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14/10/2009

Communiqué 5 octobre - La guerre entre le FLN et le MNA...un immense gâchis ?

 

de chez backchich

 

Le MNA ou les tabous de l’histoire d’Algérie

Passé / dimanche 31 août 2008 par Akram Belkaïd

 

Tous les conflits de l’histoire d’Algérie ne sont pas purgés. Notamment celui qui a opposé le MNA et le FLN, aux premières lueurs de la lutte pour l’indépendance.

 

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message d’un fidèle et très lointain lecteur de la présente chronique à propos de l’histoire d’Algérie et de ses thèmes interdits. Evoquant les nombreuses interrogations concernant la période 1945-1963, il se demandait si un appel d’intellectuels pourrait convaincre des acteurs ayant vécu cette époque de s’exprimer pour dire toute la vérité. « La génération concernée nous quitte progressivement, m’a-t-il écrit. Nous sommes à l’extrême limite temporelle où nous pourrions enfin savoir de la bouche des derniers protagonistes tout ce qui s’est réellement passé y compris sur les questions taboues : la crise berbériste, la trahison du MNA, la mort d’Abane Ramdane, le massacre de Melouza, les vraies raisons qui ont débouché sur les événements sanglants du 8 mai 1945, l’asphyxie organisée des maquis, les motivations réelles des officiers musulmans qui ont déserté l’armée française pour rejoindre le FLN (les daf), la paranoïa d’Amirouche, sa mort avec celle de Si Haoues, l’ampleur réelle du massacre des harkis, le rôle des « marsiens » (ceux qui ont pris le maquis après le cessez-le-feu de mars 1962) » Et de citer le cas de l’Indonésie ou de l’Afrique du Sud où des commissions ont su surmonter l’obstacle du nationalisme pour faire la lumière sur des événements douloureux pour ne pas dire honteux.

Parler mais d’abord délier les langues

 

Ma réponse était empreinte de scepticisme. Faire parler les acteurs qui sont encore en vie ? Pourquoi pas mais à condition qu’un déclic majeur puisse délier les langues et faire en sorte que l’on sorte des discours convenus. Pour étayer mon propos, j’ai cité le cas de Lakhdar Belaïd, un camarade journaliste dont j’attendais depuis des années le livre sur le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj. Un projet qui butait sur une grande difficulté : la réticence des anciens militants de ce parti à se raconter et à revenir sur un épisode de l’Histoire dont on parle peu et toujours avec grande prudence en Algérie comme en France. Hasard, coïncidence ou signe encourageant, quelques jours après cet échange épistolaire, j’ai reçu les épreuves du livre de Lakhdar Belaïd [1]

 

Cet ouvrage est une enquête sur le père de l’auteur. Un père, aujourd’hui disparu qui n’a jamais accepté de raconter son passé de militant du MNA fidèle jusqu’au bout à Messali Hadj. Un père qui fut acteur, comme tant d’autres membres de son parti, de la bataille fratricide qui opposa, surtout en France, le FLN et le MNA. Une véritable guerre civile dont les générations nées après l’indépendance ne savent pas grand-chose puisque cet épisode sanglant a toujours été enveloppé dans un voile de confusion et de désinformation. C’est bien simple, une majorité d’Algériens qui n’ont pas connu la Guerre de libération sont convaincus que le MNA et les Harkis, c’est Hadj-Moussa et Moussa-Hadj. Quant à Messali Hadj, réhabilité a minima en 1999, nombreux sont ceux qui lui contestent encore le rôle de père du nationalisme algérien et qui persistent à le qualifier de traître à la cause de l’indépendance.

 

Le livre de Lakhdar Belaïd n’est donc pas une enquête sur le MNA. C’est avant tout l’histoire d’un père qui fut emprisonné et condamné durant la Guerre d’Algérie, la justice française l’ayant accusé d’avoir commandité l’assassinat d’un militant du FLN dans la région lilloise. Au fil des pages, on découvre le parcours d’un travailleur immigré en provenance de Kabylie auquel la fédération de France du PPA-MTLD donna, comme à tant d’autres Algériens, une conscience nationaliste et une éducation politique. Restitué non sans mal du fait du mutisme des survivants interrogés par l’auteur, cet itinéraire a pour toile de fond la férocité de la guerre entre le FLN et le MNA, les attentats, les représailles, le jeu trouble de la police française, en somme, tous ces actes sanglants que la presse de l’époque qualifiait souvent de « règlements de compte entre Nord-Africains ».

Le MNA algérie dépassé par un rival plus moderne

 

On réalise en lisant cet ouvrage que nombre de militants du MNA ont été jusqu’au bout de farouches nationalistes et qu’ils ont été partie prenante du combat pour l’indépendance de l’Algérie en organisant notamment des manifestations en France dont certaines furent dispersées dans le sang par les forces de l’ordre. Après 1962, le père de Lakhdar Belaïd s’est par exemple toujours opposé à ce que ses enfants prennent la nationalité française et c’est en Algérie que cet homme a terminé sa vie. On apprend aussi que le MNA s’est attaqué aux harkis comme l’explique un témoin messaliste interrogés par l’auteur.

 

Alors, pourquoi la guerre entre le FLN et le MNA ? L’intérêt du livre de Belaïd est qu’il met en exergue le point de vue du second camp, celui qui malgré son implantation forte en France a finalement été broyé par les commandos de choc du FLN à l’image de la liquidation de la direction de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens, syndicat messaliste). Et les justifications des messalistes tournent souvent autour de l’attachement obsessionnel à Messali Hadj tandis que le FLN se voit dénié toute légitimité à conduire la Révolution qu’il a pourtant déclenchée.

 

Cinquante ans après cette période, on ne peut s’empêcher de penser que cette guerre entre le FLN et le MNA n’a été qu’un immense gâchis. A qui la faute ? Aux acteurs encore vivant de nous le dire. Pourquoi une telle violence, une telle haine (4.000 morts et 12.000 blessés uniquement en France) ? Le MNA représentait-il vraiment une menace pour l’indépendance ? Le statut de représentant unique, pour ne pas dire absolu, du peuple algérien était-il à ce point indispensable pour le FLN pour qu’il le conduise à liquider d’autres tendances politiques favorables à l’indépendance (messalistes mais aussi communistes) ?

 

La faiblesse politique du MNA ne résidait-elle pas dans le culte, archaïque et d’un autre âge, de Messali Hadj ? Ce dernier avait-il vraiment planifié le début de la guerre d’indépendance pour 1954, se faisant prendre de vitesse par ceux qui allaient créer le FLN ? Ces questions sont posées depuis longtemps. Nous attendons encore les réponses et, finalement, cette idée d’appel d’intellectuels pour que s’expriment enfin les acteurs de cette période est une urgence.

 

 

 

 

 

 

FLN contre MNA: la guerre dans la guerre

 

Par Edgar Morin «L’Affaire Bellounis», publiée en 1998 par un adjoint du chef de guerre messaliste, jette une lumière crue sur les divisions sanglantes du mouvement national algérien

 

5. FLN contre MNA: la guerre dans la guerre

 

Le Nouvel Observateur. – L’extraordinaire, avec «l’affaire Bellounis», est qu’elle ouvre le dossier méconnu d’une lutte acharnée au sein du nationalisme algérien...

Edgar Morin. – Oui. Et dès le début de la guerre d’Algérie. Il y a un conflit entre Messali Hadj, fondateur du nationalisme algérien, et son comité central, qui lui reproche son culte de la personnalité. Un groupe clandestin, le CRUA (Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action), futur FLN, décide de réconcilier les uns et les autres... en lançant une insurrection armée, le 1er novembre 1954. Du coup, Messali décide que ses hommes vont prendre le maquis. Et quand le FLN veut absorber ses forces, il refuse. Rapidement, les combattants du FLN attaquent les maquis de Messali et les éliminent. Sauf un, le plus dur, celui que dirige Bellounis. Des officiers français nouent alors des contacts avec Bellounis pour l’utiliser contre ses frères ennemis du FLN. C’est l’année du massacre de Melouza, où des combattants de l’ALN-FLN vont tuer plus de 300 habitants d’un village favorable à Messali. Pris entre deux feux, Bellounis n’a plus le choix. Il est urgent pour lui de conclure un accord de fin des hostilités avec les Français. Il réussit à les bluffer sur l’importance de ses forces, pose ses conditions et réclame des armes et du matériel. Qu’il obtient. En contrepartie, les Français lui demandent de ne plus utiliser le drapeau algérien, de ne pas prélever d’impôt et de ne pas mobiliser. Ce qu’il ne respectera pas.

 

N. O. – Pour Bellounis, cet accord est une trêve armée, en attendant le jour où, une fois liquidé le FLN, il se retournera contre l’«armée colonisatrice»?

E. Morin. – Exactement. D’ailleurs, il écrit à Messali pour lui demander sa caution: «Donnez-moi votre bénédiction... Nous allons libérer l’Algérie!» Sauf que le vieux leader est persuadé – à tort – qu’il y a des accords secrets entre Bellounis et les Français. Il ne les obtient pas et refuse de reconnaître Bellounis.

N. O. – Se bat-il vraiment contre le FLN?

E. Morin. – Pendant toute une année. Son maquis s’étend et ses troupes bien armées, atteignent 8000 hommes! Au point que les Français finissent par s’en inquiéter.

N. O. – Après le 13 mai 1958, les Français lui demandent de se rallier. Il refuse. Le 23 juillet, les commandos du 11e Choc lui tendent un guet-apens...

E. Morin. – ... et Bellounis est tué. Après sa mort, son état-major est très divisé. Les uns pensent qu’il faut rallier le FLN; d’autres, qu’il faut continuer seuls le combat. Une partie du maquis se perd dans la nature...

N. O. – Comment avez-vous rencontré Chems Ed Din – c’est un pseudonyme –, l’auteur du texte que vous avez préfacé (1)?

E. Morin. – Il faisait partie de l’état-major de Bellounis. A sa mort, il décide de se rendre en bus à Alger. Arrêté à un contrôle, il est interrogé par les Services psychologiques, à qui il dit tout. On le libère et il gagne la France où il trouve un emploi… de vendeur au BHV. J’habitais à côté, rue des Blancs-Manteaux, où j’avais caché un temps un fugitif, un parent à lui. Mis en confiance, il vient me voir avec ce manuscrit: il veut témoigner.

 

N. O. – Qu’est-ce qui vous pousse à accepter?

E. Morin. – Le souvenir de la honte. J’étais scandalisé par la campagne de calomnie contre les messalistes, les faisant passer pour des traîtres, des espions, des collabos de la police. Et j’avais en tête la campagne de diffamation menée pendant la guerre contre les trotskistes accusés d’être des agents de Hitler. A l’époque, j’étais communiste et je n’avais rien dit. Et j’avais honte de m’être tu. En 1955, les amis du FLN, Francis Jeanson et André Mandouze, veulent faire passer l’idée que Messali est le Pierre Laval d’Algérie. Il y a même des gens des «Temps modernes» qui affirment que le FLN est l’avant-garde du prolétariat mondial. Il y a quand même eu, à cette époque, une débauche de conneries exprimées!

N. O. – Evidemment, l’affaire Bellounis est présentée comme la «preuve» de la trahison de Messali...

E. Morin. – Pardi! Sauf que je sais, moi, que Bellounis n’a pas la caution de Messali. Que celui-ci est resté un nationaliste. Contre cette hystérie fanatico-sectaire, je suis prêt à défendre son honneur.

N. O. – Pour publier ce texte, vous vous adressez à Jérôme Lindon. Sa réponse?

E. Morin. – «Ce n’est pas le moment!» Combien de fois ai-je entendu cela dans ma vie! J’ai donc gardé le manuscrit.

N. O. – Pourquoi le faire publier en 1998?

E. Morin. – J’ai rencontré une jeune femme d’origine algérienne, une actrice, dont le père était militant messaliste. Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup souffert de l’étiquette de «traître» accolée à sa mémoire. Alors j’ai envoyé le manuscrit, un peu comme une bouteille à la mer.

N. O. – Quelle a été la réaction des critiques?

E. Morin. – Nulle. Pas un mot dans la presse. Les gens n’ont pas compris... Ils n’ont pas lu!

N. O. – Aujourd’hui encore, vous ne pouvez pas dire qui est Chems Ed Din?

E. Morin. – Hé non! L’auteur est toujours en Algérie, et cette affaire n’est pas encore purgée. La lutte entre le FLN et le MNA, en France et en Algérie, a fait plus de 10000 morts. Ces frères se sont entre-tués. Rien n’est plus horrible. «L’affaire Bellounis» montre ce qu’on a voulu cacher: la complexité de cette guerre. Il y avait plusieurs voies vers l’indépendance. Reste que la liquidation des messalistes est un des péchés originaux du FLN. Qui nous dit que, parmi les massacres actuels, il n’y pas le souvenir de ces villages messalistes et FLN qui ont tellement souffert de cette féroce guerre entre frères?

 

Propos recueillis par JEAN-PAUL MARI

 

(1) «L’Affaire Bellounis», par Chems Ed Din, préface d’Edgar Morin («Retour sur la guerre d’Algérie»), Editions de l’Aube.

 

Jean-Paul Mari

Le Nouvel Observateur

 

Des couvre-feux à Paris en 1958 et 1961 : Une mesure importée d’Algérie pour mieux lutter contre le FLN ?

Sylvie Thenault
L’historiographie récente relative aux événements d’octobre 1961 à Paris a présenté le système répressif alors en place comme le résultat de l’importation, par Maurice Papon, des mesures qu’il connut précédemment au Maroc et en Algérie. Cet article a pour objet de nuancer cette thèse, en examinant précisément le processus de décision du couvre-feu, qui avait aussi été décidé une première fois, en 1958. Il apparaît alors que la thèse de l’importation néglige deux aspects : le rôle des revendications policières dans ce processus et la traduction concrète du couvre-feu, sur le terrain. Ainsi, le couvrefeu s’inscrit dans le cadre de la gestion des troupes policières par leur hiérarchie et il renforce le repérage et le fichage des migrants de la région parisienne. Recent historiography about autumn 1961’s events in Paris tends to consider this repression as the result of Maurice Papon’s action, who is supposed to have reproduced the methods of counter-insurgency he learned before, in Morocco and Algeria. This article wants to discuss such a thesis because, notably, it neglects the role of the police troops in the decision of pronouncing a curfew. And finally, the reconstitution of the process of decision shows that Maurice Papon’s former experience wasn’t simply reproduced as such.
• 1958-1961, des communiqués aux portées très différentes
• Les « Français musulmans d’Algérie » comme cible
• De la lutte contre le terrorisme à la gestion de la base policière
• Conclusion


« Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d’être décidées par la préfecture de police. En vue d’en faciliter l’exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. (…)

D’autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d’Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures ».

 

 

 

10:21 | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/10/2009

Technique de communication : le tag - graffiti

http://2.bp.blogspot.com/_15BdTU2z8h0/SlySc7nU9zI/AAAAAAAAAZY/pItIGXOLyEo/s400/meteor+pub.jpg

L'abus de régionalisme est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.


L'abus de religion est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

09:03 | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/10/2009

Manifestation et débordement à Poitiers...à la poursuite de l’ennemi intérieur ?

A la manière de la romancière Joan Wilder, dans le film « A la poursuite du diamant vert », les faits et points de vue que nous rapportent presque tous les médias classiques sur les évènements qui ont eu lieu le samedi 11 octobre 2009 à Poitiers semblent indiquer, encore une fois, une cible bien précise : « l’ultra-gauche ».

 

-- "Une manifestation de "l’ultra-gauche" extrêmement violente et très organisée", a expliqué à l’Associated Press la directrice de cabinet du préfet, Anne Frackowiack.

-« Ce qui était au départ annoncé comme un « rassemblement festif » a tourné à l’opération commando. » selon France-Soir.

-« Cagoules, masques, drapeaux noirs et compagnie, ils avaient tout l’attirail habituel », décrit Simon Hiernard.

-« C’est simplement un mouvement anarchiste très organisé qui a utilisé la nouvelle prison comme prétexte à leurs actions », assure Alain Claeys, député maire (PS) de Poitiers.

-« Quand les saccages ont commencé, certains ont retiré leur masque pour se désolidariser du mouvement », relate Simon Hiernard.

Et nous revoilà donc retombés, 11 mois presque jours pour jours après Tarnac (11.11.2008), dans les méandres de « l’ultra-gauche » et des « anarchiste très organisé ».

Pourquoi aucun média ne reprend ne serait-ce que quelques lignes d’une des déclarations faite, via le net, par le Collectif contre la prison de Vivonne ou le communiqué de l’Organisation communiste libertaire Poitou ?

Dans un soucis d’égalité et d’information, il me semble important que ces communiqués soient proposés sur des sites d’information comme Agoravox.

Communiqué sur la manifestation du 10 octobre à Poitiers

Nous, collectif contre la prison de Vivonne, tenons à revenir sur les événements qui se sont déroulés lors de cette journée anti-carcérale du 10 octobre lancée à notre initiative. Avant toutes choses, il nous paraît important de rappeler à tous nos détracteurs que la manifestation n’était pas le centre de la journée. Nous invitons ainsi tout le monde à relire le programme de cette journée qui appelait outre la manifestation festive à des débats avec intervenants extérieurs sur des thèmes tels que le sécuritaire ou les luttes anticarcérales... ainsi qu’à des concerts le soir même. Par ailleurs les débats qui ont eu lieu avant la manifestation, contrairement au reste de la soirée qui a été annulé par les forces de l’ordre, montrera peut être par les apports qui en sortiront que la réflexion sur le sujet n’était pas exempt de la journée. Les déclarations de tous les “citoyens” et “journaleux” qui ont pris hâte de faire passer ce collectif comme un prétexte pour organiser une “émeute” et étant “une cellule d’ultra gauche” nous paraît donc d’une stupidité sans nom, d’un mensonge et d’une volonté politique des plus réactionnaires. Encore une fois nous assistons à l’utilisation d’outils médiatico-politique récurants ces derniers temps au même titre que les étiquettes “d’anarcho autonome” et “d’ultra gauche organisée”.

Bien que solidaire de tous les interpellés et n’ayant aucun intérêt à juger en bien ou en mal les actes commis, nous pouvons toutefois dire que les pratiques utilisées ne correspondaient pas à nos attentes et qu’un bilan de la stratégie politique émanera de ces événements. Nous rappelons que, bien qu’ayant appelé à cette manifestation, nous ne sommes en aucun cas responsable des actes qui y ont été commis. Mais parler d’une violence à sens unique nous paraît inexact en vue de la gestion policière qui a suivi la manifestation : occupation policière massive de tout le centre ville (mise en place d’un quasi “couvre-feu”), arrestations arbitraires, opération policière au numéro 23 de la porte de Paris (local culturel), où devait se dérouler la suite de la journée, digne d’une ère ancienne ... Le numéro 23, qui n’avait aucun lien avec les événements de la manifestation a ainsi vu une perquisition des plus violentes. Les personnes présentes ont ainsi subit diverses violences (coups de tonfas), humiliations (face contre terre les mains sur la tête) et contrôle abusif des identités (photos et question...) pendant près de 4h ! De plus les policiers présents ont volontairement dégradé le matériel sono loué ou prêté pour l’occasion (estimation à plusieurs milliers d’euros) !!!

Ainsi il nous semble que le moment n’est pas à la dénonciation mais bel et bien à la solidarité avec les militants inculpés !

Libération des manifestants en garde à vue !

Le collectif contre la prison de Vivonne
.

Communiqué Organisation communiste libertaire Poitou

Il n’y a pas eu plus d’émeute à Poitiers le 10 octobre
que de socialisme en France en mai 1981

Quelques poubelles qui brûlent, quelques vitrines brisées (celles de banques essentiellement, ainsi que de Bouygues Télécom – le maître d’œuvre de la nouvelle prison à Vivonne –, et d’un journal local), quelques fumigènes, le tout mettant aux prises quelques dizaines de personnes avec la police pendant une petite heure, cela ne fait pas encore une émeute !
Une émeute, c’est, rappelons-le, un soulèvement populaire mis en œuvre par une partie importante et significative de la population dans un espace politique donné.
En revanche, l’intrusion policière couverte par le procureur de la République, à huit heures du soir, dans un lieu privé, bien après et loin du lieu de la manifestation, pour procéder au contrôle d’identité des 100 personnes présentes pour un débat, un repas et un concert (toutes choses qui ne purent avoir lieu de ce fait), cela ressemble fort à un état de siège interdisant toute réunion la nuit venue ! Tous et toutes au sol, mains sur la tête en plein air pendant cinq heures, cela n’est pas encore si banal que l’on ne puisse en faire grand état.

La journée anticarcérale du 10 devait être l’occasion – en profitant du transfert, prévu le lendemain, des prisonniers de la vieille prison de Poitiers vers la neuve de Vivonne, à quelques kilomètres – de poser la question cruciale de la prison dans une société où le sécuritaire et l’enfermement sont les deux pivots du maintien de l’ordre capitaliste.
Un premier débat s’est tenu en début d’après-midi, parfaitement introduit par une militante de l’Association pour le respect des proches des personnes incarcérées (ARPI). Il fut l’occasion d’aborder de multiples questions dans une ambiance d’écoute et de réflexion assez rare sur ces sujets particulièrement sensibles. Quel sens donner à l’abolitionnisme ? Quelle population croupit dans les prisons ? Dans une société « libertaire », quel sens aura la déviance ; faudra-t-il ou non « punir », pourquoi, comment ? Bref, autant de questions guère débattues en public. Une réussite.

Ensuite, départ pour la manif « festive ». Mais s’il y a eu problème alors, ce n’est pas tant dans les événements décrits succinctement plus haut – qui, répétons-le, ne furent en rien une émeute, et dont la responsabilité revient essentiellement aux forces de l’ordre – que dans l’ambiance qui y régnait. Des groupes de militants, ceux que nous appelons « hors-sol », ont, de fait, pris le contrôle de la manifestation, qui regroupait environ 300 personnes, imprimant leurs décisions, leur rythme, leur manière d’agir et leurs fantasmes à l’ensemble des manifestants (sans se préoccuper des retombées sur l’environnement local). A disparu alors tout souci d’expliquer le pourquoi de cette manifestation – pas de tract clair, pas de slogans lancés, des banderoles vides de toute inscription (!). Or, quand de tels messages sont absents, il ne reste plus que celui des vitrines brisées comme but en soi et unique non-message ! Comme si l’objectif de la journée, qui était de sensibiliser un peu une frange de la population à l’absurdité de la prison, devenait secondaire par rapport à, par exemple, l’inscription du slogan le plus imbécile de l’année : « La plus belle jeunesse est celle qui est en prison », ou encore à s’affronter avec la police. Bref, une ambiance pas trop démocratique (il n’est pas de démocratie que bourgeoise !) et un avant-gardisme rappelant de sinistres heures du gauchisme militaro que l’on croyait renvoyé aux poubelles de l’Histoire. Une manifestation où la peur et l’angoisse devant des visages figés par des masques et des uniformes sombres nous plaçaient aux antipodes des yeux dans les yeux et de la communication colorée et festive prévue.

Ce n’est pas la première fois que cela se produit, et il est urgent que les pendules soient remises à l’heure, afin que le sens des mobilisations en cours ne passe pas au second plan en nous faisant entrer dans un cycle permanent de violence-répression où notre énergie s’usera au nom de la solidarité (« malgré tout », puisque ce sera un choix forcé). Autrement, les sempiternelles obligations antirépressives risquent de devenir pour nous le pendant des journées d’action rituelles de la CGT.

O
CL-Poitou

 

Il me semble, après lecture des communiqués de ceux qui avait organisé un rassemblement pacifiste lors de cette journée d’information sur les centres de rétention que les débordements ne font pas partie de leur moyen d’action.

 

A vous de faire le tri, en toute objectivité, entre les infos que vous donnent les médias locaux et nationaux dépendants des recettes publicitaires et les communiqués des comités de soutien des deux articles postés au dessus dont font partie des gens qui, comme vous, ont des enfants, des responsabilités et surtout rien à gagner à ce que leur moyen d’action pour rendre l’opinion publique attentive se solde par une action violente.

A qui profite cette "enfumage" médiatique ?

A ceux qui voulaient une manifestation festive et amener des débats sur des thèmes sécuritaires ou les luttes anti-carcérales ?

Certainement pas.

 

Par contre, M. le Préfet de Poitou-Charentes emploi des termes juridiques assez précis : "objets à destination d’armes" et fait un amalgame avec les violences commise à Strasbourg en avril 2009 lors du Contre-Sommet de l’Otan :

 

"Ils sont extrêmement bien organisés, extrêmement bien formés. Je dis ça vu les méthodes employées, les objets à destination d’armes qu’ils ont utilisés, c’est donc des ultra-violents,(...) qui peuvent sévir partout en France sur des opérations de type commando", a dit le préfet de Poitou-Charentes, Bernard Tomasini, sur France Info...Ces violences font écho, pour les autorités, à celle du sommet de l’Otan en avril à Strasbourg, où des militants de la gauche radicale surnommés les "black block", également armés et masqués, avaient ravagé un quartier de la ville"...

 

La chasse aux sorcières continue ?

 

Sur les dix-huit personnes interpellés au n°23, neuf d’entre-elles sont encore en garde à vue.

 

Source article de presse :

France Soir :

Poitiers sous le choc après les violences

 

Nouvel Obs :

Dix huit interpellations après les violences à Poitiers

 

Le livre "l’ennemi Intérieur" de Mathieu Rigouste

 

entretien-interview avec Mathieu Rigouste

 

 

 

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11/10/2009

Subversion - anti-subversion - contre-subversion - risque gris - basse intensité...




 

 

L'ennemi intérieur

« On surprendrait bien des Français, même traditionnellement classés à gauche, en leur disant que le nouvel ordre sécuritaire, dont le président Sarkozy s'est montré le représentant le plus achevé, a pris ses racines... lors de la guerre d'Algérie. C'est pourtant cette démonstration que fait, avec force preuves et citations, Mathieu Rigouste. »
L'HUMANITÉ

« Pour rédiger ce travail sur le retour des principes clés de la contre-subversion dans l'ordre sécuritaire, l'auteur a dépouillé les archives de l'Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN) durant trois ans. Au long des quelque 350 pages, il expose la genèse de l'ordre sécuritaire (1968-1981): discours de la peur, restrictions des libertés publiques au nom de "la sécurité, première des libertés" (Peyrefitte, 11 juin 1981), apparition des "experts". Puis il s'attelle à la période contemporaine, celle de "l'ennemi intérieur global (1995-2008)", celle de "l'exception permanente" (Vigipirate). Son étude revêt alors un caractère effrayant et l'on assiste, effarés, à la litanie de nos défaites et reculs successifs: nouvelles méthodes de contrôle des quartiers populaires empruntées aux techniques militaire de contrôle des foules (drones, hélicoptères, snipers, appels à la délation, bouclage); constitution de 2001 à 2007 d'une énorme machine de contrôle (fichier Stic, peines planchers, Edvige, etc.) à travers lois et décrets. Le règne froid et minutieux du tout-sécuritaire. Un travail lumineux et terrifiant à la fois. »
BARRICATA

« Insécurité, immigration, terrorisme, ce triptyque fondu dans un amalgame spécieux se révèle de plus en plus présent dans la vie publique. Les responsables politiques l'utilisent souvent pour renforcer la sécurité au-delà de la menace. En fait, ce mécanisme qui joue sur les peurs du citoyen est un héritage de l'époque coloniale sans cesse renouvelé depuis un demi-siècle à partir des turbulences du monde. C'est la démonstration à laquelle se livre Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales, en s'appuyant sur des documents officiels le plus souvent confidentiels. Il explique comment, pour inculquer le besoin d'ordre dans l'esprit des Français, l'État façonne la représentation d'un "ennemi intérieur", à savoir les populations immigrées issues de la colonisation, mais aussi les délinquants des quartiers sensibles, désignés comme des boucs émissaires. Cette stigmatisation commode et le plus souvent abusive incite la société à accepter d'elle-même un contrôle de plus en plus rigoureux de son fonctionnement pour faire face à une "menace globale". C'est là tout le mécanisme pernicieux que met à nu l'auteur avec force. Il observe qu'on aboutit ainsi à une "conception du contrôle comme une médecine du corps national" et à une "tendance à ne plus distinguer les domaines classiques du conflit: temps de paix/temps de guerre, intérieur/extérieur, civil/combattant, policier/militaire." Au plus grand profit des tenants du marché de la sécurité. Constat aussi lucide qu'inquiétant ! »
LA DÉPÊCHE DU MIDI

« "Ces trois principes - protéger la population, l'amener à s'immuniser contre la subversion et, pour cela, restreindre ses droits - sont au coeur du "nouvel ordre sécuritaire" mis en oeuvre dans une bonne partie des Etats occidentaux depuis le 11 septembre 2001", écrit Mathieu Rigouste. C'est une histoire des représentations politiques et militaires du "barbare" intérieur qui est proposée dans cet ouvrage. Le chercheur en sciences sociales met en lumière les similitudes entre la machine sécuritaire contemporaine en France et le pouvoir militarisé caractéristique de la domination coloniale. »
REGARDS

 

 

L’institutionnalisation de l’arme psychologique pendant la guerre d’Algérie au miroir de la guerre froide

Paul Villatoux docteur en histoire.

http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=GMCC&ID_NUMPUBLIE=GMCC_208&ID_ARTICLE=GMCC_208_0035

 

Chacun le sait, le conflit algérien constitue, pour l’Armée française, un moment privilégié dans l’emploi de ce qui est, à l’époque, désigné sous l’expression générique d’ « arme psychologique ». Considérée par ses thuriféraires comme une solution miracle susceptible d’aboutir à une pacification pleine et durable des départements d’Afrique du Nord, l’arme psychologique connaît ainsi, au cours de la période 1956-1960, une promotion et une institutionnalisation aussi singulières que brutales au sein des forces armées.
Pour autant, si cette nouvelle « arme », par l’ampleur qu’elle a revêtue, se présente d’emblée comme un concept et une pratique spécifiques au conflit algérien, une analyse plus fine de ses racines profondes et du discours qu’elle sous-tend révèle que le problème est en réalité beaucoup plus complexe et plus vaste qu’il n’y paraît [1]. La question de l’arme psychologique constitue en effet, à bien des égards, un élément structurant et récurrent de la pensée militaire française de l’après-guerre. Celle-ci s’est ainsi trouvée confrontée à un double impératif – tirer les leçons du drame 1940 et tenter, dans le même temps, d’appréhender la nature de la menace nouvelle issue de la situation inédite de guerre froide – qui l’a conduite à focaliser son attention sur le péril subversif communiste. Face à cette menace insidieuse et difficilement préhensile, il est apparu nécessaire de trouver une riposte de même nature dont l’arme psychologique, dans sa composante tant offensive (guerre psychologique) que défensive (action psychologique), a constitué la principale manifestation. Dès lors, l’historien est en droit de se demander si les défenseurs de ce nouveau mode d’action militaire n’ont pas cherché à instrumentaliser – de manière plus ou moins consciente – le péril intérieur « rouge » à des fins de promotion et d’institutionnalisation de l’arme psychologique dans le cadre tant des forces armées que du dispositif général de Défense nationale.
Ennemi intérieur et Cinquième colonne : le modèle de 1940
À l’évidence, si les militaires français ont été initiés aux méthodes et aux procédés de la Psychological Warfare (guerre psychologique) par l’intermédiaire des armées américaines, notamment en Afrique du Nord après le débarquement de novembre 1942 [2], il n’en demeure pas moins que cette notion fut largement appréhendée, au lendemain de la victoire, au prisme de l’ « étrange défaite » de 1939-1940. Ce phénomène, rarement mis en évidence par les chercheurs, s’exprime en pleine lumière dès lors que l’on fait appel à la mémoire des anciens acteurs de l’aventure de l’arme psychologique en France au cours des années 1950. L’un d’eux, le général Maurice Prestat, Saint-Cyrien de la promotion 1938-1939, insiste très nettement sur le fait qu’il a découvert l’existence d’une arme de nature « psychologique » dès les premières heures du conflit et qu’il évoque par le récit d’une anecdote hautement significative : « Un jour, avec ma section, en montant vers les lignes, tout à fait au début de septembre 1939, nous marchions sur la route et, en traversant un village, mes hommes, qui étaient originaires du Berry, se mirent à crier à la cantonade : “Oh les gars, y a t il des Berrichons par ici, parce que nous on est de Bourges, c’est le 85e de Bourges !” Le soir, on apprend que Ferdonnet, le speaker français de la radio de Stuttgart, avait déclaré : “Les Berrichons feraient bien de ne pas se frotter à nous parce que sinon il y aura des représailles, etc.” Je me suis dit qu’il s’agissait d’un procédé diabolique qu’on ne m’avait pas appris à Saint-Cyr ! À coup sûr, les Allemands avaient un réseau d’informateurs suffisant derrière les lignes pour être prévenus des montées en ligne des troupes, et nous restions parfaitement inconscients de tout cela. C’est un petit détail mais qui révélait la nouvelle dimension de la guerre à laquelle on devait faire face qui ne reposait pas seulement sur la seule force mécanique. » [3]
Loin d’être singulière, cette perception de la défaite pouvant s’expliquer plus encore par l’emploi de procédés de combat non orthodoxes que par une quelconque supériorité technique de l’Armée allemande se retrouve dans les propos de nombreux analystes militaires et civils de l’époque. Ainsi, l’expression de « Cinquième Colonne », forgée par le général franquiste Mola lors du siège de Madrid pour désigner les agents nationalistes demeurés ou infiltrés dans la capitale aux mains des républicains, est largement reprise, dès la défaite consommée, par nombre de journalistes et de parlementaires français désireux de comprendre les raisons de cet inexplicable effondrement. De bouche à oreille, la folle rumeur de la trahison par la « main diabolique de la Cinquième Colonne » au service de l’ennemi se répand comme une traînée de poudre au sein de la population [4]. Plusieurs ouvrages publiés à l’étranger pendant la guerre l’invoquent encore avec insistance. Voici la vérité de l’ancien pilote de la Grande Guerre et député Henri de Kérillis, qui semble être le premier à avoir cherché à cerner avec précision le phénomène : « Personne ne peut en donner une définition satisfaisante tellement le mot englobe de choses disparates, compliquées et fabuleusement enchevêtrées. L’espionnage, vieille institution mais rouage de la Cinquième Colonne. La propagande TSF, presse, livres, prospectus, tracts lançant des bruits, rouages de la Cinquième Colonne. L’encerclement systématique des personnalités sélectionnées, capables de jouer un rôle politique, d’exercer une influence intellectuelle, d’actionner les leviers de commande des grandes administrations : rouage de la Cinquième Colonne. L’utilisation des femmes du monde ou du demi-monde... rouage de la Cinquième Colonne. La préparation de l’action révolutionnaire, du sabotage, de l’insurrection, de l’attentat anarchiste suivant une technique moderne : Cinquième Colonne » [5].
Cette croyance en l’existence d’agents cachés d’une force ennemie cherchant à déstabiliser la population et à manipuler les responsables politiques, militaires, économiques comme les intellectuels pour mieux les utiliser afin d’anéantir le potentiel de défense de la nation va dès lors marquer profondément la pensée militaire française de l’après-guerre jusqu’au début des années 1960. À n’en pas douter, il s’avère très vite que le modèle proposé par la défaite de 1940, vue au prisme de la « Cinquième Colonne », offre une base de réflexion qui paraît des plus pertinentes dans un environnement international complexe dominé par la guerre froide et par l’apparition d’un nouvel ennemi, l’Union soviétique. Cette dernière présente, en outre, aux yeux des responsables militaires, de nombreux points de convergence avec l’Allemagne nazie des années 1930 : régime totalitaire, parti unique, police politique, encadrement très poussé de la population, place prépondérante accordée à la propagande et au noyautage par personnes interposées [6]. Fait pour le moins significatif, dans une conférence prononcée le 12 mars 1949, le général Revers, alors chef d’état-major de l’armée de Terre, insiste sur les deux éléments nouveaux qui caractérisent les luttes modernes, « les maquis et les Cinquièmes Colonnes. Les conditions idéologiques des guerres modernes font, en effet, qu’il existera toujours maintenant, hors des armées, des éléments que nous appelions encore hier irréguliers et qui par groupements plus ou moins importants, allant de quelques saboteurs isolés jusqu’à des forces de plusieurs milliers d’hommes, agiront sur les arrières, attaquant isolés, communications, nœuds politiques, économiques, etc. L’action de ces éléments sera dirigée grâce aux possibilités de liaisons que donnent les communications radio-électriques et sera soutenue grâce aux possibilités d’échange de personnels et de ravitaillements que donne l’aviation » [7].
La psychose du complot subversif communiste
Certes, la crainte d’un complot insurrectionnel communiste est bien antérieure à 1949 et à la reconnaissance de l’URSS comme ennemi principal mais traverse, avec plus ou moins de vigueur, les milieux militaires depuis l’entre-deux-guerres [8]. Toutefois, avec l’engrenage de la guerre froide et la prise en compte du concept de « Cinquième Colonne » comme instrument d’analyse de la menace soviétique, cette hantise s’exprime par le biais d’un discours parfois obsessionnel, toujours alarmiste, qui aura même tendance, sous la plume de plusieurs officiers, à prendre la forme d’une véritable psychose du complot subversif.
Cette dernière est d’autant plus prégnante que l’importance du vote communiste en France même accrédite naturellement l’idée selon laquelle d’éventuels éléments implantés sur le territoire national préparent l’arrivée de l’Armée rouge [9]. Différentes actions, plus ou moins spectaculaires et entamées dès la fin des années 1940, traduisent incontestablement cette inquiétude latente. Les forces armées, assistées des douanes, se voient ainsi chargées de rechercher toute présence d’agents provenant de pays de l’Est et parachutés en France, quand il ne s’agit pas d’auditionner des témoins ayant cru apercevoir des avions suspects larguant hommes et matériels [10]. Le phénomène est à ce point pris au sérieux que les archives conservent la trace de cartes du territoire national où sont indiquées des zones susceptibles d’accueillir des maquis communistes dont une partie du soutien logistique proviendrait de Moscou [11]. Plus encore, la décision adoptée par l’armée de l’Air de mettre en place un réseau de systèmes radars – achetés aux Britanniques – le long de la frontière et afin de détecter toute tentative d’intrusion d’un appareil étranger au-dessus du territoire témoigne, à n’en pas douter, de la célérité avec laquelle les autorités militaires traitent ce problème. La conviction selon laquelle les Soviétiques tentent de subvertir la France gagne même en crédibilité au début des années 1950 avec l’intensification de la guerre froide dont les manifestations les plus tangibles, telles que la crise de Berlin ou la victoire de Mao en Chine, viennent renforcer un discours des plus alarmistes [12].
Par ailleurs, l’aggravation de la lutte en Indochine où l’Armée française fait la découverte spectaculaire des méthodes d’endoctrinement et d’encadrement des populations par le Viêt-minh correspond à la dernière étape d’un lent processus de cristallisation dont les prémices sourdent dès le lendemain de mai-juin 1940. Parmi les officiers engagés en Extrême-Orient, se détache ainsi la figure du colonel Charles Lacheroy, le premier à mettre au jour ce qu’il baptise du nom de « hiérarchies parallèles » et qui n’est autre qu’un vaste réseau d’associations enserrant chaque individu depuis sa naissance jusqu’à sa mort dans une maille imperméable et redoutable [13]. Cette véritable « toile d’araignée » est alors considérée comme d’autant plus efficace qu’en organisant les relations sociales de manière rationnelle et systématique, elle prédispose l’individu à recevoir un endoctrinement intensif. Enfin, l’expérience des camps de rééducation viêt-minh, où plus de 2 000 officiers français sont l’objet d’une tentative de conversion au communisme, marque profondément les esprits [14]. En somme, l’expérience ramenée par le corps expéditionnaire français d’Indochine confirme les premières analyses formulées en métropole à la fin des années 1940 et étaye le discours sur les menées subversives communistes.
Cette expérience sert également de grille d’interprétation dans la théorisation d’une menace communiste dépassant les frontières de l’hexagone, modélisation élaborée par des officiers qualifiés par la suite de « doctrinaires de la guerre révolutionnaire ». En effet, élargissant leurs analyses initiales, ces derniers n’hésitent pas à transposer les méthodes d’endoctrinement et d’encadrement des foules apprises au contact du Viêt-minh à l’ensemble du monde communiste [15] pour, au final, aboutir à une théorie générale de la guerre dite « révolutionnaire » fomentée par le communisme international et servant de support à l’interprétation géostratégique d’un processus d’expansion communiste à l’échelle mondiale.
Ainsi, le conflit algérien est-il interprété par ces théoriciens, et ce dès les premières heures, comme une évidente manifestation de ce mécanisme global de subversion planétaire. À les en croire, le doute n’est plus permis : l’Union soviétique, plutôt que d’attaquer l’Occident frontalement et d’une manière classique, cherche à contourner les défenses de cette dernière en employant une stratégie périphérique dont les premiers jalons ont été posés en Extrême-Orient (Indochine et Corée) avant de gagner le Sud du continent européen via l’Afrique du Nord et l’Algérie [16]. Dans cette logique inexorable, le FLN se voit assimilé et ravalé au rôle d’instrument au service du grand dessein planétaire voulu par le Kremlin. Les aspirations nationalistes ne peuvent être, dès lors, que niées par principe ou, pire, être considérées que comme un nouveau leurre destiné à tromper l’Occident sur la nature véritable de l’insurrection en cours.
Pour ces théoriciens animés d’une foi quasi religieuse, la stigmatisation du danger ne doit pas se limiter à un simple combat verbal mais s’inscrire dans la réalité des faits sur le terrain, tant en Algérie qu’en métropole. Ils s’assignent dès lors pour objectif de convaincre le haut commandement militaire, puis le personnel politique, de la nécessité d’adopter une parade proportionnée – tant sur le plan offensif que défensif – à cette menace de subversion généralisée. La carrière du plus illustre et du plus emblématique d’entre eux, Charles Lacheroy, reflète on ne peut mieux cette démarche. À son retour d’Indochine, il demande ainsi à être affecté dans la capitale pour y mener ce qu’il appelle sa « croisade » : « Je m’étais fixé comme objectif de convaincre mes anciens chefs des bouleversements apportés par la guerre révolutionnaire dans nos conceptions traditionnelles. Je voulais, par leur intermédiaire, amener les états-majors et l’enseignement militaire à se pencher sur les problèmes nouveaux... Et pour cela il fallait être à Paris. » [17]
L’arme psychologique est alors perçue et présentée par ces mêmes théoriciens comme le principal outil susceptible d’offrir une réplique adaptée aux menées subversives adverses, qu’elles soient d’ordre interne ou externe. Dans ce schéma intellectuel inquiétant où la menace subversive est à ce point amplifiée qu’elle occulte toutes les autres données susceptibles d’infléchir l’analyse dans un sens différent, la question de l’arme psychologique se trouve du même coup hypertrophiée au point d’occuper, au tournant des années 1956-1957, une place omniprésente et quasi tyrannique au sein des forces armées.
Triomphe et chute de l’arme psychologique
Force est pourtant de constater que, à la fin des années 1940, l’arme psychologique n’occupe encore qu’une place insignifiante au sein du dispositif français de Défense nationale. Seul le ministre dispose d’un organisme ad hoc destiné à apporter une réplique limitée à la propagande communiste en métropole [18]. L’Indochine fait toutefois exception dans la mesure où un « Bureau de la guerre psychologique » est créé au début de l’année 1953. Son action demeure relativement modeste car il se voit simplement chargé de seconder l’effort militaire par des moyens des plus classiques tels que des lâchers de tracts, des diffusions de journaux ou de messages par haut-parleurs [19].
Ce n’est qu’à partir de la fin de 1955, c’est-à-dire un an après le début de la guerre en Algérie, que l’influence des doctrinaires de la guerre révolutionnaire marque de son emprise les forces armées contraintes, dans l’urgence, de mettre sur pied toute une série d’organismes spécialisés dans la guerre et l’action psychologiques. Une émergence, aussi soudaine qu’en apparence imprévue, ne peut s’expliquer sans le soutien d’une frange notable du personnel politique, dont le ministre de la Défense en personne, nommé en janvier 1956, Maurice Bourgès-Maunoury. Il convient à cet égard de souligner que, à la suite de l’échec des premières mesures de maintien de l’ordre en Algérie mises en place entre la fin 1954 et le premier semestre 1955, le pouvoir politique est à la recherche de solutions nouvelles. Or, celle que proposent les promoteurs de l’arme psychologique offre un certain nombre d’avantages qui vont incontestablement faire peser la balance en leur faveur. Tout d’abord, l’arme psychologique présente l’intérêt non négligeable de se révéler particulièrement peu dispendieuse : des outils tels que les haut-parleurs, les stylos bille ou les machines à ronéotyper sont autrement moins coûteux que des engins blindés ou des avions de combat. En outre, le personnel nécessaire à l’emploi de la nouvelle arme n’exige pas une formation théorique et pratique de longue durée. Il apparaît évident que, pour peu que l’on sache lire et écrire, deux ou trois semaines de formation à la psychologie sociale et à la propagande – notamment à Arzew [20] – suffisent pour être considéré comme apte à intégrer un organisme spécialisé. Enfin, et c’est là que réside sans doute l’élément le plus déterminant aux yeux des responsables politiques, les procédés de l’arme psychologique, s’ils permettent d’espérer en une pacification réelle et durable de l’Algérie, sous-tendent une rhétorique, celle de la subversion communiste à l’échelle mondiale, susceptible d’offrir une justification politique, idéologique, voire morale à une IVe République en mal de crédibilité sur les scènes tant intérieure qu’internationale. Dans une telle perspective, et si l’on adopte l’analyse selon laquelle derrière le FLN il y a Moscou, dès lors le conflit en Algérie, loin d’apparaître comme un combat d’arrière-garde sur le terrain de la décolonisation, s’inscrit du même coup dans la guerre froide et dans les impératifs stratégiques du monde libre.
À partir de janvier 1956, Maurice Bourgès-Maunoury, qui partage les vues de Charles Lacheroy qu’il n’hésite pas à nommer à ses côtés en tant que chef d’un Service d’action psychologique et d’information de la Défense nationale créé spécialement à l’attention de ce dernier, décide donc de donner la priorité à l’emploi de l’arme psychologique sur le théâtre algérien. Dans le même temps, les doctrinaires de la guerre révolutionnaire cherchent à tirer profit de cette situation favorable pour obtenir des positions hiérarchiques spécifiques par l’intégration de l’emploi de l’arme psychologique au sein des états-majors et du commandement. Leurs initiatives sont couronnées de succès à l’été 1957 – alors même que Bourgès-Maunoury a succédé à Guy Mollet à la présidence du Conseil – avec la création des Cinquièmes Bureaux spécialisés dans la guerre et l’action psychologiques [21]. Ces derniers, qui complètent les quatre bureaux d’état-major traditionnels à tous les échelons de la hiérarchie militaire, représentent, à n’en pas douter, une véritable matérialisation de l’insertion de l’arme psychologique au sein des structures organiques de l’armée. Il convient, à cet égard, de ne pas sous-estimer l’ambition qui anime les promoteurs des Cinquièmes Bureaux, Lacheroy en tête. Ces derniers, en incitant le gouvernement et le haut commandement à redéfinir l’organisation même du système militaire, en élaborant progressivement une doctrine et en s’attachant à créer un corps de spécialistes titulaires d’un brevet spécifique, s’inscrivent manifestement dans un processus de type « identitaire » [22] dont la conséquence et la consécration ultimes auraient pu être l’avènement d’une nouvelle armée dont la population aurait constitué le nouveau domaine d’action, une « quatrième dimension » en somme.
Il n’en demeure pas moins que l’expérience des Cinquièmes Bureaux se révèle très brève puisque, dès février 1960, ils sont définitivement supprimés. À ce titre, l’historien éprouve quelques difficultés à porter un jugement scientifique serein sur leur action tant celle-ci s’est inscrite sur le très court terme. On peut toutefois souligner combien leur création engendra de profonds bouleversements au sein de l’institution militaire. Ainsi, d’outil auxiliaire des forces armées, l’armée psychologique s’est vue brutalement promue au rang d’activité autonome, placée sur le même plan que les autres composantes essentielles de l’état-major telles que le renseignement ou le soutien logistique des unités. Or, il convient de souligner le fâcheux penchant des Cinquièmes Bureaux à se comporter en véritables « hiérarchies parallèles » et à doubler les autres services, en particulier les Deuxièmes et Troisièmes Bureaux. Cette dérive était en quelque sorte inscrite dans leur nature même. Conçus, avant tout, pour donner la réplique à la subversion dont le propre est de s’attaquer à tous les domaines potentiellement vulnérables de l’adversaire, les Cinquièmes Bureaux ne pouvaient qu’adopter une approche globalisante de la gestion des forces armées, toute décision comme toute action sur le terrain étant susceptible d’entraîner des effets psychologiques auprès des populations. Plus grave encore, tirant leur existence d’une doctrine d’essence politico-stratégique, les Cinquièmes Bureaux ont eu tendance à s’arroger des prérogatives qui appartiennent d’ordinaire au politique. Ainsi, en Algérie, ces organismes n’ont pas craint d’afficher une ligne politique n’hésitant pas à faire campagne pour l’Algérie française lors des différents référendums pour, au final, se trouver en porte à faux avec le pouvoir politique de la jeune Ve République [23].
Au terme de cette étude, il n’est peut-être pas inutile de se demander, a contrario, si les responsables du gouvernement qui a immédiatement succédé à la IVe République n’ont pas cherché à retourner, très intelligemment, le discours des théoriciens de la guerre révolutionnaire à leurs dépens. L’arme psychologique a, en effet, très vite été mise en accusation, considérée comme responsable de toutes les dérives politiques ou factieuses de la fin de la guerre d’Algérie, qu’il s’agisse du putsch d’avril 1961 ou de l’OAS. Cette analyse tire son argumentation du fait qu’un certain nombre de figures marquantes de la guerre et de l’action psychologiques se sont clairement engagées dans la voie de la révolte, englobant dans la même confusion l’instrument, le discours et les acteurs. Une telle approche tend, à l’évidence, à occulter certaines des motivations profondes qui ont poussé les militaires à la révolte et en particulier la conviction selon laquelle le général de Gaulle aurait trahi sa parole. Depuis lors, une chape de plomb s’est abattue sur toutes les problématiques touchant à l’arme psychologique – que certains vont même jusqu’à assimiler à la torture –, au détriment d’analyses qui ne manqueraient sans doute pas d’intérêt à l’heure où l’étude des nébuleuses, des réseaux d’influence auprès des médias, de l’infiltration d’éventuels agents, revêt une importance nouvelle.
NOTES
[1] Ce travail est, pour l’essentiel, le fruit de réflexions issues de notre travail de doctorat : La guerre et l’action psychologiques en France (1945-1960), thèse de doctorat d’histoire nouveau régime, sous la diection de Maurice Vaïsse, mars 2002, Université Paris I - Panthéon-Sorbonne, 4 vol., 1 118 p.
[2] Cf. à ce propos, Léo J. Margolin, Paper bullets. A bref story of psychological warfare in World War II, New York, Froben Press, 1946, 149 p.
[3] Interview accordée à l’auteur par le général Prestat, le 15 novembre 2001.
[4] Colonel Paul Paillole, « Cinquième Colonne », Philippe Masson (dir.), Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale, t. 1, Paris, Larousse, 1979, p. 493-495.
[5] Henri de Kérillis, Français, voici la vérité, New York, 1942, cité par Max Gallo, La Cinquième Colonne, Bruxelles, Éd. Complexe, réédition, 1984, p. 40.
[6] Ce « transfert » intellectuel entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique est parfaitement souligné par le capitaine Antoine Argoud, « La guerre psychologique (I) », Revue de défense nationale, mars 1948, p. 292-293 : « Galvaniser des millions d’êtres humains, les animer d’une volonté farouche de résistance et de lutte au nom d’une idéologie intérieure, comme l’ont fait Hitler et Staline. Conquérir le pouvoir politique, soit par la force, comme les Soviets, ou légalement comme Hitler au moyen d’un véritable “viol psychique” des individus par le moyen de la propagande politique. Mener la guerre psychologique dès le temps de paix et acquérir des positions stratégiques par une sorte de chantage à la guerre mené sur le terrain diplomatique sans avoir tiré un seul coup de canon, comme Hitler nous en a administré un magnifique exemple de 1936 à 1940. Par le truchement d’une “idéologie internationale”, s’assurer dans les pays étrangers des “sympathies agissantes”, comme le fait l’URSS depuis vingt ans. Voilà autant d’aspects de la guerre psychologique. »
[7] Emploi de l’armée française, conférence M 15 prononcée le 12 mars 1949 par le général Revers à l’IHEDN, Section militaire, Direction des Études, no 127/MI, archives IHEDN.
[8] Cf. Jean-Jacques Becker, « Communisme, anticommunisme, menaces de subversion : images et réalités », in Christine Levisse-Touzé (dir.), La campagne de 1940, actes du colloque tenu du 16 au 18 novembre 2000 à l’auditorium Austerlitz, Musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, Paris, 2001, Tallandier, p. 346-356 ; ainsi que Georges Vidal, « Le haut commandement et la crainte de l’ “ennemi intérieur” en juin 1940. Origines et caractéristiques de la peur du complot communiste dans la hiérarchie militaire », ibid., p. 357-388.
[9] Notons à ce propos l’impact des grandes grèves de 1947 et 1948, perçues comme largement insurrectionnelles. Cf. La guerre et l’action psychologiques en France (1945-1960), op. cit., p. 77-81.
[10] Pour ne citer qu’un seul exemple, un procès-verbal daté du 29 août 1947, émanant de la Commission d’études de l’organisation de la police aérienne sur le territoire métropolitain, fait état d’une note de l’état-major de l’armée de l’Air du 25 août 1947 sur la « recherche et la répression des parachutages ».
[11] Cf. à ce propos L’action révolutionnaire, conférence prononcée en mars 1950 par le colonel Edmond Combaux à IHEDN, section Militaire, Centre de documentation de l’IHEDN, qui reproduit la carte en question.
[12] Cf. notre article, « La menace de subversion communiste dans les forces armées (1949-1950) », Revue historique des armées, no 2/1999, p. 105-116.
[13] Cf. notre article, « Le colonel Lacheroy. Théoricien de la guerre révolutionnaire et de l’action psychologique », Guerre d’Algérie Magazine, no 1, janvier-février 2002, p. 38-43.
[14] La guerre et l’action psychologiques en France (1945-1960), op. cit., p. 303-316.
[15] Fait pour le moins significatif, ces mêmes théoriciens s’évertuent à prouver l’existence de hiérarchies parallèles en URSS et pensent les avoir découvertes lorsque sont recensées 21 associations d’État censées regrouper l’ensemble des activités de la population soviétique. Cf. notamment Jean-Claude Racinet, Les capitaines d’avril, Paris, Éd. France-Empire, 1976, p. 71.
[16] Le général Allard, dans une conférence prononcée au SHAPE le 15 novembre 1957 et intitulée Les missions de l’armée française dans la guerre révolutionnaire d’Algérie, résume parfaitement cette vision : « Le monde libre, obnubilé par le risque mortel d’une guerre totale, semble n’avoir pas vu que la ligne de défense, dressée de l’océan Arctique à la Méditerranée, pouvait être tournée par le sud... En 1956, la France et la Grande-Bretagne avaient voulu à Suez s’opposer au déferlement vers l’Ouest du panarabisme encouragé par le communisme. Le monde libre n’a pas compris la portée de ces tentatives et ce furent des échecs. La ligne de défense arrière, la dernière, passe par l’Algérie. »
[17] Charles Lacheroy, Mon siècle, mémoires inédits, p. 73 (dactyl.).
[18] Il s’agit du Bureau « ACPO » (Action politique), cf. La guerre et l’action psychologiques en France (1945-1960), op. cit., p. 197-204.
[19] Cf. notre article, « La guerre psychologique en Indochine (1945-1955) », Revue historique des armées, no 4/1998, p. 104-115.
[20] Le Centre d’instruction, de pacification et contre-guérilla (CIPCG) d’Arzew forme, à partir de 1957, tous les officiers affectés en Algérie aux procédés de l’arme psychologique. La durée des stages est alors d’environ deux semaines... Cf. Frédéric Guelton, « Une école de “guerre psychologique”, Algérie : 1956-1961 », Défense, no 81, septembre 1998, p. 89-92.
[21] Cf. La guerre et l’action psychologiques en France (1945-1960), op. cit., p. 562-612.
[22] À titre de comparaison, on peut se reporter avec profit à l’étude de Patrick Facon, L’armée de l’Air en quête de son identité, 1900-1960, rapport présenté pour l’habilitation à diriger des recherches, Université Paris I, 1999-2000, 134 p.
[23] Cf. notre étude, « Le 5e Bureau en Algérie », colloque Les aspects militaires de la guerre d’Algérie, UMR no 5609 ESId (CNRS), CEHd, 5 et 6 mai 2000, Montpellier. Actes, Jean-Charles Jauffret et Maurice Vaïsse (éd.), Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie, Bruxelles, Éd. Complexe, 2001, p. 399-419.

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La contresubversion d'actualité ?

Soumis par lrenard le 1 Juin, 2009 - 22:03

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La doctrine de la guerre révolutionnaire, spécialité française, ne subit-elle pas un regain d’actualité ? De l’ultragauche au sans-papiers, du chômeur à l’anti-hadopiste, du gréviste au schizophrène dangereux, les stigmatisations et dénonciations de groupes sociaux rappellent cette spécialité de la police et de l’armée françaises aussi appelée doctrine de la contresubversion.

 

Un climat de terreur latente

 

Si la doctrine de la guerre révolutionnaire est de retour, au moins à titre d’arme politique, cela signifie que l’ennemi intérieur, ou plutôt les ennemis intérieurs sont l’objet d’une seule et même campagne de création d’ennemis de la société [1]. Une campagne relayée et amplifiée par la caisse de résonance médiatique. Selon la doctrine de la guerre révolutionnaire, sur laquelle nous revenons plus bas, cette campagne aurait pour effet d’activer chez les groupes non stigmatisés un réflexe de non identification et de non solidarité avec les groupes stigmatisés, et, par suite, de recentrement autour du discours officiel. Des attaques multiples qui pourraient n’être qu’une tentative de terrorisation et d’orientation psychologique de la « majorité silencieuse », victime d’une manipulation destinée à servir des enjeux d’une domination politique.

 

Le principe marche très bien à l’échelle d’une population : pourquoi dans le cas où l’on n’appartient à aucun des groupes stigmatisés se rapprocherait-on d’eux ou adopterait-on leurs idées, à moins de vouloir se confronter aux autorités, avec ses collègues bien-pensants ou avec… son boss ? C’est ainsi que certains salariés ont refusé l’étiquette de « rouges » et ne se sont pas déclarés grévistes lors des dernières manifestations nationales. Combien serait-on si chacun pouvait débrancher ce petit système de survie ? La suggestion marche de fait très bien, comme dans l’expérience de la goutte d’huile dans l’eau, au milieui du sel et du poivre – pour ceux qui ne connaissent pas l’expérience, l’huile sépare brutalement le sel et le poivre, qui s’en vont chacun sur un bord opposé de l’assiette. Chez les esprits bien pensants, le principe d’éloigner des groupes visés par la stigmatisation ou la répression, qu’elle soit policière ou médiatique, et, corrélativement, d’identification avec les groupes non visés, est une tendance inévitable.

 

Dans l’hypothèse où la surenchère sécuritaire reposerait sur une stratégie de contresubversion, les attaques répétées contre les « virus » du système politico-économique actuel auraient pour but de diffuser un sentiment de terreur et, corrélativement, de passivité, au moment même où les attaques du système démocratiques se multiplient et où le citoyen ressent qu’il a perdu le pouvoir de faire entendre ses exigences [2]. Cette perte de pouvoir est précisément ce qui doit être maintenu le plus longtemps possible dans l’ombre en limitant la propagation de l’esprit de révolte, en orchestrant la désignation d’ennemis intérieurs et la stabilisation de l’opinion. Nous verrons que cette stabilisation sert, dans le même temps, à légitimer le déploiement d’une architecture du contrôle et des choix sécuritaires en vue de la répression de tous les contre-pouvoirs émergents, autrement dit le maintien d’une politique de classes.

 

Retour sur une doctrine de guerre

 

Au Festival des résistances et alternatives à Paris (FRAP), mi-mai, Mathieu Rigouste exposait à ses auditeurs ses recherches sur les techniques de la guerre révolutionnaire, à partir notamment des archives de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN). En tant que spécialité qui a valu aux Français une réputation mondiale, la doctrine de la guerre révolutionnaire tire son origine d’expériences de guerres, en Indochine puis en Algérie. Ces expériences, incluant torture, disparitions forcées, infiltrations, recensement, maillage de la population, dénonciations, visaient d’une part à maîtriser l’adversaire et d’autre part à obtenir la collaboration de la population non révolutionnaire. Ces expériences furent rassemblées dans plusieurs documents au retour de la guerre d’Indochine.

 

La doctrine suppose que les « virus » subversifs – révolutionnaires, communistes, de libération nationale, etc. – mettent en danger la population d’une zone, ayant des effets nocifs sur son « unité » et pouvant aussi renverser l’opinion de la partie non atteinte de la population. Ces virus subversifs sont cachés au sein de la population, sans qu’on puisse séparer les citoyens inoffensifs des révolutionnaires. Ils sont logiquement organisés autour d’une OPA (organisation politico-administrative). La mission de l’armée et des services de renseignement est alors de lutter contre ces virus en identifiant et en poursuivant l’OPA dans la population globale. Pour y parvenir, il est nécessaire d’influencer celle-ci, en la persuadant de son intérêt à ne pas cacher les subversifs, à s’en éloigner, ainsi qu’à collaborer et à dénoncer les membres de l’OPA.

 

Constituée entre 1953 et 1960, la doctrine a fait l’expertise des renseignements et de l’armée française à l’étranger, au point que d’autres pays sont venus se former en France à ce type de tactique urbaine. Elle a été interdite officiellement en France en 1961, mais cela n’a pas empêché Mai 1968 d’en être un nouveau terrain d’application. De plus, depuis les années 1970, quoique interdite, la doctrine a sans doute contribué à façonner la grille de lecture sécuritaire face aux poulations immigrées, vécues comme vecteur intérieur d’une menace globale – islamisme, terrorisme, immigration clandestine, violences urbaines… – et a entraîné la mise en place du nouvel ordre sécuritaire sur une base identitaire. C’est l’avis de Mathieu Rigouste [3], pour qui le modèle matriciel issu des guerres coloniales a imprégné la vision des politiques de sécurité intérieure et les premiers dispositifs sécuritaires.

 

Au sein de l’IHEDN, qui n’est autre qu’un institut créé par Pétain pour former les cadres de la nation, Mathieu Rigouste indique que la doctrine a toujours eu ses défenseurs, qu’elle y reste discutée encore aujourd’hui et continue d’influencer une élite à la fois militiaire, politique et médiatique par ses principes simples et efficaces. Or cette élite de l’IHEDN, qui est pour un tiers composée de cadres de l’armée, pour un tiers de magistrats et pour un tiers de personnalités du privé – patrons de l’audiovisuel et de la presse, du complexe militaro-industriel… –, est-elle toujours chargée ou tentée de transmettre les représentations des subversifs et la manière de les reconnaître dans le corps social ? La doctrine peut-elle s’étendre à de nouveaux ennemis, de plus en plus imaginaires ? Et dans quel but, sachant qu’une telle stratégie se double toujours d’enjeux de domination totale ?

 

Les « risques gris » et la multiplication des « ennemis intérieurs »

 

A ces questions il est tentant de répondre par une autre : pourquoi un pays dont c’est la spécialité, qui a plusieurs fois affirmé sa supériorité dans ces techniques, y compris en 1968, et dont l’élite (militaire, médiatique, etc.) continue à être en contact avec les principes très simples de la contresubversion, bref, pourquoi l’ordre établi se priverait-il d’une telle arme ? L’on n’abandonne pas une arme qui marche, qui plus est dans un pays dont c’est devenu la spécialité en matière d’ordre social…

 

Plus précisément, dans un rapport des RG de 2005, au moment où la police est confrontée aux émeutes urbaines dans les banlieues, les risques « sociaux » prennent le pas sur l’islamisme, qui formait jusqu’alors le principal ennemi potentiel. Il y a une inflexion dans la façon de considérer les facteurs de risques sociaux. Le rapport de RG généralise la cause des émeutes. Il s’agit d’un « risque gris » multiple, au sein des milieux populaires, par opposition aux milieux bourgeois. Tous les milieux populaires sont considérés comme des milieux à risques. A cette période, les discutants de l’IHEDN montrent qu’il ne semble pas y avoir de récupération gauchiste ni d’animation terroriste dans les émeutes et que ces mouvements sont avant tout « sociaux », autrement dit sans véritable OPA – l’organisation politico-administrative qui caractérisait le réseau subversif. Curieusement, après les émeutes, la police française a redoré son blason de spécialiste mondial dans les combats contre les risques intérieurs. Depuis, quoiqu’il ne s’agisse pas de rechercher la « tête » de réseaux de subversion – et peut-être à cause de ce côté flou des « risques sociaux » mal définis –, l’on voit sans cesse brandir des solutions de quadrillage technologico-sécuritaire du territoire, comme ces derniers jours autour des établissements scolaires.

 

Cependant, il ne peut être question d’étendre ces instruments de contrôle à tous les espaces publics et parfois privés – cf. l’incitation faite aux commerçants de s’équiper de caméras de sécurité – sans créer ou orchestrer des événements qui le légitimeront. C’est là que le principe psychologique de la contresubversion pourrait s’avérer efficace, pour légitimer ces installations en s’appuyant sur la construction d’ennemis intérieurs désignés. Ainsi, la croissance du nombre d’interpellations, de violences policières, de garde à vue prolongées, ainsi que de stigmatisations de plus en plus multiformes de groupes sociaux présentés comme subversifs pourraient servir la logique de domination globale d’une classe dirigeante de moins en moins « soucieuse » des libertés. Cette logique globale, au-delà des intérêts que l’on pourrait qualifier d’économiques – de relance économique par l’innovation sécuritaire, puisque la recherche et l’équipement technologique sécuritaire se trouvent de fait largement stimulés – est surtout porteuse d’une intention de maintien de l’ordre. Intimider, voire terroriser l’opinion, et par là aussi et surtout : convaincre une majorité d’adhérer au renforcement de tous les contrôles et de maintenir en place un pouvoir qu’elle serait tentée de désavouer s’il n’y avait pas ces ennemis intérieurs.

 

Dans les faits, les dispositifs sécuritaires conquièrent des espaces où ils n’auraient pas été tolérés un an plus tôt. Installations de caméras, fichiers de renseignements, portiques de détection des métaux, fouilles des élèves, descentes de police – vecteurs d’une « bonne insécurité » selon certains, après des descentes de prévention contre la drogue –, etc., gagnent tout le système éducatif. Dans la même logique antisubversive, il faut rappeler, fin 2008, un appel d’offres du ministère de l’Education pour la création de fichiers répertoriant les « leaders d’opinion » à l’université, analysant « leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau ». Ce système en place depuis 2006, de l’aveu du ministère, et digne des méthodes de renseignement les plus contresubversives augure mal de la façon de considérer le milieu universitaire. Il faut dire que depuis la loi Devaquet, en 1986, et à la suite des mouvements anti-CPE en 2006, le gouvernement a fort à faire avec la lucidité d’un milieu retors aux manipulations (sans parler des prises de conscience de cette année). De fait aussi, les lieux de la criminalité désignés comme tels se multiplient, avec une focalisation particulière, ces jours-ci encore, sur le système éducatif, après le coup de poignard d’un collégien sur une prof de maths qui l’avait puni ou l’agression d’une CPE dans les couloirs d’un collège. Des faits dramatiques surexploités et où l’on se hâte de légitimer la réponse sécuritaire par l’exemple du grand frère américain. Las, l’intelligence statistico-comparative a ses limites lorsqu’on n’oublie tant d’autres paramètres et que l’on fait l’impasse sur le bilan d’un pays en proie à une crise totale… Mais certains continuent, comme le fait le gouvernement, à se servir de l’argument d’autorité du grand frère américain.

 

Quant aux offensives médiatiques, la liste serait longue. Quelques-unes parmi les plus visibles : en janvier 2009, le JDD titrait à propos des grévistes de Saint-Lazare : « SUD, le nouvel ennemi public », au milieu d’une campagne médiatique générale analysée par Le Plan B dans son numéro de février-mars ; des colonnes entières sont consacrées aux sacages occasionnés en marge des manifestations – anti-OTAN, anti-G20, grèves nationales… –, dont certains sont visiblement entretenus par les services de sécurité ; quant au montage de l’« ultragauche » et de la « bande à Coupat », référence aux années 1920 dont personne ne connaît plus rien, il est l’emblème du refus de laisser émerger des alternatives critiques (aux modes de production-consommationi actuels, etc.) et de voir étalés au grand jour les tabous de l’ordre établi. D’une manière générale, la presse a intérêt à relayer les attaques du gouvernement, à stabiliser l’opinion et à la maintenir éloignée des « subversifs », faisant le jeu de la contresubversion en relayant les effets d’intimidation [4].

 

Il faudrait ajouter, parmi d’autres, la manipulation des chiffres sur la délinquance pour modifier les principes de la justice des mineurs, les attaques aux sans-papier pour justifier des chasses à l’homme terrorisantes, la culpabilisation des associations d’aide aux sans logement (le DAL face à la justice) ou aux sans-papiers, l’organisation de la délation, etc. Face à ce qui pourrait être des applications médiatiques du principe de contresubversion, on ne peut omettre de mentionner la grippe A, diagnostiquée comme une pandémie dès les premiers cas et elle aussi en bonne place pour maintenir l’angoisse d’une pandémie mortelle à son maximum, laisser planer la perspective d’une loi martiale prochaine – comme au Mexique début mai, où elle a favorisé des interpellations. Une situation visiblement prévue depuis mi-2007, date où un programme d’éducation récemment évoqué par le président de France Télévisions a été conçu avec l’aide de France 5, afin de poursuivre l’éducation des jeunes par des modules télévisés, dans l’hypothèse où serait pronconcée l’interdiction de sortir des chaumières.

 

A la différence de la guerre révolutionnaire, la figure de ces ennemis est entachée d’un flou général quant à leurs revendications. Cela rappelle le « risque gris » mentionné plus haut, et l’absence d’OPA dans un certain nombre de cas. En revanche, dès qu’un simili d’OPA se présente, il devient une cible directe. Un risque gris émergeant qui plonge ses racines dans la remise en cause de l’ordre établi, la lutte contre un Etat mafieux ou, comme on pourrait le dire à l’ancienne : la lutte des classes… Et cela au sein des milieux populaires, mais pas seulement – Coupat dans l’interview qui précède sa remise en liberté a cette phrase : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (citant Hegel)… C’est ainsi que sont visées toutes les voix discordantes qui ne servent pas la « planification » étatique en matière de développement industriel et social, les choix de l’innovation et de la croissance financière, toutes les voix discordantes qui luttent contre les choix sécuritaires et de contrôle, contre la régression du droit du travail et les choix de mise au pas du salariat par les grandes instances internationales, et enfin toutes les générations susceptibles d’apprendre et de repenser le monde autrement – d’où la focalisation sur les étudiants et la jeunesse. Tout cela doit être considéré comme des virus et il faut empêcher la collusion et le rapprochement du reste de la population avec eux, qui pense : « Plutôt ma sécurité que de moisir au poste 96 heures pour avoir barbouillé un panneau publicitaire »… (comme c’est arrivé récemment à des antipubs).

 

Ces « virus » peuplent les journaux, les postes de police ou les prisons, soumis à des procédures d’interpellation, de garde à vue et d’emprisonnement de moins en moins conformes au droit et à la justice. Les rapports récemment publiés d’Amnesty, de la LDH ou de la Commission de déontologie de la sécurité confirment la tendance, même s’ils font l’objet d’une médiatisation infime et que la classe politique s’en saisit très peu. Même, à un autre niveau, le bilan 2009 de la CNIL – qui comportait des critiques sur les atteintes au droit dans la loi Création et Internet – a subi un retard de publication jusqu’au dernier vote de la loi Hadopi afin de limiter sa médiatisation. C’est dire la transparence dans laquelle ces rapports sont publiés et accueillis par la classe politique. Sans doute les rapports sur la sécurité seront-ils eux aussi lettre morte au niveau politique, car les violences policières et les interpellations dites régulières sont, vis-à-vis des subversifs, la preuve renouvelée d’une stratégie de violence morale et d’une urgence de soumission générale de la société.

 

Ici, en temps de paix, les caméras, interpellations, fichiers, enregistrements divers valent pour le quadrillage des villes et les barrages filtrants dans la casbah d’Alger en pleine guerre d’Algérie. En temps de paix aussi, cette arme psychique qui consiste à faire grandir les peurs, sur fond de crise économique, s’avère être l’arme idéale pour faire admettre une politique d’inégalités contraire aux intérêts de la majorité.

 

L’ère de la manipulation

 

Voilà au final à quoi pourrait servir la multiplication des groupes stigmatisés et l’amplification du volume des attaques contre toutes sortes d’opposants :
1) faire agir la séparation spontanée entre « ceux qui n’ont rien à se reprocher » et les personnages « dangereux pour la société » ;
2) faire entrer en vigueur tous les dispositifs les plus impensés auparavant afin de préparer le contrôle de tous les espaces sociaux, voire privés ;
3) Maintenir un ordre de domination dont les intérêts sont classiques : la domination sans contre-pouvoir, avec de nouveaux instruments de l’ordre, y compris les techniques d’intimidation psychologique.

 

L’on peut considérer aujourd’hui que l’Etat et la classe dominante organisent la domination d’une manière technique, en abusant de leur statut officiel d’Etat et de dirigeants ou de professions influentes, par la dénonciation officielle d’ennemis de l’ordre intérieurs dont il s’agit d’éloigner le reste de la population. Il faut organiser la suspicion à l’égard des fauteurs de troubles afin qu’elle soit plus forte que la suspicion que peuvent engendrer le maillage des lieux d’existence par l’industrie sécuritaire ou le marketing, la destruction systématique des oppositions émergentes et les politiques d’inégalités. C’est en effet le seul biais qui s’offre à eux pour maintenir un simulacre d’adhésion. Et cela marche sur tous les esprits bien-pensants.

 

Et si cela s’avérait ne pas être une technique de contresubversion – mais une logique autogénérée par le système de gouvernementalité actuel, fondé sur des calculs de risques, et qui, selon une logique foucaldienne, génère de façon systématique des instruments d’analyse et de contrôle de ces risques pour installer ses parefeux là où sont décelés des risques d’insécurité –, les conséquences psychologiques sont identiques : le témoin des coups de sang des ministres et des stigmatisations à l’emporte-pièce interprète que, s’il est un bon citoyen, il ne doit pas s’acoquiner ou collaborer avec les « rebelles ».

 

Inquiéter, terroriser ou empêcher les plus dociles de rejoindre le camp « rebelle » : cela marche sur tous les esprits bien-pensants à l’heure ou il semble que la pire des obcénités soit devenue l’exigence de liberté.

 

Louise A. Renard
Publié sur hns-info

 

 

[1] On pourrait ajouter d’autres axes, ils se multiplient tous les jours et convergent, sans réelles raisons, à former un ennemi global : ainsi, de l’anti-hadopiste (cf. le salarié de TF1 licencié) à l’anti-ogm, dont les premiers sont « criminels » vis-à-vis de l’industrie de la création, et dont les seconds pourraient un jour se voir accusés d’empêcher certains industriels de « nourrir l’humanité », vu la tendance de la propagande pro-ogm à affirmer être une solution contre la faim dans le monde… Les axes seront sans doute innombrables dans quelque temps, ce qui, dans l’hypothèse de forger une ennemi global, peut avoir pour effet de faciliter la doctrine de la contresubversion, car les interpellations seront d’autant plus faciles que le chef d’accusation sera imaginaire.

 

[2] Emblématique de ce qu’est devenu le débat parlementaire : la campagne anti-hadopiste a montré à quel point l’Assemblée était vidée de sa fonction démocratique. Des députés de la majorité ont fait savoir en effet, entre les deux passages à l’Assemblée, tout leur mépris du processus démocratique (la loi passera, martèle l’un d’eux), avouant par là que les votes se réduisent toujours plus à une procédure formelle et que le travail parlementaire ne protège plus des effets d’une politique de domination.

 

[3] Cf. « L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine », de Mathieu Rigouste. Consultable sur le site de l’éditeur : http://www.editionsladecouverte.fr.

 

[4] La caisse de résonance médiatique partage une large responsabilité dans la diffusion de l’intimidation. L’effet psychologique joue d’autant mieux que la saturation d’informations empêche d’élaborer les faits et maintient l’opinion dans l’incapacité de s’interroger réellement sur ce qui s’est passé. La succession des messages semble court-circuiter les processus de réflexion. La diffusion de messages traumatisants oblige de plus chacun à brider sa sensibilité et à endommager la capacité de critique et d’engagement.

 

 

exemple d' information dans les armées :

Programme du colloque (2008-30)


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Continuité de la menace

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La subversion est définie comme une action conçue pour affaiblir la force militaire, économique ou politique .... évoluent dans leur milieu et en sont d'
autant plus difficiles ... 1999, un officier français, en poste à l'OTAN, a fourni aux ... restent cachées ? La menace la plus insi- dieuse reste la subversion. ...

autre doc sur :

L'armée française face au problème de la subversion communiste au ...

moindres, ont vu dans le Parti communiste français une menace militaire ...... adapté aux nécessités du combat en milieu urbain ; enfin, une stratégie et ...


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Leur Paix - Le Rétif - 6 Avril 1911 - NON FIDES

de chez NON FIDES

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10/10/2009

Octobre à Paris - Maurice Audin -

festivals d’un film maudit

entretien avec Jacques Panijel

entretien réalisé par Jean-Philippe Renouard & Isabelle Saint-Saëns

Octobre à Paris est un objet à part. D’abord par sa fabrication. Dans les mois qui suivent les massacres d’octobre 1961, Jacques Panijel, biologiste, membre du comité Audin, met en scène une reconstitution qui donne à voir le quotidien des Algériens : la vie dans les bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers, les arrestations, le centre de torture du 28 rue de la Goutte d’or. Il fait jouer, par ceux qui en avaient été les acteurs et sur les lieux mêmes, la préparation et le départ de la manifestation du 17 octobre, évoquée par un montage d’archives, photos et images filmées. Puis des témoignages : la caméra refait le trajet de ceux qui ont été arrêtés, battus, jetés à la Seine. Par son devenir ensuite : les copies sont saisies, les projections interdites. En mai 68, le film est projeté aux 3 Luxembourg, en alternance avec La Bataille d’Alger. En 1973, il obtient un visa de censure, après une grève de la faim du cinéaste René Vautier, sans pour autant être distribué. En 1981, des promesses de diffusion à la télévision restent sans suite.
Les livres saisis chez Maspero et aux Editions de Minuit reparaissent (La Découverte réédite en septembre 2000 Ratonnades à Paris, de Paulette Péju). Mais à ce jour les copies dispersées d’Octobre à Paris restent invisibles

Le tournage d’Octobre à Paris est entamé quelques semaines après la manifestation tragique du 17 octobre. Quelles circonstances amènent un chercheur scientifique à passer derrière la caméra ?

D’abord comprenez que dans mes réponses, il y aura certainement beaucoup de subjectivité parce qu’il est vrai que je considère ne pas avoir été gâté par les militants, ni malheureusement et c’est plus important encore, par ce qu’on appelle les intellectuels.

Au matin du 17 octobre 1961, je suis averti par un camarade algérien que « quelque chose va se passer ». Je n’en sais pas plus. Le soir même, il y avait une réunion du secrétariat du comité Audin que nous avions fondé deux ans plus tôt avec Pierre Vidal-Naquet après la mort du mathématicien Maurice Audin, torturé par les militaires. En traversant les Champs-Elysées, je découvre l’horreur : des centaines d’Algériens assis par terre entre deux rangées de flics en uniforme. J’ai parcouru un peu les Grands Boulevards puis me suis rendu à la réunion du comité. Nous militions alors comme nous pouvions — tracts, réunions, manifestations — pour faire connaître la réalité de la situation algérienne. Le Monde nous a soutenu énergiquement en publiant une souscription financière pour venir en aide au comité Audin. Nous avons ainsi réuni une somme d’argent conséquente.

Au lendemain du 17 octobre, j’ai proposé l’idée d’un film qui retracerait les événements... enfin ce qui s’était passé. Le comité a été d’accord à la condition que le film soit réalisé par un metteur en scène de renom. Je me suis donc mis en quête d’un cinéaste dont la réputation aurait protégé le film et qui aurait accepté de travailler avec les contacts dont nous disposions alors avec les représentants du FLN en France. Ainsi ai-je alerté plusieurs cinéastes français de la Nouvelle Vague ; j’ai contacté de grands cinéastes étrangers. Il n’y a qu’Hollywood qui n’ait pas été mis au courant de notre démarche... (rires). Le silence fut assourdissant. Le seul qui ait réagi favorablement fut Jean Rouch. Mais il souhaitait une production légère. Ce que nous refusions car il s’agissait d’un événement majeur. Il fallait à tout prix tourner en 35 mm. Quelques années plus tard, interrogé par une revue de cinéma, François Truffaut expliquait : « la guerre d’Algérie, je regrette mais qu’est-ce que vous voulez que je dise là dessus, j’y connais rien. C’est comme si on me demandait de faire un film sur la déportation ». Que répondre à cela ?

J’ai donc proposé de réaliser le film moi-même. Mon expérience cinématographique se limitait à la coréalisation au côté de Jean-Paul Sassy de La peau et les os qui avait obtenu le Prix Jean Vigo l’année précédente. Je me suis lancé dans l’aventure avec le soutien de ma femme.

L’attitude frileuse des cinéastes français était-elle le lot des intellectuels plus largement ?

Au commencement de la guerre, la grande majorité des intellectuels français croyait qu’il leur suffirait de dire qu’ils étaient contre la guerre. Ce n’est que peu à peu qu’ils ont pris conscience de la gravité de la situation. En 1961, on peut dire que l’ensemble des intellectuels, en particulier dans l’université, est horrifié. Dans le développement de la guerre d’Algérie, le 17 octobre est un événement tardif. Les Algériens des bidonvilles étaient depuis longtemps au cœur de la guerre que livrait en France le FLN aux « modérés" du MNA. Et puis ils s’alarmaient surtout du couvre-feu, véritable chasse au faciès décrétée par Maurice Papon. Cet événement a permis au FLN de mobiliser ceux des bidonvilles afin d’organiser une manifestation à Paris le 17 octobre. Ils furent au moins 20.000 en comptant les femmes et les enfants à s’y rendre. C’est le FLN qui avait organisé les différents parcours ainsi que le désarmement total des manifestants.

Concrètement comment le tournage est-il rendu possible alors que la guerre touche à sa fin ?

Il faut d’abord citer le nom d’un type merveilleux : Jacques Huybrecht qui d’ouvrier chez Renault est devenu photographe professionnel. Je cherchais un opérateur et c’était son rêve. Il était communiste et a souhaité en parler d’abord à son secrétaire de cellule qui lui a répondu qu’un tel film porterait préjudice au parti. Quant à la fédération départementale, elle a évoqué une « pure provocation ». Jacques m’a offert une grande partie de son temps libre pour tourner Octobre à Paris. Pour le montage, il n’y a pas eu de problème, le propriétaire est resté d’une discrétion absolue pendant cinq semaines. Enfin pour le développement de la pellicule, je connaissais un labo dont certains techniciens avaient manifesté leur opposition à la guerre. Honnêtement le seul risque était la saisie sur dénonciation.

Pour transporter le matériel sur les lieux de tournage, pour que les bidonvilles de Gennevilliers et Nanterre, le quartier de la Goutte d’or, nous soient ouverts, pour obtenir des témoignages de valeur, il nous a fallu l’accord et l’aide des responsables locaux du FLN. Ces derniers ont été jusqu’à proposer de financer un film à la gloire du Front. J’ai expliqué que je faisais partie du comité Audin, que nous n’étions pas strictement opposés au FLN mais que cela voulait dire quand même notre désaccord avec le réseau Jeanson. Nous n’étions pas des porteurs de valises, mais des militants républicains français exempts de souvenirs algériens et n’obéissant à aucun patriotisme.

A la Goutte d’or, même si le commissariat n’était pas loin, nous savions que personne ne nous dénoncerait. Qu’il y avait toujours à proximité un responsable du Front pour dire, non laissez, on les connaît. La surveillance était celle des gens du cru. Sur l’une des scènes, on entend l’hélicoptère de la police qui avait l’habitude de survoler le bidonville de Gennevilliers. On arrêtait de tourner et on planquait le matériel pour recommencer le lendemain.

La question majeure que pose Octobre à Paris est celle d’une reconstitution à chaud des événements.

C’est une question que le genre documentaire ne pose pas, celle de la morale de la fiction au sens large. J’ai tourné à partir de la fin 61 et pendant six mois dans les bidonvilles et à la Goutte d’or. Sachant ce qu’avaient été ces journées, il fallait que je les fasse revivre à l’intérieur même du bidonville.

Un autre point que je souhaitais absolument évoquer fut les interrogatoires par les harkis des habitants de la Goutte d’or. Car ce sont eux qui s’en chargeaient pour des raisons linguistiques évidentes. Dans la cave d’un bar de la rue de la Goutte d’or, ce sont eux qui organisaient les séances de torture pour faire avouer à des gens qui n’étaient pas forcément des militants, mais qui peu à peu avaient partagé les idées du FLN. Nous avons filmé l’entrée du lieu depuis un balcon situé en face.

Le plus difficile n’était-il pas de reconstituer la manifestation elle-même ?

Le film est conçu comme une tragédie en trois actes : avant, pendant, après : l’organisation et le départ de la manifestation que nous avons pu reconstituer, la manifestation racontée par des photographies, et les témoignages filmés après la manifestation. J’ai cherché mais n’ai pas trouvé trace de films de la manifestation. Quant à moi, ce jour-là je n’avais même pas un appareil photo et n’imaginais pas l’affreux spectacle qui allait s’offrir à moi. J’imaginais qu’il y avait le risque de violences policières, mais ce que j’ai vu en fait, c’était des comportements dignes des nazis. Après j’ai recherché des gens qui possédaient des photos, même non publiées, ou maquillées, ou volontairement détruites. Il faut évoquer là le nom d’Elie Kagan qui a été un type admirable. Il m’a laissé utiliser ses photos que j’ai rendues vivantes par le montage et les bancs-titres. Une musique concrète donne le sentiment que les cris montent de la foule, puis les victimes sont là dans le silence.

Par ailleurs, j’ai voulu montrer comment la décision s’était prise à l’intérieur de ce qu’on appelait une casemate, qui est l’équivalent d’une direction locale dans les mouvements résistants, comment étaient rapportées les instructions du Front. J’ai demandé à ceux qui avaient rapporté ces instructions au bidonville de Gennevilliers s’ils voulaient bien recommencer la scène qu’ils avaient vécue. On a tourné cela au petit matin. On a reconstitué la réunion de la cellule, les instructions qu’ils ont données d’emprunter tel ou tel chemin, d’emmener aussi les femmes et les enfants. L’ordre était surtout de ne pas apporter la moindre arme, même pas un caillou. Nous avons donc reconstitué la scène de la fouille des militants au départ du bidonville. Les instructions étaient de manifester pacifiquement, d’emprunter les trottoirs pour ne pas gêner la circulation. Bien sûr, les gens savaient qu’il y avait un risque. Ils avaient ordre de fuir si la police les chargeait. Mais surtout pas de bagarres, pas de coups. Il s’agissait vraiment de manifester pacifiquement. Des militants du FLN étaient utilisés comme serre-file. Ils écartaient les bras au bord des trottoirs pour éviter que la foule ne déborde sur la rue. Les familles nombreuses étaient dans la mesure du possible accompagnées d’un militant. Mais un militant au niveau d’un bidonville, ce n’est pas un temps complet, c’est un gars qui transmet les tracts, les instructions. Pas plus.

Concernant les exactions policières proprement dites, comment sont-elles suggérées dans Octobre à Paris ?

Il fallait retrouver des hommes qui avaient échappé de justesse à la mort ; retrouver des gens qui avaient été balancés à la Seine et s’en étaient sortis. Le film raconte le parcours d’un garçon qui a été « flanqué à la Seine », comme il le dit lui-même. Nous avons filmé le lieu où les flics l’ont balancé dans le fleuve et il raconte en voix off ce qui s’est passé, qu’il a attendu jusqu’à quatre heures du matin, de voir passer à nouveau des automobiles sur le pont pour sortir de sa cachette. « Ils m’ont matraqué, ils m’ont frappé à la tête, c’est pour cela que j’ai moins de cheveux. Après ils m’ont jeté dans la Seine ». Nous avons cherché l’endroit où il s’est planqué, l’endroit est tel qu’il nous l’ait décrit, preuve qu’il ne mentait pas. Il y avait notamment un arbre sur lequel était cloué un panneau : « Interdit de jeter des ordures ». Cet homme raconte aussi qu’on lui a tiré dessus. Il a été jeté à l’eau avec deux autres. « Mais moi je savais nager » conclut-il.

Que se passe-t-il une fois le film terminé ? Y a-t-il des projections publiques ou la diffusion est-elle uniquement clandestine ?

Il n’y a pas eu de projection de presse, j’ai simplement averti des amis journalistes que des projections avaient lieu tel jour à telle heure au Studio Bertrand en face de l’hôpital Necker. Une fois sur deux la police arrivait et embarquait la copie du film. Quand nous étions prévenu de la descente, nous projetions Le Sel de la terre, le beau film de Herbert Biberman. Octobre à Paris a été projeté au festival de Cannes en 1962, j’avais loué une salle de la rue d’Antibes. Le seul journal à s’en être fait l’écho fut Variety ! Le grand journal de l’entertainment a évoqué en première page la projection d’un film interdit ! Mais aucun journal parisien consacrant des pages au festival ne s’est fait l’écho de ces quelques projections. J’ai ensuite emmené le film à la Mostra de Venise où il fut à nouveau projeté quelques jours avant que les carabinieri ne ferment la salle. Enfin il m’est arrivé d’emmener Octobre à Paris dans des symposiums scientifiques ; je projetais le film à la stupéfaction des participants. Quand les douaniers posaient des questions, je racontais qu’il s’agissait d’un film scientifique. En mai 68, le film sera à nouveau brièvement projeté dans une salle du Quartier latin, en alternance avec La Bataille d’Alger.

Pourquoi Octobre à Paris est-il invisible depuis ?

Dès 1965, j’ai été contacté par des distributeurs. Mais le film ne possédait pas de visa. Le silence est alors retombé. Il faut attendre le procès de Maurice Papon à Bordeaux pour qu’un producteur courageux souhaite qu’Octobre à Paris soit vu du public. Mais ma condition était — et reste — de tourner un codicille qui détermine exactement que la répression du 17 octobre est l’archétype du « crime d’Etat ». On parle beaucoup de secret d’Etat, d’affaire d’Etat, et curieusement pas de crime d’Etat qui a mon avis mérite une classification à part. Ce que je demandais était d’avoir la liberté de tourner une préface à Octobre à Paris pour tenter de définir ce qu’est — moralement et politiquement — un crime d’Etat. Généralement le crime d’Etat est commis par des individus à qui l’on a garanti l’innocence, qui sont relativement peu nombreux et possèdent un objectif très précis. Au fond l’un des premiers crimes d’Etat est l’assassinat de César par des comploteurs qui s’emparent du pouvoir. Je souhaitais mettre en relation des événements qui ne sont qu’apparemment semblables, par exemple les procès staliniens ne constituent pas un crime d’Etat ; ils rentrent dans une technique d’Etat, ce qui est autre chose, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas fondés sur un mensonge évident mais qu’ils font partie d’un roman politique entraîné par les staliniens et exportés dans tous les pays dépendants où il s’agissait de relier ces procès à une politique donnée.

En 1973, le film obtient enfin un visa de censure...

Grâce à la grève de la faim du cinéaste René Vautier, l’auteur de Avoir vingt ans dans les Aurès. On avait refusé un visa non commercial à Octobre Paris qu’il cherchait à distribuer. Il protestait plus largement contre la censure d’Etat et militait pour l’avènement d’une commission de censure indépendante. Cette grève de la faim a été déterminante. Quand une commission de contrôle cinématographique fut enfin mise sur pied, son président a envoyé un télégramme à Vautier qui expliquait en substance : « la commission de contrôle cinématographique n’utilisera plus de critères politiques pour interdire ou accepter un film ». Ce qui n’a pourtant pas plus facilité la diffusion de mon film. Et depuis le film dort dans un placard et j’en interdis toute projection.

Même les livres d’histoire oublient pour la plupart de mentionner le film quand ils évoquent la guerre d’Algérie...

Plus terrible encore... Au moment de l’affaire des sans papiers de l’église Saint Bernard, il y a eu une protestation émise par 25 ou 30 jeunes gens du cinéma contre les atteintes aux droits de l’homme. Y a-t-il eu un seul d’entre eux pour avoir le vrai courage du cinéma qui aurait consisté à faire un long métrage sur ces événements ? C’est ce que j’avais essayé de faire 35 ans plus tôt. Et Le Monde publie alors un article qui dit à peu près : « pour la première fois dans l’histoire du cinéma, les cinéastes montrent l’importance qu’ils ont pris dans le monde de la culture, de l’intelligence et de la citoyenneté en élevant une protestation solennelle contre le comportement de la police à l’occasion de la grève de la faim des sans papiers de l’église Saint-Bernard ». J’ai pris mon téléphone pour dire à la rédaction que je trouvais scandaleux — non pas l’article sur la protestation purement verbale des cinéastes en question, c’est très bien qu’ils aient fait cela — mais le fait que l’article en question passait sous silence le fait que bien avant un film vraiment clandestin et politique avait été réalisé dans ce pays... Je ne demandais pas de dire qu’Octobre à Paris est une date importante dans l’histoire du cinéma mais plutôt : « comme il est arrivé pendant la guerre d’Algérie avec Octobre à Paris, il y a eu manifestation du cinéma en tant que tel... » Ils m’ont répondu qu’ils ne jugeaient pas cela utile. Conversation close.

 

Autres textes concernant la guerre d’Algérie, accessibles en ligne :
- L’autre invraisemblable, entretien avec Jean-Pierre Vernant, Vacarme n°7, hiver 1998-1999.
- Un franc-tireur minuscule, entretien avec Robert Bonnaud, Vacarme n°14, hiver 2000-2001.
- La vérité de l’indicatif, entretien avec Pierre Vidal-Naquet, Vacarme n°17, automne 2001.
- Sous le peuple, visage de la population, sur les photographies de Marc Garanger, Vacarme n°27, printemps 2004.

 

 

 

 

 

 

La lettre de Michèle Audin à Nicolas Sarkozy

 

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Face à l'imposture, ses simagrées et ses mensonges, il suffit parfois d'être soi-même. De ne pas biaiser, de ne pas faire le malin, de ne pas jouer au plus fin. Tout simplement de rester fidèle. Fidèle à quelques principes, à certaines valeurs, à d'anciens repères. En voici un exemple, superbe de tranquille fermeté, qui, d'une simple lettre, démasque l'hypocrisie qui nous gouverne. Oui, l'hypocrisie de cette mise en scène politique qu'on nous impose plus souvent qu'à l'ordinaire lors du passage d'une année sur l'autre: rituels vœux télévisés qui supposent une nation soumise à la parole d'un seul, traditionnelles promotions dans l'ordre de la Légion d'honneur où se détectent colifichets courtisans et distinctions clientélistes, avalanche de cérémonies de vœux présidentiels dont l'origine remonte à nos âges non-démocratiques, monarchiques ou impériaux. Si l'actuel monarque, républicain d'apparence, autocrate d'essence, ne fait ici que prolonger l'héritage de ses prédécesseurs, il s'en empare avec tant de zèle, de gourmandise vorace et d'agitation narcissique, qu'il finit par nous réveiller de notre torpeur. Vraiment, la démocratie, ce serait donc cela, cette fiction?

 

Une fiction qu'une seule lettre, admirable de simple grandeur, vient de dévoiler. Elle émane d'une brillante mathématicienne et elle est adressée au président de la République. Elle m'a été transmise par son collègue Michel Broué, directeur de l'Institut Henri-Poincaré, par ailleurs président de la Société des amis de Mediapart. La voici:

 

 

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Michèle Audin est la fille de Maurice Audin (son portrait ci-contre), ce jeune et brillant mathématicien qui, militant du Parti communiste algérien, engagé dans le combat anticolonialiste, fut arrêté, torturé et assassiné par l'armée, en juin 1957. En dehors de ses tortionnaires, le dernier à le voir vivant fut Henri Alleg, son camarade de parti, arrêté et torturé lui aussi, qui réussit à survivre pour témoigner en écrivant La Question, aux Editions de Minuit.

 

 

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Le premier livre de l'historien Pierre Vidal-Naquet, dont la mémoire est évoquée ces jours-ci sur Mediapart à un autre propos qui n'est cependant pas sans rapport (c'est à lire ici), fut, chez le même éditeur, L'affaire Audin, préfacé par Laurent Schwartz. Eminente figure de l'école française de mathématiques, ce dernier présida, fin 1957, le jury de la thèse de doctorat d'État de mathématiques de Maurice Audin, sur «les équations linéaires dans un espace vectoriel», soutenue in absentia. Grâce à la mobilisation de ces personnalités, l'affaire Audin marquera un tournant dans la prise de conscience française sur la généralisation de la pratique de la torture en Algérie.

 

"S'il est partisan, c'est seulement de la vérité", écrivait Laurent Schwartz dans sa préface au livre de Pierre Vidal-Naquet. Une vérité que la famille Audin réclame toujours et que nous réclamons tous avec elle, la justice ayant conclu par un non-lieu et son corps n'ayant jamais été retrouvé. Il suffit de le vouloir: les réponses sont là, dans les archives d'Etat, civiles et militaires. Et sans doute y trouvera-t-on la trace de ce lieutenant Charbonnier, déjà identifié par l'enquête de Vidal-Naquet pour le Comité Audin comme ayant été le tortionnaire du jeune mathématicien.

 

 

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Comme l'illustre le digne geste de Michèle Audin, ceux qui entretiennent la mémoire de ce martyr des luttes anticoloniales n'ont pas voulu en faire un monument figé et inerte. Ils l'ont prouvé encore récemment en liant ce souvenir ancien au souci très immédiat d'un autre mathématicien, Ibni Oumar Mahamat Saleh (son portrait ci-contre), cet opposant tchadien disparu début 2008, après avoir été enlevé par l'armée régulière au lendemain du départ des troupes rebelles de la capitale. Sa mort en détention est désormais avérée. Les autorités françaises, forcément concernées, sinon informées, en raison de leur soutien militaire du pouvoir en place à N'Djamena, n'ont guère répondu aux questions posées par diverses ONG.

 

Pour prolonger:

- télécharger en PDF la lettre de Michèle Audin: http://www-irma.u-strasbg.fr/~maudin/President0901.pdf

- la note de Wikipédia sur Maurice Audin, plutôt bien faite

- le site de l'Association Maurice Audin
- un site consacré au sort d'Ibni Oumar Mahamat Saleh
- un billet de Michel Broué, en août dernier, sur son blog à Mediapart

- un mien billet précédent sur les légions d'honneur

 

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06/10/2009

LUCRATE MILK "Fucking Pacifits" + témoignage

 

 

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04/10/2009

La Terrorisation démocratique

de BARRICATA :

Claude Guillon vient de publier La Terrorisation démocratique (Libertalia).
On peut se procurer ce petit livre en cliquant sur le lien suivant:
http://editionslibertalia.com/La-Terrorisation-democratiq...



Tu viens de publier La Terrorisation démocratique, qui décortique l'arsenal législatif français et européen en matière d'antiterrorisme. Peux-tu développer la thèse du livre et comparer les situations de 1986 et d'aujourd'hui?

Le mot « thèse » est trop solennel ! Le propos du bouquin est d'éclairer la nature et l'histoire des lois dites « antiterroristes », à l'échelle nationale et européenne. Une bonne partie de l'opinion, y compris dans les milieux militants, a découvert l'existence et certains détails de ces textes à l'occasion de l'affaire de Tarnac. La réaction la plus courante a été de dire : « Mais c'est n'importe quoi ! Un terroriste c'est pas ça ! Pas un mec qui est accusé, et sans preuves par dessus le marché, d'avoir retardé un TGV pendant quelques heures ! » C'est un point de vue naïf et surtout très mal informé. Les textes adoptés d'abord par l'Union européenne après le 11 septembre 2001, puis par les différents États, permettent de qualifier de « terroriste » tous les délits sans exception, y compris les actions politiques ou syndicales dès lors qu'elles sont en marge de la loi. Les textes dits « antiterroristes » ont d'abord rompu avec le droit commun. En France, c'était au milieu des années 1980, puis ils ont créé ce qui est aujourd'hui le droit commun. La règle est simple : l'État décide de ce qui mérite d'être qualifié « terroriste » et réprimé comme tel. C'est important de comprendre l'évolution qui s'est faite en vingt ans, parce que aujourd'hui ça n'a aucun sens de parler d'abroger les textes antiterroristes, comme si c'était une espèce d'excroissance qu'il suffirait de couper. C'est un ensemble logique de textes sur le « terrorisme », sur l'immigration, sur la délinquance, notamment celle des jeunes. La logique dont je parle, c'est ce que j'appelle la « terrorisation ». Mais dans leur prétention à contrôler tous les aspects de la vie, ces textes sont parfois délirants, souvent empilés les uns sur les autres sans souci de cohérence ou même d'« efficacité ». Ça peut donner, par exemple dans l'affaire de Tarnac, cette impression fausse de gros bordel ridicule, de « bavure », de n'importe quoi.

Dans le dernier chapitre de ton livre, tu évoques la multitude de fichiers à disposition des forces de répression. Besson vient d'abandonner les test ADN. Le gouvernement recule-t-il face à la fronde liée à l'après Tarnac ? Ou bien s'agit-il d'un simple recul conjoncturel et stratégique ?

Le bouclage du livre a eu lieu trop tôt pour confirmer cette reculade, mais j'avais noté que personne n'avait voulu publier les décrets d'application du texte… D'ailleurs, au moment où les tests sont introduits dans la loi, il y a déjà des critiques assez fermes dans les rangs de la droite. Pour dire ça en termes de classes, une fraction de la bourgeoisie, et pas la moins droitiste, a crié casse-cou, parce que ça rappelle quand même fâcheusement de sombres périodes, comme on dit, et sans doute surtout parce que ça touche à un des fondamentaux de l'ordre bourgeois : la famille, la filiation et donc l'héritage. Pour répondre à ta question, je pense que ça reviendra un jour ou l'autre : parce que c'est dans la logique du marché de la « sécurité biologique » – on peut déjà acheter des tests de paternité sur Internet – et parce qu'il y a une autre logique qui est de produire sans cesse de nouvelles réglementations. Ces deux logiques s'alimentent évidemment l'une l'autre : quand un moyen technique de contrôle existe, on le légalise et on le commercialise.

À propos de terrorisation, tu évoques deux « figures dangereuses combinées », le jeune et l'étranger. Ne manque-t-il pas le travailleur qui revendique ?

Le travailleur en lutte, on pourrait dire aussi l'activiste politique, est bien concerné, mais en quelque sorte en bout de chaîne. De telle manière que s'il est concerné, il ne se sent pas concerné, au moins jusqu'à maintenant. Les figures dangereuses que sont les jeunes délinquants et les étrangers, considérés comme délinquants du seul fait de leur présence « illégale », ont été très tôt associées à celle du terroriste. C'est devenu caricatural dans l'action de quelqu'un comme Sarkozy, déjà quand il était ministre de l'Intérieur. Dès 1986, on introduit dans la définition légale une notion de « subjectivité », c'est-à-dire d'élasticité, du point de vue du pouvoir. Après le 11 Septembre, les textes européens dressent carrément la liste des actes susceptibles d'être classifiés « terroristes ». On y trouve presque tout, y compris le répertoire militant : occupations, sabotages, etc. Ce sont les intentions terroristes qui comptent, et bien entendu, ce sont les flics et les magistrats qui décident de tes intentions !

Peux-tu nous dire comment le mandat d'arrêt européen, qui est encore mal connu, s'inscrit dans ce dispositif…

Ce mandat est dans la logique d'harmonisation répressive qui prévaut dans un espace géographique de plus en plus large. Il se présente comme une politesse que se font entre elles les démocraties ; c'est une manière de reconnaissance judiciaire comme on parle de reconnaissance diplomatique. Concrètement, ça signifie que n'importe quel magistrat de n'importe quel pays de l'UE peut lancer un mandat d'arrêt contre n'importe quel ressortissant d'un autre pays de l'UE. Un exemple : j'ai participé à une manifestation à Gênes ; je rentre chez moi à Paris ; un magistrat italien, qui pense que c'est moi la cagoule floue à gauche sur la photo, peut me faire arrêter trois mois plus tard par les flics français. La justice française, ou mon avocate, ne peuvent s'opposer à l'exécution du mandat que dans un nombre limité de cas. Les premiers visés par des mandats européens ont été des autonomistes basques. C'est un instrument de répression politique dont on n'a pas encore pris la mesure, que la gauche française a encouragé et dont elle se félicite à chaque occasion !

Tu as récemment publié deux autres livres. Le premier porte sur la notion de corps critique, l'autre sur les Enragés. Comment articules-tu ta réflexion ? Quel est le lien entre le corps, l'histoire politique et la législation antiterroriste ?

Là, ça a un côté « ma vie, mon œuvre »… Je vais essayer de faire court ! Je me considère d'abord comme un militant anarchiste ; l'écriture est pour moi un outil privilégié parce que c'est celui que j'utilise le moins mal. Enfin, c'est ce qu'on m'a fait croire à l'école !
Dès mes premières publications, je me suis inscrit dans un courant de réflexion sur l'importance du corps en politique qui avait comme traduction immédiate les luttes de l'époque (fin des années 60- années 70) pour l'avortement et la contraception libres, les luttes féministes et homosexuelles, et comme antécédent immédiat les tendances radicales de la psychanalyse, essentiellement Wilhelm Reich et sa Sexpol allemande ou plus lointain avec les utopies amoureuses fouriéristes. L'effort de Reich, dans les années 30, portait sur l'articulation entre corps, inconscient et politique, notamment au travers de l'épanouissement érotique. Dans le livre récent auquel tu fais allusion, j'ai essayé de donner chair à la notion de « corps critique », comme on parle d'esprit critique, au moment où des scientifiques, des artistes d'avant-garde et des activistes illuminés tentent de mettre en pratique un « dépassement » du corps que j'identifie à la fin des utopies libertaires.
La révolution française, maintenant. Je pense, avec bien d'autres (Kropotkine, Guérin, etc.) que c'est une matrice qui n'a pas produit tous ses effets. Elle est, malgré une production historienne surabondante, encore trop mal connue et mal comprise. J'ai choisi de m'intéresser à la fraction qui me semble la plus radicale, et la moins étudiée aussi, celle des Enragé(e)s ; je marque bien le « e » du féminin parce que plusieurs des figures les plus intéressantes sont des femmes et qu'elles posent en actes un certain nombre de problèmes auxquels nous nous heurtons encore aujourd'hui. Par ailleurs, je pense que pour qui s'intéresse à la démocratie directe, l'étude de la Révolution française est indispensable.
Par rapport à ces questions de fond, l'analyse de l'arsenal « antiterroriste » peut sembler anecdotique, quoique ça n'est pas sans rapport avec l'histoire puisque durant la période de la Terreur, on a centralisé à Paris les procédures contre les conspirateurs, comme aujourd'hui les procédures antiterroristes. Et pas non plus sans rapport avec le corps, puisque c'est de plus en plus le support même de l'identité et donc la cible de la surveillance, avec la biométrie. Disons que la proposition de Libertalia m'a permis de refaire le point sur une question d'actualité, sur laquelle j'avais déjà commencé à travailler après les émeutes de 2005 et l'état d'urgence, qui n'avait, soit dit en passant, pas suscité beaucoup plus de réactions que les lois antiterroristes.

As-tu, pour finir, quelques conseils de lectures à nous souffler ?

Je peux signaler la réédition de La Révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse d'E. Armand, par Gaetano Manfredonia (Éd. Zones), et dans mes lectures récentes : le passionnant Désorceler, de l'anthropologue Jeanne Favret-Saada (L'Olivier), et El Indio, un gros roman pas très bien écrit mais prenant de Jules Celma, le garçon qui avait publié Journal d'un éducastreur chez Champ libre, en 1971.

http://contre.propagande.org/pravda/modules/news/

 

 

La « Terrorisation » du monde (chap. 3)

La nouvelle loi antiterroriste française (2005-2006)

dimanche 26 mars 2006.

La mondialisation et les nouvelles technologies sont convoquées comme épouvantails justificatifs (les bandits se déplaçaient en auto, ils n’hésitent plus à prendre le TGV !) dans l’exposé des motifs de la loi :

La mondialisation des échanges et le perfectionnement des technologies de l’information et de la communication aggravent la menace. La volonté de destruction des terroristes y trouve de nouvelles voies d’expression. [...] Le développement des liaisons ferroviaires à grande vitesse en Europe facilite les déplacements des membres des groupes terroristes.

Le texte vise notamment à :

• Développer la vidéosurveillance, notamment dans les moyens de transports collectifs terrestres ;

Il existe aujourd’hui environ 23 000 caméras dans Paris : 20 400 dans les lieux et établissements recevant du public (gares, grands magasins, banques) ; 2 175 près des ambassades et ministères ; 330 dans les rues, chiffre que la préfecture de police envisage de porter à 900. En juin 2005, la préfecture a procédé à des essais de vidéosurveillance à partir du dirigeable de l’entreprise Sofema. [Source : Le Parisien, 24 nov. 2005]

Le réseau britannique compte 2,7 millions de caméras. À l’aide d’un système de reconnaissance automatique des plaques minéralogiques (Automatic Number Plaque Recognition, ANPR), les déplacements des automobiles pourront bientôt être analysés et enregistrés 2H heures sur 24 et 7 jours sur 7.

[Source : Libération, 27 décembre 2005.]

• Renforcer les possibilités de contrôle des déplacements (contrôles d’identité dans les trains et les aéroports et contrôle des voyages hors de l’Union européenne)

• Renforcer le contrôle des échanges téléphoniques et électroniques (art. 5) ;

En effet, « la problématique [sic] des “cybercafés” est d’offrir des accès à l’Internet sans ménager de possibilités d’identifier les clients ni de cerner les connexions individuellement. » Pour pallier cette fâcheuse lacune (qui concerne également les bibliothèques), le texte « clarifie » la situation juridique de ces fournisseurs d’accès « en les assimilant explicitement aux opérateurs », tenus de stocker et de fournir leurs données. Comme l’explique l’exposé des motifs...

L’obligation actuelle de s’inscrire systématiquement dans un cadre judiciaire déterminé est trop restrictive car la plupart des vérifications nécessaires en pratique découlent d’éléments recueillis en amont de toute procédure judiciaire : renseignements recueillis auprès du voisinage, d’un informateur, d’un service de police étranger ou retrouvés à partir d’un carnet d’adresse.


Allo ! Strasbourg ?

Au moment où les parlementaires français examinaient la nouvelle loi antiterroriste, le Parlement européen adoptait (14 décembre 2005) une directive autorisant la conservation entre 6 mois et 2 ans des données recueillis auprès des fournisseurs de services de communications électroniques ou des réseaux publics de communication. Ces données concernent l’identité et l’adresse des expéditeur et destinataire d’une communication (téléphonique ou par mail), l’heure et la durée de celle-ci, mais non son contenu. La députée PS Martine Roure considérait comme une « grande victoire » que le Parlement ait été associé à une décision que les vingt-cinq ministres de l’Intérieur souhaitaient prendre seuls.

Source : Le Monde, 16 décembre 2005, qui indique à tort que sont visées les seules données téléphoniques.


• Renforcer les connexions entre les fichiers existants et permettre l’accès de la police antiterroriste aux fichiers administratifs ;

• Ajouter aux contrôles routiers la possibilité de photographier les occupants des véhicules contrôlés (art. 8) : « L’emploi de tels dispositifs est également possible, par les services de police et de gendarmerie nationale, à titre temporaire, pour la préservation de l’ordre public, à l’occasion d’événements particuliers ou de grands rassemblements de personnes ». La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) juge ce dispositif « disproportionné ». Lorsque le sénateur Jean-Pierre Sueur parle des « pouvoirs exorbitants » donnés au pouvoir exécutif et ironise « Qu’est-ce qu’un “grand rassemblement ? », le président de la commission des lois lui rétorque sans vergogne : « C’est un grand rassemblement ! C’est clair ! » [séance du 22 décembre 2005].

L’idée générale de cet ensemble de dispositions est, via notamment les systèmes de lectures optiques et bientôt biométriques de certaines pièces administratives, d’établir une véritable traçabilité individuelle, comme on a institué une traçabilité de la viande de boucherie pour prévenir les épidémies.

L’« épidémie » est ici clairement désignée (chap. III, art. 6.I : « Afin d’améliorer le contrôle aux frontières et de lutter contre l’immigration clandestine ».

• Augmenter les peines sanctionnant « l’association de malfaiteurs terroriste »

• L’article 14, dit l’exposé des motifs, a pour objet de « centraliser auprès des juridictions de l’application des peines de Paris le suivi des personnes condamnées pour des actes de terrorisme. [...] Cette centralisation permettra ainsi à ces magistrats de prendre, en matière de libération conditionnelle ainsi que pour toutes les autres mesures d’aménagement et d’individualisation de la peine, les décisions les plus appropriées au regard d’un contexte dont ils auront mieux connaissance du fait de leur spécialisation. Elle facilitera par ailleurs les conditions dans lesquelles la protection de ces magistrats pourra être assurée »

- Cet extrait, dont la phrase finale est miraculeusement lumineuse par rapport à celle qui la précède, rappellera quelque chose aux connaisseurs de la Révolution française (voir Annexes). En effet, le processus d’instauration de la Terreur d’État va de pair avec celui d’une centralisation des décisions. Deux mois avant que la Terreur connaisse son apogée, la loi du 17 avril 1794 centralise à Paris tous les procès de « conspirateurs ».

L’antiterrorisme actuel suit une voie similaire : poursuites, instructions et jugements sont confiés, depuis 1987, à des magistrats spécialisés « ayant une compétence nationale ».

• Il faut pouvoir (art. 21) pendant 15 ans au lieu de 10, déchoir de la nationalité française ceux/celles qui l’ont acquise par naturalisation ou mariage, dès lors que ces personnes ont été condamnées pour

- « acte portant une atteinte manifeste aux intérêts fondamentaux de la Nation

- « acte de terrorisme

- « actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France. »

Au passage, le projet

a) élargit à nouveau, par catégories équivalentes, le concept de « terrorisme »

b) confirme une catégorie, très « coloniale », de citoyens au rabais, en sursis, passibles d’un régime de double peine.

Le ministère de l’Intérieur a répondu aux critiques de la CNIL, outre le couplet habituel sur les nombreuses garanties pour les libertés, en insistant sur le caractère volontairement provisoire des dispositions qui seraient adoptées pour une durée de 3 ans et réexaminées en 2008.

R. Badinter, sénateur PS, fera observer, le 14 décembre 2005, que « depuis dix ans, c’est la huitième fois que le Parlement est saisi d’un texte portant sur la lutte contre le terrorisme, et la troisième fois pour ce qui concerne les années les plus récentes ! Depuis 1993, donc en douze ans, le régime de la garde à vue a déjà fait l’objet de six modifications, dont trois depuis le 11 septembre 2001. »

La sénatrice Éliane Assassi (gr. PC, Républicains et citoyens) fait justement remarquer, le 22 décembre, que « Le gouvernement nous présente la plupart de ces dispositions comme étant exceptionnelles et applicables jusqu’au 31 décembre 2008 seulement. Nous sommes malheureusement habitués à ce que l’exceptionnel devienne pérenne [...]. Toutes les mesures exceptionnelles prévues par les textes passés pour une période donnée - sans exception, si je puis dire- ont été reconduites, voire entérinées. »

Elle omet de signaler - comme Badinter - que, même si le PC ne les a pas voté, ces textes ont été ou sont franchement votés ou tacitement approuvés par l’abstention des partenaires PS et que la gauche a contribué à l’empilement de textes législatifs restreignant les libertés.

3. 1 Le texte « enrichi »

Soit spontanément, soit sur sollicitation du gouvernement, des parlementaires ajoutent des articles au projet de loi dans une espèce de sordide « café du commerce » sécuritaire.

• Le droit de tuer (art. 4 ; ajout au sénat) : Les policiers « sont autorisés à faire usage de matériels appropriés pour immobiliser les moyens de transport [...] lorsque le conducteur ne s’arrête pas à leurs sommations, [...] le comportement du conducteur ou de ses passagers est de nature à mettre délibérément en danger la vie d’autrui ou d’eux-mêmes, en cas de crime ou de délit flagrant. » La phrase qui suit est éclairante : « L’ordonnance n°58-1309 du 23 décembre 1958 relative à l’usage des armes et à l’établissement de barrages de circulation par le personnel de police est abrogée. »

La sénatrice Éliane Assassi souligne ce point et répète deux fois qu’il s’agit d’une autorisation aux policiers de faire usage de leurs armes [séance du 22 décembre 2005]. « Mais non ! » l’interrompt le président de la commission des lois, et le rapporteur du texte : « Pas de leur arme ! ». Outre ces deux interruptions faites pour gêner l’oratrice, aucune réponse sur le fond, par d’argumentation juridique. Ce qui vaut confirmation.

• Énième prolongation de la garde à vue (art. 17 ; ajout Ass. nat.) : Cette prolongation éventuelle, de 48 heures, déjà évoquée ci-dessus dans l’intervention de Badinter, est possible s’il « existe un risque sérieux de l’imminence d’une action terroriste en France ou à l’étranger ou que les nécessités de la coopération internationale le requièrent impérativement. » Devinons qui en décidera ?... Nulle inquiétude à avoir d’ailleurs, puisque « à l’expiration de la quatre-vingt-seizième heure [4 jours !] et de la cent-vingtième heure, la personne [...] peut demander à s’entretenir avec un avocat » [le médecin est également mentionne, pas le prêtre...].

La dernière mention est un bijou d’humour noir :

S’il n’a pas été fait droit à la demande de la personne gardée à vue de faire prévenir, par téléphone, une personne avec laquelle elle vit habituellement ou l’un de ses parents en ligne directe [...] ou son employeur [...] elle peut réitérer cette demande à compter de la quatre-vingt-seizième heure.

Non, l’histoire ne dit pas pourquoi il serait « fait droit » à cette deuxième demande davantage qu’à la première.

• Généralisation du délit de non-justification de ressource ; (art. 24 ; ajout Sénat) :

Le fait de ne pas pouvoir justifier de ressources correspondant à son train de vie ou de ne pas pouvoir justifier de l’origine d’un bien détenu, tout en étant en relations habituelles avec une ou plusieurs personnes qui soit se livrent à la commission de crimes ou de délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement et procurant à celles-ci un profit direct ou indirect [...] est puni d’une peine de 3 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende.

Ce qui est évoqué là est déjà réprimé par le code pénal (notamment sous le chef de recel, et au moins une demi douzaine d’autres). Le législateur facilite la tâche des flics et des juges : inutile de prouver l’origine criminelle d’un bien, c’est au propriétaire de prouver son origine vertueuse.

M. Alain Marsaud, rapporteur pour l’Assemblée nationale, a admis que l’insertion d’une telle disposition au sein d’un projet de loi consacré à la lutte contre le terrorisme pouvait surprendre de prime abord, mais permettrait effectivement de mieux combattre certains groupes islamistes finançant leurs activités en commettant des infractions de droit commun.

(Rapport fait au nom de la commission mixte paritaire Ass. nat.-Sénat.)

• Interdiction administrative de stade (art. 42-12 ; ajout Ass. nat.) ;

Les images captées par surveillance vidéo pourront mener au prononcé d’interdictions administratives de pénétrer dans tel ou tel équipement sportif. S’y ajoute la possibilité d’un « contrôle administratif » équivalent sans garanties du contrôle judiciaire, puisque l’interdit devra répondre aux convocations de police au moment des événements sportifs auxquels il n’a plus le droit d’assister. Il n’aura donc plus le droit non plus de rester chez lui pour assister à la retransmission télévisée. Plutôt qu’une assignation à résidence, c’est donc une assignation à commissariat.

Lorsque, par son comportement d’ensemble à l’occasion de manifestations sportives, une personne constitue une menace pour l’ordre public, le représentant de l’État dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, prononcer à son encontre une mesure d’interdiction de pénétrer ou de se rendre aux abords des enceintes où de telles manifestations se déroulent ou sont retransmises en public.

L’arrêté, valable sur le territoire national, fixe le type de manifestations sportives concernées. Il ne peut excéder une durée de trois mois.

Le représentant de l’État dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent également imposer, par le même arrêté, à la personne faisant l’objet de cette mesure l’obligation de répondre, au moment des manifestations sportives objet de l’interdiction, aux convocations de toute autorité ou de toute personne qualifiée qu’il désigne.

Ajout : Cette disposition a été mise en application (décret d’application adopté par le Conseil d’État le 13 mars). Une trentaine de supporteurs du PSG désignés par les RG ont reçu un courrier ou la visite des flics à la mi-mars 2006 leur indiquant les modalités d’un « contrôle administratif » durant les matchs. La mesure vise des supporteurs d’extrême droite et d’autres, membres des Tigris Mystic, qui s’opposent aux premiers.

Sources : Le Monde, 17 mars 2006 ; Journal du Dimanche, 19 mars 2006.

• Création d’une cour d’assises spéciale en matière de terrorisme pour les mineurs (art. 15) :

Il existe déjà des cours d’assises pour les mineurs (ord. n°58-11300 du 23 déc. 1958 complétant l’ordonnance du 2 février 1945). L’idée saugrenue d’en créer une spécialisée dans les affaires de terrorisme ne peut être considérée que comme un symptôme du croisement des figures dangereuses que sont le « terroriste », le jeune et l’étranger. Bref, elles visent les jeunes français d’origine étrangère, même lointaine, que l’on suppose enrôlables par les groupes islamistes.

Nota : le rapporteur de la commission chargée de faire la synthèse entre les débats de l’Ass. nat. et du Sénat ne sait manifestement pas si la proposition est pertinente juridiquement. Il s’en félicite à tout hasard : « ...cour d’assises spéciale en matière terroriste pour les mineurs, dispositif qui, semble-t-il, manquait dans notre droit » (Ass. nat., 22 déc.).

3. 2 Quelques commentaires édifiants

R. Del Picchia, sénateur UMP (Sénat, 22 déc. 2005)

Peut-être ce projet de loi est-il un texte fourre-tout, mais il a le mérite d’exister, et il nous servira à lutter contre le terrorisme. Il n’est peut-être pas parfait - rien n’est parfait en ce monde ! -, mais il existe [...] Nous allons donc adopter ce texte avec confiance car s’il n’est pas parfait, il au moins l’avantage d’exister !

On croirait à entendre radoter le sénateur qu’il n’existait pas en France de texte réprimant le terrorisme ; mais si, et depuis longtemps (art. 421-1 du code pénal, loi n° 96-647 du 22 juillet 1996).

Chr. Estrosi, ministre délégué (Sénat, 22 déc. 2005) Je rappelle que les auteurs de ce texte se sont contentés de procéder à la transposition d’une directive européenne prise au lendemain des attentats de Madrid et faisant référence aux moyens dont doit se doter l’Union européenne en matière à la fois de lutte contre l’immigration clandestine et de lutte contre le terrorisme. C’est l’union des vingt-cinq qui a fait ce choix !

Chr. Caresche, député PS (Ass. nat. 22 décembre 2005)

Cette abstention du groupe socialiste est cohérente puisqu’il reprend la position qui avait été la sienne quand, en 1986, la droite a élaboré la première législation antiterroriste, qui a d’ailleurs prouvé sa capacité à préserver et à défendre les libertés, au point de devenir un modèle de par le monde [parce qu’il met le juge au centre du dispositif, etc.]

Donc, le PS a raison de s’abstenir de voter contre le texte, puisqu’il s’était déjà abstenu de le faire contre un autre texte de la droite, excellent celui-là !!!

D’ailleurs, ajoute Caresche, « Nous aurions pu voter ce texte si quelques réserves avaient été levées - mais tel n’a pas été le cas -... ». Le rapporteur du projet se paie franchement sa tête : « Allons, encore un effort ! »

- Ces citations visent à illustrer, non pas tant la bêtise crasse l’ignorance et l’hypocrisie d’une majorité de parlementaires, mais plutôt l’illusion absurde que représente le « contrôle démocratique », même lorsqu’il est, très fugacement et manifestement sans illusion de leur part, exercé par quelques parlementaires plus scrupuleux ou moins niais. Comme un magistrat honnête ou un flic républicain ne peuvent modifier le rôle social de la Justice et de la police, des parlementaires exigeants ou eux-mêmes soumis à un « contrôle citoyen » n’ont pas les moyens de modifier, à supposer qu’ils le souhaitent ce qui est peu probable, la fonction du Parlement qui est de mettre en scène un pouvoir populaire qui s’est totalement dissous dans le mécanisme de délégation.

Le texte a d’abord été discuté et adopté par l’Assemblée nationale le 29 novembre 2005, et par le Sénat le 15 décembre 2005.

Après examen en commission paritaire, il a été voté par les deux chambres le 23 décembre 2005 puis immédiatement examiné par le Conseil constitutionnel, qui a rejeté un art. (concernant les règles du statut général de la fonction publique applicable en matière de représentation syndicale dans la police) comme n’ayant aucun rapport avec l’objet de la loi.

La loi s’inscrit désormais sous le n° 2006-64 du 23 janvier 2006. Elle a été publiée au Journal officiel n° 20 du 24 janvier 2006, p. 1129.

Une affaire rondement et somme toute assez discrètement menée !

http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=147

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14:02 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/09/2009

Manifestation à Colmar le 3 octobre : "Sortir du nucléaire" attaque l’arrêté du maire de Colmar et appelle à se rassembler à 14h place de la Gare

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Source / auteur : Réseau sortir du nucléaire

Manifestation à Colmar le 3 octobre : "Sortir du nucléaire" attaque l’arrêté du maire de Colmar et appelle à se rassembler à 14h place de la Gare

mis en ligne mercredi 30 septembre 2009 par jesusparis


Le Réseau "Sortir du nucléaire" attaque aujourd’hui en référé l’arrêté ubuesque du maire de Colmar qui prétend interdire dans une bonne partie du centre-ville tous les déplacements, y compris à pieds, le samedi 3 septembre. Cet arrêté scandaleux vise à empêcher que la manifestation du 3 octobre puisse avoir lieu Champ de Mars (près de la Place Rapp) comme l’avaient initialement prévu les organisateurs. Manifester pacifiquement est un droit fondamental garanti par la Constitution.

Considérant les tergiversations des autorités, et dans le but d’éviter tout éparpillement des manifestants et toutes tensions inutiles, le Réseau "Sortir du nucléaire" les appelle à se rassembler à 14h place de la Gare.

Ce mardi 29 septembre à 16h, une nouvelle rencontre à la préfecture sera l’occasion de réaffirmer notre volonté de manifester pacifiquement sans qu’il n’y soit fait obstacle. Il sera demandé que la manifestation puisse partir de la place de la Gare pour arriver à proximité de la Préfecture, représentant l’Etat pronucléaire, où une délégation demandera à être reçue pour porter les revendications des manifestants.

Dans tous les cas, les manifestants refusent totalement de se rassembler "Stade des Cheminots" (lieu clos et excentré) pour y être parqués comme l’espérait le maire de Colmar. Le danger ne vient pas des manifestants mais bien des centrales nucléaires, à commencer par celle de Fessenheim, la plus vieille de France.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" exige donc l’arrêt définitif de la centrale nucléaire de Fessenheim, un plan de sortie du nucléaire, et appelle les citoyens à participer à la manifestation du samedi 3 octobre mais aussi à l’ensemble des débats, concerts, animations prévus durant le week-end des 3-4 octobre.

Pour informer les manifestants en temps réel sur le rassemblement européen des 3 et 4 octobre, le Réseau "Sortir du nucléaire" met à disposition du public un numéro d’appel national joignable 24 h/24, le 0825 747 647 (coût de la communication : 0,15 €/mn - messagerie en français, anglais et allemand).





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Colmar: "compromis" sur le parcours de la manif antinucléaire

STRASBOURG - Un "compromis" sur le tracé de la manifestation antinucléaire prévue samedi à Colmar pour la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) a été trouvé mardi entre la préfecture et les organisateurs, ont annoncé ces derniers en début de soirée.

La préfecture n'était pas joignable pour confirmer cette information.

Selon Rémi Verdet, porte-parole de Sortir du nucléaire, un réseau qui regroupe 840 associations, l'accord, qui intervient après deux réunions de négociations, prévoit que les militants se rassemblent place de la gare avant de défiler dans plusieurs avenues (Poincaré, Clémenceau, de Fribourg et d'Alsace) proches du centre-ville.

"C'est un compromis qui ne nous satisfait pas entièrement mais on nous interdisait la place Rapp (ndlr: dans le centre de Colmar) et on ne voulait pas aller au +casse-pipe+, nous sommes des pacifistes", a-t-il insisté.

Les manifestants sont invités samedi à apporter "un bâillon" pour "symboliser le refus" des autorités de "nous laisser nous exprimer", a-t-il ajouté.

Les antinucléaires souhaitaient initialement partir samedi à 14H00 de la place Rapp mais la municipalité, craignant des débordements, voulait que le défilé parte du stade des Cheminots, plus à l'écart, ce que les organisateurs refusaient catégoriquement.

Plus tôt mardi, Sortir du nucléaire avait annoncé dans un communiqué le dépôt d'un référé contre l'arrêté du maire de Colmar interdisant samedi après-midi "dans une bonne partie du centre-ville tous les déplacements, y compris à pied". Le référé, déposé devant le tribunal administratif de Strasbourg, pourrait être examiné "d'ici 48H00", a estimé M. Verdet.

La manifestation internationale est prévue depuis plusieurs mois par les antinucléaires qui réclament la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, la doyenne du parc français mise en service en 1977, alors que va démarrer la 3e visite décennale devant donner à EDF le feu vert pour dix années supplémentaires d'activités dans cette centrale.

(©AFP / 29 septembre 2009 20h47)

http://www.romandie.com/infos/news2/090929184754.ej30ojif.asp




lien itinéraire - carte :

 


Place Rapp

http://maps.google.fr/maps/place?cid=14526418639582950826&q=carte+place+rapp++Avenue+de+la+R%C3%A9publique+colmar&gl=fr&hl=fr

 

10:05 | Lien permanent | Commentaires (1) |

29/09/2009

"Colmar sera bouclé" Manifestation antinucléaire 3 et 4 octobre à Colmar: négociations et Lettre ouverte au Préfet de Colmar -

Manifestation antinucléaire : Lettre ouverte au Préfet de Colmar

Communiqué de presse du 24 septembre 2009

Le groupe des élus Verts au Conseil Régional d’Alsace a fait part à Monsieur le Préfet du Haut-Rhin dans une lettre ouverte de son vif désaccord sur son attitude à l’égard du rassemblement européen du 3 octobre à Colmar pour la sortie du nucélaire.

Vous trouverez ci-joint le texte de ce courrier.

Djamila Sonzogni, Porte-parole
- (PDF - 181.9 ko)




Pris chez "La feuille de Choux" :

lu dans les DNA édition de Colmar

Opinions / Courrier des lecteurs

Un déploiement de forces « ridicule »

De M.A.H. de Gertwiller :
« J’ai découvert dans les DNA, édition de Colmar (26 septembre), un tout petit article concernant toutefois un sujet de grande importance : « Restrictions au stationnement et à la circulation » face à la manifestation antinucléaire du 3 octobre. J’ai pris le temps de mettre en couleur sur le plan de Colmar les zones bloquées par la préfecture et/ou la mairie : c’est tout simplement irraisonné !
Pour ma part, je serai à cette manifestation et y prendrai pacifiquement une part active. Nous serons des milliers, à venir pacifiquement. Alors, pourquoi tout ce no man’s land autour de la place Rapp, du Champ-de-Mars et de la préfecture ? Lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg, il y avait au moins une maigre explication. Mais à Colmar, rien, rien, rien !
Si l’on considère que toutes les manifestations antinucléaires sont toujours restées pacifiques (y compris le mois dernier à Berlin, où il y avait pourtant 50 000 manifestants), ce déploiement de forces est ridicule et ne vise qu’à masquer à la vue du public cette immense aspiration des citoyens à sortir du nucléaire !
Si l’on suppose a contrario que des éléments extérieurs (des « casseurs ») vont s’infiltrer, alors ce bouclage est encore pire : ne pouvant se réunir au Champ-de-Mars, ils chercheront à se rabattre sur le centre-ville à tous les coups. Or, c’est ce que le maire de Colmar pourrait éviter en laissant la place Rapp accessible.
Si l’on se pose la question : mais qu’y a-t-il à protéger place Rapp et au Champ-de-Mars ? La réponse est : « rien !, rien du tout ! ». Cette place fait 32 000 m², on peut y réunir facilement 15 000 personnes contrairement aux dénégations des autorités.
Si l’on se demande ce qui sera perdu, en privant les manifestants de la place Rapp, la réponse est simple : la liberté de s’exprimer en manifestant, pourtant inscrite dans la Constitution.

Édition du Mar 29 sept. 2009

atomkraftneindanke.jpg

édition région DNA

Les antinucléaires négocient avec le préfet

Les organisateurs du rassemblement pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim ont rencontré hier le préfet du Haut-Rhin pour discuter des conditions et du tracé de la manifestation, samedi 3 octobre à Colmar. Ils jugent les mesures de restrictions à la circulation prises par la mairie, « insensées ».

« La rencontre a eu lieu à la demande du préfet, qui nous a appelés jeudi pour nous proposer un rendez-vous lundi [hier] », précise Rémi Verdet, président du réseau Sortir du nucléaire, un des quatre membres de la délégation reçue par Pierre-André Peyvel. Celle-ci comprenait également deux représentants du collectif « Fermons Fessenheim ».

Contre « l’état de siège »

Entre l’invitation préfectorale et le jour de l’entrevue, les arrêtés prévoyant l’interdiction de circuler sur une vingtaine d’axes et de stationner dans une quarantaine de rues et places de Colmar ( y compris pour les cyclistes et les piétons), sont parus.
L’ampleur du dispositif a suscité l’incompréhension des organisateurs. Ils dénoncent la création d’un véritable « état de siège », avec des interdictions de circulation « complètement disproportionnées » par rapport à la manifestation.
Hier, la délégation est arrivée « refroidie » au rendez-vous. « Le préfet nous a expliqué que ce n’était pas lui qui avait pris les arrêtés, mais le maire de Colmar, en vertu de son pouvoir de police », raconte Rémi Verdet.
Selon ce dernier, le premier magistrat a agi sans concertation, avant toute négociation, en prenant « pour base le site du stade des Cheminots, avec le parcours vers le Natala ». « Il a tout verrouillé, en isolant complètement le secteur de la Place Rapp », protestent les antinucléaires.

Ni la Place Rapp, ni le stade des Cheminots

La discussion, que « le préfet avait voulue sans le maire », selon eux, a duré deux heures. Pour le représentant de l’Etat, il est hors de question que la manifestation se déroule place Rapp - avenue de la République. Ce qui semble acquis : « Maintenir notre appel place Rapp, c’était faire courir les gens au casse-pipe, et on ne veut pas de violence », reconnaît le président du réseau Sortir du nucléaire.
Mais les organisateurs refusent d’être parqués au stade des Cheminots, « trop étroit » n’ayant qu’« une entrée », « une souricière », disent-ils. Ils veulent manifester dans « des lieux ouverts ». Et proposent un départ de la gare avec un autre circuit.
Le préfet doit en discuter avec les services de sécurité. Les deux parties ont prévu de se retrouver cet après-midi à 16 h. Avec un bon espoir de trouver un compromis acceptable par tous.

I. N. (avec AFP)

Édition du Mar 29 sept. 2009

 

Manif antinucléaire : Colmar sera bouclé

http://www.lalsace.fr/fr/article/2025294/Manif-antinucleaire-br-Colmar-sera-boucle.html

Colmar sera une ville bouclée samedi prochain. En vue de la manifestation, à 14 h, pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, le maire de Colmar, Gilbert Meyer, a décrété des « mesures de précaution » exceptionnelles. Ainsi le stationnement sera interdit, dès vendredi soir, dans une quarantaine de rues et de places. Samedi, la circulation sera interdite sur ces axes jusqu’à la fin de la manifestation. L’accès aux rues jouxtant la place Rapp et le Champ de Mars sera interdit, même aux cycles et aux piétons, à l’exception des riverains.
Les antinucléaires ont dénoncé « ces interdictions de circuler insensées, sans justification, qui mettent gravement en cause la liberté de manifester ». Soucieux d’éviter d’envoyer les manifestants au « casse-pipe » en maintenant la place Rapp comme lieu de rassemblement, les organisateurs ont proposé hier soir au préfet la place de la Gare comme point de départ.
Pour justifier les mesures de précaution, les autorités font état de 15 000 à 30 000 manifestants possibles. Selon le porte-parole de « Sortir du nucléaire », cette estimation est « farfelue ». « Si nous arrivons à rassembler 5000 manifestants ce sera une belle réussite », a-t-il confié à L’Alsace.

Les articles de Catherine Chenciner et Adrien Dentz sont à lire ICI


Colmar : les antinucléaires dénoncent l’interdiction de circuler et de manifester

L’interdiction de stationnement et de circulation, y compris pour les piétons, décrétée par le maire de Colmar en vue de la manifestation de samedi pour la fermeture de la cen-trale de Fessenheim, a provoqué un tollé chez les antinucléaires qui dénoncent des « interdictions insensées mettant en cause la liberté de manifester ».

Le préfet du Haut-Rhin « se prépare à mettre Colmar dans un véritable ’’état de guerre’’ le 3 octobre prétextant de supposés risques pour l’ordre public », s’indigne le réseau « Sortir du nucléaire ». Dans un communiqué publié hier, après la distribution par la mairie de Colmar d’une lettre aux riverains concernés par l’arrêté municipal (lire ci-dessous), le réseau antinucléaire, regroupant 840 associations, dénonce « ces interdictions de circuler insensées, sans justification, visant même les cycles et les piétons, qui mettent gravement en cause la liberté de manifester et de se déplacer librement ».

En vue de la manifestation, prévue samedi à 14 h, le maire Gilbert Meyer a, « par mesure de précaution », décrété par un arrêté municipal l’interdiction de stationner, dès vendredi 20 h, aux véhicules dans une quarantaine de rues et de places de Colmar. Par ailleurs, la circulation sera interdite samedi matin jusqu’à la fin de la manifestation à tous les véhicules sur une vingtaine d’axes également interdits aux piétons et aux cycles, à l’exception des riverains (voir infographie).

« Hors de question d’aller dans une telle souricière »

Ces restrictions concernent à la fois l’itinéraire de la manifestation préconisé par le maire et le préfet (du stade des Cheminots à l’échangeur de l’A 35 par les grandes avenues contournant le centre) que le circuit autour de la place Rapp, à partir de la rue Bruat, que la préfecture du Haut-Rhin avait « suggéré » le 19 mai dernier, dans une lettre au coordinateur du réseau « Sortir du nucléaire » (voir le fac similé ci-dessous).

« Il est hors de question d’aller dans la souricière proposée par les autorités », a déclaré hier Francis Lhomme, porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire ». « Vouloir rassembler les manifestants dans un stade excentré est une option qui rappelle de mauvais souvenirs, souligne-t-il. L’objectif est-il de dissuader les gens de participer à la manifestation en agitant le spectre d’activistes allemands ? »

Estimant que la liberté de manifester est « gravement remise en cause », le réseau « Sortir du nucléaire » va, avec son partenaire allemand Bund, demander à la chancelière Angela Merkel d’intervenir auprès du président Nicolas Sarkozy, « pour que les autorités françaises respectent les manifestants », a annoncé Francis Lhomme.

« Si nous arrivons à rassembler 5 000 personnes, ce sera une belle réussite », confie-t-il en qualifiant le chiffre de 15 000 à 30 000 manifestants évoqué par le maire d’estimation « farfelue ».

Adrien Dentz

 

Un départ place de la Gare ?

C’est « un peu refroidis » que les organisateurs de la manifestation antinucléaire du 3 octobre, « Sortir du Nucléaire » et « Fermons Fessenheim », ont pris part, hier soir, à une rencontre avec le préfet du Haut-Rhin, Pierre-André Peyvel, et son directeur de cabinet, Laurent Gandra-Moreno.

Une réunion qualifiée « de la dernière chance », peu avant dans la journée. « Quand on nous a proposé ce rendez-vous, on a trouvé cela plutôt positif, relève Rémi Verdet, porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire ». Mais entre-temps, le maire de Colmar a pris ces arrêtés pour interdire le stationnement et la circulation dans le centre, y compris celle des piétons. On a l’impression que des terroristes vont faire le siège de la préfecture ! On n’a jamais vu ça, c’est invraisemblable ! »

 

Réunion sans le maire

Ces mesures « exceptionnelles » les étonnent d’autant plus, ajoute Jocelyn Peyret, coordinateur national de « Sortir du nucléaire », que « la base de travail a été le parcours que les organisateurs n’avaient pas accepté, et cela sans concertation ».

Pour autant, assurent-ils, il n’est pas question d’interrompre les négociations. « Ces arrêtés interdisent tout ce qu’on proposait et isolent la place Rapp. Le préfet a dit qu’il n’était pas au courant et a voulu cette réunion sans le maire », a repris Rémi Verdet, à l’issue de la rencontre.

Durant presque deux heures de discussion, les services de l’État ont répété leur refus de voir le cortège partir de la place Rapp ou de la rue Bruat voisine. Quant aux organisateurs, ils ont insisté sur le fait qu’il était « hors de question et dangereux de rassembler tout le monde au stade des Cheminots » , au motif que « ce lieu n’a qu’une entrée et est une véritable souricière ».

Prêts à accepter un autre lieu de départ, pourvu qu’il soit « ouvert », les organisateurs ont proposé la place de la Gare à Colmar. « On en est là. Ensuite, un autre circuit sera négocié… » Semble-t-il ouvert à cette autre possibilité, le préfet devait « en parler à ses services techniques » et accueillir une autre rencontre pour faire le point cet après-midi.

L’appel à manifester à partir de la place Rapp est donc caduc. Celle-ci étant rendue inaccessible dès 8 h le matin, « on aurait envoyé les manifestants au casse-pipe, estime Rémi Verdet. Nous nous sommes mis un peu en retrait, car nous voulons faire entendre nos idées, pas la violence. Nous sommes des pacifistes ! »

Catherine Chenciner



La lettre du maire aux riverains

Le maire de Colmar, Gilbert Meyer (UMP) a fait distribuer hier une lettre aux riverains concernés par l’arrêté municipal fixant les restrictions de circulation, même à pied, et de stationnement samedi prochain jour de la manifestation pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Voici les principaux extraits de cette lettre :

« […] Les manifestants ont souhaité constituer un point de rassemblement place Rapp. Une telle configuration n’est pas possible, la place Rapp pouvant accueillir au maximum entre 2 500 et 3 000 personnes. Or les organisateurs escomptent rassembler entre 15 000 et 30 000 personnes.

Le préfet du Haut-Rhin et moi-même avons donc décidé de mettre à la disposition de ce rassemblement le stade des Cheminots au matin du jour J, le circuit de la manifestation devant emprunter ensuite le pont SNCF sud, la route de Rouffach, les avenues Poincaré, Clemenceau, de Fribourg, puis la rue de la Semm, jusqu’à l’échangeur autoroutier, où les manifestants se disperseront. […] Votre domicile se trouve en bordure ou à proximité immédiate de ce trajet, soit sur le circuit proprement dit, ou dans une rue proche ou adjacente. […] En dehors des interdictions formelles de stationner, je vous conseille également d’éloigner votre véhicule, dans la mesure du possible, des rues qui ne sont frappées que d’une interdiction de circuler. Toutes les dispositions ont été prises pour permettre un déroulement fluide et sécurisé de la manifestation […]. »

 

 

http://www.phototheque.org/data/media/258/OGM_nuclaire_pesticides..._logique_de_profit_logique_de_mort_.jpg

 

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