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26/01/2013

Une semaine après l’audition à Saint-Claude (Jura) d’un camarade supposé avoir publié en avril 2010 l’« Analyse d’un dossier d’instruction antiterroriste » sur l’ancien blog Jura Libertaire

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la suite sur le Jura Libertaire

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01/06/2010

Guerre et Paix - A propos des émeutes de Villiers-le-Bel

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Piqué au tas chez Non Fides

 

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02/12/2009

Adieu Non Fides

Adieu Non Fides

samedi 28 novembre 2009

Après deux ans d’existence et quatre numéros, le journal Non Fides a décidé d’en finir.


Né de la volonté de plusieurs individus de faire quelque chose qui leur ressemble, ce journal se voulait une sorte de proposition à créer, écrire, débattre et réfléchir. Il nous apparaissait à l’époque qu’un certain manque se faisait ressentir dans les domaines de l’analyse critique et de l’écrit, un manque loin d’être comblé, à quelques exceptions prés, par les multiples journaux ne s’éloignant pas des habituels chemins militants et alternatifs.

En ces temps où tout laisse croire que la lecture, l’analyse ou la théorie sont devenus des efforts insurmontables, un privilège d’académiciens et d’intellectuels, et où au final on sait de moins en moins lire, y compris dans les milieux radicaux ; à cette époque où l’on doit choisir entre deux spécialisations : l’activisme ou l’intellectualisme ; à cette époque où tout semble converger vers la dégradation qualitative de la pensée révolutionnaire, vers l’appauvrissement des rapports humains, nous voulions, avec Non Fides, contribuer à notre mesure, à opérer une jonction entre l’activité et la réflexion, l’action et l’analyse. Les personnes qui se sont impliquées dans ce journal au cours de ces deux années, se sont rencontrées dans différentes luttes et ont voulu, ensemble, aller plus loin et partager un peu plus que de simples rassemblements, mouvements, activités, activismes.

Au fil de notre évolution, il serait malhonnête de dire que nous ne nous sommes jamais senti dépassés par l’accueil que nous avons reçu ici et là. Un accueil souvent respectueux dans sa réciprocité, mais un accueil la plupart du temps fait d’enthousiasme acritique, ou à l’inverse d’une stigmatisation permettant d’éviter tout réel conflit d’idées. L’un comme l’autre nous ont encouragés à vouloir en faire toujours plus, et c’est cette course effrénée qui a amené ce sentiment d’aliénation que nous ressentons aujourd’hui, de Non Fides par rapport à ceux qui l’animaient. Comme si Non Fides n’était plus qu’une représentation permanente de lui-même.

Nous tenons à rappeler plusieurs choses. Tout d’abord, nous n’avons jamais voulu, ni prétendu représenter quoi que ce soit, ni une organisation, ni une tendance au sein d’un mouvement plus large, ni un courant, ni une fraction quelconque d’un hypothétique mouvement social, et ce malgré les jugements à l’emporte pièce qui nous ont été adressés : tantôt nous étions les « totos », tantôt les « intellos », tantot les « rupturo-rupturistes » tantôt les « insurrectionalistes », tantôt des « assoiffés de violence ». Si nous avons certainement fait l’erreur plusieurs fois d’employer ou de reprendre à notre compte des « ismes » superflus, parfois pour les critiquer (mais sans que personne ne s’en aperçoive), parfois pour les pousser plus loin, il semble que ces erreurs, nous les avons payées cher jusqu’au bout de l’aventure.

Si nous parlons d’aventure, c’est bien cependant, que nous ne regrettons rien, pas même nos erreurs qui ont contribué à notre évolution et dont nous ne ressentons pas le besoin de nous cacher, ou de les nier. Le journal, et le site qui lui est attaché, ont été le reflet de l’évolution qui a traversé chacun de nous ; une évolution qui n’est jamais facile, certes, mais nécessaire, et qui est toujours restée attachée à son autonomie vis-à-vis des idéologues et des logiques de milieu, parfois avec tant de conviction que nos choix n’ont pas toujours reflété notre objectivité.

La publication Non Fides n’a jamais rassemblé que quelques individus motivés, et comme nous l’avons régulièrement répété, n’a jamais affiché la volonté de s’agrandir, ni fait quoi que ce soit dans ce sens. Au contraire nous avons répété à qui voulait bien l’entendre que nous préférions la multiplication des initiatives à l’unité derrière une grande et même chapelle. Toujours pousser vers la qualité, quitte à ce que la quantité en pâtisse ou ne soit pas au rendez-vous. C’est aussi pour cela que la volonté majeure derrière les publications, a toujours été de lutter contre la confusion, le frontisme et la fausse unité. Ce type de position ne nous a semblé que très rarement comprit, et cela fait partie des raisons qui nous poussent à arrêter.

Le journal est devenu de plus en plus important au fil du temps, de plus en plus présent. Cela, ajouté à l’appauvrissement général dont nous parlions précédemment, nous a amené à un résultat que nous ne souhaitions pas mais que nous avons malheureusement contribué à renforcer, à savoir une impression d’hyper-visibilité et d’omniprésence, souvent virtuelle. Nous admettons sans gène notre part de responsabilité. Cet enthousiasme nous a entre autre amenés à nous doter d’un certain nombre d’outils pratiques (site, brochures, infokiosque…) qui ont contribué à renforcer l’image d’une organisation large et formelle, et ce malgré nos vains efforts pour infirmer ces critiques. Face à la confusion ambiante (dont certains d’entre nous étaient issus), et contre laquelle nous voulions nous inscrire, nous avons eu tendance à forger un discours anti-organisations, avec la volonté de déconstruire chaque pan de ce qui nous déplaisait dans leurs divers discours nauséeux. Dans cette bataille, nous sommes sans doute tombés dans un piège malsain, celui de reproduire des réflexes d’organisation, même informelle, et par là, de nous constituer en tant que « pôle » distinct et facilement étiquettable au milieu de tout ce qui se dit « subversif ». Ceci ajouté à un réflexe de mettre des signatures et des logos là où il n’y en avait nul besoin, et la coupe était pleine. Reste qu’à la fin, et après de nombreuses discussions, nous avons identifié Non Fides comme ce logo que l’on pouvait apposer derrière chacune de nos productions, tel un réflexe conditionné propre aux organisations formelles pour lesquelles nous étions pourtant loin d’éprouver une quelconque sympathie. Cette erreur a été facilitée, à nos yeux, par la place démesurée qu’occupe internet aujourd’hui, et qui fait que les « discussions » entre révolutionnaires ont de plus en plus lieu ailleurs que dans la vie, avec l’appauvrissement qui en découle fatalement, mais aussi toute la cohorte de bassesses, d’insultes faciles et sans conséquences que cela permet, de toute part.

Malgré tout, nous avons toujours tenu à produire un journal papier, avant toute chose, et en priorité. De ce point de vue, nous sommes assez satisfaits du résultat, et contents qu’un journal comme Non Fides ait pu exister, ne serait-ce que le temps de quatre numéros.
Lorsque nous avons publié un « avis aux lecteurs », relatif à la question financière et à nos publications, cela s’inscrivait également dans cette volonté de maintenir l’existence de la presse écrite anarchiste, et quand nous disons cela, nous ne parlons évidemment pas d’une diffusion suivant les schémas et les outils de la presse classique, avec ses codes-barre, antivols, ISBN, et autres kiosques fourre-tout. Nous avions évidemment en tête la volonté de briser une tendance à la consommation de journaux anti-autoritaires, qui n’apporte rien d’enrichissant, d’un côté comme de l’autre. Cet avis traduisait une certaine lassitude, malgré la masse de compliments oraux que nous avons pu recevoir, mais qui n’allaient pas plus loin. Voici ce que nous disions à l’époque : « Le constat, avec l’émergence d’internet et la perte du contact humain qui en découle, que ce genre de publication est de moins en moins soutenue est largement partagé par une majorité de compagnons éditant du papier. Des publications de qualité meurent, réduisent leurs tirages ou se délocalisent sur le net. Pour des anarchistes, ce constat est plus que navrant. Savoir que de nombreuses personnes promettent des chèques qui ne viennent pas et ne pensent jamais aux frais d’envois qui sont les nôtres, que beaucoup, dans une attitude de consommation toute démocratique ne filent jamais un rond à la presse anti-autoritaire que pourtant ils trouvent de l’intérêt à lire, nous informe d’une détérioration claire des rapports. Avoir le même rapport à une publication comme Non Fides, qu’à des publications commerciales montre également à quel point la société de consommation a su envelopper de sa main sale les petites bulles auto-proclamées subversives. » Cette impression est toujours la nôtre aujourd’hui.

Sortir un journal comme celui-là a toujours été une galère financière pour nous, et il nous semblait qu’il allait de soi dans l’esprit de chacun, qu’un journal prêt à l’emploi et disponible ne puisse pas sortir de nulle part et tomber du ciel. Le tirage a toujours coûté cher, ce n’est pas une nouveauté, et en tant qu’anarchistes, nous ne sommes pas disposés à trouver l’argent par n’importe quel moyen, mais selon notre éthique. Ce choix était assumé, pour créer un certain contact humain, éviter la froideur totale d’un PDF balancé sur le net, lu avec les pieds et rangé dans des dossiers virtuels par des archivistes des mondes parallèles. De notre côté, lorsque nous lisons une publication qui nous intéresse sincèrement, nous nous démerdons toujours pour lui filer un coup de main, même modeste, qu’il soit financier ou non, d’ailleurs ; traduire, reprendre des textes, diffuser les publications... autant de petits gestes qui peinent à devenir réciproques, freinant ainsi la diffusion et la création de liens affinitaires et mutuels, et agrandissant l’isolement. Cette réciprocité anti-consommatrice, éliminant de fait les schémas séparatistes auteurs/lecteurs, nous ne l’avons jamais assez ressenti, encore une des raisons de cette mise à plat générale. En résumé, nous tirons des conclusions assez pessimistes, notamment sur le fait qu’il faille être riche et populaire aujourd’hui pour pouvoir proposer un journal de qualité à prix libre et s’y tenir, et pour que sa diffusion dépasse les petits cercles restreints d’aficionados. Il ne s’agit pas là de considérations économiques, et comme nous l’avons souvent répété, être déficitaires ou non, nous nous foutons de cela. La question était ailleurs : être en mesure de continuer à donner une existence papier à nos publications et à pouvoir en retirer encore un peu de sens. Un journal qui ne s’inscrit plus dans une dynamique satisfaisante (émulation, polémiques, discussions, conflits, enthousiasme, solidarité, partage) perd à nos yeux une partie de sa raison d’être.

Tout autre chose : nous avons souvent reçu le qualificatif de « juges » assis dans leur tour d’ivoire, totalement détachés des réalités et délivrant les bons et mauvais points en terme de radicalité, de façon idéologique. Ou alors d’être des « révolutionnaires hors-sol », attendant le Grand Soir en crachant sur toute initiative jugée « molle », « réformiste » et insuffisante. Face à cela, nous répondons simplement que les individus ayant participé à ce journal se sont toujours refusé à reproduire la classique division/séparation entre théorie et pratique, et cela ne changera pas. Non Fides étant un outil anonyme, il n’avait pas à rendre compte des activités de ceux qui le composent. C’est pour cela que lorsqu’on nous envoyait, comme seule réaction à des réflexions, la remarque : « Vous critiquez tout, mais qu’est-ce que vous faites concrètement ? », nous avons toujours refusé de répondre à cela. Tout ce qui a été proposé par le journal Non Fides (journaux, affiches, tracts, brochures) a eu une existence réelle : les journaux en librairies, les brochures sur les tables de presse, les tracts diffusés dans la rue, les affiches collées sur les murs. Les tables de presse, par exemple, ont toujours fait partie de nos activités régulières, et cela non plus ne s’arrêtera pas. Aussi, aux « anarcho-flics » qui nous ont sans cesse emmerdés avec leurs questions sur la concrétude de nos activités, nous n’avons qu’une seule chose à dire : sales flics. Chercher un ou des auteurs, publiquement, derrière chaque texte, chaque affiche, tract ou action, c’est faire un travail de keuf, c’est mériter sa correction.

Un journal disparaît, mais pas les individus qui le faisaient, et ceux-ci comptent fermement continuer ce qu’ils ont fait jusqu’à présent avec l’expérience de leurs erreurs, mais aussi à explorer des voies inconnues, avec au cœur une irrépressible volonté de subvertir ce foutu monde dans lequel nous vivons et contre lequel nous nous battons, et de ne pas laisser en paix tout ce qui contribue à nous maintenir esclaves. Un journal qui meurt pour exploser en une multitude de projets qui ne s’y référenceront pas.

A bientôt, ailleurs.
Vive l’anarchie.

P.-S.

On pourra toujours commander des exemplaires de Non Fides N°4, à l’adresse habituelle. Ce site, lui, plutôt que de se contenter d’être la vitrine d’un journal, continuera son chemin autrement. Il prendra peu à peu la forme d’une base de donnée anarchiste internationale et multilingue qui pourra servir (à celles et ceux qui en ressentent le besoin) d’archive de tracts, affiches, journaux, textes, brochures, analyses, actualité et contre-information. Nous continuerons le travail effectué sur les vieilleries, ainsi que les traductions. Nique la France, guerre sociale.

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17/09/2009

La Complicité, pas la dette : base pour une solidarité anarchiste

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La Complicité, pas la dette : base pour une solidarité anarchiste

mercredi 16 septembre 2009

 

Toutes les versions de cet article :

Si nous avons décidé de traduire ce texte plutôt théorique de Willful Disobedience, c’est parce que celui-ci trouve une résonance directe avec la réalité pratique quotidienne, qui alimente les discussions entre anarchistes et marxistes, entres anarchistes et communistes libertaires. Quiconque souhaite conjurer le gauchisme et l’activisme doit pouvoir se poser ces questions là. Considérer que « la liberté des autres étend la mienne à l’infini » n’est pas considérer que « la liberté des autres s’arrête là où commence la mienne ». Il y a là deux conceptions opposées de la liberté. Au delà du fait que la première hypothèse s’affirme, contrairement à la seconde, en positif, la seconde définit la liberté sous un angle répressif et limitant. Il faut également pouvoir enfin se débarrasser des notions de « combat contre les privilèges » comme il faut se libérer des luttes « pour des droits », qui ne font que nous enchaîner un peu plus.


Aucun de nous ne doit rien à personne. Cela devrait être un principe directeur derrière toute pratique anarchiste. Tous les systèmes de pouvoir, toutes les hiérarchies et toutes les relations économiques sont justifiés par l’idée que chacun d’entre nous, en tant qu’individu, doit son existence à la collectivité qu’est cet ordre social. C’est une dette sans fin, une obligation éternelle qui ne peut jamais être remplie, qui nous garde enchaînés à un cycle d’activité qui maintient cette société. En tant qu’anarchistes et qu’insurrectionnalistes, notre but est précisément le complet renversement de ce cycle d’activité, des relations sociales qui gouvernent nos vies. Quelle meilleure occasion pour commencer, que le refus absolu du plus basique des principes économiques et politiques : la dette.

Malheureusement, une grande partie de la lutte sociale en cours se base elle-même sur des suppositions économiques et/ou politiques, et particulièrement sur celle de la dette. Les gens parlent de réparations, de dédommagements, d’obtenir ce que l’on nous doit, ce qui est de droit. Cela s’entend même dans la façon dont nous parlons de lutte des classes quand l’idée "de reprendre ce qui nous appartient" est utilisée pour signifier que nous avons un droit parce que nous l’avons « gagné » - c’est-à-dire, l’idée que « le produit doit appartenir à celui qui le produit ». Cette façon de concevoir la lutte des classes reste fermement implantée dans l’économie, qu’il est dans notre intérêt de détruire.

La méthodologie économique et politique de la lutte oppose le privilège au droit. De cette manière, il suppose que l’individu est dépendant d’un pouvoir supérieur, le pouvoir qui accorde les droits et les privilèges (c’est-à-dire, l’ordre social existant). En fait, les droits et les privilèges sont vraiment la même chose : des libertés limitées qu’un pouvoir supérieur accorde à un individu en raison d’une certaine valeur inhérente ou gagnée que ce pouvoir reconnaît en lui. Ainsi, l’opposition du droit et du privilège est une fausse opposition. Elle n’est rien de plus qu’un désaccord sur la façon dont le pouvoir devrait nous valoriser et un appel à lui pour une reconnaissance de notre valeur. Une lutte pour des droits n’est rien de plus qu’une lutte pour se vendre à un meilleur prix. Au maximum de sa radicalité, cela devient la tentative de vendre tout le monde au même prix. Mais certains d’entre nous ne veulent pas être vendus du tout.

L’espèce de « solidarité » que cette méthode de lutte induit est une relation de service basée sur le concept de dette. Quand vous exigez que je renonce à « mon privilège », vous n’êtes pas juste en train de me demander de sacrifier quelque chose à votre conception de la lutte. Plus significativement, vous supposez que je reconnais ce privilège, me définissant en des termes nécessaires pour le gagner, par concession.
Pour utiliser un exemple, disons que vous exigez que je renonce à mon privilège masculin. Il y a quelques suppositions dans cela : 1) que je me vois essentiellement comme masculin ; 2) que je possède ce privilège et peut ainsi en disposer comme je le souhaite ; et 3) que je vous le dois, c’est-à-dire, que j’ai une dette envers vous en raison de ma masculinité. Mais ce n’est pas le cas, en fait, je ne me vois pas uniquement comme un homme, mais comme un individu unique, comme moi-même.
Vous pouvez répondre avec justesse que cette société sexiste, néanmoins, me perçoit effectivement uniquement comme un homme et m’accorde des privilèges spécifiques qui vont à votre détriment. Mais concrètement nous voyons que je ne possède pas ce privilège, pas plus que je ne possède la masculinité qui m’est accordée. Tout cela m’est imposé par l’ordre social. Le fait qu’ils puissent fonctionner à mon avantage par rapport à vous n’en font pas moins une imposition à moi, à mon individualité. En fait, cet avantage agit comme un dessous de table par lequel les dirigeants de cette société essayent de me persuader de ne pas m’unir avec vous contre lui. Mais ce dessous de table fonctionnera uniquement si je perçois l’avantage du privilège masculin qui m’est accordé par cette société comme étant de plus grande valeur pour moi que ma capacité à définir ma propre sexualité, et créer mes propres relations avec d’autres de n’importe quel genre, et en mes propres termes.

Quand je reconnais cette société comme mon ennemi, je reconnais tous les privilèges et les droits qu’elle accorde à ses ennemis comme des impositions et des limitations qu’elle impose à mon individualité. Puisque le privilège masculin est quelque chose d’accordé et donc, défini et appartenant à l’ordre social, même si nous restons dans la structure économique et politique de la lutte, ce n’est pas moi, mais cet ordre social qui a une dette envers vous. Mais comme nous l’avons vu, les concepts de « privilège » et de « droit » dépendent de l’idée d’un distributeur légitime qui se tient au-dessus de nous et décide de ce que nous méritons. L’ordre social est ce distributeur. Ainsi, il ne peut être dit qu’il vous doit quoi que ce soit. Il distribue ce qu’il possède en ses termes, et si vous n’êtes pas d’accord avec ces termes, cela ne fait pas de vous son créancier, mais son ennemi. Et seulement en tant qu’ennemi de cet ordre social, pouvez-vous être véritablement l’ennemi du privilège, mais alors, vous devenez aussi l’ennemi du « droit ». Tant que vous ne décidez pas de rétablir le « droit » en faisant appel à une autorité supérieure, comme par exemple une meilleure « société future », vous serez en position de pouvoir enfin commencer la lutte pour faire de votre vie votre propre vie. À ce niveau de conflictualité totale à l’ordre social existant, nous pouvons nous rencontrer et nous unir dans la vraie solidarité, basée sur la mutualité, la réciprocité et la complicité, unissant nos efforts pour renverser cette société.

En fin de compte, toute forme de solidarité qui repose sur des bases politiques et économiques – la dette, les droits et les devoirs, le sacrifice et le service – ne peut être considérée comme de la solidarité, au sens anarchiste. D’une perspective économique et politique, la « liberté » est un terme quantitatif se référençant simplement à la baisse des restrictions. Cette vision est résumée dans la déclaration : « votre liberté s’arrête là où commence la mienne ». Cette « liberté » est celle des frontières et des limites, de la contraction et du soupçon - la « liberté » sacrée de la propriété privée. Elle fait de chacun d’entre nous le maton de l’autre – une triste base pour la solidarité.

Mais la conception anarchiste de la liberté est quelque chose de qualitativement différent de la restriction. C’est notre capacité, celle des individus, à créer nos vies en nos propres termes dans la libre-association avec d’autres de notre choix. Quand nous concevons la liberté de cette façon, il y a le potentiel de se rencontrer d’une telle façon que la liberté de chacun d’entre nous s’étend quand elle rencontre la liberté de l’autre. C’est la base de la mutualité ; notre vivre ensemble améliore chacun de nous. Mais dans le monde tel qu’il existe actuellement, il y en a beaucoup avec qui une relation de mutualité n’est pas possible. Ceux qui détiennent le pouvoir social et politique, ceux qui conservent la richesse comme leur propriété sacrée, ceux dont la tâche sociale est de maintenir l’ordre de la domination et tous ceux qui passivement supportent cet ordre limitent ma liberté, sapent ma capacité à créer ma propre vie en mes propres termes et de librement m’associer avec d’autres pour réaliser ce but. Les maîtres de ce monde et leurs chiens de garde imposent leurs termes à ma vie, me forçant à des associations prédéterminées. La seule relation possible avec eux et avec l’ordre social qu’ils soutiennent est l’inimitié, l’hostilité totale et permanente. Je découvre la base pour la mutualité précisément dans ceux qui sont les ennemis des dirigeants de ce monde et de leurs laquais, ceux qui s’efforcent de reprendre leurs vies et de les vivre selon leurs propres termes. Et c’est là que la mutualité - le principe que la liberté des autres étend la mienne - devient la complicité. La complicité est la réunion d’efforts dans le but d’étendre la capacité à l’autodétermination individuelle contre ce monde de domination.

C’est la reconnaissance active que la rébellion spécifique d’autres étend ma propre liberté, qui me permet de trouver des façons d’agir ensemble avec ces autres contre les forces de domination et le contrôle social. Il n’est pas nécessaire de connaître personnellement ces autres, ils peuvent très bien porter leurs luttes une moitié de globe plus loin. Il est seulement nécessaire de reconnaître notre propre lutte dans la leur et d’avoir une action appropriée là ou nous sommes. Ni par charité, ni par sens du devoir, mais pour nous-mêmes.

« Nous ne nous devons rien, pour ce que je semble vous devoir, Je dois surtout à moi-même. »


Extrait de Willful Disobedience Vol. 4, No. 2, USA.
Traduit de l’anglais et adapté par nos soins.
Extrait de Non Fides N°IV.

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