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10/12/2008

Diviser l'Iran ?

Il s’appelait Jack. Ou Robert. Ou Hassan. Il était contre la guerre et il détestait Bush et Blair. Comme beaucoup de ces Londoniens qui se rendaient au boulot ce jeudi 7 juillet. Il ne savait pas que c’était son dernier voyage...

La majorité des Londoniens sont opposés à l’occupation de l’Irak et avaient voté pour un maire qui s’y opposait aussi. Et beaucoup d’autres victimes, influencées par leurs médias, n’avaient tout simplement pas compris la nature économique de cette guerre.

En condamnant l’acte barbare commis à Londres, il s’agit de défendre la mémoire de ces victimes. Car Blair et Bush vont essayer d’utiliser leur mort pour imposer encore plus d’agressions et plus de souffrances. Là-bas et ici. Le jour même, Bush s’en est pris à l’Iran.

Victimes du terrorisme ? Oui. Mais surtout du grand terrorisme d’Etat. Le terrorisme des plus forts qui, pour le rester, bombardent et torturent un peuple. Dont l’unique faute est de vouloir rester maître de son pétrole, de sa vie, de l’avenir de ses enfants. Et pendant ce temps, à Bagdad, c’est King’s Cross tous les jours. A cause de Blair.

Questions troublantes

Dans ces moments d’intense émotion, et de manipulation politico-médiatique de l’émotion, il importe de garder la tête froide pour se poser deux questions : 1. Que nous cache-t-on ? 2. A qui profite le crime ?

. Que nous cache-t-on ? Vendredi, un haut responsable de la police londonienne déclarait : « Aucun signe avant-coureur ne permettait de dire ce qui allait se passer » (Reuters, 8 juillet). Vraiment ? Le monde entier savait qu’après New York et Madrid, viendrait Londres. Depuis des mois, on annoncait la tenue en Grande-Bretagne du G-8, moment évidemment propice. Or, bizarrement, en juin, les services de renseignement britanniques avaient abaissé le « niveau de menace » de « grave, général » à « important ».

Après le 11 septembre aussi, les services de renseignements US avaient tout de suite affirmé qu’ils n’avaient rien vu venir. Mais diverses enquêtes ont démontré qu’ils savaient beaucoup de choses et s’étaient montré curieusement négligents, pour ne pas dire plus. (voir notamment « 11 septembre, pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l’air », Peter Franssen, éd www.epo.be , 2002)

A qui ça profite ?

Les attentats de Londres surviennent au bon moment pour les va-t-en-guerre. Bush était de plus en plus en difficulté à cause de son échec flagrant en Irak. Dans son propre parti, des voix s’élevaient pour un retrait. Son dernier discours sur « un monde plus sûr et plus de liberté » n’avait convaincu personne. Et Blair était isolé en Europe. La solution ? « Pour nous unir, nous avons besoin d’un ennemi commun », disait récemment Condoleeeza Rice. Et comment y arriver ? Voici la réponse de David Rockefeller, (dirigeant d’Esso, de la Chase Manhattan Bank, mais aussi du tout puissant Council for Foreign Relations où le gratin des industriels et politiciens de la planète élabore la stratégie générale pour diriger le monde) : « Nous sommes à la veille d’une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin est la bonne crise majeure, et les nations vont accepter le Nouvel Ordre Mondial. »

Bush et Blair ont besoin du terrorisme, ils ont besoin que les populations se sentent en danger. Pour faire passer leur guerre globale, pour cacher qu’elle sert uniquement les multinationales, il faut flanquer la trouille aux citoyens afin qu’ils soutiennent la politique violente de leurs gouvernants, comme l’a bien montré Michael Moore dans son film Bowling for Columbine.

Les attentats de Londres sont nuisibles pour la paix. Leurs auteurs n’ont rien de commun avec la véritable résistance qui s’en prend à des militaires ou à des collabos, pas à des civils. Assassiner des civils innocents aide Blair et Bush à ressouder les rangs derrière eux, à provoquer une fausse identification « Nous sommes tous en danger » alors qu’en réalité leur guerre se tourne aussi contre la population des USA et de Grande-Bretagne. Nous y reviendrons.

Après le 11 septembre 2001, en une semaine, Bush a réussi à faire passer son programme de guerre en Afghanistan et en Irak, préparé depuis longtemps. Et, au pas de charge, sa loi « Patriot Act », offensive générale contre les libertés aux USA mêmes. Un paquet de loi si imposant et complexe qu’il avait fallu au moins un an pour le préparer. N’oublions pas que, le soir même du 11 septembre, Rumsfeld, ministre de l’Armée US, déclarait : « Ce qui s’est passé aujourd’hui suffit-il à vous convaincre que ce pays doit, de toute urgence, accroître ses dépenses pour la Défense et que l’argent pour financer ces dépenses militaires doit être prélevé, si nécessaire, dans les caisses de la Sécurité sociale ? » Des plans préparés de longue date donc par le complexe militaro-industriel.

Après le 7 juillet 2005, la presse US de droite se réjouit : « Ceci écarte les problèmes de crédibilité du président. Le soutien populaire de Bush va se redresser... », prédit Fox News, (7/7) Et « Les attaques de Londres comme celles de Madrid ont requis un haut degré de coordination, indiquant un complot préparé longtemps. Et dire que nous discutaillons s’il faut démanteler des dispositions-clés du Patriot Act ! » (Washington Post, 8/7)

Voilà qui répond à la question « A qui profite le crime ? ». Demain, à coup sûr, Blair, mais aussi d’autres comme Sarkozy viendront à nouveau nous expliquer que « pour notre sécurité », il faut « prélever dans la Sécurité sociale pour augmenter les dépenses militaires » et répressives.

En fait, braquer les projecteurs sur le terrorisme sert à détourner l’attention de la faillite des prétendues « politiques anti-pauvreté » ...

Qui est responsable de la pauvreté ?

Après les attentats, nous avons vu Bush sortir du château de Glenneagles et s’adresser aux caméras, avec des trémolos dans la voix, pour vanter « des gens qui ici (au G-8), cherchent comment résoudre la pauvreté en Afrique ».

En vérité, si un enfant meurt de pauvreté toutes les trois secondes, c’est à cause de Bush et des multinationales.

La pauvreté du tiers monde ne tombe pas du ciel. Elle est la conséquence de cinq siècles de pillage brutal des matières premières et, aujourd’hui encore, des relations économiques imposées aux colonies, ce mot reste valable. Par ces relations injustes, les multinationales continuent à sucer les richesses du tiers monde et à creuser l’écart de façon toujours plus dramatique.

Et quand un pays souhaite assurer son développement dans l’ indépendance, qu’il veut simplement tirer profit lui-même de son pétrole, de ses richesses naturelles ou de sa main d’oeuvre, comment réagissent les grandes puissances ? D’abord, elles essayent de le soumettre par le chantage du FMI et de la Banque Mondiale afin qu’il abandonne ses industries, ses services publics envers la population et qu’il devienne un docile pion des multinationales. Si ça ne suffit pas, on passe à l’embargo économique, aux guerres civiles, alimentées ou importées, et finalement aux bombardements ou aux coups d’Etat de la CIA.

La guerre de Cent Ans

A la Chute du Mur, le capitalisme triomphant nous avait promis un nouvel ordre mondial fait de démocratie et de paix durable. Mais le premier droit de l’homme, celui de manger à sa faim, est toujours refusé à une grande partie de l’humanité. Et les guerres US, directes ou indirectes, se sont multipliées : Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Congo... Et les cibles de demain ont déjà été désignées par Washington : Iran, Syrie, Corée, Cuba, Venezuela, Zimbabwe, etc... En réalité, après la chute de l’URSS et le bouleversement des rapports de force internationaux, les USA se sont lancés dans une guerre de Cent Ans, dont chacune de ces guerres partielles est une étape. Cette guerre globale poursuit trois objectifs, étroitement liés :

1. Contrôler les matières premières, surtout l’énergie, et pouvoir en priver les rivaux. 2. Briser tout Etat du tiers monde trop indépendant. 3. Subordonner les autres grandes puissances : Europe, Japon, Russie...

Cette guerre de Cent Ans pour recoloniser la planète, cette militarisation des relations internationales est en fait la seule « solution » que les multinationales US voient pour échapper à la crise qu’elles ont elles-mêmes créée. Comment ont-elles provoqué cette crise ? En appauvrissant leurs propres travailleurs d’une part, et ceux du tiers monde colonisé, d’autre part. Ce qui a pour conséquence d’aggraver l’écart des richesses et de ruiner ceux qui seraient censés acheter leurs marchandises. Cercle vicieux. Cette crise économique structurelle est insoluble parce que c’est une crise due au fossé riches-pauvres, c’est la crise inévitable d’un système injuste. Et la guerre n’est pas due au caractère de Bush ou de son équipe, non, elle est une stratégie pour « sortir de la crise » en renforçant la domination sur le monde et ses richesses. La guerre militaire est la conséquence des lois de la guerre économique. Contrôler les matières premières vise à s’assurer un avantage décisif dans la concurrence exacerbée entre multinationales. Qui ne prend pas cet avantage ne survivra pas à la guerre économique. Et les moyens de gagner n’étant limités par aucune morale, la guerre fait partie de ces moyens.

Pourquoi attaquer l’Iran ? Pourquoi l’Iran est-elle la prochaine cible ? Parce que ce pays possède des réserves pétrolières importantes, parce que c’est la principale puissance de la région refusant de se soumettre à Israël, parce que les récents efforts pour faire capituler Téhéran ont échoué. Attaquer l’Iran vise en réalité à contrôler l’ensemble du pétrole du Moyen-Orient, comme de la planète d’ailleurs. Pour permettre aux USA d’exercer un chantage sur l’approvisionnement pétrolier des rivaux : Europe, Japon, Chine. Qui veut dominer le monde, doit contrôler toutes ses sources d’énergie. Mais il s’agit aussi d’empêcher la constitution en Asie d’une alliance entre puissances résistantes. Dans La guerre globale a commencé, juste après le 11 septembre, nous écrivions : "Bien sûr, le grand principe de toute politique impérialiste reste « Diviser pour régner ». Sur ce continent asiatique, voici que les Etats-Unis craignent par dessus tout, explique encore Brzezinski : « La Chine pourrait être le pilier d’une alliance anti-hégémonique Chine - Russie - Iran. » " Celle-ci étant bien évidemment la cible ultime de la guerre globale. Puisque c’est le plus grand marché d’avenir et le plus puissant des pays indépendants. En fait, les Etats-Unis, pour rester la seule superpuissance, ont d’ores et déjà décidé que la Chine était leur ennemi n° 1. Tout ce qu’ils opèrent sur le continent asiatique est à comprendre dans cette perspective. Surtout l’encerclement de la Chine qui s’est accéléré avec l’installation de bases militaires en Afghanistan et qui va se poursuivre à travers chaque épisode de la guerre globale.

Chaque guerre est aussi contre nous tous Bush et Blair veulent nous faire croire qu’en menant ces guerres, ils défendraient aussi notre niveau de vie, en Europe et aux USA. Que nous aurions les mêmes intérêts qu’eux face aux pays « voyous ». Faux. Attaquer l’Irak n’a profité qu’aux multinationales du pétrole, des armements, du bâtiment et de la finance. De même, attaquer la Yougoslavie, si on va au-delà des multiples médiamensonges, n’était pas un acte humanitaire, mais une privatisation par les bombes. Le véritable but des grandes puissances - leurs propres documents stratégiques en attestent - était de prendre le contrôle d’une économie restée indépendante des multinationales et d’une main d’oeuvre qui voulait conserver les droits sociaux de l’autogestion. En brisant ces rêves d’indépendance, on lançait un avertissement très frappant à l’Europe de l’Est et à la Russie : abandonnez tout rêve d’échapper aux multinationales ! Ce faisant, on prenait possession de la main d’oeuvre de l’Est (privée de ses protections sociales). Soit pour y délocaliser des usines, soit pour en importer des quantités de plombiers polonais, mis en concurrence avec les travailleurs d’ici afin d’abaisser les salaires et d’augmenter les bénéfices. C’est pourquoi globalisation et guerre sont deux faces de la même médaille. La globalisation vise à placer tous les pays du monde sous une pression maximum des multinationales, sous un chantage généralisé, notamment quant aux conditions de travail. Et la guerre, c’est la matraque lorsqu’un peuple refuse ce chantage. Tout ceci montre qu’une guerre d’agression de Bush et Blair (ou, demain peut-être, une guerre menée par l’U.E. ?), ne sert pas les intérêts des travailleurs US ou européens. Au contraire, ce sont eux qui la paient. D’abord, en fournissant les victimes, soit comme soldats soit comme cibles des attentats, mais aussi et surtout en se retrouvant tous victimes d’un chantage anti-social qui les plongera dans le chômage ou dans l’hyper-précarité du travail. Bref, la guerre de Bush et Blair, c’est la guerre des riches contre les pauvres. C’est une guerre contre l’avenir de l’humanité. Mettre fin à la pauvreté, mettre fin à la guerre, c’est combattre Bush et Blair. Il n’y a pas de milieu.

Next Stop Teheran Après les attentats de Londres, Bush s’est empressé de dénoncer la « menace iranienne ». Mais, en fait, il prépare depuis longtemps sa guerre contre ce pays. Car les guerres ne commencent pas par des bombes. Il faut d’abord une préparation :
Médiatique : préparer l’opinion en diabolisant le pays visé.

Cette préparation médiatique consiste en une propagande de guerre jouant sur le conscient et l’inconscient. Thème n° 1. Les armes de destruction massive. Yes, again ! Depuis des mois, les grands médiaux occidentaux braquent les projecteurs - comme Bush - sur « la menace nucléaire iranienne ». Alors qu’Israël possède déjà deux cent têtes nucléaires clandestines, et qu’il a déjà agressé tous ses voisins, le seul danger qu’on veut nous faire craindre, c’est Téhéran. Les armes nucléaires sont certes un fléau à éliminer, mais pourquoi devrions-nous faire davantage confiance à celles de Bush et de Sharon ? Comment peut-on nier le droit d’un pays à se défendre contre une agression ? On sait pourtant que Bagdad et Belgrade ont été attaquées impunément, justement parce que elles n’avaient pas de quoi se défendre un tout petit peu ! Thème n° 2. Le « terrorisme islamiste ». Le thème des armes ayant ridiculisé Bush dans le cas de l’Irak, on ajoute « le terrorisme islamiste ». Bien agité, ce thème a l’avantage de nous faire peur « chez nous ». Demain, sans doute, de pseudo-révélations des services US ou britanniques, complaisamment relayées, essayeront de nous convaincre que Téhéran était derrière les attentats. Tout comme Bush avait essayé de lier Saddam et Al-Qaida. Thème n° 3. La démocratie. Vu l’échec du thème 2 dans le cas irakien, les rédacteurs des discours de Bush nous vendent à présent la guerre avec un autre argument de marketing : la démocratie. Il s’agirait de gagner tous ces nombreux pays attaqués à « la liberté ». Cocasse quand on sait que la famille Bush a construit sa fortune en collaborant avec Hitler, puis avec Ben Laden. Et que George Bush père, quand il était à la tête de la CIA, a protégé les pires dictateurs d’Amérique latine et d’ailleurs. Mais si les médias n’insistent pas trop sur ce noir passé, le thème de la démocratie peut encore marcher. Sur le plan des libertés, chacun pense ce qu’il veut des gouvernants iraniens, mais une chose est sûre : la question n’est pas là. Ce n’est pas pour les beaux yeux de la démocratie que Bush cherche à faire main basse sur ce pays, c’est juste pour son or noir. D’ailleurs, les Etats-Unis sont-ils crédibles en prétendant importer la démocratie en Iran ? En 1953, un coup d’Etat organisé par leur CIA a renversé le premier ministre Mossadegh, trop indépendant sur la question du pétrole. Ensuite, six présidents successifs des Etats-Unis ont imposé au peuple iranien la dictature fasciste du Chah Pahlevi et des terribles tortionnaires de la Savak : 300.000 torturés en vingt ans. Un peu amnésiques, les donneurs de leçons !

Arrêtons le bla-bla du « Ni, ni » et de la « guerre pour la démocratie » ! « Ni Bush, ni les ayatollahs » ? Verra-t-on bientôt resurgir ce piteux mot d’ordre très répandu dans une certaine gauche molle, bien qu’il ait fait tant de mal à propos de l’Irak ou de la Yougoslavie ? En 2001, nous dénoncions l’effet néfaste des slogans « Ni Bush, ni Saddam », « Ni l’Otan, ni Milosevic », « Ni Sharon, ni Arafat » : « Depuis douze ans, cette position dominante dans la gauche intellectuelle européenne condamne le mouvement anti-guerre à la passivité. Parce qu’elle met sur le même pied l’agresseur et l’agressé. Si tous sont également mauvais, on n’a pas de raison de tout faire pour arrêter l’agression. Le « Ni, ni », c’est le cancer du mouvement anti-guerre. Il faut y mettre fin. Ce n’est pas Saddam ou Milosevic qui menace le monde entier, c’est Bush. Ce ne sont pas la Yougoslavie ou l’Irak qui, chaque jour, condamnent à la mort 35.000 enfants du tiers monde, ce sont les multinationales. Les Etats-Unis menacent la paix partout dans le monde. En mettant en avant les reproches, exacts ou non, aux Etats qui leur résistent, on fait seulement le jeu de l’agression. Ce n’est pas aux gouvernements occidentaux de décider qui doit diriger tel ou tel pays du tiers monde et selon quels intérêts. C’est à ces peuples eux-mêmes qu’il revient d’en décider. Mais si on laisse Washington occuper ces régions, aucune lutte sociale ou démocratique n’en deviendra plus facile, bien au contraire. Seules les multinationales y gagnent. " Fin de citation. (Où en est la Yougoslavie : http://www.michelcollon.info/articles.php ?dateaccess=2002-11-01%2017:05:32&log=articles On en a maintenant une preuve de plus avec l’occupation de l’Irak. A-t-elle résolu un seul des problèmes du pays ou les a-t-elle au contraire dramatiquement aggravés ? Espérons qu’on n’entendra plus cette démobilisante litanie du « Ni, ni » !

Le contre-exemple du Venezuela Peut-on encore accorder un gramme de crédit à « la guerre pour la démocratie » ? Pour en avoir le coeur net, examinons l’exemple du Venezuela. Vous avez là un président, Hugo Chavez, qui vient de gagner neuf élections en six ans, en augmentant ses voix. Que fait Bush ? Il verse plusieurs dizaines de millions de dollars à la CIA (selon les propres documents US) pour renverser ce président démocratiquement élu. Par tous les moyens possibles... 2002 : tentative de coup d’Etat. Echec. 2003 : sabotage de l’industrie pétrolière. Echec. 2004 : campagne d’intox à budgets énormes, pour tenter de l’évincer par un référendum sous pression. Echec. 2005 ou 2006 ? Furieux, Bush meurt d’envie d’envahir lui-même le Venezuela. Sous n’importe quel prétexte. Par exemple en y « découvrant » des terroristes ou en décrétant que la Colombie voisine est « menacée ». Mais il ne peut le faire tant qu’il est empêtré en Irak. Pas moyen de mener deux grandes guerres de front. En fait, la résistance actuelle du peuple irakien sauve les autres pays menacés. Ce que Bush reproche à Chavez, ce n’est pas le manque de démocratie (il faut se rendre là-bas pour mesurer à quel point les simples gens se mobilisent sur tous les problèmes de leur vie et de leur avenir). Non, ce que Bush reproche à Chavez, c’est que les revenus du pétrole du Vénézuela soient « détournés » pour financer des projets d’alphabétisation, de lutte contre la misère et de soins de santé pour tous. Au lieu de servir, comme ailleurs, à enrichir Esso et Shell. A bas Chavez, donc, le rebelle, le « populiste » qui donne le mauvais exemple en faisant croire que le pétrole appartient à son peuple ! Cet exemple du Venezuela prouve, s’il le fallait, que les guerres des Etats-Unis n’ont absolument pas pour objectif la liberté ou la démocratie, mais seulement l’or noir et la domination du monde. Supposons que demain les dirigeants de Téhéran se soumettent aux volontés d’Esso et Shell, comme le font les régimes arabes « amis » du Koweït ou des Emirats... Croit-on qu’on entendrait encore toutes ces campagnes de critiques sur leurs armements ou sur leur conception de la femme ?

Diviser par la religion ? Bref, où qu’on se tourne, aucun des thèmes de l’actuelle propagande de guerre - nucléaire, terrorisme, dictature - ne résiste à une analyse objective. C’est pourquoi la propagande de guerre vise surtout l’inconscient... Quand on parle de « terrorisme islamiste », on manipule le public. On lui fait croire qu’une religion particulière est dangereuse. Même si en paroles, bien sûr, on affirme solennellement que les musulmans sont des gens très bien, et cetera... mais l’expression même qui lie le terrorisme à une religion est un piège. Imaginons. Vu que les actes d’agression commis par Bush et Blair violent systématiquement le droit international et qu’ils peuvent, juridiquement, être qualifiés de terreur d’Etat, que dirions-nous si la presse des pays musulmans venait à parler de « terrorisme chrétien » ? Nous répondrions évidemment que la grande majorité des chrétiens du monde condamnent Bush, et que l’explication est donc ailleurs. En effet, la guerre globale n’est pas une guerre de religion, mais une guerre économique. Ce sont Bush et Blair qui ont intérêt à diviser leurs opposants en diabolisant une religion. Si le terrorisme est « islamiste », alors chaque musulman devient un suspect potentiel, dans l’avion, le métro ou la mosquée. Pas besoin d’en rajouter beaucoup. Des siècles de mépris colonial, des dizaines d’années sur le thème de l’Arabe qui vient nous prendre notre travail (alors que c’est nous qui lui avons pris ses richesses), tout cela constitue une rampe de lancement toute prête pour diaboliser les musulmans. Comme on a diabolisé les juifs dans les années 30. Le thème de la « religion dangereuse » sert à diviser les peuples du monde, à attirer l’attention sur tel phénomène particulier pour cacher la nature générale de la guerre globale. Mais le Vénézuela, un pays très chrétien, est aussi la cible de Bush. Alors ?

La guerre contre l’Iran a déjà démarré Demain, Bush et Blair vont peut-être « découvrir » des preuves de l’implication de Téhéran dans les attentats. Ils prétendront agir « en représailles ». Mais ça, ce sera juste la campagne psychologique envers l’opinion selon les règles classiques de la propagande de guerre. En réalité, la guerre contre l’Iran a déjà commencé, comme le montre l’ex-officier US Scott Ritter, devenu analyste militaire : « Le 16 octobre 2002, le président Bush déclarait au peuple américain : « Je n’ai pas ordonné l’usage de la force contre l’Irak. J’espère que ce ne sera pas nécessaire. » Nous savons maintenant que cette déclaration était un mensonge. En fait, fin août 2002, le président avait signé un ordre autorisant les militaires US à commencer des opérations militaires actives à l’intérieur de l’Irak. En septembre 2002, l’US Air Force, assisté par la British Royal Air Force, commençait à bombarder des cibles à l’intérieur de l’Irak pour affaiblir les capacité de défense anti-aérienne et de commandement. Au printemps 2002, le président Bush avait signé un ordre secret autorisant la CIA et les forces spéciales à déployer des unités clandestines en Irak même. » En est-il de même aujourd’hui pour l’Iran ? Oui, indique Ritter : « Au moment où nous parlons, des survols US de l’espace aérien iranien ont lieu, à l’aide d’avions sans pilotes et d’autres équipements plus sophistiqués. Violer l’espace aérien est déjà un acte de guerre. Au nord, dans l’Azerbaïdjan voisin, l’armée US prépare la base d’opérations pour une présence militaire massive qui annonce une campagne terrestre majeure afin de s’emparer de Téhéran. L’aviation US, opérant à partir de ses bases en Azerbaïdjan, a beaucoup raccourci la distance à parcourir pour frapper des cibles à Téhéran. En fait, une fois les hostilités commencées, elle serait capable de maintenir une présence quasiment 24 heures sur 24 heures dans l’espace aérien iranien. » (Publié sur le site Al-Jazeera). Stratégiquement, l’Iran se trouve à présent encerclé de bases militaires US disposées sur ses trois flancs : 1. Afghanistan. 2. Irak. 3. Azerbaïdjan. Est. Ouest. Nord. Intéressant : l’implantation en Azerbaïdjan a commencé il y a longtemps. En 2000, au lendemain de la guerre contre la Yougoslavie, nous écrivions : « Un secrétaire adjoint aux affaires étrangères US ne s’occupe que du Caucase. Une visite solennelle de Javier Solana démontre que l’Otan s’intéresse énormément à cette région stratégique. L’Otan s’étend dans le Caucase pour en chasser la Russie. La principale tête de pont US dans le Caucase, c’est l’Azerbaïdjan. Washington ne peut s’y installer militairement de façon trop voyante (mais) confie à la Turquie le soin de s’occuper de former l’armée de l’Azerbaïdjan. » (Michel Collon, Monopoly, p. 114-116, http://www.michelcollon.info/monopoly.php Cinq ans plus tard, on voit que l’installation de bases militaires US et la transformation de l’Azerbaïjan en une sorte d’Israël du Caucase visait certes la Russie, mais peut-être plus encore l’Iran. Les stratèges US calculent à long terme et préparent plusieurs coups d’avance.

Les guerres commencent toujours avant la date officielle Ritter a raison : une guerre de Washington commence bien avant qu’elle soit officiellement déclarée. Il importe d’analyser, au-delà des discours officiels et médiatiques les antécédents et les dessous des dernières guerres. Premier exemple. Officiellement, la première guerre contre l’Irak commence en août 90 quand Saddam Hussein occupe le Koweït. En réalité, un an plus tôt, le Congrès US avait décrété contre l’Irak un embargo (acte de guerre qui ne dit pas son nom). En fait, la décision de guerre résulta d’un discours de Saddam qui appelait tous les pays du Golfe à s’unir pour être plus indépendants des Etats-Unis. Le Moyen-Orient risquait d’échapper à ceux-ci. La suite ne fut qu’une préparation militaire et médiatique. Deuxième exemple. Officiellement, les Etats-Unis et l’Otan s’engagent contre les Serbes en 1995, ayant attendu quatre ans après le début des combats locaux. En réalité, dès 1979, l’Allemagne avait envoyé ses agents secrets pour faire éclater la Yougoslavie et contrôler les Balkans. Quant aux Etats-Unis, ils adoptèrent des sanctions contre la Yougoslavie dès 1990 ! Troisième exemple. Officiellement, Bush décida d’attaquer l’Aghanistan après le 11 septembre 2001. En réalité, un an plus tôt déjà, les stratèges du Pentagone avaient indiqué qu’il était nécessaire de « changer de régime » à Kaboul, car les talibans refusaient de signer l’accord pour un pipeline US stratégique vers l’Asie du Sud. La guerre contre l’Iran aussi a commencé bien avant le jour où on nous l’annoncera.

Les médias aident-ils Bush ? Chaque guerre est liée à une guerre de l’information, dont le rôle est décisif. Il s’agit d’amener, par tous les moyens, les citoyens à soutenir la politique de leurs gouvernements. Une des méthodes consiste à traiter différemment les victimes... Pour les grands médias, les morts n’ont pas le même poids. L’employé londonien frappé par une bombe en se rendant à son bureau pèse mille fois plus que le boulanger bagdadi tué par un missile US alors qu’il cuisait son pain... Le 1er juillet dernier, un bombardier US B-52 lançait des missiles téléguidés sur un bloc de maisons dans la province de Kunar en Afghanistan, tuant au moins 17 personnes, notamment des femmes et des enfants. Quels dirigeants européens ont protesté contre cette barbarie ? Quels médias ont donné à la souffrance des Afghans la même valeur qu’à celle des Londoniens ? C’est une loi journalistique incontournable, répondront les médias. La fameuse « loi du mort kilomètre ». Vous êtes censé vous intéresser davantage à un mort dans votre rue qu’à dix morts dans la ville voisine ou mille morts sur un autre continent. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que beaucoup dépend de la valeur accordée à ces morts par le média qui vous les présente... Si on vous montre une image touchante de la victime, si un proche décrit de façon concrète sa vie et sa mort, si la souffrance de sa famille est vraiment prise en compte, alors une victime lointaine peut vous devenir proche. Un exemple... Quand les médias occidentaux ont décidé, en 1991, qu’il fallait nous faire pleurer sur les « victimes de Saddam », ils nous ont abondamment ressassé les pleurs de cette jeune infirmière koweïtienne qui racontait comment les soldats irakiens avaient volé des centaines de couveuses à Koweit-City, assassinant ainsi des bébés, et nous avons tous pleuré. Bien que ce fut lointain. Mais ensuite nous avons appris que la jeune fille n’était pas infirmière, n’avait jamais été à cette maternité et qu’elle mentait entièrement dans une mise en scène Hollywood, car jamais ces couveuses n’avaient été volées. Ce médiamensonge, largement relayé, a eu un impact énorme, permettant à Bush père de faire approuver sa guerre par l’opinion internationale. Cela prouve que l’essentiel n’est pas le nombre de kilomètres. Mais bien la décision médiatique de trouver certaines victimes importantes, et d’autres pas. Dans les périodes de guerre, chaude ou froide, nos « amis » morts pèsent mille fois que plus que nos « ennemis », ceux qui résistent à nos multinationales. Ce « deux poids, deux mesures » est en réalité la conséquence d’une éducation ethnocentrique. Qui fait de l’Europe et des USA le centre du monde, chargé d’apporter la démocratie et la civilisation aux pays plus arriérés et qui doivent nous rattraper. Ce schéma dissimule le colonialisme et notre domination impériale sur ce monde. Nous ne développons pas davantage le thème, certes important, du rôle guerrier des médias. Nous renvoyons à notre texte sur les principes de la propagande de guerre : Le droit à l’information, un combat. http://www.michelcollon.info/articles.php ?dateaccess=2004-01-01%2020:34:14&log=articles

Il n’y a pas de fatalité C’est un fait. Nous n’avons réussi à empêcher ni la guerre contre l’Irak, ni celle contre la Yougoslavie, ni celle contre l’Afghanistan, sans parler de la Palestine ou du Congo. Sommes-nous, en tant que mouvement pour la paix, condamnés à toujours perdre ? Non, il n’y a pas de fatalité. En 2003, les manifestations anti-guerre, organisées dans le monde entier, ont rassemblé plus de gens que jamais auparavant. Et dans chaque pays où nous allons, nous constatons que Bush inquiète de plus en plus, que l’hypocrisie des prétextes se démasque de plus en plus, que la colère monte. Assez de guerres ! Bien sûr, chacun se demande : à qui vont profiter les attentats de Londres ? Et ceux qui risquent de survenir à Rome, Copenhague ou Amsterdam ? Ainsi qu’à Bruxelles, si nous laissons l’Otan s’engager de plus en plus dans la complicité avec Bush en Irak. A qui ces attentats profiteront-ils ? A Bush et Blair qui en profiteront pour ressouder les rangs et engager d’autres guerres à l’infini ? Ou bien aux forces de paix qui pourront encore mieux montrer qu’il y a eu assez de morts, à Londres comme à Bagdad, et que l’occupation pour le pétrole doit prendre fin car la terreur engendre la terreur, et que sans justice, le monde ne sera jamais en paix.

Qui sera plus fort ? Leurs médias ou les nôtres ? L’agressivité de Bush et Blair ne doit pas tromper. Elle est un signe de faiblesse. Leur seule chance de continuer la guerre est de diviser les peuples. Leur « force » repose sur l’info tronquée, les médiamensonges de diabolisation, la dissimulation des intérêts économiques... Donc, c’est aussi leur faiblesse si nous nous lançons tous dans la bataille de la contre-information. La construction d’une info alternative par Internet, par le travail de discussion autour de soi, patient, concret, argumenté, appliqué à grande échelle et de façon coordonnée, voilà l’antidote à la propagande de guerre. A nous de construire la propagande pour la paix ! Cette contre-info est indispensable pour sauver des vies. Car les morts de Londres sont victimes des guerres perpétrées en leur nom. Et du fait que les populations occidentales n’ont pas encore suffisamment compris la nature criminelle de cette occupation-pillage de l’Irak. Le jour où la prise de conscience sera plus forte encore, elle arrêtera cette guerre comme elle arrêta celle du Vietnam. Sont-ils trop forts « en face » ? Trois exemples récents montrent que non. 1. Aznar a essayé de tricher aux élections espagnoles de 2004 en diabolisant l’ETA pour les attentats de Madrid. Il a été mis en échec par l’information populaire à la base : Internet et les SMS. 2. Lors du coup d’Etat anti-Chavez de 2002, les médias pro-US, quasi monopolistiques, ont soutenu les putschistes en cachant au pays la résistance massive du peuple de Caracas. Mais l’info a quand même circulé grâce aussi à Internet, aux SMS, aux motards roulant de quartier en quartier, etc... 3. Tous les médias français ont appuyé le « Oui » au référendum sur la Constitution en violant scandaleusement les principes du débat démocratique et de la déontologie journalistique. Mais ils ont été battus par une large mobilisation à la base et sur Internet.

Ces exemples récents montrent que les médias du système ne sont pas invincibles. L’information du peuple peut être plus forte qu’eux. Dans ce sens, le mouvement belge Stop USA, auquel je participe à Bruxelles, vient de lancer des cartes-pétitions adressées au premier ministre belge. Avec un remarquable dessin de Matiz sur l’occupation de l’Irak. Son texte : « Je désapprouve les guerres de Bush, pour le pétrole ou pour dominer le monde. Je refuse d’en être complice. Par le silence ou la participation, même indirecte, de la Belgique. » En les faisant signer un peu partout, avec les groupes de base de Stop USA, nous constatons un très bon accueil. Mais aussi que les gens sont encore sous-informés. Très peu savent que la Belgique prête le port d’Anvers à Bush pour le transit de ses armes vers l’Irak, très peu savent que des armes nucléaires US stationnent clandestinement sur notre territoire et que l’envoi de nos troupes en Afghanistan sert à libérer des forces US pour agresser l’Irak. Mais quand on les informe, on constate une volonté générale de devenir plus actifs contre les guerres de Bush. D’où notre responsabilité à tous. Ici, en Europe, il faut absolument augmenter la pression pour isoler Bush et Blair. Le peuple espagnol a su imposer le retrait de ses troupes. Il faut aller plus loin, par le travail d’information, discussion et pétition. Concrètement : que plus aucun gouvernement européen n’aide la guerre en Irak, même de façon indirecte et limitée ! Une campagne « Je ne veux pas être complice » devrait être organisée à l’échelle européenne. Si ensemble nous nous engageons ainsi, alors la mort de Jack, Robert ou Hassan n’aura pas été vaine.

Michel Collon Bruxelles, 11 juillet 2005

PS. Pour contacter cette campagne de Stop USA, pour voir le dessin de Matiz, vous informer ou vous procurer ces cartes :

http://www.stopusa.be/home/index.php ?langue=1 ou info@stopusa.be

Sur les médiamensonges des précédentes guerres :   http://www.michelcollon.info/archives_testm.php

VOIR AUSSI : Ramadani - L’occupation n’est pas la solution, mais le problème http://www.michelcollon.info/articles.php ?dateaccess=2005-07-08%2020:13:29&log=invites

 

Désormais, le rôle vedette du « méchant » est tenu par l’Iran et incarné par le président Mahmoud Ahmadinejad et ses déclarations provocatrices.

« Notre problème avec le gouvernement iranien ne concerne pas seulement l’Iran, explique M. Nicholas Burns, le sous-secrétaire d’Etat américain (1), mais ce que fait ce pays dans le Grand Moyen-Orient. Cette région occupe l’essentiel du temps de notre administration et du Congrès (...), et nous devons inscrire l’Iran dans le contexte de ce que nous faisons au Moyen-Orient et dans le monde. Nous pensons que l’Iran est un défi pour notre génération. Ce n’est pas un défi épisodique ou passager, il sera au centre de notre politique étrangère en 2010, en 2012 et probablement en 2020. »

Bien qu’étant un des principaux pays exportateurs de pétrole, l’Iran constitue-t-il vraiment cette hydre patibulaire que dénonce Washington (2) ? Certes, ses dépenses militaires ont considérablement augmenté depuis le début de la décennie, mais son armée reste sous-équipée. S’il est vrai que l’éclatement de l’Irak a, mécaniquement, augmenté le poids relatif de l’Iran, à qui la faute ? L’existence d’un clergé chiite transnational peut être un atout (certains chiites irakiens ou libanais font allégeance à un ayatollah iranien), mais aussi une faiblesse (l’inverse est vrai, et de nombreux chiites iraniens « suivent » un ayatollah irakien ou libanais) ; de plus, le clergé chiite est divisé, notamment sur le principe fondamental du pouvoir iranien actuel, le velayat-e-faqih (« gouvernement du docte »), qui donne au guide de la révolution (hier l’ayatollah Ruhallah Khomeiny, aujourd’hui l’ayatollah Ali Khamenei) un pouvoir absolu. Sans même s’attarder sur cette dimension religieuse, la division de la scène politique iranienne n’est pas un facteur de force.

Et l’arme nucléaire ? Dès le début des années 1990, plusieurs rapports américains annonçaient que l’Iran disposerait de la bombe dans les deux ou trois années à venir ; régulièrement démenties, ces prévisions sont toujours « actualisées » : c’était vrai en 1991, en 1995, en 2000, cela reste vrai aujourd’hui. Pourtant l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a répété à plusieurs reprises que, malgré les tentatives de Téhéran pour échapper à certains contrôles, rien ne prouvait l’existence d’un programme militaire iranien.

Supposons même que ce pays se dote demain de l’arme nucléaire, que se passerait-il ? Interrogé en janvier 2007, le président Jacques Chirac faisait un constat d’évidence, qui devait provoquer quelques controverses et une mise au point embarrassée de l’Elysée : « Où l’Iran enverrait-il cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait deux cents mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. (...) Si l’Iran possédait une bombe nucléaire et si elle était lancée, elle serait immédiatement détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire (3). » En revanche, comme le soulignait le chef de l’Etat français, la possession par l’Iran de l’arme nucléaire accélérerait la prolifération dans la région. Déjà, les pays du Conseil de coopération du Golfe (4) et l’Egypte ont annoncé leur volonté de développer l’énergie nucléaire civile. L’objectif d’un Proche-Orient débarrassé de l’arme nucléaire devrait rester une priorité, à condition, bien évidemment, d’y inclure tous les pays, y compris Israël, qui fut le premier Etat à l’introduire dans la région.

Aux Etats-Unis, pourtant, règne une vision manichéenne. Le pouvoir iranien, comme hier celui de Gamal Abdel Nasser ou de Saddam Hussein, est qualifié d’irrationnel : auprès du président Ahmadinejad, le concept de dissuasion ne saurait fonctionner. Ainsi a-t-on entendu l’universitaire Bernard Lewis, qui a servi de caution « orientaliste » à l’intervention américaine en Irak, annoncer le plus sérieusement du monde que Téhéran s’apprêtait à lancer une bombe atomique (qu’il n’a pas !) sur Israël le 22 août 2006 car ce jour correspond, dans le calendrier musulman, au voyage que fit le prophète Mahomet à Jérusalem puis au ciel, le président iranien pensant que l’apocalypse accélérera le retour de l’« imam caché » (5). « Cela pourrait bien, écrivait Lewis, être une date appropriée pour la destruction apocalyptique de l’Etat d’Israël et, si nécessaire, du monde. Il est loin d’être acquis que M. Ahmadinejad prévoit de tels cataclysmes pour le 22 août. Mais il serait sage de garder cette possibilité en tête (6). » Ce type de délire est largement répandu à Washington, où, depuis la révolution islamique, l’hostilité à l’Iran est viscérale.

Cette phobie se traduit par un discours de plus en plus agressif de la Maison Blanche, mais aussi de la plupart des candidats à l’élection présidentielle américaine, démocrates et républicains, à l’égard de l’Iran, accusé d’être derrière la « subversion », en Irak comme en Afghanistan. Cette analyse a été reprise par M. Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères : l’Iran fait « tout » en Irak, transformant ce pays en territoire d’exercice « rêvé (7) ». Et Paris se distingue désormais de ses partenaires européens par ses positions jusqu’au-boutistes, réclamant plus de sanctions contre Téhéran et s’alignant sur Washington au moment même où chacun peut mesurer l’échec de la guerre américaine contre le terrorisme.

Dans le cadre de sa stratégie, Washington a intensifié son aide aux « minorités » - kurdes, arabes, azéris et baloutches. La fragmentation irakienne va-t-elle s’étendre à l’Iran ? Cette politique n’est pas sans susciter de surprenantes contorsions. Ainsi, alors que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc est inscrit sur la liste des organisations terroristes, une délégation du Parti pour une vie libre au Kurdistan (Pejak) - organisation sœur du PKK en Iran -, conduite par son leader Rahman Haj-Ahmadi, était reçue à Washington en août 2007 (8) !

Ce n’est pas la seule contradiction de la stratégie anti-iranienne que tente de mettre sur pied la Maison Blanche avec la création d’un front commun enrôlant les pays modérés du Golfe, l’Egypte, la Jordanie et Israël - et au renforcement duquel devrait contribuer la conférence d’Annapolis sur la paix israélo-palestinienne. Washington a ainsi, directement ou indirectement, intensifié l’aide à des groupes fondamentalistes sunnites, y compris à des extrémistes proches d’Al-Qaida, pour lutter contre les chiites (9). En avril 2007, dans un entretien à Al-Jazira, le prince Hassan de Jordanie accusait un officiel saoudien (plus tard identifié comme le prince Bandar Ben Sultan, dirigeant du conseil national de sécurité saoudien et proche des responsables américains) de financer les groupes radicaux sunnites. Les autorités jordaniennes ont fait saisir la cassette.

A un an de l’élection présidentielle américaine, à seize mois de la fin du mandat de M. Bush, le risque est grand de voir celui-ci tenté par une fuite en avant, par une opération militaire contre l’Iran qui effacerait ses déboires en Irak. A l’automne 2006, au terme de quatre années passées comme ambassadeur d’Israël à Washington, M. Dani Ayalon était interrogé pour savoir si un président aussi impopulaire pouvait prendre une telle décision : « Oui, je le crois. Vous devez connaître l’homme. J’étais privilégié et je le considère comme un ami personnel. Les gens qui le connaissent savent qu’il est très déterminé. Il est sûr de la suprématie morale des démocraties sur les dictatures. (...) Pour lui, les ayatollahs avec des bombes nucléaires, c’est une combinaison intolérable qui menace l’ordre du monde, c’est pour cela qu’il ne laissera pas cela arriver (10). »

1) http://bostonreview.net/BR32.3/burns.html

(2) Lire Selig S. Harrison, « Les ultras préparent la guerre contre l’Iran », Le Monde diplomatique, octobre 2007.

(3) « Iran : quand Chirac rectifie Chirac », Nouvelobs.com, 5 février 2007, http://tempsreel.nouvelob s.com

(4) Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.

(5) Dans la doctrine chiite, le dernier des imams a « disparu » en l’an 874. Il s’est retiré du monde, mais reste vivant. A la fin des temps, il doit apparaître et installer sur terre un règne de justice et de vérité.

(6) Bernard Lewis, « Does Iran have something in store ? », The Wall Street Journal, New York, 8 août 2006. Lire aussi « Bernard Lewis et le gène de l’islam », Le Monde diplomatique, août 2005.

(7) Agence France-Presse, 4 octobre 2007.

(8) The Washington Times, 4 août 2007.

(9) Lire « Les chiites, le nouvel ennemi », Le Monde diplomatique, juillet 2007.

(10) Entretien accordé au journal Maariv, Tel-Aviv, 19 novembre 2006.

http://alternatives-international.net/article1338.html

 

L’administration Bush tente d’instrumentaliser les différences entre chiites et sunnites pour assurer le succès de sa politique de domination au Moyen Orient. Mais il est dangereux d’ouvrir cette Boite de Pandore.

 


Chiites versus Sunnites?



En l’an 1609 s’est produit un terrible évènement: non pas terrible au sens où les grandes guerres le sont, mais parce qu’il est terrible d’ouvrir la Boite de Pandore. Le roi Jacques premier d’Angleterre avait alors découvert que diviser les peuples selon des critères religieux fonctionnait à merveille, et a ainsi condamné les irlandais à quatre siècles marqués par le sang et les souffrances.

Si l’administration Bush réussit dans ses efforts actuels de diviser l’Islam en dressant les chiites contre les Sunnites, il revitalisera la vieille tactique coloniale consistant à « diviser et conquérir », et maintiendra le Moyen-Orient sous la domination des élites autoritaires alliées aux États-Unis et à l’industrie internationale de l’énergie.

Son instrument est « une alliance soutenue par l’Amérique » de plusieurs régimes sunnites, comprenant l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Liban, et l’Egypte, « avec une Palestine menée par le Fatah et Israël. » Le front anti-chiite inclura également probablement la Turquie et le Pakistan.

L’Iran et au-delà

La cible n’est pas simplement l’Iran, mais le « le croissant chiite, » un terme que l’on doit au Roi Abdallah de Jordanie. Ce « croissant » inclut l’Iran, le Hezbollah du Liban, et le régime alaouite de Bashar Al-Assad en Syrie. Les alaouites sont d’origine chiite. Le gouvernement dominé par les chiites en Irak en est généralement exclu en raison de son alliance avec les forces d’occupation menées par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Soudainement, ont a vu apparaître dans les journaux officiels de la région des formules comme « la marée orientale » et « la menace perse », bien que l’Arabe moyen ne regarde pas l’Iran comme une menace. Un sondage international récemment mené par Zogby en Egypte, Jordanie, Maroc, Arabie Saoudite, Liban, et Emirats Arabes Unis (EAU) a constaté qu’approximativement 80% des sondés considèrent les Etats-Unis et Israël comme les plus grandes menaces à leur sécurité, alors que seulement 11% citaient l’Iran. De plus, ils sont moins de 25% à penser que l’Iran devrait être contraint à mettre un terme à son programme nucléaire, alors que 61% pensent que l’Iran a droit à ce programme même si cela devait avoir comme conséquence l’acquisition d’armes nucléaires.

De fait, l’opposition de l’Iran contre les Etats-Unis et son soutien aux Palestiniens est très populaire dans la région.

Omayma Abdel-Latif, coordonnateur du Carnegie Middle East Center, écrit dans Al-Ahram Weekly que « le consensus tant dans les cercles sunnites que chiites semble être que les tentatives de renforcer les rivalités sunnito-chiites sont destinées a détourner l’attention de l’occupation américaine de l’Irak et de l’agression permanente d’Israël. L’idée que les États-Unis oeuvrent pour alimenter de telles tensions est presque une profession de foi pour les musulmans des deux côtés. Par leur tentative de créer une alliance anti-iranienne, indiquent-ils, les États-Unis recourent à une stratégie qui à réveiller le spectre du sectarisme à travers le monde musulman. »

La vraie cible des Etats-Unis est peut-être beaucoup plus vaste que le simple croissant chiite. « L’objectif ultime des Etats-Unis serait-il d’affaiblir l’Islam de l’intérieur, » s’interroge l’auteur libanais Jihad Azine dans An-Nahar, « et de détourner l’attention sur les chiites afin que les intérêts des Etats-Unis ne soient plus visés ? »

Le pétrole est une préoccupation majeure pour les Etats-Unis. Tandis que la production de pétrole aux Etats-Unis, au Mexique, et en Mer du Nord diminue, il est prévu que la consommation des États-Unis augmente d’un tiers dans les 20 ans à venir. D’ici 2020, deux tiers de l’ensemble du pétrole des États-Unis sera importé, et du fait que 65% des réserves mondiales du pétrole se trouvent au Moyen-Orient, nul besoin d’être un théoricien de la conspiration pour conclure qu’une stratégie du « diviser et conquérir » a pour objectif de garder le contrôle stratégique de ces ressources.

Maintenir les tensions au Moyen-Orient est également énormément lucratif pour les compagnies d’armes des États-Unis. Depuis 2006, les EAU, l’Arabie Saoudite, le Kuweit, et Oman ont dépensé -ou dépenseront au cours de l’année suivante- plus de $60 milliards en achats d’armements.

Retour de bâton

Durant sa campagne visant à « diviser et conquérir », selon le journaliste Seymour Hersh, l’administration Bush a fini par soutenir « des groupes extrémistes sunnites qui embrassent une vision militante de l’Islam et sont hostiles à l’Amérique et bien disposés par rapport à Al Qaeda. » Hersh cite Martin Indyk, un ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, qui a déclaré que « le Moyen-Orient se dirige vers une grave guerre froide sunnito-chiite. La Maison Blanche ne joue pas à quitte ou double seulement en Irak, mais également dans toute la région. Cela pourrait s’avérer très compliqué. »

Le « retour du bâton » s’est déjà produit. Comme l’ambassadeur de l’Iran aux Nations Unies l’a écrit au New York Times: « qui ne se rappelle pas que pour contenir le prétendu « croissant chiite » après la révolution iranienne de 1979, l’extrémisme du mouvement fondamentaliste Salafiste a été nourri par l’Occident -avec pour seul résultat celui de voir ce mouvement s’identifier à Al-Qaeda et aux Talibans ? Pourquoi la même politique dans la même région devrait-elle mener à des résultats différents aujourd’hui ? »

Alors que les chiites sont souvent représentés comme une entité unique, il existe en fait d’énormes différences parmi les communautés chiites. Ils représentent une majorité en Iran, mais les Perses sont ethniquement différents des Arabes. Les chiites constituent la majorité de la population musulmane au Liban, mais le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah a critiqué de manière acerbe le gouvernement chiite irakien pour sa complaisance envers l’occupation américaine.

De toute façon, les chiites ne représentent que 12-15% du monde musulman et, en dehors de l’Iran et de l’Irak, ils ne constituent une majorité qu’au Yémen. Traditionnellement ils « sont sous-représentés, » selon Jon Alterman du Center for Strategic and International Studies. « Socialement et économiquement, les communautés chiites sont plus marginalisées, moins instruites, et plus pauvres. »

Le fait que les communautés chiites -particulièrement au Liban et en Irak, mais également en Arabie Saoudite - soient soudainement sur le devant de la scène, a moins à voir avec une quelconque conspiration conduite par l’Iran qu’avec le rejet croissant du traditionnel statut de deuxième-classe de cette communauté au Moyen-Orient. Les « divisions » sont politiques et économiques, et non pas confessionnelles, dit Abdel-Latif.

Bien que les divisions entre sunnites et chiites aient débuté peu de temps après que le Prophète Mohamad soit mort en 632, celles-ci sont souvent exagérées. Comme le précise Fred Halliday, un expert au London School of Economics Middle East, les différences « sont minimes, bien moindres que celles qui existent entre catholiques et protestants dans le christianisme, » et le conflit qui existe entre eux est « un développement essentiellement récent, un produit de la crise politique du Moyen-Orient au cours des dernières décennies. » Par exemple, chiites et sunnites se marient entre eux et partagent les mêmes lieux saints depuis des siècles.

Halliday argue du fait que les guerres au Cachemire et en Afghanistan ont encouragé les divisions parce que des groupes militants sunnites étaient au coeur de la résistance. Les vraies divisions peuvent être minimes, mais le conflit religieux a toujours été le substitut de quelque chose d’autre. En Irlande il a divisé les autochtones irlandais des colons protestants et a maintenu chacun sous la menace de l’autre. En Egypte, les Anglais ont manipulé les Coptes contre les musulmans, les chrétiens grecs contre les turcs à Chypre.

Comme les irlandais l’ont constaté à leurs dépens, les petites différences, si elles sont reliées à de grands intérêts politiques, peuvent transformer des questions de théologie ésotériques en question de vie et de mort. « Ces feux, une fois allumés, peuvent détruire des formes de coexistence qui ont existé pendant des siècles, » précise Halliday.

Et personne ne peut savoir jusqu’où ces feux s’étendront et qui ils brûleront.

http://www.turkses.com/fr/index.php?option=com_content&am...

 

"Qui veut noyer son chien l´accuse de la rage".

 

 

Le monde vit dans une atmosphère de bruits de bottes qui rappelle étrangement les quelques semaines avant un certain 17 mars 2003 prélude à une invasion, une atomisation de l´Irak et à la pendaison, après un simulacre de procès, de son président, Saddam Hussein. «L´option d´une attaque aérienne, écrit Lucio Manisco, député européen, contre les implantations économiques et militaires de l´Iran, qui est à l´étude chez les stratèges du Pentagone depuis plus de deux ans, est entrée en phase d´actualisation en novembre dernier après la défaite républicaine aux élections du Congrès et les revers de plus en plus catastrophiques des opérations militaires et politiques étasuniennes en Irak. Le dernier voyage de la secrétaire d´Etat, Condoleezza Rice, au Moyen-Orient, était destiné officiellement à faire redémarrer les négociations de la Feuille de route entre Israël et la Palestine. En réalité -a écrit l´ex-assistant secrétaire d´Etat, James Dobbins, sur le New York Times -le véritable objectif de cette mission a été celui de lancer une coalition anti-iranienne parmi les gouvernements arabes les plus conservateurs, et de contribuer au financement et à l´armement de milices anti-Hezbollah et anti-Hamas au Liban et en Palestine».(1)
En janvier dernier, l´ancien chef d´état-major de l´armée russe, le général Léonid Ivashov, a prédit une attaque nucléaire des Etats-Unis contre l´Iran d´ici avril prochain. «Dans quelques semaines», a-t-il écrit, nous allons voir une machine de guerre informationnelle se mettre en marche. L´opinion publique est déjà sous pression. Il y aura une hystérie militariste anti-iranienne croissante, des nouvelles fuites d´information, de désinformation. Ensuite, il y a le général Oded Tira, l´artilleur en chef des Forces de défense d´Israël qui a déclaré qu´une frappe américaine sur l´Iran est essentielle pour l´existence même de l´Etat juif. (2).
Tira a exhorté, de façon explicite, le lobby d´Israël aux Etats-Unis à se tourner vers Hillary Clinton et les autres candidats démocrates potentiels à l´élection présidentielle américaine, afin qu´ils soutiennent une action immédiate de Bush contre l´Iran. En attendant, l´accusation israélienne, selon laquelle l´Iran lui pose une menace existentielle, portée l´année dernière par Ehoud Olmert devant le Congrès américain, s´est insinuée dans le discours américain officiel.

Le «bien» contre le «mal»

Se référant d´une manière générale à la guerre contre la terreur, définie de façon vague, Cheney a, récemment, déclaré à Fox News: C´est un conflit existentiel.
C´est la sorte de conflit qui va conduire notre politique pour les 20, 30 ou 40 prochaines années
. Sa fille Elisabeth a écrit dans un édito du Washington Post, en janvier: L´Amérique est confrontée à une menace existentielle. A un moment, quelque part, nous devrons combattre ces terroristes jusqu´à la mort. Nous ne pouvons pas négocier avec eux ou ´résoudre´ leur Djihad. La machine de guerre informationnelle" à laquelle, écrit Gary Leupp, Ivashov fait allusion, a déversé la désinformation plus vite que ne peut le digérer le public. Pendant la montée en guerre contre l´Irak, l´accusation principale contre Baghdad (reçue avec scepticisme aux Nations unies) était que ce pays possédait des armes de destruction massive menaçant le monde entier, y compris New York City. Bien qu´Israël ait attaqué et détruit en 1981 le réacteur nucléaire irakien construit par les Français, Osirak, à présent, il bat fiévreusement tambour pour une guerre américaine contre l´Iran. Et comme Cheney l´a fait ostensiblement remarquer, si les Etats-Unis n´attaquent pas l´Iran, Israël pourrait le faire sans qu´on lui demande. Il est plus que probable, si cela se produit, que ce sera une collaboration.
La rhétorique est connue: le régime iranien est antisémite: le président Ahmadinejad nie l´Holocauste et appelle à ce qu´Israël soit rayé de la carte; Ce qu´a dit Ahmadinejad, citant l´ayatollah Khomeyni (qui est mort en 1989) était que l´occupation de Jérusalem sera effacée de la page de l´histoire. Cette déclaration un peu vague a été faite en langage poétique mais ne se réfère à aucune carte, sans parler d´un génocide. D´ailleurs, En août 2006, Ahmadinejad a déclaré que l´Iran n´était une menace pour aucun pays, pas même pour le régime sioniste.
Pour les faucons américains et israéliens, l´Iran cache l´existence d´un programme illégal d´armes nucléaires, un programme qui menace l´existence de l´Etat hébreu; par conséquent, il est coupable de planifier, de commettre un génocide -la question principale, comme dans l´affaire irakienne, est celle des ADM et, en particulier, la perspective prochaine d´une attaque nucléaire iranienne sur Israël produisant un second Holocauste...L´extermination consciente et diabolique de tout un peuple- dans ce cas, un peuple considéré par de nombreux chrétiens évangéliques américains comme étant le Peuple élu de Dieu, dont la restauration d´un Etat au XXe siècle augure vraiment la parousie: la deuxième venue du Christ tant désirée. Cette bataille du bien triomphant du mal aura lieu à Armagueddon.
En décembre 2006, l´ambassadeur des Etats-Unis, John Bolton, a appelé la Cour pénale internationale de l´ONU à inculper Ahmadinejad pour incitation au génocide. Il est temps d´agir. Nous avons reçu des signes avant-coureurs, sans ambiguïté, sur ce que sont ses intentions. En décembre 2006 aussi, le dirigeant du Likoud, Benjamin Netanyahou, a convoqué sept diplomates étrangers en Israël à un meeting afin de les presser de se joindre à Israël dans des efforts pour mettre fin au programme nucléaire de l´Iran. Selon un reportage paru dans le quotidien israélien Ha´aretz, cette rencontre était le premier événement dans une campagne internationale de relations publiques. Elle comprendra une proposition pour porter plainte contre le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, devant la Cour pénale internationale, pour crimes de guerre. Et ses plans pour commettre un génocide y seront présentés.
La presse étasunienne se réfère systématiquement au programme d´armes nucléaires iranien comme s´il était évident que l´Iran en avait un. Pendant ce temps, la plupart des Américains ne savent probablement pas que tous les pays ont le droit d´enrichir l´uranium et que les pays dépourvus d´un programme nucléaire (à l´instar du Japon, de l´Allemagne, des Pays-Bas et du Brésil) l´ont enrichi sans que les Etats-Unis ne protestent. La plupart des Américains ne savent probablement pas que Mohamed El-Baradei, ne cesse de dire qu´il n´y a aucune preuve que le programme d´enrichissement de l´Iran soit lié à un programme militaire. C´est vrai qu´après une rencontre avec Condoleezza Rice en mars 2006 (dans laquelle elle a accepté de lever les efforts étasuniens de le renvoyer de la tête de l´Aiea), il a déclaré que l´Aiea n´était pas à ce stade en position de conclure qu´il n´y a aucun matériau ou activité nucléaire non déclarés en Iran. L´administration Bush a utilisé cette déclaration alambiquée à la double négation, ainsi que la déclaration de septembre 2005 de l´Aiea sur l´Iran, pour justifier ses préparatifs de guerre.(2)
D´autre part et à en croire Escobar, on peut dire que l´Administration Bush est en train d´obtenir ce qu´elle veut au Moyen-Orient. Pour combattre un croissant chiite fictif (une construction du roi Abdullah de Jordanie), elle a fortement encouragé le croissant sunnite (l´Arabie Saoudite, l´Egypte, la Jordanie, le Koweït et les Emirats arabes unis), exacerbant ainsi jusqu´au paroxysme
la stratégie qu´elle avait déjà appliquée en Irak: le sectarisme comme paramètre doré du diviser pour mieux régner" impérial. Historiquement, poursuit Escobar, les Sunnites et les Chiites ont coexisté malgré des tensions sociales. Mais jamais ces tensions n´ont été aussi cyniquement exploitées -par Washington- comme dans l´Irak d´après l´invasion et tout le Moyen-Orient. L´axe de la peur arabe sunnite coopère gaiement. Le roi Abdullah d´Arabie Saoudite s´est même plaint dans un journal koweitien que l´Iran essayait de convertir au chiisme les Arabes sunnites. Même Israël s´allie maintenant, par tous les moyens, à l´Arabie Saoudite contre l´Iran La Mecque/Jérusalem contre Qom; les Musulmans et les Juifs luttant contre les Musulmans.(3)
La division sunnite-chiite entretenue par les USA doit impliquer le pétrole. L´Arabie Saoudite

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