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28/01/2012

Quand Nestlé faisait espionner Attac

Entre 2003 et 2008, dans le canton de Vaud, en Suisse, deux employées de l’entreprise de sécurité privée Securitas ont infiltré et espionné, pour le compte de Nestlé, la section locale de l’association altermondialiste Attac, qui préparait un livre consacré à la multinationale. Après le procès au pénal, en 2009, qui s’était conclu par un non-lieu, l’affaire était jugée au civil cette semaine. Compte-rendu d’audience.

par Arnaud Crevoisier et Yanik Sansonnens, vendredi 27 janvier 2012

Le procès au civil de l’affaire du « Nestlégate » s’est ouvert mardi 24 janvier à Lausanne. Neuf plaignants, membres de l’organisation altermondialiste Attac, réclament à la multinationale et à l’entreprise de sécurité privée Securitas une indemnité de 27 000 francs suisses (22 000 euros environ) et la publication du jugement dans la presse.

Ecrivain et membre fondatrice d’Attac, Susan George est l’une des parties au procès. Pour l’intellectuelle franco-américaine, il faut que justice soit rendue : « La Suisse, un pays garant des libertés individuelles et chantre de la démocratie, ne doit pas permettre à Nestlé d’utiliser des méthodes moralement et légalement répréhensibles. Dans cette affaire, nos libertés d’opinion et d’expression ont été bafouées. Si Nestlé peut agir comme bon lui semble en Suisse, nous ne sommes plus en démocratie. »

Les faits remontent à l’automne 2003. Sous le pseudonyme de Sara Meylan, une employée de Securitas rejoint la section d’Attac Vaud, alors en pleine préparation du livre Attac contre l’empire Nestlé. Ayant gagné la confiance du groupe, elle participe à plusieurs réunions, où elle a accès à des documents confidentiels. Elle livre à Nestlé des comptes-rendus détaillés des discussions. Ses rapports mentionnent également des détails sur la vie privée des auteurs. Elle rédigera même un chapitre du livre en préparation. Peu après la révélation des faits, en 2008, une deuxième « taupe » de l’entreprise de sécurité sera confondue. Barbara Rimml, l’une des auteurs d’Attac contre l’empire Nestlé, rappelle qu’« une plainte a été déposée il y a trois ans. Tout a pris beaucoup de temps et j’espère que la justice fera son travail ».

Après les révélations de la Télévision suisse romande (TSR), à l’été 2008, une plainte avait été déposée au pénal. En juillet 2009, la procédure s’est conclue par un non-lieu. Le juge a en effet estimé que la seule infraction susceptible d’être poursuivie, à savoir une contravention à la loi fédérale sur la protection des données, était prescrite au bout de trois ans. Il n’a tenu compte que de la première espionne, qui a agi entre l’automne 2003 et l’été 2004, et n’a pas pris en considération la seconde « taupe », débusquée par Attac en septembre 2008.

Cette affaire représente-t-elle un cas isolé ou d’autres scandales couvent-ils ? Après le « Nestlégate », une autre infiltration d’un agent de Securitas avait déjà été révélée : à Lausanne, une jeune femme avait espionné durant plusieurs années le Groupe Anti-Répression (GAR), toujours pour le compte de Nestlé.

« Je serais très surpris si cette affaire était une exception. L’intelligence économique est si grande et les procédés utilisés par les multinationales sont tels qu’il y a aucune raison que Nestlé soit la seule. Des méthodes d’espionnage sont aussi utilisées dans des domaines plus sensibles comme le nucléaire ou les industries polluantes », affirme Jamil Soussi, avocat à Genève. En Suisse, le « Nestlégate » a été fermement condamné par bon nombre d’élus, sans pour autant qu’une réforme législative soit envisagée. Selon Me Soussi, « l’arsenal législatif est assez fort en Suisse. Le problème réside dans les moyens mis en œuvre pour traquer les espions, ainsi que dans la faiblesse des délais de prescription en général ».

Mardi, le procès civil s’est ouvert sur un petit coup de théâtre. Citée à comparaître comme témoin, S. J., l’une des trois employées de Securitas impliquées dans l’espionnage d’Attac Vaud, a refusé de se présenter à l’audience. Dans une lettre lue par le président du tribunal, elle invoque le « droit de garder le silence », craignant un « lynchage médiatique ». Elle estime avoir tout dit lors de son audition dans le cadre de l’instruction pénale. La supérieure des deux « taupes » s’est également désistée : invoquant à son tour le « droit au silence » dans une lettre lue à l’audience, elle dit se sentir menacée.

Les plaignants ont évoqué les séquelles psychologiques de l’affaire : méfiance, angoisse, sentiment paranoïaque d’être constamment surveillé. « Cette invasion de mon espace personnel et professionnel m’a profondément choquée », résume Susan George, auteure de la préface d’Attac contre l’empire Nestlé. « On éprouve une vraie terreur lorsqu’on réalise que des personnes en qui on a confiance nous trahissent », dit une autre plaignante. L’audition des témoins cités par Attac confirme le malaise durable suscité chez les personnes espionnées comme au sein de l’organisation. 

M. R., un ancien adjoint au responsable de la communication de Nestlé, prétend qu’il ignorait qu’un agent de Securitas avait infiltré Attac. De « Sara Meylan », qu’il a rencontrée, mais dont il dit ne pas avoir su le rôle exact, il affirme aussi n’avoir jamais lu les rapports : « Les seuls documents que j’ai vus étaient des parties de l’ouvrage en préparation. » Une assertion mise en doute par les déclarations de l’ancien secrétaire général de la multinationale, qui avait lui-même vent des comptes-rendus de Securitas : « Le service de communication recevait copie de ces rapports. Je ne sais pas si M. R. les a lus. »

La « taupe » a mis fin à sa mission
car elle n’avait « plus de vie privée »

Puis « Sara Meylan » elle-même fait son entrée. Me Rodolphe Petit, l’un des deux avocats des plaignants, s’étonne du foisonnement de détails dans certains de ses rapports, alors que la jeune femme ne prenait presque aucune note lors des réunions. Elle assure n’avoir « jamais enregistré quiconque » et avoir tout rédigé de mémoire. Elle reconnaît avoir établi un profil physique détaillé des rédacteurs du livre, mais se défend d’avoir ausculté leurs penchants idéologiques. « Je n’ai jamais cherché à établir des profils politiques. J’ai rapporté ce que les participants disaient. » Elle explique avoir mis fin à sa mission car sa double vie commençait à lui peser : « Je n’avais plus de vie privée. »

L’ancien directeur de Securitas avait donné son feu vert à l’infiltration d’Attac, menée par la section « Investigation Service », spécialisée notamment dans les enquêtes sur les fraudes aux assurances. Selon lui, c’est le chef de cette unité (il sera par la suite embauché par Nestlé) qui lui en avait soumis l’idée. Disant ne pas connaître S. J., la « taupe » infiltrée après « Sara Meylan », il déclare : « En septembre 2005, j’ai ordonné la cessation, à bref délai, des activités d’infiltration. Au 31 décembre 2005, lorsque j’ai quitté la société, ces infiltrations devaient être terminées. »

Dans sa plaidoirie, Me Petit exprime les sérieux doutes subsistant sur les activités postérieures de S. J. La jeune femme a en effet participé aux réunions et reçu les courriels du groupe d’Attac consacrés aux multinationales jusqu’en septembre 2008, tout en restant employée par Securitas. Il apparaît que jusqu’au début de 2008, elle a été rémunérée au même tarif qu’en 2005, avec des suppléments réguliers. Me Petit rappelle aussi l’existence d’un rapport d’octobre 2006 établi par sa supérieure après une réunion publique d’Attac. Conclusion : « La poursuite de la mission d’infiltration au-delà de 2005 paraît établie. »

A sa suite, Me Jean-Michel Dolivo balaye l’idée que les rédacteurs du livre consacré à Nestlé aient pu représenter une quelconque menace pour la multinationale, relevant qu’aucun rapport n’a accrédité cette thèse. « Il n’y a pas l’ombre d’un intérêt privé prépondérant qui justifiait l’atteinte à la sphère privée », souligne l’autre défenseur d’Attac.

C’est précisément ce que va tenter d’infirmer le défenseur de Securitas, Me Gilles Robert-Nicoud. Selon lui, Attac a mené dès 2003 une « campagne très agressive contre Nestlé », lors de conférences publiques, à l’occasion des manifestations contre le G8 d’Evian ou encore en distribuant des tracts lors des assemblées des actionnaires. « Face à cette campagne de dénigrement, il est compréhensible que Nestlé ait cherché à savoir quelles seraient les actions futures d’Attac », déclare l’avocat, qui dément que la préparation du livre ait été la cible de la mission d’« observation préventive ». Il soutient aussi que, du fait de leur engagement militant, les membres d’Attac « ne peuvent prétendre à une protection de la sphère privée aussi étendue que ceux qui ne participent pas au débat public ». S’appuyant sur le non-lieu auquel a abouti la procédure pénale, il accuse Attac de faire une « exploitation politique » de l’affaire.

Avocat de Nestlé, Me Christian Fischer s’emploie pour sa part à contester le caractère confidentiel des courriels échangés et réfute que Nestlé les ait reçus, affirmant en outre que « les rencontres ayant fait l’objet des rapports de Sara Meylan étaient ouvertes à tous ». Réplique de Me Petit : « C’est un prétexte que d’affirmer que la mission d’infiltration avait pour but de prévenir des atteintes aux personnes et aux biens. » Par ailleurs, de nombreuses pièces attestent « l’atteinte à la vie privée » des plaignants. Verdict dans quelques semaines.

Arnaud Crevoisier et Yanik Sansonnens sont journalistes pour le quotidien suisse d’information alternative Le Courrier.

 

via monde-diplomatique.fr - 27/01/2012

00:42 | Lien permanent | Commentaires (0) |

15/09/2009

LE PRINCIPAL MOYEN DE CORRESPONDANCE DES MISSIONNAIRES ET DES AUTRES AGENTS : LES PIGEONS

Le monde du renseignement - et, par extension, celui de la guerre secrète - est mal connu. Il
utilise pourtant toute une palette de techniques qui ont contribué à imposer un genre de lutte du
faible au fort - la « petite guerre » - bien souvent utilisée au cours de l’histoire. « Détermine les
plans de l’ennemi et tu sauras quelle stratégie sera couronnée de succès et celle qui ne le sera
pas », disait Sun Tzu, 500 ans avant notre ère. « On doit examiner enfin les habitudes et le
caractère de l’ennemi », conseillait encore Machiavel en 1521…

L’équipement spécifique des espions français membres de la « Section de renseignements » et de la « Section de centralisation des renseignements » en 1914-1918

Chef d’escadron Olivier Lahaie
http://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2008-4-p-87.htm

En 1914, les agents de la SR possèdent un matériel hérité en grande partie des siècles passés. Le conflit impose l’adoption d’équipements à la pointe de la technique sans pour autant faire disparaître ceux qui ont fait leurs preuves. La fracture s’opère avec la guerre de position, puisqu’elle accroît les difficultés pour traverser les lignes ou les frontières.
Les espions de la SR et de la SCR sont donc dotés d’un matériel varié et spécifique qui améliore leur discrétion tout en les aidant à berner l’adversaire. Faux papiers, déguisements, objets truqués, appareils photographiques et télégraphiques permettent ainsi aux agents de remplir plus facilement leur mission de renseignement, mais signent immanquablement leur perte en cas de découverte par le contre-espionnage ennemi.

• DOCUMENTS D’IDENTITE ET FAUX PAPIERS
• APPAREILS PHOTOGRAPHIQUES
• ARMES
• OUTILS
• DEGUISEMENTS
• MATERIELS SERVANT A LA TRANSMISSION DES RENSEIGNEMENTS
• MOYENS PARTICULIERS POUR « MISSIONS SPECIALES »
• LE PRINCIPAL MOYEN DE CORRESPONDANCE DES MISSIONNAIRES ET DES AUTRES AGENTS : LES PIGEONS
• L’ADOPTION TARDIVE DES POSTES DE TELEGRAPHIE SANS FIL (TSF)

RENSEIGNEMENT ET SERVICES DE RENSEIGNEMENTS EN FRANCE PENDANT LA GUERRE DE 1914 - 1918 (2ème et 5ème Bureau de l’E.M.A. ; 2ème Bureau du G.Q.G. Section de Renseignement / Section de Centralisation


Mardi 20 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e

- M. Olivier LAHAIE soutient sa thèse de doctorat :

- RENSEIGNEMENT ET SERVICES DE RENSEIGNEMENTS EN FRANCE PENDANT LA GUERRE DE 1914-1918 (2ème et 5ème Bureau de l’E.M.A. ; 2ème Bureau du G.Q.G. Section de Renseignement / Section de Centralisation

En présence du Jury :

M. SOUTOU (Paris 4)
M. ALLAIN (Paris 3)
M. FORCADE (Amiens)
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. GUELTON (Vincennes)

Résumés

En 1914, la France était bien renseignée sur la forme que prendrait l’agression allemande, mais les spécialistes du renseignement se sont heurtés au scepticisme du haut commandement. Avec le début de la guerre de tranchées, ce dernier désira connaître l’ordre de bataille adverse, l’état des pertes et la situation économique, politique ou morale en Allemagne. Des techniques nouvelles apparurent, servant à recouper les renseignements obtenus par voie humaine. Les S.R. obtinrent la mise en place du Contrôle télégraphique puis postal, comme ils échafaudèrent une coopération interalliée en matière de renseignement. Les procédés employés par les agents ont connu une évolution continuelle tout au long de ces cinq années. Pour s’affranchir des contraintes de la guerre de positions, la dépose d’agents par avion a vu le jour en 1915. La coopération avec les réseaux de résistance belge et l’Intelligence Service a permis d’étendre les possibilités de l’espionnage à un niveau inégalé jusqu’alors. La Grande Guerre, guerre totale, fut aussi l’occasion de mettre sur pied des organes de recherche spécifiquement prévus pour la lutte économique ; enfin, l’aspect psychologique et propagandiste n’a pas été oublié, tant sur le front que loin derrière les lignes ennemies. Le contre-espionnage se développa également. Néanmoins, la crise des mutineries de 1917 a montré le rôle déplaisant que peut jouer un S.R. quand il se tourne contre ses frères d’armes. L’implication de certains personnels des services secrets dans l’instruction des procès de trahison a achevé de ternir leur réputation.
Le renseignement français était constitué d’une nébuleuse d’organismes, indépendant les uns des autres et parfois rivaux, mais qui tous tendaient vers un seul objectif : faciliter la victoire sur les Puissances centrales. Coexistaient deux univers bien distincts mais complémentaires : d’un côté, la branche créée et développée par l’E.M.A., et de l’autre, celle créée par le G.Q.G. Au final, des trois généralissimes, ce fut Pétain qui tira le mieux parti de l’usage du renseignement ; il le fit avec intelligence, pour économiser la vie des soldats. Généralissime des armées alliées, Foch sut également s’en servir pour terrasser son adversaire. Parti de rien - ou d’à peu près rien - si l’on compare ses structures en 1918, le renseignement français a montré sa forte capacité d’innovation. Le conflit fut l’occasion d’expérimenter de nouvelles techniques d’action, lesquelles fixèrent peu à peu les règles en matière de guerre secrète, lesquelles permirent ensuite la naissance des services « spéciaux » de la Seconde Guerre mondiale. Par un habile mélange, fait de réflexion et d’improvisations, par la volonté de s’appuyer sur des personnalités marquées, les S.R. ont contribué très largement à vaincre l’Allemagne de Guillaume II.

On August, 1914, the French Intelligence Services knew German war plans, but intelligence specialists went against Joffre’s scepticism. With the beginning of Trench Warfare, the French High Commander wished to inquire about enemy casualties, but also economic and political situation or morale in Germany. New techniques helped to control information gathered by Human Intelligence. The Secret Service imposed Telegraphic then Postal control, initiated an allied cooperation dealing with Intelligence Warfare. On 1915, new spying methods appeared, including use of planes to shake off enemy defences. Cooperation with Belgian and British Intelligence Services created preference conditions for spying. The Great War, which was a Total War, developed new kind of services dealing with Economic Intelligence. Propaganda and Psychological Warfare were developed as well, both on frontline and inside Germany. Counter-Intelligence was strengthened too, but the mutiny crisis of 1917 showed the danger of it when used against Brothers of Arms. At the end of World War I, implication of some officers belonging to the Secret Service in high treason trials tarnished their reputation. French Intelligence gathered many independent and rival services, but working all together to facilitate military victory on Germany and its Allies. Two distinct but complementary branches coexisted in France : one created by the “Etat-Major de l’Armée”, and the other by the “Grand Quartier General”. Among the three French High Commanders, Pétain was remarkable by the clever use of intelligence he made, in order to spare soldiers’ blood. Supreme Commander of Allied Forces, Foch used it as well to lay Ludendorff low. From 1914 to 1918, French Intelligence proved its high capacity to innovate. W.W.I created favourable conditions to experiment new techniques, which were used after 1918 to develop the future “Special Services” of W.W.II. Thanks to a skilful mixing of consideration and improvisation, but also with the wish of gathering clever and firm individualities, French Secret Services really contributed to defeat Imperial Germany.

 

Lien PDF de la thèseRENSEIGNEMENT_ET_SERVICES_DE_RENSEIGNEMENTS_EN_FRANCE_PEN...



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