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03/11/2009

La France, Vichy, et ses soldats pas comme il faut...

Quand vichy internait ses soldats juifs d'algerie.

Le courrier date du 28 février 1941: «Les rapports sur l'état

d'esprit des troupes de l'Afrique du Nord font ressortir que les juifs demeurés dans les unités ont une influence néfaste et que, par leur manque de sens national, ils nuisent au bon moral dans ces unités.» Il est adressé au général Weygand, délégué général du gouvernement de Vichy en Afrique française, par le général Huntziger, secrétaire d'Etat à la Guerre de Pétain, qui lui demande de «faire cesser cet état de choses» et de «retirer tous les juifs des unités de l'Afrique du Nord». Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce document dormait dans les archives de l'armée de terre au château de Vincennes. C'est pourtant une des pièces maîtresses d'un récit jamais vraiment écrit: celui des militaires français de confession juive en Afrique du Nord sous le régime de Vichy. Une page noire de l'histoire de l'armée française, sur laquelle le Service historique de l'armée de terre (Shat) n'envisage toujours pas de travailler, même s'il a accepté de collaborer à l'enquête de Libération.

Décret Crémieux. En 1940, les 110000 juifs algériens, selon le recensement de 1931, sont dans leur quasi-totalité des citoyens français. Contrairement à leurs coreligionnaires du Maroc et de Tunisie, ils le sont devenus grâce au décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui déclarait citoyens français «les Israélites indigènes des départements de l'Algérie». En septembre 1939, lors de la déclaration de guerre, les jeunes Français sont mobilisés en Algérie comme en métropole. Parmi eux, plusieurs centaines de juifs rejoignent leurs unités, souvent des régiments de zouaves ou de chasseurs d'Afrique. La défaite de mai-juin 40 les y surprend. Dès l'été, ils se trouvent dans la situation inconfortable d'être les soldats d'une armée aux ordres d'un pouvoir antisémite. Puis, quatre jours après l'adoption du statut des juifs, une loi abroge, le 3 octobre 1940, le décret Crémieux. Les juifs d'Algérie, cessant d'être des citoyens français, redeviennent des «Israélites indigènes». Cette mesure touche également les militaires. Le 10 novembre 1940, le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Picquendar, décide que «les militaires israélites appelés appartenant aux classes 1938 et 1939, touchés par la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs, doivent être maintenus sous les drapeaux». Pour ces jeunes, dont on ignore le nombre exact, l'engrenage commence, même s'ils restent dans leurs régiments où ils affrontent l'antisémitisme des Français d'Algérie. Le secrétaire d'Etat à la Guerre reconnaît que «leur libération pure et simple serait la solution la plus commode», mais, explique-t-il au général Weygand, cette mesure «pourrait mécontenter gravement les appelés indigènes algériens (musulmans, ndlr) maintenus sous les drapeaux». Une explication peu convaincante. Comme le font remarquer les historiens américains Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton (1), «les efforts de la propagande française pour exciter les masses musulmanes contre les juifs aboutirent à un échec notable».

Le 27 mars 1941, à la suite du courrier d'Huntziger à Weygand, deux décisions de l'état-major de l'armée scellent leur destin. A Vichy, le général Picquendar signifie à Weygand que «les militaires juifs algériens récemment déchus de la nationalité française» seront «groupés en une unité de travailleurs jusqu'à la libération de la classe à laquelle ils sont attachés». Concrètement, l'armée les envoie dans des camps de travail du Sud algérien" Quant à la trentaine de juifs qui avaient conservé la nationalité française (parce qu'ils l'avaient acquise d'une autre manière que le décret Crémieux), ils sont «mutés dans les corps de la métropole» et seront d'abord «dirigés vers Port-Vendres (Pyrénées-Orientales, ndlr) d'où ils seront répartis dans la 16e division militaire (région de Montpellier, ndlr)». Plutôt que de les protéger en les éloignant de l'Europe nazifiée, l'état-major les envoie tranquillement en zone dite «libre». Une zone que les Allemands envahiront vingt mois plus tard, sans que les militaires français ne tirent un coup de feu" «Corbeaux». En avril 1941, les soldats juifs d'Afrique du Nord font leur paquetage et se rendent à Bedeau, dans l'Oranais et à Telergma, dans le Constantinois. Selon le secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants, Bedeau reçoit 180 appelés d'Algérie et du Maroc, Telergma 90 de Tunisie et d'Algérie, où ils forment deux «Groupes de travailleurs israélites» (GTI). Ils sont d'abord encadrés par des officiers et des sous-officiers d'active puis, à partir de mars 42, par des «civils» du service d'ordre légionnaire (2), l'organisation qui donnera naissance à la Milice. A cette date, leurs effets militaires leur furent retirés et les «travailleurs israélites» reçoivent une tenue noire" qui leur vaudra le surnom de «corbeaux». Ils sont affectés à des travaux de bûcheron ou de terrassement, «l'épuisante et mortelle corvée de caillasse», selon Léon Binquet «détenu» à Bedeau. Des documents de l'époque, archivés au Centre de documentation juive contemporaine, décrivent la vie dans ce camp: «Malgré le climat rigoureux, les hommes sont logés sous la tente dans des conditions d'hygiène précaire. Ils ont des vêtements de rebut et la nourriture est insuffisante [...] Ils y endurent le froid, la faim, les brimades» d'un encadrement antisémite. Ces militaires juifs affectés dans les groupes de travail ne constituent qu'une petite partie de l'ensemble des juifs internés en Afrique du Nord. Les historiens Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton s'accordent sur le chiffre de 14000 à 15000, qui furent soumis à de mauvais traitements par les autorités françaises. En novembre 1942, les Américains débarquent en Algérie et au Maroc. Après s'être opposée quelques jours aux Alliés, l'armée française reprend le combat contre l'Allemagne et l'Italie. Les Groupes de travailleurs israélites ne disparaissent pas pour autant. Ils repassent sous statut militaire et deviennent des «compagnies de pionniers israélites». Dans les deux camps de Bedeau et de Telergma, la vie matérielle s'améliore, mais l'ambiance de l'armée du général Giraud reste franchement antisémite. Un document de l'époque dénonce le fait que «les travailleurs qui sont suspectés de sentiments proalliés sont sévèrement punis ou battus» et parle de «châtiments exemplaires infligés à cinq ou six travailleurs qui avaient crié "Hello Boys au passage de jeeps américaines». Les militaires redoutent surtout de voir ces jeunes soldats rejoindre les Français libres de Leclerc, alors qu'à Alger la bataille fait rage entre giraudistes et gaullistes. Il faudra attendre la victoire définitive de ces derniers pour que les compagnies israélites soient finalement dissoutes, d'avril à juillet 43. Beaucoup s'engagent immédiatement, comme David Drai, qui participe aux campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne, où il obtient la croix de guerre.

Mines de charbon. Le sort des trente militaires juifs de nationalité française mutés en métropole en avril 1941 reste incertain, à l'exception de deux d'entre eux. Débarqués à Port-Vendres, ils sont affectés par groupe de deux dans des batteries de défense antiaérienne sur la façade méditerranéenne. Paul Halimi et Eugène Attali sont démobilisés en 1942, mais ils se retrouvent coincés en métropole, où ils n'ont aucune attache familiale. En mal de main-d'oeuvre, les services de Vichy les envoient dans les mines de charbon de la Loire, à Saint-Chamond et à Saint-Etienne. Grâce à de faux papiers, ils parviennent à échapper aux rafles antijuives et à la déportation. «Halimi et moi avons sauvé notre peau, mais que sont devenus les autres de Port-Vendres?», se demande aujourd'hui Eugène Attali. Paul Halimi, haut fonctionnaire retraité du ministère de l'Agriculture, se bat depuis des années afin d'obtenir la reconnaissance du statut «d'interné» pour ces soldats français maltraités par le régime de Vichy. «Je ne demande qu'une réparation symbolique», constate Paul Halimi. Jusqu'à présent, le secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants fait la sourde oreille.

(1) Vichy et les juifs, Le Livre de Poche, Biblio-essais, 1993.

(2) Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, le service d'ordre légionnaire (SOL) n'avait rien à voir avec la Légion étrangère, très présente en Afrique du Nord. Le SOL faisait partie de la Légion française des combattants, une organisation vichyste.

MERCHET Jean-Dominique (Libération)

doc de Probe :
4221_Doc3_juifs_algerie_petain_dg.pdf

Benjamin Stora, « Les trois exils des Juifs d’Algérie », paru en 2006 aux éditions Stock, où l’historien résume parfaitement cet épisode de l’histoire française : « Par simple décret, la France peut retirer ce qu’elle a donné… Plus rien désormais ne sera comme avant. La leçon ne sera pas oubliée. »

 

Assez français pour se faire tirer dessus : l’affaire Guissé

En 2002, notre ami et encore compatriote Ounoussou s’engage sous les drapeaux du premier régiment de Hussards Parachutistes, basé à Tarbes, dont les ancêtres, pas encore parachutistes, ont combattu à Valmy, Jemmapes, Castiglione, Sebastopol, entre autres faits d’arme, et dont la devise est : Omnia si perdas, famam servare memento (Si tu as tout perdu, souviens toi qu’il te reste l’honneur).

Il va servir en Afghanistan en 2007-2008 où son comportement ne lui vaudra que des louanges. Il atteindra le grade de Brigadier.

Mais voilà. Depuis 1993 et le tournant des lois Pasqua, la République fait la chasse aux faux français. La décolonisation a été un tel foutoir que des gens sont devenus français sans vraiment en remplir les conditions (ce qu’eux même ignoraient d’ailleurs). Et le parquet de Rouen, suivant en cela les instructions générales de la Chancellerie, je tiens à le préciser (un procureur de la République aujourd’hui est autant capable d’initiative individuelle que l’attaque de l’équipe de France de football sous Domenech, c’est dire), va contester la nationalité d’Ounoussou Guissé.

Le raisonnement est le suivant.

Ounoussou est né au Sénégal d’un père né en Afrique Occidentale Française devenue le Sénégal pour cette portion. Pour qu’il soit français, il faut donc que son père Daouda ait été français à sa naissance ou ait acquis la nationalité avant ses 18 ans.

Pour que Daouda ait été français en 1989, il fallait qu’il eût son domicile en France le 20 juin 1960, date de l’indépendance. Or la jurisprudence de la cour de cassation, inspirée sur ce point par un vent mauvais, a créé le concept de domicile de nationalité distinct du domicile civil au sens des articles 102 et suivants du Code civil. Par des décisions répétées des 20 décembre 1955, 9 janvier 1957, 25 juin 1974 et en dernier lieu du 28 janvier 1992, la cour définit le domicile de nationalité comme d’une résidence effective présentant un caractère stable et permanent et coïncidant avec le centre des attaches familiales et des occupations professionnelles.

Vous avez compris. Le parquet constatant que Daouda Guissé avait non pas une mais plusieurs épouses et que celles-ci vivaient semble-t-il au Sénégal puisque tous les enfants de l’intéressé y étaient nés, il estime que son domicile de nationalité était en fait au Sénégal, et que l’article 13 du Code de la nationalité devenu l’article 153 modifié a contrario n’avait pu jouer. 49 ans après, le parquet estime que Daouda Guissé n’avait jamais été français et que par voie de conséquence son fils ne l’avait jamais été non plus. Cachez moi cet uniforme que vous ne sauriez porter, brigadier. Et comme on dit chez vous, Nationalitas si perdas, famam servare memento.

Mais on n’abat pas comme ça le hussard sur le droit.

Le procureur de la République s’est, comme on dit en termes juridiques, fait bananer en première instance. Le tribunal de grande instance lui a dit qu’il est bien gentil de se réveiller en 2006, mais que la prescription, c’était trente ans à l’époque. Il aurait dû se réveiller dans les 30 ans qui ont suivi la délivrance du certificat de nationalité de 1962, soit en 1992 au plus tard.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Le parquet fit appel, et c’est cet appel qui a été examiné par la cour d’appel de Rouen. Le délibéré sera rendu une semaine après la commémoration de l’Armistice de 1918 (tiens, le régiment du brigadier Guissé s’est illustré à la bataille de la trouée de Charmes et à la deuxième bataille de l’Aisne pendant la Grande Guerre), le 18 novembre prochain.

À ce stade du récit, je dois confesser mon impuissance à comprendre cet acharnement du parquet à vouloir dépouiller de sa nationalité un de nos soldats, au comportement exemplaire, et qui est allé à un endroit ou porter un drapeau cousu sur l’épaule vous expose aux balles, aux bombes et aux couteaux.

D’autant plus que le bien fondé de l’action du parquet m’apparaît assez douteux. Nul ne conteste que le père d’Ounoussou Guissé a résidé en France de mars 1960 à 1975. Ce qui semble indiquer qu’il y avait bien son domicile.

Il y avait pourtant une issue élégante : ne pas faire appel. Il y en d’autres, moins élégantes. L’article 21-13 du Code civil lui permettra, en cas de perte de la nationalité, de la récupérer aussitôt par la possession d’état. Il peut aussi bénéficier d’une naturalisation-éclair selon la procédure dite Carla Bruni.

Donc Ounoussou Guissé restera français ou au pire le redeviendra. Alors pourquoi le faire passer par cette humiliante procédure ?

Et comme la République ne fait jamais les choses à moitié, non seulement elle lui conteste sa qualité de français sur le plan judiciaire, mais sur le plan administratif, cela fait un an qu’il demande à faire venir sa fiancée en France pour pouvoir l’épouser. En vain, le consulat général de France à Dakar refuse le visa à sa fiancée, et ce malgré les interventions de Jean Glavany, député SRC de Tarbes.

Ounoussou Guissé est juste assez français pour se faire tirer dessus. Pour pouvoir voter ou épouser celle qu’il aime, la République qu’il sert le prie gentiment d’aller se faire voir.

Contrairement à son président, la République est bien ingrate envers ses enfants.

Notes

[1] L’article 153 disposait que les personnes non originaires domiciliées sur un territoire accédant à l’indépendance pouvait recouvrer par déclaration la nationalité française si elles établissaient préalablement leur domicile en France. A contrario, on en déduisait que les personnes non originaires domiciliées en France avaient gardé leur nationalité et n’avaient donc pas à souscrire de déclaration.

Par Eolas le Mardi 13 octobre 2009



Affaire Guissé : que faut-il faire pour être français en Sarkozie ?

Etre français, c’est simple me direz-vous. Il suffit d’avoir un père ou une mère qui a la nationalité française ! Eh bien non ! Ah bon ! Mais si en plus vous êtes soldat dans l’armée française, avez combattu au Tchad et en Afghanistan au sein de cette même armée française ? Eh bien non, du moins pas dans ce beau pays qu’est devenue la Sarkozie et que j’ai honte désormais à appeler France.

C’est pourtant ce qui arrive au soldat Ounoussou Guissé, brigadier au 1er régiment de hussards parachutistes (RHP) de Tarbes, engagé en 2002 et ayant servi au Tchad et en Afghanistan.

Son père a obtenu la nationalité française en 1962. Au moment de l'indépendance du Sénégal, les Sénégalais qui résidaient en France ont pu choisir de devenir Français. C'était le cas du père d'Ounoussou qui travaillait au Havre. Mais sa femme et ses enfants étaient restés sur le sol africain. C’est l’argument du Ministère de la Justice pour contester la validité de la naturalisation du père d’Ounoussou.

Donc, 44 ans après, QUARANTE QUATRE ANS APRES, le ministère de la justice, le 18 décembre 2006, date de son assignation au tribunal de Rouen, conteste la nationalité française du soldat Ounoussou Guissé. Le tribunal a débouté le ministère en 2008. Qu’à cela ne tienne, le ministère a fait appel. Au tribunal de grande instance de Rouen, l’audience avait lieu le 7 octobre 2009. Le jugement a été mis en délibéré pour le 18 novembre 2009 !

La même « mésaventure » a atteint son frère Amara, lui aussi membre de l’armée française au 12ème régiment d'artillerie d'Oberhoffen (Bas-Rhin), lui aussi ayant participé à des opérations extérieures, lorsque le tribunal de Strasbourg le convoque le 16 Mars 2007 !

Pour plus de détail, lire « Il faut sauver le soldat Guissé » et « Etre ou ne pas être … Français » sur le quotidien Paris Normandie.

Aussi sur le blog « Secret Défense » de Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération.

Que faut-il faire pour être Français en Sarkozie ? Etre Breton ou Auvergnat depuis 50 générations, produire des pièces justificatives datant de Louis XI ? Quand aux Alsaciens, on peut se poser la question, un peu Allemand non ? Les Normands, c’est carrément perdu : Déjà qu’ils viennent du Danemark ou de Norvège et en plus ils ont été Anglais ! Ah zut, en Aquitaine aussi !

Quand à la racaille des banlieues, aller un petit coup de Karcher, et ouste …. Rachida Dati ? Zut, on avait oublié de vérifier au sein du Ministère de la Justice !

Et Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, un hongrois ! Incroyable. Comment, son père n’est pas né en France ! Ah bon, comme pour le soldat Guissé, tiens donc ! Un petit charter vers Budapest ?

Quand arrêterons-nous ce délire ? Faut-il remonter à Cro-Magnon et aux premiers peuplements humains de la France pour justifier de sa nationalité !




23/10/2009 11:22:40 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Habibou Bangré

France-Sénégal : l'épineuse affaire des frères Guissé

Les frères Guissé sont face à un imbroglio juridiqueLes frères Guissé sont face à un imbroglio juridique© AFP

Peut-on défendre les couleurs de la France et se voir refuser la nationalité de ce pays ? Cette question est actuellement soulevée par le cas des frères Guissé, deux jeunes militaires sénégalais dont la citoyenneté fait débat.

Ounoussou Guissé, 29 ans, est brigadier au 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes, dans le sud-ouest de la France. Son frère aîné Amara, 31 ans, est, quant à lui intégré, au 12e régiment d’artillerie d’Oberhoffen (Est). Ils ont combattu pour le compte de la France au Tchad, en Afghanistan ou en Bosnie.

D’origine sénégalaise, ces deux militaires de carrière espéraient faire jouer leur filiation via leur père pour devenir français. Mais cette demande ne va pas de soi. Cette naturalisation est même impossible souligne-t-on au ministère français de l’Immigration. « Ce choix se heurte à l’absence de la nationalité française de leur père, qui n’a pas fixé son domicile en France ce qui a empêché de lui reconnaître la nationalité de plein droit, et dont la situation matrimoniale a empêché d’enregistrer la déclaration de nationalité », explique le ministère dirigé par Eric Besson. De fait, les Sénégalais ont été déboutés de leur demande.

Hervé Morin à la rescousse

Ounoussou Guissé avait obtenu gain de cause pour cette demande en première instance devant le tribunal de grande instance de Rouen mais le parquet a interjeté appel. Le verdict sera rendu le 18 novembre prochain par la cour d’appel de Rouen. En mars 2007, Amara avait pour sa part reçu « un courrier du tribunal de grande instance de Strasbourg contestant sa nationalité », indique le communiqué de la Défense.

« Dans l’hypothèse où la justice viendrait à refuser la nationalité française à nos deux soldats, une nouvelle procédure serait engagée pour leur permettre de voir leurs droits reconnus très rapidement », a réagi Hervé Morin après avoir reçu les deux militaires le 12 octobre. Le ministre de la Défense a ajouté que sa collègue de la Justice, Michèle Alliot-Marie, qui s’est dit « extrêmement sensible » à sa démarche « prendra des mesures pour que de telles situations, complètement incongrues et saugrenues, ne se reproduisent plus ».

Services rendus à la France

Quels éventuels recours reste-il aux soldats ? « Ils peuvent faire une demande de naturalisation ou, comme le prévoit le code civil, justifier de dix ans de présence en France », explique-t-on au ministère de la Justice, resté discret sur cette affaire. Au ministère de l’Immigration, on souligne qu’Ounoussou et Amaré Guissé peuvent demander leur naturalisation « compte tenu des services accomplis dans l’armée française » et « s’ils peuvent attester de services exceptionnels rendus à la France ». Et de conclure que si les frères Guissé souhaitaient s’engager dans une telle démarche, Eric Besson demanderait « un examen attentif et bienveillant » de leur requête.

« Bienveillant ? Ça veut dire quoi ? Qu’on leur fait l’aumône pour qu’ils soient français alors qu’ils le sont de plein droit ? », s’insurge Gaspard Mbaye, président de l’Association mémoire du tirailleur sénégalais, basée à Nice (Sud).

Les frères Guissé, tirailleurs des temps modernes ?

Saluant la fermeté d’Hervé Morin sur cette affaire, Gaspard Mbaye et Sékou Diabaté de la Coordination des associations des Sénégalais de l’extérieur (Case), estiment que le fond du problème ressort d’une « discrimination ».

« En vérité, la politique française de restriction de l’immigration est telle qu’il faut toujours moins de ressortissants en provenance d’Afrique. Si les deux frères étaient originaires d’un autre continent, il n’y aurait pas eu de problème », estime Sékou Diabaté, président de cette association. Et aux deux militants de rappeler le cas des tirailleurs sénégalais, qui bataillent toujours pour aligner leur pension sur celles de leur frères d’armes français « de souche ».

Toujours est-il que l’affaire Guissé soulève bien des questions : le ministre de la Défense aura-t-il les moyens de sa politique ? D’autres soldats d’origine étrangère ont-ils été déboutés de leur nationalité depuis la jurisprudence de la cour de cassation ? Enfin, quels métiers autres que ceux de l’armée peuvent ouvrir à une naturalisation pour « services rendus à la France » ? Aux ministères de la Défense, de la Justice et de l’Immigration, on ne dispose pour l’heure d’aucune réponse.

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20091023112237/-France-Senegal-immigration-racisme-France-Senegal---l-epineuse-affaire-des-freres-Guisse.html

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