situations dans le but d'obtenir un avantage personnel ou une rémunération importante : d'une part "la participation directe aux hostilités dans le cadre des conflits armés" et, d'autre part, "les actes concertés de violence visant à renverser les institutions ou porter atteinte à l'intégrité territoriale d'un Etat", en clair la participation à ce que l'on nomme communément un "coup d'Etat".

Sont punissables de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende pour avoir commis de tels actes "les personnes qui ne sont ni ressortissantes des Etats au conflit, ni membres des forces armées de ces Etats, ni envoyés en mission par un Etat autre que ceux au conflit en qualité de membre des forces armées de cet Etat ".

Est enfin puni plus lourdement, de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende, "le fait de diriger ou d'organiser un groupement ayant pour objet le recrutement, l'emploi, la rémunération, l'équipement ou l'instruction militaire" des personnes visées au paragraphe précédent.

Ces deux articles du code pénal (les articles 436-1 et 436-2) répriment donc bien des activités de mercenariat au sens strict du terme, telles qu'ont pu les mener un certain nombre de militaires français dans la période de la décolonisation, essentiellement sur le continent africain.

VERS UN RENFORCEMENT DU DISPOSITIF RÉGLEMENTAIRE ?

On voit donc mal quels aménagements ou, plus exactement, quelles atténuations pourraient être apportés à ces incriminations.

Comment pourrait-on imaginer d'abord que le législateur puisse revenir sur l'interdiction de participer à des "coups d'Etat" !

S'agissant ensuite de la seconde incrimination, la participation directe à un conflit armé c'est-à-dire à tout le moins la participation directe à des combats, plusieurs obstacles, juridique et d'opportunité, semblent s'opposer à la suppression de ce texte.

Juridiquement d'abord, il apparaît difficile de concevoir que le juge constitutionnel puisse admettre l'hypothèse d'une délégation à des personnes privées du droit de mener en lieu et place de l'Etat des actions de combat alors qu'il s'agit du cœur des activités régaliennes de l'Etat. A titre d'exemple, il suffit de se souvenir que le Conseil constitutionnel a récemment, sur le même motif, rejeté une disposition du projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure qui visait à transférer aux policiers municipaux des compétences exercées jusque-là par la gendarmerie et la police nationales.

En opportunité ensuite, on envisage difficilement que le gouvernement puisse afficher, en particulier vis-à-vis de nos partenaires internationaux, que la France "tolère" ou "autorise" des personnes privées à participer directement à des actes de combat. On imagine assez facilement le retentissement qu'aurait une telle annonce sur la scène internationale.

Enfin et surtout, on a du mal à comprendre en quoi ces incriminations pénales interdiraient le développement de SMP à la française tant que ces sociétés restent dans les domaines de la sécurité et de la protection, de l'ingénierie et de la formation et à condition, bien sûr, que la présence de ces SMP soit totalement compatible avec les engagements de notre pays.

En fait, le développement des SMP à la française doit à l'évidence s'accompagner d'un renforcement de la réglementation qui doit viser, pour mieux accompagner ce développement, à encadrer et contrôler strictement cette activité avec en particulier les problématiques liées au recrutement ou à la formation de leurs personnels ou encore des conditions et modalités de leur engagement.

Philippe Coué, lieutenant-colonel (gendarmerie), stagiaire à l'Ecole de guerre

piqué au ats sur lemonde.fr - 01/07/2011

 

Carcassonne. Témoignage de l'épouse de Pierre Marziali, tué à Benghazi

En fin de matinée, hier, Dominique Marziali, l'épouse de Pierre Marziali, dirigeant de la Secopex, tué à Benghazi dans la nuit du 12 au 13 mai, a rendu visite à la rédaction de La Dépêche du Midi. Son témoignage est exclusif.

Est-il exact que le corps de votre mari a été rapatrié de Libye en fin de semaine dernière ? On parle de ce samedi 14 mai.

« Le rapatriement de la dépouille de Pierre est tenu au secret. J'ignore si nous pourrons procéder à une crémation. Je ne suis toujours pas en possession de son acte de décès. Dans tous les cas, la cérémonie se déroulera dans la plus stricte intimité ».

Avez-vous obtenu des informations complémentaires sur les circonstances de sa mort ?

Pas plus tard que ce matin (hier mercredi), l'assistante de Pierre, à la Secopex, a de nouveau contacté le quai d'Orsay, à Paris, mais personne ne veut rien nous dire. Nous avons été informés uniquement du fait que les services français du renseignement mènent actuellement deux enquêtes sur le sol libyen dont une concerne l'assassinat de mon mari ».

Et au sujet de ses collaborateurs qui étaient avec lui et qui ont été arrêtés ?

« À ma connaissance ils sont toujours détenus par les autorités qui relèvent du Conseil national de transition à Benghazi. Nous avons pu savoir qu'ils ont fait l'objet de deux interrogatoires serrés, mais depuis dimanche nous n'avons pas de leurs nouvelles ».

De nombreuses interrogations ont été formulées dans la presse sur la personnalité de votre mari, sur les véritables activités de sa société, et sur les raisons de sa présence en Libye. Une première question : saviez-vous pourquoi Pierre Marziali avait entrepris ce voyage ?

Je sais, en effet, beaucoup de choses. D'abord je tiens s à dire que la présence de Pierre à Benghazi n'était pas illégale. Il était parti de Carcassonne mardi 10 mai et il avait prévu son retour pour ce dimanche 15 mai. Il avait projeté d'ouvrir une antenne de sa société à Benghazi. Le ministère des Affaires Étrangères était parfaitement informé de son projet, il était parti son passeport en poche, à visage découvert avec « un feu orange » des autorités françaises. Ce n'était un secret pour personne et ce n'était pas la première fois qu'il se rendait en Libye.

Vous contestez, donc, le fait qu'il ait pu se livrer à une mission pour le compte de Khadafi ainsi qu'il a été supposé et que la Secopex soit, en fait, une société écran faisant appel à des mercenaires ?

Avant de se reconvertir dans la sécurité privée, Pierre a passé un peu plus de vingt-cinq ans dans l'Armée française. Il a été engagé sur plusieurs théâtres opérationnels étrangers avec son régiment, le 3e RPIma de Carcassonne. Il a participé à des missions en Bosnie, au Rwanda, au Liban où il a été blessé par un éclat d'obus en 1983. Je suis outrée de lire et d'entendre les commentaires formulés depuis sa mort. Pierre était un patriote. Il était connu pour cela. C'est quelqu'un qui a toujours utilisé la voie diplomatique dans le cadre de ses activités privées. Lorsqu'il a créé la Secopex, il s'était rendu à l'Assemblée Nationale pour expliquer quel était son objectif. Les messages que je reçois depuis l'annonce de sa mort, notamment de la part de parlementaires et d'élus locaux qui le connaissaient, démontrent qu'il n'y avait aucun doute sur sa personnalité ni sur ses missions. Il m'avait effectivement raconté avoir été contacté pour des trafics illégaux en Europe et en Russie. Il a toujours refusé les contrats qui ne respectaient pas son éthique. Pierre n'était pas à Benghazi pour casser du Libyen. Il n'était pas un barbouze.

Comment expliquez-vous qu'il ait été tué et qu'on n'en sache pas davantage sur les raisons qui ont conduit à sa mort ?

Je ne me l'explique pas. Pierre n'était pas armé, ses collaborateurs non plus. La presse a rapporté qu'il s'était interposé lors d'un contrôle de police. C'est une attitude qui ne lui ressemble pas. Mon mari était connu pour son sang-froid, pour la distance qu'il s'efforçait d'avoir toujours dans les situations conflictuelles. Je ne le vois pas s'interposer au beau milieu des policiers et des rebelles libyens armés jusqu'aux dents.

Revenons à la Secopex. Quelles étaient les raisons de son implantation en Libye ?

Les mêmes que celles qui ont conduit à l'ouverture d'antennes en Nouvelle-Calédonie, en Somalie. Mon mari s'est spécialisé dans une protection militarisée des biens et des personnes. Ainsi qu'il est mentionné sur le site internet, la Secopex est une société d'appui stratégique et opérationnel. L'antenne que voulait ouvrir Pierre à Benghazi était destinée à former sur place des gens qui auraient assuré ensuite la protection rapprochée des diplomates, des journalistes, des ressortissants français, notamment des chefs d'entreprises, qui continuent de vivre en Libye. Il n'avait pas d'autre intention que de créer un blocus sécuritaire dans un pays en guerre.

Pierre Marziali avait déclaré à plusieurs reprises sa capacité à lever 2 000 personnes dans le monde entier.

C'est exact. Pierre avait des correspondants quasiment partout qu'il activait à la demande. Parmi eux il y a d'anciens officiers supérieurs qui lui proposaient régulièrement leurs services.

Et à Carcassonne, outre la fonction de siège administratif de la société, de quelle façon intervient la Secopex ?

La société organise des stages de formation à la demande de ses clients, selon une fourchette de prix qui varie entre 2 000 et 6 000 € par personne. Cette semaine, quatorze personnes sont inscrites. Deux autres stages sont programmés dans les prochaines semaines. L'enseignement théorique se déroule dans les locaux rue Chartran. La pratique dans les conditions réelles d'une métropole comme Toulouse, Montpellier. Je sais que Pierre avait obtenu les autorisations pour mener ces entraînements dans les départements de l'Aude et de l'Hérault. Il était en contact avec plusieurs maires qui mettaient à sa disposition des friches communales pour des exercices comme la conduite d'autorités sous protection. L'activité de la Secopex est tout ce qu'il y a de plus officiel. La société possède un agrément d'exploitation et le brevet qu'elle délivre aux stagiaires sera reconnu diplôme d'État.

Que va-t-il advenir à présent de la Secopex ?

Jusqu'au décès de Pierre, j'étais assistante de direction dans une entreprise carcassonnaise. J'ai l'intention de prendre la suite de mon mari. C'est également le souhait de mon fils, Nicolas, qui est actuellement étudiant et qui veut suivre les traces de son père.


Tué à un contrôle policier à Benghazi

C'est au cours d'un contrôle de police, un des deux cents check-points recencés à Benghazi, que Pierre Marziali a été tué dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai par des rebelles libyens. Selon Mustafa Gheriani, un porte-parole du Conseil national de transition (CNT), l'instance dirigeante de la rébellion « la victime aurait refusé de coopérer ». On ne connaît toujours pas les circonstances exactes qui ont provoqué la mort de Pierre Marziali. Il a d'abord été indiqué que cet ancien sous-officier du 3e RPIma avait été touché par balle à l'abdomen et qu'il serait mort des suites de ses blessures à l'hôpital de Jalaa. Dernièrement, une nouvelle dépêche relatait que Pierre Marziali aurait été victime d'une balle dans le dos.

Pierre Marziali avait fait parler de lui, une première fois, lors de la création de sa société en 2003. Les médias s'étaient à nouveau intéressés à lui et à la Secopex, en 2008, à la suite des actes de piraterie commis dans les eaux au large de la Somalie. Pierre Marziali avait confirmé peu après la signature d'un contrat entre sa société et le gouvernement somalien. La Secopex était chargée de former les futurs gardes côtes. Son épouse confirme que ce contrat n'a finalement pas été réalisé. Dans l'interview qu'il nous avait consacré en juillet 2008, Pierre Marziali estimait le marché mondial de la sécurité à 100 milliards de dollars par an.

piqué au tas sur ladepeche.fr

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15/07/2009

Hélicoptère Pecotox Air abattu-SMP-Afghanistan-crash-chopper

Un hélicoptère "civil" abattu par un missile en Afghanistan



Les talibans ont revendiqué la destruction d’un hélicoptère de transport qui s’est écrasé dans la province du Helmand, dans le sud afghan, mardi matin, provoquant la mort d’au moins six Ukrainiens.

Cet hélicoptère MI-26 appartenant à une société civile moldave, Pecotox Air, participait à une mission de transport pour le compte des forces internationales en Afghanistan.

La société Pecotox Air n’est pas inconnue. Elle a déjà fourni des hélicoptères MI-8 aux forces européennes engagées au Tchad. Ces appareils opéraient en particulier en soutien du contingent irlandais de l’Eufor, via un contrat passé avec une société britannique, Air Partners Commercial Jets.

Ce qui est surprenant, toutefois, c’est que l’UE et l’Otan choisissent d’utiliser les services d’une société épinglée en juin 2007 par la Commission européenne. La Commission estimait que les autorités moldaves faisaient preuve d’un réel laxisme envers huit sociétés dont Pecotox Air qui ne respectait pas les consignes de sécurité et les réglementations. La Moldavie avait dû retirer leurs agréments à ces sociétés.

Pourquoi alors recourir aux services d’une société dont la fiabilité est discutable ? Les forces de la coalition souffrent d’un déficit chronique d’hélicoptères en Afghanistan. La faute à la multiplication des théâtres d’opérations, au vieillissement des flottes et aux indisponibilités des matériels ; les Britanniques ont 500 hélicoptères sur le papier et seulement 30 en Afghanistan ! Les flottes dont disposent les Américains et le contingent de l’Isaf sont, en outre, composées d’appareils de combat, de liaison et de transport. Or, les hélicoptères de cette dernière catégorie font cruellement défaut sur tous les théâtres d’opérations extérieures. Les Européens en ont fait l’expérience au Tchad où les hélicoptères étaient rares ou bien inadaptés aux conditions exigeantes du désert.

En Afghanistan, pour pallier le déficit d’appareils militaires, les Américains et l’Otan font appel à des sociétés civiles dont ils louent leurs engins et leurs équipages. Aux contrats déjà passés depuis 2005 avec les sociétés Hummingbird, Jingle Air, EP Aviation ou Presidential Airways, s’ajoutent désormais ceux de Canadian Helicopters et d’Evergreen Helicopters (ce dernier contrat couvre la période 2009-2013 et sa valeur est de 158 millions de dollars).

 

 

De la Kleptocratie à l’insécurité des populations

mercredi 9 août 2006.

Félicitations à la kleptocratie congolaise ! Le régime des Cobras vient d’interdire aux compagnies aériennes du pays l’exploitation des cercueils volants de type Antonov 24. Dis donc, ça tombe bien.

Ce n’est pas seulement que ces vieux rescapés de l’empire soviétique - on parle des avions bien entendu - ne cessent de coûter la vie aux sujets de la sous-région. C’est que depuis mai de cette année, et contre toute attente, on dispose de l’outil idéal pour contrôler la bonne application de cette interdiction : le Forest Stewardship Council (FSC), personne morale plus performante que n’importe quel ministère.

Voici le premier Antonov 24 qui vient à l’esprit de tout fan de la forêt congolaise : Immatriculé en Moldavie (ER-AZM), cet avion poubelle d’Aéro-Service Congo se trouve sur la piste de la Congolaise industrielle des bois (CIB) à Pokola. Daté du 5 mai 2006, le cliché n’a rien de confidentiel. Il figure dans le beau bouquet de cartes postales que propose le Tropical Forest Trust (TFT) sur son site web depuis l’annonce de l’octroi à la Congolaise d’un écolabel FSC le 25 mai. Plutôt bien disposé envers l’industrie du bois, le très british TFT se charge de la promotion de l’image de la CIB, parfois écornée dans le passé.

Disons-le entre parenthèses, nous avons récemment émis quelques doutes sur le goût de certaines des autres photos que le TFT s’est précipité d’utiliser pour mieux vendre son produit : des dizaines de gros plans de jeunes enfants de la base-vie du chantier, jouant à cache-cache avec la caméra. Une esthétique qui ne laisse guère deviner que la concession en question a été dénoncée à deux reprises en 2005 comme un véritable foyer de violations des droits de l’homme. Les « écogardes » de la Wildlife Conservation Society (WCS) - organisme américain plutôt bien disposé envers l’industrie du bois - seraient une « milice privée qui ne dit pas son nom ». Ils sont accusés de passer régulièrement à tabac les pygmées Mbendjele locaux, et ceci « pour le seul fait d’être Mbendjele ». Confronté au cas d’un vieux monsieur qui aurait perdu des dents lors d’une rencontre de ce genre, le directeur de la WCS Congo réplique, après enquête, qu’il ne s’agissait en fait que d’une seule dent, et qu’elle était déjà pourrie.

Peu effrayé par de telles précisions, le FSC ne voit aucune raison, courant mai 2006, de ne pas accorder sa bénédiction à l’entreprise postulante. Forcément, il fait confiance à son certificateur, la redoutable SGS, d’avoir vérifié le respect d’au moins le tout premier critère du tout premier principe FSC : pour être labellisée une société forestière doit d’abord

« [...] respecter toute loi nationale et locale, et toute réglementation administrative. »

C’est dans cette contrainte que nous croyons entrevoir le salut in extremis de l’état de droit congolais. Des gueules cassées en pleine forêt, ça peut se cacher ; l’atterrissage d’un Antonov 24, beaucoup moins. Si jamais un Antonov se pointait de nouveau à la CIB, même le FSC aurait du mal à se voiler la face devant l’évidence... écrasante. Nous allons surveiller la situation d’assez près.

Certes, Aéro-Service ER-AZM pourrait être un zinc en très bon état. Son cousin Aéro-Service ER-AZX pourrait ne pas l’être - c’est lui aussi un Antonov 24RV, lui aussi loué auprès de cette même compagnie moldave peu connue qu’est Pecotox Air, à laquelle nous reviendrons. Sa queue décorée d’un tigre au lieu d’un lion, l’AZX est aujourd’hui hors service, selon l’AeroTransport Data Bank, référence en la matière. Explication : « Damaged Pokola ? ».

Quant à l’AZM léonin qui nous intéresse, le voici lors d’un vol en janvier 2006.

Selon d’intrépides voyageurs qui ont subi ce nuage, il s’apparenterait à ceux de l’extérieur : ce qu’on humait ce jour-là était de la simple vapeur d’eau. Rien de grave. J’espère que votre voyage a été agréable et merci d’avoir choisi Aéro-Service.

Maintenant que le label vert de la CIB va garantir l’expulsion des Antonov des cieux de la Sangha, il est dommage qu’il n’existe toujours pas d’instance pour fourrer son nez dans l’autre volet des vols nouvellement interdits. Il s’agit de la proximité dont semble jouir Aéro-Service avec les réseaux du « trafiquant d’armes le plus tristement célèbre au monde » - pour reprendre la formule de CNN - le Tadjik Victor Bout, objet de deux mandats d’arrêt internationaux.

Avant toute précision, une clarification importante. Que la CIB ne prenne ombrage : il n’y a aucune raison d’imaginer que cette société soit consciente, encore moins complice, des dits réseaux, qu’on évoque ici dans l’unique but de savoir, au moment du grand nettoyage, ce qu’on nettoie.

Ne connaître Victor Bout ni d’Adam ni d’Eve ne nuit donc en rien à la réputation de la CIB de savoir bien s’entourer. Cette CIB qui en 2000 aurait fait appel aux services de l’ancien général René Landrin, commandant à Brazzaville de l’opération d’évacuation d’étrangers en juin 1997, revenu au pays la même année pour "conseiller" le président putschiste. Pour ce qui est de l’affection de la CIB pour ce dernier, l’organe principal du régime est là pour en témoigner, avec la naïveté enfantine qui est son seul charme. Il y a quelques jours seulement, dans un hymne à l’ancien directeur général de la CIB Yves Dubois, Les Dépêches de Brazzaville chantaient les « bons rapports que celui-ci a pu avoir avec le président de la République ».

Simple coïncidence, finalement, si en 2003 le ministère dont dépend la CIB a accueilli à bras ouverts le trafiquant d’armes et forestier Gus Kouwenhoven en fuite du Liberia. Hospitalité qu’il a offerte en violation d’une interdiction de voyager émise contre lui par le Conseil de sécurité de l’ONU deux ans auparavant. « Monsieur Gus » et M. Bout sévissaient dans la même branche : le réarmement des milices et autres enfants tortionnaires de Taylor et du Revolutionary United Front (RUF).

Ces supplétifs, on le sait aujourd’hui, étaient loin d’être les seuls bénéficiaires de Victor Bout, réfugié à Moscou depuis 2000. Avec l’aide des mafias russe et ukrainienne, l’ex-barbouze mettait sa flotte d’avions, éparpillée à travers une vingtaine de sociétés-écrans, au service de quelques unes des plus grandes associations de malfaiteurs de la planète : l’UNITA (pour ses diamants de sang), le gouvernement angolais (pour ses diamants de sang), les Taliban (pour leur opium), l’Alliance du Nord (pour son opium), les milices Hutu du Kivu (pour leur coltan peut-être, ou leur café), Abu Sayyaf aux Philippines (sans doute pour le simple plaisir). En 2004, c’est la consécration : grâce aux recherches d’un jeune bloggeur de gauche se voulant le « Yorkshire Ranter », le monde, feignant la surprise, apprend que Bout exécute aussi de sales besognes pour le Pentagone dans l’Irak nouveau.

Au moment des faits, l’heureuse contractante, « Air Bas », est basée à Sharjah, dans les Emirats arabes unis, pavillon préféré du système Bout, mais dirigée depuis l’Etat rebelle du Texas. Au moins jusqu’à l’été 2004, elle est sous contrat avec la filiale d’Halliburton chargée de reconstruire le secteur pétrolier irakien. En mars 2005, une autre excroissance de Bout, Aérocom, aurait été utilisée par Aegis Defence Services, le groupe du célèbre mercenaire Tim Spicer (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Sierra Leone) auquel les Américains de la zone verte ont cru bon de confier, pour 293 millions de dollars, un coquet contrat de protection et de renseignement (« situational awareness »), le projet « Matrix ». Sa mobilisation d’Aérocom intervient un peu moins d’un an après que celle-ci ait été invitée à quitter la Moldavie. Les autorités avaient flairé chez elle un trafic de cocaïne.

Dommage que dans les années 90 ces autorités n’aient rien trouvé à redire sur les vols qu’organisait Bout pour les compagnies moldaves Renan Airways ou MoldTransavia, vols pleins à craquer, parfois littéralement, d’armes à destination de Taylor et du RUF. En 2001 des douaniers tchèques, eux, ont réussi à en stopper un, contenant un hélicoptère. Ils trouvaient bizarre que MoldTransavia, malgré son papier à en-tête émirati, immatriculait ses avions en Centrafrique et... au Congo-Brazzaville.

Quelqu’un a dit Congo-Brazzaville ? Il est vrai que tout ce que gère Aéro-Service Congo n’est pas moldave, à l’instar de notre Lion des airs. Nous avons repéré un Antonov 12 BP par exemple (EK-11007, msn 5343506) qu’elle loue auprès de l’arménienne « Phoenix Avia ». Celle-ci, créée en 2000, pourrait bien être de la galaxie Bout, ou la côtoyer.

Basée à Sharjah, Phoenix Avia aurait été « réorganisée en 2002 comme filiale de Phoenix Avia Gulf Ltd., proposant des services de location aux compagnies africaines [...] ». Elle dispose de cinq avions. Jusqu’au 28 mars 2006, elle en disposait de six. Quelques minutes après son décollage de Téhéran, son Antonov 12BK (EK-46741) tente un atterrissage d’urgence, et s’embrase. Pas moins de trois de ses moteurs étaient tombés en panne.

Difficile de dire ce qui motive Aéro-Service pour louer chez Phoenix Avia. Ses bonnes références peut-être : Phoenix sait satisfaire des clients comme Air Libya Tibesti (EK-46630) et surtout comme la société soudanaise - basée à Sharjah - Trans-Attico (EK-13399). On retrouve cette dernière dans une note en bas de page dans l’œuvre récente d’Amnesty International, « République démocratique du Congo : Les flux d’armes à destination de l’est ». Le 9 décembre 2003, un Ilyushin 76-TD (ST-AQY) effectuant un vol non autorisé Johannesburg-Kigali pour « Volga Atlantic Airlines » transportait du matériel dont les autorités sud-africaines n’ont pas pu établir l’identité exacte. L’oiseau aurait été de la volée Trans Attico. Il était aussi apparu dans celle de GST Aero, de Victor Bout.

Or il est exact que « Phoenix Avia » n’est pas la même chose que « Phoenix Aviation », au moins sur papier. Si toutes les deux sont basées à Sharjah, la seconde est officiellement kirghize, la première, on l’a dit, officiellement arménienne. Le code ICAO de la première est « PHY », celui de la seconde « PHG ». Problème éventuel pour cette étanchéité : le Yorkshire Ranter croit savoir que les deux Phoenix auraient la fâcheuse tendance à voler parfois sous le même code ICAO. Cet expert suppute que les deux compagnies seraient « au moins liées ».

Phoenix Aviation, elle, est le Phoenix toujours taxé de Bout pur jus. Elle aurait importé de la cocaïne et de l’héroïne en Angleterre en 1993, et envoyé armes et munitions aux rebelles yéménites et angolais en 1994. Depuis lors, ses gros-porteurs ont été loués à la KAM Air du seigneur de la guerre afghan Abdul Rashid Dostum. Ils ont également fait surface dans la flotte de Santa Cruz Imperial, écran de fumée que Bout gérait avec un des chouchous des milices du bois libérien Sanjivan Ruprah. En août 2003, un trafic d’armes Téhéran-Taylor est assuré par un Boeing utilisant le code ICAO d’une petite affaire, Astral Aviation, qui par hasard compte un appareil Phoenix dans son hangar.

Mais le lien entre Aéro-Service et Phoenix Avia ne passe que par un seul des avions de la compagnie congolaise, qui en exploite sept. Signe d’une synergie fructueuse, quatre des six autres - dont notre Lion - seraient la propriété de cette société moldave au doux nom de Pecotox.

Rien de louche chez Pecotox. A part son Antonov 24RV ER-AZN (msn 37308801). Affrété au moins une fois par l’Union de Transportes Aereos de Guinea Ecuatorial (UTAGE), ce turbo-prop figure, au 13 juin 2006, dans la flotte d’une certaine Skylink Aviation . Immatriculée aux Emirats, celle-ci est basée à Bagdad, Bassora et au Koweït. Logique : c’est une filiale du géant canadien du même nom, dont la branche américaine gère depuis 2003 Baghdad International Airport. Un Antonov 12BP (9L-LEC) de Skylink aurait été utilisé pour acheminer des munitions aux GIs, avant d’être redéployé au Congo démocratique début 2004, sous les couleurs de Trans Air Congo. L’épave semble avoir été louée à Jetline - jumelle de la boîte de Bout chassée de Moldavie, Aérocom. Dans un passé plus lointain, elle aurait servi « un opérateur privé » en Sierre Leone. Un autre Antonov Skylink (RA-11114) aurait fait des missions pour les Space Cargo et GST Aero de Bout.

Force est de constater qu’Aéro-Service n’est pas la seule compagnie du Bassin du Congo attirée par les avions au passé trouble. Un concurrent, Air Atlantic Congo - elle aussi sous le coup de la terrible interdiction des Antonov - n’hésite guère, elle non plus, à s’équiper chez Phoenix Avia (EK-46419). Et un des Antonov que met Pecotox à la disposition d’Aéro-Service (ER-AZP), passe parfois à la Guinea Ecuatorial de Transportes Aéreos (GETRA).

Le 17 janvier 2003, une fascination congolaise pour l’offre Bout a tué sept personnes. Lors d’un Brazza-Douala, un Antonov 24B (ER-AFT) fabriqué en 1968 s’écrase à Ndjolé au Gabon. Pas de survivants. Il a été loué par la défunte société congolaise « Pont Aviation » à Aérocom - encore elle - mais s’affichait aussi chez la moldave Tiramavia. Passionnée de clients angolais, c’est-à-dire la Força Aérea Populare de Angola (T-301, T-702), Tiramavia fournit Volga Atlantic Aviation, celle que nous avons entrevue livrant du matériel peu clair à Kigali.

Le 15 février 2002, un des Antonov 12BP de Tiramavia (ER-ADL) rate la piste de Roberts International Airport à Monrovia, tuant le co-pilote ukrainien. Les experts du Conseil de sécurité soupçonnent qu’il transportait des armes et des munitions. Un brin gaillards, ils ajoutent :

« Malgré le manque de coopération de la part des autorités libériennes, le panel a pu obtenir des plans de vol [...] et d’autres informations montrant que l’avion a quitté Brazzaville (République du Congo) pour N’Djamena (Tchad) pour récupérer un chargement de viande. Au Tchad, la viande n’a pas été chargée mais des boîtes rectangulaires en bois, étroitement empaquetées et affichant des sceaux diplomatiques tchadiens l’étaient. »

L’avion était exploité par la société brazzavilloise, réelle ou fantasmatique, « Inter Transport ».

Mesdames et messieurs nous approchons de notre destination, veuillez attacher votre ceinture de sécurité. On vient de compter un Antonov au bannissement duquel les autorités de Mpila n’auront pas à veiller. Des vols Congo Airways leurs donneraient tout aussi peu de soucis. Cet établissement, que la rumeur attribue à Edith Lucie Bongo et à sa petite sœur Ninelle Ngoulondele, ne possède pas d’Antonov.

Certes, les filles Sassou sont également réputées pour être propriétaires d’Aviatrade Congo, qui se limite à un Antonov 26 (9Q-CVR). Nous préférons nous fier à la déclaration sans conditionnel de Panapress lors du détournement de celui-ci par son équipage russe, selon laquelle Aviatrade appartient plutôt au général Norbert Dabira, une fois victime passagère des juges français.

Que Congo Airways, actuellement en veille, n’ait pas d’Antonov ne veut pas dire qu’elle ne frôle pas pour autant la nébuleuse Bout. Au contraire : dans sa très courte existence, le seul fournisseur qu’elle ait jamais connu s’appelle Teebah Airlines, de Jordanie. Bijou d’une famille irakienne dite proche de Saddam, cette société est le fournisseur exclusif de la nouvelle Iraqi Airways. Fournisseur en Boeing naturellement. Enregistrés en Sierra Leone naturellement. Plusieurs avions Teebah (9L-LEF, -LEL, -LEN) ont aussi volé pour la compagnie d’Abdul Rashid Dostum que nous avons croisée ci-dessus, la bien nommée KAM.

Un Boeing (B737-2B7, 9L-LEG) loué aux Premières filles du Congo et un autre (B727-247, 9L-LEF) avec lequel elles semblent n’avoir que flirté sont tous les deux aujourd’hui chez Iraqi Airways. Un troisième (B727-256, 3D-ALB) est chez Tigris Air : « Tigris » comme le fleuve Tigre. Mais de nos surprises, nous ne sommes pas encore... au bout. Pendant son séjour congolais - ainsi que lors de son passage chez « Spirit of Africa Airlines » de Khartoum - ce dernier Boeing portait la même immatriculation qu’un Antonov 12BP de Southern Cross et Santa Cruz Imperial. Deux tentacules de Bout, figurez-vous.

En clair, une compagnie aérienne supposée appartenir au clan d’Oyo est en très bonne compagnie. Son fournisseur équipe un seigneur de la guerre ouzbek, deux sociétés irakiennes et pas grand-chose d’autre. Qui dit mieux ?

Encore merci au Tropical Forest Trust d’avoir lâché en pâture sa photo d’Antonov sur la piste de la CIB écocertifiée. Ces gens simples voulaient illustrer l’influence civilisatrice du comptoir post-colonial. Ce faisant, ils accablent le Forest Stewardship Council du devoir de veiller à ce que la scène ne se répète plus jamais. Pour éviter la Une : heureuse labellisée prise en flagrant délit.

Décerner des prix aux sociétés qui font des affaires dans les cauchemars comme le Congo-Brazzaville, est-ce pire que ce que font ces sociétés elles-mêmes ?

Tout se rachète. S’il s’avère que le TFT aide non seulement à l’éradication des Antonov de Pokola, mais aussi à donner une meilleure photographie d’un bout de la gangrène de Mpila, il aura fait d’une pierre deux coups. Ou comme le veut l’expression anglaise, langue internationale de l’aviation : avec une pierre, il aura tué deux oiseaux - voire plus.

Arnaud Labrousse, juillet 2006

 

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