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04/02/2010

Chronique du racisme ordinaire : Pour TF1, l'Afrique ça pique

01/02/2010 09:25:21 | Jeune Afrique | Par : Marwane 
Ben Yahmed

Combien de temps faudra-t-il encore subir la litanie de clichés éculés sur l’Afrique dans les médias généralistes occidentaux ?

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Scène tournée en intérieur avec des décors réalisés par les techniciens de la Propaganda Staffel

 

Déjà si souvent réduit à son manque d’atomes crochus avec la démocratie, à sa pauvreté généralisée, à ses guerres ethniques ou à son goût prononcé pour la corruption, le continent n’a-t-il pas évolué au cours des derniers lustres pour qu’on le caricature encore, en 2010, comme une terre d’aventure hostile, peuplée de hardes d’animaux sauvages et dangereux, où la température ne descend jamais au-dessous de 45 °C et où les moustiques sont avides du sang frais des petits Blancs ?

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Quatre-vingts ans après Tintin au Congo – Hergé avait au moins l’excuse d’être, si l’on peut dire, de son époque –, la chaîne privée française TF1 (la première d’Europe) vient de relancer un programme de téléréalité qui, cette fois, flirte dangereusement avec les poncifs racistes. Son nom : « La Ferme Célébrités ». Réunir seize ersatz de sous-vedettes (si, si, c’est possible) pour les filmer 24 heures sur 24 en train de traire des vaches ou de nettoyer une écurie n’élève déjà pas particulièrement l’esprit. Mais le divertissement en question propose, à l’occasion de sa troisième édition, de quitter la campagne française pour poser ses bagages dans la réserve naturelle de Zulu Nyala, en Afrique du Sud. « ça va être chaud ! » comme l’écrit un très sérieux quotidien parisien : brousse, savane, bestioles et… maladies.

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Interrogés par la presse hexagonale, que cet exotisme inattendu interpelle visiblement, les deux animateurs vedettes de l’émission, que nous ne citerons pas, par charité, enchaînent les perles consternantes sans que personne n’y trouve à redire : « Entre les animaux qui piquent et la température qui dépasse 50 °C, les candidats ne vont pas être ménagés » ; « Notre rôle est de voir comment ils vont survivre en Afrique » ; « Qu’y a-t-il de mal à partir en Afrique pour voir des animaux et rigoler un peu » ; ou encore : « Les papillons ont la taille d’un deltaplane »

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… Angela Lorente, Madame Téléréalité chez TF1, elle, a rassemblé ses neurones pour résumer l’objectif du programme : « On va jouer sur l’hostilité, c’est ça le but en les emmenant en Afrique. Avec les animaux, on a tous les ingrédients pour faire un bon divertissement »… Fort heureusement, les concepteurs de l’émission n’ont pas songé à introduire quelques êtres humains, même pour séduire la fameuse ménagère de moins de 50 ans. Sinon, nous aurions eu droit à des autochtones cannibales vêtus de peaux d’antilopes… Bref, le pire est à craindre pendant les dix semaines que va durer ce bêtisier à ciel ouvert.

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Le racisme ordinaire, qui se nourrit essentiellement de l’ignorance, avait-il besoin d’une telle publicité ?

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19/01/2010

Haïti...un nouveau coup d'Etat ?

Coup d’Etat qui met fin aux mouvements populaires haitiens en 1991

Interview par ADITAL, reprise par AlterPresse après une traduction de RISAL, dimanche 12 septembre 2004

Ecrit le 12 septembre 2004


Lors du Forum social des Amériques (Quito, Equateur) qui s’est tenu en juillet passé, l’agence brésilienne d’information Adital a interviewé Camille Chalmers, professeur d’économie à l’Université d’Etat de Haïti, coordinateur de la Plate-forme haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif. La PAPDA est la coalition créée en 1995 pour lutter contre les plans d’ajustement structurel et les politiques néo-libérales mises en place par Aristide à son retour des Etats-Unis. Chalmers rappelle dans cette interview à quel point l’histoire récente de Haïti a été marquée par la résistance et l’organisation populaire en dépit de la répression des Etats-Unis.

Interview avec Camille Chalmers, secretaire executif de la PAPDA

Adital - En observant l’histoire récente de Haïti, quels sont les secteurs sociaux qui s’étaient organisés lors du coup d’état de 1991 qui a chassé Aristide du pouvoir ?

Camille Chalmers - En 1986, un mouvement populaire très profond s’est développé. Ses objectifs étaient de construire la démocratie, de bâtir un pays différent, de sortir de la domination étrangère, des dictatures et de la domination des propriétaires terriens.

Tout cela a été assumé par des secteurs très larges de la population. De nombreuses organisations de jeunes qui, dans tout le pays, avaient commencé à lutter depuis 1984, ont constitué un élément clé dans la chute du régime Duvalier. Il y avait aussi le mouvement paysan et de nombreuses organisations liées à l’Eglise, mais avec une vision différente de celle de la hiérarchie ecclésiastique. En plus, de nombreuses organisations syndicales qui, après une lutte difficile, ont réussi à s’installer dans les zones franches à cette époque. Les organisations de femmes ont aussi joué un rôle important. En Haïti, nous avons tous encore en mémoire la grande manifestation de femmes d’octobre 1986. Elles ont organisé une gigantesque manifestation contre la disparition d’un agent d’alphabétisation qui avait été assassiné. Elles se sont constituées à ce moment-là en actrices du processus de transformation de la société haïtienne.

C’est dans ce contexte de mobilisations populaires qu’est intervenue l’élection de Aristide ?

Tout ce mouvement a mené à la victoire électorale avec l’arrivée au pouvoir d’Aristide en décembre 1990. Il a gagné avec une large majorité des votes : 67 pour-cent. On sentait vraiment qu’il était possible de lancer un processus de rupture avec ce qu’avait été l’Etat haïtien, qui a toujours été anti-national, anti-populaire et lié aux intérêts impérialistes. On peut affirmer qu’au cours des sept premiers mois de gouvernement d’Aristide, beaucoup de choses avaient déjà changé. Par exemple, les entreprises publiques, qui étaient toujours en déficit, avaient déjà commencé à engranger des bénéfices. Une nouvelle politique de dévelloppement, une vision de distribution universelle des services publics se mettaient en place. Mais tout ce processus a été brutalement arrêté par le coup d’état financé et appuyé par les Etats-Unis, la CIA et l’oligarchie traditionnelle.

Une force étrangère a dû intervenir pour arrêter le mouvement qui était en train de mettre en place une démocratie plus participative et une économie plus populaire.

Oui, et cela continue. Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque. Cela a été un coup très dur pour le peuple dans son ensemble et pour le mouvement populaire parce que, pendant les trois années de domination militaire, une politique d’élimination systématique du mouvement populaire a été mis en place, un réel travail systématique de répression et d’assassinats. On estime à 5.000 le nombre de victimes. On a assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements. Par exemple, le mouvement paysan Papaya, qui travaillait depuis les années 70, avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel, de reforestation, etc. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale.

Ils ont aussi commencé à utiliser des techniques plus subtiles de destruction du mouvement populaire comme la corruption, l’achat quotidien de dirigeants et, chose nouvelle que l’on ne connaissait pas en Haïti, ils ont offert aux dirigeants les plus en vue du mouvement populaire un visa de résidence aux Etats-Unis. On estime que 12.000 visas de résidence ont été distribués alors que l’on était en plein coup d’état militaire et que les dirigeants étaient persécutés. L’ambassade offrait directement des visas aux dirigeants et à leurs familles ainsi que le voyage aux Etats-Unis. Cela s’est fait sous le prétexte d’enquêtes au cours desquelles ils ont interrogés 95.000 personnes qui devaient dire si elles avaient été incarcérées, si la police était entrée dans leur maison, si elles avaient été frappées... De ces 95.000 interrogatoires, ils ont fait une base de données sur le mouvement populaire de Haïti et ils ont sélectionné 12.000 personnes. Une étude démontre clairement que ces 12.000 dirigeants avaient un poids significatif et un rôle important dans le processus d’organisation populaire.

Cela a été un travail scientifique et systématique de répression et de corruption pour en finir avec le mouvement ?

Exactement. Et malgré tout cela, ils n’ont pas réussi à installer un pouvoir militaire parce qu’ils ont dû faire face à une résistance admirable du peuple haïtien qui risquait souvent sa vie au vu des massacres qui ont eu lieu. Par exemple, le massacre dans le quartier populaire de Gonair, où, en un jour, ils ont tué de nombreuses personnes. Tant et si bien que certains ont dû fuir en se jetant à la mer. En dépit de tout cela, le mouvement est resté ferme et exigeait le retour d’Aristide, le retour de la constitutionnalité. Face à cette situation, les Etats-Unis ont dû se plier à cette revendication mais ils ont fait revenir un Aristide diminué.

 

 

Quatorze ans après le coup d’État militaire de 1991, le renard libre dans le poulailler

vendredi 30 septembre 2005
par Djems Olivier

P-au-P, 30 sept. 05 [AlterPresse] --- Les auteurs et commanditaires du coup d’état militaire du 30 septembre 1991, jouissent de la plus entière impunité, constate ce 30 septembre le Directeur exécutif du Centre œcuménique des Droits Humains (CEDH), Jean Claude Bajeux, à l’occasion du 14e anniversaire de cet événement sanglant.

Selon Bajeux, le coup d’état de 1991 représente « l’une des plus grosses bêtises que l’Armée d’Haïti n’ait jamais commises de toute son histoire ». Bajeux croit que les protagonistes de ce coup de force pouvaient utiliser d’autres moyens pour régler leurs différends avec le président d’alors, Jean Bertrand Aristide.

Le coup d’Etat du 30 septembre 1991, dirigé par le général Raoul Cédras, avait fait plusieurs milliers de morts. Selon des informations disponibles, il avait été financé par des secteurs de la bourgeoisie haitienne et appuyé par des franges de l’establishment américain.

« Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque », lit-on dans une interview de Camille Chalmers, secrétaire exécutif de la PAPDA.

Chalmers affirme avoir « assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements ». A titre d’exemple, il cite la répression contre le mouvement paysan de Papaye (Est), qui fonctionne depuis les années 70.

Cette organisation avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel et des activités de reforestation. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale, a souligné Chalmers.

Quatorze ans, les victimes sont toujours en quête de justice, alors que certains acteurs du coup d’Etat militaire sont très actifs dans les processus politiques actuels.

« Je constate aujourd’hui la présence sur la scène politique de gens qui participaient activement à cette bêtise intolérable », s’indigne Jean Claude Bajeux.

Le militant des droits humains est d’avis qu’il est temps de sanctionner tous ceux-là qui commettent des exactions sur la population et qui empêchent le pays de s’engager dans la voie du progrès.

« Il faut commencer par sanctionner ceux qui méritent d’être sanctionnés, ainsi arrivera-t-on à réparer les torts causés par les Forces Armées d’Haïti et à conduire le pays dans la bonne direction », soutient Jean Claude Bajeux.

Le 11 août 2005, l’ancien responsable paramilitaire, Louis Jodel Chamblain, emprisonné sous des accusations liées à des crimes durant le coup d’Etat, a été libéré en vertu d’une décision de la Cour d’Appel de Port-au-Prince, sur la base de vice de forme.

La justice haïtienne l’avait condamné par contumace en l’an 2000 pour son implication dans un massacre en 1994 aux Gonaïves (Nord).

En février 2004, cet ancien paramilitaire était l’un des instigateurs de l’insurrection armée contre le régime lavalas de Jean Bertrand Aristide.

Au lendemain du départ d’Aristide, il a été accueilli à Port-au-Prince. Plus tard, sous la pression des organismes de défense des droits humains, Louis Jodel Chamblain s’était constitué prisonnier.

L’élargissement de l’ex-paramilitaire avait soulevé l’indignation des organismes de droits humains. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) rappelait que Chamblain est bien connu par tous pour son implication dans divers crimes commis dans le pays, dont le meurtre du commerçant Antoine Izmery en 1993, les massacres de Cité Soleil (Nord de la capitale) en 1993 et de Raboteau (localité des Gonaïves, nord de Port-au-Prince) en 1994.

La dissolution des Forces Armées d’Haïti en 1994 par le président Jean Bertrand Aristide, (actuellement en exil en Afrique du Sud), n’a pas aidé à la cessation des violations systématiques de droits humains dans le pays.

Quatorze années après le putsch de 1991, Jean Claude Bajeux croit qu’il faut laisser à la justice le soin de faire son travail en toute indépendance. [do gp apr 30/09/05 13 : 00]

 

 

Les dessous du coup d’état américain en Haïti







Pendant que nos médias nous présentent d’anciens tontons-macoutes comme des émules de Che Guevara et les troupes américaines, françaises et canadiennes comme des libérateurs, nos éditorialistes parlent de "l’africanisation" de Haïti pour décrire le marasme économique total qui étrangle le pays. Tout cela pue le racisme à plein nez et transpire le vieux discours colonial sur le "fardeau de l’homme blanc."

Dans un dossier magistral, Michel Chossudovsky démonte, morceau par morceau, le mécanisme mis en place par les institutions internationales (FMI et Banque mondiale) et le gouvernement américain pour déstabiliser Haïti, chasser le président élu Jean-Bertrand Aristide et maintenir le pays comme zone de transit pour le trafic de la drogue entre la Colombie et les États-Unis.

Le professeur Chossudovsky rappelle le curriculum vitae des leaders des rebelles. Guy Philippe, la nouvelle coqueluche des médias, est un ancien chef de police et un membre des forces armées haïtiennes. Au cours des années 1990, il a suivi un entraînement prodigué par les forces spéciales américaines en Équateur.

Emmanuel "Toto" Constant et Jodel Chamblain sont deux anciens tontons-macoutes et membres du Front pour l’avancement et le progrès en Haïti (FRAPH), un paravent pour les escadrons de la mort qui ont assassiné des centaines de personnes lors du coup d’État militaire qui a déposé Jean-Bertrand Aristide en 1991.


Dans une entrevue à l’émission 60 Minutes du réseau américain CBS, diffusé en 1995, "Toto" Constant a reconnu qu’il recevait 700$ par mois de la CIA lorsqu’il a créé le FRAPH.

Le volet civil de l’opposition au président Aristide est regroupé sous l’enseigne de la Plate-forme démocratique. On y retrouve la Convergence démocratique de Evans Paul, l’ancien maire de Port-au-Prince, et le Groupe des 184 organisations de la société civile (G-184).

Ce dernier groupe est dirigé par André Apaid, qui est également citoyen américain. Apaid est propriétaire des industries Alpha, c’est-à-dire de sweatshops dans l’industrie textile et la sous-traitance pour des entreprises électroniques américaines comme IBM, Remington, Honeywell et Sperry/Unisys.

Apaid est le plus gros employeur industriel haïtien. Il exploite plus de 4 000 travailleuses et travailleurs à qui il verse un salaire aussi bas que 68 cents par jour, alors que le salaire minimum officiel est de 1,50$ par jour.

Apaid a soutenu le coup d’État de 1991 et des liens existent depuis longtemps entre l’opposition civile et militaire, même si les médias ont cherché à les camoufler. L’opposition civile est en bonne partie financée par l’Institut républicain international (IRI), qui reçoit beaucoup d’argent des pays de l’Union européenne, et par le National Endowment for Democracy (NED), une organisation américaine dont c’est un secret de polichinelle qu’elle travaille de concert avec la CIA.

Créée en 1983, au moment où la CIA était sous le feu des projecteurs pour avoir soudoyé des politiciens et créé des organisations-bidons à travers le monde, le NED a pour objectif, comme le reconnaîtra Allen Weinstein, responsable de sa mise en opération, "de faire beaucoup de choses qui étaient faites clandestinement auparavant par la CIA". (Washington Post, 21/09/1991)

Il est de notoriété publique que c’est par le canal du NED que passe le financement des organisations de la "société civile" qui cherchent à renverser le président Hugo Chavez au Venezuela, comme cela a été le cas en Yougoslavie lors de la chute de Milosevics.

La gravité de la situation économique en Haïti ne peut se comprendre sans tenir compte des politiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, explique Michel Chossudovsky, auteur du best-seller "La Mondialisation de la Pauvreté", un ouvrage publié en huit langues.

Après le renversement du premier gouvernement Aristide et son programme de mesures progressistes - seulement huit mois après son arrivée au pouvoir en 1990 - c’est un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale et ministre des Finances sous Duvalier, Marc Bazin, qui deviendra premier ministre, nommé par la junte militaire. Bazin avait été le candidat de Washington qui sera défait par Aristide lors des élections de 1990.

Sous la gouverne de Bazin et de la junte militaire, de 1992 à 1994, plus de 4 000 civils sont assassinés par le FRAPH, 300 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, des milliers d’autres trouvent refuge dans la République dominicaine voisine et 60 000 s’embarquent dans des navires de fortune pour fuir le pays.

C’est pour prévenir une insurrection populaire contre la junte que Washington envoie 20 000 marines et gardiens de la paix en Haïti en 1994, et qu’ils ne quitteront pas avant 1999.

Le retour à un gouvernement constitutionnel est négocié en secret avec les créanciers de Haïti avant le retour d’Aristide en octobre 1994 pour la fin de son premier mandat. L’argent neuf avancé par la Banque mondiale, le FMI et la Banque inter-américaine de développement ne sert alors qu’à permettre à Haïti de rencontrer ses obligations avec ses créanciers étrangers.

Sous le gouvernement de la junte, le FMI avait exigé la réduction des services de santé et d’éducation, prétextant un "surplus" d’enseignants et de personnel hospitalier dans un pays où de tels services sont quasi inexistants.

Le FMI et la Banque mondiale forcèrent la levée des barrières tarifaires et l’ouverture du marché local au dumping américain de produits comme le riz, le sucre et le maïs, ce qui a pour effet de détruire l’économie paysanne dans un pays où plus de 75% de la population vit de l’agriculture. Haïti devient alors le quatrième importateur de riz américain, après le Japon, le Mexique et le Canada. Sous la junte, le produit intérieur brut a chuté de 30%.

À peine deux semaines avant les élections présidentielles de novembre 2000 - qui vont marquer le retour d’Aristide au pouvoir pour un deuxième mandat - alors que les États-Unis ont instauré un embargo sur l’aide à Haïti, le gouvernement sortant signe une Lettre d’intention avec le FMI.

Bien qu’Aristide ait promis de hausser le salaire minimum, de construire des écoles et mettre en place un programme d’alphabétisation, le nouveau gouvernement a les mains liées par la Lettre d’intention.

En 2003, le FMI impose un système de "flexibilité du prix de l’essence" qui provoque en deux mois une hausse de 130% du prix du carburant. Cette mesure entraîne une augmentation de 40% des prix à la consommation. Pour juguler l’inflation, le FMI exige alors un gel des salaires. Le salaire quotidien minimum, qui était de 3 $ en 1994, tombe aussi bas qu’à 1,50 $. Cette "flexibilité du marché du travail" devait selon le FMI attirer les investisseurs étrangers !

La dette extérieure s’emballe et les taux d’intérêt s’envolent. Dans le Nord et l’Est du pays, la hausse du prix du carburant provoque une quasi paralysie des transports et des services publics comme l’électricité et l’approvisionnement en eau. Toute ces mesures alimentent la grogne contre le gouvernement Aristide et servent la cause de l’opposition.

En février 2003, Washington nomme James Foley comme nouvel ambassadeur en Haïti. En 1999, Foley était l’envoyé du Département d’État américain au Kosovo. Il oeuvra à rendre "respectable" l’Armée de libération du Kosovo, qui était financée par l’argent de la drogue et la CIA, dans le contexte de la préparation de l’intervention américaine contre le gouvernement de Milosevics.

Dans des études antérieures, Michel Chossudovsky a démontré comment le Kosovo a été transformé en "narco-démocratie" sous la protection de l’OTAN. La drogue, en provenance de l’Iran et de la Turquie, y transite pour prendre la direction de l’Europe. Aujourd’hui, Chossudovsky se demande si ce n’est pas ce modèle que Foley prépare, depuis 1999, pour Haïti.

Alors que l’économie réelle de Haïti est en banqueroute, le trafic de la drogue y est florissant. Selon la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine, Haïti demeure "le principal pays pour le transit de la cocaïne de la Colombie vers les Etats-Unis."

La DEA estime que 14% de la cocaïne qui entre aux Etats-Unis passe par Haïti. Cela représente des sommes fabuleuses, lorsqu’on sait que le commerce global des narcotiques est évalué annuellement à 500 milliards $.

Les narco-dollars représentent aujourd’hui la principale source de devises pour Haïti. Ils servent à rembourser la dette et les intérêts de créanciers étrangers. D’ailleurs, la libéralisation du marché des échanges extérieures imposée par le FMI sert merveilleusement bien au blanchiment des narco-dollars.

Haïti ne touche qu’un très faible pourcentage des revenus de cette contrebande. Les principaux bénéficiaires en sont les intermédiaires criminels, les agences de renseignement qui protègent ce commerce, de même que les institutions bancaires et financières de Wall Street et d’Europe qui blanchissent cet argent.

Michel Chossudovsky souligne que le contrôle du marché de la drogue qui passe par Haïti est particulièrement important pour les Etats-Unis qui voient une bonne partie du commerce mondial de la drogue se transiger maintenant en euros plutôt qu’en dollars, sapant d’autant l’hégémonie du dollar américain.

La rébellion armée et la chute d’Aristide ne sont donc pas des événements spontanés. Ils ont été planifiés de longue main par les services secrets et le gouvernement américains. Bien que les membres des gouvernements Préval, et par la suite Aristide, se soient montrés complaisants à l’égard du FMI, Washington avait néanmoins inscrit Jean-Bertrand Aristide sur sa liste noire.

L’arrivée des militaires américains s’inscrit dans les plans de l’administration Bush pour la militarisation des Caraïbes. Elle vise à sécuriser les routes du trafic des drogues. Rappelons-nous également que Haïti est située stratégiquement entre Cuba et le Venezuela, deux pays où la Maison Blanche voudrait bien voir un changement de régime.
Pierre Dubuc, 3 mars 2004, L'aut' Journal

 

 

 

La déstabilisation de Haïti : un coup d’Etat orchestré et financé par les Etats-Unis

par Michel Chossudovsky
Article publié le 11 mars 2004

Double standards

La Maison blanche a remis en question la capacité du président haïtien Jean-Bertrand Aristide « à gouverner son pays ». Selon un communiqué officiel de la Maison blanche émis un jour avant le départ d’Aristide pour la République dominicaine : « Son échec à adhérer aux principes démocratiques a contribué à la profonde polarisation et aux violentes émeutes auxquelles nous assistons aujourd’hui en Haïti. Ses propres actions remettent en question sa capacité à gouverner Haïti. Nous l’invitons à examiner sa position soigneusement, à accepter la responsabilité, et à agir dans l’intérêt du peuple d’Haïti. »

Ne devrions-nous pas maintenant appliquer les mêmes standards au Président George W. Bush qui a menti au peuple américain, violé le droit international et mené une guerre criminelle sur base d’un faux prétexte ?

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Le présent article a été rédigé durant les derniers jours de février 2004 en réponse au barrage de désinformation dressé par les médias traditionnels. Il a été complété le 29 février 2004, le jour du départ pour l’exil du président Jean-Bertrand Aristide.

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L’insurrection armée qui a contribué à renverser le président Aristide le 29 février 2004 a été le résultat d’une opération de type militaire, combinée à des opérations de renseignements, minutieusement préparée.

L’armée paramilitaire des rebelles a traversé la frontière de la République dominicaine au début du mois de février. Il s’agit d’une unité paramilitaire bien armée, équipée et entraînée à laquelle se sont intégrés d’anciens membres du Front pour l’Avancement et le Progrès en Haïti (FRAPH), les escadrons de la mort en « vêtements civils » impliqués dans les massacres de civils et assassinats politiques perpétrés durant le coup d’Etat militaire de 1991, sponsorisé par la CIA, et qui avait débouché sur le renversement du gouvernement démocratiquement élu du président Jean-Bertrand Aristide.

Le Front autoproclamé pour la Libération et la Reconstruction nationale (FLRN) est dirigé par Guy Philippe, un ancien membre des Forces armées haïtiennes et par ailleurs chef de la police. Durant la période du coup d’Etat de 1991, Philippe avait subi un entraînement auprès des Forces spéciales américaines en Equateur, en même temps qu’une douzaine d’autres officiers de l’armée haïtienne (voir Juan Gonzalez, New York Daily News, 24 février 2004).

Les deux autres commandants rebelles et associés de Guy Philippe, qui ont dirigé les attaques contre Gonaïves et Cap-Haïtien, sont Emmanuel Constant, surnommé « Toto », et Jodel Chamblain. Tous deux sont d’anciens Tontons Macoutes et sont des dirigeants du FRAPH.

En 1994, Emmanuel Constant dirigeait l’escadron de la mort du FRAPH dans le village de Raboteau, opération que l’on appela plus tard le « Massacre de Ramboteau » :

« L’un des derniers massacres infâmes eut lieu en avril 1994 à Raboteau, un bidonville côtier à quelque 150 km au nord de la capitale. Raboteau compte environ 6.000 habitants, la plupart sont pêcheurs ou sauniers, mais il a la réputation d’être un bastion de l’opposition où des dissidents politiques viennent souvent se cacher. (...) Le 18 avril [1994], une centaine de soldats et une trentaine de paramilitaires débarquèrent à Raboteau pour ce que les enquêteurs allaient appeler plus tard une ’répétition générale’. Ils allaient sortir des gens de chez eux, leur demandant où se cachait Amiot ’Cubain’ Metayer, un partisan bien connu d’Aristide. Ils tabassèrent de nombreuses personnes, dont une femme enceinte qui en fit une fausse couche, et ils forcèrent d’autres personne à boire à même les égouts à ciel ouvert. Des soldats torturèrent un vieil aveugle de 65 ans jusqu’à ce qu’il vomisse du sang. L’homme mourut le lendemain.

« Le 22 avril avant l’aube, les soldats réapparaissaient. Ils mirent des maisons à sac et abattèrent des gens en rue et lorsque les habitants s’enfuyèrentt vers l’eau, d’autres soldats leur tirèrent dessus depuis des embarcations qu’ils avaient réquisitionnées. La mer allait rejeter des corps durant plusieurs jours. D’autres ne furent jamais retrouvés. Le nombre des victimes a été estimé entre deux douzaines et une trentaine. Des centaines d’autres allaient fuir la ville, craignant de nouvelles représailles. » (St Petersburg Times, Floride, 1er septembre 2002)

Durant le pouvoir militaire (1991-1994), le FRAPH passa (non officiellement) sous la juridiction des forces armées, prenant ses ordres chez le commandant en chef, le général Raoul Cedras. Selon un rapport de la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies, daté de 1996, le FRAPH avait bénéficié du soutien de la CIA.

Sous la dictature militaire, le trafic de drogue fut protégé par la junte militaire qui, de son côté, était également soutenue par la CIA. Les dirigeants du coup d’Etat de 1991, y compris les commandants paramilitaires du FRAPH, figuraient sur les feuilles de paie de la CIA. (Voir Paul DeRienzo, http://globalresearch.ca/articles/R... , Voir également Jim Lobe, IPS, 11 oct. 1996).

A ce propos, Emmanuel Constant, alias « Toto », confirma, dans l’émission « 60 Minutes » de la CBS, en 1995, que la CIA le payait environ 700 dollars par mois et qu’il avait créé le FRAPH alors qu’il était sur les feuilles de paie de l’agence. (Voir Miami Herald, 1er août 2001). Selon Constant, le FRAPH avait été constitué « avec les encouragements et le soutien financier de la Defense Intelligence Agency [la DIA] américaine et de la CIA » (Miami New Times, 26 février 2004).

L’« opposition civile »

La prétendue « Convergence démocratique » (CD) est un groupe de quelque 200 organisations politiques dirigé par l’ancien maire de Port-au-Prince, Evans Paul. Cette CD, conjointement au « Groupe des 184 Organisations de la Société civile »(G-184) a constitué ce qu’elle appelle une « Plate-forme démocratique des Organisations de la Société civile et des Partis politiques de l’Opposition ».

Le G-184 est dirigé par André (Andy) Apaid, un citoyen américain né aux Etats-Unis de parents haïtiens (Haiti Progres, http://www.haiti-progres.com/eng11-...). Andy Apaid possède Alpha Industries, l’une des plus importantes lignes d’assemblage destiné à l’exportation et à main-d’œuvre bon marché, installées durant l’époque Duvalier. Ses bagnes produisent des produits textiles et des assemblages électroniques pour un certain nombre de firmes américaines, parmi lesquelles Sperry/Unisys, IBM, Remington et Honeywell. Apaid est le plus gros employeur industriel de Haïti avec une main-d’oeuvre de quelque 4.000 travailleurs. Les salaires payés dans les usines d’Andy Apaid ne dépassent pas 68 cents par jour (Miami Times, 26 février 2004). L’actuel salaire minimal à Haïti est de l’ordre de 1,50 dollar par jour :

« Le Comité national de l’Emploi, cantonné aux Etats-Unis, qui a été le premier à dénoncer le scandale Kathie Lee Gifford des mauvaises conditions de travail, a rapporté, voici plusieurs années déjà, que les usines d’Apaid situées dans la zone haïtienne de libre échange payaient souvent des salaires inférieurs au salaire minimal et que ses employées sont obligées de travailler 78 heures par semaine. » (Daily News, New York, 24 février 2004)

Apaid fut un fervent soutien du coup d’Etat militaire de 1991. Aussi bien la CD que le G-184 ont des liens avec le FLRN (anciennement les escadrons de la mort du FRAPH) dirigé par Guy Philippe. On sait également que le FLRN reçoit des fonds de la communauté haïtienne des affaires.
En d’autres termes, il n’y a pas de division bien tranchée entre l’opposition civile, qui se prétend non violente, et les paramilitaires du FLRN. Ce dernier collabore avec la prétendue « Plate-forme démocratique ».

Le rôle de la Fondation nationale pour la Démocratie (FND)

A Haïti, cette « opposition civile » est soutenue financièrement par la Fondation nationale pour la Démocratie qui travaille main dans la main avec la CIA. La Plate-forme démocratique est soutenue par l’Institut républicain international (IRI), l’une des composantes actives de la FND. Le sénateur John McCain est président du conseil de direction de l’IRI. (Voir Laura Flynn, Pierre Labossière et Robert Roth, Hidden from the Headlines : The U.S. War Against Haiti (Loin des gros titres : la guerre des Etats-Unis contre Haïti), California-based Haiti Action Committee (HAC), http://www.haitiprogres.com/eng11-1... ).

Le dirigeant du G-184, Andy Apaid, était en relation avec le secrétaire d’Etat Colin Powell durant toute la période qui a précédé le départ du président Aristide pour la République dominicaine, le 29 février dernier. Son organisation parapluie des cercles d’affaires de l’élite et des ONG religieuses, également soutenue par l’IRI, reçoit des sommes d’argent considérables de l’Union européenne. ( http://haitisupport.gn.apc.org/184 ... ).

Il est utile de rappeler que si la FND (que supervise l’IRI) ne fait pas officiellement partie de la CIA, elle joue d’importantes fonctions sur le plan des renseignements dans l’arène des partis politiques civils et des ONG. Elle a été créée en 1983, à l’époque où la CIA était accusée de corrompre en secret les hommes politiques et de monter de fausses organisations de front de la société civile. Selon Allen Weinstein, l’homme qui avait mis la FND sur pied à l’époque de l’administration Reagan, « une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui l’était déjà, mais en secret, par la CIA, voici 25 ans ». (Washington Post, 21 septembre 1991).

La FND draine des fonds du Congrès vers quatre institutions : l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), le Center for International Private Enterprise (CIPE), et l’American Center for International Labor Solidarity (ACILS. Il est dit que ces organisations ne sont « qualifiées que pour fournir de l’assistance technique aux démocrates en herbe du monde entier ». (Voir IRI, http://www.iri.org/history.asp)

Autrement dit, il existe une répartition des tâches entre la CIA et la FND. Alors que la CIA fournit son soutien secret à des groupes rebelles de paramilitaires armés et autres escadrons de la mort, la FND et ses quatre organisations constituantes financent des partis politiques « civils » et des ONG en vue d’installer la « démocratie » à l’américaine aux quatre coins du monde.

La FND constitue donc en quelque sorte le « bras civil » de la CIA. Les interventions combinées des deux organisations dans diverses parties du monde sont caractérisées par un modèle constant, utilisé dans de nombreux pays.

La FND fournit des fonds aux organisations de la « société civile » au Venezuela, fonds qui ont permis de mettre sur pied une tentative de coup d’Etat contre le président Hugo Chavez. Au Venezuela, ce fut la « Coordination démocratique » qui bénéficia du soutien de la FND ; à Haïti, il s’agit de la « Convergence démocratique » et du G-184.

De la même manière, dans l’ancienne Yougoslavie, depuis 1995, la CIA a fait parvenir son soutien à l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), un groupe paramilitaire impliqué dans des attentats terroristes contre la police et l’armée yougoslaves. Dans le même temps, via le CEPI, la FND soutenait la coalition d’opposition du DOS en Serbie et au Monténégro. Plus spécifiquement, la FND finançait le G-17, un groupe d’opposition constitué d’économistes responsables de la formulation (en liaison avec le FMI) de la plate-forme de réformes d’« ouverture du marché » de la coalition du DOS, lors des élections présidentielles de 2000 qui conduisirent à la chute de Slobodan Milosevic.

Le douloureux « remède économique » du FMI

Le FMI et la Banque mondiale sont des acteurs de premier plan dans le processus de déstabilisation économique et politique. Tout en étant appliquées sous les auspices d’un corps intergouvernemental, les réformes du FMI tendent à soutenir les objectifs de la stratégie et de la politique étrangère des Etats-Unis.

Reposant sur le prétendu « consensus de Washington », les mesures d’austérité et de restructuration du FMI contribuent souvent, via leurs effets terriblement dévastateurs, à déclencher des contestations sociales et ethniques. Les réformes du FMI ont souvent précipité la chute de gouvernements élus. Dans certains cas extrêmes de désorganisation économique et sociale, les mesures économiques pénibles du FMI ont contribué à la déstabilisation de pays tout entiers, comme ce fut le cas en Somalie, au Rwanda et en Yougoslavie. (Voir Michel Chossudovsky, The globalization of Poverty and the New World Order (La globalisation de la pauvreté et le Nouvel Ordre Mondial), 2e édition, 2003, http://globalresearch.ca/globaloutl... )

Le programme du FMI est en permanence un instrument de désorganisation économique. Les réformes du FMI contribuent à remodeler et à minimiser les institutions de l’Etat via des mesures draconiennes d’austérité. Ces dernières sont appliquées simultanément avec d’autres formes d’intervention et d’ingérence politique, y compris les activités sous le manteau de la CIA visant à soutenir des groupes paramilitaires rebelles et des partis politiques d’opposition.

En outre, des réformes qualifiées de « relance d’urgence » ou de « post-conflictuelles » sont souvent introduites sous la direction du FMI, dans le sillage d’une guerre civile, d’un changement de régime ou dans le cadre d’une « urgence au niveau national ».

A Haïti, le FMI a sponsorisé des réformes de « libéralisation du marché », lesquelles ont été appliquées régulièrement depuis l’époque Duvalier. Elles ont également été appliquées à plusieurs niveaux depuis la première élection du président Aristide, en 1990.

Le coup d’Etat militaire de 1991, qui a eu lieu huit mois seulement après l’accession de Jean-Bertrand Aristide à la présidence, visait en partie à supprimer les réformes progressistes du gouvernement et à réinstaurer l’agenda politique néo-libéral de l’ère Duvalier.

En juin 1992, un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Monsieur Marc Bazin, fut désigné au poste de Premier ministre par la junte militaire. En fait, c’était le département d’Etat américain qui avait poussé à sa nomination.

Bazin avait la réputation d’avoir toujours travaillé pour le « consensus de Washington ». En 1983, il avait été désigné au poste de ministre des Finances sous le régime Duvalier. En fait il avait été recommandé à ce portefeuille par le FMI : « Le ’président à vie’ Jean-Claude Duvalier avait été d’accord avec la désignation d’un candidat du FMI, l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Marc Bazin, comme ministre des Finances. » (Mining Annual Review, juin 1983). Plus tard, Bazin, qui était considéré comme le « favori » de Washington, se présenta contre Aristide lors des élections présidentielles de 1990.

Bazin fut donc désigné par la junte militaire, en 1992, pour former un prétendu « gouvernement de consensus ». Il est utile de faire remarquer que ce fut précisément durant la période où Bazin fut Premier ministre qu’eurent lieu les massacres politiques et les tueries extra-judiciaires perpétrés par les escadrons de la mort du FRAPH, soutenus par la CIA. Plus de 4.000 civils furent tués. Quelque 300.000 se muèrent en réfugiés internes, « des milliers d’autres s’enfuirent de l’autre côté de la frontière, en République dominicaine, et plus de 60.000 quittèrent le pays par la mer ». (Déclaration de Dina Paul Parks, directrice exécutive de la Coalition nationale des Droits des Haïtiens, Commission sénatoriale de la Justice, Sénat des Etats-Unis d’Amérique, Washington DC, 1er octobre 2002). Pendant ce temps, la CIA avait lancé une campagne de calomnies présentant Aristide comme un personnage « instable mentalement ». (Boston Globe, 21 septembre 1994).

L’intervention militaire américaine de 1994

Après trois années de pouvoir militaire, les Etats-Unis intervenaient en 1994, envoyant à Haïti des troupes d’occupation et des « gardiens de la paix » : 20.000 hommes en tout. Cette intervention ne prévoyait pas de restaurer la démocratie. Bien au contraire : elle fut menée pour empêcher une insurrection populaire contre la junte militaire et ses partisans néo-libéraux.

En d’autres termes, l’occupation militaire américaine visait surtout à assurer la continuité politique.

Alors que les membres de la junte militaire étaient envoyés en exil, le retour du gouvernement constitutionnel requérait l’obéissance aux dictats du FMI, excluant de la sorte toute possibilité d’une alternative « progressiste » au planning néo-libéral. De plus, les troupes américaines allaient rester dans le pays jusqu’en 1999. Les forces armées haïtiennes furent dissoutes et le département d’Etat américain loua les services d’une société de mercenariat, la Dyn Corp, pour fournir des « conseils techniques » à la restructuration de la Police nationale haïtienne (PNH).

« La DynCorp a toujours fonctionné en sous-traitance dans les opérations sous le manteau du Pentagone et de la CIA. » (Voir Jeffrey St.Clair et Alexander Cockburn, Counterpunch, 25 février 2002, http://www.corpwatch.org/issues/PID... ). Avec les conseils de la DynCorp à Haïti, les anciens Tontons Macoutes et les officiers de l’armée haïtienne impliqués dans le coup d’Etat de 1991 furent intégrés à la PNH. » (Voir Ken Silverstein, « Privatizing War » (La privatisation de la guerre), The Nation, 28 juillet 1997, http://www.mtholyoke.edu/acad/intre...).

En octobre 1994, Aristide revint d’exil et réintégra la présidence jusqu’à la fin de son mandat en 1996. Des réformateurs du « libre marché » furent introduits dans son cabinet. Une nouvelle fournée de mesures politiques macroéconomiques mortelles fut adoptée sous l’étiquette d’un prétendu Plan d’urgence de relance économique (PURE) « qui cherchait à réaliser une stabilisation macroéconomique rapide, à restaurer l’administration publique et à parer aux besoins les plus pressés ». (Voir : IMF Approves Three-Year ESAF Loan for Haiti (Le FMI approuve l’emprunt de trois ans de l’ESAF destiné à Haïti), Washington, 1996, http://www.imf.org/external/np/sec/... ).

La restauration du gouvernement constitutionnel avait été négociée en huis clos avec des créanciers extérieurs de Haïti. Avant la restauration d’Aristide au poste de président du pays, le nouveau gouvernement fut obligé d’apurer les arriérés de la dette du pays vis-à-vis de ses créanciers étrangers. En fait, les nouveaux prêts consentis par la Banque mondiale, la Banque inter-américaine de Développement (IDB) et le FMI furent utilisés pour honorer les obligations de Haïti vis-à-vis de ses créanciers internationaux. De l’argent frais fut utilisé pour rembourser d’anciennes dettes, ce qui provoqua une spirale de la dette extérieure.

Durant la période coïncidant en gros avec celle du gouvernement militaire, le Produit intérieur brut (PIB) déclina de 30% entre 1992 et 1994. Avec un revenu par tête de 250 dollars par an, Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental et l’un des plus pauvres de la planète. (Voir : Banque mondiale, Haïti : les défis de la réduction de la pauvreté, Washington, août 1998, http://lnweb18.worldbank.org/Extern... ).

La Banque mondiale estime le chômage de l’ordre de 60%. (Un rapport du Congrès américain datant de 2000 l’estime même à 80%. Voir : Chambre des Représentants des Etats-Unis, Justice criminelle, Sous-Commission de la politique en matière de drogue et des ressources humaines, FDHC Transcripts, 12 avril 2000).

Dans le sillage de trois années de pouvoir militaire et de déclin économique, il ne pouvait y avoir de « relance économique urgente » comme celle envisagée sous l’accord de prêt du FMI. En fait, ce fut tout le contraire qui se produisit : La « stabilisation » imposée par le FMI sous le programme de « relance » exigea davantage de restrictions budgétaires dans les programmes quasiment non existants du secteur social. Un programme de réforme des services civils fut lancé. Il consistait à réduire la taille de ces services et à licencier le « surplus » d’employés de l’Etat. Le train de mesures du FMI et de la Banque mondiale fut en partie à l’origine de la paralysie des services publics, ce qui déboucha sur la désintégration finale de la totalité du système étatique. Dans un pays où les services de santé et d’éducation étaient déjà pour ainsi dire inexistants, le FMI avait exigé le licenciement des enseignants et travailleurs médicaux « en surplus » et ce, dans l’intention d’atteindre son objectif à propos du déficit budgétaire.

Les initiatives de Washington en matière de politique étrangère ont été coordonnées à l’application de la « thérapie » économique particulièrement létale du FMI. Le pays a été littéralement poussé au bord du désastre économique et social.

Le sort de l’agriculture haïtienne

Plus de 75 pour-cent de la population haïtienne est engagée dans l’agriculture, produisant à la fois des plantes vivrières pour le marché intérieur ainsi qu’un certain nombre de plantes « de rapport » destinées à l’exportation. Déjà à l’époque de Duvalier, l’économie paysanne avait été torpillée. Avec l’adoption des réformes économiques sponsorisées par le FMI et la Banque mondiale, le système agricole qui, avant cela, produisait des denrées alimentaires pour le marché local, s’est retrouvé déstabilisé. La levée des barrières commerciales a ouvert le marché local à l’affluence des surplus agricoles américains, y compris le riz, le sucre et le maïs, entraînant ainsi la destruction de toute l’économie paysanne. Gonaïves, qui, avec ses vastes rizières, était la région par excellence de la production du riz à Haïti, s’est retrouvée plongé dans une faillite générale :

« A la fin des années 90, la production locale de riz, à Haïti, a été réduite de moitié et les importations de riz des Etats-Unis comptaient pour plus de la moitié des ventes locales de riz. La population paysanne locale était ruinée et le prix du riz augmenta dans des proportions phénoménales. » (Voir Rob Lyon, Haiti-There is no solution under Capitalism ! (Haïti : pas de solution sous le capitalisme), Socialist Appeal, 24 février 2004, http://cleveland.indymedia.org/news... ).

En l’espace de quelques années, Haïti, un petit pays très pauvre des Caraïbes, était devenu le quatrième importateur mondial de riz américain, après le Japon, le Mexique et le Canada.

La seconde vague de réformes du FMI

Les élection présidentielles furent fixées au 23 novembre 2000. L’administration Clinton avait mis l’embargo sur l’aide au développement à Haïti en 2000. A peine deux semaines avant les élections, l’administration sortante signait une lettre d’intentions pour le FMI. Avec son timing parfait, l’accord avec le FMI exclut virtuellement depuis le début toute déviance par rapport à l’agenda néo-libéral avant l’élection du nouveau président qui, depuis son retour d’exil en 1994, s’est montré très obéissant vis-à-vis des exigences du FMI.

Le ministre des Finances transmettait l’amendement budgétaire au Parlement le 14 décembre. Le soutien des donateurs dépendait du sceau probatoire de la législature. Alors qu’Aristide avait promis d’augmenter le salaire minimum, de se lancer dans la construction d’écoles et la mise sur pied de programmes d’alphabétisation, les mains du nouveau gouvernement étaient liées. Toutes les décisions majeures concernant le budget de l’Etat, le management du secteur public, les investissements publics, la privatisation, le commerce et la politique monétaire avaient déjà été prises. Elles faisaient partie de l’accord conclu avec le FMI le 6 novembre 2000.

En 2003, le FMI imposa l’application du prétendu « système flexible dans les prix des carburants », lequel déclencha aussitôt une spirale inflationniste. La monnaie fut dévaluée. Les prix du pétrole augmentèrent d’environ 130 pour-cent en janvier et février 2003, ce qui contribua à alimenter le mécontentement populaire à l’égard du gouvernement Aristide, qui avait soutenu l’application des réformes économiques.

La montée en flèche des prix des carburants contribua à une hausse de 40 pour-cent des prix à la consommation en 2002-2003. (Voir Haïti - Lettre d’intention, Mémorandum de la politique économique et financière, et mémorandum technique d’explications, Port-au-Prince, Haïti, 10 juin 2003, http://www.imf.org/external/np/loi/... ). A son tour, le FMI avait réclamé, en dépit de la hausse dramatique du coût de la vie, un gel des salaires comme moyen de « contrôler les pressions inflationnistes ». En fait, le FMI avait également enjoint au gouvernement de réduire les salaires du secteur public (y compris les traitements des enseignants et des travailleurs médicaux). Le FMI avait également réclamé que l’on assure le paiement d’un salaire statutaire minimum d’environ 25 cents de l’heure. « La flexibilité du marché de l’emploi », ce qui signifiait que les salaires étaient versés sous le salaire minimum statutaire, allait contribuer, prétendait le FMI, à attirer les investisseurs étrangers. Le salaire journalier minimum était de 3 dollars en 1994, et il diminua jusque 1,50 à 1,75 dollars (selon le taux d’échange entre la gourde - la monnaie haïtienne - et le dollar) en 2004.

Dans une logique particulièrement tordue, les salaires effroyablement bas pratiqués à Haïti, qui avaient fait partie du cadre de la politique de la « main-d’œuvre bon marché » du FMI et de la Banque mondiale, étaient considérés comme un moyen d’améliorer le niveau de vie. En d’autres termes, les conditions inhumaines des industries d’assemblage (dans un environnement totalement dérégulé) et les conditions de travaux forcés dans les plantations agricoles haïtiennes sont considérées par le FMI comme la clé pour arriver à la prospérité économique, ; en raison de « l’attrait exercé sur les investisseurs étrangers ».

Le pays était coincé dans la spirale de sa dette extérieure. Par une ironie amère, des mesures d’austérité dans les secteurs sociaux, soutenues par le FMI et la Banque mondiale, furent imposées à un pays qui compte à peine 1,2 médecin pour 10.000 habitants et où la grande majorité de la population est illettrée. Les services sociaux de l’Etat, virtuellement inexistants durant la période Duvalier, se sont effondrés.

La conséquence des directives du FMI fut que le pouvoir d’achat poursuivit sa dégringolade, laquelle avait également affecté les groupes à revenus moyens. Dans un même temps, les taux d’intérêt avaient atteint des hauteurs astronomiques. Dans les parties Nord et Est du pays, les hausses brutales des prix du carburant s’étaient traduites par une paralysie virtuelle des transports et des services publics, y compris l’eau et l’électricité. Alors qu’une catastrophe humanitaire menace grandement, l’effondrement de l’économie supervisé par le FMI servit à accroître considérablement la popularité de la Plate-forme démocratique, qui accusa Aristide de « mauvaise gestion économique ». Inutile de dire que les dirigeants de la Plate-forme démocratique, y compris Andy Apaid, actuel propriétaire des usines aux conditions si déplorables, sont les principaux protagonistes de l’économie des bas salaires.

On ressort le modèle du Kosovo

En février 2003, Washington annonçait la désignation de James Foley au poste d’ambassadeur à Haïti.Foleyavaitétél’un des porte-parole du département d’Etat sous l’administration Clinton au moment dela guerre du Kosovo. Auparavant, il avait occupé un poste au quartier général de l’Otan à Bruxelles. De toute évidence, Foley était envoyé à Port-au-Prince en prévision de l’opération sponsorisée par la CIA. Il fut transféré à Port-au-Prince en septembre 2003, alors qu’il occupait un poste diplomatique de prestige à Genève, où il était chef de mission adjoint au bureau européen des Nations unies.

Il est utile de rappeler l’implication de l’ambassadeur Foley dans le soutien à l’Armée de Libération de Kosovo (UCK) en 1999.

Solidement renseignée, l’UCK était financée avec de l’argent de la drogue et soutenue par la CIA. Elle fut impliquée de la même façon dans des assassinats politiques ciblés et dans des massacres de civils, et ce, au cours des mois qui allaient précéder l’invasion de l’Otan, en 1999, ainsi qu’après. Après l’invasion et l’occupation du Kosovo orchestrées par l’Otan, l’UCK devint la Force de Protection du Kosovo (FPK), sous les auspices de l’Onu. Au lieu d’être désarmée afin d’empêcher les massacres de civils, voilà donc qu’une organisation terroristes liée au crime organisée et au trafic de drogue dans les Balkans se voit conférer un statut politique légal.

A l’époque de la guerre du Kosovo, l’actuel ambassadeur à Haïti, James Foley, s’occupait des communiqués du département d’Etat, travaillant en étroite collaboration avec son homologue de l’Otan à Bruxelles, Jamie Shea. A peine deux mois avant le déclenchement de la guerre de l’Otan, le 24 mars 1999, James Foley avait exigé que l’on « transformât » l’UCK en organisation politique respectable :

« Nous voulons développer de bonnes relations avec eux [l’UCK] puisqu’ils se muent en organisation à orientation politique (...) Nous croyons que nous avons un tas de conseils et d’aide à leur fournir s’ils deviennent précisément le genre d’acteurs politiques que nous aimerions les voir devenir. (...) Si nous pouvons les aider et s’ils veulent que nous les aidions dans cet effort de transformation, je pense que personne ne pourra y trouver à redire (...) » (cité dans le New York Times, 2 février 1999).

Dans le sillage de l’invasion, « une administration kosovare autoproclamée fut mise en place, composée par l’UCK et par le Mouvement d’Union démocratique (LDB), par une coalition de cinq partis d’opposition hostiles à la Ligue démocratique de Rugova (LDK). Outre le poste de Premier ministre, l’UCK contrôlait les ministères des Finances, de l’Ordre public et de la Défense ». (Michel Chossudovsky, La guerre d’agression de l’Otan contre la Yougoslavie, 1999, http://www.globalresearch.ca/articl... )
La position du département d’Etat américain telle qu’elle est présentée dans la déclaration de Foley était que l’UCK « ne serait pas autorisée à poursuivre ses activités en tant que force militaire, mais qu’elle aurait l’occasion d’aller de l’avant dans sa quête d’un gouvernement autonome placé dans un ’contexte différent’ », ce qui revenait à parler d’inauguration d’une « narco-démocratie » de fait sous la protection de l’Otan. (Ibid.)

En ce qui concerne le trafic de drogue, le Kosovo occupe une position similaire à celle de Haïti : c’est un lien crucial dans le transit des drogues depuis le Croissant d’Or, via l’Iran et la Turquie, vers l’Europe occidentale. Tout en étant soutenue par la CIA et l’Otan, l’UCK avait des liens avec la mafia albanaise et les syndicats du crime impliqués dans le trafic des narcotiques.

Est-ce le modèle d’Etat pour Haïti, tel que l’avait formulé l’actuel ambassadeur américain à Haïti, James Foley ?

Pour la CIA et le département d’Etat, le FLRN et Guy Philippe sont à Haïti ce que l’UCK et Hashim Thaci sont au Kosovo.

En d’autres termes, l’intention de Washington est de « changer de régime » : renverser l’administration Lavalas et installer un régime fantoche obéissant aux Etats-Unis, intégré par la Plate-forme démocratique et l’autoproclamé Front pour la libération et la reconstruction nationale (FLRN), dont les dirigeants sont d’anciens terroristes du FRAPH et autres tontons Macoutes. Ces derniers sont susceptibles d’intégrer un « gouvernement d’unité nationale » en compagnie des chefs de la Convergence démocratique et du Groupe des 184 organisations de la société civile dirigé par Andy Apaid. Plus spécifiquement, le FLRN dirigé par Guy Philippe est susceptible de reconstruire les forces armées haïtiennes, qui avaient été dissoutes en 1995.

En d’autres termes, quel est l’enjeu d’un éventuel arrangement de partage de pouvoir entre les divers groupes d’opposition et les rebelles soutenus par la CIA, lesquels sont liés au commerce de transit de la cocaïne de la Colombie à la Floride ? La protection de ce commerce a des incidences sur la formation d’un nouveau narco-gouvernement, lequel servira les intérêts américains.

Un désarmement simulé, plus symbolique que réel, des rebelles peut être envisagé sous supervision internationale, comme cela s’est produit avec l’UCK au Kosovo, en 2000. Les « anciens terroristes » peuventt alors être intégrés tant au sein de la police civile que dans la reconstitution, sous surveillance des Etats-Unis, des forces armées haïtiennes.

Ce que suggère ce scénario, c’est que les structures terroristes de l’époque Duvalier ont été restaurées. Un programme de massacres de civils et d’assassinats politiques dirigés contre les partisans de Lavalas est en fait déjà en cours.

En d’autres termes, si Washington était vraiment mû par des considérations humanitaires, pourquoi, dans ce cas, soutient-il et finance-t-il les escadrons de la mort du FRAPH ? Son objectif n’est pas d’empêcher le massacre des civils. Organisés sur le modèle des précédentes opérations dirigées par la CIA (par exemple, au Guatemala, en Indonésie, au Salvador), les escadrons de la mort du FLRN ont eu carte blanche et sont désormais impliqués dans des assassinats politiques ciblés contre les partisans d’Aristide.

Le commerce du transbordement des drogues

Alors que l’économie réelle a été poussée à la banqueroute sous le choc des réformes du FMI, le commerce du transbordement des narcotiques continue à être florissant. Selon la DEA (Drug Enforcement Administration) américaine, Haïti reste « le premier pays de transbordement de la drogue pour toute la région des Caraïbes, il achemine d’importants chargements de cocaïne depuis la Colombie jusqu’aux Etats-Unis. » (Voir Chambre américaine des Représentants, Justice criminelle, Sous-commission sur la politique en matière de drogues et sur les ressources humaines, Transcriptions FDHC, 12 avril 2000)

On estime que Haïti, actuellement, est responsable de 14 pour-cent de toutes les entrées de cocaïne aux Etats-Unis, ce qui représente des milliards de dollars de revenus pour le crime organisé et les institutions financières américaines qui blanchissent des quantités colossales d’argent sale. Le commerce mondial des narcotiques est estimé de l’ordre de 500 milliards de dollars.

Une grande partie de ces transbordements va directement à Miami, qui constitue également un centre de recyclage de l’argent sale en investissements « de bonne foi », par exemple en propriétés immobilières et autres activités du même genre.

Les preuves confirment que la CIA a protégé ce commerce tout au long de la dictature militaire, de 1991 à 1994. En 1987, le sénateur John Kerry, en sa qualité de président de la sous-commission sénatoriale des Affaires étrangères sur les narcotiques, le terrorisme et les opérations internationales, se vit confier une enquête importante qui s’intéressa de près aux liens entre la CIA et le trafic de drogue, y compris le blanchiment de l’argent de la drogue aux fins de financer des insurrections armées. Le « Rapport Kerry », publié en 1989 et concentrant son attention sur le financement des contras nicaraguayens, comprenait aussi toute une section concernant Haïti :

« Kerry a développé des informations détaillées sur le trafic de drogue dirigé par les dirigeants militaires de Haïti , trafic qui a débouché, en 1988 à Miami, sur la condamnation du lieutenant-colonel Jean Paul. La sentence embarrassa beaucoup les militaires haïtiens, et tout particulièrement parce que Paul, dans un geste de provocation, refusa de se rendre aux autorités américaines. En novembre 1989, le colonel Paul fut découvert mort après avoir consommé un cadeau d’amitié traditionnel haïtien - un bol de potage au potiron...

« En 1988, le sénat américain apprit également, par le biais d’un témoignage, que le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Williams Regala, et son officier de liaison de la DEA, protégeaient et supervisaient des livraisons de cocaïne. Le témoignage accusait également le commandant de l’armée haïtienne à l’époque, le général Henry Namphy, d’avoir accepté, au milieu des années 80, des pots-de-vin de la part des trafiquants colombiens en échange d’autorisations d’atterrissage.

« C’est en 1989 qu’un autre coup d’Etat militaire avait mis le lieutenant-général Prosper Avril au pouvoir (...) Selon un témoin qui avait déposé devant la sous-commission du sénateur John Kerry, Avril est en fait un pion major dans le rôle de Haïti en tant que lieu de transit du trafic de la cocaïne. » ( Paul DeRienzo, Le cauchemar de Haïti : Le coup d’Etat de la cocaïne et la CIA Connection, printemps 1994, http://globalresearch.ca/articles/R... )
Jack Blum, qui fut le conseiller particulier de Kerry, insiste sur la complicité de certains hauts fonctionnaires américains dans une déclaration faite en 1996 devant la Commission restreinte, désignée par le sénat américain, de renseignements sur le trafic de drogue et la guerre des contras :

« (...) A Haïti (...) nos ’sources’ de renseignements au sein de l’armée haïtienne ont consacré leurs facilités aux cartels de la drogue. Au lieu de mettre la pression sur la direction pourrie de l’armée, nous l’avons défendue. Nous nous sommes bouché le nez et avons fait semblant de rien chaque fois qu’eux et leurs amis criminels aux Etats-Unis ont distribué de la cocaïne à Miami, Philadelphie et New, York. » (http://www.totse.com/en/politics/ce...)

Haïti non seulement reste au centre du trafic du transbordement de cocaïne, mais ce dernier s’est accru de façon considérable depuis les années 80. L’actuelle crise est liée entre autres au rôle de Haïti dans le trafic de la drogue. Washington veut un gouvernement haïtien qui lui soit servile et qui protégera les voies d’acheminement de la drogue, lesquelles vont de la Colombie, passent par Haïti avant d’aboutir en Floride.

L’afflux de narcodollars, qui reste la principale source des rentrées d’échange du pays, est utilisé pour « honorer » la spirale de la dette extérieure de Haïti et, de cette façon, sert également les intérêts des créanciers étrangers.

Sur ce plan, la libéralisation du marché des échanges avec l’étranger telle qu ’elle a été imposée par le FMI, et malgré l’implication pour la forme des autorités dans le combat comme le trafic de drogue, a fourni une voie bien pratique pour le blanchiment des narcodollars au sein du système bancaire domestique. Ces narcodollars, en même temps que les « envois de bonne foi » des Haïtiens vivant à l’étranger, peuvent être recyclés vers le trésor où ils sont utilisés pour honorer les obligations de remboursement de la dette.

Haïti, toutefois, ne ramasse qu’un infime pourcentage des échanges totaux avec l’étranger concernant cette contrebande lucrative. La plupart des revenus résultant du commerce d’acheminement de la coke reviennent aux intermédiaires criminels du commerce de gros et de détail de la drogue, aux services de renseignements qui protègent le trafic de drogue ainsi qu’aux institutions financières et bancaires où les rentrées de ces activités criminelles sont blanchies.

Les narcodollars sont également versés sur des comptes « bancaires privés » dans de nombreux havres bancaires offshore. (Ces havres sont contrôlés par les importantes banques et institutions bancaires occidentales). L’argent de la drogue est également investi dans un certain nombre d’instruments financiers, comprenant les valeurs refuges et les transactions boursières. Les principales banques de Wall Street et d’Europe et les firmes de courtage boursier blanchissent des milliards de dollars en provenance du trafic des narcotiques.

Qui plus est, l’expansion des livraisons d’argent en dollars par le Système de la Réserve fédérale, y compris l’impression de milliards de dollars papier aux fins de nouer les narco-transactions, constitue un bénéfice pour la Réserve fédérale et les institutions bancaires privées qui la constituent et dont la partie la plus importante est la New York Federal Reserve Bank. (Voir Jeffrey Steinberg, Les revenus de la came atteignent 600 milliards de dollars et ne cessent de croître, Executive Intelligence Review, 14 déc. 2001, http://www.larouchepub.com/other/20...)

En d’autres termes, l’establishment financier de Wall Street, qui joue un rôle en coulisse dans la formulation de la politique étrangère américaine, a un intérêt certain dans la poursuite du commerce haïtien de transbordement, tout en mettant en place une « narco-démocratie » fiable à Port-au-Prince, laquelle protégera efficacement les voies d’acheminement.

La manipulation médiatique

Au cours des semaines qui ont précédé directement le coup d’Etat, les médias ont largement concentré leur attention sur les « gangs armés » et les « hommes de main » partisans d’Aristide, sans se soucier de fournir la moindre explication sur le rôle des rebelles du FLRN.

Un silence de mort, en fait : pas un mot ne fut dit, dans les déclarations officielles ou les résolutions de l’Onu, sur la nature du FLRN. Mais cela n’est pas du tout surprenant : l’ambassadeur américain aux Nations unies (l’homme qui siège au Conseil de sécurité), John Negroponte, a joué un rôle de tout premier plan dans les escadrons de la mort honduriens soutenus par la CIA, durant les années 80, alors qu’il était ambassadeur des Etats-Unis au Honduras. (Voir San Francisco Examiner, 20 oct. 2001 http://www.flora.org/mai/forum/31397)

Les rebelles du FLRN sont extrêmement bien équipés et entraînés. Le peuple haïtien sait qui ils sont. Ce sont les Tontons Macoutes de l’époque Duvalier et les assassins de l’ancien FRAPH.

Les médias occidentaux sont mués sur ce sujet, ils rejettent le blâme des violences sur le président Aristide. Quand ils apprennent la nouvelle que l’Armée de Libération est composée d’escadrons de la mort, ils se refusent à examiner les implications plus larges de leurs prises de position et s’abstiennent de dire que ces escadrons de la mort sont une création de la CIA et de la DIA (Defense Intelligence Agency).

Le New York Times a fait savoir que la société civile d’opposition, « non violente », collaborait en fait avec les escadrons de la mort, « accusés d’avoir tué des milliers de personnes », mais tout ceci est décrit comme des événements « accidentels ». Aucune explication historique n’est fournie. Qui sont les chefs de ces escadrons de la mort ? Tout ce qu’on nous dit aujourd’hui, c’est qu’ils ont scellé une « alliance » avec les braves types « non violents » qui appartiennent à l’opposition politique. Et tout ça, pour une bonne cause, digne et tout et tout , qui consiste à vouloir chasser le président élu :

« Au fur et à mesure que la crise haïtienne dégénère vers la guerre civile, un enchevêtrement d’alliances, dont certaines accidentelles, est apparu. Cela a lié les intérêts d’un mouvement d’opposition politique qui a adopté la non-violence à ceux d’un groupe de rebelles qui comprend un ancien chef des escadrons de la mort accusé d’avoir tué des milliers de personnes, un ancien chef de la police accusé d’avoir ourdi un coup d’Etat et d’un gang impitoyable jadis partisan de Monsieur Aristide et qui, maintenant, s’est retourné contre lui. Etant donné leurs origines diverses, ceux qui se sont déployés contre Monsieur Aristide se sont à peine unifiés, bien que tous partagent un ardent désir de le voir écarté du pouvoir. » (New York Times, 26 février 2004)

Il n’y a rien de spontané ou d’« accidentel » dans les attaques rebelles ou dans l’« alliance » entre le chef des escadrons de la mort Guy Philippe et Andy Apaid, propriétaire du plus important bagne industriel de Haïti et dirigeant du G-184.

La rébellion armée faisait partie d’une opération militaire et de renseignements soigneusement préparée. Les forces armées de la République dominicaine avaient détecté des camps d’entraînement de guérilla à l’intérieur de leur propre territoire, à la frontière nord-est entre les deux pays. (L’armée dominicaine informe Aristide sur les entraînements des rebelles à la frontière, El Caribe, 27 février 2004, http://www.elcaribe.com.do/articulo...)

Tant les forces armées que leurs contreparties civiles « non violentes » étaient impliquées dans le complot visant à renverser le président. Le dirigeant du G-184, André Apaid, était en rapport avec Colin Powell durant les semaines qui ont précédé le renversement d’Aristide. Guy Philippe et « Toto » Emmanuel Constant ont des liens avec la CIA. Il y a des signes permettant d’établir que le commandant rebelle Guy Philippe et le chef politique du Front révolutionnaire de Résistance artibonite, Etienne Winter, était en liaison avec des officiels américains. (Voir BBC, 27 février 2004, http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas... ).

Alors que les Etats-Unis déclaraient à plusieurs reprises qu’ils allaient soutenir le gouvernement constitutionnel, le remplacement d’Aristide par un individu plus docile a toujours été à l’ordre du jour de l’administration Bush.

Le 20 février, l’ambassadeur américain James Foley désigna une équipe de quatre experts militaires émanant de l’U.S. Southern Command, cantonné à Miami. Officiellement, leur mandat consistait à « évaluer les menaces adressées à l’ambassade et à son personnel » (Seattle Times, 20 février 2004). Les Forces spéciales américaines sont déjà dans le pays. Washington avait annoncé que trois vaisseaux de guerre américains « ont été mis en stand-by pour se rendre à Haïti en guise de précaution ». Le Saipan est équipé d’avions de combat Harrier à décollage vertical et d’hélicoptères d’attaque. Les deux autres vaisseaux sont l’Oak Hill et le Trenton. Quelque 2.200 Marines du 24e Corps expéditionnaire des Marines de Camp Lejeune, NC, pourraient être déployés à Haïti dans des délais très brefs, selon Washington.

Toutefois, avec le départ du président Aristide, Washington n’a pas l’intention de désarmer son armée par procuration de rebelles paramilitaires qui, désormais, est appelée à jouer un rôle dans la « transition ». En d’autres termes, l’administration Bush n’agira pas pour empêcher les massacres et les assassinats politiques des partisans de Lavalas et d’Aristide, suite au départ du président.

Inutile de dire que les médias occidentaux n’ont pas le moins du monde analysé le contexte historique de la crise haïtienne. Le rôle joué par la CIA n’a même jamais été mentionné. La prétendue « communauté internationale », qui se prétend tellement soucieuse d’un gouvernement légal et de la démocratie, a fermé les yeux sur les massacres de civils par une armée paramilitaire soutenue par les Etats-Unis. Les « chefs rebelles », qui étaient les dirigeants des escadrons de la mort du FRAPH dans les années 90, sont actuellement soutenus par les médias américains comme étant des porte-parole de l’opposition dont la bonne foi ne peut être mise en doute. Dans le même temps, la légitimité de l’ancien président élu est remise en question parce qu’on prétend qu’il est responsable d’une « situation économique et sociale qui ne cesse d’empirer ».

Cette détérioration de la situation économique et sociale est en majeure partie imputable aux réformes économiques dévastatrices imposées par le FMI depuis les années 80. La restauration du gouvernement constitutionnel en 1994 fut soumis à la condition d’accepter la thérapie économique mortelle du FMI qui, à son tour, exclut la possibilité d’une démocratie digne de sens. De hauts fonctionnaires du gouvernement, respectivement au sein des gouvernements André Préval et Jean-Bertrand Aristide, obéirent naturellement aux diktats du FMI. En dépit de sa complaisance, Aristide fut mis sur liste noire et démonisé par Washington.

La militarisation du bassin caraïbe

Washington cherche à remodeler Haïti en tant que colonie à part entière des Etats-Unis, mais sous toutes les apparences d’une démocratie. L’objectif consiste à imposer un régime fantoche à Port-au-Prince et à établir une présence militaire permanente à Haïti.

L’administration américaine, au bout du compte, cherche à militariser la totalité du bassin caraïbe.

L’île d’Hispaniola [c’est-à-dire l’île constituée par Haïti et la République dominicaine] est la porte du bassin caraïbe, stratégiquement situé entre Cuba au Nord-Ouest et le Venezuela au Sud. La militarisation de l’île, avec l’installation de bases militaires américaines, vise non seulement à accroître la pression politique sur Cuba et le Venezuela, mais elle vise également la protection du trafic de stupéfiants, lourd de plusieurs milliards de dollars, qui transite par Haïti, en provenance des sites de production situés en Colombie, au Pérou et en Bolivie.

A certains égards, la militarisation du bassin caraïbe est semblable à celle imposée par Washington à la région andine de l’Amérique du Sud avec le « Plan Colombia », rebaptisé « Initiative andine ». Cette dernière constitue la base de la militarisation des puits de pétrole et de gaz naturel, de même que les voies des pipelines et les couloirs de transport. Elle protège également le trafic des stupéfiants.

Source : Centre de recherche sur la mondialisation (http://globalresearch.ca/), 29 février 2004.

Traduction : Jean-Marie Flemal.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).

 


21:57 | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/11/2009

Eric "your talking to me" Besson: es-tu un bon français ?

Les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité s’accommodent mal de l’héritage colonial refoulé, d’une vision racialisante du monde renforcée par un nationalisme protéiforme, dans un contexte de crise économique, politique et institutionnelle qui accentue les difficultés d’accès à une égalité des droits, non seulement formelle mais réelle, entre « immigrés » et « Français » qu’ils soient « européens » ou « extra-européens » - ce qui suppose une refonte profonde des notions d’altérité et d’égalité. Ce retour sur l’histoire liée du colonialisme et de l’immigration nécessite donc d’interroger le modèle d’intégration qui prévaut en France, et si, à l’instar de Bancel et Blanchard, on peut affirmer que la construction « d’une mémoire collective commune » est indispensable à ce travail, il implique de réfléchir, aussi suranné que cela paraisse à certains, en termes de projet de société. de Rinoceros

 

http://glennkenny.premiere.com/photos/uncategorized/2007/11/09/we_are_the_people.jpg

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16/10/2009

17 octobre 61 – 17 octobre 2009 : Ah… la société coloniale !

Le 17 octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, des milliers d’algériens et algériennes (alors français et françaises) bravent un couvre-feu raciste qui les empêchait de sortir le soir dans les rues de Paris. Le préfet Papon va organiser un véritable massacre : des centaines de personnes sont alors jetées dans la Seine, assassinées, battues à mort…

Le 17 octobre 2009, sous commandement de l’OTAN, la France est en guerre en Afghanistan. Terreur, bombardements, assassinats… Sur son territoire, les autorités françaises « chassent » dans la « jungle » de Calais les afghans et afghanes qui cherchent à fuir la guerre que la France mène dans leur pays et envisage même de les renvoyer en Afghanistan.

Le 19 octobre 2009, à la cour d’appel de Colmar, la justice française poursuit un militant contre le sommet de l’OTAN qui s’était déroulé en avril 2009 à Strasbourg. Après avoir été condamné à 6 mois de prison et en avoir passé plusieurs dans la prison de Strasbourg, son procès en appel en août a été repoussé, le juge demandant un complément d’appel après avoir soulevé que sur les trois policiers qui l’accusaient, un seul l’avait reconnu. C’est un fait connu maintenant, la justice française, dans les événements de Strasbourg, cherche à faire payer des lampistes !

Le 17 octobre 2009, au café associatif Les Epines, la Legal Team, en association avec Zem-zem, organise une soirée publique du souvenir et de la solidarité

A partir de 19h, un repas à prix libre est servi.

A partir de 20 h, aura lieu une lecture des témoignages du 17 octobre 61. Suivra une présentation de la guerre que mène la France en Afghanistan et une présentation du procès du 19 octobre de Colmar. Enfin nous pourrons débattre ensemble de la société coloniale ou « post » coloniale »

De plus, en fin d’après-midi, à 17h30, nous appelons à se rendre au pont du Corbeau de Strasbourg où un rassemblement est organisé. Le 19 octobre, nous appelons à soutenir le militant qui passe en jugement à la cours d’appel de Colmar à partir de 14h

Site internet Les Epines :les-epines.over-blog.com Site internet Legal Team Strasbourg : www.antirepression.org


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10/10/2009

Les enfumades du Dahra - 18 juin 1845

Les enfumades du Dahra en documentaire

Les protocoles des massacres

Réalisateur d’une série de documentaires sous le titre générique de Témoignages pour l’histoire, Ali Fateh Ayadi a présenté, hier au siège de la télévision nationale à Alger, son dernier opus en 52 minutes, Les enfumades du Dahra. Documentaire qui devra passer sur les trois chaînes algériennes dimanche 18 février à 20h45, en version arabe et en français.

 

A travers le documentaire, on redécouvre les massacres du Dahra, œuvre du général Pélissier. Le 18 juin 1845, 1000 Algériens de la tribu de Ouled Riah, poursuivis par les colonnes françaises, subiront le sort déjà appliqué par le général Cavaignac aux tribus résistantes de Ténès. L’enfumade, « un massacre respectant un protocole précis », selon Gilles Maçeron, historien français et rédacteur en chef de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Une technique. Un mois et douze jours après, c’est le général Saint-Arnaud qui enfume ce qui reste de la tribu des Beni Sebah à Ténès, faisant selon les estimations de l’époque 500 victimes. Le documentaire est rehaussé par le témoignage de Hadja Zohra, arrière-petit-fille d’une survivante. Le lendemain du crime, Mohamed Ben Mohamed inspecte les lieux à cheval et retrouve deux survivants, deux miraculés de l’enfer : un homme, Bouhraoua et Aïcha Bent M’hamed. Le sauveur se marie avec la survivante Aïcha. De cette union naissent les grands-parents de Zohra qui récitent des poèmes populaires relatant le massacre des anciens condamnés en son temps par des consciences telles que le bonapartien maréchal Ney, qui déclare que ce n’est point comme cela qu’on mène la guerre. Le documentaire incrimine les voix apologistiques des crimes : de Tocqueville, mais aussi Jules Ferry. Pour l’auteur de Coloniser, exterminer, Olivier Le Cour Grand-Maison, les enfumades n’ont pas été décidées dans le feu de l’action, évoquant des « massacres administratifs », concept emprunté à Hannah Arendt. La dérive du discours républicain français justifiant les crimes contre les civils durant la conquête française, explique Gilles Mançeron, a subsisté dans la pensée politique française jusqu’aux indépendances. Pour sa part, l’universitaire Madjid Merdaci s’interroge « à quand un examen sérieux du passé colonial de la France ? ». Un tel examen nourrira selon lui une meilleure politique de la France vis-à-vis de ses propres citoyens, notamment ceux d’origine immigrée. « Le rôle des militants des droits de l’homme est également important », souligne dans le documentaire Gilles Mançeron, « car l’histoire a des conséquences actuelles sur les phénomènes de discrimination et de racisme qui plongent leurs racines dans le terreau du colonialisme ». Mais l’histoire a besoin de repères. « Aucune indication ne signale l’emplacement actuel de ces grottes », ajoute le réalisateur qui regrette que des noms de généraux français coupables de massacres contre les Algériens, comme Clausel ou Cavaignac, soient toujours usités pour indiquer des quartiers d’Alger. Ali Fateh Ayad prépare un autre documentaire, en co-production avec France 2, sur les massacres de mai 1945 dont le tournage sera lancé le 20 avril 2007, De Reggane à Mururoa, traitant des essais nucléaires français ainsi qu’un feuilleton en trois épisodes sur l’Emir Abdel Kader, en chantier.

 

Par Adlène Meddi

 

le maréchal Achille Leroy de Saint-Arnaud



article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie
date de publication : vendredi 28 octobre 2005


Armand Jacques Arnaud (dit Achille Leroy de Saint-Arnaud) « avait les états de service d’un chacal » (Victor Hugo).

Partant des lettres qu’il a adressées à sa famille, François Maspero a relaté sa carrière dans un livre qui n’a rien perdu de son actualité, L’honneur de Saint-Arnaud [1].

Les extraits qui sont repris ci-dessous révèlent le prix du sang qu’il a fallu faire payer pour coloniser l’Algérie.


Paris, 11 juillet 1845 : à la Chambre des Pairs, entre un débat sur l’aménagement des ports corses et un autre sur la loi relative aux chemins de fer, le prince de la Moskowa, fils du maréchal Ney, demande la parole pour une brève interpellation :

«  Messieurs, un journal qui se publie en Algérie, l’Akhbar, contient le récit d’un fait inouï dans notre histoire militaire. Un colonel français se serait rendu coupable d’un acte de cruauté inexplicable, inqualifiable, à l’égard de malheureux arabes prisonniers. Je viens demander au gouvernement français de s’expliquer sur ce fait. » Et il donne lecture de l’article : «  Il vient d’arriver dans le Dahra un de ces événements qui contristent profondément ceux qui en ont été témoins, même lorsqu’ils en ont compris l’affreuse nécessité... Le colonel Pélissier s’occupait à poursuivre les Ouled-Riah, tribu qui n’a jamais été soumise, parce que les pays qu’ils habitent renferment d’immenses cavernes ... » Suit le récit de l’enfumade des Ouled-Riah. Hommes, femmes, enfants et troupeaux se sont, à l’arrivée de la colonne française, réfugiés dans leurs grottes. On en a fait le siège et, au bout d’une journée, « à bout de patience » face au «  fanatisme sauvage de ces malheureux » qui exigeaient, pour sortir, que l’armée française s’éloigne, Pélissier a fait mettre le feu à des fascines disposées aux accès. Le matin, tout est consommé. Cinq cents victimes, dit le rapport officiel. Aux environs de mille, témoignera un officier espagnol présent. Péroraison de l’orateur : «  Il est de l’honneur de l’armée comme il est de la dignité du Gouvernement que de pareils faits soient démentis ou désavoués hautement. »

Le ministre de la Guerre et président nominal du Conseil, le vieux Soult, affecte d’être pris de court : «  Les rapports qui sont parvenus au Ministère sont tellement contradictoires que j’ai dû m’empresser de demander de nouveaux renseignements... Mais pour le fait lui-même, le Gouvernement désapprouve hautement ! (Très bien ! Très bien ! Une voix : - S’il a eu lieu !) »

Il ne s’en tire pas à si bon compte. Montalembert, catholique au coeur sensible, intervient à son tour : «  Je vous demande, Messieurs, de réfléchir à l’effet qu’une pareille nouvelle va produire en Angleterre, hors de France, et je vous demande s’il ne doit pas y avoir un sentiment unanime d’horreur... » Soult lâche encore du lest : «  Si l’expression de désapprobation que j’ai employée au sujet du fait dont il est question est insuffisante, j’ajoute que je le déplore. »

L’incident est clos. Provisoirement. Ça fait quand même du bruit dans le pays. Et aussi dans l’armée d’Afrique : celle-ci ressent cette agression de la métropole comme un coup de poignard dans le dos, et quelques jours plus tard Soult doit faire machine arrière : «  J’ai dit que je désapprouvais et déplorais. Ces expressions se rapportent au fait en lui-même car toutes les fois qu’il s’agit d’un accident, d’un malheur, le sentiment naturel porte tout le monde à le déplorer et à gémir. Mais je veux être plus explicite. Cette affaire à laquelle s’est trouvé un des plus honorables militaires de l’armée d’Afrique, le colonel Pélissier, dont je ferai constamment l’éloge, l’a mis dans une situation fort pénible et embarrassante... Messieurs, je suis aussi patient qu’un autre, mais si j’avais été dans la situation où s’est trouvé le colonel Pélissier j’aurais peut-être fait aussi un exemple très sévère... Nous avons trop souvent le tort, nous autres Français, d’exagérer les faits sans tenir compte des circonstances... En Europe, un pareil fait serait affreux, détestable. En Afrique, c’est la guerre elle-même. Comment voulez-vous qu’on la fasse ?... Je crois qu’on ferait beaucoup mieux de s’abstenir de toutes les réflexions qui peuvent produire un très mauvais effet. »

Cette fois, l’incident est définitivement clos. On pourra jaser en Angleterre ou ailleurs : Pélissier finira maréchal de France. [ ... ]

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Pélissier

Pauvre Pélissier, un si brave homme, un peu bourru, un peu «  bouledogue » même, mais si humain... Ses contemporains ne tarissent pas d’anecdotes : oui, il était soupe au lait - n’a-t-il pas, dans un restaurant, envoyé une omelette à la figure d’un serveur maladroit ? -, mais il adorait les mots d’enfants... Cette malheureuse affaire, cet «  accident », pour reprendre le terme de Soult, va lui coller à la peau jusqu’à son dernier jour, et il ne cessera de se justifier, d’écrire notes, mémoires et éclaircissements. Tout cela, c’est la faute aux Ouled-Riah eux-mêmes, à leur entêtement. Il a vraiment tout essayé : «  Je suis humain, mais je ne sais ce que j’aurais pu faire au-delà de ce que j’ai fait pour épargner à ces malheureux l’impasse infernale où ils sont tombés et très en dehors de ma volonté. » Absurde, leur terreur des représailles, d’être emprisonnés dans la «  Tour des cigognes », célèbre prison de Mostaganem. Extravagante, leur exigence que l’armée recule pour les laisser sortir. D’ailleurs, il ne voulait que leur faire peur : ce sont leurs métiers à tisser entassés aux issues qui, prenant feu, ont produit l’épaisse fumée qui les a intoxiqués. (Mais, témoigne le sergent du génie Moret, «  les soldats qui avaient essuyé des coups de feu mettaient de la rage à porter du bois ».) Et puis, ces sauvages n’ont-ils pas préféré massacrer eux-mêmes leurs femmes et leurs enfants qui tentaient de sortir ? [...] Non, il ne conteste pas le regrettable résultat de l’opération, puisque c’est lui-même qui, dans son rapport à Bugeaud, tombé dans des mains malveillantes, parle de «  hideux spectacle ». («  Rien ne pourrait donner idée, relate de son côté l’officier espagnol qui l’accompagnait, de l’horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus, dans des positions qui indiquaient les convulsions qu’ils avaient dû éprouver avant d’expirer... le sang leur sortait par la bouche. »)

D’ailleurs, la preuve de son souci d’humanité, c’est qu’en découvrant ledit spectacle, il a fait porter secours aux survivants. [...]Ce rapport donne également le chiffre des pertes françaises : pas de morts, cinq blessés dont aucun n’est en danger, et vingt-cinq malades de diarrhée.) Non, non, s’acharnera encore Pélissier dans ses vieux jours avec, dit un témoin, «  un sentiment de vive émotion et les larmes aux yeux » : «  Répétez surtout que je n’ai jamais voulu la mort des tribus rebelles. » Mais son cri du coeur, c’est celui qu’il a lancé dans l’un de ses nombreux plaidoyers : «  La peau d’un de mes tambours avait plus de prix que la peau de tous ces misérables. » L’« affaire du Dahra » demeure dans les annales de la conquête comme une sorte de bavure (regrettable, selon le terme consacré). Elle n’est pourtant pas isolée. On connaît officiellement au moins quatre tueries similaires opérées dans la région par des commandants de colonnes à la même époque [2].

A tout seigneur tout honneur, commençons par notre ami Saint-Arnaud. Celui-ci a reçu Pélissier dans sa circonscription, il a d’autant mieux suivi l’affaire qu’ils se sont concertés, et qu’il a été le premier à en avoir communication écrite. Il a commencé par se taire, prudemment, mais la réaction métropolitaine l’a fait sortir de ses gonds. Le 27 juin 1845, il écrit à son frère Adolphe :

«  Le colonel Pélissier et moi, nous étions chargés de soumettre le Dahra, et le Dahra est soumis. Pélissier est plus ancien que moi et colonel d’état-major, j’ai agi avec lui avec déférence. Je lui ai laissé la belle part... Il a dû agir avec rigueur. J’aurais été à sa place, j’aurais fait de même. » [...] Faire de même ? Il n’aura pas longtemps à attendre. Le 15 août, il envoie à Adolphe le récit de sa propre «  enfumade » des Sbéahs, en lui demandant de le garder pour lui. Le voici, tel qu’il a été publié par la famille :

«  Cher frère, je voulais te faire un long récit de mon expédition, mais le temps me manque. Je viens d’écrire huit pages au maréchal. La fatigue et la chaleur m’accablent, j’ai passé hier vingt-quatre heures à cheval. Je t’envoie seulement une espèce de journal sommaire de mes opérations. Tu sais que j’avais dirigé mes trois colonnes, de manière à surprendre le chérif, le 8, par un mouvement combiné. J’ai rejeté Bou Maza sur les colonnes de Ténès et de Mostaganem qui l’ont tenu entre elles et l’ont poursuivi. Il a fini par s’échapper en passant entre Claparède, Canrobert, Fleury et le lieutenant-colonel Berthier. On m’a rapporté trente quatre têtes, mais c’est la sienne que je voulais.

«  Le même jour, je poussais une reconnaissance sur les grottes ou plutôt cavernes, deux cents mètres de développement, cinq entrées. Nous sommes reçus à coups de fusil, et j’ai été si surpris que j’ai salué respectueusement quelques balles, ce qui n’est pas mon habitude. Le soir même, investissement par le 53e sous le feu ennemi, un seul homme blessé, mesures bien prises. Le 9, commencement des travaux de siège, blocus, mines, pétards, sommations, instances, prières de sortir et de se rendre. Réponse : injures, blasphèmes, coups de fusil... feu allumé. 10, 11, même répétition. Un Arabe sort le 11, engage ses compatriotes à sortir ; ils refusent. Le 12, onze Arabes sortent, les autres tirent des coups de fusil. Alors je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne... que moi ne sait qu’il y a là-dessous cinq cents brigands qui n’égorgeront plus les Français. Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal, simplement, sans poésie terrible ni images.

«  Frère, personne n’est bon par goût ou par nature comme moi. Du 8 au 12, j’ai été malade, mais ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir de chef, et demain je recommencerais. Mais j’ai pris l’Afrique en dégoût. » Un mois plus tard, dégoût ou pas, il sera toujours à l’oeuvre : «  Je n’ai pas encore tout à fait fini avec les Sbéahs, mais cela avance... A la fin de l’expédition, j’aurai tué ou pris plus de deux mille Sbéahs. La tribu entière compte de dix à douze mille âmes. Et peut-être ne seront-ils pas corrigés ? » [...]

[En bref, quelques dates dans la fin de carrière de Saint-Arnaud :

- 1847 : Saint-Arnaud est promu général.
- 1848 : « le sentiment qui domine chez moi, c’est la haine des révolutions ».
- Octobre 1851 : le futur Napoléon III le nomme ministre de la Guerre.
- Saint-Arnaud mène de main de maître le coup d’Etat du 2 décembre 1851.
- En 1852, consécration suprême, il est nommé maréchal de France.
- 1854 : Saint-Arnaud obtient le commandement de l’expédition de Crimée.
- Il remporte la victoire de l’Alma, le 20 septembre 1854.
- Ayant contracté le choléra, il se voit contraint de remettre son commandement le 26.
- 29 septembre 1854 : mort du Maréchal de Saint-Arnaud.]

Dès sa mort, en 1854, au lendemain de la bataille de l’Alma, le frère et la veuve du maréchal avaient eu l’idée de magnifier son souvenir par la publication de ses lettres. Il fallait, écrit Adolphe de Saint-Arnaud dans son introduction, mieux faire connaître l’exemple de cet homme d’action au «  patriotisme éclairé et sincère qui ne savait comprendre ni la société sans ordre, ni la France sans grandeur ». Sainte-Beuve consacra à cette correspondance une «  Causerie du lundi » tellement enthousiaste qu’elle figura en préface à la seconde édition du livre. Sainte-Beuve faisait du maréchal «  la définition vivante de ce qu’est un brillant officier français de notre âge », l’exemple idéal à offrir à la jeunesse française :

«  Après avoir tout vu dans la vie, en savoir tous les courants et tous les écueils, s’y être brisé, puis s’en être relevé, connaître les hommes par les passions et savoir s’en servir, avoir appris à ses dépens à toucher en eux les cordes qui résistent et celles qui répondent, avoir conservé au milieu de toutes ses traverses, et jusque dans les désastres où l’on est tombé par sa faute, son sang-froid, sa gaieté, son entrain, les ressources de son esprit, sa bonne mine, son courage, son espérance surtout, et cette moralité essentielle de l’homme ; quelle préparation meilleure, quand le ressort général n’a point fléchi, quand le principe d’honneur a gardé toute sa sensibilité, pour cette improvisation perpétuelle qu’est la guerre et qui, dès qu’on arrive au commandement, est bien autre chose que ce qu’elle paraît de loin ; car on ne l’a définie qu’en gros quand on a dit qu’elle est l’art de tuer et la facilité à mourir... »[...]

Sainte-Beuve disait de Saint-Arnaud : «  Militaire français s’il en fut, esprit français, saillie française... » Ombres et lumières : il apparaît, dans notre histoire et au gré des historiens, comme tout cela à la fois, gentilhomme et bourreau, chrétien et cynique, loyal et corrompu. Et toujours : français. Car cet homme est de chez nous. Cet homme est à nous.

Ce qu’il y a de fascinant, dans sa correspondance, ce n’est pas tellement qu’il y raconte avec autant de naturel que de clarté et d’élégance toute une série d’actions qui peuvent difficilement être présentées comme des faits d’armes - cette interminable répétition de pays dévastés, de villages brûlés, de populations massacrées sans distinction d’âge et de sexe. Il avait bien le droit de raconter sa vie à sa famille. Là où ça devient formidable, c’est quand on voit cette famille décider que le plus bel hommage à rendre au cher disparu est de publier ses lettres et que, tout en en supprimant ou amputant, bien légitimement, un certain nombre, elle choisit délibérément de conserver l’essentiel de ces lettres-là. Il n’y a dans ce geste aucune hésitation, aucun doute : ces massacres font partie de la gloire militaire du maréchal. La famille a été jusqu’à conserver la lettre où il écrivait lui-même qu’il ne ferait pas la bêtise de rédiger un rapport officiel sur les enfumades. Pourquoi être gêné ? Rien que d’honorable, dans tout cela. Le maréchal lui-même a été, en son temps, le premier à l’affirmer : «  La place était honorable, et je suis fier d’y avoir été. »

François Maspero

Notes

[1] François Maspero, L’honneur de Saint-Arnaud, éd. Plon, 1993. Réédition Points/Seuil, 1995.

[2] Après Pélissier et Saint-Arnaud, Cavaignac et Canrobert.

 

 

 

le colonialisme n’est pas une histoire anecdotique de coup d’éventail



article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie
date de publication : dimanche 30 avril 2006


Un entretien avec Ahmed Akkache, ancien secrétaire du parti communiste algérien, publié dans El Watan le 30 avril 2006 [1].

Ce petit fils de paysan, fils d’Alger, est entré en politique, presque naturellement, parce qu’il considérait dans les années 1940 qu’il était de son devoir de le faire, parce que l’Algérie avait besoin de tous ses enfants. « J’ai eu la chance, au collège, vers l’âge de 15 ans de trouver des livres qui parlaient de révolution et de socialisme. »


  • Pouvez-vous nous dresser le portrait-robot d’un jeune Algérien des années 1940 et brosser les grands traits de sa condition sociale ?

Le jeune Algérien des années 1940 n’avait ni passé ni avenir. Il survivait d’une façon misérable dans les campagnes, dont les terres, les meilleures avaient été prises par la colonisation.

- Son niveau scolaire : néant (3 % seulement des enfants pouvaient trouver place dans les rares « écoles indigène » existantes)
- Sa profession : néant (le chômage était général)
- Sa nationalité : aucune (il était simplement indigène)

Le jeune Algérien avait faim. La Seconde Guerre mondiale (qui était en cours et à laquelle certains de ses parents participaient) avait interrompu les relations commerciales entre l’Algérie et la France. Or la colonisation avait abandonné depuis longtemps les cultures vivrières, nécessaires à la population mais peu rentables, pour les remplacer par des cultures d’exportation (vignobles, agrumes...). L’Algérie croulait sous des millions d’hectolitres de vin, dont elle n’avait pas besoin, mais manquait totalement de farine, de sucre, de savon. Le jeune ne pouvait manger qu’un peu de pain d’orge, qui était rationné. Des régions entières étaient frappées par la famine et des épidémies comme le typhus .

Pour vivre, le jeune Algérien n’avait pas d’autre choix que ramasser la « talghouda », garder des chèvres dans les campagnes ou cirer les souliers des colons européens dans les villes. C’est dans ces conditions qu’est intervenu le débarquement des armées anglo-américaines en novembre 1942. Brusquement, le jeune Algérien voyait surgir des hommes qui semblaient venir d’un autre monde.

Quelque temps après, le général De Gaulle s’installait à son tour à Alger, avec un Comité national de libération de la « France combattante ». Les avions allemands bombardaient la région, des combats se déroulaient en Tunisie. C’était encore la guerre. Mais en mai 1945, le nazisme capitulait. Une époque nouvelle commençait...

  • Jusqu’à cette époque, le mouvement national bégayait encore. Les différentes tendances se précisent, le discours idéologique s’affine, les positions politiques se radicalisent. Pouvez-vous nous parler de l’Algérie de cette période ?

C’était une époque de grands bouleversements et de remise en cause, nous voulions en tirer profit pour nous libérer nous-mêmes. L’image de supériorité et de puissance des grands Etats impérialistes se détériorait.

Déjà la Première Guerre mondiale, marquée notamment par la victoire de la Révolution socialiste d’octobre, en Russie et dans ce qui deviendra l’Union soviétique, avait éveillé et stimulé les peuples coloniaux. En Algérie, par exemple, les activités politiques prenaient le relais de la lutte armée qui avait duré près d’un siècle, mais qui tendait à devenir individuelle et localisée.

Le retour au pays de l’Emir Khaled, petit fils de l’Emir Abdelkader, donna le signal à la création du mouvement des jeunes Algériens, puis à la Fédération des élus indigènes. L’Etoile nord africaine naquit à Paris en 1926, l’association des Ouléma en 1931, le Parti communiste algérien en 1936, le PPA en 1937, les Amis du Manifeste en 1944. Les syndicats CGT avaient commencé à se manifester beaucoup plus tôt.

Il y avait eu, avant même la Seconde Guerre mondiale, de grandes luttes populaires, des grèves, des meetings, des manifestations souvent unitaires comme le Congrès musulman (Ouléma, communistes, Fédération des élus et indépendants) contre la répression et pour le respect des libertés démocratiques.

Il existait donc des traditions importantes de luttes légales qu’il fallait poursuivre et développer, pour les faire émerger à un niveau national.

On pouvait désormais demander l’application des promesses concernant le droit des peuples à disposer deux-mêmes. De grands pays d’Asie accédaient à l’indépendance. Les révolutions socialistes s’étendaient à de nouvelles contrées.

Seul l’impérialisme français, incapable de comprendre la nécessité du changement, s’accrochait férocement à ses « possessions d’outre-mer » : massacres en Algérie (1945) et à Madagascar (1947), répression sanglante en Tunisie et au Maroc, guerre au Viêtnam... mais les peuples n’avaient plus peur et s’organisaient massivement dans les partis politiques, les syndicats et les associations, pour exiger leurs droits.

  • Qu’est-ce qui, dans tout ce foisonnement, a guidé vos choix politiques et vous a incité à aller dans un camp plutôt que dans un autre ?

Les jeunes de ma génération cherchaient avidement à comprendre la société et ses problèmes. Ils se posaient des questions : pourquoi la colonisation ? Pourquoi l’humiliation et la misère ? Pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? Comment faire pour être libres et vivre mieux ?

Les pays arabes ne nous offraient aucun modèle positif. C’était partout des monarchies et des féodalités, le luxe insolent d’une minorité et l’arbitraire à l’égard des peuples. Ce n’était pas du tout ce dont nous rêvions dans le petit groupe de jeunes nationalistes dont je faisais partie. Personnellement, j’ai eu la chance au collège, vers l’âge de 15 ans, de trouver des livres qui parlaient de révolution et de socialisme. J’ai passé des nuits entières à les lire et à les relire. Brusquement, je comprenais que la colonisation n’était pas une fatalité, mais le résultat d’un système d’exploitation de l’homme par l’homme, qu’on pouvait donc combattre.

Le colonialisme, ce n’est pas une question de morale ou de région ni une histoire anecdotique de coup d’éventail, mais un instrument de pillage des ressources d’un pays par les sociétés capitalistes d’un autre pays. C’est un problème de conquête du marché national pour y vendre les produits industriels fabriqués à l’étranger, pour tirer le maximum de profits de la terre et des hommes. J’apprenais ainsi que l’Union des mines (Ouenza et Kouif), la banque Lazard, le groupe Rotschild et son représentant en Algérie René Mayer, les « 100 seigneurs » de la colonisation, Borgeaud, Schneider, Blachette et autres étaient les véritables maîtres du pays. Et les causes essentielles de notre misère et de notre dénuement. A partir de ce moment, les idées nationalistes me semblèrent insuffisantes.

L’indépendance politique, c’est-à-dire le remplacement des dirigeants français par des Algériens, ne pouvait avoir son véritable sens que par des transformations de la société et du système dirigeant lui-même. C’est pourquoi l’idéal proposé dans mes lectures, celui d’une société juste et solidaire, fondée sur la propriété collective des moyens de production, m’a séduit. J’en ai parlé à mes amis. Certains d’entre eux éprouvaient la même inquiétude à l’idée d’une indépendance qui aboutirait au pouvoir d’un monarque, d’une bourgeoisie ou d’une bureaucratie d’Etat. Nous rêvions d’une indépendance qui libérerait réellement la population, qui donnerait les terres aux paysans et une vie meilleure aux ouvriers. Nous rêvions confusément à un système social démocratique et juste, au service des plus démunis et des plus malheureux. C’est alors que nous avons décidé de créer la première cellule de la jeunesse communiste dans notre quartier. C’était en 1944. De nombreux jeunes Algériens y ont adhéré. Il y avait parmi eux deux jeunes Européens. L’un s’appelait Henri Maillot et l’autre Fernand Yveton.

  • Vu d’ici, aujourd’hui, nous avons l’impression que les quatre grandes formations nationales des années 1940 se complétaient bien plus qu’elles ne s’opposaient. Qu’en était-il réellement ?

Les quatre formations nationales s’adressaient à des couches différentes de la population et pouvaient ainsi se compléter, mais aussi s’opposer. Il y avait par exemple au début une certaine concurrence entre PPA et PCA, nés tous les deux dans les milieux des travailleurs algériens émigrés et s’adressant tous les deux à des milieux ouvriers et populaires. Quand le PPA s’est transformé en MTLD et qu’il s’est élargi à des militants favorables à une activité politique légale, les relations se sont améliorées. Il s’est même développé une certaine coopération dans les comités de lutte contre la répression, pour les libertés démocratiques pour l’amnistie aux condamnés à mort du 8 mai et la libération des détenus, dans les grèves, les comités de chômeurs, les syndicats de petits paysans...

Les relations étaient moins tendues avec l’UDMA, qui s’appuyait sur des agriculteurs aisés dans les campagnes et des membres des professions libérales dans les villes, ouverts à une vision moderne de la société et favorables à des réformes progressives. Il y avait entre nous un dénominateur commun : la lutte contre le colonialisme. Mais chacun avait sa façon de la mener.

Les alliances locales se diversifiaient. Aux élections municipales par exemple, le MTLD a accepté une liste commune à Oran avec le PCA, mais il a préféré se présenter seul à Alger. Par contre PCA et UDMA ont présenté une liste commune à Constantine.

La répression colonialiste contribuait évidemment à nous rapprocher les uns des autres pour mieux nous défendre. Et la lutte commune faisait reculer les tendances conservatrices et les visions moyenâgeuses. L’action des ouléma s’opposait au maraboutisme et au charlatanisme encouragés par l’administration française.

  • Qu’est-ce qui a empêché le PCA d’intégrer les AML ?

On ne lui a pas demandé sa participation. Les dirigeants nationalistes espéraient sans doute en 1944 obtenir le soutien des Américains à la cause de l’Algérie. Et ils ne voulaient pas les indisposer en s’alliant aux communistes.

Faux calcul, car les Etats-Unis, nouvelle puissance impériale, préféraient s’appuyer sur les ex-grandes puissances européennes (Angleterre, France). Les AML ont d’ailleurs volé en éclats en moins d’un an sous l’effet de leurs contradictions internes.

  • Après la terrible tragédie du 8 mai 45, le PCF et l’Humanité ont été très durs avec les nationalistes du PPA qu’ils ont traités « d’agents dans un complot fasciste ». Qu’en pensez-vous ?

Nos camarades français se sont trompés. Et ils l’ont d’ailleurs reconnu par la suite. Ne connaissant pas bien les réalités algériennes (la plupart d’entre eux venaient de sortir des camps de concentration), ils ont réagi avec précipitation aux événements. Pour eux - comme d’ailleurs pour les autres peuples - le 8 mai 1945 représentait la victoire sur le fascisme et la fin du terrible cauchemar de la guerre mondiale. Ils ne comprenaient pas que les Algériens puissent être à la fois heureux de la victoire, à laquelle des milliers des leurs avaient d’ailleurs participé, et profiter de cette occasion pour rappeler leurs propres aspirations nationales.

Il est vrai que dans le PPA de l’époque, il y avait certains admirateurs de Hitler et du nazisme. Mais la tragédie du 8 mai est le résultat d’une provocation de l’administration française composée en majorité de représentants des colons et de collaborateurs des Allemands pour tenter d’étouffer dans le sang le mouvement algérien de libération qui commençait à prendre son essor. Le préfet Lestrade Carbonel et le sous-préfet Achiary avaient formé de véritables milices pour la « chasse aux Arabes ».

Les manifestations populaires de Sétif et de Guelma ont été immédiatement présentées par la presse colonialiste comme une « insurrection nationaliste ». Des photos d’Européens tués étaient publiées pour appeler à la répression. Mais très vite, le complot fasciste fut éventé. L’un des premiers à le dénoncer fut le postier communiste Denier, secrétaire de la section de Sétif, qui avait eu les deux mains coupées à la hache par des provocateurs. Les communistes français ont alors rectifié leur attitude, dénoncé les massacres et exigé la libération des Algériens emprisonnés en intervenant y compris à l’Assemblée nationale et au gouvernement, auxquels ils participaient.

  • Quand le secrétaire du PCA, Caballero, déclarait au congrès du PCF (28 juin 1945) que « le peuple algérien ne veut pas se séparer de la France » et qu’il traite ceux qui « réclament l’indépendance d’agents conscients ou inconscients d’un autre impérialisme », traduisait-il réellement le sentiment de tous les militants du PCA ?

Pas du tout. Cette déclaration ne traduisait que le point de vue d’un certain nombre de dirigeants, qui ont d’ailleurs reconnu leur erreur par la suite et fait leur autocritique.

Paul Caballero était un vieux militant, qui a été parmi les premiers à saluer l’idée d’indépendance de l’Algérie. Il a été condamné à mort en 1940 par les tribunaux français. J’ai passé plusieurs mois avec lui dans une cellule de Serkadji, et il m’a expliqué honnêtement que sa déclaration contre le « séparatisme » ne concernait pas les nationalistes algériens, mais les colons français fascistes, qui étaient alors effrayés par la constitution à Paris d’un gouvernement de gauche et qui, après avoir crié « plutôt Hitler que le Front populaire » menaçaient leur propre pays de représailles. Ce qu’ils ont d’ailleurs fait quelques années plus tard pendant la guerre de libération, lors du 13 mai 1958 et en 1960 avec la mutinerie des généraux OAS.

Caballero pensait, comme beaucoup de militants, qu’il valait mieux rester solidaires des forces démocratiques françaises - qui sympathisaient malgré tout à notre cause - plutôt que de subir la dictature des « ultras » colonialistes en Algérie.

  • La théorie de « l’Algérie nation en formation » défendue par le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez (1939), n’a-t-elle pas été à l’origine de l’affaiblissement de la position des communistes algériens, jusqu’à 1954 ?

Quand elle a été énoncée cette formule de « nation en formation » a d’abord paru séduisante. Par rapport aux thèses de la colonisation, qui niaient à notre pays tout caractère national, c’était même un progrès. L’idée d’une Algérie plurielle, riche de la diversité de tous ses habitants, sans distinction de race ou de religion, ne pouvait que nous satisfaire. Elle présentait en tout cas une solution possible à la coexistence d’une communauté autochtone de 7 millions de personnes et d’une communauté européenne d’un million.

Mais nous nous sommes aperçus par la suite que cette idée pouvait devenir un frein, car elle conditionnait l’émergence de la nation à l’intégration préalable des Européens, ce qui ne pouvait être le résultat que d’un long processus historique. Au demeurant, ces Européens étaient-ils disposés à devenir Algériens ? La colonisation française avait tout fait pour créer dans le pays un double collège : celui des Français, qui disposaient de tous les avantages, et « les autres ». Les juifs algériens, très nombreux dans les villes de Constantine, d’Alger, de Tlemcen, qui parlaient en arabe et qui vivaient en parfaite harmonie avec les autres habitants du pays, furent transformés par le décret Crémieux en citoyens français. Tous les Européens qui arrivaient en Algérie (de France, d’Italie, d’Espagne, de Malte...) obtenaient des terres, des emplois, des maisons.

Ils bénéficiaient rapidement de la nationalité française et avaient le droit d’élire des représentants dans les assemblées délibérantes, à raison des 4/5 des membres (contre 1/5 seulement pour les Algériens, pourtant 8 fois plus nombreux). Ces Européens étaient ainsi intégrés à la caste coloniale dominante, dont ils partageaient en partie les intérêts. Comment les amener à accepter l’indépendance de l’Algérie ? Défi énorme que le PCA a pourtant essayé de relever. Mais comment les rassurer sinon en édulcorant ses positions nationales ?

Ce qui aboutissait à mécontenter les jeunes militants algériens désireux d’impulser la lutte pour la libération. Créé à l’origine par des militants français, mais devenu par la suite indépendant, le parti restait néanmoins prisonnier de ses choix politiques. Bien qu’ayant fortement « algérianisé » sa composition, et amélioré son audience, il continuait à subir des contradictions paralysantes qui ont amené la direction clandestine du parti, en pleine guerre de libération à remettre en cause l’idée de « nation en formation ».

Ce qui n’enlevait rien à l’immense mérite d’une petite minorité de militants européens, profondément attachés à l’Algérie, et qui ont choisi d’y vivre et d’en prendre la nationalité.

  • Pour abréger la situation, on admet généralement que les nationalistes avaient un objectif (l’indépendance) mais pas de programme. En revanche, le PCA avait un programme, mais quel était son objectif ?

L’objectif fondamental des communistes était évidemment l’instauration du socialisme. Mais cet objectif ne peut se réaliser que par étapes tenant compte des conditions particulières de chaque pays. En Algérie, pays colonial, notre objectif premier était la réalisation d’une « République démocratique et sociale ayant sa constitution, son parlement et son gouvernement », c’est-à-dire l’indépendance.

Pour y parvenir, le PCA préconisait depuis 1946 l’union de toutes les forces anticolonialistes dans un Front national démocratique. « La libération de l’Algérie, disait-il, ne sera l’œuvre ni d’un homme ni d’un parti pris isolément mais celle de tous les Algériens unis contre le colonialisme. »

Cette nécessité impérieuse de l’Union a été le fil conducteur de l’action du parti durant toute cette période. Un résultat important a été obtenu en 1951 avec la création du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADREL) rassemblant les trois grands partis nationaux, les oulémas, les syndicats et des personnalités indépendantes. Le gouverneur général de l’époque, Roger Léonard, avouait son inquiétude dans un rapport au gouvernement français en écrivant : « Ce front représente le mouvement le plus important qu’on ait jamais vu en Algérie. »

Malheureusement, cette réalisation historique, qui aurait pu accélérer la libération du pays, a été gâchée par les éternelles divisions et les querelles internes. Après avoir créé d’importants comités dans toutes les régions du pays et engagé de nombreuses actions unitaires, le front s’est disloqué en 1953. Mais il avait tout de même contribué à réduire les vieilles méfiances partisanes et à rapprocher les points de vue.

Ainsi le mot d’ordre de République démocratique et sociale était repris par l’UDMA. Le MTLD lui-même définissait à son congrès de 1953 les grandes lignes d’un programme, comportant « la nationalisation des grands moyens de production, la répartition équitable du revenu national, le respect des libertés syndicales », etc. De son côté, le PCA a intégré à son programme les principales revendications des oulémas : reconnaissance officielle de la langue arabe et liberté du culte musulman.

Boukhalfa Amazit

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