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19/09/2012

JUJITSU-POLITIQUE : LE CONTRE-STORYTELLING - article 11

Elle a beau avoir pour elle la puissance de feu, la machine médiatique a ses points faibles, ses défauts. Avec un peu de persévérance et une bonne dose d’imagination, il est même possible de la faire dérailler. Des collectifs – les Yes Men, Luther Blisset, etc. – s’y sont joyeusement employés, au carrefour du militantisme et de l’art. Retour sur quelques cas d’école de hacking des médias.

à lire sur article 11

Extrait :

UN STORYTELLING À CONTRE-COURANT

Les journalistes savent à quel point leur audience aime les histoires, surtout si elles sont bien enrobées et si elles valident un point de vue auquel on est acquis d’avance. Plusieurs groupes d’activistes savent autre chose : les journalistes aussi aiment les histoires, et surtout y croire.

Deux d’entre-eux se sont fait largement remarquer : RTMark2 (devenus Yes Men) et Luther Blisset. Leur mode opératoire ? Renverser l’objectif du storytelling en racontant des histoires aux « narrateurs » professionnels. Ils critiquent en acte le système médiatique se nourrissant de récits fabulés, et font jouer à plein les effets mythifiant des histoires. Ils s’approprient et détournent ce qu’on a appelé la « grammaire culturelle, qui désigne la totalité des codes esthétiques et comportementaux qui préside au bon déroulement de la vie en société, ainsi que les nombreux rituels que celle-ci impose à tous les échelons »3. En maîtrisant ces codes, ils parviennent à insérer leurs « coups » et canulars dans le flux médiatique.

RTMark, qui se présente comme une entreprise en lutte contre les abus des entreprises4, a axé sa démarche sur la correction d’identité, c’est-à-dire le fait d’amener une personne physique ou morale à dire ce qu’elle pense vraiment. Le collectif s’appuie sur une grande connaissance de la « communication » : création d’infos-hameçons pour journalistes, réalisation soignée de communiqués de presse, imitation crédible des apparences de la cible.

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13:50 | Lien permanent | Commentaires (0) |

07/04/2010

Assassinant de Patient Chebeya BANKOME à Beni, l'ANR mis en cause

Un reporter-cameraman travaillant pour plusieurs médias à Béni dans l'est de la RD Congo a été "abattu à bout portant" lundi devant son domicile par des inconnus, peu après avoir été dépouillé, a-t-on appris mardi auprès de l'ONG congolaise Journaliste en danger (JED).

Patient Chebeya Bankome, 35 ans, plus connu sous le pseudonyme de Montigomo, "a été tué par balles lundi vers 22H30 (20H30 GMT) dans sa résidence de la commune de Mulekera par trois hommes armés et en tenue militaire", indique JED dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Montigomo revenait de son studio d'enregistrement (. . . ) lorsqu'il a été encerclé devant la porte de sa maison par des assaillants qui manifestement guettaient son arrivée", relate l'ONG.

"Il a été dépouillé de son sac contenant des cassettes vidéo, son téléphone portable et une somme d'argent dont le moment n'a pas été précisé avant d'être entraîné vers le milieu de la cour, où il a été abattu à bout portant de six balles dans le corps", d'après le texte.

Deux suspects ont été interpellés deux heures après le meurtre, dans une commune située à 5 km du crime, affirme JED.

Il s'agit du sixième journaliste tué dans l'est de la RD Congo depuis 2005, une région très instable en raison de la présence de plusieurs groupes armés qui y sévissent depuis plus d'une décennie.

"Avant lui, Pascal Kabungulu, Serge Maheshe, Patrick Kikuku, Didace Namujimbo et Bruno Koko Chirambiza ont trouvé la mort dans des circonstances non clairement élucidées jusqu'à ce jour", rappelle l'ONG.

Trois suspects comparaissent actuellement au tribunal militaire de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, pour le meurtre de Didace Namujimbo, ex-journaliste à Radio Okapi, parrainée par l'ONU.

La ville de Béni est située à près de 300 km au nord de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu et à moins de 50 km de la frontière avec l'Ouganda.

Patient Chebeya Bankome "était un journaliste-cameraman très en vue qui a couvert tous les conflits armés qui ont eu lieu à l'est de la RD Congo, particulièrement en Ituri", écrit JED.

Le président de la société civile de Beni, Gilbert Kambale, a déploré, à cette occasion, la forte insécurité qui règne dans la ville de Beni depuis le mois de mars dernier due à la recrudescence d'assassinants et razzia, dont la plupart des cas sont attribués aux hommes des Forces armées.

M. Kambale a rappelé que dans la nuit du 2 au 3 avril, Kaski Kabinda, un journaliste d'une radio locale, a été agressé par des militaires qui l'ont blessé à la tête. Il y a beaucoup d'autres cas, notamment d'extorsion des biens de gens, des messages anonymes d'assassinant envoyés aux gens sur leurs téléphones portables et bien d'autres exactions qui se commettent quotidiennement.

Interrogé sur la recrudescence de l'insécurité, le commandant de la police de Beni a toutefois estimé qu'il s'agit de cas isolés. A ses yeux, "les efforts déployés depuis l'année dernière dans cette ville donnent déjà des résultats satisfaisants".

Le président de l'ONG Journaliste en danger (JED), Donat Mbaya, s'est dit révolté par l'assassinat du caméraman Patient Birindwa à Beni.

S'exprimant sur les antennes de la Radio Okapi, le président de cette ONG de défense de la liberté de presse en RDC, Donat Mbaya, estime que la criminalité contre les journalistes dans l'est du pays relève de la pratique de l'impunité.

"Si, par le passé, on avait mis un point d'honneur à régler à l'est les problèmes d'insécurité qui ont touché les journalistes ces dernières années, peut-être que cela aurait dissuadé l'industrie du crime. Il nous semble clair que le caméraman était attendu, et que la mission principale des assaillants était de le tuer. Tous les témoignages indiquent qu'ils lui ont dit qu'ils étaient venus le tuer après l'avoir dépouillé", a indiqué Donat Mbaya.

Selon certaines sources, les journalistes de Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu) se proposent d'organiser une marche de protestation afin de solliciter des autorités compétentes la protection des professionnels des médias et une diligence dans le traitement des dossiers d'assassinats des journalistes.

Avec © Copyright Xinhuanet, Afp

Afrik.com Mercredi 7 Avril 2010 - 14:03



Un journaliste tué par balles au Nord-Kivu
Patient Chebeya Bankome assassiné
Journaliste en danger (JED) exprime sa révolte après l’assassinat d’un sixième journaliste à l’est de la RD Congo. JED exige des autorités locales des explications sur cette série de meurtres qui vise les professionnels des médias et attend qu’aucune piste d’enquête ne soit négligée pour connaître le mobile de ce crime.

Kinshasa, le 6 avril 2010

Patient Chebeya Bankome, plus connu sous le nom de Montigomo, 35 ans, journaliste cameraman indépendant respecté travaillant pour plusieurs télévisions à Béni, troisième ville de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RD Congo, a été tué par balles, lundi 5 avril 2010 vers 22H30 locales dans sa résidence de la commune de Mulekera par trois hommes armés et en tenue militaire.

Selon les informations recoupées à Béni par Journaliste en danger (JED), Montigomo revenait de son studio d’enregistrement appelé Studio Panorama lorsqu’il a été encerclé, devant la porte de sa maison, par ses assaillants qui manifestement guettaient son arrivée, juste au moment où son épouse lui ouvrait la porte. Il a été alors dépouillé de son sac contenant des cassettes vidéo, son téléphone portable et une somme d’argent dont le montant n’a pas été précisé avant d’être entrainé vers le milieu de la cour où il a été abattu à bout portant de six balles dans le corps.

Selon les témoignages de son épouse qui a assisté à la scène, les assaillants ont refusé de céder à toutes les supplications du journaliste et de son épouse en disant qu’ils étaient venus pour le tuer. Jusqu’au matin du mardi 6 avril, le corps sans vie de Montigomo gisait sur le sol alors que le commandement de la sécurité de la ville de Béni annonçait l’arrestation, deux heures après le crime, de deux suspects dans la commune de Ruwenzori à quelques 5km du lieu du forfait.

Joint au téléphone par JED en début d’après-midi, un journaliste sur place a indiqué que les autorités locales ainsi qu’un médecin légiste sont arrivées sur les lieux au matin pour procéder aux constats habituels et à l’examen du corps. "Le corps du journaliste est tellement amoché qu’il sera inhumé aujourd’hui même", a indiqué la même source.

Patient Chebeya Bankome est le sixième journaliste tué à l’est de la RD Congo depuis 2005. Avant lui, Pascal Kabungulu, Serge Maheshe, Patrick Kikuku, Didace Namujimbo et Bruno Koko Chirambiza ont trouvé la mort dans des circonstances non clairement élucidées jusqu’à ce jour.

Selon de sources concordantes, Montigomo était un journaliste cameraman très en vue qui a couvert tous les conflits armés qui ont eu lieu à l’est de la RD Congo, particulièrement en Ituri.

Pour tout renseignement complémentaire :
Journaliste en danger
B.P. 633 - Kinshasa 1
374, av. Col. Mondjiba
Complexe Utexafrica, Galerie St Pierre, 1er niveau, Local 18 _ Kinshasa/Ngaliema
République Démocratique du Congo

Afrik.com mercredi 7 avril 2010


18:14 | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/04/2010

Carla, la manifestation de la prison de la Santé et l'affaire Elena TEN, ou comment les journalistes se servent des blogs comme d'une source crédible

 

Comme tu le sais, amiE de lutte, l'information est une chose délicate.

On l'apprend à ses dépends tout les jours.

Tu te souviens que Carla, la première dame de France, avait fustigé la presse il y a quelques semaines en déclarant :

«Je méprise les soi-disant journalistes qui se servent des blogs comme d'une source crédible»

Et bien laisse moi te compter, amiE de lutte, qu'un blog peut être aussi une source d'information, et qu'elle peut aussi être LA source d'information elle même.

Revenons d'abord sur le traitement médiatique de la violente répression policière de la manifestation sonore et bonne enfant de dimanche dernier (28/03/2010) devant la prison de la Santé.

Le journal Le Parisien, le 28/03/2010, cite une source « anonyme » :

Sur les sites participatifs, des récits commencent à apparaître. Sur Indymédia, un anonyme, qui relève le faible nombre de participants et l'importance des moyens policiers déployés, raconte que «la Santé est de l’autre côté du métro aérien. La musique est à fond, quelques slogans sont lancés, mais finalement, vu de l’extérieur, ça semble franchement dérisoire, même pas sûr que les prisonniers entendent. Deux fusées de détresse sont tirés en direction de la prison, dont une qui finit sa course dans un immeuble, peut-être l’un des délit qui servira de prétexte...» aux interpellations.
Une source policière a confirmé cette version, expliquant à l'AFP qu'à la hauteur du boulevard Saint-Jacques, une fusée de détresse maritime avait été tirée par un manifestant brisant la vitre d'un appartement, a-t-on précisé, alors que des manifestants enfilaient des cagoules.

 

Tu notes, amiE de lutte, que Le parisien parle d'Indymédia sans préciser que c'est Indymédia Paris-île-de-France ou expliquer a son lecteur lambda ce que c'est.

Donc, dans cet article, la source est « un anonyme » qui poste un article « manif anticarcérale - récit » sur un site d'information alternatif qui a ouvert le 17 mars 2010.

L'article précise même que, Ô paradoxe suprême :  « Une source policière a confirmé cette version ».

Le journal Le Monde, signé Soren Seelow, sur son site en ligne, le 28/03/2010, cite le même article d'un « participant » (mais anonyme) :

Idem, la journaliste ne parle pas d'Indymédia, pose le lien dans son article comme si de rien n'était et surtout sans demander son avis au "participant".

 

Comme tu viens de le voir, deux journaux de presse « classique » viennent de prendre comme source un article d'un anonyme sur Indymédia.


Encore plus intéressant, le traitement médiatique d' Elena TEN :


Toute la presse informait hier, 2 avril, et aujourd’hui, pour les DNA, au sujet de l’interpellation de Elena Ten et sa rétention au CRA de Geispolsheim.

Lorsque la source est indiquée, il s’agit de l’AFP.

Mais aucun média ne s’intéresse aux sources de l’AFP elle-même.

Or, il n’y en a que deux.

La première c’est France Bleu Alsace qui ,lundi dernier, a parlé du cas de cette étudiante russe. Mais à ce jour, elle était encore libre, quoique pesait sur elle une Obligation de Quitter le Territoire Français.

La seconde source citée nulle part, c’est le groupe de solidarité VIGICRAGE, et le média indépendant La Feuille de Chou.

En effet, jeudi 1er avril avait eu lieu la première intervention du groupe VIGICRAGE (Vigilance Centre de Rétention Administrative de Geispolsheim) au CRA de Geispolsheim.

C’est ce jour que nous avons découvert le cas de Mlle Ten.

http://la-feuille-de-chou.fr/

 

Voilà donc trois exemples concrets où les journalistes d'investigations sont restés le cul dans leur chaise, en se permettant de reprendre des passages entier d'articles postés sur des site alternatifs sans expliquer comment et pourquoi ils prenaient "le risque" de faire celà ...

 

Et de plus, maitenant, Carla vous méprise...


gigilamoroso.jpg

14:28 | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/03/2010

Regard sur un média : La télévision peut-elle critiquer la télévision ?

 

 

Analyse d’un passage à l’antenne

En France, plusieurs émissions de télévision se proposent de décrypter les images que reçoivent les téléspectateurs. Se fondant sur l’idée que la télévision peut critiquer la télévision,elles tentent de combattre la méfiance grandissante du public à l’égard de ce média. Pierre Bourdieu,qui a, en janvier dernier, participé à la principale de ces émissions, « Arrêt sur images », livre ici son témoignage.

Par Pierre Bourdieu

J’ai écrit ces notes dans les jours qui ont suivi mon passage à l’émission « Arrêt sur images ». J’avais, dès ce moment-là, le sentiment que ma confiance avait été abusée, mais je n’envisageais pas de les rendre publiques, pensant qu’il y aurait eu là quelque chose de déloyal. Or voilà qu’une nouvelle émission de la même série revient à quatre reprises — quel acharnement ! — sur des extraits de mes interventions, et présente ce règlement de comptes rétrospectif comme un audacieux retour critique de l’émission sur elle-même. Beau courage en effet : on ne s’est guère inquiété, en ce cas, d’opposer des « contradicteurs » aux trois spadassins chargés de l’exécution critique des propos présentés.

La récidive a valeur d’aveu : devant une rupture aussi évidente du contrat de confiance qui devrait unir l’invitant et l’invité, je me sens libre de publier ces observations, que chacun pourra aisément vérifier en visionnant l’enregistrement des deux émissions (1). Ceux qui auraient encore pu douter, après avoir vu la première, que la télévision est un formidable instrument de domination devraient, cette fois, être convaincus : Daniel Schneidermann, producteur de l’émission, en a fait la preuve, malgré lui, en donnant à voir que la télévision est le lieu où deux présentateurs peuvent triompher sans peine de tous les critiques de l’ordre télévisuel.

« Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996. L’émission illustrera parfaitement ce que j’avais l’intention de démontrer : l’impossibilité de tenir à la télévision un discours cohérent et critique sur la télévision. Prévoyant que je ne pourrais pas déployer mon argumentation, je m’étais donné pour projet, comme pis-aller, de laisser les journalistes jouer leur jeu habituel (coupures, interruptions, détournements, etc.) et de dire, après un moment, qu’ils illustraient parfaitement mon propos. Il aurait fallu que j’aie la force et la présence d’esprit de le dire en conclusion (au lieu de faire des concessions polies au « dialogue », imposées par le sentiment d’avoir été trop violent et d’avoir inutilement blessé mes interlocuteurs).

Daniel Schneidermann m’avait proposé à plusieurs reprises de participer à son émission. J’avais toujours refusé. Début janvier, il réitère sa demande, avec beaucoup d’insistance, pour une émission sur le thème : « La télévision peut-elle parler des mouvements sociaux ? » J’hésite beaucoup, craignant de laisser passer une occasion de faire, à propos d’un cas exemplaire, une analyse critique de la télévision à la télévision.

Après avoir donné un accord de principe subordonné à une discussion préalable sur le dispositif, je rappelle Daniel Schneidermann, qui pose d’emblée, comme allant de soi, qu’il faut qu’il y ait un « contradicteur ». Je ne me rappelle pas bien les arguments employés, si tant est qu’il y ait eu arguments, tellement cela allait de soi pour lui. J’ai cédé par une sorte de respect de la bienséance : ne pas accepter le débat, dans n’importe quelles conditions et avec n’importe qui, c’est manquer d’esprit démocratique. Daniel Schneidermann évoque des interlocuteurs possibles, notamment un député RPR qui a pris position contre la manière dont les télévisions ont rendu compte de la grève. Ce qui suppose qu’il attend de moi que je prenne la position opposée (alors qu’il me demande une analyse — ce qui tend à montrer que, comme la plupart des journalistes, il identifie l’analyse à la critique).

Je propose alors Jean-Marie Cavada, parce qu’il est le patron de la chaîne où passera l’émission, et aussi parce qu’il m’est apparu comme typique d’une violence plus douce et moins visible : Jean-Marie Cavada donne toutes les apparences de l’équité formelle, tout en se servant de toutes les ressources de sa position pour exercer une contrainte qui oriente fortement les débats ; mes analyses vaudront ainsi a fortiori. Tout en proclamant que le fait que je mette en question le directeur de la chaîne ne le gênait en rien et que je n’avais pas à me limiter dans mes « critiques », Daniel Schneidermann exclut Jean-Marie Cavada au profit de Guillaume Durand. Il me demande de proposer des extraits d’émissions qui pourraient être présentés à l’appui de mes analyses. Je donne une première liste (comportant plusieurs références à Jean-Marie Cavada et à Guillaume Durand), ce qui m’amène, pour justifier mes choix, à livrer mes intentions.

Dans une seconde conversation, je m’aperçois que plusieurs de mes propositions d’extraits ont été remplacées par d’autres. Dans le « conducteur » final, je verrai apparaître un long « micro-trottoir » sans intérêt visant à montrer que les spectateurs peuvent dire les choses les plus opposées sur la représentation télévisuelle des grèves, donc à relativiser d’avance les « critiques » que je pourrais faire (cela sous prétexte de rappeler l’éternelle première leçon de tout enseignement sur les médias : le montage peut faire dire n’importe quoi à des images). Lors d’une nouvelle conversation, on m’apprend que Jean-Marie Cavada a finalement décidé de venir et qu’on ne peut pas lui refuser ce droit de réponse, puisqu’il est « mis en question ».

Dès la première conversation, j’avais demandé expressément que mes prises de position pendant les grèves de décembre ne soient pas mentionnées. Parce que ce n’était pas le sujet et que ce rappel ne pourrait que faire apparaître comme des critiques de parti pris les analyses que la sociologie peut proposer. Or, dès le début de l’émission, la journaliste, Pascale Clark, annonce que j’ai pris position en faveur de la grève et que je me suis montré « très critique de la représentation que les médias [en] ont donnée », alors que je n’avais rien dit, publiquement, sur ce sujet. Elle récidive avec la première question, sur les raisons pour lesquelles je ne me suis pas exprimé à la télévision pendant les grèves.

Devant ce nouveau manquement à la promesse qui m’avait été faite pour obtenir ma participation, j’hésite longuement, me demandant si je dois partir ou répondre. En fait, à travers cette intervention qui me plaçait d’emblée devant l’alternative de la soumission résignée à la manipulation ou de l’esclandre, contraire aux règles du débat « démocratique », le thème que les deux « contradicteurs » ne cesseront de rabâcher pendant toute l’émission était lancé : comment peut-il prétendre à la science objective de la représentation d’un événement à propos duquel il a pris une position partisane ?

Au cours des discussions téléphoniques, j’avais aussi fait observer que les « contradicteurs » étaient maintenant deux, et deux professionnels (il apparaîtra, dès que je ferai une brève tentative pour analyser la situation dans laquelle je me trouvais, qu’ils étaient quatre) ; j’avais exprimé le souhait qu’ils n’abusent pas de l’avantage qui leur serait ainsi donné. En fait, emportés par l’arrogance et la certitude de leur bon droit, ils n’ont pas cessé de me prendre la parole, de me couper, tout en proférant d’ostentatoires flatteries : je pense que dans cette émission où j’étais censé présenter une analyse sociologique d’un débat télévisé en tant qu’invité principal, j’ai dû avoir la parole, au plus, pendant vingt minutes, moins pour exposer des idées que pour ferrailler avec des interlocuteurs qui refusaient tous le travail d’analyse.

Daniel Schneidermann m’a appelé plusieurs fois, jusqu’au jour de l’émission, et je lui ai parlé avec la confiance la plus entière (qui est la condition tacite, au moins pour moi, de la participation à un dialogue public), livrant ainsi toutes mes intentions. Il ne m’a rien dit, à aucun moment, des intentions de mes « contradicteurs ». Lorsque je lui ai demandé s’il comptait leur montrer, au préalable, les extraits que j’avais choisis — ce qui revenait à leur dévoiler toutes mes batteries —, il m’a dit que s’ils les lui demandaient il ne pourrait pas les leur refuser... Il m’a parlé vaguement d’un micro-trottoir au sujet mal défini tourné à Marseille. Après l’émission, il me dira sa satisfaction et combien il était content qu’un « grand intellectuel » — pommade — ait pris la peine de regarder de près et de discuter la télévision, mais aussi et surtout combien il admirait mes « contradicteurs » d’avoir « joué le jeu » et d’avoir accepté courageusement la critique... Le jour de l’émission, les « contradicteurs » et les présentateurs, avant l’enregistrement, me laissent seul sur le plateau pendant près d’une heure. Guillaume Durand vient s’asseoir en face de moi et m’entreprend bille en tête sur ce qu’il croit être ma complicité avec les socialistes (il est mal informé...). Exaspéré, je lui réponds vertement. Il reste longtemps silencieux et très gêné. La présentatrice, Pascale Clark, essaie de détendre l’atmosphère. « Vous aimez la télévision ? — Je déteste. » On en reste là. Je me demande si je ne dois pas partir.

Si au moins je parvenais à croire que ce que je suis en train de faire peut avoir une quelconque utilité et que je parviendrai à convaincre que je suis venu là pour essayer de faire passer quelque chose à propos de ce nouvel instrument de manipulation... En fait, j’ai surtout l’impression d’avoir seulement réussi à me mettre dans la situation du poisson soluble (et conscient de l’être) qui se serait jeté à l’eau.

La disposition sur le plateau : les deux « contradicteurs » sont assis, en chiens de faïence (et de garde), de part et d’autre du présentateur, je suis sur le côté, face à la présentatrice. On m’apporte le « conducteur » de l’émission : quatre seulement de mes propositions ont été retenues et quatre « sujets » ont été ajoutés, dont deux très longs « micro-trottoirs » et reportages, qui passeront, tous destinés à faire apparaître la relativité de toutes les « critiques » et l’objectivité de la télévision. Les deux qui ne passeront pas, et que j’avais vus, avaient pour fin de montrer la violence des grévistes contre la télévision.

Conclusion (que j’avais écrite avant l’émission) : on ne peut pas critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s’imposent même aux émissions de critique du petit écran. L’émission sur le traitement des grèves à la télévision a reproduit la structure même des émissions à propos des grèves à la télévision.

Ce que j’aurais voulu dire

La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure. On aimerait s’en servir pour dire le monopole de la télévision, des instruments de diffusion (la télévision est l’instrument qui permet de parler au plus grand nombre, au-delà des limites du champ des professionnels). Mais, dans cette tentative, on peut apparaître comme se servant de la télévision, comme les « médiatiques », pour agir dans ce champ, pour y conquérir du pouvoir symbolique à la faveur de la célébrité (mal) acquise auprès des profanes, c’est-à-dire hors du champ. Il faudrait toujours vérifier qu’on va à la télévision pour (et seulement pour) tirer parti de la caractéristique spécifique de cet instrument — le fait qu’il permet de s’adresser au plus grand nombre —, donc pour dire des choses qui méritent d’être dites au plus grand nombre (par exemple qu’on ne peut rien dire à la télévision).

Faire la critique de la télévision à la télévision, c’est tenter de retourner le pouvoir symbolique de la télévision contre lui-même cela en payant de sa personne, c’est le cas de le dire : en acceptant de paraître sacrifier au narcissisme, d’être suspect de tirer des profits symboliques de cette dénonciation et de tomber dans les compromissions de ceux qui en tirent des profits symboliques, c’est-à-dire les « médiatiques ».

Le dispositif : du plus visible au plus caché

Le rôle du présentateur :

— Il impose la problématique, au nom du respect de règles formelles à géométrie variable et au nom du public, par des sommations (« C’est quoi... », « Soyons précis... », « Répondez à ma question », « Expliquez-vous... », « Vous n’avez toujours pas répondu... », « Vous ne dites toujours pas quelle réforme vous souhaitez... ») qui sont de véritables sommations à comparaître mettant l’interlocuteur sur la sellette. Pour donner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des auditeurs : « La question que tout le monde se pose », « C’est important pour les Français... » Il peut même invoquer le « service public » pour se placer du point de vue des « usagers » dans la description de la grève.

— Il distribue la parole et les signes d’importance (ton respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient, titres, ordre de parole, en premier ou en dernier, etc).

— Il crée l’urgence (et s’en sert pour imposer la censure), coupe la parole, ne laisse pas parler (cela au nom des attentes supposées du public c’est-à-dire de l’idée que les auditeurs ne comprendront pas, ou, plus simplement, de son inconscient politique ou social).

— Ces interventions sont toujours différenciées : par exemple, les injonctions s’adressent toujours aux syndicalistes (« Qu’est-ce que vous proposez, vous ? ») sur un ton péremptoire, et en martelant les syllabes ; même attitude pour les coupures : « On va en parler... Merci, madame, merci... » — remerciement qui congédie, par rapport au remerciement empressé adressé à un personnage important. C’est tout le comportement global qui diffère, selon qu’il s’adresse à un « important » (M. Alain Peyrefitte) ou à un invité quelconque : posture du corps, regard, ton de la voix, mots inducteurs (« oui... oui... oui... » impatient, « ouais » sceptique, qui presse et décourage), termes dans lesquels on s’adresse à l’interlocuteur, titres, ordre de parole, temps de parole (le délégué CGT parlera en tout cinq minutes sur une heure et demie à l’émission « La Marche du siècle »).

— Le présentateur agit en maître après Dieu de son plateau (« mon émission », « mes invités » : l’interpellation brutale qu’il adresse à ceux qui contestent sa manière de mener le débat est applaudie par les gens présents sur le plateau et qui font une sorte de claque).

La composition du plateau :

— Elle résulte de tout un travail préalable d’invitation sélective (et de refus). La pire censure est l’absence ; les paroles des absents sont exclues de manière invisible. D’où le dilemme : le refus invisible (vertueux) ou le piège.

— Elle obéit à un souci d’équilibre formel (avec, par exemple, l’égalité des temps de parole dans les « face-à-face ») qui sert de masque à des inégalités réelles : dans les émissions sur la grève de décembre 1995, d’un côté un petit nombre d’acteurs perçus et présentés comme engagés, de parti pris, et de l’autre des observateurs présentés comme des arbitres, parfaitement neutres et convenables, c’est-à-dire les présumés coupables (de nuire aux usagers), qui sont sommés de s’expliquer, et les arbitres impartiaux ou les experts qui ont à juger et à expliquer. L’apparence de l’objectivité est assurée par le fait que les positions partisanes de certains participants sont déguisées (à travers le jeu avec les titres ou la mise en avant de fonctions d’expertise : par exemple, M. Alain Peyrefitte est présenté comme « écrivain » et non comme « sénateur RPR » et « président du comité éditorial du Figaro », M. Guy Sorman comme « économiste » et non comme « conseiller de M. Juppé ».)

La logique du jeu de langage :

— Le jeu joue en faveur des professionnels de la parole, de la parole autorisée.

— Le débat démocratique conçu sur le modèle du combat de catch permet de présenter un ressort d’Audimat (le « face-à-face ») comme un modèle de l’échange démocratique.

— Les affinités entre une partie des participants : les « médiatiques » sont du même monde (entre eux et avec les présentateurs). Familiers des médias et des hommes des médias, ils offrent toutes les garanties : non seulement on sait qu’ils passent bien (ce sont, comme disent les professionnels, de « bons clients »), mais on sait surtout qu’ils seront sans surprises. La censure la plus réussie consiste à mettre à des places où l’on parle des gens qui n’ont à dire que ce que l’on attend qu’ils disent ou, mieux, qui n’ont rien à dire. Les titres qui leur sont donnés contribuent à donner autorité à leur parole.

Les différents participants ne sont pas égaux devant ces situations : d’un côté des professionnels de la parole, dotés de l’aptitude à manipuler le langage soutenu qui convient ; de l’autre des gens moins armés et peu habitués aux situations de prise de parole publique (les syndicalistes et, a fortiori, les travailleurs interrogés, qui, devant la caméra, bafouillent, parlent avec précipitation, s’emmêlent ou, pour échapper au trac, font les marioles, alors que, quelques minutes avant, en situation normale, ils pouvaient dire des choses justes et fortes). Pour assurer l’égalité, il faudrait favoriser les défavorisés (les aider du geste et du regard, leur laisser le temps, etc.), alors que tout est fait pour favoriser les favorisés.

— L’inconscient des présentateurs, leurs habitudes professionnelles. Par exemple, leur soumission culturelle d’intermédiaires culturels demi-savants ou autodidactes, enclins à reconnaître les signes académiques, convenus, de reconnaissance. Ils sont le dispositif (c’est-à-dire l’Audimat) fait hommes : lorsqu’ils coupent des propos qu’ils craignent trop difficiles, ils sont sans doute de bonne foi, sincères. Ils sont les relais parfaits de la structure, et, s’ils ne l’étaient pas, ils seraient virés.

Dans leur vision de la grève et des grévistes, ils engagent leur inconscient de privilégiés : des uns, ils attendent des justifications ou des craintes (« Dites vos craintes », « De quoi vous plaignez-vous ? »), des autres des explications ou des jugements (« Qu’en pensez-vous ? »).

Pierre Bourdieu. Sociologue, professeur au Collège de France.

(1) « Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996 et 13 mars 1996.

Le Monde Diplomatique - Édition imprimée — avril 1996 — Page 25

21:23 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/09/2009

Sultan M. Munadi, journaliste au New York Times à Kabul, enquêtait sur le bombardement de Kunduz.

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Sultan M. Munadi

(photo by Tyler Hicks/The New York Times)

 

Stephen Farrell, un journaliste du New York Times enlevé samedi par des talibans dans les environs de Kunar, dans la province de Kunduz, a été libéré mercredi, au cours d'une opération commando menée par des troupes étrangères et afghanes. Un collègue afghan, Sultan Munadi, a eu moins de chance: il est mort au cours de l'opération.

MM. Farrell et Munadi avaient été kidnappés samedi, alors qu'ils enquêtaient sur le bombardement, par l'OTAN, de deux camions-citernes détournés par des insurgés. Le raid, mené par l'aviation militaire américaine à la demande de l'armée allemande, a tué des civils afghans et soulevé un tollé dans la population locale.

Omar Sobhani/Reuters

(Stephen Farrell, left, and his Afghan interpreter, Sultan Munadi, right, interviewing a wounded man in a hospital in Kunduz on Friday. The two journalists were abducted the next day. Mr. Farrell was rescued early Wednesday; Mr. Munadi was killed during the rescue effort).

Leur rapt avait été gardé secret par le grand quotidien américain et les grands médias du monde pour des questions de sécurité.

Au moins un soldat britannique a aussi perdu la vie au cours de cette opération.

Sorts contraires

« Je suis sorti! Je suis libre! », a lancé Farrell à une responsable des pages internationales du New York Times après avoir été libéré, selon le compte-rendu que fait le grand quotidien américain.

Au téléphone, le journaliste, qui a la citoyenneté britannique et irlandaise, a raconté les évènements chaotiques qui ont mené à sa libération, à partir du moment où il a entendu des hélicoptères approcher du lieu de sa détention et qu'il est sorti, avec M. Munadi.

« Il y avait des balles partout autour de nous. Je pouvais entendre des voix britanniques et afghanes », a raconté Stephen Farrell. Au bout d'un mur, poursuit-il, son collègue Munadi a avancé en criant « Journaliste, journaliste », mais a été accueilli par des balles.

Le journaliste rapporte avoir crié: « Otage britannique », et que des voix lui semblant britanniques lui ont dit de sortir. C'est alors qu'il a revu son collègue, au sol. « Il était dans la même position où il était après être tombé. C'est tout ce que je sais. Je l'ai vu tomber devant moi. Il n'a pas bougé. Il est mort. Il était si proche, il était deux pieds devant mois », relate Stephen Farrell.

À ses collègues du New York Times, le journaliste a dit ne pas être blessé. Il a aussi précisé ne pas savoir si les balles sous lesquelles est tombé Sultan Munadi provenaient d'insurgés ou de soldats.

Le grand quotidien américain a eu une réaction partagée devant le sort contraire de ses deux collaborateurs. « Nous débordons de joie pour la libération de Steve, mais nous sommes profondément attristés que sa liberté ait coûté si cher. [...] Nos coeurs sont avec la famille de Sultan. »

C'est la deuxième fois en moins d'un an qu'une équipe du New York Times est kidnappée par des talibans. En novembre, David Rohde avait été enlevé près de Kaboul, avec un traducteur afghan et son chauffeur. Il s'est échappé en juin.

M. Rohde, qui avait aussi travaillé avec Sultan Munadi, a rendu hommage à son défunt collègue. Il l'a décrit comme un « journaliste, un collègue et un être humain extraordinaire ». « Il représentait ce qu'il y a de mieux en Afghanistan. Travailler avec lui était un honneur ».

M. Munadi avait 34 ans. Il était père de deux enfants.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et New York Times

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(Photo: AFP/Gul Rahim)

 

Hell? No. I Won’t Go.

Sultan M. Munadi is an Afghan journalist with The New York Times in Kabul, Afghanistan. He is studying for a masters degree in Germany. On a brief visit home he tells why he would never leave Afghanistan permanently.

KABUL, Afghanistan – I grew up in the Panjshir Valley, in a place that is a three-hour walk from the nearest road. We don’t have a lot of iron there, we don’t have concrete, we don’t have these artificial things. It’s a completely natural place.


I grew up there, and when I went to Germany to study for a master’s degree in public policy I saw concrete everywhere, a lot of glass, asphalt and artificial things. It was depressing, very boring for me. I was dreaming of the dust, I was dreaming of nature in my country, of the mountains. It’s really nice to be back for a while, it’s very hard to be away for two years.

If I were a teenager, it would be easier to be integrated into the society in Germany, but now at the age of 34, it is difficult to be away from my country. I would not leave Afghanistan. I have passed the very darkest times of my country, when there was war and insecurity. I was maybe four or five years old when we went from my village into the mountains and the caves to hide, because the Soviets were bombing. I have passed those times, and the time of the Taliban when I could not even go to Kabul, inside my country. It was like being in a prison.

Those times are past now. Now I am hopeful of a better situation. And if I leave this country, if other people like me leave this country, who will come to Afghanistan? Will it be the Taliban who come to govern this country? That is why I want to come back, even if it means cleaning the streets of Kabul. That would be a better job for me, rather than working, for example, in a restaurant in Germany.

Being a journalist is not enough; it will not solve the problems of Afghanistan. I want to work for the education of the country, because the majority of people are illiterate. That is the main problem facing many Afghans. I am really committed to come back and work for my country.

 

Mr. Sultan Mohammad Munadi
The New York Times
Reporter

 

18:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/08/2009

Quand,en Corse, la voiture d'un journaliste fait boum...

 


http://www.bakchich.info/Enrico-Porsia-Du-travail-de,08528.html




Paru aujourd'hui, jeudi 27 août 2009 (Corse-Matin)
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Photo : A.A
La charge avait été placée sous la roue avant droite de la voiture, stationnée devant la maison de la belle-mère du journaliste.

Les habitants du village de Conca, en Corse-du-Sud, ont été surpris dans leur sommeil par une forte détonation qui s'est produite dans la nuit de mardi à mercredi, aux environs de 3 heures du matin.

Un attentat a visé le véhicule du journaliste Enrico Porsia, rédacteur en chef du site Amnistia.net et correspondant de bakchich.info. Il est également connu comme étant un ancien membre des Brigades Rouges, réfugié en France après « les années de plomb » qui ont ébranlé l'Italie. Naturalisé français, il travaille et réside habituellement sur Bastia. Hier, il se trouvait à Conca au moment des faits, dans la maison de sa belle famille où il passait ses vacances. Il faut savoir qu'Enrico Porsia est depuis quelques années le compagnon d'Edith Muzy, la veuve de Franck Muzy, dont l'assassinat en 1994 avait été imputé au FLNC canal historique.

Représailles ou problèmes de voisinage ?

Le véhicule, rapidement sécurisé par les démineurs, a subi d'importants dommages sans qu'il n'y ait cependant à déplorer de dégâts collatéraux. La charge avait été placée sur la roue avant droite de la Citroën Berlingo du journaliste, apprenait-on hier de source policière. Aucune précision n'a été donnée quant à la nature et à la puissance du dispositif qui serait toutefois assez sophistiqué.

La victime a déposé plainte et a été entendue, hier en début d'après-midi, par les gendarmes de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio. Représailles suite à une de ses nombreuses enquêtes au vitriol ou problèmes de voisinage (Enrico Porsia en a émis l'hypothèse lui-même), aucune piste n'est pour l'heure écartée.

Le parquet d'Ajaccio a été saisi du dossier et l'enquête confiée à la brigade de recherches de Porto-Vecchio.

Des enquêtes qui déplaisent

A travers son site Amnistia.net, Enrico Porsia a mené de nombreuses enquêtes au niveau international. Dans le même temps, il s'est intéressé aux affaires corses. Ces derniers mois, il a fait parler de lui par ses enquêtes sur l'élaboration du Padduc. Il avait notamment mis en cause le président de l'exécutif, Ange Santini, et le président de l'assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra. Selon ses enquêtes, ces personnalités, et d'autres de la majorité, auraient tenté de mettre à profit le Padduc pour rendre constructibles des terrains leur appartenant. Des affirmations démenties par les intéressés et pour lesquelles des actions judiciaires sont en cours.

Sur son site, Enrico Porsia ne ménage pas non plus certains mouvements nationalistes. Le 4 mars dernier à Bastia, lors d'une manifestation faisant suite à la condamnation d'Yvan Colonna il aurait été pris violemment à partie par des jeunes encagoulés qui l'auraient pris pour un policier. Des faits relatés par le journaliste lui-même sur bakchich.info.

Face à cet attentat, la rédaction de Corse-Matin apporte son soutien à Enrico Porsia et rappelle son attachement à la liberté de la presse.

Pierre Ciabrini Et Nadia Amar

 

13:41 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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