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18/02/2012

OPA médiatique de Carla Sarkozy en Alsace... ou la manipulation métapolitique via les suppléments télévison de la presse locale

Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées »


Nicolas Sarkozy - Entretien au Figaro, 2007

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Au passage, Carla n'oublie pas de flatter quelques uns de ses nouveaux chiens de garde...

 

La Banque Fédérative du Crédit Mutuel avait racheté le groupe L'Est Républicain qui comprend les titres L'Est républicain, Vosges Matin, Le Journal de la Haute-Marne et Les Dernières nouvelles d'Alsace. Le groupe, dirigé par le patron du Crédit mutuel, Michel Lucas, détient également L'Alsace-Le Pays, Le Républicain lorrain, Le Progrès, Le Dauphiné libéré, Le Journal de Saône-et-Loire et Le Bien public. Il est présent dans 24 départements où il diffuse plus de 1,1 million d'exemplaires payés de ces différents titres.

via alsacefrane3.fr du 14/01/2012

16:03 | Lien permanent | Commentaires (2) |

19/03/2010

Regard sur un média : La télévision peut-elle critiquer la télévision ?

 

 

Analyse d’un passage à l’antenne

En France, plusieurs émissions de télévision se proposent de décrypter les images que reçoivent les téléspectateurs. Se fondant sur l’idée que la télévision peut critiquer la télévision,elles tentent de combattre la méfiance grandissante du public à l’égard de ce média. Pierre Bourdieu,qui a, en janvier dernier, participé à la principale de ces émissions, « Arrêt sur images », livre ici son témoignage.

Par Pierre Bourdieu

J’ai écrit ces notes dans les jours qui ont suivi mon passage à l’émission « Arrêt sur images ». J’avais, dès ce moment-là, le sentiment que ma confiance avait été abusée, mais je n’envisageais pas de les rendre publiques, pensant qu’il y aurait eu là quelque chose de déloyal. Or voilà qu’une nouvelle émission de la même série revient à quatre reprises — quel acharnement ! — sur des extraits de mes interventions, et présente ce règlement de comptes rétrospectif comme un audacieux retour critique de l’émission sur elle-même. Beau courage en effet : on ne s’est guère inquiété, en ce cas, d’opposer des « contradicteurs » aux trois spadassins chargés de l’exécution critique des propos présentés.

La récidive a valeur d’aveu : devant une rupture aussi évidente du contrat de confiance qui devrait unir l’invitant et l’invité, je me sens libre de publier ces observations, que chacun pourra aisément vérifier en visionnant l’enregistrement des deux émissions (1). Ceux qui auraient encore pu douter, après avoir vu la première, que la télévision est un formidable instrument de domination devraient, cette fois, être convaincus : Daniel Schneidermann, producteur de l’émission, en a fait la preuve, malgré lui, en donnant à voir que la télévision est le lieu où deux présentateurs peuvent triompher sans peine de tous les critiques de l’ordre télévisuel.

« Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996. L’émission illustrera parfaitement ce que j’avais l’intention de démontrer : l’impossibilité de tenir à la télévision un discours cohérent et critique sur la télévision. Prévoyant que je ne pourrais pas déployer mon argumentation, je m’étais donné pour projet, comme pis-aller, de laisser les journalistes jouer leur jeu habituel (coupures, interruptions, détournements, etc.) et de dire, après un moment, qu’ils illustraient parfaitement mon propos. Il aurait fallu que j’aie la force et la présence d’esprit de le dire en conclusion (au lieu de faire des concessions polies au « dialogue », imposées par le sentiment d’avoir été trop violent et d’avoir inutilement blessé mes interlocuteurs).

Daniel Schneidermann m’avait proposé à plusieurs reprises de participer à son émission. J’avais toujours refusé. Début janvier, il réitère sa demande, avec beaucoup d’insistance, pour une émission sur le thème : « La télévision peut-elle parler des mouvements sociaux ? » J’hésite beaucoup, craignant de laisser passer une occasion de faire, à propos d’un cas exemplaire, une analyse critique de la télévision à la télévision.

Après avoir donné un accord de principe subordonné à une discussion préalable sur le dispositif, je rappelle Daniel Schneidermann, qui pose d’emblée, comme allant de soi, qu’il faut qu’il y ait un « contradicteur ». Je ne me rappelle pas bien les arguments employés, si tant est qu’il y ait eu arguments, tellement cela allait de soi pour lui. J’ai cédé par une sorte de respect de la bienséance : ne pas accepter le débat, dans n’importe quelles conditions et avec n’importe qui, c’est manquer d’esprit démocratique. Daniel Schneidermann évoque des interlocuteurs possibles, notamment un député RPR qui a pris position contre la manière dont les télévisions ont rendu compte de la grève. Ce qui suppose qu’il attend de moi que je prenne la position opposée (alors qu’il me demande une analyse — ce qui tend à montrer que, comme la plupart des journalistes, il identifie l’analyse à la critique).

Je propose alors Jean-Marie Cavada, parce qu’il est le patron de la chaîne où passera l’émission, et aussi parce qu’il m’est apparu comme typique d’une violence plus douce et moins visible : Jean-Marie Cavada donne toutes les apparences de l’équité formelle, tout en se servant de toutes les ressources de sa position pour exercer une contrainte qui oriente fortement les débats ; mes analyses vaudront ainsi a fortiori. Tout en proclamant que le fait que je mette en question le directeur de la chaîne ne le gênait en rien et que je n’avais pas à me limiter dans mes « critiques », Daniel Schneidermann exclut Jean-Marie Cavada au profit de Guillaume Durand. Il me demande de proposer des extraits d’émissions qui pourraient être présentés à l’appui de mes analyses. Je donne une première liste (comportant plusieurs références à Jean-Marie Cavada et à Guillaume Durand), ce qui m’amène, pour justifier mes choix, à livrer mes intentions.

Dans une seconde conversation, je m’aperçois que plusieurs de mes propositions d’extraits ont été remplacées par d’autres. Dans le « conducteur » final, je verrai apparaître un long « micro-trottoir » sans intérêt visant à montrer que les spectateurs peuvent dire les choses les plus opposées sur la représentation télévisuelle des grèves, donc à relativiser d’avance les « critiques » que je pourrais faire (cela sous prétexte de rappeler l’éternelle première leçon de tout enseignement sur les médias : le montage peut faire dire n’importe quoi à des images). Lors d’une nouvelle conversation, on m’apprend que Jean-Marie Cavada a finalement décidé de venir et qu’on ne peut pas lui refuser ce droit de réponse, puisqu’il est « mis en question ».

Dès la première conversation, j’avais demandé expressément que mes prises de position pendant les grèves de décembre ne soient pas mentionnées. Parce que ce n’était pas le sujet et que ce rappel ne pourrait que faire apparaître comme des critiques de parti pris les analyses que la sociologie peut proposer. Or, dès le début de l’émission, la journaliste, Pascale Clark, annonce que j’ai pris position en faveur de la grève et que je me suis montré « très critique de la représentation que les médias [en] ont donnée », alors que je n’avais rien dit, publiquement, sur ce sujet. Elle récidive avec la première question, sur les raisons pour lesquelles je ne me suis pas exprimé à la télévision pendant les grèves.

Devant ce nouveau manquement à la promesse qui m’avait été faite pour obtenir ma participation, j’hésite longuement, me demandant si je dois partir ou répondre. En fait, à travers cette intervention qui me plaçait d’emblée devant l’alternative de la soumission résignée à la manipulation ou de l’esclandre, contraire aux règles du débat « démocratique », le thème que les deux « contradicteurs » ne cesseront de rabâcher pendant toute l’émission était lancé : comment peut-il prétendre à la science objective de la représentation d’un événement à propos duquel il a pris une position partisane ?

Au cours des discussions téléphoniques, j’avais aussi fait observer que les « contradicteurs » étaient maintenant deux, et deux professionnels (il apparaîtra, dès que je ferai une brève tentative pour analyser la situation dans laquelle je me trouvais, qu’ils étaient quatre) ; j’avais exprimé le souhait qu’ils n’abusent pas de l’avantage qui leur serait ainsi donné. En fait, emportés par l’arrogance et la certitude de leur bon droit, ils n’ont pas cessé de me prendre la parole, de me couper, tout en proférant d’ostentatoires flatteries : je pense que dans cette émission où j’étais censé présenter une analyse sociologique d’un débat télévisé en tant qu’invité principal, j’ai dû avoir la parole, au plus, pendant vingt minutes, moins pour exposer des idées que pour ferrailler avec des interlocuteurs qui refusaient tous le travail d’analyse.

Daniel Schneidermann m’a appelé plusieurs fois, jusqu’au jour de l’émission, et je lui ai parlé avec la confiance la plus entière (qui est la condition tacite, au moins pour moi, de la participation à un dialogue public), livrant ainsi toutes mes intentions. Il ne m’a rien dit, à aucun moment, des intentions de mes « contradicteurs ». Lorsque je lui ai demandé s’il comptait leur montrer, au préalable, les extraits que j’avais choisis — ce qui revenait à leur dévoiler toutes mes batteries —, il m’a dit que s’ils les lui demandaient il ne pourrait pas les leur refuser... Il m’a parlé vaguement d’un micro-trottoir au sujet mal défini tourné à Marseille. Après l’émission, il me dira sa satisfaction et combien il était content qu’un « grand intellectuel » — pommade — ait pris la peine de regarder de près et de discuter la télévision, mais aussi et surtout combien il admirait mes « contradicteurs » d’avoir « joué le jeu » et d’avoir accepté courageusement la critique... Le jour de l’émission, les « contradicteurs » et les présentateurs, avant l’enregistrement, me laissent seul sur le plateau pendant près d’une heure. Guillaume Durand vient s’asseoir en face de moi et m’entreprend bille en tête sur ce qu’il croit être ma complicité avec les socialistes (il est mal informé...). Exaspéré, je lui réponds vertement. Il reste longtemps silencieux et très gêné. La présentatrice, Pascale Clark, essaie de détendre l’atmosphère. « Vous aimez la télévision ? — Je déteste. » On en reste là. Je me demande si je ne dois pas partir.

Si au moins je parvenais à croire que ce que je suis en train de faire peut avoir une quelconque utilité et que je parviendrai à convaincre que je suis venu là pour essayer de faire passer quelque chose à propos de ce nouvel instrument de manipulation... En fait, j’ai surtout l’impression d’avoir seulement réussi à me mettre dans la situation du poisson soluble (et conscient de l’être) qui se serait jeté à l’eau.

La disposition sur le plateau : les deux « contradicteurs » sont assis, en chiens de faïence (et de garde), de part et d’autre du présentateur, je suis sur le côté, face à la présentatrice. On m’apporte le « conducteur » de l’émission : quatre seulement de mes propositions ont été retenues et quatre « sujets » ont été ajoutés, dont deux très longs « micro-trottoirs » et reportages, qui passeront, tous destinés à faire apparaître la relativité de toutes les « critiques » et l’objectivité de la télévision. Les deux qui ne passeront pas, et que j’avais vus, avaient pour fin de montrer la violence des grévistes contre la télévision.

Conclusion (que j’avais écrite avant l’émission) : on ne peut pas critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s’imposent même aux émissions de critique du petit écran. L’émission sur le traitement des grèves à la télévision a reproduit la structure même des émissions à propos des grèves à la télévision.

Ce que j’aurais voulu dire

La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure. On aimerait s’en servir pour dire le monopole de la télévision, des instruments de diffusion (la télévision est l’instrument qui permet de parler au plus grand nombre, au-delà des limites du champ des professionnels). Mais, dans cette tentative, on peut apparaître comme se servant de la télévision, comme les « médiatiques », pour agir dans ce champ, pour y conquérir du pouvoir symbolique à la faveur de la célébrité (mal) acquise auprès des profanes, c’est-à-dire hors du champ. Il faudrait toujours vérifier qu’on va à la télévision pour (et seulement pour) tirer parti de la caractéristique spécifique de cet instrument — le fait qu’il permet de s’adresser au plus grand nombre —, donc pour dire des choses qui méritent d’être dites au plus grand nombre (par exemple qu’on ne peut rien dire à la télévision).

Faire la critique de la télévision à la télévision, c’est tenter de retourner le pouvoir symbolique de la télévision contre lui-même cela en payant de sa personne, c’est le cas de le dire : en acceptant de paraître sacrifier au narcissisme, d’être suspect de tirer des profits symboliques de cette dénonciation et de tomber dans les compromissions de ceux qui en tirent des profits symboliques, c’est-à-dire les « médiatiques ».

Le dispositif : du plus visible au plus caché

Le rôle du présentateur :

— Il impose la problématique, au nom du respect de règles formelles à géométrie variable et au nom du public, par des sommations (« C’est quoi... », « Soyons précis... », « Répondez à ma question », « Expliquez-vous... », « Vous n’avez toujours pas répondu... », « Vous ne dites toujours pas quelle réforme vous souhaitez... ») qui sont de véritables sommations à comparaître mettant l’interlocuteur sur la sellette. Pour donner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des auditeurs : « La question que tout le monde se pose », « C’est important pour les Français... » Il peut même invoquer le « service public » pour se placer du point de vue des « usagers » dans la description de la grève.

— Il distribue la parole et les signes d’importance (ton respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient, titres, ordre de parole, en premier ou en dernier, etc).

— Il crée l’urgence (et s’en sert pour imposer la censure), coupe la parole, ne laisse pas parler (cela au nom des attentes supposées du public c’est-à-dire de l’idée que les auditeurs ne comprendront pas, ou, plus simplement, de son inconscient politique ou social).

— Ces interventions sont toujours différenciées : par exemple, les injonctions s’adressent toujours aux syndicalistes (« Qu’est-ce que vous proposez, vous ? ») sur un ton péremptoire, et en martelant les syllabes ; même attitude pour les coupures : « On va en parler... Merci, madame, merci... » — remerciement qui congédie, par rapport au remerciement empressé adressé à un personnage important. C’est tout le comportement global qui diffère, selon qu’il s’adresse à un « important » (M. Alain Peyrefitte) ou à un invité quelconque : posture du corps, regard, ton de la voix, mots inducteurs (« oui... oui... oui... » impatient, « ouais » sceptique, qui presse et décourage), termes dans lesquels on s’adresse à l’interlocuteur, titres, ordre de parole, temps de parole (le délégué CGT parlera en tout cinq minutes sur une heure et demie à l’émission « La Marche du siècle »).

— Le présentateur agit en maître après Dieu de son plateau (« mon émission », « mes invités » : l’interpellation brutale qu’il adresse à ceux qui contestent sa manière de mener le débat est applaudie par les gens présents sur le plateau et qui font une sorte de claque).

La composition du plateau :

— Elle résulte de tout un travail préalable d’invitation sélective (et de refus). La pire censure est l’absence ; les paroles des absents sont exclues de manière invisible. D’où le dilemme : le refus invisible (vertueux) ou le piège.

— Elle obéit à un souci d’équilibre formel (avec, par exemple, l’égalité des temps de parole dans les « face-à-face ») qui sert de masque à des inégalités réelles : dans les émissions sur la grève de décembre 1995, d’un côté un petit nombre d’acteurs perçus et présentés comme engagés, de parti pris, et de l’autre des observateurs présentés comme des arbitres, parfaitement neutres et convenables, c’est-à-dire les présumés coupables (de nuire aux usagers), qui sont sommés de s’expliquer, et les arbitres impartiaux ou les experts qui ont à juger et à expliquer. L’apparence de l’objectivité est assurée par le fait que les positions partisanes de certains participants sont déguisées (à travers le jeu avec les titres ou la mise en avant de fonctions d’expertise : par exemple, M. Alain Peyrefitte est présenté comme « écrivain » et non comme « sénateur RPR » et « président du comité éditorial du Figaro », M. Guy Sorman comme « économiste » et non comme « conseiller de M. Juppé ».)

La logique du jeu de langage :

— Le jeu joue en faveur des professionnels de la parole, de la parole autorisée.

— Le débat démocratique conçu sur le modèle du combat de catch permet de présenter un ressort d’Audimat (le « face-à-face ») comme un modèle de l’échange démocratique.

— Les affinités entre une partie des participants : les « médiatiques » sont du même monde (entre eux et avec les présentateurs). Familiers des médias et des hommes des médias, ils offrent toutes les garanties : non seulement on sait qu’ils passent bien (ce sont, comme disent les professionnels, de « bons clients »), mais on sait surtout qu’ils seront sans surprises. La censure la plus réussie consiste à mettre à des places où l’on parle des gens qui n’ont à dire que ce que l’on attend qu’ils disent ou, mieux, qui n’ont rien à dire. Les titres qui leur sont donnés contribuent à donner autorité à leur parole.

Les différents participants ne sont pas égaux devant ces situations : d’un côté des professionnels de la parole, dotés de l’aptitude à manipuler le langage soutenu qui convient ; de l’autre des gens moins armés et peu habitués aux situations de prise de parole publique (les syndicalistes et, a fortiori, les travailleurs interrogés, qui, devant la caméra, bafouillent, parlent avec précipitation, s’emmêlent ou, pour échapper au trac, font les marioles, alors que, quelques minutes avant, en situation normale, ils pouvaient dire des choses justes et fortes). Pour assurer l’égalité, il faudrait favoriser les défavorisés (les aider du geste et du regard, leur laisser le temps, etc.), alors que tout est fait pour favoriser les favorisés.

— L’inconscient des présentateurs, leurs habitudes professionnelles. Par exemple, leur soumission culturelle d’intermédiaires culturels demi-savants ou autodidactes, enclins à reconnaître les signes académiques, convenus, de reconnaissance. Ils sont le dispositif (c’est-à-dire l’Audimat) fait hommes : lorsqu’ils coupent des propos qu’ils craignent trop difficiles, ils sont sans doute de bonne foi, sincères. Ils sont les relais parfaits de la structure, et, s’ils ne l’étaient pas, ils seraient virés.

Dans leur vision de la grève et des grévistes, ils engagent leur inconscient de privilégiés : des uns, ils attendent des justifications ou des craintes (« Dites vos craintes », « De quoi vous plaignez-vous ? »), des autres des explications ou des jugements (« Qu’en pensez-vous ? »).

Pierre Bourdieu. Sociologue, professeur au Collège de France.

(1) « Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996 et 13 mars 1996.

Le Monde Diplomatique - Édition imprimée — avril 1996 — Page 25

21:23 | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/01/2010

Du prétendu droit du public de ne pas vouloir savoir, de l'auto-censure et de la collaboration des médias

document vidéo "Pas vu, Pas pris" de Pierre Carles (1998)

article "Censure, autocensure: maladies des médias ? Entretien avec Michel Polac, propos recueillis par Isabelle Veyrat-Masson Le Temps des médias n°1, automne 2003.

Pour un numéro sur « Interdits », il nous a paru légitime de rencontrer Michel Polac, dont la longue carrière dans l’audiovisuel fut marquée à plusieurs reprises par son audace retentissante, mais aussi par la répression dont il fut victime. Né en 1930, il commence sa carrière à la radio en 1951 dans Entrée des auteurs. En 1954, il crée avec François-Régis Bastide, Le Masque et la Plume. Il entre à la télévision en 1966. Ses sujets de prédilection appartiennent au domaine culturel mais, à partir de mai 1968, les questions sociales et politiques le passionnent également : il les aborde avec fougue et subjectivité à travers des fictions et de grands débats télévisés.

Comment définiriez-vous la censure [*] ?

La censure, une interdiction qui vient de la direction, elle-même saisie par le gouvernement ou par un ministre, ou alors, cas plus compliqué, par un groupe financier qui a des moyens de pression sur une radio ou une télévision ; situation finalement plus rare qu'on ne le croit. Car le mécanisme est plus subtil que cela. L'audiovisuel a connu des cas de censure violente, j'en ai vécu moi-même quelques-uns, j'en ai même été victime une fois ou deux. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c'est l'autocensure, c'est-à -dire la peur de déplaire aux pouvoirs, à son chef de service, au ministre ou à je ne sais qui. J'en ai connu des exemples innombrables, quasi quotidiens. C'est la maladie des médias et surtout de l'audiovisuel. Dans les journaux, les rôles sont mieux définis à l'avance : on connaît les sujets a priori tabous, qui tiennent à la ligne du journal. Dans l'audiovisuel, en revanche, tout reste beaucoup plus vague. Chaque émission peut être touchée ; c'est ce qui fait le « charme » de l'audiovisuel !

Ma première expérience de la censure date de 1948, alors que je travaillais à la radio, au Club d'essai. Une émission d'Artaud (l'année de sa mort), absolument terrifiante, magnifique, a été interdite. Cela a fait scandale, mais dans un milieu assez restreint : c'était Artaud, et il n'était pas très connu. J'ai réagi personnellement. Je lui ai consacré ma première émission à la télévision, à 18-19 ans, pour protester contre la censure qu'il avait subie.

Pourquoi, Artaud avait-il été censuré ?

Le texte qu'il lisait, Le jugement de Dieu avait été jugé blasphématoire et obscène, parce qu'il parlait de merde, de Dieu, de sperme. C'était un grand délire poétique qu'il proférait en hurlant. Les gens qui l'admirent terriblement disent que Artaud n'était pas fou, mais tout de même… L'émission était intéressante. Sous forme de monologue, elle posait justement la question de la folie, du génie poétique et de l'interprétation. Interdite pendant des années, elle n'est sortie en disque que dans les années 1980.

La radio avait alors un impact considérable. Le Club d'essai, que seuls les auditeurs parisiens pouvaient recevoir, était un espace extrêmement libre, dirigé par un poète, Jean Tardieu. Nous dépendions de la RTF ; mais nous étions à l'écart, dans un hôtel particulier, rue de l'Université. Tardieu était le patron idéal. Il nous laissait faire tout ce que nous voulions. Pourtant, il y avait chez nous une certaine autocensure ; à part l'aventure Artaud, on n'aurait pas eu l'idée de proposer un texte érotique, je ne veux même pas dire pornographique. On n'y pensait même pas. Nous avions intériorisé nos droits. À la même époque, certaines revues littéraires publiaient des textes osés, mais on ne l'imaginait pas en radio. J'étais particulièrement jeune ; mais les gens plus âgés que moi n'ont pas pris de risques non plus. Je n'ai pas entendu parler d'un sujet refusé, d'un texte écarté, jamais.

Là où j'ai commencé à connaître la censure, c'est lorsque la guerre d'Algérie a commencé. Le ministère des Armées intervenait sous prétexte d'« atteinte au moral de l'armée », à la « dignité » de l'armée, à « l'honneur » de l'armée… Nous n'avions pas d'avertissement, mais de simples remarques de notre directeur. Il faisait savoir à la direction – pas au Club d'essai – qu'il avait reçu une lettre du ministère des Armées pour telle ou telle raison. Mais ça ne dépassait pas l'écho amusé de notre patron, Paul Gilson.

Il s'agissait alors surtout de pressions…

Oui, mais il faut signaler une exception de taille qui concerne cette époque de la guerre d'Algérie. J'ai travaillé un tout petit moment à Europe n° 1, et j'ai assumé, avec Jacques Florent, la nuit des barricades à Alger. On recevait des documents, on les montait, on les diffusait au fur et à mesure, le soir et toute la nuit ; sans la moindre censure. Nous faisions tout ce que nous voulions. Les réactions sont venues plus tard : on n'a plus fait appel à moi…

À la télé, s'agissant de la guerre d'Algérie, la censure était beaucoup plus forte. À Cinq Colonnes à la une, les pressions s'exerçaient sur Lazareff, Desgraupes et Dumayet. Certains sujets n'étaient pas abordés. D'ailleurs, la guerre d'Algérie a été très mal traitée à la télévision. Les problèmes étaient escamotés. J'ai vécu cela de l'intérieur, à une époque où je débutais à la télévision. Une fois, on m'a demandé pour Cinq Colonnes à la Une – c'était assez tardif, aux alentours de 68 – de faire un sujet sur les premiers hippies à Goa. Or, la direction de l'époque a interdit que nous traitions ce sujet parce qu'il touchait forcément au haschisch, à la drogue. Nous avions déjà nos billets ; nous avions même été vaccinés ! Cette histoire témoigne d'un durcissement moral. Il ne fallait surtout pas faire de la publicité à des mœurs qui allaient corrompre la jeunesse. Mais la télévision a connu une censure beaucoup plus rude dans d'autres occasions.

À votre avis, le gouvernement était-il alors en phase avec l'opinion publique ?

Non, non, on avait très souvent conscience qu'ils étaient en retard sur l'évolution des mœurs. Il ne faut pas oublier que le grand cas de censure de l'époque, c'est la mise à la porte d'une speakerine qui avait porté une jupe trop courte [1]. On avait vu ses genoux ! Ce qui allait devenir banal un an ou deux après. Elle a été renvoyée parce qu'elle était un peu en avance… C'est hallucinant !

Quels étaient les principaux sujets d'interdiction ?

La guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie, et tout ce qui pouvait toucher à la sexualité dans les mœurs. Jusqu'en 1958, la censure s'exerçait surtout à propos de la guerre d'Algérie. Avec De Gaulle, elle s'est étendue aux mœurs. Et puis, avec Peyrefitte, ce furent des interventions permanentes. Sur la politique surtout. Moi, je n'étais pas à l'Actualité. Je ne travaillais que dans le culturel et là , nous n'étions pas gênés. Mais, pour ceux qui travaillaient à l'Information, un contrôle constant s'exerçait sur tout ce qui pouvait favoriser l'opposition ou lui donner trop de place.

Quel était votre statut à la radio puis à la télévision ?

J'ai toujours gardé le même statut, l'équivalent de pigiste dans la presse, ce qu'on a appelé ensuite un intermittent du spectacle, comme un comédien au cachet. Je n'avais pas de contrat. Je suis devenu réalisateur plus tard. À la radio, j'étais producteur-animateur. Je suis ensuite devenu réalisateur, quand j'ai commencé à faire des petits sujets, pour Dim-Dam-Dom, puis dans mes propres émissions littéraires à la télé. Je suis passé réalisateur complet, de fiction, après avoir fait mon premier long métrage, en 1969. Après 1968, la censure a commencé à agir. Mon premier film n'a pas eu de problèmes. Mais mon deuxième film, réalisé pour la télé, Demain la fin du monde, a eu des démêlés insensés. Il a été censuré alors que ce n'était pas un film directement politique. Il s'agissait de l'histoire d'un bourgeois classique qui, brusquement, craquait et abandonnait tout, sa famille, sa vie, son métier, pour devenir clochard dans les rues de Paris. Ils ont cherché des prétextes pour me censurer. Mais j'ai trouvé des défenseurs à la télé. Ils m'ont alors demandé deux coupures en espérant que je refuse ; mais j'ai biaisé jusqu'au dernier jour en prétendant avoir coupé. En réalité je n'ai écarté que quelques images. Ils m'ont fait tomber deux mois après…

Il y avait une scène où mon personnage était au lit avec une fille. Il a fallu tout d'abord couper le plan où l'on apercevait un bout de sein de la fille. Dans son délire, le personnage pensait qu'on les regardait. Pour ne pas avoir d'ennui avec la censure, au cas où des imbéciles ne comprennent pas, la fille se levait, ouvrait la fenêtre et on voyait qu'ils étaient au quatrième étage. Elle lui disait « mais écoute, tu rêves… ». Et bien notre PDG de l'époque m'a dit : « Monsieur, on ne montre pas des voyeurs à la télévision française ! ». Cet exemple est tout de même assez fabuleux !

Il y avait aussi une très forte censure sur le vocabulaire : on n'aurait jamais dit à l'époque « quel con ! ». Mais c'était surtout une autocensure. En fait, la direction n'avait pas tellement à intervenir parce qu'on était sage. La pression sociale suffisait : elle faisait qu'à la radio et à la télé, certaines choses ne se disaient pas ou ne se montraient pas.

Après 68, tout a basculé, parce qu'on a commencé à se révolter beaucoup plus directement ; c'est pourquoi bien des gens ont été renvoyés. Bref, je crois que mon incident avec Demain la fin du monde est typique, d'un côté d'un durcissement, de l'autre de notre volonté de casser un peu le système.

Quelle a été votre toute première émission de télévision ?

Ce fut Dim Dam Dom avec Daisy de Galard. Pour moi, ce devait être une sorte de Cinq Colonnes à la Une féminin et, pour Daisy de Galard, l'équivalent d'un journal féminin du type Elle, dont était la rédactrice en chef. Il y a donc eu divergences entre nous sur la conduite de cette émission. Je me suis pourtant beaucoup amusé à la faire pendant un an : dans l'esprit de Daisy de Galard. Mais on était de plus en plus loin de Cinq colonnes. Alors je suis parti. Assez vite, le nouveau directeur m'a alors donné une autre émission, parce qu'il pensait que j'étais protégé. Daisy de Galard avait, en effet, obtenu cette émission grâce à Olivier Guichard qu'elle épousa plus tard : situation très typique des mœurs de l'époque, des difficultés des femmes à s'imposer à la télévision, mais aussi des protections gouvernementales, souvent nécessaires pour produire des émissions. J'ai profité d'un quiproquo.

L'émission s'appelait Bibliothèque de poche ?

Oui, et cette émission a été arrêtée brutalement en 68, parce que je l'avais fait évoluer vers des sujets plus audacieux. Au début, c'était une émission de culture populaire. Bibliothèque de poche abordait les livres que l'on trouvait alors en livres de poche, Balzac, Stendhal, etc. Et puis, peu à peu, j'ai réalisé des numéros spéciaux sur Henry Miller, Gombrowicz, Céline. Cela a commencé à déplaire assez sensiblement. Et puis j'ai franchi un autre pas en faisant des lectures d'hommes politiques. La direction m'a demandé sur quels noms je voulais travailler. On est tombé d'accord sur deux de l'opposition, deux de la majorité : Olivier Guichard et Edgar Faure pour la majorité, Jacques Duclos et François Mitterrand pour l'opposition. Or, Mitterrand était à l'époque interdit de télévision (il l'était d'ailleurs aussi un peu avant). Ils m'ont laissé faire. Mais ils ont supprimé l'émission dès la rentrée suivante… Cette histoire est typique de la télévision.

C'était la seule raison ?

La principale raison, en tout cas. Mais il est vrai que la coloration générale que je donnais à l'émission ne plaisait pas : en 1968, membre de l'Intersyndicale, j'avais perdu mon statut de bon jeune homme de la télé. J'avais fait aussi un film qui avait plu et contribué à changer mon image.

Qui prend la décision d'arrêter telle ou telle émission ?

Là , c'était le directeur général de l'ORTF, nommé en juin 1968, Jean-Jacques de Bresson, ancien procureur, membre du Comité central du parti gaulliste. Il avait été choisi pour faire le ménage. Il décidait tout seul.

Ensuite vous faîtes tout de même Post Scriptum ?

Oui, c'est toujours pareil, il y a un côté paternaliste à la télévision. On trouve toujours des gens qui vous aiment bien. Ce n'est pas antipathique, finalement. Ainsi, Caroline Rueff (fille de Jacques Rueff), une collaboratrice de la chaîne, m'a défendu chaudement. Elle s'est battue pour moi, et m'a décroché une émission qui est devenue Post Scriptum. Elle passait à 11h du soir, n'avait pas de budget. C'était un petit café littéraire. Je lui ai imprimé une tournure assez contestataire, du genre de Droit de Réponse, en invitant des étudiants. Les sujets traités étaient assez audacieux pour l'époque : j'ai bien dit pour l'époque, parce qu'aujourd'hui elle n'aurait aucun effet… Je suis « tombé » au bout de six mois. Monsieur de Bresson ne supportait pas que je reçoive des étudiants et des écrivains qui, parfois, n'avaient pas leur langue dans leur poche.

J'ai fait une émission à propos de l'inceste autour du film Le souffle au cœur, avec Louis Malle, Alberto Moravia et le professeur Grassé, un biologiste très anti-darwinien qui a été absolument choqué que l'on fasse allusion à l'inceste d'une manière aussi humoristique. En effet, Moravia racontait des tas d'histoires d'inceste chez des paysans et cela faisait beaucoup rire sur le plateau ! Pour Moravia et Louis Malle, l'inceste n'était pas un drame. Grassé, qui faisait partie d'un Comité, s'est plaint et l'émission a été interdite, immédiatement suspendue. [2]

Mais n'y avait-il pas une apologie de l'inceste dans cette émission ?

Non, absolument pas. Mais il apparaissait, dans l'esprit post-soixante-huitard que l'inceste n'est jamais qu'une convention de certaines sociétés. C'était le sujet du film, puisque dans celui-ci la mère finit par faire l'amour avec son fils et ça se passe dans la joie. Avec le recul, je dirais que cela faisait vraiment partie des folies post-soixante-huitardes. On s'est aperçu depuis que l'inceste n'était pas anodin. Avec le recul, je pense qu'il y avait matière à scandale, mais pas dans la forme. Ce qui s'y disait n'était pas grave. J'ai revu l'émission : elle est amusante, absolument pas provocatrice, sans prêchi-prêcha pour l'inceste, pas une seconde. Il n'y a rien de malsain. Elle est anodine.

Vous avez dit que l'interdiction de cette émission sur l'inceste fut le prétexte à l'interdiction car « la suivante prévue sur le féminisme et l'avortement faisait encore plus peur » [3]. Quelle était cette peur ?

Ils ne l'auraient pas supprimé aussi vite. Mais ils ont su que j'avais prévu d'inviter Delphine Seyrig qui était au cœur de la lutte des femmes et du mouvement pour l'avortement. Ils se sont donc dépêchés de supprimer l'émission avant qu'on ait pu parler de ces sujets. Elle était pourtant programmée, et c'est sur le plateau même de l'émission que j'ai dû annoncer son arrêt à Delphine Seyrig et aux autres invités.

À cette époque, les conservateurs s'opposaient à l'évolution des mœurs car, pour eux, changer les mœurs signifiait changer les rapports politiques, et, du coup, favoriser la gauche. Il y avait également un anticommunisme violent. Situation paradoxale, car il n'y avait pas plus conservateurs que les communistes ! Avec 68, les conservateurs s'étaient rendus compte de leur fragilité. Ils ont eu peur des images, peur de la jeunesse. De mon côté, je n'ai jamais fait venir de militants. Mon intérêt était culturel.

Avant d'arrêter Post Scriptum, on vous a cependant proposé de rendre mensuelle une émission jusque-là hebdomadaire ?

Voilà comment cela s'est passé. C'était très typique, et la France est sur ce terrain très subtile. Le PDG a décidé d'arrêter complètement l'émission. Le ministre de la Culture, Jacques Duhamel, qui passait pour un libéral, a tout de même été averti. Il a demandé qu'on la conserve une fois par mois. J'ai refusé parce que, matériellement, cette solution était inacceptable. Il fallait que je paie mon mon équipe. Pour qu'elle gagne un mois normal, il était nécessaire qu'elle travaille chaque semaine. Mes collaborateurs étaient payés à l'émission, comme moi. De plus on savait que ce type d'émission ne marcherait pas mensuellement. C'est une question d'accroche…

Est-ce que le « grand public » de la télévision était en accord avec cette frilosité générale ?

Non, je ne pense pas. Mais, à cette époque, après 68, de Gaulle considérait que la télé était son outil de travail, qu'elle était à son service. C'est lui qui a donné cette habitude de censure et d'autocensure. Alain Peyrefitte était chargé de transmettre ses ordres. Rien ne se faisait sans passer par le cabinet de Peyrefitte. Même pour le premier numéro de Dim Dam Dom, on a fait une projection devant Peyrefitte, Guichard, bien sûr, et le directeur de l'époque, Contamine, un homme terriblement répressif.

Quel est le rôle de la provocation ? N'y a-t-il pas chez vous un plaisir particulier à frôler la censure ?

Sur ce plan, ma méthode était assez particulière. Parce que c'est conscient…

…et récurrent ?

Et récurrent ! La provocation est d'abord dans mon caractère. Je n'aime pas refaire deux fois la même chose, il faut surprendre chaque fois. Pour surprendre, il faut provoquer. C'est une technique. Mais il est un autre aspect, important pour une émission de débat : psychologiquement, il faut désarçonner les gens qu'on interroge. S'ils viennent avec leur discours préparé, cela n'a aucun intérêt. Il faut donc les surprendre pour que leur réponse soit elle-même surprenante, et qu'ils dévoilent quelque chose. C'est une sorte de dévoilement de la vérité. On voit tout à coup sur un visage une surprise, une peur, l'angoisse d'une réponse dangereuse. Il faut préparer des questions d'une certaine façon et provoquer en confrontant des gens qui ne s'attendent pas à être mis en face de l'autre. C'est pourquoi, quand j'ai repris la formule de Post Scriptum en faisant Droit de réponse, j'ai ajouté des invités ; c'était une technique pour provoquer. Il y avait quelqu'un dans la salle dont l'invité principal ignorait tout et, brusquement, il l'entendait lui dire quelque chose qui le désarçonnait.

J'ai presque eu honte de faire ainsi souffrir certains intervenants. C'est pénible parfois de jouer les procureurs.

Éprouve-t-on un plaisir particulier à tirer la barbichette du censeur ?

Oui, mais j'avais surtout le sentiment du devoir à accomplir. Ce n'était pas un plaisir gratuit. Je ne m'en prenais pas aux gens, mais à une profession, à une administration : l'administration pénitentiaire, la DASS, par exemple, qui avait un système d'adoption ridicule, les notaires, les syndics de faillite… Ou alors – exceptionnellement comme l'émission sur Robert Hersant – parce qu'il avait voulu s'y prêter.

J'avais le naà¯f espoir que cela changerait quelque chose. J'ai toujours espéré changer les choses.

En 1981, André Harris fait appel à vous. Vous êtes rappelé comme symbole de la nouvelle télévision, celle de la gauche au pouvoir…

Oui, encore qu'ils sont arrivés au pouvoir en mai et, pendant toute la période d'été où ils ont nommé de nouveaux patrons, créé de nouvelles émissions et fait des tas de projets, personne ne m'a contacté. Je n'ai jamais été inscrit à un parti ; j'étais totalement indépendant. C'est Harris, pour qui j'avais travaillé à Zoom et à 16 millions de jeunes qui a pensé à m'appeler. Nous étions déjà à la mi-septembre, et les programmes étaient bien avancés. Toutes les autres chaînes avaient commencé leurs projets et je pensais ne rien avoir. J'avais un film en préparation (à l'époque je faisais des téléfilms). à‡a a été un miracle que Harris pense à moi.

C'est vous qui lui avez présenté un projet ?

Non, mais je me disais tout de même qu'ils auraient pu songer à moi comme symbole du retour à une télé plus libre. Et ça s'est fait finalement.

Harris ne m'a jamais dit avec qui il avait discuté de mon retour : Mitterrand ? Mauroy ? Je n'ai jamais su si c'était de sa propre initiative.

Vous aviez des relations particulières avec la gauche ?

Aucune. J'étais totalement apolitique. J'ai été un peu libertaire, gauchiste tout de suite après 1968, mais plus culturellement que politiquement. J'ai fondé un groupe d'action intersyndicale en 1968 qui s'est transformé en syndicat CFDT des producteurs. Mais je ne m'y suis pas inscrit. Le syndicalisme n'était pas pour moi.

Lorsque vous commencez Droit de réponse, avez-vous le désir de dénoncer…

Non, pas du tout. C'était plutôt la reprise de Post-Scriptum, une émission culturelle avant tout.

L'évolution est venue d'un livre dont le thème était la violence. Et, à partir de là , on a abordé des questions plus politiques. C'est assez curieux, tout s'est passé au cours de la préparation. Je suis assez pragmatique, et je me suis dit : « on va voir ». J'ai senti l'air du temps. Mais on a gardé beaucoup de culturel pendant 6 ou 7 émissions. Peu à peu, on a vu ce qui accrochait. Or, à 20 h 30, une émission purement culturelle n'attirerait pas le public. Je me suis pris au jeu parce que j'ai vu très vite le nombre d'affaires que personne n'osait traiter, le poids de la censure que je ne soupçonnais pas moi-même. Je faisais partie de ces gens de l'audiovisuel tellement intégrés qu'ils ne voyaient pas ce qui était caché. Par exemple, quand je faisais Bibliothèque de poche, j'avais proposé de faire un sujet sur l'architecture. Il avait été refusé parce qu'il y avait des enjeux, l'immobilier, les scandales… Ils ne voulaient pas.

À Droit de réponse, j'ai donc fait une émission sur l' « architecture ». Et là , j'ai recueilli des témoignages insensés, expliquant que, pour travailler, il fallait absolument être inscrit dans un parti. J'ai découvert aussi le problème des caisses noires. Tout cela est sorti. J'ai réalisé à quel point ces questions étaient étouffées et n'étaient jamais traitées à la télévision. Cela m'a explosé à la figure. Mais je n'ai pas eu de censure. Le premier cas de censure, c'est quand j'ai voulu faire une émission sur l'espionnage et les agents secrets. Le responsable du service dont je dépendais est venu me voir de la part du PDG pour me dire qu'il m'était interdit de faire ce sujet. Je lui ai dit qu'il pouvait dire « merde » au patron, qu'on ne m'avait jamais interdit quoi que ce soit, que ce n'était pas aujourd'hui que j'allais commencer… Du coup, ils se sont tus. Mais je n'ai pas fait cette émission pour d'autres raisons.

Il fallait réagir de telle façon qu'ils n'oseraient aller au-delà , tout de suite leur faire comprendre qu'il n'était pas question de me laisser imposer des choix, un type d'émission ou de m'interdire de faire quelque chose. Je n'ai donc pas eu beaucoup de problèmes de censure. Il ne faut pas entrer dans l'engrenage de la discussion. Nous avons conçu une émission sur la Roumanie avec des dissidents – c'était l'époque du « parapluie bulgare ». Or, les dissidents étaient très menacés. Nous avons reçu un coup de téléphone de Claude Cheysson nous prévenant que Ceaucescu devait venir la semaine prochaine et que ce n'était pas le moment de passer cette émission. Il demandait seulement qu'on la retarde. On lui a dit que l'émission était déjà programmée dans les journaux, que les dissidents allaient faire du grabuge. Il a accepté. L'émission s'est faite. En représailles, la Roumanie a refusé de signer un contrat de 5 milliards avec Citroà« n.

Qu'est-ce qui vous conférait cette force ?

Un succès énorme. Nous étions protégés par nos millions de téléspectateurs. On a eu un autre problème avec le dictateur du Gabon. Un livre contre lui venait de sortir. Roland Dumas (alors ministre des Affaires étrangères) nous a fait dire qu'il menaçait de nationaliser les pétroles du Gabon si on en parlait. On a trouvé cela un peu lourd. C'est la seule fois où je suis intervenu auprès de la revue de presse : j'ai expliqué au journaliste que si l'on citait l'assassinat de l'amant de Madame Bongo, il y aurait des conséquences terribles. Je leur ai demandé de ne pas parler de cet épisode. Ils ont tous accepté. Mais un journaliste arrivé en retard, et n'ayant pas entendu mes recommandations, en a parlé !

Est ce que les pétroles du Gabon ont été nationalisés ?

Non, pas du tout.

Parmi les différents « prétextes » à la censure : la politique, l'économique, l'audience, les mœurs, lesquels vous semblent les plus puissants

C'est très difficile à dire. Pour ce qui concerne les mœurs, la France n'a pas suivi la dérive anglo-américaine : la prudence a toujours prévalu. Faire une émission sur Mazarine Pingeot ne m'intéressait pas du tout. On ne parle pas des amants ou des maîtresses…

La plus grosse censure est tout de même d'ordre économique. Quand Bouygues a été nommé, j'ai dit à le Lay que s'ils me laissaient traiter les sujets comme avant, cela ne me gênait pas d'avoir un patron du privé. Il m'a dit : « vous êtes libre ». Je lui ai alors demandé, un brin provocateur, « et si je traite un sujet qui concerne le bâtiment, vous me laisserez faire ? ». « Oui, oui, absolument » m'a-t-il répondu. Le premier sujet de la rentrée fut forcément le pont de l'île de Ré, sujet qui m'avait d'ailleurs été proposé par Cousteau, qui s'est « dégonflé » et n'est pas venu à l'émission. Bouygues m'a laissé faire : il a même voulu m'aider. Il m'avait offert un contrat royal. Moyennant quoi, il s'est dit qu'au prix où il me payait, je n'allais pas me rebeller contre lui… Je ne me suis pas rebellé, mais j'ai laissé parler. Il était furieux. Il a supprimé l'émission avant de me licencier. Ce qui était un cas très nouveau : un patron de chaîne privée interdisant puis licenciant quelqu'un pour le traitement d'un sujet qu'il avait lui-même autorisé ! J'ai fait un grand battage, partout, même très loin (en Allemagne) pendant des mois, et j'ai expliqué combien cet exemple était typique des conséquences de la privatisation de l'audiovisuel. Le dessin de Wiaz [4] était un prétexte. La vraie raison est ailleurs : j'avais évoqué la construction du pont par Bouygues ; un pont sans permis de construire. J'avais montré qu'il était tout puissant, qu'il faisait ce qu'il voulait.

Les radios privées ont toujours ces problèmes-là . Aujourd'hui encore, on n'attaque pas non plus Hachette-Lagardère sur les radios qui leur appartiennent.

[*] Propos recueillis le 28 mai 2003.

[1] Noà« lle Noblecourt (1964).

[2] mai 1971.

[3] « Littérature et télévision », Cinémaction, mai 1996.

[4] Un dessin de Wiaz, passé à l'antenne pendant le débat (comme c'était la tradition à Droit de réponse), montrant Bouygues, avec la légende « Une maison de maçon, un pont de maçon, une télé de “m…†», qui justifia officiellement l'arrêt de l'émission le 19 septembre 1987.

 

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09:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

25/01/2010

Résumé du discours du Président de la république: Français, Ayez confiance !

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21:48 | Lien permanent | Commentaires (0) |

24/01/2010

Les préparatifs du triomphe de la volonté de Nicolas Sarkozy de N.B., qui répondra aux Français* lundi 25 janvier 2010 sur TF1

* avec un nombre limité d’interlocuteurs ou d'interlocuteurs limités.

 

Lundi 25 janvier au soir, le  président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N.B., répondra d’abord aux questions (préalablement préparées par la Propaganda Staffel) de Leni Ferrari pendant le journal de 20 heures.

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Leni Ferrari en repérage sur le plateau de tournage l'émission du lundi 25 janvier 2010 (crédit photo Propaganda Staffel)

 

Le président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N.B., participera ensuite à une émission spéciale d’une heure environ «Paroles de Français» (clin d'oeil à l'émission radiophonique des résistants de Radio Paris des années 1940-1944), animée par Heinrich Pernaut, au cours de laquelle il dialoguera avec une dizaine de personnes françaises (préalablement choisies par le haut secrétariat de l'identité nationale et de l'interdiction de débarquer sur les plages Corse)**.

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Derniers préparatifs et répétitions pour le public de l'émission de Heinrich Pernaut (crédit photo Propaganda Staffel )

 

**Afin de préparer son allocution, le président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N.B., a appelé ses fans sur le site Facebook.

Gilbert Montagné, secrétaire de l'identité nationale des compositeurs handicapés français a, quand à lui, appelé ses électeurs sur le site Optic 2012.

 

 

 

créé en pensant à Consanguin ;o)

 

23:56 | Lien permanent | Commentaires (3) |

28/06/2009

Les faux résistants...Faux con ou vraie buse ?

Promo pour la chair à canon sur F2, ancienne chaîne publique...

Premier faux cul = Lizarazu ! Les autres vont suivre...

Dans la série "je fais croire que l'armée c'est bien" surtout quand on y est pas...avec Gillie Suit,Saco TRG et tout le toutim...


Lizarazu, Rapace d’un jour

Bonjour à tous,
c’est bon, je suis à jour concernant les photos. J’ai eu un petit soucis informatique en effet.
Soyez gentil, ne vous moquez pas de moi avec mon casque orange.
C’est de là qu’est née l’expression “Tete d’oeuf”!
Mis à part ce détail esthétique, j’ai passée une journée extraordinaire avec les forces spéciales du 1er RPIMa basé à Bayonne.
J’ai testé pour vous leur savoir faire…
Prise d’otage, saut en parachute à 4000M d’altitude avec un immense frisson de 45 secondes de chute libre, tir et close combat.
J’ai reçu un accueil musclé (c’était pas pour me déplaire) mais sympa et chaleureux. J’ai vraiment du donner de ma personne…pour suivre cette élite de l’armée dans leurs entrainements.
D’autant plus que l’AIR, c’est pas du tout mon domaine et c’était une première.
C’est à voir le 14 juillet sur France 2 et c’est présenté par Michel Drucker
A trés vite
Bixente
..
N.B1: vous commencez à etre faignant sur vos messages sur le blog.
Une précision pour ceux qui en doutent: je lis tous vos messages et j’écris mes articles!!!
Alors bougez vous les fesses maintenant.
..
N.B2: Ci dessous articles et photos parus dans Sud Ouest
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..
..
1ER RPIMA. Le champion du monde de foot s’est entraîné avec les commandos au coeur de la Citadelle

8d4ff9f880-300x256 Lizarazu, Rapace dun jourliza7-300x209 Lizarazu, Rapace dun jourb636f59548-300x210 Lizarazu, Rapace dun jour542a9ff58c-300x199 Lizarazu, Rapace dun jour155f9162f0-300x206 Lizarazu, Rapace dun jour

Lizarazu, Rapace d’un jour

 Lizarazu, Rapace dun jour
« Il y a plein de similitudes avec le sport de haut niveau : l’entraînement, l’esprit d’équipe, le capitaine, le don de soi. » (Photo P. Bernière)

Le 14 juillet à 20 h 35 sur France 2, Michel Drucker, star des animateurs télé, présentera un exceptionnel numéro d’« Au coeur de l’armée de terre ». Deux heures trente de reportage dans l’univers des militaires d’élite. Dix minutes seront consacrées au 1er RPIMa de Bayonne qui aura défilé à bord de 22 véhicules le matin sur les Champs-Élysées.

Suivi par la caméra, Bixente Lizarazu a joué les reporters toute la journée hier. A son menu, l’entraînement ordinaire des « Rapaces » surnom des commandos : saut en parachute à 4 000 mètres, séance de tir, sport de combat, extraction en grappe suspendu au bout d’un filin fixé au ventre d’un hélicoptère. Pas de quoi effrayer le champion du monde 98, fondu de surf et de pirogue hawaïenne. Quoi que…

Avant un match

« Ca fait exactement comme avant un match, j’ai la bouche sèche, j’ai envie de boire un coup ». Caterpillar aux pieds, combinaison camouflage serrée au corps, seyant casque orange fluo vissé sur le crâne, lunette de cosmonaute, Bixente sourit et lève le pouce : tout baigne ! L’hélicoptère de transport s’arrache du sol dans un souffle d’ouragan. Quelques minutes plus tard : Bixente et son coéquipier de tandem sont largués au-dessus d’Hasparren pour un nouveau bol d’adrénaline. « Franchement, ça décoiffe », s’esclaffe l’intéressé.

Sous la conduite du capitaine de Monicault et du chef de corps, le colonel Éric Vidaud, l’athlète s’est dépensé sans compter physiquement en posant mille questions pour comprendre. Des séquences fortes en émotions entrecoupées par d’inévitables séances autographes. Interrogé sur l’image d’homme défenseur de la nature qu’il dégage comparée à la rigueur de la tenue militaire, il coupe court : « J’ai une espèce de fascination pour ces métiers. Ces mecs ont une vie atypique, ils sont là partout dans le monde, souvent pour sauver des gens. »

Auteur : Dominique Bayle-Siot
d.baylesiot@sudouest.com

20:27 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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