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19/03/2010

Rosenthal et Jacobson (1968): L'effet Pygmalion : je pense, donc tu es

 

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La photo ci dessus ne fait pas partie de l'article original

 

Méfions nous de nos stéréotypes, de nos croyances : leur simple présence est un risque de distorsion de nos perceptions, de telle sorte que ce qu'autrui va voir en nous, va nous conditionner à le devenir... Un effet désormais bien connu, aussi intuitivement que dans le cadre théorique, depuis cette expérience de Rosenthal et Jacobson.

1. Il s'agit de passer inaperçu

Dans leur expérimentation, ils essayaient de démontrer que des sujets ayant une attente vis-à-vis du comportement, de la façon d'être d'autres sujets, entraîneraient chez ces derniers les comportements attendus. Les auteurs ne pouvaient cependant observer que des aspects jugés à l’avance positifs, car les effets négatifs se montrent moins dans les expériences pour cause de consensus social, de "gène"... Ainsi, le racisme étant dans nos cultures plutôt jugé négativement, et donc socialement indésirable, des sujets montreront moins leurs attitudes racistes, en les cachant comme ils le peuvent. Pour une situation expérimentale, il y'a évidemment là un biais difficile à contourner (ce serait cependant possible grâce à l'analyse de discours, par exemple). il était donc nécessaire d'envisager l'expérience et la valeur de ce qu'on allait mesurer, sous l'angle du politiquement correct, plutôt que de risquer de fausser l'expérience en observant une variable biaisée.

Pour de nombreuses expériences de psychologie, une affabulation sur le but de l’étude est souvent nécessaire pour que les sujets répondent naturellement. Ce prétexte choisi par les auteurs était simple : ils faisaient passer un test aux élèves d'une classe, prétextant que les résultats de celui-ci révèleraient les enfants dont le potentiel d'apprentissage est important. Le vrai but était tout autre, l'étude s’effectuant sur les enseignants et non sur les élèves, tout au long de l'année.

2. Il fallait s'y attendre...

En début d’année, les auteurs annoncèrent la liste des élèves retenus comme étant précoces, aux professeurs, à la suite d'un pré-test de performance banal assigné à tous les enfants (ces élèves étaient en fait pris au hasard, certains bons, d’autres moyens ou mauvais). Ce faisant, Rosenthal et Jacobson créaient chez les professeurs une « attente » concernant les futurs progrès des élèves : soit une « attente positive », soit, « pas d’attente ». Les auteurs partaient de l'hypothèse suivante : en indiquant au professeur qu'un élève est précoce et peut réaliser d'énormes progrès durant l'année (que ce soit vrai ou non), on va développer chez ce professeur un état mental positif (de l'espoir ?) visant cet élève : une certaine forme de préjugé basée sur une connaissance censée être valide (le résultat au test : les résultats, et le test, étaient valides, mais de faux résultats étaient donnés aux professeurs!)

Au début du 3ème trimestre, les auteurs faisaient passer de nouveau le test de performance aux enfants (post-test) puis mesuraient la différence de performance entre pré et post-test. Ce faisant, les auteurs se donnaient les moyens d'étudier les effets de l’attente positive du professeur sur un élève, quel que soit son niveau réel... ils constatèrent d'ailleurs :

  • Que tous les élèves présentés comme précoces avaient progressé significativement, qu'ils aient eu un mauvais résultat, ou un bon, au premier test!
  • Des relations préférentielles entre ces élèves et les enseignants
  • Des systèmes de communication dans lesquels ces enfants désignés ont eu un rôle plus important que les élèves non désignés comme précoces (ces systèmes par exemple, garder la classe, gérer les activités, etc... se mettaient en place le long de l'année, comme dans toute classe)
  • Une homogénéisation des résultats de ces élèves : lorsque les élèves censés être précoces faisaient des erreurs, celles-ci étaient minorées par les enseignants!

Les dieux sont-ils joueurs?

 

Selon Rosenthal et Jacobson, l’explication est simple : les attentes portées sur les élèves constituent des stéréotypes, des préjugés, quant aux possibilités mentales ou aux caractéristiques des élèves (peu observables à l'oeil nu) et les enseignants s’y raccrochent, comme on se raccrochent finalement à n'importe quel stéréotype. Quoi qu'on en dise, les professeurs sont aussi hommes comme d'autres : tandis qu'ils délaissent modérémment les élèves qu'ils jugent peu performants, ils s'occupent un peu mieux des élèves jugés plus performants, ce qui en retour, les rend effectivement plus performants...

à part : Cette situation ne s'applique pas qu'aux professeurs. De nombreux comportements totalement niés par leurs auteurs ont pu être mis en évidence : par exemple, une étude montrait que dans un supermarché, les mères ayant à charge au moins deux enfants surveillaient plus étroitement celui des deux qui était plus beau que leur frère ou soeur au physique un peu moins attirant (référence à venir, je ne les aies pas sur moi :/)

Dans une certaine mesure, le résultat peut s'exprimer ainsi : en pensant que quelqu'un possède une caractéristique, nous changeons notre propre attitude vis-à-vis de cette personne, et l'influençons de telle sorte qu'il va effectivement acquérir cette caractériqtique ou l'exprimer de plus flagrante façon. Ainsi en était-t-il de la statue créée par Pygmalion, une statue si belle son créateur en tomba amoureux, et voulait tellement la voir transformée en femme réelle, que cette statue le devint par la grâce d'Aphrodite.

Des profs, ok... mais qu'est-ce que ça peut bien nous faire?

Nous pourrions en faire très vite plusieurs parallèles... Par exemple, telle communauté pourrait avoir la réputation de voler son prochain, ou d'être agressif envers autrui. Cette seule réputation suffit par feedback-pygmalion à s'auto-entretenir. En face d'une personne jugée d'emblée agressive ou voleuse, nous avons bien évidemment tendance à nous méfier et surveiller, à interprêter chaque geste à travers le filtre de nos croyances. A cet égard, l'expérience de Duncan le rèvèle bien... Posons-nous dès lors la question. Et si on nous surveille, nous, comment réagissons-nous? Comment nous comportons-nous lorsque l'on perçoit chez un interlocuteur une attitude méfiante et soupçonneuse? bien entendu, nous n'irions surement pas jusqu'à voler, pour la plupart d'entre nous, juste pour ce qui s'apparenterait à un "délit de sale gueule". Mais les attitudes mesquines font parfois bien plus mal qu'un geste franc... et nous y répondons régulièrement nous même avec une certaine hostilité ou indifférence. Dans les deux cas, les rapports sociaux en pâtissent.

En aparté : ce genre de boucle comportementale "autoréalisante" : (par exemple, préjuger de l'agressivité de quelqu'un -> réagir donc avec méfiance voire hostilité -> ce qui entraîne en retour une certaine hostilité de l'interlocuteur -> ce qui "prouve" que l'on avait raison de croire que l'interlocuteur fut agressif) n'est pas rare, et ne se différencie pas d'autres boucles comportementales que l'on a pourtant facilité à repérer ou deviner. Un des exemples extrèmes de cette forme de boucle est celui de la paranoïa. Ceux qui auront eu affaire à cette pathologie, de l'extérieur, y reconnaitront certainement la boucle classique : le paranoïaque se méfie de tout le monde, est soupçonneux envers tout le monde, particulièrement son conjoint -> bien qu'au début, celui-ci fasse généralement des efforts, il est quasi-impossible sur le long terme de tenir une position proche et bienveillante : le conjoint finit par ne plus prévenir et expliquer tout ce qu'il fait, commence lui-même à cacher, avec raison, de potentielles sources de disputes --> très régulièrement, cela fini par se savoir et la situation éclate. Le paranoïaque manque d'introspection et ne saisit pas forcément sa responsabilité, peut etre est-ce plus facile de penser "j'avais finalement raison de me méfier, j'ai toujours eu raison..."

article de Stéphane Debrosses - 21/12/2007

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Regard sur un média : La télévision peut-elle critiquer la télévision ?

 

 

Analyse d’un passage à l’antenne

En France, plusieurs émissions de télévision se proposent de décrypter les images que reçoivent les téléspectateurs. Se fondant sur l’idée que la télévision peut critiquer la télévision,elles tentent de combattre la méfiance grandissante du public à l’égard de ce média. Pierre Bourdieu,qui a, en janvier dernier, participé à la principale de ces émissions, « Arrêt sur images », livre ici son témoignage.

Par Pierre Bourdieu

J’ai écrit ces notes dans les jours qui ont suivi mon passage à l’émission « Arrêt sur images ». J’avais, dès ce moment-là, le sentiment que ma confiance avait été abusée, mais je n’envisageais pas de les rendre publiques, pensant qu’il y aurait eu là quelque chose de déloyal. Or voilà qu’une nouvelle émission de la même série revient à quatre reprises — quel acharnement ! — sur des extraits de mes interventions, et présente ce règlement de comptes rétrospectif comme un audacieux retour critique de l’émission sur elle-même. Beau courage en effet : on ne s’est guère inquiété, en ce cas, d’opposer des « contradicteurs » aux trois spadassins chargés de l’exécution critique des propos présentés.

La récidive a valeur d’aveu : devant une rupture aussi évidente du contrat de confiance qui devrait unir l’invitant et l’invité, je me sens libre de publier ces observations, que chacun pourra aisément vérifier en visionnant l’enregistrement des deux émissions (1). Ceux qui auraient encore pu douter, après avoir vu la première, que la télévision est un formidable instrument de domination devraient, cette fois, être convaincus : Daniel Schneidermann, producteur de l’émission, en a fait la preuve, malgré lui, en donnant à voir que la télévision est le lieu où deux présentateurs peuvent triompher sans peine de tous les critiques de l’ordre télévisuel.

« Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996. L’émission illustrera parfaitement ce que j’avais l’intention de démontrer : l’impossibilité de tenir à la télévision un discours cohérent et critique sur la télévision. Prévoyant que je ne pourrais pas déployer mon argumentation, je m’étais donné pour projet, comme pis-aller, de laisser les journalistes jouer leur jeu habituel (coupures, interruptions, détournements, etc.) et de dire, après un moment, qu’ils illustraient parfaitement mon propos. Il aurait fallu que j’aie la force et la présence d’esprit de le dire en conclusion (au lieu de faire des concessions polies au « dialogue », imposées par le sentiment d’avoir été trop violent et d’avoir inutilement blessé mes interlocuteurs).

Daniel Schneidermann m’avait proposé à plusieurs reprises de participer à son émission. J’avais toujours refusé. Début janvier, il réitère sa demande, avec beaucoup d’insistance, pour une émission sur le thème : « La télévision peut-elle parler des mouvements sociaux ? » J’hésite beaucoup, craignant de laisser passer une occasion de faire, à propos d’un cas exemplaire, une analyse critique de la télévision à la télévision.

Après avoir donné un accord de principe subordonné à une discussion préalable sur le dispositif, je rappelle Daniel Schneidermann, qui pose d’emblée, comme allant de soi, qu’il faut qu’il y ait un « contradicteur ». Je ne me rappelle pas bien les arguments employés, si tant est qu’il y ait eu arguments, tellement cela allait de soi pour lui. J’ai cédé par une sorte de respect de la bienséance : ne pas accepter le débat, dans n’importe quelles conditions et avec n’importe qui, c’est manquer d’esprit démocratique. Daniel Schneidermann évoque des interlocuteurs possibles, notamment un député RPR qui a pris position contre la manière dont les télévisions ont rendu compte de la grève. Ce qui suppose qu’il attend de moi que je prenne la position opposée (alors qu’il me demande une analyse — ce qui tend à montrer que, comme la plupart des journalistes, il identifie l’analyse à la critique).

Je propose alors Jean-Marie Cavada, parce qu’il est le patron de la chaîne où passera l’émission, et aussi parce qu’il m’est apparu comme typique d’une violence plus douce et moins visible : Jean-Marie Cavada donne toutes les apparences de l’équité formelle, tout en se servant de toutes les ressources de sa position pour exercer une contrainte qui oriente fortement les débats ; mes analyses vaudront ainsi a fortiori. Tout en proclamant que le fait que je mette en question le directeur de la chaîne ne le gênait en rien et que je n’avais pas à me limiter dans mes « critiques », Daniel Schneidermann exclut Jean-Marie Cavada au profit de Guillaume Durand. Il me demande de proposer des extraits d’émissions qui pourraient être présentés à l’appui de mes analyses. Je donne une première liste (comportant plusieurs références à Jean-Marie Cavada et à Guillaume Durand), ce qui m’amène, pour justifier mes choix, à livrer mes intentions.

Dans une seconde conversation, je m’aperçois que plusieurs de mes propositions d’extraits ont été remplacées par d’autres. Dans le « conducteur » final, je verrai apparaître un long « micro-trottoir » sans intérêt visant à montrer que les spectateurs peuvent dire les choses les plus opposées sur la représentation télévisuelle des grèves, donc à relativiser d’avance les « critiques » que je pourrais faire (cela sous prétexte de rappeler l’éternelle première leçon de tout enseignement sur les médias : le montage peut faire dire n’importe quoi à des images). Lors d’une nouvelle conversation, on m’apprend que Jean-Marie Cavada a finalement décidé de venir et qu’on ne peut pas lui refuser ce droit de réponse, puisqu’il est « mis en question ».

Dès la première conversation, j’avais demandé expressément que mes prises de position pendant les grèves de décembre ne soient pas mentionnées. Parce que ce n’était pas le sujet et que ce rappel ne pourrait que faire apparaître comme des critiques de parti pris les analyses que la sociologie peut proposer. Or, dès le début de l’émission, la journaliste, Pascale Clark, annonce que j’ai pris position en faveur de la grève et que je me suis montré « très critique de la représentation que les médias [en] ont donnée », alors que je n’avais rien dit, publiquement, sur ce sujet. Elle récidive avec la première question, sur les raisons pour lesquelles je ne me suis pas exprimé à la télévision pendant les grèves.

Devant ce nouveau manquement à la promesse qui m’avait été faite pour obtenir ma participation, j’hésite longuement, me demandant si je dois partir ou répondre. En fait, à travers cette intervention qui me plaçait d’emblée devant l’alternative de la soumission résignée à la manipulation ou de l’esclandre, contraire aux règles du débat « démocratique », le thème que les deux « contradicteurs » ne cesseront de rabâcher pendant toute l’émission était lancé : comment peut-il prétendre à la science objective de la représentation d’un événement à propos duquel il a pris une position partisane ?

Au cours des discussions téléphoniques, j’avais aussi fait observer que les « contradicteurs » étaient maintenant deux, et deux professionnels (il apparaîtra, dès que je ferai une brève tentative pour analyser la situation dans laquelle je me trouvais, qu’ils étaient quatre) ; j’avais exprimé le souhait qu’ils n’abusent pas de l’avantage qui leur serait ainsi donné. En fait, emportés par l’arrogance et la certitude de leur bon droit, ils n’ont pas cessé de me prendre la parole, de me couper, tout en proférant d’ostentatoires flatteries : je pense que dans cette émission où j’étais censé présenter une analyse sociologique d’un débat télévisé en tant qu’invité principal, j’ai dû avoir la parole, au plus, pendant vingt minutes, moins pour exposer des idées que pour ferrailler avec des interlocuteurs qui refusaient tous le travail d’analyse.

Daniel Schneidermann m’a appelé plusieurs fois, jusqu’au jour de l’émission, et je lui ai parlé avec la confiance la plus entière (qui est la condition tacite, au moins pour moi, de la participation à un dialogue public), livrant ainsi toutes mes intentions. Il ne m’a rien dit, à aucun moment, des intentions de mes « contradicteurs ». Lorsque je lui ai demandé s’il comptait leur montrer, au préalable, les extraits que j’avais choisis — ce qui revenait à leur dévoiler toutes mes batteries —, il m’a dit que s’ils les lui demandaient il ne pourrait pas les leur refuser... Il m’a parlé vaguement d’un micro-trottoir au sujet mal défini tourné à Marseille. Après l’émission, il me dira sa satisfaction et combien il était content qu’un « grand intellectuel » — pommade — ait pris la peine de regarder de près et de discuter la télévision, mais aussi et surtout combien il admirait mes « contradicteurs » d’avoir « joué le jeu » et d’avoir accepté courageusement la critique... Le jour de l’émission, les « contradicteurs » et les présentateurs, avant l’enregistrement, me laissent seul sur le plateau pendant près d’une heure. Guillaume Durand vient s’asseoir en face de moi et m’entreprend bille en tête sur ce qu’il croit être ma complicité avec les socialistes (il est mal informé...). Exaspéré, je lui réponds vertement. Il reste longtemps silencieux et très gêné. La présentatrice, Pascale Clark, essaie de détendre l’atmosphère. « Vous aimez la télévision ? — Je déteste. » On en reste là. Je me demande si je ne dois pas partir.

Si au moins je parvenais à croire que ce que je suis en train de faire peut avoir une quelconque utilité et que je parviendrai à convaincre que je suis venu là pour essayer de faire passer quelque chose à propos de ce nouvel instrument de manipulation... En fait, j’ai surtout l’impression d’avoir seulement réussi à me mettre dans la situation du poisson soluble (et conscient de l’être) qui se serait jeté à l’eau.

La disposition sur le plateau : les deux « contradicteurs » sont assis, en chiens de faïence (et de garde), de part et d’autre du présentateur, je suis sur le côté, face à la présentatrice. On m’apporte le « conducteur » de l’émission : quatre seulement de mes propositions ont été retenues et quatre « sujets » ont été ajoutés, dont deux très longs « micro-trottoirs » et reportages, qui passeront, tous destinés à faire apparaître la relativité de toutes les « critiques » et l’objectivité de la télévision. Les deux qui ne passeront pas, et que j’avais vus, avaient pour fin de montrer la violence des grévistes contre la télévision.

Conclusion (que j’avais écrite avant l’émission) : on ne peut pas critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s’imposent même aux émissions de critique du petit écran. L’émission sur le traitement des grèves à la télévision a reproduit la structure même des émissions à propos des grèves à la télévision.

Ce que j’aurais voulu dire

La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure. On aimerait s’en servir pour dire le monopole de la télévision, des instruments de diffusion (la télévision est l’instrument qui permet de parler au plus grand nombre, au-delà des limites du champ des professionnels). Mais, dans cette tentative, on peut apparaître comme se servant de la télévision, comme les « médiatiques », pour agir dans ce champ, pour y conquérir du pouvoir symbolique à la faveur de la célébrité (mal) acquise auprès des profanes, c’est-à-dire hors du champ. Il faudrait toujours vérifier qu’on va à la télévision pour (et seulement pour) tirer parti de la caractéristique spécifique de cet instrument — le fait qu’il permet de s’adresser au plus grand nombre —, donc pour dire des choses qui méritent d’être dites au plus grand nombre (par exemple qu’on ne peut rien dire à la télévision).

Faire la critique de la télévision à la télévision, c’est tenter de retourner le pouvoir symbolique de la télévision contre lui-même cela en payant de sa personne, c’est le cas de le dire : en acceptant de paraître sacrifier au narcissisme, d’être suspect de tirer des profits symboliques de cette dénonciation et de tomber dans les compromissions de ceux qui en tirent des profits symboliques, c’est-à-dire les « médiatiques ».

Le dispositif : du plus visible au plus caché

Le rôle du présentateur :

— Il impose la problématique, au nom du respect de règles formelles à géométrie variable et au nom du public, par des sommations (« C’est quoi... », « Soyons précis... », « Répondez à ma question », « Expliquez-vous... », « Vous n’avez toujours pas répondu... », « Vous ne dites toujours pas quelle réforme vous souhaitez... ») qui sont de véritables sommations à comparaître mettant l’interlocuteur sur la sellette. Pour donner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des auditeurs : « La question que tout le monde se pose », « C’est important pour les Français... » Il peut même invoquer le « service public » pour se placer du point de vue des « usagers » dans la description de la grève.

— Il distribue la parole et les signes d’importance (ton respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient, titres, ordre de parole, en premier ou en dernier, etc).

— Il crée l’urgence (et s’en sert pour imposer la censure), coupe la parole, ne laisse pas parler (cela au nom des attentes supposées du public c’est-à-dire de l’idée que les auditeurs ne comprendront pas, ou, plus simplement, de son inconscient politique ou social).

— Ces interventions sont toujours différenciées : par exemple, les injonctions s’adressent toujours aux syndicalistes (« Qu’est-ce que vous proposez, vous ? ») sur un ton péremptoire, et en martelant les syllabes ; même attitude pour les coupures : « On va en parler... Merci, madame, merci... » — remerciement qui congédie, par rapport au remerciement empressé adressé à un personnage important. C’est tout le comportement global qui diffère, selon qu’il s’adresse à un « important » (M. Alain Peyrefitte) ou à un invité quelconque : posture du corps, regard, ton de la voix, mots inducteurs (« oui... oui... oui... » impatient, « ouais » sceptique, qui presse et décourage), termes dans lesquels on s’adresse à l’interlocuteur, titres, ordre de parole, temps de parole (le délégué CGT parlera en tout cinq minutes sur une heure et demie à l’émission « La Marche du siècle »).

— Le présentateur agit en maître après Dieu de son plateau (« mon émission », « mes invités » : l’interpellation brutale qu’il adresse à ceux qui contestent sa manière de mener le débat est applaudie par les gens présents sur le plateau et qui font une sorte de claque).

La composition du plateau :

— Elle résulte de tout un travail préalable d’invitation sélective (et de refus). La pire censure est l’absence ; les paroles des absents sont exclues de manière invisible. D’où le dilemme : le refus invisible (vertueux) ou le piège.

— Elle obéit à un souci d’équilibre formel (avec, par exemple, l’égalité des temps de parole dans les « face-à-face ») qui sert de masque à des inégalités réelles : dans les émissions sur la grève de décembre 1995, d’un côté un petit nombre d’acteurs perçus et présentés comme engagés, de parti pris, et de l’autre des observateurs présentés comme des arbitres, parfaitement neutres et convenables, c’est-à-dire les présumés coupables (de nuire aux usagers), qui sont sommés de s’expliquer, et les arbitres impartiaux ou les experts qui ont à juger et à expliquer. L’apparence de l’objectivité est assurée par le fait que les positions partisanes de certains participants sont déguisées (à travers le jeu avec les titres ou la mise en avant de fonctions d’expertise : par exemple, M. Alain Peyrefitte est présenté comme « écrivain » et non comme « sénateur RPR » et « président du comité éditorial du Figaro », M. Guy Sorman comme « économiste » et non comme « conseiller de M. Juppé ».)

La logique du jeu de langage :

— Le jeu joue en faveur des professionnels de la parole, de la parole autorisée.

— Le débat démocratique conçu sur le modèle du combat de catch permet de présenter un ressort d’Audimat (le « face-à-face ») comme un modèle de l’échange démocratique.

— Les affinités entre une partie des participants : les « médiatiques » sont du même monde (entre eux et avec les présentateurs). Familiers des médias et des hommes des médias, ils offrent toutes les garanties : non seulement on sait qu’ils passent bien (ce sont, comme disent les professionnels, de « bons clients »), mais on sait surtout qu’ils seront sans surprises. La censure la plus réussie consiste à mettre à des places où l’on parle des gens qui n’ont à dire que ce que l’on attend qu’ils disent ou, mieux, qui n’ont rien à dire. Les titres qui leur sont donnés contribuent à donner autorité à leur parole.

Les différents participants ne sont pas égaux devant ces situations : d’un côté des professionnels de la parole, dotés de l’aptitude à manipuler le langage soutenu qui convient ; de l’autre des gens moins armés et peu habitués aux situations de prise de parole publique (les syndicalistes et, a fortiori, les travailleurs interrogés, qui, devant la caméra, bafouillent, parlent avec précipitation, s’emmêlent ou, pour échapper au trac, font les marioles, alors que, quelques minutes avant, en situation normale, ils pouvaient dire des choses justes et fortes). Pour assurer l’égalité, il faudrait favoriser les défavorisés (les aider du geste et du regard, leur laisser le temps, etc.), alors que tout est fait pour favoriser les favorisés.

— L’inconscient des présentateurs, leurs habitudes professionnelles. Par exemple, leur soumission culturelle d’intermédiaires culturels demi-savants ou autodidactes, enclins à reconnaître les signes académiques, convenus, de reconnaissance. Ils sont le dispositif (c’est-à-dire l’Audimat) fait hommes : lorsqu’ils coupent des propos qu’ils craignent trop difficiles, ils sont sans doute de bonne foi, sincères. Ils sont les relais parfaits de la structure, et, s’ils ne l’étaient pas, ils seraient virés.

Dans leur vision de la grève et des grévistes, ils engagent leur inconscient de privilégiés : des uns, ils attendent des justifications ou des craintes (« Dites vos craintes », « De quoi vous plaignez-vous ? »), des autres des explications ou des jugements (« Qu’en pensez-vous ? »).

Pierre Bourdieu. Sociologue, professeur au Collège de France.

(1) « Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996 et 13 mars 1996.

Le Monde Diplomatique - Édition imprimée — avril 1996 — Page 25

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Jon ANZA - Jacques MASSEY - ETA

(source : Le Journal du Pays-Basque 26/01/2010 par Béatrice Molle)

Après l’article de Gara du 2 octobre 2009, citant des sources fiables, et affirmant que Jon Anza avait été “intercepté” par des agents de police et soumis à un interrogatoire qui aurait mal tourné, et enterré clandestinement, le journaliste Jacques Massey publie dans son livre qui sortira le 24 février prochain un fait nouveau. Dans l’épilogue de son livre, Jacques Massey révèle (voir extrait en bas) que les auteurs de la disparition de Jon Anza seraient les membres d’une unité du CGI, agence de renseignement de la police espagnole, dont le point de contact sur l’Hexagone est la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire. “Il existe des écoutes téléphoniques sur cet incident” lui a assuré l’un de ces interlocuteurs. Jacques Massey affirme dans son livre “que les radicaux basques ont été aidés dans leur propre enquête par des interlocuteurs du Parti Nationaliste Basque, resté en contact avec des sources bien informées de la police basque, la Ertzaintza.”Contacté par notre rédaction Jacques Massey indique avoir été informé par des interlocuteurs, “importants” et dignes de foi. Le journaliste est connu sur la place pour le sérieux de ses enquêtes et a rédigé de nombreux ouvrages. Fort de cette information, Jacques Massey a contacté à Levallois-Perret la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui “ne dément pas la version”, mais qui n’a néanmoins pas fait de rapport sur cette version, selon J. Massey. Le journaliste donne une explication en indiquant que les Français souhaitent préserver la coopération opérationnelle avec les services espagnols opérant sur le territoire français contre ETA. Et cette affaire démontrerait que la police espagnole agit en toute impunité et sans en informer les Français. Le journaliste ajoute que le “ménage” semble avoir été particulièrement bien fait après la disparition de Jon Anza. “Je situe le cheminement d’un questionnement sur cette affaire” nous explique Jacques Massey. Il révèle également dans son livre que le dossier Jon Anza est explosif, car il témoigne des tensions existant entre le nouveau gouvernement basque et le PNV. L’accusation sur l’enlèvement de Jon Anza aurait été diffusée par l’entourage de Joseba Egibar, le président du PNV en Gipuzkoa. Au départ, “des fonctionnaires écartés auraient transmis cette information embarrassante pour les socialistes au pouvoir, tant à Madrid comme à Vitoria.” Dans nos colonnes (19/09/2009), Joseba Egibar qui fut le premier politique à interpeller publiquement le ministre de l’intérieur sur cette affaire avait posé directement la question aux Forces espagnoles de sécurité en ces termes : “Avez-vous arrêté ou retenu Jon Anza en territoire français ?”Reste à savoir quelle suite auront ces révélations. Joint par notre rédaction, le Juge Brunault, juge d’instruction au pôle antiterroriste, à qui nous avons lu l’extrait cité plus bas, nous a indiqué qu’il n’avait pas de déclarations à faire.

EXTRAIT/ ETA histoire secrète d’une guerre de cent ans / Jacques Massey, journaliste, aux éditions Flammarion

Un fait nouveau peut-être révélé. Les radicaux basques, après avoir prudemment attendu avant de monter au créneau, ont été aidés dans leur propre enquête par des interlocuteurs du Parti Nationaliste Basque resté en contact avec des sources bien informées de la police basque, la Ertzaintza. Qui assurent que le coup est venu d’une unité du CGI, l’agence de renseignement de la police nationale espagnole dont le point de contact en France est la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire. “Il existe des écoutes téléphoniques sur cet incident” assure l’un de ces interlocuteurs. A Levallois-Perret, dans les locaux de la direction centrale du renseignement intérieur, cette version n’est pas démentie. Mais elle n’a pas fait non plus l’objet d’un rapport. La DCRI qui traite exclusivement avec la Garde civile pour s’attaquer à ETA, n’a plus qu’une envie : se tenir éloignée de l’affaire. L’enjeu est clair pour ses responsables. Il faut préserver la coopération opérationnelle avec les services espagnols opérant en France contre ETA. Or, l’affaire Jon Anza pourrait faire scandale en montrant que les détails de cette opération, tout au moins celles de la police espagnole, ne sont toujours pas connus des Français. Impossible dès lors d’exclure des actions clandestines à la limite de la légalité, voire au-delà. Ce constat fait douter de la nature de cette coopération même s’il faut se garder de tout amalgame avec l’époque des GAL, comme les séparatistes cherchent eux, à l’établir. Bref, la justice n’est pas au bout de ses peines pour mener le dossier à son terme, d’autant que le ménage semble avoir été particulièrement bien fait dès après la disparition de Jon Anza…

Le dossier Jon Anza est explosif pour une autre raison. La manière dont les journalistes de Gara ont obtenu leur “tuyau” est en effet révélateur des tensions existant entre le nouveau pouvoir régional en Euskadi et les nationalistes du PNV, écartés de la conduite des institutions régionales depuis 2009 par l’alliance des socialistes avec les conservateurs. Pour venger l’affront, les fonctionnaires semblent avoir transmis une information embarrassante pour les socialistes au pouvoir à Madrid et à Vitoria. Cela, alors que les nouveaux cadres de la Ertzaintza sélectionnés et dirigés depuis 2009 par le conseiller à l’Intérieur Rodolfo Arès commencent à avoir accès aux renseignements collectés par leurs collègues des polices françaises et espagnoles. Et l’accusation a ensuite été diffusée par l’entourage de Joseba Eguibar, le président du PNV en Gipuzkoa ; L’affaire est révélatrice des tensions du moment, alors que le PNV craint de voir l’alliance PSOE_PP se reproduire aux élections municipales de 2 011. Et pourtant Eguibar ne porte pas ETA dans son cœur. Comme son mentor, l’ex-Lehendakari Ibarretxe, celui-ci estime que “la lutte armée nourrit la stratégie de l’Etat espagnol qui est finalement très à l’aise dans cette confrontation avec le nationalisme basque”.

 

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18/03/2010

Peur de l'exigence de la vie ?

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La peur de vivre ?

 

De la force de l'autre ? De sa détermination ? Est-ce mon pacifisme, mon adhésion à la non-violence qui me font craindre quelque chose ?

 

N'est-ce pas plutôt une main invisible qui m'empêche de couper définitivement toute prétention à ce confort relatif vendu par cette société de consommation ?

 

Suis-je prêts à ce changement, à abandonner cet oppressant cocon ?

 

Combien sont celles et ceux qui attendent que l'État ou un parti prenne les « choses » en main, que les solutions viennent d'en haut, que la vie devienne un « long fleuve tranquille. »

 

Cette peur qui semble nous assaillir vient-elle uniquement du doute que nous avons en nos capacités à agir, à construire, à s'adapter, à nous interroger ?

 

Nous battons nous afin d'avoir une retraite de travailleur salarié, une prise en charge médicale optimale ou assurer le futur de nos enfants ? Mais ne dit-on pas que : « Le mensonge n’existe que parce qu’il y a des gens qui sont prêts à croire au mensonge, à transformer ce qui est mensonge en réalité. »

 

Mais alors qu'elle est notre réelle implication dans ce mouvement qui nous pousse à agir?

 

Avons-nous une réelle prétention à remettre en cause la société dans son ensemble ou uniquement la prétention de vouloir jouer un rôle de trublion, de fou du roi, et rester dans le rôle de garant de l'esprit contestataire, respectueux des lois, en bon citoyen libertaire ?

 

Pourquoi est ce que je lutte ?

 

Suis-je là pour assurer ma promotion/position sociale en prétextant la défense de celle des autres ou est-ce que je lutte pour faire réellement tomber le système et les différences de classes qui sont en place ?

 

C'est peut-être la non possibilité de pouvoir se projeter « après » la lutte qui pose question et permet le doute.

 

« Notre avenir sera-t-il assuré par la victoire dans la lutte ? » semble nous demander notre inconscient...mais notre avenir est-il réellement assuré dans le système présent?

 

Tant que ce système de société et les rapports qui en découlent ne sont pas ciblés et reconnus comme « ennemis », le doute reste effectivement permis car je/nous peux continuer à « faire avec », à servir autant que se servir...un donnant/donnant...le rapport gagnant/gagnant si cher aux investisseurs de capitaux...la révolution perpétuelle recyclant inlassablement le mythe du grand soir au petit matin...de Contre-Sommets en Camp-Climat...identifiés avant, pendant et après les évènements, là où « on » nous attends « caméras aux poings », à perpétuer inlassablement le rapport de force imposé par le sécuritaire-identitaire.

 

N'ayons pas peur de nos « petites morts . »

 

Réinventons-nous tous les jours.

 

 

20:09 | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/03/2010

Incendie du CRA de Vincennes : Entre huit mois et trois ans de prison ferme !

JUSTICE - Accusés d'avoir déclenché un incendie, ils devraient faire appel...

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce mercredi à des peines de prison ferme allant de huit mois à trois ans les dix prévenus jugés dans le procès de l'incendie du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, au terme d'une audience rocambolesque.

«Des peines lourdes et inadmissibles»

De nombreuses suspensions ont à nouveau émaillé cette audience, dues à l'agitation du public. Des associations et représentants de sans-papiers manifestaient également devant les portes de la 16e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, ajoutant un peu plus de confusion aux débats. 

«Ce sont des peines lourdes, inadmissibles et pas justifiées», a déclaré à 20minutes.fr l'avocate des dix prévenus. «On a trouvé des coupables parmi des non-personnes. La vraie justice, on va aller la trouver en appel.»

Des peines équivalentes à celles requises par le procureur

Le 9 février dernier, en l'absence des avocats de la défense qui boycottaient les audiences, dénonçant l'iniquité du procès, des peines de prison ferme équivalentes à celles prononcées ce mercredi avaient été requises contre les dix prévenus par le procureur Gilbert Flam.

La plus lourde des réquisitions, trois ans ferme, visait un homme sous mandat d'arrêt depuis les faits, et jamais interpellé. La plupart des autres incendiaires présumés, étrangers en situation irrégulière retenus au CRA à l'époque, ont effectué une peine de détention provisoire, près d'un an pour certains.

Intention de détruire le centre

Selon le procureur, les faits et gestes reprochés à chacun sont clairement visibles sur les enregistrements des caméras de vidéosurveillance du CRA, le plus grand de France à l'époque des faits: jets de projectiles sur des policiers de la part de quelques-uns, bris de vitres des bâtiments pour d'autres, apport par certains de «combustible» ayant permis l'embrasement de draps et de matelas.

Les incidents étaient intervenus le 22 juin 2008, au lendemain du décès, dans des circonstances jugées obscures, d'un Tunisien de 41 ans qui séjournait au CRA. Le procureur a estimé qu'il y avait eu «une certaine préparation de ce qui est arrivé», «avec pour objectif» de détruire le centre de rétention.

J. M. et W.M. avec agence



CRA de Vincennes : prison ferme

AP
17/03/2010 | Le Figaro

Les dix étrangers en situation irrégulière jugés fin janvier et début février pour l'incendie et le saccage du Centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes le 21 juin 2008 ont été condamnés mercredi à des peines allant de huit mois à trois ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris.

Le procureur de la République Gilbert Flam avait requis des peines allant de six mois à trois ans de prison ferme à l'encontre des dix prévenus. Pour sept d'entre eux, le ministère public a requis des peines égales ou supérieures à un an ferme.

Ces dix étrangers originaires d'Afrique noire et du Maghreb avaient été renvoyés pour "destruction de biens par incendie" et "violence volontaire sur agent de la force publique".
Le procès s'était déroulé du 25 janvier au 9 février devant la 16e chambre du tribunal correctionnel. Initialement prévu pour durer trois jours, il avait été prolongé de deux semaines en raison d'une série de suspensions d'audience et d'incidents de procédure qui avaient émaillé les débats.

 


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De la pratique matinale du vélo...ou pourquoi le Parquet n’a pas jugé nécessaire d’ordonner l'autopsie de Jean Edern-Hallier

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Hallier, des dangers de la bicyclette

lundi 12 février 2007 par Michel Ousseuga
Bakchich info

Polémiste enragé, plumitif ingérable, patron de presse qui érigea la diffamation en art de vivre, Jean Edern-Hallier était aussi un piètre cycliste. Ce qui lui coûta la vie il y a 10 ans. Dans une étrange indifférence des journaux et de la justice

Le 12 janvier 1997, en villégiature à Deauville à l’hôtel Normandy, Jean-Édern comme d’habitude se lève tôt. Bien qu’à moitié aveugle, il enfourche sa bicyclette pour rallier le Cyrano, bar des jockeys. Toujours très entouré, cette escapade matinale, est l’un des très rares moments de solitude du polémiste. En guise de petit-déjeuner, un viandox. C’est sur le chemin du retour, peu avant 8 heures que se produit l’accident. Sans témoins. C’est l’employé d’un casino qui découvre son corps. Son visage face contre le bitume baigne dans une mare de sang. Des ecchymoses sur le dessus des mains laissent à penser qu’il n’a pas eu le réflexe de se protéger lorsqu’il a chuté, sans doute déjà inconscient. « Malaise cardiaque » pour les uns, « embolie cérébrale » pour d’autres, autant d’hypothèses qui ne seront jamais confirmées. Faute d’autopsie.

Une autopsie relève de l’autorité judiciaire lors d’un accident sur la voie publique. Elle est réclamée par le Parquet dans le cas d’une mort brutale ou simplement suspecte. N’importe quel quidam un tant soit peu connu a droit à son autopsie. C’est le privilège de la notoriété, une façon pour les autorités de se prémunir contre les rumeurs qui accompagnent souvent le décès d’une « personnalité ».

Hallier n’y a donc pas droit. On prend quand même soin de lui pourtant.

Moins de deux heures après son décès, ses proches ont la surprise de constater que son visage a été embaumé à la morgue. Il est comme « plâtré ». Initiative prise sans autorisation de la famille, par on ne sait qui, avec pour seule explication le souci de le rendre « présentable ».

Au même moment, sa suite de l’hôtel Normandy reçoit beaucoup de visiteurs. Un mystérieux policier qui exhibe une carte tricolore, d’autres non identifiés mais bien renseignés. Dans la confusion des allées et venues qui suivent le décès, disparaissent du coffre de sa chambre une importante somme d’argent (1 million de francs), un dessin de Picasso et plusieurs dossiers confidentiels concernant ses têtes de turcs préférées : Mitterrand, Dumas et quelques autres. Indélicatesse d’un proche ? Barbouzerie ? Aucune enquête ne s’attachera à l’élucider. Toutes les plaintes déposées par sa garde rapprochée et notamment pour « assassinat » sont classées sans suite sous des prétextes divers.

Mais y a-t-il une affaire Hallier ? Pas pour la presse. Pourtant habituellement friande de « mort mystérieuse », elle traite cette disparition comme un non événement. Depuis des années sa religion est faite. Mythomane, maître chanteur, alcoolique, mégalo, escroc, le triste sire ne mérite guère que l’on s’attarde sur son cas.

Voilà le portrait que dresse Dominique Jamet : « Menteur, mythomane, escroc, plagiaire, comploteur, cynique, voyou. Hallier n’avait pas l’ombre d’une conviction. La bassesse conformiste de l’époque a seule fait de l’équipée de l’Idiot international, pépinière de talents, une aventure, la routine de la télévision a donné du relief à son émission littéraire. Ci-gît Jean-Édern Hallier, connu surtout par sa notoriété. » Tontonphile notoire, Jamet sera remercié de sa fidélité par la présidence de la Très Grande Bibliothèque de France, mais c’est lui qui tient à souligner dans cette nécro la « bassesse conformiste » des années Mitterrand.

Hallier lui, pour le dixième anniversaire de sa disparition refait néanmoins surface dans plusieurs ouvrages.

Le plus captivant, La mise à mort de Jean-Édern Hallier [1], n’est pas le plus chroniqué. Rien que de très normal. Ne commettant pas l’erreur de s’embarquer sur des hypothèses invérifiables, de vraies fausses pistes sur ce qui a pu se passer ou pas à Deauville ce 12 janvier, les auteurs Dominique Lacout et Christian Lançon se contentent, si l’on peut dire, de nous faire revivre la longue traque dont Hallier fut l’objet sous deux septennats sans que personne n’y trouve à redire.

Ils dressent en particulier l’inventaire effarant des moyens de l’État et d’ailleurs, mobilisés pendant ces années pour réduire au silence un homme qui, quoique puissent être par ailleurs ses diverses tares, y avait ajouté celle de refuser de se taire ou tout simplement de se soumettre. Enjeu principal de ce duel, on le sait, la vie privée du chef de l’État, sa deuxième famille et bien au-delà son passé interdit : les relations avec Pétain, la Francisque, et encore son cancer que Jean-Édern Hallier avait tenté - sans succès - de mettre sur la place publique quelques semaines seulement après le 10 mai 1981, dans son bloc-notes du Matin de Paris.

L’homme le plus écouté de France

Secrets de famille, secrets de jeunesse, secrets médicaux, que la raison d’État imposait à Mitterrand de préserver. Hallier allait, plus tard, aggraver son cas en s’attaquant à quelques-uns des puissants barons de la mitterrandie. Avec ceux-là Dumas, Kiejman, Lang, Hernu, Tapie, Charasse, Hallier n’avait jamais rien partagé. Mitterrand lui avait octroyé le privilège rare d’être son avocat, et c’est le même Mitterrand qui l’avait placé comme écrivain « au premier plan de sa génération ».

En vertu de quoi, Hallier sera l’homme le plus écouté de France. 640 écoutes téléphoniques illégales (prouvées !) pour la seule période du 4 septembre 1985 au 19 mars 1986 et réalisées par la fameuse cellule de l’Élysée dont la mission originelle consistait à lutter contre le terrorisme. Femmes de chambre, imprimeurs, relations, bistrots fréquentés par l’écrivain, aucune ligne n’échappe ainsi à l’indiscrétion des hommes du Président. Autant d’informations qu’il s’agit ensuite d’exploiter. C’est l’ensemble des moyens de l’État qui est ainsi mis à contribution pour le réduire au silence. Les banques sont invitées à lui couper les vivres, le fisc à lui réclamer subitement de régler ses impôts. Éditeurs, imprimeurs sont eux informés des « risques » encourus à le publier.

Soumis à pareil harcèlement, la vie quotidienne devient rapidement très difficile. Ainsi partant du constat que Hallier, personnage excentrique qui revendique « 2 litres de vodka et 30 à 40 paquets (sic) de cigarettes jour » est déjà à « demi-fou », la cellule entreprend de le rendre totalement fou et de le brouiller avec les rares amis qui lui restent fidèles au sein de « l’establishment ».

Un individu est ainsi recruté aux seules fins de s’habiller avec suffisamment d’originalité pour être remarqué puis de se placer plusieurs fois par jour sur le trajet de Jean-Édern. De quoi alimenter la « parano » de la cible. L’écrivain Michel Guy est aussi approché et reçoit en confidences les propos odieux que son « ami Jean-Édern » est supposé colporter dans son dos. Il s’en émeut, Édern est contraint de se justifier…

On va te buter ! On va te buter !

Patron de L’Idiot International, Hallier est à ce titre l’homme le plus poursuivi de France. Les poursuites sont parfois largement fondées. Mais le montant astronomique des condamnations dont écope le journal témoigne surtout du zèle d’une justice à la botte qui a reçu mission de l’étrangler financièrement. Son appartement est ainsi mis aux enchères au profit de… Bernard Tapie. Bien que le nouveau ministre de la Ville traîne une réputation sulfureuse, les archives auraient été bien nettoyées. Ce qui autorise Tapie à fanfaronner sur les plateaux télé en mettant au défi de prouver qu’il ait fait l’objet d’une condamnation. Ses condamnations sont multiples mais amnistiées. L’Idiot relève le défie et publie néanmoins son casier judicaire. Coût de l’opération « vérité judicaire » : près de deux millions de francs d’amendes pénales.

Tapie et Hallier ont déjà eu l’occasion de se croiser en 1989 lors des élections législatives à Marseille. Jean-Édern avait estimé que ce serait un bon coup de pub que de descendre sur la Canebière afin de porter contradiction à « l’affairiste ».

Et de lire le récit hallucinant des auteurs de cette équipe de tueurs liés à Francis Le Belge investissant calibre au poing sa chambre d’hôtel en hurlant « on va te buter ! on va te buter ! ». Une scène à laquelle, affirment les auteurs, assisterait le candidat Tapie qui, sans approuver l’intervention de ces gangsters, explique son impuissance à contrôler les hommes de mains qui « encadrent » sa campagne. Hallier porte plainte. Il alerte la presse. L’affaire est classée et n’a pas droit à une ligne dans la presse.

Ce n’est pas le seul moment où l’on croise la pègre. Un ex-lieutenant de Mesrine confie finalement qu’il a reçu la mission très spéciale de s’arranger pour que l’on retrouve le patron de L’Idiot attaché à un arbre du bois de Boulogne, drogué et sodomisé, ce qui ne devrait pas étonner grand monde…

Il y a encore l’affaire Bistoquet, un petit truand qui se fera pincer après avoir pris en otage le conseiller fiscal (placé sur écoutes par la cellule) de Jean-Édern. En dépit de son peu d’envergure (et de moyens), le voyou saura s’attacher pour sa défense, les services d’un des avocats les plus chers de Paris qui –mais c’est bien entendu un hasard– se trouve aussi être le conseil de l’un des responsables de la cellule.

Soumis à un tel harcèlement Hallier plie parfois mais en définitive ne rompt pas. C’est ainsi qu’il négocie sa reddition auprès du Président en acceptant de livrer son fameux manuscrit : L’honneur perdu de François Mitterrand. Ceci en échange de l’abandon de 300 000 francs de dettes fiscales. C’est Roland Dumas lui-même qui, dans ses mémoires, relate la scène d’un François Mitterrand prenant possession du livre scandale et qui se plonge aussitôt, stylo à la main dans une lecture concentrée.

Toujours est-il que Hallier a alors bien négocié avec le pouvoir. Mais « le marché » ne tient en réalité que quelques heures. « On peut payer Jean-Édern mais on ne l’achète pas » assurent les auteurs pour démentir les accusations récurrentes de chantage portées contre Hallier.

Et de rapporter comment l’Élysée, quelques heures après avoir récupéré le brûlot, décide d’expédier une équipe télé au domicile d’Édern pour officialiser médiatiquement sa reddition. Ce dernier considère qu’une dépêche AFP c’est déjà beaucoup. Alors oui, bien volontiers il confirme. À sa façon. Tandis que la caméra tourne, il ouvre la fenêtre de son appartement de la place des Vosges et commence à rameuter les badauds en déclamant les passages les plus diffamatoires d’un livre dont il a naturellement conservé de nombreuses copies.

Tout le monde ne rit pas.

Les « puissances du mal »

Ce n’est qu’en février 1996 que sera publié L’honneur perdu de François Mitterrand, manuscrit refusé durant 13 ans par toutes les maisons d’éditions. François Mitterrand est mort le 8 janvier précédent… Les volontaires pour la curée retrouvent le chemin du courage. Avec 400 000 exemplaires vendus Hallier récupère de l’oxygène, de la notoriété, et même de la notabilité. Il retrouve le chemin des plateaux de télévision. Son « Jean Edern’s club » sur le câble est à la fois objet de scandales mais aussi un succès d’audimat. Hallier y balance les livres qui ne lui plaisent pas, en arrache les pages. Mais il y reçoit aussi Giscard d’Estaing qu’il a pourtant contribué à faire battre en 1981 avec sa fameuse « lettre au colin froid ».

Redevenu fréquentable, Mitterrand mort, Hallier a t-il cessé d’inquiéter ? Non à en croire un personnage aussi influent qu’André Rousselet qui l’appelle pour le mettre sérieusement en garde.

Hallier s’est en effet trouvé une nouvelle croisade. Contre « Les puissances du mal », titre de son nouveau pamphlet (100 000 exemplaires) publié à l’automne 96. Une charge féroce contre ceux qu’il nomme les « tontons flingueurs » et qui vise particulièrement Roland Dumas dont il entreprend de revisiter le passé sous l’occupation. Autre cible, un très vieil ami de Dumas et de Mitterrand, le « banquier mystère » Jean-Pierre François. Souvent présenté –sans preuves– comme le banquier occulte de Mitterrand, J.P François n’est pas un rigolo et certains « maîtres chanteurs » ont déjà payé le prix fort pour le savoir. Dans le collimateur également « Michou-les-belles-bretelles-et-les-gros cigares » soit Michel Charasse, un autre dur à cuire. À son propos les auteurs assurent que Hallier avait décidé de « se le garder pour plus tard, pour la bonne bouche ».

Autant de « cibles » idéalement placées pour apprécier la puissance de feu du pamphlétaire comme sa capacité à résister aux pressions ordinaires.

Depuis 1995 c’est Jacques Chirac qui est à l’Élysée.

Cherchant à se couvrir, Hallier le courtise honteusement. De Chirac, Édern assure ainsi que « c’est un honnête homme [qui] a admirablement géré la ville de Paris » . Quant à Bernadette il s’adresse désormais à elle en l’appellant « ma chère cousine » ce qu’apprécie très modérément l’intéressée.

Hallier fréquente beaucoup Bernard Pons comme Jean-Louis Debré. Ce dernier est alors ministre de l’Intérieur. C’est Debré qui à l’automne 96 prend la décision de placer Hallier sous protection policière. Sur quelle base ? Pour lui faire plaisir ? Seul le futur Président du Conseil Constitutionnel pourrait le dire.

Unique certitude, cette protection (trois fonctionnaires qui l’accompagnent dans tous ses déplacements) est levée fin novembre de la même année.

Hallier avait toutefois rendez-vous avec Jean-Louis Debré le 23 janvier pour en demander le renouvellement.

C’est dans ce contexte –hors du commun– celui d’un homme qui fut incontestablement l’objet de persécutions durant plus d’une décennie, que le Parquet n’a pas jugé nécessaire d’ordonner une autopsie.

[1] La mise à mort de Jean-Édern Hallier par Dominique Lacout et Christian Lançon. Presse de la renaissance. 21 euros

 

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L'habit ne fait pas le moine

 


Augusto Masetti (1964)

14:19 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Montréal - Québec : des agents provocateurs se font expulser d'une manif...à grand coup de pompe dans le cul

Montréal - Québec - Canada

Lors de la manifestation annuelle contre la brutalité policière, une demi-douzaine d'agents de police infiltrés parmi les manifestants sont démasqués et expulsés sans autre forme de procès.

L'infiltration d'agents provocateurs dans une manifestation n'est pas toujours une réussite. On voit ici un bon groupe de policiers se faire démasquer puis expulser de la manifestation contre la brutalité policière à Montréal le 15 mars dernier. On ne saura jamais combien il y en avait au juste mais ça commence à faire beaucoup...(commentaire et vidéo - Voix de faits - Québec )

07:21 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/03/2010

The Owls are not what they seem


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Les gendarmes de l’Hérault viennent d’arrêter un homme qu’ils tiennent pour un gros dealer de cocaïne. Il se trouve qu’il était aussi un informateur des douaniers. Cet "aviseur" prétend qu’il était en mesure d’infiltrer un réseau international de trafiquants de stupéfiants en connexion avec une filière iranienne d’importation d’uranium. Intox ? Réalité ? Cette affaire, qui s’est soldée par un beau cafouillage entre gendarmerie et douane, pose la question de l’utilisation des "indics" rétribués dans les enquêtes, pratique aujourd’hui courante et encadrée par la loi. Dans la lutte contre le crime organisé, cette nouvelle arme a fait ses preuves, estiment pourtant les spécialistes. Comme les agents infiltrés, autre technique d’appât moderne pour gros poisson.



Un laboratoire de cocaïne dans l’Hérault, un trafic d’uranium vers l’Iran, avec, en arrière-plan, des douaniers et des gendarmes qui jouent au poker menteur, et des services secrets qui s’affolent : voici quelques-uns des ingrédients de l’invraisemblable affaire qui secoue ces derniers jours le monde judiciaire montpelliérain.

L’enquête démarre début janvier, dans les locaux de la petite brigade de gendarmerie de Gigean. Une indicatrice leur dénonce un quinquagénaire, qui serait un gros trafiquant de cocaïne. L’indic est bien renseignée : elle est la maîtresse de la compagne du dealer, surnommée la Marquise. Et a visiblement très envie de se débarrasser de son rival.

Les perquisitions au Cailar (Gard) ou Balaruc-les-Bains (Hérault), aux différents domiciles du couple, permettent de saisir quelques centaines de grammes de coke, 4 kg de "speed" (des amphétamines), des presses pour conditionner la drogue et 11 kg de produits de coupe. Pour les gendarmes, pas de doute : ils tiennent là le laboratoire d’un trafiquant chevronné.

Pas du tout, rétorque le suspect, surnommé le Commandant. Qui explique alors travailler pour les douanes : il assure être "aviseur", un indicateur officiel et rémunéré. Le quinquagénaire insiste : il n’a rien d’un vulgaire dealer, il est en fait en train d’infiltrer, avec la bénédiction des douaniers, un réseau international de cocaïne, aux Pays-Bas et surtout en Allemagne. Sa mission : appâter de vrais trafiquants, pour permettre ensuite la saisie de livraisons de plusieurs dizaines de kilos de poudre. Parmi les gangsters avec qui il est en contact, des ressortissants iraniens, basés en Allemagne. Cerise sur le gâteau : selon lui, l’argent dégagé par ce trafic pourrait être utilisé pour acheter de l’uranium, destiné à l’Iran.

Mais faut-il croire cet homme au passé sulfureux, qui se dit avoir été le garde du corps du Shah d’Iran, et être champion de karaté ?
« C’est un barbouze cocaïnomane, mythomane, qui vendait de la drogue. On ne pouvait pas le laisser faire », assène un proche des gendarmes. Certains s’interrogent sur le rôle joué par les douaniers face à ce laboratoire de cocaïne, dont ils ne pouvaient ignorer l’existence.

Côté douanier, on peste : selon leurs enquêteurs spécialisés, le Commandant était un indicateur de premier ordre, qui a fait ses preuves dans le passé lors de spectaculaires affaires de stupéfiants ou de contrebande. Certes, l’individu navigue en eaux troubles depuis des années : il a ainsi été condamné à six mois de prison pour "intelligence avec l’ennemi", pour avoir fréquenté de très près des réseaux islamistes. D’ailleurs, peu de temps après son placement en garde à vue, la DGSE est venue discrètement à Montpellier, pour se renseigner sur son sort…

Et si l’affaire allemande n’en était apparemment qu’à ses prémices, les douaniers, rompus au démantèlement de réseaux internationaux, restent persuadés qu’ils avaient là un très beau coup à jouer. « Comment infiltrer des organisations importantes sans jouer ce jeu ? Pour des centaines de kilos, il faut des gars d’envergure » rappelle un fin connaisseur de ces dossiers sensibles.

Pour autant, les douaniers jurent qu’ils ne le protégeront pas, si l’enquête confirme que le Commandant était bien un trafiquant de cocaïne. « Un aviseur n’a pas d’immunité pénale. S’il fait un trafic de stupéfiants, il paye comme les autres », rappelle un proche du milieu judiciaire.

Pour l’heure, le Commandant est en prison. Et la piste d’un réseau héraultais menant à l’uranium iranien semble désormais bien difficile à suivre...


(Midi-libre - 27/01/2010)

Yanick PHILIPPONNAT


Article 15-1

Les services de police et de gendarmerie peuvent rétribuer toute personne étrangère aux administrations publiques qui leur a fourni des renseignements ayant amené directement soit la découverte de crimes ou de délits, soit l'identification des auteurs de crimes ou de délits.

Les modalités de la rétribution de ces personnes sont déterminées par arrêté conjoint du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre des finances.

21:53 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Vivement le prochain décès, ou quand le Colonel Drucker rend hommage à Jean Ferrat...

 

Stars and Tripes


Je suis toujours surpris par la capacité de certainEs personnes d'assurer un grand écart aussi périlleux sans sourciller pour le moins du monde...l'adjudant Drucker, récemment promu colonel, et de ceux là. Non seulement il faut de l'entrainement mais aussi des vêtements extensibles (là, je sais que je t'en bouche un coin) et comme tu t'en doutes, au vu du prix en US dollars, c'était avant la première guerre (du Golf) :

 

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Courtesy of Chuck Norris Foundation POW-MIA (photo non contractuelle - la ceinture en python n'est pas fournie avec le jean) et n'oublie pas de faire le bon choix en cliquant sur Chuck !

 

 

Ces derniers temps, nous nous étions penché sur le reclassement du colonel Drucker dans des émissions de promotion, appelant le jeune citoyen à rejoindre les forces du bien contre l'axe des barbus/égorgeurs/empêcheur de pipe-liner dans " Contribution à la Propagande en cours*". On y apprenait que le colonel Drucker allait présenter une émission avec le colonel Sardou le 23 mars prochain...Bon, tu va me dire, amiE de lutte, que depuis le temps, le colonel Drucker assume sa populitude et son goût pour mélanger les genres dans un gloubi-boulga de paillettes et d'uniformes sous fonds de chars et d'avions de chasse.

Enfumer le naïf, lui vendre un engagement "fun" entre deux paires de vieilles stars sur le retour et un chanteur "engagé" dans le processus de l'excusion devient donc sa marque de "fabrique".

C'est pour ces raisons,  amiE de lutte, que toi aussi tu as été surprisE, je pense, quand tu a appris, en plus de la mort de Jean Ferrat, que le colonel Drucker déprogrammait " Vivement dimanche spécial Faites la fête (du 14/03/2010)...en raison du décès du chanteur Jean Ferrat... 3 400 000 téléspectateurs ont regardé l'émission, soit 22,1% de part d'audience."

Mais attends, amiE de lutte, ce n'est pas fini, car :

"Ceux qui s'attendaient à voir Dorothée chez Michel Drucker à 18h25 pouvaient à la place découvrir la suite de cet hommage par France Télévisions à l'auteur du titre Aimer à perdre la raison, repris il y a 3 ans seulement par les Enfoirés . Avec 3 700 000 téléspectateurs réunis pour 20,7% de part d'audience, Vivement dimanche prochain réalisait l'un de ses meilleurs scores depuis septembre 2009."

Preuve en est que le plébard moyen n'en a absolument rien à faire et que son électro-encéphalogramme est devenu aussi plat que l'écran qu'il regarde...et ce n'est pas l'achat du nouvel écran 3D qui apportera quelques profondeurs à son esprit.

08:25 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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