Avertir le modérateur

28/11/2012

GUERRE DE CLASSE - travail • communauté • politique • guerre

guerre,classe,prole info,infokiosque

sur infokiosque

sur prole.info

11:28 | Lien permanent | Commentaires (1) |

27/01/2012

Michael Seidman – « Ouvriers contre le travail ». Barcelone et Paris pendant les fronts populaires (ebook)

via rgz

19:32 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/12/2011

Marx et la finance: une approche actuelle

via une idée de ramiro

 

Par Michel Husson

Les chapitres du Capital  que Marx a consacrés à ce que l’on appellerait aujourd’hui la «finance» contiennent des éléments théoriques qui peuvent tout à fait être mobilisés pour comprendre la crise actuelle [1]. Ils ont probablement souffert d’être restés à l’état de brouillons, dont la lecture est souvent rébarbative, et c’est tout l’intérêt de cette nouvelle édition d’en présenter le noyau dur. Ils constituent cependant un maillon essentiel entre l’analyse la plus abstraite du capitalisme et la prise en compte d’éléments de son fonctionnement concret.

Quand Marx expose la théorie de la valeur et de l’exploitation, ou étudie les conditions de reproduction du système, il se place dans un monde abstrait où le crédit, la finance, les rentiers sont en quelque sorte absents et restent au second plan du face-à-face entre capitalistes et travailleurs. Il ne s’agit pas d’une simplification réductrice mais d’un moment dans la théorie qui conduit ensuite à l’introduction de catégories supplémentaires, telles que la rente ou l’intérêt. Dans cette méthode, les niveaux d’analyse sont imbriqués de manière cohérente, ce qui veut dire que l’étude de la finance doit se faire en aval de la théorie de la valeur.

De ces très riches pages, on peut au fond retenir deux propositions essentielles:
1) la finance ne crée pas de valeur, et les revenus financiers sont des revenus dérivés de la plus-value;
2) les actions constituent un capital fictif dont la valeur est un droit seulement virtuel sur la plus-value.

 

la suite sur A l'encontre

17:44 | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/05/2011

Alaska Permanent Fund - Travail et revenu garanti -

piqué chez http://perso.wanadoo.fr/marxiens/politic/revenus/richesse.htm


Dans un passage pas très connu des Grundisse (p. 387), Marx se demande ce qu'est la richesse "une fois dépouillée de sa forme bourgeoise bornée" ; il répond qu'elle n'est rien d'autre que le développement dans l'échange universel de la totalité des facultés et capacités humaines "en tant que telles, comme fin pour elles-mêmes, mesurées selon nul étalon préétabli". Ce qui me plaît et m'intéresse par dessus tout dans ce passage, c'est que les "facultés de jouissance, de production, de création, de cognition etc." ne sont pas comprises comme des "forces productives" qui permettent la création de richesse mais comme "étant", fins en elle-mêmes.

La richesse elle-même

Nous voilà enfin au-delà du productivisme, au-delà de l'habituelle façon de considérer la "matière grise" comme "matière première de la richesse" (p.27).

Considérer le développement des facultés humaines comme création de richesse, c'est déjà, en effet, abandonner une conception marchande-utilitaire-économiste de la richesse. Prendre le développement humain comme fin en lui-même, c'est dire qu'il vaut par soi, indépendamment de son utilité économique immédiate. C'est en "n'étant pas" fonctionnel au procès de production immédiat qu'il va féconder l'orientation, la finalité, la nature de la production et des échanges économiques, et les "mettre à leur place". S'il est seulement fonctionnel à la production économique, il engendrera des individualités aplatie, mutilées, inaptes au loisir (otium, scholé), sauf aux loisirs consommables sous forme de marchandises (cf. dans le dernier Rifkin, les chapitres sur la commercialisation de la culture et l'industrie du loisir).

Les facultés cognitives, esthétiques, imaginatives etc. exigées par la mutation du mode de production ne s'apprennent pas par la formation professionnelle accélérée, ni par l'enseignement scolaire. Elles relèvent de ce que j'ai appelé le "travail de production de soi" et celui-ci demande du temps. Dès à présent le temps, formellement "hors travail", de la production de soi dépasse, et de loin, le temps de travail immédiat. Pour être à la hauteur des exigences de leur travail immédiat une proportion forte et rapidement croissante d'actifs doivent avoir des capacités et des dispositions qui dépassent de loin celles que leur travail immédiat exige d'eux. Une tension croissante apparaît ainsi entre le travail immédiat et le travail de production de soi qu'il implique, la temporalité de l'un et de l'autre. L'importance du travail de production de soi tend à l'emporter, et de loin, sur celle du travail immédiat et le sens de la vie à se déplacer vers le premier. Il devient factuellement impossible de considérer que seul le travail immédiat produit de la richesse et que seul le temps de travail immédiat donne droit à un revenu. Impossible également de faire dépendre la hauteur du revenu de la quantité, mesurée en heures, de ce travail. La majorité de la population active, d'ailleurs, n'occupe plus un emploi stable à plein temps et chez les moins de 35 ans la majorité ne désire plus ce genre d'emploi, préférant une vie multidimensionnelle, multiactive, polycentrique...

L'importance tendanciellement prépondérante du travail de production de soi agit comme un poison lent sur le rapport salarial, mine la notion de "travail" et la "loi de la valeur". Le travail de production de soi, en effet, n'est pas réductible à une quantité de "travail simple, travail abstrait" comparable à, et échangeable contre n'importe quel autre travail. Son produit et son rendement ne sont pas mesurables. Il n'a pas de valeur d'échange calculable, n'est pas marchandise. La place qu'il occupe - la place qu'occupe le développement des connaissances, capacités, qualités personnelles, aptitudes aux échanges, aux coopérations, etc. - confère légitimité et crédibilité à l'exigence d'un revenu découplé du "travail" et rend attentif à toutes les richesses qui, elles non plus, ne sont pas mesurables selon un étalon universel ni échangeables les unes contre les autres. Ce qui est le cas notamment de la vie, de la culture, du tissu relationnel et de la nature qui est fin en elle-même du point de vue esthétique, bien commun universel du point de vue social et force productive du point de vue économique.

Annexe

C'est précisément parce qu'il devient incontournable que le droit au revenu découplé du travail est combattu par le Medef avec la plus grande énergie. Entre autres formes il prend actuellement celle du revenu parental d'éducation (un an avec 80% du salaire pour chaque enfant en Suède, le partage de cette année entre la mère et le père étant sur le point d'être exigé) et, d'autre part, la forme du droit au congé "formation" (un an au Danemark) le contenu de cette "formation" n'étant pas pré-déterminé. A creuser, également, le droit, envisagé en France, à 20 années de "formation" au cours de la vie de chacun avec droit à un revenu non encore défini. Claus Offe propose une formule qui revient à peu près au même : toute personne ayant droit à un "compte sabbatique" égal à dix années de revenu de base. Après accomplissement de sa scolarité obligatoire elle pourra, à sa guise, prendre un total de 120 mois de congé par fractions ne dépassant pas six mois.

Il faut savoir exploiter les brèches qui s'ouvrent dans la logique du système pour les élargir. Le statut du travail de production de soi, la définition, la production, les modes de transmission, de partage et de mise en commun du "savoir", la tendance qu'a le capital à le privatiser et monopoliser pour en faire la source d'une rente, tout cela est désormais l'enjeu d'un conflit central. Reconnaître les richesses non commercialisables, non monétarisables, les rendre librement accessibles à tous, en interdire la privatisation-monopolisation-valorisation capitalistes, tout cela exige que le droit à un revenu suffisant cesse de dépendre du travail immédiat et de sa quantité, en voie de rapide décroissance.

Au bout du compte, un revenu suffisant garanti à tous ne pourra rester longtemps un revenu de transfert. On ne voit pas sur quels revenus primaires il serait prélevé quand le volume du travail immédiat ne cesse de se contracter et que sa part dans le PIB ne cesse de diminuer. Vouloir le prélever sur les revenus du capital et de la fortune est un contre-sens : quand le travail et les revenus du travail régressent, les revenus du capital ne peuvent augmenter, comme ils l'ont fait dans les années récentes, que grâce au gonflement d'une bulle spéculative à l'implosion de laquelle on assiste actuellement. Croire qu'on peut indéfiniment gagner de l'argent avec de l'argent placé en Bourse et que celle-ci peut par elle-même créer de la monnaie et de la richesse est une stupéfiante stupidité dont Alain Minc n'a pas, hélas, le monopole.

Bref : au bout du compte, un revenu de base suffisant garanti à tous ne pourra être servi que comme revenu primaire par émission d'une monnaie de consommation.

André Gorz

 

 

piqué chez arbeitmachtnichtfrei.skynetblogs.be

Une critique d'André Gorz et du « revenu garanti » par Anselm Jappe

Extrait du livre Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur (pp. 268-270, Denöel, 2003), publié dans le bulletin Sortir de l'économie n° 2, p. 56.


Une critique d'André Gorz et du « revenu garanti »


Pour les néomaussiens, le don devrait simplement jouer un rôle subsidiaire par rapport au marché et à l'Etat, institutions qu'ils ne songent pas à mettre en discussion [...] Ces auteurs doivent admettre que désormais le concept de don est également utilisé par les économistes néoclassiques - qui ont découvert, par exemple, l'importance du volontariat - et par les "théoriciens du management" qui commencent à apprécier la "valeur des liens". Mais les théoriciens du don restent désarmés face à cette récupération, parce qu'ils ont déjà décidé qu'entre le don et la marchandise il n'y a pas de polarité et que concevoir le don comme alternative totale à la marchandise serait un "romantisme" déplorable. [...]

 

André Gorz considère lui aussi que pour sortir de la crise que la société traverse actuellement il faut à la fois moins de marché et moins d'Etat. On obtiendrait ainsi des échanges qui ne soient gouvernés ni par l'argent ni par quelque appareil administratif, mais basés sur des réseaux d'entraide, de coopération volontaire et de solidarité auto-organisée. C'est ce que Gorz appelle le renforcement de la "société civile". Il articule une polémique contre le travail qui n'est pas sans mérites [Gorz est notamment influencé par Robert Kurz], même s'il affirme que le caractère hétéronome du travail est dû aux nécessités techniques d'une production complexe. Ainsi, il serait indépassable. Il faudrait, selon lui, limiter le plus possible le travail hétéronome - qui cependant restera toujours soumis aux exigences de la "rentabilité" abstraite - et placer à son côté une sphère basée sur la coopération libre et dégagée de la forme valeur. Cette sphère devrait être soutenue économiquement par l'Etat.

 

Chez Gorz restent présentes des références à Marx [...]. Il sait qu'une quantité réduite de travail signifie en même temps une quantité réduite de valeur. Mais il ne voit pas que cela implique nécessairement une quantité réduite d'argent. A la production accrue de biens d'usage ne correspond pas une augmentation de la valeur, mais sa diminution ; il y a donc bien peu à "redistribuer" en termes monétaires. Pour croire qu'il y a des quantités énormes d'argent à "redistribuer", il faut prendre pour "argent comptant" les sommes fictives créées par la spéculation. L'Etat ne peut aider économiquement le secteur du non-travail - même s'il le voulait - que dans la mesure où il y a encore des procès de valorisation réussis qui produisent de l'argent "valable". Ceci n'est possible que lorsque l'économie nationale en question - qui doit créer la "base imposable" qui permet à l'Etat de financer ses interventions - résiste à la concurrence toujours plus acharnée sur les marchés mondiaux. Autrement dit, toutes les propositions faites dans les pays les plus riches pour une redistribution monétaire en faveur des secteurs non "rentables" - donc à nourrir des " bouches inutiles "  - présupposent toujours tacitement que ces économies maintiennent leur position de gagnants au détriment du reste du monde.

 

Enfin, cette perspective du "no profit" n'est pas très différente de celle des néokeynésiens : oui à la marchandise, à condition pourtant qu'elle reste dans ses bornes et renonce à dévorer la société entière. Ce qui n'est rien d'autre qu'un voeu pieux. Mais même ici existe le risque que ces théories bien intentionnées servent finalement à gérer la nouvelle pauvreté causée par le rétrécissement du travail : on invite les marginalisés à organiser eux-mêmes leur survie en s'aidant l'un l'autre et en échangeant directement des services - mais toujours à un niveau matériel très bas, parce que naturellement les ressources resteront réservées en priorité aux circuits mercantiles, même quand seulement une minorité infime pourra s'en servir. Et rien ne changerait si l'on réalisait la proposition commune aux différentes âmes de la nouvelle contestation, d'instaurer un "revenu de base" ou "salaire social" à attribuer à chaque citoyen, indépendamment de son travail [André Gorz après l'avoir longtemps combattu, a rejoint cette proposition en 1998]. Ce n'est pas par hasard si le salaire social a été proposé il y a bien des années précisément par Milton Friedman, un des fondateurs du néolibéralisme. Selon lui, l'octroi d'une aide de survie à chaque nécessiteux devrait permettre de faire l'économie de toutes les autres aides publiques, telles que l'indemnité de chômage. Auparavant déjà, pour des théoriciens du libéralisme comme Quesnay, le soin des pauvres était un des rares devoirs auxquels l'Etat devait se limiter. Et si le salaire social sera vraiment introduit, ce sera sous cette forme.

 

Dans une situation de précarité généralisée, où les embauches temporaires, le temps partiel, les stages de formation, etc., alternent avec le chômage et le travail au noir, une telle aide minimale n'a rien d'émancipateur, mais faciliterait l'extension ultérieure de ces pratiques. Il faudrait combattre le travail en tant que tel, même là où il existe encore, au lieu de proposer des solutions pour faire survivre les nouveaux pauvres sans qu'ils demandent l'accès aux ressources.

 

Stephen Bouquin critique également André Gorz et l'idée de "revenu garanti" dans son texte Fin du travail ou crise du salariat ?

 

Autres critiques d'André Gorz :

Antiéconomie : André Gorz et la critique de la valeur par Franz Schandl

Paradoxes autour du travail par Jean-Marie Vincent et Toni Negri

Conscience ouvrière, adieu au prolétariat ou multitude ? par Alexander Neumann (in Variations, Hiver 2009-2010 : Conscience de casse. La sociologie critique de l'école de Francfort, pp. 49-66.)

Travail et consitution du sens par Pascal Nicolas-le Strat

Antoine Artous critique longuement la "critique weberienne du travail" effectuée par Gorz, Meda, Gollain, etc. dans son livre Travail et émancipation sociale.

 

D'Anselm Jappe, voir notamment la Discussion autour de son livre Les Aventures de la marchandise... ; Pourquoi critiquer radicalement le travail ? et Au sujet de la décroissance.

 

Sur le don, voir par exemple le premier chapitre du livre d'Alain Testart, Critique du don : études sur la circulation non marchande : [PDF] Qu'est-ce que le don ?, et/ou Marcel Mauss et le paradigme du don par Alain Caillé.

 

autre docs PDF :

http://www.futuribles.com/pdf/PSDI/07_RevenuUniversel.pdf

http://www.creageo.ch/le_revenu_universel_comme_prospective_sociopolitique__162d102d07_.pdf

 

 

11:53 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Alaska Permanent Fund - Travail et revenu garanti -

piqué chez http://perso.wanadoo.fr/marxiens/politic/revenus/richesse.htm


Dans un passage pas très connu des Grundisse (p. 387), Marx se demande ce qu'est la richesse "une fois dépouillée de sa forme bourgeoise bornée" ; il répond qu'elle n'est rien d'autre que le développement dans l'échange universel de la totalité des facultés et capacités humaines "en tant que telles, comme fin pour elles-mêmes, mesurées selon nul étalon préétabli". Ce qui me plaît et m'intéresse par dessus tout dans ce passage, c'est que les "facultés de jouissance, de production, de création, de cognition etc." ne sont pas comprises comme des "forces productives" qui permettent la création de richesse mais comme "étant", fins en elle-mêmes.

La richesse elle-même

Nous voilà enfin au-delà du productivisme, au-delà de l'habituelle façon de considérer la "matière grise" comme "matière première de la richesse" (p.27).

Considérer le développement des facultés humaines comme création de richesse, c'est déjà, en effet, abandonner une conception marchande-utilitaire-économiste de la richesse. Prendre le développement humain comme fin en lui-même, c'est dire qu'il vaut par soi, indépendamment de son utilité économique immédiate. C'est en "n'étant pas" fonctionnel au procès de production immédiat qu'il va féconder l'orientation, la finalité, la nature de la production et des échanges économiques, et les "mettre à leur place". S'il est seulement fonctionnel à la production économique, il engendrera des individualités aplatie, mutilées, inaptes au loisir (otium, scholé), sauf aux loisirs consommables sous forme de marchandises (cf. dans le dernier Rifkin, les chapitres sur la commercialisation de la culture et l'industrie du loisir).

Les facultés cognitives, esthétiques, imaginatives etc. exigées par la mutation du mode de production ne s'apprennent pas par la formation professionnelle accélérée, ni par l'enseignement scolaire. Elles relèvent de ce que j'ai appelé le "travail de production de soi" et celui-ci demande du temps. Dès à présent le temps, formellement "hors travail", de la production de soi dépasse, et de loin, le temps de travail immédiat. Pour être à la hauteur des exigences de leur travail immédiat une proportion forte et rapidement croissante d'actifs doivent avoir des capacités et des dispositions qui dépassent de loin celles que leur travail immédiat exige d'eux. Une tension croissante apparaît ainsi entre le travail immédiat et le travail de production de soi qu'il implique, la temporalité de l'un et de l'autre. L'importance du travail de production de soi tend à l'emporter, et de loin, sur celle du travail immédiat et le sens de la vie à se déplacer vers le premier. Il devient factuellement impossible de considérer que seul le travail immédiat produit de la richesse et que seul le temps de travail immédiat donne droit à un revenu. Impossible également de faire dépendre la hauteur du revenu de la quantité, mesurée en heures, de ce travail. La majorité de la population active, d'ailleurs, n'occupe plus un emploi stable à plein temps et chez les moins de 35 ans la majorité ne désire plus ce genre d'emploi, préférant une vie multidimensionnelle, multiactive, polycentrique...

L'importance tendanciellement prépondérante du travail de production de soi agit comme un poison lent sur le rapport salarial, mine la notion de "travail" et la "loi de la valeur". Le travail de production de soi, en effet, n'est pas réductible à une quantité de "travail simple, travail abstrait" comparable à, et échangeable contre n'importe quel autre travail. Son produit et son rendement ne sont pas mesurables. Il n'a pas de valeur d'échange calculable, n'est pas marchandise. La place qu'il occupe - la place qu'occupe le développement des connaissances, capacités, qualités personnelles, aptitudes aux échanges, aux coopérations, etc. - confère légitimité et crédibilité à l'exigence d'un revenu découplé du "travail" et rend attentif à toutes les richesses qui, elles non plus, ne sont pas mesurables selon un étalon universel ni échangeables les unes contre les autres. Ce qui est le cas notamment de la vie, de la culture, du tissu relationnel et de la nature qui est fin en elle-même du point de vue esthétique, bien commun universel du point de vue social et force productive du point de vue économique.

Annexe

C'est précisément parce qu'il devient incontournable que le droit au revenu découplé du travail est combattu par le Medef avec la plus grande énergie. Entre autres formes il prend actuellement celle du revenu parental d'éducation (un an avec 80% du salaire pour chaque enfant en Suède, le partage de cette année entre la mère et le père étant sur le point d'être exigé) et, d'autre part, la forme du droit au congé "formation" (un an au Danemark) le contenu de cette "formation" n'étant pas pré-déterminé. A creuser, également, le droit, envisagé en France, à 20 années de "formation" au cours de la vie de chacun avec droit à un revenu non encore défini. Claus Offe propose une formule qui revient à peu près au même : toute personne ayant droit à un "compte sabbatique" égal à dix années de revenu de base. Après accomplissement de sa scolarité obligatoire elle pourra, à sa guise, prendre un total de 120 mois de congé par fractions ne dépassant pas six mois.

Il faut savoir exploiter les brèches qui s'ouvrent dans la logique du système pour les élargir. Le statut du travail de production de soi, la définition, la production, les modes de transmission, de partage et de mise en commun du "savoir", la tendance qu'a le capital à le privatiser et monopoliser pour en faire la source d'une rente, tout cela est désormais l'enjeu d'un conflit central. Reconnaître les richesses non commercialisables, non monétarisables, les rendre librement accessibles à tous, en interdire la privatisation-monopolisation-valorisation capitalistes, tout cela exige que le droit à un revenu suffisant cesse de dépendre du travail immédiat et de sa quantité, en voie de rapide décroissance.

Au bout du compte, un revenu suffisant garanti à tous ne pourra rester longtemps un revenu de transfert. On ne voit pas sur quels revenus primaires il serait prélevé quand le volume du travail immédiat ne cesse de se contracter et que sa part dans le PIB ne cesse de diminuer. Vouloir le prélever sur les revenus du capital et de la fortune est un contre-sens : quand le travail et les revenus du travail régressent, les revenus du capital ne peuvent augmenter, comme ils l'ont fait dans les années récentes, que grâce au gonflement d'une bulle spéculative à l'implosion de laquelle on assiste actuellement. Croire qu'on peut indéfiniment gagner de l'argent avec de l'argent placé en Bourse et que celle-ci peut par elle-même créer de la monnaie et de la richesse est une stupéfiante stupidité dont Alain Minc n'a pas, hélas, le monopole.

Bref : au bout du compte, un revenu de base suffisant garanti à tous ne pourra être servi que comme revenu primaire par émission d'une monnaie de consommation.

André Gorz

 

 

piqué chez arbeitmachtnichtfrei.skynetblogs.be

Une critique d'André Gorz et du « revenu garanti » par Anselm Jappe

Extrait du livre Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur (pp. 268-270, Denöel, 2003), publié dans le bulletin Sortir de l'économie n° 2, p. 56.


Une critique d'André Gorz et du « revenu garanti »


Pour les néomaussiens, le don devrait simplement jouer un rôle subsidiaire par rapport au marché et à l'Etat, institutions qu'ils ne songent pas à mettre en discussion [...] Ces auteurs doivent admettre que désormais le concept de don est également utilisé par les économistes néoclassiques - qui ont découvert, par exemple, l'importance du volontariat - et par les "théoriciens du management" qui commencent à apprécier la "valeur des liens". Mais les théoriciens du don restent désarmés face à cette récupération, parce qu'ils ont déjà décidé qu'entre le don et la marchandise il n'y a pas de polarité et que concevoir le don comme alternative totale à la marchandise serait un "romantisme" déplorable. [...]

 

André Gorz considère lui aussi que pour sortir de la crise que la société traverse actuellement il faut à la fois moins de marché et moins d'Etat. On obtiendrait ainsi des échanges qui ne soient gouvernés ni par l'argent ni par quelque appareil administratif, mais basés sur des réseaux d'entraide, de coopération volontaire et de solidarité auto-organisée. C'est ce que Gorz appelle le renforcement de la "société civile". Il articule une polémique contre le travail qui n'est pas sans mérites [Gorz est notamment influencé par Robert Kurz], même s'il affirme que le caractère hétéronome du travail est dû aux nécessités techniques d'une production complexe. Ainsi, il serait indépassable. Il faudrait, selon lui, limiter le plus possible le travail hétéronome - qui cependant restera toujours soumis aux exigences de la "rentabilité" abstraite - et placer à son côté une sphère basée sur la coopération libre et dégagée de la forme valeur. Cette sphère devrait être soutenue économiquement par l'Etat.

 

Chez Gorz restent présentes des références à Marx [...]. Il sait qu'une quantité réduite de travail signifie en même temps une quantité réduite de valeur. Mais il ne voit pas que cela implique nécessairement une quantité réduite d'argent. A la production accrue de biens d'usage ne correspond pas une augmentation de la valeur, mais sa diminution ; il y a donc bien peu à "redistribuer" en termes monétaires. Pour croire qu'il y a des quantités énormes d'argent à "redistribuer", il faut prendre pour "argent comptant" les sommes fictives créées par la spéculation. L'Etat ne peut aider économiquement le secteur du non-travail - même s'il le voulait - que dans la mesure où il y a encore des procès de valorisation réussis qui produisent de l'argent "valable". Ceci n'est possible que lorsque l'économie nationale en question - qui doit créer la "base imposable" qui permet à l'Etat de financer ses interventions - résiste à la concurrence toujours plus acharnée sur les marchés mondiaux. Autrement dit, toutes les propositions faites dans les pays les plus riches pour une redistribution monétaire en faveur des secteurs non "rentables" - donc à nourrir des " bouches inutiles "  - présupposent toujours tacitement que ces économies maintiennent leur position de gagnants au détriment du reste du monde.

 

Enfin, cette perspective du "no profit" n'est pas très différente de celle des néokeynésiens : oui à la marchandise, à condition pourtant qu'elle reste dans ses bornes et renonce à dévorer la société entière. Ce qui n'est rien d'autre qu'un voeu pieux. Mais même ici existe le risque que ces théories bien intentionnées servent finalement à gérer la nouvelle pauvreté causée par le rétrécissement du travail : on invite les marginalisés à organiser eux-mêmes leur survie en s'aidant l'un l'autre et en échangeant directement des services - mais toujours à un niveau matériel très bas, parce que naturellement les ressources resteront réservées en priorité aux circuits mercantiles, même quand seulement une minorité infime pourra s'en servir. Et rien ne changerait si l'on réalisait la proposition commune aux différentes âmes de la nouvelle contestation, d'instaurer un "revenu de base" ou "salaire social" à attribuer à chaque citoyen, indépendamment de son travail [André Gorz après l'avoir longtemps combattu, a rejoint cette proposition en 1998]. Ce n'est pas par hasard si le salaire social a été proposé il y a bien des années précisément par Milton Friedman, un des fondateurs du néolibéralisme. Selon lui, l'octroi d'une aide de survie à chaque nécessiteux devrait permettre de faire l'économie de toutes les autres aides publiques, telles que l'indemnité de chômage. Auparavant déjà, pour des théoriciens du libéralisme comme Quesnay, le soin des pauvres était un des rares devoirs auxquels l'Etat devait se limiter. Et si le salaire social sera vraiment introduit, ce sera sous cette forme.

 

Dans une situation de précarité généralisée, où les embauches temporaires, le temps partiel, les stages de formation, etc., alternent avec le chômage et le travail au noir, une telle aide minimale n'a rien d'émancipateur, mais faciliterait l'extension ultérieure de ces pratiques. Il faudrait combattre le travail en tant que tel, même là où il existe encore, au lieu de proposer des solutions pour faire survivre les nouveaux pauvres sans qu'ils demandent l'accès aux ressources.

 

Stephen Bouquin critique également André Gorz et l'idée de "revenu garanti" dans son texte Fin du travail ou crise du salariat ?

 

Autres critiques d'André Gorz :

Antiéconomie : André Gorz et la critique de la valeur par Franz Schandl

Paradoxes autour du travail par Jean-Marie Vincent et Toni Negri

Conscience ouvrière, adieu au prolétariat ou multitude ? par Alexander Neumann (in Variations, Hiver 2009-2010 : Conscience de casse. La sociologie critique de l'école de Francfort, pp. 49-66.)

Travail et consitution du sens par Pascal Nicolas-le Strat

Antoine Artous critique longuement la "critique weberienne du travail" effectuée par Gorz, Meda, Gollain, etc. dans son livre Travail et émancipation sociale.

 

D'Anselm Jappe, voir notamment la Discussion autour de son livre Les Aventures de la marchandise... ; Pourquoi critiquer radicalement le travail ? et Au sujet de la décroissance.

 

Sur le don, voir par exemple le premier chapitre du livre d'Alain Testart, Critique du don : études sur la circulation non marchande : [PDF] Qu'est-ce que le don ?, et/ou Marcel Mauss et le paradigme du don par Alain Caillé.

 

autre docs PDF :

http://www.futuribles.com/pdf/PSDI/07_RevenuUniversel.pdf

http://www.creageo.ch/le_revenu_universel_comme_prospective_sociopolitique__162d102d07_.pdf

 

 

11:53 | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/01/2011

Marius Jacob – Souvenirs d’un révolté

« C’est alors que je compris toute la puissance morale de ce préjugé. Se croire honnête parce qu’on est esclave ! C’est alors que je compris aussi la force de ce frein contre la révolte : l’espoir d’une retraite. Allons, bourgeois ! Vous avez encore de beaux jours à régner sur le peuple ! Vous n’aurez rien à craindre tant que vos ignares victimes seront empoisonnés par l’espoir d’une retraite et par l’imbécillité de se croire honnêtes parce qu’ils crèvent de faim. »

(via Apache-Éditions)

piqué chez Espace contre Ciment

10:41 | Lien permanent | Commentaires (0) |

21/10/2010

POUR EN FINIR AVEC LE TRAVAIL, LA SOCIETE INDUSTRIELLE ET LES ILLUSIONS DE LA GAUCHE

CDLFDT.JPG

Ce tract, est un remaniement sauvage du tract du groupe Libeludd (Libertaires et luddistes) de Grenoble paru le 12 octobre, tract très intéressant mais qui était très limité dans sa critique du travail et du capitalisme. En voici une autre version diffusée lors des manifestations contre la réforme des retraites à Bourges et Orléans (merci à patrice, sébastien et julien pour les précisions apportées). Le tract est suivi ci-dessous (bas de page) d'une courte justification sur la nécessité de ne pas en rester au tract partiellement pertinent de Libeludd, qui montre par plusieurs aspects les limites de la partiellement pertinente critique anti-industrielle.

 

Palim Psao

la suite sur :

ARBEIT MACHT NICHT FREI


13:24 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/06/2010

Le travail tue, les loisirs aussi...

Un gendarme du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) s'est tué mardi dans le massif du Mont-Blanc, en Haute-Savoie, lors d'un entraînement. Selon Europe 1, qui révèle l'information, le militaire de 32 ans a dévissé dans la phase finale de l’ascension du sommet qui culmine 4122 mètres, dans le couloir Whimper.

Piqué sur Le Parisien - 08/06/2010

 

L'accident est rarissime : un homme de 25 ans s'est tué en sautant à l'élastique, lundi soir, à Fréjus dans le parc d'attractions et de loisirs de "Luna Park". Le manège venait d'être homologué et la victime n'est autre que la personne qui devait gérer cette attraction. Selon les premières constatations effectuées par les policiers du commissariat de Fréjus, l'élastique n'aurait pas cédé. Le jeune homme pourrait avoir mal attaché la longe de sécurité ou avoir commis une erreur en passant son harnais.

Piqué sur RTL info - 08/06/2010

 

Un grave accident du travail s'est produit ce mardi 8 juin, vers 14h40, rue Jules Guesde, à Neuville-sur-Escaut. Un Bouchinois âgé de 43 ans, employé d'une entreprise spécialisée dans les espaces verts, s'est retrouvé coincé, pour une raison encore inexpliquée, sous une benne attachée à un tracteur.

Piqué chez L'Observateur - 08/06/2010

 

L'Observateur observe les observateurs observant

10:23 | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/05/2010

Accidents du travail : faut-il armer tous les salariés ?

"C'en est trop. On ne peut pas laisser nos collègues tomber comme des mouches !" Après le drame de Villiers-sur-Marne, les salariés du bâtiment expriment leur ras-le-bol. Jeudi dernier, Carmelo M., un maçon de 36 ans père d'une petite fille de 18 mois, est décédé en chutant d'un échafaudage. Au mépris de toutes les consignes de sécurité, son patron l'avait forcé à monter. Une mort inacceptable, qui vient rappeler des statistiques effarantes. Pour la seule année 2008, plus de 700 000 personnes ont été victimes d'un accident du travail, pour 569 décès.

"Si j'avais un taser je ne me ferais pas toutes ces ampoules aux mains avec ma matraque!"

"La sécurité est la priorité des français. Risquer sa vie en venant travailler relève de la barbarie pure et simple". Brice Hortefeux n'a pas mâché ses mots. Tout en précisant que les "coupables seraient inéluctablement interpelés", il entend mener "une guerre sans pitié aux patrons voyous, (...) ces patrons qui volent, ces patrons qui tuent". Mais face à une menace qui a évolué, il faut imaginer des solutions nouvelles. Le criminologue Xavier Raufer se veut précis : "Le capitalisme de papa c'est terminé. Les salariés ont face à eux des patrons sans scrupules qui cherchent le profit immédiat. Soutenus par des mafias internationales, ils n'accordent aucune valeur à la vie". D'où l'idée du ministère du travail de donner aux salariés les plus précaires les moyens de se défendre. "L'idée serait de permettre aux gens de se syndiquer sans représailles, ou alors de posséder une arme non létale comme le code du travail". Une idée d'emblée rejetée par le Medef, qui craint de voir les relations "se tendre" dans les entreprises.

Les accidents du travail touchent toutes les catégories socio-professionnelles.

Les collègues de Carmelo se montrent eux aussi perplexes sur l'efficacité de telles mesures et réclament des "tasers". "Si à l'époque le taser avait existé, le baron Empain pourrait peut être encore se gratter l'oreille gauche". A bon entendeur...

Piqué au tas chez "Le blog de Jean-Pierre Martin, un petit cadre dans une grosse boiboite"

 

07:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/05/2010

Politique : Mourir au travail OUI ! Mourir à l'apéro NON !

Au lendemain de la mort d'un jeune homme de 21 ans qui participait à un apéro Facebook à Nantes, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a annoncé qu'il présiderait la semaine prochaine une "réunion de travail" sur les "apéros géants".

Le jeune homme, maçon de profession, est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi en chutant par-dessus la rambarde d'un escalier alors qu'il était en état d'ivresse (Lire notre article). Il s'agit du premier drame survenu depuis le début du phénomène des "apéros Facebook", il y a six mois.

Extrait d'un article  TF1 News (Avec agence) -14/05/2010

 

SANTE - Une personne par jour serait morte...

Un bilan lourd, qui pousse à l'action. Selon les chiffres révélés par le ministère du Travail mardi, plus d'une personne par jour serait morte en 2008 à la suite d'un accident du travail (soit 569 décès). « Leur nombre stagne à un niveau trop élevé, soit 700 000 accidents du travail en 2008 », a déploré le ministre du Travail, Eric Woerth. Et ce n'est pas tout : les maladies professionnelles sont, elles aussi, en pleine expansion (45 000 en 2008) et prennent des formes variées : troubles musculo-squelettiques, affections de la colonne vertébrale, maladies liées aux risques chimiques…

Extrait d'un article de 20 minutes - 12/05/2010

 

Les accidents du travail en hausse chez Disney

Les accidents du travail sont plus fréquents et plus graves chez Disney. Il s’agit surtout de chutes et de blessures liées à la manutention.

Au Val-d’Europe, Disney affiche désormais plus d’accidents du travail que les entreprises du BTP! Selon le dernier rapport de la médecine du travail de Disneyland , 1500 des 13000 employés du géant du loisir ont été victimes d’un en 2009, dont 1165 ayant entraîné un arrêt maladie. D’après ce document, la fréquence des accidents a augmenté de 8,6% pour s’établir à un taux de 62,97 pour 1000 employés.

Extrait d'un artilcle du Parisien - 11/05/2010

 

un_anar_100_photographe.jpg

Intermittent du Spectacle et Paparazzi - That's all Folks !

16:01 | Lien permanent | Commentaires (2) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu