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22/03/2011

Les bombes au service de la démocratie

La démocratie en Serbie survivra-t-elle aux bombes ?
(Les bombes de l'OTAN frappent aussi les démocrates)




Les frappes aériennes sur la Yougoslavie sont censées arrêter la machine de guerre de Slobodan Milosevic. L'objectif recherché est, officiellement, de soutenir le peuple du Kosovo, ainsi que celui de Serbie, l'un et l'autre victimes du régime de Milosevic. En fait, les bombardements ont mis en danger la vie de dix millions et demi de personnes et déclenché les hostilités contre les forces balbutiantes de la démocratie au Kosovo et en Serbie. Ils ont sapé le travail des réformistes au Monténégro et dans l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine, en même temps que leurs efforts de paix. Les bombardements démontrent l'impuissance politique du président américain Bill Clinton et de l'alliance occidentale à éviter une catastrophe humaine au Kosovo (...) chaque missile qui atteint le sol aggrave le désastre humanitaire que l'OTAN est censé empêcher.(...)

Mes amis occidentaux me demandent sans cesse pourquoi il n'y a pas de rébellion. Où se trouvent les gens qui se sont déversés dans les rues tous les jours pendant trois mois en 1996, pour réclamer la démocratie et les droits de l'homme ? Zoran Zivkovic, maire d'opposition de la ville de Nis, a répondu la semaine dernière. " Il y a vingt minutes, ma ville a été bombardée. Ceux qui vivent ici sont les mêmes que ceux qui ont voté pour la démocratie en 1996, les mêmes qui ont protesté cent jours durant après que les autorités eurent tenté de nier leur victoire aux élections. Ils ont voté pour la démocratie qui existe en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd'hui, ma ville a été bombardée par les nations démocratiques que sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et le Canada ! Y a-t-il un sens à cela ? " La plupart se sentent trahis par les pays qui ont été leurs modèles.

(...) Les bombes tombent partout, et personne ne les convaincra –même si certains ont essayé– que ces bombes visent le gouvernement, pas le pays. (...) Je ne peux pas ne pas poser la question : comment des F16 empêcheront-ils les gens de s'entretuer dans la rue ? Par ces attaques, me semble-t-il, l'Occident s'est lavé les mains du sort des Albanais, des Serbes et autres habitants de la région. (...) Si l'on veut établir un gouvernement démocratique stable, et stopper la montée des populistes, des démagogues et autres imposteurs, il faut avant tout éclairer l'opinion publique. Autrement dit, il faut des médias libres. Les bombes de l'OTAN ont détruit dans le sol du Kosovo, de la Serbie et du Monténégro les graines de la démocratie, qui ne germeront plus avant longtemps. Les forces pro-démocratiques de la Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie, ont été mises en danger et avec elles les accords de paix de Dayton.
L'intervention de l'OTAN a également donné le feu vert à une guerre locale contre le président pro-démocrate du Monténégro, Milo Djukanovic.

Les médias libres de Serbie se sont pendant des années opposés au nationalisme, à la haine et à la guerre. En tant que représentant de ces médias, et en tant qu'homme qui, plus d'une fois, a affronté les conséquences de ses convictions politiques, j'en appelle au président Bill Clinton afin qu'il fasse cesser les attaques de l'OTAN contre mon pays. J'en appelle à lui pour qu'il commence des négociations visant à assurer le droit à la paix et à la démocratie pour tout le peuple de Yougoslavie, quelle que soit l'origine ethnique.(...)

par Veran Matic, directeur de la radio indépendante de Belgrade, Radio B92. (Traduit de l'anglais par Sylvette Gleize).
Le Monde 02/04/99


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08/02/2011

L’aspiration démocratique, cauchemar d’Al-Qaïda

Les soulèvements populaires pacifiques dans le monde arabe, leur succès en Tunisie et leurs éventuelles victoires ailleurs sont déjà des revers et pourraient être des catastrophes pour Al-Qaïda et les mouvements jihadistes, estiment des spécialistes.

Ils contredisent en effet leur credo selon lequel seuls la violence, le jihad et la lutte armée peuvent venir à bout de ce qu’ils considèrent comme des régimes impies, soutenus par l’Occident et oppresseurs de leurs peuples.

Ce qui se passe en Egypte “dément toute la théorie du recours à la violence” assure, depuis la place Tahrir au Caire où elle est venue observer la situation, Maha Azzam, du programme “Moyen-Orient” de centre de réflexion londonien Chatham House.

“Tous les groupes en Egypte, y compris les Frères Musulmans, réclament une transition démocratique du pouvoir. Ils condamnent tous la violence politique. S’ils y parviennent et si la transition est pacifique, si cela aboutit à un système politique incluant tout le monde, cela se fera au détriment des groupes radicaux”, affirme-t-elle.

Al-Qaïda, dont le co-fondateur aux côtés d’Oussama ben Laden est l’Egyptien Ayman Al-Zawahiri, a de longue date condamné la participation aux élections et à toute forme de vie politique.

Les Frères musulmans, sous l‘étiquette “indépendants” qui ne trompait personne, ont présenté des candidats aux législatives de novembre en Egypte et ont condamné les assassinats, les attentats et la violence aveugle.

Pour Dominique Thomas, spécialiste de l’islamisme radical à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHHESS), “les groupes jihadistes sont à la croisée des chemins: si les événements font boule de neige, suscitent des vocations démocratiques dans la région et que les peuples parviennent à renverser des dictatures sous la seule pression de la rue, ce sera une réfutation cinglante de leurs thèses”.

“Si c’est par le peuple que les régimes tombent, Al-Qaïda et les groupes jihadistes auront du mal à rebondir et à adapter leur discours”, ajoute-t-il. “D’ailleurs, face à l’effervescence actuelle, il faut remarquer qu’ils sont étrangement silencieux. Ils sont sans doute embarrassés. Il va falloir que ben Laden ou mieux l’Egyptien Al-Zawahiri s’expriment rapidement, faute de quoi leur discours perdra toute substance”.

Un silence que remarque également Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris et à l’Université Columbia: “Al-Qaïda a été complètement prise de court par la contestation populaire dans le monde arabe”.

“Elle est d’ailleurs pratiquement silencieuse sur ce sujet, car incapable de proférer le moindre commentaire d’actualité, tant cette nouvelle donne la dépasse”, dit-il.

Il faut remarquer que “les manifestants ne prennent pas des risques physiques incontestables pour demander ‘l’Etat islamique’ ou l‘établissement d’un ‘califat’, mais pour exiger la démocratie, les élections et la transparence du pouvoir, tous concepts absents de la vision d’Al-Qaïda”, ajoute M. Filiu.

Le danger d’une coupure avec les peuples de la région et d’une marginalisation a été senti par un cyber-prédicateur radical, Abou Moundhir al-Shanqiti, qui écrivait le 31 janvier sur un forum jihadiste: “Ce serait une dangereuse erreur pour les jihadistes de s‘éloigner des peuples”.

“Nous devrions leur pardonner, nous rapprocher d’eux et les supplier de nous écouter, car séparer le mouvement jihadiste du mouvement musulman populaire signerait notre fin”, écrivait-il, dans une contribution traduite par l’institut américain de surveillance des sites islamistes SITE.

En revanche, soulignent les trois experts, un échec du mouvement démocratique, une répression aveugle ou des coups d’Etat militaires seraient une aubaine et une validation de leurs thèses pour les partisans de l’islamisme radical.

piqué au tas sur euronews.fr - 06/02/2011

 

Les "révolutions" arabes nuisent-elles à Al-Qaïda ?

D’après plusieurs experts, les soulèvements populaires que connaissent la Tunisie, l’Égypte ou encore le Yémen et la Jordanie, pourraient être catastrophiques pour Al-Qaïda et les autres mouvements djihadistes, en montrant qu'une autre voie que la violence peut faire tomber des régimes autoritaires pro-occidentaux.

« Ce serait une dangereuse erreur pour les djihadistes de s'éloigner des peuples. Nous devrions leur pardonner, nous rapprocher d'eux et les supplier de nous écouter, car séparer le mouvement djihadiste du mouvement musulman populaire signerait notre fin. »

Cette réflexion, postée par le cyber-prédicateur radical  Abou Moundhir al-Shanqiti le 31 janvier sur un forum djihadiste (et traduite par SITE, l’institut américain de surveillance des sites islamistes), semble témoigner de la crainte de marginalisation des djihadistes après le début des soulèvements populaires et pacifiques dans le monde arabe.

Silence gêné

Car le mouvement djihadiste (comme, sur ce point, de nombreux gouvernements occidentaux) semble n’avoir rien vu venir et est largement dépassé par les manifestations en Tunisie, Égypte, Jordanie ou encore au Yémen.

« Al-Qaïda a été complètement prise de court par la contestation populaire dans le monde arabe », remarque Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris et à l'Université Columbia. « Elle est d'ailleurs pratiquement silencieuse sur ce sujet, car incapable de proférer le moindre commentaire d'actualité, tant cette nouvelle donne la dépasse. »

Pour Dominique Thomas, spécialiste de l'islamisme radical à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS, France), « les groupes djihadistes sont à la croisée des chemins : si les événements font boule de neige, suscitent des vocations démocratiques dans la région et que les peuples parviennent à renverser des dictatures sous la seule pression de la rue, ce sera une réfutation cinglante de leurs thèses ».

« Si c'est par le peuple que les régimes tombent, Al-Qaïda et les groupes djihadistes auront du mal à rebondir et à adapter leur discours », ajoute-t-il.

Les leaders d’Al-Qaïda sont « sans doute embarrassés, estime-t-il encore. Il va falloir que Ben Laden ou mieux l'Égyptien Al-Zawahiri s'expriment rapidement, faute de quoi leur discours perdra toute substance ».

Islamisme non-violent

Surtout, les mots d’ordres des manifestants (la démocratie, les élections et la transparence du pouvoir) sont très éloignés des revendications d’Al-Qaïda.

Les Frères musulmans, qui viennent de réintégrer le jeu politique égyptien, avaient quant à eux su se couler dans le mouvement et ses revendications.

Ils « condamnent tous la violence politique, rappelle Maha Azzam, du programme "Moyen-Orient" du centre de réflexion londonien Chatham House. [...] Si la transition est pacifique, si cela aboutit à un système politique incluant tout le monde, cela se fera au détriment des groupes radicaux », affirme-t-elle.

En revanche, soulignent ces experts, un échec du mouvement démocratique, une répression aveugle ou des coups d'État militaires seraient une aubaine et une validation de leurs thèses pour les partisans de l'islamisme radical. (avec AFP)

piqué au tas sur www.jeuneafrique.com - 07/02/2011

09:52 | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/06/2010

"Qu'est-ce que la démocratie directe ?" - Fabrice Wolff (suite)

 

(PARABASE)

(Ce n'est pas à dire que la "justice démocratique" et les "droits de l'homme" s'imposèrent dès leur entrée en scène dans le spectacle social : à l'époque du triomphe par l'épée de l'Idéal bourgeois, ses adorateurs les plus fervents échouèrent à instituer le culte de la Raison, car c'était tout de même trop paradoxal; les nouveaux maîtres renoncèrent donc à incinérer le cadavre du vieux Dieu-juge omnipotent de Jérusalem - qui pour régner sur Rome avait certes dû tolérer la présence d'un brillant avocat au Tribunal des suppliciés, mais qui n'en avait pas moins persécuté sans pitié jusqu'au dernières adeptes de son plus coriace adversaire, le subversif Satan, que les Athéniens avaient connu et fêté sous le nom de Dionysos ou Sabazios -, et ils le réintronisèrent tant bien que mal dans le ciel nouveau, en ayant pris soin toutefois de le démembrer: réduit à n'être que la pudique vierge Vertu, ou la ferme matrone Morale, aujourd'hui grécisées en Éthique; mais en réalité, la société bourgeoise n'a jamais dédié de coûteuses cérémonies publiques qu'à la stoïque Justice - et aussi, bien sûr, à la virile Nation, ou à son avatar patrie, qui partage un trône qu'elle a souvent tenté d'usurper, bête immonde et insatiable parée de toutes sortes de breloques multicolores, qui exige sans cesse d'effroyables sacrifices humains et digère ses victimes dans des temples géants où, lors de grotesquespalotins.gif cérémonies éjaculatoires rythmées et régulées par les rituels du Sport, elle s'entend louer d'hymnes et de hourras. Les Français, ces incorrigibles utopistes, s'acharnent en vain à recoudre la plaie sanguinolente qui révèle la mutilation originelle de leur Idéal universel, et rêvent depuis Waterloo de refaire leur panache envolé en psalmodiant le mythe gras et libidineux de Marianne, la République modèle, vertueuse "patrie des droits de l'homme" qui arme les tyrans, à prix d'ami, de machettes ou d'uranium. C'est dire que seul Sade, le proscrit, le maudit, l'agitateur qui de la fenêtre de son cachot excitait le peuple de Paris contre la Bastille, l'orateur de l'éphémère embryon de démocratie directe des clubs des faubourgs, pouvait tout de suite arracher le bandeau qui empêche de reconnaître la double identité de la véritable personnification de l'Ideal d'une société schizophrène, et dévoiler Justine, frêle et crédule agnelle partout violée et profanée, qui finit immolée par sa maléfique sœur jumelle, Juliette, cynique, vénale, tortionnaire, empoisonneuse, exterminatrice, adulée en secret dans les alcôves des riches et des puissants. La France réelle ayant finalement fait mauvais accueil à l' Idéal bourgeois, ce dont témoignent les révolutions prolétariennes de 1848 et 1871, ainsi que toute la littérature du XIXe siècle - Balsac, Baudelaire, Lautréamont ou Rimbaud ayant ruiné systématiquement toutes prétentions mythographiques des Guizot, Thiers, Lamartine ou Hugo -, il prit es quartiers dans l'Allemagne piétiste, où Kant avaut été le plus enthousiaste théologien de la Raison, Fichte celui de la Nation, avant que Hegel, le grand abstracteur de quintessence, enseignât l'unité des concepts qui se réalise dans l'État : l'État de droit" étant la justification, la conscience et la limite, en un mot l' Esprit de la "raison d'État", et réciproquement, dans la plus parfaite harmonie, pour les siècles des siècles. A Marx et Engels revient le mérite d'avoir brisé ce cercle enchanté, en enquêtant sur les causes et conséquences de la révolution industrielle, qui réalisait la perfection de l'Idéal en broyant hommes, femmes et enfants dans le chaudron du Progrès de la Civilisation; ils découvrirent ainsi le lien métaphysique qui, au-delà du Bien et du Mal, maintient envers et contre-tout l'unité de la société bourgeoise: le Saint-Esprit du Marché mondial, mystérieuse et insaisissable Économie capitaliste, souveraine [divinité des négriers](en italique), fruit des entrailles des comptoirs coloniaux, qui usurpa à l'agriculture la Corne d'abondance quand elle prouva qu'elle réussissait, dans la cornue infernale des cales des navires faisant "commerce triangulaire", la transsubstantiation de produits manufacturés - armes, alcool et verroterie - en toutes sortes d'exquises denrées exotiques, par la seule magie du sacrifice des Nègres; qui conquit le monde par la force des "accumulations primitives du capital", autrement dit par le pillage, l'escroquerie et l'asservissement généralisés; qui se paya même le luxe d'abolir officiellement l'esclavage, là où les grandes plantations engendraient les usines et les mines où les prolétaires de toutes origines étaient désormais traités à l'égal des esclaves, et où les "Codes noirs", première expression du Droit bourgeois, faisait place aux réglementations du travail; et qui bien sûr a aussi ses Lois, ses temples : les Bourses, ses prêtres : les agioteurs ou [traders](en italique), augures des temps modernes, prédisant les jours fastes et néfastes sur la base de ces infaillibles calculs, aujourd'hui assistés par ordinateur, auxquels ils sont formés dans les meilleurs écoles d'astrologie divinatoire.

(Page 84-88)

 

Fabrice Wolff
Qu’est-ce que la démocratie directe ?

(Manifeste pour une comédie historique)

Editions Antisociales

16:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/02/2010

Alain Brossat : TOUS COUPAT TOUS COUPABLES

Le moralisme antiviolence

La campagne qui s’est développée en faveur des inculpés de Tarnac est portée par un si vif et si constant désir d’innocence, de si persistantes références à la légalité, à l’inoffensive innocence des inculpés qu’il apparaît très distinctement que, pour l’essentiel, le référent démocratique indistinct continue à obscurcir la perception du présent politique de ceux qui s’y trouvent mobilisés.

Deux textes  : l’un – «  Tous Coupat, tous coupables  »  ; l’autre, «  Le Moralisme anti-violence  », remanié d’après le texte publié dans le n° 29 de la revue Lignes (mai 2009), consacré au thème de la «  Violence en politique  », ici réunis dans un court volume, vif, engagé, à la vérité tout à fait intempestif  : ne visant rien moins qu’à affirmer que la politique ne saurait, sans hypocrisie, prétendre faire l’économie de la violence  ; sans hypocrisie ni danger  : tout ce qu’elle refoulera ainsi, ou qu’elle croira avoir ainsi conjuré lui sera rendu, retourné, qui sait de quelle façon et au bénéfice de qui  ? La vérité veut d’ailleurs qu’on dise ceci  : que n’est ainsi conjurée, stigmatisée qu’une seule sorte de violence, celle à laquelle sont tentés de recourir ceux à qui manque tout autre forme de recours (disons la violence de défense ou d’opposition)  ; pas la violence policière de l’État ni la violence sociale de la domination économique. Elles ne s’en trouvent que d’avantage – définitivement  ? – légitimées. Vif, engagé, intempestif, ce livre est drôle aussi, au moins autant que la situation le permet.

À propos de « l’affaire Tarnac »  : «  Ce qui est ici en question n’est évidemment pas la nécessité impérieuse que s’organise une solidarité sans faille avec les inculpés de Tarnac, et que celle-ci soit aussi puissante et déterminée que possible. La question est plutôt que cette solidarité s’est déployée sur une ligne de pente dont le propre est qu’elle ensevelit sous l’épaisse couche de cendres d’une police sentimentale et « démocratique » tout ce qui pouvait constituer le venin, le ferment de radicalité de L’Insurrection qui vient, avec son appel à se mettre « en route ». Le rassemblement informe et sans bords qui s’est constitué en faveur des inculpés (et dont, répétons-le, la volte-face des journaux a donné le signal et en quelque sorte défini les conditions) n’est pas sans rappeler le consensus anomique, propre à la « démocratie du public » brocardé par des auteurs comme Rancière et Badiou  ; il s’étend maintenant jusqu’aux dirigeants du parti socialiste, voire du Modem et, inclut bien sûr, le télégénique Besancenot  ; mais c’est un rassemblement qui se tient aux antipodes de ce que s’efforçait de présenter L’Insurrection qui vient et la décision d’y faire jouer en acte le motif de la communauté. »

À propos de la violence dans les sociétés démocratiques  : « Nous n’en finissons pas de subir des injonctions d’avoir à nous prononcer contre toute forme de politique violente, et, plus généralement, contre la violence sous toutes ses formes. L’aversion du public contemporain à la violence vive est constamment soutenue par la promotion de normes immunitaires dont l’effet est de jeter le discrédit aussi bien sur toutes sortes de conduites coutumières dans nos sociétés (la bagarre du samedi soir, la fessée administrée à l’enfant turbulent, la main baladeuse dans le métro) que sur l’engagement physique dans les pratiques politiques (la manifestation virant à l’émeute, le pugilat au Parlement, la grève insurrectionnelle…). En même temps, ce mouvement général de pacification des mœurs nourrit le sentiment de l’insécurité, au point que, si nos sociétés n’ont jamais été aussi «  sûres  », elles n’en apparaissent pas moins aux yeux d’une partie au moins de la population comme de plus en plus dangereuses. Au reste, la pacification, la délégitimation de la violence ont une lourde contrepartie  : la concentration toujours plus dense des moyens de violence dans la sphère de l’État et de ce qui s’y agence  : plus nos sociétés son “sûres” et plus elles sont policières et c’est au détriment des libertés publiques que prospère la criminalisation de toute espèce de violence – la récente affaire de Tarnac en est une illustration entre mille. Au demeurant  : “toute espèce de violence” est une expression bien expéditive. Ce dont il est en réalité question est une opération discursive de grand style autour de l’enjeu “violence”. Le mouvement de pacification de la vie sociale et du domaine politique a pour enjeu un formatage rigoureux des perceptions collectives de “la violence” et une réforme radicale du code destiné à séparer le violent du non-violent. En bref, il s’agit d’inculquer à la population la vision sécuritaire/policière de ces enjeux. À ces conditions, sera donc désignée comme violente l’émeute qui a embrasé une cité de banlieue suite à une “bavure” policière – pas cette action policière elle-même  ; sera stigmatisée comme violente une occupation d’usine accompagnée de quelques saccages – pas le licenciement collectif qui l’a précédée  ; sera désignée comme violente une attaque de banque – pas les escroqueries en grand commises par des prédateurs de haut vol comme Kerviel ou Madoff  ; sera décrié comme violent un attentat suicide commis par un kamikaze islamique, pas les “opérations” aériennes de l’armée israélienne sur la bande de Gaza… Dans ces conditions, “la violence” tend à devenir d’une manière exclusive le fait de l’autre – du pauvre, de l’immigré, de la plèbe mondiale, de l’islamiste, de l’État-voyou… Elle tend toujours davantage à faire l’objet de rites de détestation et d’exorcismes, à devenir une question morale plutôt que politique ou sociale. Son évocation péjorative devient un moyen de gouvernement des populations à la peur et à la sécurité, davantage qu’à la paix. Le monde des “pacificateurs” qui nous gouvernent est, comme chacun peut s’en assurer, tout sauf un monde en paix. Surtout, la nouvelle police des discours qui “règle” la question de la violence constitue un formidable empêchement à penser et agencer une politique vive, déliée des dispositifs généraux de la démocratie-marché (Gilles Châtelet). Ce n’est pas seulement que les espaces publics se trouvent de plus en plus occupés par toutes sortes de dispositifs policiers, c’est aussi que l’appareil général de criminalisation de “la violence” tend à désarmer dès l’origine, à la racine, toute entreprise politique qui ne s’effectuerait pas aux conditions mêmes de la domination ou, si l’on veut, de la société de contrôle. Il s’avère à l’usage que le mouvement de “déviolentisation” de la politique qui s’est accéléré sans relâche depuis le début des années 1980, aboutit, en réalité, à annihiler toute énergie politique se déployant hors des espaces du programmable et du gouvernable. Notre impuissance politique actuelle face à l’Etat-Sarkozy qui, pourtant, fait eau de toutes parts et n’est, substantiellement, qu’une bouffonnerie, tient, pour une bonne part, à cette extermination de tout possible politique radical par l’avènement de ce dispositif général anti-violence.  »

Alain Brossat est professeur de philosophie à l’université de Paris-8 Saint-Denis. Il a récemment publié : Le Grand dégoût culturel (Anabet, 2008) ; Bouffon Imperator (Lignes, 2008). Il contribue très régulièrement à la revue Lignes.

Entretien d’Alain Brossat avec Jacques Munier, sur France Culture, À plus d’un titre).

http://www.editions-lignes.com/TOUS-COUPAT-TOUS-COUPABLES.html

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21/12/2009

La démocratie variable de Pascal CLEMENT face à Benjamin et Mathieu de Tarnac

Pascal CLEMENT quitte le plateau sous un prétexte cavalier: "Cette émission n'est pas faite pour ces messieurs...ce n'est pas fait simplement pour l'ultra-gauche...je m'en vais" (35:30)

 

 

Pascal CLEMENT, comme nous le rappele wiki,milite pour l'irrecevabilité du projet de loi de Robert Badinter, alors garde des sceaux, afin de supprimer la peine de mort en France

 

En janvier 2007, il déclare :«Comme tant d'autres Français, j'ai évolué sur cette question», a-t-il expliqué. «Une majorité d'entre eux est désormais favorable à l'abolition de la peine de mort, mais cette majorité reste précaire», a-t-il souligné, assurant défendre ce texte non "par devoir" mais "par conviction".

 

Petit rappel:

Joëlle Aubron est ainsi décédée le 1er mars 2006, après plus de 17 ans d’incarcération, d’un cancer trop tardivement soigné. Lors de sa détention, elle a subi une hospitalisation quasi clandestine sans que sa famille ne soit informée, attachée par des menottes au lit d’hôpital. Alors que le pronostic vital était probablement déjà engagé, une première demande de suspension de peine au titre de la loi Kouchner lui fut refusée. Il fallut une forte mobilisation extérieure (avec notamment l’occupation du siège de l’Ordre des médecins) et malheureusement un état de santé se détériorant, pour qu’enfin la suspension de peine lui soit accordée. Quelques semaines avant son décès, Pascal Clément, ministre de la justice osait déclarer : « Quand j’entends que d’anciens terroristes non repentis font leurs courses sur les marchés, alors qu’ils étaient, disait-on, à l’article de la mort..., cela m’est insupportable. » A propos de l’application de la loi Kouchner, il ajoutait : « Pour moi, cela concerne avant tout les personnes dont l’espérance de vie ne dépasse pas quelques semaines. »...Les dictatures fascistes répriment violemment à visage découvert. Les démocraties bourgeoises, elles, se camouflent derrière un soi-disant respect des droits de l’homme. Mais leur toute-puissance au service de leur haine est sans retenue contre ceux qui s’attaquent à leur ordre. Action directe justifiait ses actions en affirmant qu’il ne fallait pas laisser le monopole de la violence à l’État. Aujourd’hui l’État vainqueur, pour un temps, se venge à perpétuité contre les prisonniers révolutionnaires.

 

 

09:29 | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/11/2009

Terreur et démocratie : qui terrorise qui ?

pris chez Article XI

Diana Biefari, 40 ans, membre de l’ultime et fantômatique réincarnation des Brigades rouges, condamnée à perpétuité pour complicité de meurtre, s’est récemment pendue dans sa cellule. Cette triste défaite d’une révolte rappelle la double nécessité de critiquer le cirque antiterroriste et d’interroger les pratiques de rupture. Des livres et textes peuvent nous y aider.

 

 

Terreur et démocratie : qui terrorise qui ?

mercredi 11 novembre 2009, par Serge Quadruppani

Dans son petit bouquin paru aux éditions Libertalia, La terrorisation démocratique, Claude Guillon commence par analyser la constitution, en France, d’un épouvantail médiatique, la désormais célèbre « mouvance ultra-gauche anarcho-autonome », avant de mener un excellent travail de compilation réflexive sur l’entassement bi-décennal de lois sécuritaires. Il rappelle ce qui, dès 1986, constituait le fond de législations, qui, depuis, n’ont cessé de proliférer : l’amalgame entre « délinquance, terrorisme et immigration », pour reprendre les termes d’un communiqué du Syndicat des Avocats de France de cette année-là, cité par lui. La notion de « terrorisation » dissipant les brumes idéologiques du terme « terrorisme » («  est souverain qui désigne le terroriste », comme disait Coupat dans une interview au Monde), a le mérite de ramener sur le terrain des pratiques réelles, à savoir qui terrorise qui. L’analyse du Mandat d’arrêt européen offre une bonne illustration desdites pratiques et le fond de l’affaire est fort bien résumé en conclusion : « Pour l’heure, le ministre et le terroriste – celui qui pose sa bombe dans le métro – cherchent à susciter une identique sidération de la pensée critique, et concourent au maintien du même ordre social. »

Cet utile travail laisse néanmoins ouverte la question du rapport entre terrorisme et démocratie. En premier lieu parce que, si Guillon mène, avec la rigueur et l’ironie mordante qu’on lui connaît, la critique de la notion de « terrorisme » dans ses successives définitions légales, la démystification de la notion de « démocratie » est tenue pour acquise, une fois énoncé qu’elle est « un mode de régulation du capitalisme ». C’est peut-être bien un peu court. D’abord, parce que tous ceux qu’intéresse la critique radicale des discours sécuritaires ne sont pas forcément familiers de la critique radicale de la démocratie. Là-dessus, on ne saurait trop recommander la lecture de Mort à la démocratie, de Léon de Mattis, paru en 2007 aux éditions l’Altiplano. Sans jargonner, l’auteur démonte les arguments de ceux qui voudraient nous faire croire qu’effectuer le rite imbécile consistant à glisser un bulletin dans une urne nous donnerait un quelconque pouvoir sur nos vies.

On pourrait compléter utilement cette lecture par celle d’un texte dont je suis le principal rédacteur, et qui fut publié voilà vingt ans dans la revue Le Brise-Glace : "Le point d’implosion de l’idéologie démocratiste". En le lisant après s’être plongé dans le bouquin de Léon de Mattis, on ne manquera pas de remarquer combien les problématiques déjà explorées par d’autres sont périodiquement redécouvertes - parfois comme c’est le cas de Mattis, avec beaucoup de talent, mais sans que leur résolution s’en trouve beaucoup plus avancée. C’est que la théorie ne saurait aller beaucoup plus loin que la pratique : comme tente de l’expliquer, parfois de manière confuse, mon texte de 89, l’idéologie démocratiste est la mieux adaptée au capitalisme, forme sociale dont le dépassement n’a encore été esquissé nulle part. Le terme « démocratie » est aussi manipulable que le terme « terrorisme ». Pour l’État et les médias dominants, il n’y a pas d’autre démocratie possible que la démocratie représentative, et même que la démocratie parlementaire. Pour d’autres, qui peuvent nous être très proches dans leur refus de l’existant, tel un Jacques Rancière, la démocratie n’est pas réductible au vote ou à la représentation. Chez Rancière, la démocratie est identifiable au communisme, à l’exigence subversive d’égalité. Ce n’est donc pas sans raison que je préfère parler de critique radicale non pas de la démocratie, mais du démocratisme : « Le démocratisme est l’illusion selon laquelle la démocratie – ensemble de procédures de représentations et de production du droit - peut et doit régler l’ensemble de la vie sociale. Or c’est un fait que dans l’histoire des sociétés – du moins des sociétés modernes – comme dans celle des individus – du moins des individus du dernier siècle - les moment où l’on délibérait, où l’on fixait des normes, ont toujours alterné avec ceux où les rapports de force sous-jacents au cours ordinaire des choses éclataient brusquement et où la violence physique et symbolique s’exerçait. »

Plus loin, j’écrivais, allant en effet… plus avant que Guillon dans la compréhension du lien entre démocratie et terrorisme : « On a vu que, dès leur naissance, les droits de l’homme, loin d’être indéterminés, appartenaient à une société donnée. (…) Les textes fondateurs, les gloses de spécialistes, les litanies journalistiques ne sont que la partie élaborée, la pointe émergée d’un iceberg social. L’instance symbolique en est partie intégrante. Le droit n’existe pas seulement dans les constitutions et les codes, mais aussi dans la tête des gens, cause et effet de leur "manière d’être en société". C’est parce qu’ils ignorent cette réalité que tant d’activistes minoritaires ou de rebelles au consensus démocratique se retrouvent écrasés sans comprendre. Le spectacle de l’anti-terrorisme qui les liquide n’est pas pure manipulation de maîtres considérant la société du haut de leur donjon. Ce spectacle tire sa substance et son dynamisme du démocratisme spontané que sécrètent les rapports sociaux capitalistes. Le formalisme démocratique échange la pacification de la vie sociale contre mille humiliations et un grand renoncement. Lorsque des zigotos viennent troubler cette paix de telle manière que le citoyen ne se trouve rien de commun avec eux, il se sent menacé dans cette tranquillité si chèrement acquise. D’où un rejet qui nourrit toutes les manœuvres étatico-médiatiques. »

Dans mon Antiterrorisme en France ou la terreur intégrée, publié la même année à La Découverte, je posais la question : à quelles conditions la révolte radicale peut-elle échapper à sa caricature et à sa transformation en un spectacle qui l’écrase ? Pour répondre, il n’est pas indifférent que cette révolte s’exprime dans une société dictatoriale ou dans une société démocratique. Tous les régimes ont su se fabriquer des ennemis intérieurs, des monstres à jeter en pâture à la foule dans le cirque médiatique. Tous les régimes sont amenés, par moment, à gouverner par la peur. Mais tous ne le font pas de la même manière. Dans une société démocratique, la fabrication du monstre est le résultat d’un processus convergeant et contradictoire à la fois, fruit du jeu de pouvoirs interdépendants, mais qui ont leur propre logique autonome : police, justice, médias, politique. Savoir intervenir dans leur jeu et le gripper doit être le minimum d’intelligence stratégique que doivent déployer les individus et les groupes ennemis du capitalisme démocratique. Sans oublier que ce qui grippe mieux que tout ces mécanismes-là, ce sont les mouvements sociaux. Comme dit Guillon, « Quelques centaines de milliers de personnes dans les rues réduisent à néant n’importe quel plan Vigipirate. Aucune police politique n’est en mesure de faire échec à une grève générale. »

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Ps : sur la question de la démocratie aujourd’hui, deux grands bouquins à lire : Alain Brossat, Le sacre de la démocratie, tableau clinique d’une pandémie, éditions Anabet ; et Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, La Fabrique.

A voir : l’interview - en trois parties - de Jacques Rancière sur Siné-Hebdo.

 

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