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10/08/2011

Notre-dames-des-Landes: une militante porte plainte

Nantes: une militante anti-aéroport blessée dans une manifestation porte plainte

Une militante alter-mondialiste opposée au futur aéroport de Nantes, victime de blessures ayant entraîné 42 jours d'interruption temporaire de travail lors d'une manifestation le 27 juillet a porté plainte lundi pour violences et non assistance à personne en danger, a constaté l'AFP.
La plainte a été jugée recevable par le Parquet de Nantes qui va examiner le dossier et demandera si besoin des investigations complémentaires, a confirmé le procureur Laurent Fichot.

"J'ai entendu quelqu'un dire +on charge+ et je me suis fait fracasser", a expliqué à la presse la plaignante, Laurence Sadoun, qui a ensuite dû appeler elle-même les secours. Ses proches ont indiqué qu'elle avait eu plusieurs côtes cassées, un pneumothorax et des perforations des poumons qui expliquent l'importance de son ITT.
Les faits se sont produits lors d'affrontements entre les forces de l'ordre et quelques deux cents opposants au futur aéroport qui avaient investi l'actuel aéroport de Nantes, géré par le groupe Vinci. Le groupe Vinci a été choisi par l'Etat pour construire l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à une trentaine de km au Nord de Nantes, qui doit normalement entrer en service en 2017.
Lors de ces heurts, violents, trois manifestants blessés ont été hospitalisés ainsi que cinq policiers. Quatre personnes avait été interpellées et relachées peu après. La direction de l'aéroport avait de son côté déploré des dégradations matérielles.
La plaignante ne fait l'objet d'aucune poursuite à la suite de cette manifestation, a précisé le Parquet.
Le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est soutenu par les collectivités locales socialistes (régions Pays de la Loire et Bretagne, conseil général de Loire-Atlantique, Nantes Métropole) mais suscite une opposition forte de la part des agriculteurs locaux mais aussi des militants écologistes ou anarchistes.

piqué au tas sur www.leparisien.fr - 09/08/2011

Manifestation anti-aéroport : une femme a déposé plainte hier

 Laurence, 42 ans, a déposé deux plaintes contre X hier. L’une pour « violences volontaires ». L’autre pour « non-assistance à personne en danger ».

Le 27 juillet dernier, cette mère de famille avait participé à la manifestation qui avait dégénéré en affrontement à l’aérogare de Nantes-Atlantique. Souffrant d’un poumon perforé, avec quatre côtes cassées, elle avait été transportée d’urgence au CHU de Nantes. « J’ai été rouée de coups de pied et de coups de matraque. J’aurais pu mourir », a-t-elle indiqué hier, en sortant du palais de justice de Nantes. « Les responsables doivent être poursuivis. Lorsqu’on frappe quelqu’un au sol, on n’a rien à faire au sein des forces de l’ordre », a tonné son avocat Me Erwann Lemoigne.

 

piqué au tas sur www.presseocean.fr - 09/08/2011

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30/10/2010

autour des violences policières

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Une large partie des sons sur cette page est consacrée au traitement des violences policières qui ont malmené le mouvement citoyen de soutien aux "sans-papiers" et de critique de la politique migratoire européenne autour des activités du NO border camp 2010. A Bruxelles, du 26 septembre au 2 octobre 2010, les activistes engagé(e)s dans la lutte contre les centres-fermés et pour la liberté de circulation ont du faire face à une telle violence dans la "répression préventive" (sic) qu'il leur devenait presque impossible d'exprimer un message entre deux rafles policières.

la suite ici

13:21 | Lien permanent | Commentaires (0) |

08/10/2010

Témoignage : Violence policières et torture - Bruxelles - No Border

Lien de l'article : http://www.redpepper.org.uk/Former-Red-Pepper-worker-arrested

 

Former Red Pepper worker arrested and tortured

Last Friday, during the No Border Camp: a convergence of struggles aiming to end the system of borders that divide us all, Marianne Maeckelbergh (US citizen and professor at the University of Leiden, Netherlands), a former Red Pepper worker, current contributor and a long-time global justice activist and the author of ‘The Will of the Many: How the Alterglobalisation Movement Is Changing the Face of Democracy’, was arrested for taking pictures while police were making arrests in Brussels, Belgium.

Having just entered Belgium, some two hours earlier, she witnessed violent arrests on the street. When Marianne began taking pictures, she was arrested. She was taken into police custody where she was violently dragged by her hair, chained to a radiator, hit, kicked, spat upon, called a whore, and threatened with sexual assault by the police. She also witnessed the torture of another prisoner also chained to a radiator.

This did not take place not in a dark corner of the police station but out in the open, directly witnessed by police station authorities, who gave the impression that this was standard practice. Police removed her ID card, USB stick, the camera with the photos on it, as well as 25 euros in cash - to date they have refused to return her property.

Roughly 500 people were arrested, many preemptively, including people involved in the No Border Camp and other protest activities including an alleged attack on a police station. Marianne has now been released but as of Wednesday 6 October, 2010 at least four people are still incarcerated.

Your help is needed to secure the release of the remaining prisoners and to demand that the police are held accountable.

WHAT YOU CAN DO:

 

12:21 | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/10/2010

La vérité sur l'Euro-Manif 2010 à Bruxelles (Truth about Euro-Demonstration 2010)

20:49 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/07/2010

TOLÉRANCE ZÉRO, MAIS POUR QUI ? - Violences policières impunies

novembre 2001

La manifestation de milliers de policiers à Créteil, le 23 octobre, après le meurtre de deux gardiens de la paix, a confirmé l’existence d’un malaise entre la police et la justice et rappelé les conditions difficiles dans lesquelles travaillent les forces de l’ordre. Ce contexte ne peut justifier l’impunité dont bénéficient les « bavures », notamment face aux jeunes d’origine immigrée. L’acquittement récent d’un policier ayant tué un jeune d’une balle dans le dos ne peut que nourrir l’idée d’une justice à deux vitesses face à laquelle l’invocation de la loi et de l’ordre républicain perd de sa portée.

Par Olivier Cyran

On prétend souvent que les policiers sont insuffisamment formés au maniement des armes, mais, le soir du 9 juin 1991, l’agent Pascal Hiblot oppose un démenti formel à cette allégation. A 60 mètres de distance, il tire trois balles blindées en direction d’une voiture conduite par des jeunes de la cité du ValFourré, à Mantes-la-Jolie, dont il prétendra qu’ils ont menacé sa vie (1). Deux balles traversent la lunette arrière. Touché à la nuque, Youssef Khaïf, 23 ans, meurt sur le coup. Prétendre que ce tir d’excellence a valu une médaille à son auteur serait excessif. Mais il a tout de même fallu attendre dix ans pour que M. Hiblot réponde de son triple coup de feu, qualifié de « violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », devant la cour d’assises des Yvelines, les 26, 27 et 28 septembre 2001. Comparaissant libre à l’audience, le policier toujours en poste - et, depuis, monté en grade - n’avait, à ce jour, fait l’objet d’aucune sanction administrative ni passé un seul jour en prison. Malgré le réquisitoire de l’avocat général, qui, tout en plaidant les circonstances atténuantes, avait tout de même estimé « la culpabilité établie », Pascal Hiblot a été acquitté.

L’affaire Youssef Khaïf est révélatrice du traitement politique et judiciaire appliqué à ce que l’on appelle communément les « bavures » - terme de moins en moins approprié si l’on considère les efforts constants mis en oeuvre par les autorités pour couvrir, sinon légitimer, cette catégorie-là de violences. Ainsi, vingt-quatre heures à peine après le décès de Youssef Khaïf, le ministre de l’intérieur de l’époque, M. Philippe Marchand, avait sa religion déjà faite : légitime défense. En quelques semaines, l’expertise balistique et les témoignages établiront pourtant que le policier n’était nullement menacé au moment de tirer. Mais l’instruction, menée à la vitesse d’un escargot fatigué, prendra sept ans pour accoucher d’un... non-lieu.

Selon le juge d’instruction, l’action homicide était « justifiée par l’état de nécessité ». Sept ans pour en arriver là : trois balles tirées à 60 mètres, une « nécessité »... Sans doute embarrassé par ce coup d’éponge un peu trop voyant, le parquet fera appel du non-lieu, ouvrant la voie au procès qui vient d’avoir lieu à Versailles. Mais au Val-Fourré, la cité HLM de Mantes-la-Jolie où résidait la victime, les habitants se sont accoutumés à ne plus rien attendre de cette justice trop longtemps déniée ou différée.Si l’acquittement de M. Pascal Hiblot a pu surprendre certains, c’est parce qu’il caricature à l’extrême une logique habituellement plus soucieuse des apparences, mais tendant vers le même résultat : épargner toute peine de prison ferme aux auteurs de violences policières.

Le dernier exemple en date remonte au 20 mars dernier. Ce jour-là, le tribunal correctionnel de Versailles rendait son jugement dans l’affaire Ihich, du nom d’un jeune tabassé à mort par trois policiers en mai 1991. Aïssa Ihich était asthmatique et pesait 45 kilos. Attrapé alors qu’il rentrait chez lui, à Mantes-la-Jolie, cet adolescent se voit jeté à terre par trois policiers qui l’accusent d’avoir lancé des pierres sur leur véhicule. A coups de matraques et de manche de pioche, ils lui assènent une correction d’une telle violence que trois CRS, passant par là, tenteront vainement de s’interposer. Emmené en garde à vue, Aïssa Ihich décède trente-six heures plus tard d’une crise d’asthme au commissariat de Mantes-la-Jolie.

Justice à deux vitesses

Pendant dix ans, les trois impétueux agents - pour la plupart montés en grade depuis les faits - ont bénéficié du soutien sans faille de l’institution judiciaire. Les procédés utilisés pour blanchir les policiers sont strictement les mêmes que dans l’affaire Khaïf. Ainsi, au surlendemain de la mort d’Aïssa Ihich, le procureur n’avait déjà plus aucun doute quant au fait que les coups reçus par le lycéen malade étaient forcément « légers et en rien responsables de la crise d’asthme ».

Quand le dossier atterrit enfin en correctionnelle, la famille Ihich a déjà appris depuis dix ans à ne plus croire aux miracles judiciaires. Mais il y a le témoignage accablant des CRS, narrant à la barre la violence inouïe du passage à tabac, la plaidoirie de Me Henri Leclerc, un ténor du barreau, les bonnes dispositions apparentes du président du tribunal : autant d’atouts rarement réunis pour des plaignants précaires et immigrés, et qui pouvaient leur faire espérer que l’issue n’était pas jouée d’avance. Aussi l’énoncé du jugement leur a-t-il fait l’effet d’une douche glacée : la relaxe pour l’un des trois policiers, dix mois avec sursis pour les deux autres. Une fois encore, des policiers jugés pour violences n’auront pas même passé un seul jour en prison et pourront continuer à exercer leur métier.

Les petits délinquants des quartiers pauvres n’ont pas droit à la même mansuétude. Un mois et demi après la conclusion de l’affaire Ihich, le tribunal correctionnel de Metz condamnait un homme de trente-deux ans à dix mois de prison ferme pour « provocation directe suivie d’effet à un attroupement armé ». Son délit : avoir incité des voisins à « caillasser » une voiture de police dans le quartier de Borny, à Metz. « Les jeunes des quartiers se prennent du ferme pour des broutilles matérielles pendant que des policiers meurtriers ou tabasseurs continuent à bénéficier de la bienveillance et de l’impunité des tribunaux », observe le Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), un collectif intercités souvent décrié comme « radical et anarchisant ».

Les extraits du greffe des tribunaux suffisent néanmoins pour se ranger au constat du MIB : huit mois de prison ferme pour une course-poursuite avec la police (tribunal de Nancy), un an ferme pour un jet de bouteille incendiaire en direction de policiers (tribunal de Strasbourg), huit mois ferme pour violences à l’égard de policiers (tribunal de Mulhouse), un an ferme pour rébellion et outrages contre des policiers (tribunal de Marseille)...

En comparaison, une petite liste indicative des jugements rendus pour les violences policières - rubrique allégée, il est vrai, puisque seuls les faits les plus spectaculaires sont susceptibles d’aboutir un jour devant un tribunal - donne ceci : en avril 1993, à Wattrelos, un policier empoigne Rachid Ardjouni, le jette au sol, pose un genou sur son dos et lui tire une balle dans la tête : six mois de prison ferme (2) ; en décembre 1993, à Chambéry, un policier tue d’une balle dans la tête Eric Simonté, 18 ans, désarmé et non agressif : un an avec sursis ; en décembre 1993, près de Lyon, un brigadier abat Mourad Chier, 19 ans, alors que ce dernier escaladait une falaise : cinq ans avec sursis ; en août 1995, Sid Ahmed Amiri est arrêté à Marseille par trois policiers qui l’emmènent dans une carrière isolée où ils le tabassent longuement ; après un simulacre d’exécution, ils l’enferment dans un conteneur : dix-huit mois de prison dont quinze avec sursis. Les exactions commises à une date plus récente sont absentes de cette liste, la justice prenant, comme on le sait, un temps confortable pour juger « avec sérénité ».

Encore les tribunaux ne sont-ils saisis que des affaires ayant entraîné mort d’homme, laissant ainsi dans l’ombre les brimades quotidiennes et autres brutalités « légères » dont la fréquence contribue à pourrir la vie de certains quartiers. Les victimes n’ont que leur parole. Or celle-ci, même étayée d’un certificat médical, ne fait pas le poids face à l’honneur assermenté des forces de l’ordre. Lorsqu’une victime s’avise malgré tout de porter plainte, c’est elle, en retour, qui se trouve généralement poursuivie pour « rébellion » ou « outrage ».

Difficile, dans ces conditions, d’évaluer l’ampleur de ces violences. Un chiffre permet cependant de s’en faire une idée : le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT), dont une délégation s’est rendue en France en 2000, note que 137 personnes présentant des « lésions traumatiques » avaient été vues par le service des urgences médico-judiciaires en décembre 1999 et janvier 2000. Parmi elles, note le CPT, « au moins 39 personnes présentaient des lésions (hématomes, ecchymoses, excorriations, fractures) compatibles avec leurs allégations de mauvais traitements infligés par la police ». Sur seulement deux mois, et pour un service d’urgences que la grande majorité des victimes ne consultent jamais, ce résultat a valeur d’indice.

La formule consacrée de « justice à deux vitesses » paraît presque faible, tant est permanent et délibéré le schéma qui préside à la répartition des logiques pénales : gant de velours pour les uns, main de fer pour les autres. On ne saurait imputer à cette injustice structurelle tous les maux qui frappent les quartiers pauvres. Mais on ne saurait davantage nier qu’elle attise les rancoeurs contre un pouvoir perçu comme inique et qu’elle contribue, ce faisant, à alimenter les chiffres de la délinquance. L’augmentation statistique des poursuites pour outrages ou rébellion aux forces de l’ordre suggère que la « haine des flics » est proportionnelle à leur impunité.

A l’évidence, la proximité entre police et magistrature est pour beaucoup dans ce laxisme potentiellement criminogène. « Le juge sait qu’il a besoin de la police pour son instruction, observe Dominique Monjardet, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des questions policières. Il considère donc systématiquement la qualité de policier comme une circonstance atténuante. »

Mais l’absolution offerte aux forces de l’ordre obéit aussi à un choix politique. Dès lors que l’on donne toute priorité aux officiers de la force publique pour monter au front de l’« insécurité », on ne peut exiger qu’ils fassent des omelettes sans casser d’oeufs. Les violences commises dans l’exercice de leurs fonctions sont le prix à payer pour l’énorme responsabilité que l’Etat leur confie, ou plutôt leur abandonne. Les syndicats de policiers ne s’y trompent pas, qui protestent à grands cris de leur « rôle difficile mais crucial sur le terrain » chaque fois qu’un des leurs risque une petite peine pour une lourde violence. Et qu’importe si leur « impunité de fait (3) », fruit du marchandage entre l’Etat et son fer de lance, instaure un climat d’exaspération propre à justifier toujours plus de répression, en un cercle vicieux dont personne ne voit la fin.

Petits cadeaux pour effacer l’ardoise

Les pouvoirs publics semblent conscients de l’absurdité du régime qu’ils ont eux-mêmes mis en place, puisqu’ils tentent d’en atténuer les effets par quelques pansements humanitaires. Sans mesurer à quel point ces petites offrandes ne font qu’exacerber l’amertume des intéressés.

L’affaire Bouziane en est un exemple. Le 17 décembre 1997, Abdelkader Bouziane, 16 ans, habitant à Dammarie-les-Lys, meurt d’une balle tirée dans la nuque alors qu’il conduisait une voiture volée. Officiellement, l’auteur du coup de feu aurait tiré « face au véhicule » qui lui « fonçait dessus comme un bolide ». C’est du moins la version immédiatement avancée par le procureur. En réalité, comme le prouvera l’expertise balistique, l’agent a fait feu après le passage de la voiture, qui roulait à moins de 40 km/h. On apprendra de surcroît que le passager de la voiture a été passé à tabac quelques instants seulement après la mort de son ami. Autant de circonstances qui expliquent la poussée de colère qui embrase Dammarie-les-Lys dès le lendemain du drame. Devant cette commotion qualifiée sur le champ d’« émeute » (quinze voitures brûlées et un centre social endommagé), les pouvoirs publics paraissent pourtant préoccupés de jeter de l’huile sur le feu. M. Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’intérieur, n’attend pas deux jours pour prononcer la formule rituelle : « Les policiers ont agi en état de légitime défense. »

Tout en renvoyant aux calendes grecques un éventuel procès des agents (demande de non-lieu, requalification des faits, mutation du juge d’instruction, etc.), la justice fait preuve d’une célérité remarquable à l’encontre des voisins furieux de la victime : de douze à quinze mois de prison ferme pour quatre jeunes « émeutiers (4) ». Viennent enfin les cadeaux pour solde de tout compte. Dans un effort destiné à effacer l’ardoise, les autorités lâchent quelques subventions sur le quartier d’Abdelkader Bouziane, et des emplois-jeunes pour le club de foot local. « Tout ça, c’est sur le dos d’un mort », diront les bénéficiaires. « Les terrains de basket, les tables de ping-pong ne nous feront pas oublier l’essentiel : la vie, la liberté et la justice », disent aussi les militants, décidément bien ingrats, du MIB.

Ce cas particulier permet de « modéliser », comme on dit dans les écoles de police, le plan mis en oeuvre dans presque chaque affaire de ce type. En résumé et en quatre mouvements : 1) brutalités policières entraînant la mort d’un jeune issu des quartiers socialement relégués ; 2) construction d’un dispositif judiciaire et médiatique visant à disculper par avance les agents impliqués ; 3) répression des émeutes ainsi provoquées ; 4) saupoudrage d’aumônes publiques censées rétablir la paix sociale.

Il n’est donc pas très surprenant que les appels au couvre-feu et à la « tolérance zéro » soient médiocrement appréciés par les populations qui en sont la cible (5). C’est presque sans ironie que certains jeunes soutiennent qu’il faudrait d’abord « rétablir l’ordre dans ces zones de non-droit que sont les commissariats et les palais de justice ».

Olivier Cyran. Journaliste.

(1) Un quart d’heure auparavant, sa jeune collègue Marie-Christine Baillet a été tuée devant lui, fauchée par une voiture volée. (2) La peine n’étant pas inscrite à son casier judiciaire, le meurtrier pourra continuer à exercer son métier. (3) Dans un rapport publié en avril 1998, Amnesty International dénonçait « l’impunité de fait » dont jouissent en France les auteurs de violences policières. (4) Selon l’un des avocats de la défense, Me Marie-Paule Pioli, l’accusation ne reposait sur « aucun élément matériel, simplement sur le témoignage de policiers de Dammarie-les-Lys ». Un témoignage au-dessus de tout soupçon  : ces policiers étaient les proches collègues de l’agent dont le tir mortel avait provoqué les « émeutes ».

(5) Lire Pierre Rimbert, « Envahissants experts de la tolérance zéro », Le Monde diplomatique, février 2001 ; et Loïc Wacquant, « Comment la tolérance zéro vint à l’Europe », Manière de voir, « Sociétés sous contrôle », n° 56, mars-avril 2001.

www.monde-diplomatique.fr - Édition imprimée — novembre 2001 — Page 12

 

Violences policières : Alliot-Marie rappelée à l'ordre par le CNDS

La Commission nationale de déontologie de la sécurité "déplore" que le ministère de l'Intérieur ait ignoré ses demandes de rappel à l'ordre de deux policiers impliqués dans le tabassage d'un sans-papiers.

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) "déplore", dans un rapport publié dimanche 18 janvier au Journal officiel, que le ministère de l'Intérieur ait ignoré ses demandes de rappel à l'ordre de deux policiers impliqués dans le tabassage d'un sans-papiers en 2006 à Toulouse.
La CNDS, autorité indépendante veillant au respect de la déontologie pour les professions de sécurité, "déplore qu'aucune réponse n'ait été apportée à sa demande de rappel solennel aux agents de la force publique de la prohibition absolue de tout traitement inhumain ou dégradant", selon ce rapport.

Violences illégitimes

Le 15 mars 2006, lors d'une opération de reconduite à la frontière à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, deux policiers avaient été vus en train de frapper au sol à "coups de pied" un étranger en situation irrégulière menotté et "n'opposant aucune résistance", d'après un témoin qui avait fait saisir la CNDS via un député local. Après son enquête confirmant les violences illégitimes, la Commission avait recommandé au ministère de l'Intérieur des poursuites disciplinaire contre les policiers et que leur soit rappelée "la prohibition absolue faite aux titulaires de la force légale de tout acte de violence commis sans nécessité sur une personne menottée".
Une enquête de l'IGPN ("police des polices") a été diligentée, rappelle dimanche la CNDS, mais elle a conclu que "la force strictement nécessaire" avait été utilisée par les policiers et qu'aucune faute ne pouvait leur être imputée.

La garde des Sceaux épinglée

Malgré cela le ministère aurait pu exercer des poursuites disciplinaires, estime la Commission, qui regrette aussi que les deux policiers aient "tenté, à plusieurs reprises et par divers procédés, de faire obstacle à l'exercice de ses missions". Pour répliquer aux accusations du témoin, ils avaient porté plainte pour "dénonciation calomnieuse", une procédure qui s'était soldée par un classement sans suite du parquet à condition que l'intéressé écrive une lettre d'excuses aux deux policiers et verse à chacun une indemnité de 100 euros, ce qu'il avait dû accepter.
Dans son rapport, consultable sur internet (www.cnds.fr), la CNDS épingle aussi la garde des Sceaux Rachida Dati pour avoir refusé de donner instruction au parquet de différer cette procédure dans l'attente de son avis. "Attendre l'avis (de la Commission) sur la véracité des faits dénoncés" aurait "favorisé une complète information de l'autorité judiciaire, garantie de bonne justice", souligne le rapport.

tempsreel.nouvelobs.com -

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03/05/2010

4 dead Ohio - Mai 1971 ... combien ici depuis ?

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On May 4, 1970, National Guard troops shot and killed four students at Kent State University in the US state of Ohio. The shootings came after several days rising tensions between students protesting the US invasion of Cambodia and Guardsmen deployed to control those protests.

Four dead in Ohio

20:00 | Lien permanent | Commentaires (0) |

07/04/2010

Affaire Pascal Taïs, l'Etat condamné pour « délai non raisonnable » ...

Mort au commissariat: L’État condamné

Le tribunal de grande instance de Bordeaux a condamné l’État pour « délai non raisonnable » de la procédure d’instruction et alloué 30 000 euros de dommages-intérêts aux parents de Pascal Taïs, un Franco-Marocain de 33 ans retrouvé mort, le 7 avril 1993, dans un commissariat à Arcachon (Gironde). Placé en cellule de dégrisement à la suite d’une rixe, M. Taïs est décédé, comme l’a montré l’autopsie, d’une hémorragie consécutive à une fissure de la rate ; les médecins légistes ont également relevé des côtes fracturées, un poumon perforé et une plaie au crâne de l’homme. Après dix ans de procédure, l’affaire s’était soldée par un non-lieu.

Article du journal L'Alsace du 04/04/2010

 

 

 

Affaire Taïs: l'Etat condamné

Le tribunal de grande instance de Bordeaux a condamné l'Etat pour délai non raisonnable de la procédure d'instruction et alloué 30.000 euros de dommages-intérêts aux parents de Pascal Taïs, un Franco-Marocain décédé en avril 1993 dans un commissariat à Arcachon (Gironde), a-t-on appris samedi auprès de l'avocat de la famille, Me Gérard Boulanger.

"A mes yeux, c'est un premier pas vers la réparation à laquelle M. et Mme Taïs ont droit après le décès de leur fils dans des circonstances douteuses dans le commissariat d'Arcachon", a commenté l'avocat.

Selon le quotidien Sud Ouest, qui a révélé ce jugement samedi, la première chambre civile du TGI de Bordeaux a estimé que "même en tenant compte des difficultés inhérentes à ce type d'affaire, le délai de dix ans entre l'ouverture de l'instruction et son achèvement par un arrêt de non-lieu est manifestement excessif".

Pascal Taïs, 33 ans, avait été retrouvé mort le 7 avril 1993 au matin dans une cellule de dégrisement du commissariat, dans laquelle il avait été placé à la suite d'une rixe.
L'autopsie avait conclu à un décès par hémorragie consécutive à une fissure de la rate, et relevé des côtes fracturées, un poumon perforé et une plaie au crâne de l'homme, par ailleurs malade du sida.

La chambre d'accusation de la cour d'appel de Bordeaux avait confirmé en juin 2003 l'ordonnance de non-lieu rendue par le juge d'instruction en juin 1996, malgré des éléments apportés par la famille, notamment des expertises médico-légales et des dénonciations anonymes à l'encontre d'un policier.

Le 1er juin 2006, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) avait estimé que la France avait violé l'article 2 (droit à la vie) de la Convention européenne des droits de l'Homme en ce qui concerne ce décès, et regretté "l'absence d'enquête effective" sur ses circonstances.

Article du journal Le Figaro avec AFP  du 03/04/2010

 

 

 

Des policiers d’Arcachon ont-ils tabassé Pascal Taïs ?

Les circonstances dans lesquelles Pascal Thaïs est mort mercredi, au commissariat de police d’Arcachon, ne sont toujours pas clairement établies. L’appel à témoins lancé jeudi par les enquêteurs de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) et du SRPJ de Bordeaux n’avait pas encore fourni de résultats déterminants dans une enquête qualifiée de « difficile ». Tout le problème est en effet de savoir si la victime est décédée de coups portés avant, pendant ou après son interpellation par la police, voire à la suite de coups violents que des policiers auraient portés à la victime.

Pascal Taïs, trente-deux ans, d’origine marocaine et résidant à Sainte-Eulalie-en-Born (Landes), avait été arrêté en état d’ivresse dans la nuit de mardi à mercredi peu après minuit, à l’issue d’incidents près du casino d’Arcachon, ainsi que son épouse Véronique Taïs, trente ans. Pascal Taïs avait été retrouvé mort en salle de dégrisement du commissariat d’Arcachon, tôt mercredi matin.

L’autopsie a révélé que la victime avait succombé à une hémorragie interne due notamment à un éclatement de la rate. Pascal Taïs avait eu également un lobe du poumon gauche perforé et deux côtes cassées, également à gauche. Pascal Taïs, ancien étudiant en médecine, était malade du SIDA à la suite d’une transfusion en 1984. C’est la déclaration de la maladie qui l’a fait tomber dans la drogue.

Le témoignage de son épouse Véronique, paru dans « Libération » d’hier, est accablant pour la police : « On était soûls, raconte-t-elle, c’est vrai, et on faisait du bruit devant le casino avec un ami. Les flics sont arrivés à six ou sept dans une voiture banalisée et un fourgon. Là, ils m’ont jetée par terre. Pascal a voulu me défendre. Ils lui ont tapé dessus. Sur moi aussi. Ils nous ont massacrés, ces salauds ! A l’hôpital, ils n’ont pas voulu de nous parce qu’on avait bu. Ils savaient bien qu’on était malades. On a crié qu’on avait le SIDA. Et on s’est retrouvé au commissariat, chacun dans une chambre de dégrisement à s’appeler l’un l’autre. Je me suis endormie par terre. Quand je me suis réveillée, Pascal ne criait plus. On m’a dit qu’il dormait. Ils l’avaient achevé. »

Aux accusations portées contre des policiers du commissariat d’Arcachon s’ajoutent celles sur l’attitude de l’hôpital où le couple avait été conduit après l’arrestation. L’interne de garde a précisé avoir constaté qu’ils étaient tous deux « imprégnés d’alcool », mais que leur état de santé ne justifiait pas une admission. « Ils étaient alors repartis en marchant et en hurlant pour Pascal Taïs, très agité », selon le directeur de l’hôpital, Jean-Bernard Lalanne. Les auditions de témoins se poursuivaient hier.

G.S.

Article du journal L'Humanité du 10 avril 1993

 

 

08:48 | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/03/2010

Un flashball ne bave pas

 

La commission de déontologie souligne la dangerosité du flashball


(A propos du rapport de la CNDS sur le 8 juillet 2009 à Montreuil)

Quelques habitantes et habitants de Montreuil, présents dans le rassemblement du 8 juillet 2009 contre l'expulsion d'un squat de cette ville de Seine-Saint-Denis, au cours de laquelle ils ont été la cible de tirs de flashball, ont écrit ce texte à la suite de la diffusion de l'avis de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) plaidant en faveur de l'interdiction de cette arme lors des manifestations de voie publique.



Après six mois d’enquête, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) vient de rendre ses « avis et recommandations » concernant les événements du 8 juillet 2009 à Montreuil, rapport qui a déjà filtré dans la presse.

Ce soir-là, nous manifestions contre l’expulsion de la Clinique, lieu d’organisation politique ouvert sur la ville. Ce soir-là, la police avait tiré au flashball et visé les têtes. L’un d’entre nous avait perdu un œil.

Médias et politiques qualifient ce rapport de très sévère, d’accablant. Il est vrai que la commission démontre la responsabilité des policiers et la dangerosité des flashball, en s’appuyant sur quelques faits évidents. Qu’il n’y eut point de « pluie de projectiles » ce soir-là, et que quand bien même quelques canettes auraient volé, boucliers, casques, et jambières protégeaient les policiers d’un tel danger. Que contre toutes les « doctrines d’emploi » du flashball, les flics ont tiré à moins de 7 mètres et visé à la tête. Que de toutes façons, même s’ils respectaient les règles d’emploi techniques du flashball, dans des situations d’intervention dans la rue, les policiers ne peuvent évaluer précisément les distances ni éviter de toucher les « parties vitales » puisque l’arme est imprécise. (Remarquons cependant qu’une imprécision qui touche à tous les coups au niveau de la tête - ce qui s’est passé le soir du 8 juillet à cinq reprises - n’en est pas une).

À l’heure de la promotion de nouveaux modèles plus performants par le président lui-même, la commission soutient l’idée que le flashball devrait être interdit lors de manifestations sur la voie publique, sauf cas exceptionnel. Une interdiction du flashball serait en effet le seul moyen d’éviter d’autres mutilations au flashball, voire des morts, si cette interdiction était sans exception. Les cas de mutilations graves ne se sont jamais limités à des « manifestations sur la voie publique ». On citera pour mémoire Sékou, 14 ans, lors de l’évacuation d’un appartement squatté aux Mureaux le 6 juillet 2005 ; Jiad, 16 ans, lors d’une altercation avec la police à Clichy-sous-bois le 28 octobre 2006 ; Pierre, 17 ans, lors de l’occupation du rectorat de Nantes pour protester contre la loi LRU le 27 novembre 2007 ; Joan, à Toulouse lors d’une auto-réduction dans un supermarché le 19 mars 2009 ; Samir, alors qu’il jouait dans son quartier à Neuilly-sur-Marne le premier mai 2009 ; Alexandre et Bruno à Villiers-le-bel lors d’un barbecue de quartier le 9 mai 2009, tous touchés au visage et tous grièvement blessés.

Par ailleurs, d’autres armes, dites à « létalité réduite » -tasers, canons à eau, à son, gaz lacrymogènes, tonfas...- ne sont pas en reste quant aux blessures et mutilations, comme le rappelle le tabassage à la tête par la BAC de la manifestation des chômeurs le 5 décembre dernier à Rennes, qui fit un blessé grave avec des séquelles cérébrales irréparables. Une interdiction totale du flashball pourrait être l’occasion d’ouvrir à l’interdiction de ces armes, anciennes et nouvelles, et d’interroger plus précisément les actions et les fonctions de la police aujourd’hui - le gouvernement par la peur.

La commission semble en outre oublier, ou pour le moins minimise le fait, que cinq personnes au total furent touchées ce soir-là, toutes au dessus de l’épaule (front, épaule, nuque, poitrine, œil). Que cela fut fait sur ordre de leur hiérarchie ou de leur propre chef, plusieurs policiers ont tiré de manière coordonnée, et visé à la tête. Or pour le moment seul un fonctionnaire est mis en examen, et la hiérarchie n’est évidemment pas inquiétée.

Contrairement à ce que l’on peut lire dans les médias, l’intervention des policiers ne fut pas musclée mais plutôt froide et déterminée. Ils sont arrivés en voiture calmement, nous laissant approcher de la Clinique. Ils se sont équipés tout aussi calmement. Ils se sont mis en ligne, ont visé et tiré alors que nous nous éloignions de la Clinique. Et ils ont continué à tirer pendant que nous appelions les pompiers.

Il ne s’agit aucunement d’une « bavure », ni d’une malheureuse négligence dans l’usage des flashball.

Ce soir-là, la police républicaine a ostensiblement cherché à blesser pour, après avoir vidé la Clinique, nous réduire au silence. Elle a joué la toute-puissance, la démesure, la démonstration de force.

Le flashball est une des armes de cette suraffirmation du pouvoir policier dans la gestion de la ville. C’est ce mode de gestion par la terreur, qu’au-delà des armes dites non létales, nous voulons voir disparaître.

Montreuil,18 Mars 2010

Contact : montreuil8juillet@gmail.com

Archives : http://laclinique.over-blog.net/

 

le pluche de PROBE

"(Remarquons cependant qu’une imprécision qui touche à tous les coups au niveau de la tête - ce qui s’est passé le soir du 8 juillet à cinq reprises - n’en est pas une)."


Annee : 2007 Edition (N°. BOAMP) : 194B N° annonce (BOAMP) : 298

Le titulaire propose :
- des pièces de rechange permettant de réparer les lanceurs de balle de défense et les désignateurs d'objectif électronique durant dix ans à compter de la date de notification de l'accord-cadre ;
- des accessoires complémentaires permettant d'équiper de façon modulaire et ultérieure le "LBD" selon les missions (ex : alidade de tir courbe, poignée pour la main faible, porte-cartouche etc.).
Ces pièces figureront dans un catalogue intitulé "Pièces détachées, accessoires complémentaires et tarifs".

II.1.6)

http://comitedu23.files.wordpress.com/2009/09/gl06-ll.jpg

Intitulé : Accord-cadre mono-attributaire de lanceurs de balle de défense (LBD) de calibre 40 x 46 mm
1) Description succincte :
Arme à létalité réduite.
Capacité de propulser aisément un projectile à énergie cinétique (et à létalité réduite) en "tir direct" à des distances comprises entre 10 et 40 mètres, qui délivrera à l'impact une énergie de choc suffisante pour faire stopper les agissements d'un individu préalablement ciblé et identifié comme présentant une menace réelle et grave pour les forces de l'ordre.
Arme également en mesure de tirer des munitions de 40X46 mm de type " militaire " en tir courbe pour les besoins opérationnels spécifiques de la gendarmerie nationale.

5) Informations complémentaires sur les lots
Remarque :
- Aspect général du LBD : Pour la police nationale et l'administration pénitentiaire, la couleur dominante sera exclusivement le jaune vif pour la majeure partie des matières synthétiques composant le LBD. En revanche, pour la gendarmerie nationale, le LBD sera exclusivement de couleur noire.
- Le LBD devra être également en mesure de tirer des munitions de 40X46 mm de type " militaire " en tir courbe pour les besoins opérationnels spécifiques de la gendarmerie nationale.

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18/02/2010

Tabassage à Grande Vitesse dans la Vallée de Suse

TGV Lyon-Turin : quatre blessés dont un grave dans des affrontements

Faits divers jeudi 18 février 2010 (Ouest-France)

Des affrontements entre des opposants à la future ligne de TGV Lyon-Turin et la police ont fait quatre blessés, mercredi soir lors d’une manifestation contre des sondages de terrain, indiquent les médias italiens. Environ 300 protestataires ont tenté d’empêcher l’avancée de la foreuse dans la vallée de Suse (nord), non loin de Turin. Des manifestants ont lancé des pierres et morceaux de bois contre les forces de l’ordre qui les ont dispersés en chargeant avec des grenades lacrymogènes.

Au cours des heurts, deux policiers ont été blessés ainsi que deux protestataires, dont un jeune homme en état grave pour un hématome cérébral.

 

 

18-02-2010 LyonMag

Des affrontements entre opposants à la future ligne de TGV Lyon-Turin et la police

Quatre personnes ont été blessées, mercredi soir, dont une grièvement, dans la vallée de Suse, non loin de Turin.
Environ 300 protestataires ont tenté d’empêcher l’avancée d’une foreuse. Ils ont lancé des pierres et morceaux de bois contre les forces de l’ordre qui les ont dispersés en chargeant avec des grenades lacrymogènes. Ce sont deux policiers et deux protestataires qui ont été blessés

 

Le patron de la Fiat « roule à fond » pour le TGV Lyon-Turin

le 23.01.2010 04h00 Le Progrès.fr

Contestée par des habitants du Val de Suze en Italie qui dénonce l'impact l'environnemental du projet, la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin a reçu hier le soutien du groupe Fiat. « La Fiat a toujours considéré le TGV comme un ouvrage d'une importance cruciale. Il s'agit de la plus importante occasion que l'Italie a pour moderniser son propre réseau d'infrastructures et pour jeter les bases du développement économique que nous laisserons aux générations futures », indique Sergio Marchionne dans un communiqué. « Il faut choisir entre faire faire au pays un pas vers la modernité ou le condamner à l'isolement. Le choix doit être fait le plus rapidement possible (...) », ajoute le patron du constructeur automobile italien dont le siège est à Turin. La construction de cette ligne, jugée stratégique pour le réseau européen, doit démarrer en 2013 pour une mise en service vers 2023. Elle raccourcira la durée du trajet entre Paris et Milan à 4 heures contre 7 et pourrait permettre d'ôter de la route de 600 000 à 1 million de camions par an. Son coût total est estimé à plus de 15 milliards d'euros, dont une partie financée par l'Union européenne.

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09/02/2010

Alex invictus - Orange mécanique ou l'inservitude volontaire

 

A peu près tous les films de S. Kubrick élaborent la question de la violence, et ce dans les registres les plus différents : violence de l’émancipation dans Spartacus, violence du crime dans Ultima Razzia, violences guerrières, selon des modalités bien différentes dans Les Sentiers de la gloire, Barry Lyndon et Full Metal Jacket et Dr Folamour, violence de la folie dans The Shining, violence de la passion amoureuse dans Lolita, violence de l’espèce humaine, tout simplement, dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, etc. On pourrait aussi bien décliner cette constance dans le traitement cinématographique de la violence comme question en termes de pouvoir ou d’institution : violence de l’institution militaire, violence du pouvoir psychiatrique, violence de l’institution pénitentiaire (Orange mécanique), violence de la police, l’Etat, l’institution familiale aussi…

2Ce qui singularise Orange mécanique (1971) dans cette constellation, c’est la confrontation de deux violences : celle, naturelle en quelque sorte, de la jeunesse indomptée, non encore saisie par les dispositifs d’apprivoisement, de domestication, et celle du processus même de civilisation activé ici par un certain nombre d’appareils ou de pouvoirs – la police, la prison, les travailleurs sociaux, les partis politiques… Ces deux violences sont symétriques en ce sens qu’elles sont portées aux extrêmes : la violence juvénile dont Alex et sa bande de “drougs” sont les vecteurs est nommée ultraviolence, dans le film comme dans le roman d’Anthony Burgess – A Clockwork Orange (1962) dont il s’inspire. La violence de l’autorité, de l’Etat, des pouvoirs et des institutions est aussi une violence extrême : au sens où elle se déploie, elle, sur le versant totalitaire, puisque son propre est de priver l’individu de sa liberté, de toute liberté en le soumettant à des formes de domestication et de conditionnement de ses comportement qui font de lui une mécanique, le séparent de son désir, le privent de toute autonomie.

3Le modèle qui prévaut, dans le déploiement de cette violence de l’Etat destinée à domestiquer les individus et à les arracher à leur sauvagerie native, première, est un modèle médical, celui d’une médecine policière. La violence d’Alex est considéré comme une maladie et, dans le cours du film, on voit comment les partisans du soin correctif, qui passe par un reconditionnement de l’individu (de ses réflexes et de ses affects) l’emportent sur ceux de la sanction punitive. Alex va donc échapper à l’enfermement punitif pour être “soigné” en milieu ouvert par des méthodes “scientifiques” d’inspiration pavloviennes (le réflexe conditionné) renforcées par une pharmacopée appropriée. L’enjeu de l’extrême est ici saillant, puisque Kubrick reprend ici à son compte l’impeccable démonstration effectuée par Burgess : ce qui se présente et se légitime comme « traitement humain » paré des prestiges de la sciences et équipé d’un alibi humaniste (extraire Alex hors du monde carcéral, le réintégrer dans la société, le “guérir”) s’avère, au bout du compte, confiner dangereusement avec la torture et reposer sur des techniques de conditionnement qui rappellent fâcheusement  celles des régimes totalitaires… Alex, aux mains de médecins cyniques, est un cobaye, un pur objet d’expérimentation. La notion de la “santé mentale” à laquelle font référence ces médecins est fondée sur une conception purement policière de la conformité des conduites et de l’ordre social.

4L’apologue qui semble ici suggéré par Kubrick – qui, ici, diffère sensiblement de celui qui se dégage du roman de Burgess – serait le suivant : le procès de la civilisation destiné à “guérir” les individus de leur violence native et à les rendre aptes à vivre en société est un “remède” pire que le mal. La “maladie” première des individus (leur agitation sauvage, productrice de chaos et de destructions, leur “anarchisme” spontané ou bien leur insociabilité naturelle, leur rétivité aux institutions et pouvoirs – Alex et l’école, Alex et les flics…), tout ceci est “traité”, soigné et “guéri” sur un mode tel que l’individu “civilisé”, c’est-à-dire domestiqué, soit réduit à une condition quasi-animale. C’est Alex qui, après avoir subi le traitement censé le rendre allergique à toute violence, se fait, chez Burgess, cette réflexion : « Am I just like some animal or dog (…) Am I just to be like a clock-work orange ? »

5Dans la fable racontée par Burgess, il apparaît qu’au bout du compte, ce processus de civilisation de l’individu, avec toute sa violence, lui laisse néanmoins une possibilité de retomber, in fine, sur ses pieds : il y a un avenir possible au delà de ces épreuves de déconditionnement et reconditionnement, et c’est cet avenir qu’évoque le dernier chapitre du livre que Kubrick ne connaissait pas lorsqu’il a élaboré son scénario (il ne figure pas dans l’édition américaine du livre sur laquelle il a travaillé), un avenir équivoque mais ouvert : Alex, dans ce dernier chapitre, entrevoit la possibilité de se “ranger”, de convoler, d’avoir des enfants. Tout se passe comme s’il avait, conformément au schéma kantien, introjecté les normes et les valeurs qui supportent la sociabilité et la moralité commune, au point d’en faire les siennes propres et d’agencer sa liberté sur elle ; il ne va pas nécessairement devenir un pur et simple homme de la masse, un conformiste, il va plutôt, selon cette fable, se donner à lui-même un destin social conforme à son désir propre, une fois les fièvres de l’adolescence apaisées, un destin personnel agencé sur le destin collectif…

6Mais chez Kubrick, il en va tout autrement : Alex s’en tire, in fine, en sauvant par ruse son propre désir face aux exigences exorbitantes du procès de civilisation. Sauver son désir est ici égal à sauver son goût naturel pour la violence, c’est sauver sa réserve propre de violence, tout en apprenant à la réorienter, à entrer dans la comédie humaine. Donc, au fond, il ne cède sur rien, il demeure en rupture avec le procès de la civilisation, il demeure indompté, il n’est pas devenu un esclave ou un animal, simplement, il a appris la règle du jeu – une règle selon laquelle seuls s’en tirent les cyniques, les expédients, les stratèges clairvoyants et ceux qui savent être du côté du manche. A la fin du film, il demeure un anarchiste, mais un anarchiste qui a perdu sa naïveté. Il évitera désormais les confrontations sans issue avec les institutions, et sa liberté anarchique, son goût pour la violence, il les cultivera désormais dans des jeux de connivence plus ou moins nihilistes avec les maîtres du monde. Il finira probablement vieil anar de droite, comme tant d’autres.

7La différence entre la fable montée par Burgess et celle que propose Kubrick est donc que la première s’énonce aux conditions d’une dialectique, assez classique, celle du roman de formation : les années ou mois d’apprentissage que décrit le roman ont été terribles – mais pas vains : il y a une issue, on est dans un domaine d’expérience, pas de pure épreuve. Alex, au terme de ce processus, est mûr pour tomber amoureux, pour fonder une famille, pour vivre avec ses semblables… Alors qu’au contraire, la version kubrickienne, elle, est plutôt de facture nietzschéenne : c’est une impitoyable déconstruction du processus de la civilisation, dont la seule “leçon” qui pourrait s’en tirer serait que la seule issue pour un sujet rétif à son devenir équivalent à un animal domestique, est de préserver à tout prix et par tous les moyens sa force vitale, c’est-à-dire sa réserve sauvage d’irrégulier, d’indompté, de dissident – au moins intérieur. Ne pas oublier la date du film : 1971 – on est dans les années incandescentes, l’attaque contre la psychiatrie policière, contre le système pénitentiaire, la vision désenchantée des élites politiques et intellectuelles portent la marque de l’irrespect généralisé qui s’étendait sur ces années-là. Il n’est pas sûr que l’on puisse qualifier cette “leçon” – qui consiste à nous dire qu’au fond l’Etat qui protège et qui civilise, les savants qui élaborent les savoirs nouveaux, les humanistes qui humanisent (etc.) sont pires que la première petite brute (blonde, en l’occurrence) venue – de cynique. Ou alors au sens du cynisme antique, un cynisme diogénique qui s’assigne la tâche première de nous ouvrir les yeux sur le jeu des puissants, de déchirer le drapé de la vie civilisée pour nous en montrer les poulies et les ficelles. Et surtout, qui, face au mensonge constitutif de la civilisation, de la culture, adopte le parti d’en rire plutôt que de succomber aux facilités d’une interminable déploration.

8C’est ici que nous rejoignons directement notre sujet.

9Kubrick est, en revanche, totalement fidèle à Burgess quant au ton de la narration, lequel est lui-même tout entier calqué sur ce qui constitue la grande invention du roman anglais du XVIIIème siècle, le ton d’une narration d’une ironie plus ou moins bienveillante ou mordante, mais en tout cas destinée à établir une distance critique, une distance propice à la réflexion, entre le “héros” ou, plus généralement, les personnages et le lecteur. Fielding, Thackeray – et dont le modèle, pour moi, est le roman de Thackeray – Les Aventures de Barry Lyndon, où l’on retrouve Kubrick, ce n’est pas un hasard, tous les films de Kubrick entretenant entre eux des correspondances plus ou moins distinctes ou secrètes, mais qui assurent la solidité de l’œuvre…  Ici, l’originalité du procédé mis en place par Burgess et repris par Kubrick est celle qui consiste à faire d’Alex le propre narrateur de ses propres faits et gestes, heurs et malheurs, mais dans une langue et sur un ton qui établissent une disjonction permanente avec ces faits et gestes, créent un effet de distanciation, et, au bout du compte, suscitent le rire ou bien quelque chose comme un sentiment de jubilation.

10La narration repose en effet sur une série de procédés visant à casser l’identification du spectateur aux images violentes, aux scènes violentes, à en désamorcer la séduction : ton sentimental du roman à la Richardson (le mélo – que l’on retrouve dans la scène du retour de l’enfant prodigue) totalement out of time, langue du XVIIIème, adresse au spectateur (au lecteur), et aussi, bien sûr, la grande trouvaille de Burgess, recours à cet espéranto d’anticipation mêlant des mots de russe à de l’argot anglais, ceci destiné à créer un effet de trouble chronotopique en suscitant une impression de présent décalé, légèrement déplacé vers un avenir unheimlich, mais sans tomber dans le registre du roman d’anticipation. Enfin, dernier élément de narration destiné à contrarier la fascination exercée par l’ultraviolence et à déplacer celle-ci du côté d’une sorte d’excès bouffon ou de carnaval – la musique, la “grande musique” maltraitée, mutilée, dénaturée, torturée à l’électricité du synthétiseur. Ici, Kubrick dénature la musique classique pour les fins de sa narration sarcastique en pensant sans doute à ce que les nazis lui ont fait subir, en matière de détournement – qu’est-ce qu’on ne fait pas faire à la “grande” musique ! Une profanation ironique.

11Et donc, ce serait un contresens massif sur le film que d’y voir un usage opportuniste de l’ultraviolence – et de son antagonique, la violence totalitaire, celle de l’Etat et de ses institutions. Ce serait ignorer l’usage systématique de l’excès, de la surcharge, de la parodie, de la surenchère – la part déterminante du sarcasme. Le côté opérette gore, particulièrement saillant dans certaines scènes – la bagarre des drougs contre la bande de Billy Boy, notamment –. Toutes les scènes d’ultraviolence sont en quelque sorte des chorégraphies, avec un rythme trop parfait, des images trop fortes, qui sont celles de la caricature même. Tout est surjoué – ce n’est pas pour rien que Kubrick a choisi pour le rôle-titre Malcolm Mc Dowell, qui est une sorte de clown, tout comme Nicholson dans  The Shining. On ne peut pas faire à Kubrick le reproche de tomber dans le panneau de l’« esthétisation de la violence », puisqu’au contraire, il est en quête, avec ce film, d’une solution esthétique au défi que constitue le traitement au cinéma (donc en images/sons et par les moyens du montage) la présentation de formes de violence extrêmes, de conduites ultraviolentes, d’actions extrêmement violentes, y compris des actions comme l’homicide (involontaire) ou le viol sur un mode qui ne les magnifie pas, mais les expose comme problème. Alex n’est à aucun moment présenté dans le film comme un “héros”, et ses drougs sont de sinistres imbéciles, comme le montre leur destin ultérieur. Leur violence n’est pas héroïsée, mais plutôt exposée comme un mirage, un faux enchantement, un misérable mirage, une drogue – une extase éphémère, suivie d’une chute sans fin. Un domaine d’intensités superficielles et fallacieuses. Ici, d’ailleurs, le premier à se tromper est Burgess qui trouve que le « passage à l’image » des scènes de violence décrites dans son film en dénature le sens et suscite une fascination suspecte pour cette violence. Mais on comprend bien pourquoi Burgess se trompe – il est un homme du livre, et il ne s’oriente pas très bien dans le monde des images.

12Kubrick récuse également toute approche sociologique de l’ultraviolence, que ce soit celle d’une sociologie policière qui ferait d’Alex un primo-délinquant puis un récidiviste, ou bien celle d’une sociologie humaniste qui verrait en lui une victime de la société, du chômage, de la démission de l’autorité parentale et d’un urbanisme déshumanisé. Le film ne travaille aucunement dans ce type de catégorie sociologique, Alex est, comme personnage de l’ultraviolence, beaucoup plus proche des gouapes des romans de Genet (Querelle de Brest, Pompes funèbres…), des films de Pasolini (Accatone) que des « casseurs des cités » dont nous parle à longueur de pages la sociologie de bazar des journaux. Il est un curieux mélange d’insouciance sauvage, polissonne, prédatrice et de satanisme baudelairien. Dans son ultraviolence, entre en composition non seulement sa rétivité à la domestication, à la normation sociale, mais aussi un solide attrait pour le mal. C’est son côté non seulement indompté, mais pervers aussi. C’est sans doute ce qui a plu à Kubrick, dans le personnage imaginé par Burgess : qu’il vient nous rappeler qu’il n’est pas de vraie grande passion pour la vie, de vraie liberté sauvage sans un doigt d’attrait pour le mal, de démesure, de méchanceté et de perversité (Nietzsche). C’est le côté “diable” d’Alex.

13Mais le trait de génie de Burgess auquel, ici, Kubrick emboîte le pas, est d’avoir construit son récit non pas en donnant la parole en premier lieu aux représentants de la norme appelés à juger les écarts de conduite et les exactions commises par ce diable, mais au diable lui-même dont la disposition subjective est, de façon désarmante, celle d’un innocent, d’une sorte d’enfant joueur qui s’amuse à organiser des rixes, des intrusions violentes chez les bobos, des parties à trois avec des gamines… Là encore, la narration désoriente le spectateur et l’empêche de se laisser gagner par l’esprit de sérieux d’une perception indignée de tous ces accès de violence “gratuite” : car toute cette débauche de violence “montrée” est constamment débranchée par les interventions du narrateur, avec son ton tantôt enjoué, tantôt sentimental, tantôt larmoyant – propre en tout cas à introduire la dimension d’une sorte de second degré permanent.

14L’enjeu du film de Kubrick n’est pas de séduire en exhibant la « belle violence », celle du sang bien rouge qui se met à couler, comme dit Alex (mais nous ne sommes à aucun moment appelés à nous identifier à Alex), mais de construire un apologue, qui tourne autour d’une philosophie noire et dé-moralisée de la civilisation : civiliser ne consiste pas à transformer l’enfant qui est une sorte de petit animal sauvage en être moral et sociable, mais à refouler une violence avec une autre, laquelle est plutôt pire que la première. Il est bien clair que si nous ne sommes pas convoqués à nous identifier à Alex, le dispositif narratif du film étant ainsi fait que nous éprouvons à son égard toute une gamme de sentiments variés, allant de l’horreur à la compassion, le coupable se transformant en victime dans le cours du film, selon un processus destiné à brouiller tous les repères identificatoires, néanmoins, s’il est un parti de l’auteur qui se manifeste dans le film, sous une forme plus ou moins cryptée, ce serait plutôt en faveur d’Alex que de l’autorité, à travers ses différents représentants. Bien sûr, politiquement, l’alliance qui s’annonce à la fin entre le représentant de l’autorité politique (« The Minister of the Interior or Inferior », dans la version déjà très sarcastique de Burgess) dessine bel et bien les contours d’une espèce de fascisme. C’est une fin d’un “immoralisme” absolu, mais seulement pour autant qu’elle vise à nous montrer une vérité cachée de la politique contemporaine et, au delà, du processus d’apprivoisement des passions sauvages dans nos sociétés. Mais, avec tout cela, Alex demeure celui qui conserve en lui quelque chose comme une part de l’indompté, de l’ingouvernable. Et il semblerait bien que si quelque chose se garde, tous comptes faits, in extremis, d’une qualité proprement humaine, de la liberté, de la capacité d’être singulier, quelque chose qui résiste à la normation homogénéisante, c’est bien, malgré tout, Alex qui l’incarne, avec ses gros fantasmes de film X, avec la sauvagerie vraiment primaire, dans tous les sens (sans élaboration) de son désir… Et c’est la raison pour laquelle le film peut s’achever sur un formidable éclat de rire plutôt que sur une mise en garde solennelle contre les dangers du nouveau totalitarisme, des nouveaux fascismes, etc. C’est pour cela que le film de Kubrick se présente ici comme l’antagonique même du 1984 d’Orwell, un livre non seulement médiocre, au plan littéraire, mais vraiment pénible voire affligeant par l’esprit de sérieux et le sérieux d’église qui le mine.

15Le Orange mécanique de Kubrick est, à ce titre, tout sauf une de ces anti-utopies destinées à avertir les vivants sur le ton de solennité requis, des dangers mortels qui menacent leur intégrité s’ils laissent proliférer les dangers que recèlent les pouvoirs modernes ; c’est au contraire une démolition joyeuse et même jubilante du récit d’édification (dans les deux sens du terme) de la modernité. Le fait que, fondamentalement et en dépit de tout, le conducteur du récit soit le rire, même dans les scènes les plus éprouvantes (le viol et l’homicide involontaire, le reconditionnement d’Alex, au cinéma…) est, fondamentalement une position philosophique. C’est un film vitaliste qui aimerait nous convaincre que le cercle de la domestication ne se referme jamais tout à fait, parce que la vie, comme flux, comme impulsion, comme énergie, finit toujours par trouver des brèches et des lignes de fuite. Alex c’est la vie, et la vie, comme principe vital, c’est fondamentalement immoral, en deçà ou par-delà  la morale et, si nous le savons, alors nous ne perdons pas tout à fait le goût de rire, nous ne sommes pas encore passés du côté des araignées et des cancrelats (Zarathoustra). L’idée vitaliste, ici, qui rejoint Nietzsche, encore une fois, c’est que la vie ne peut pas s’affirmer contre tout ce qui conspire à l’éteindre sur un mode civilisé, tempéré. Elle a nécessairement un pacte avec la violence, et la violence extrême, car elle seule permet de rompre l’encerclement de la domestication, de l’animalisation du bétail humain. Donc, l’ultraviolence dont Alex et sa bande sont  le vecteur ne peut pas être montrée, mise en scène sur un mode tout entier péjoratif, car ce mode péjoratif coïncide avec le regard que les ennemis de la vie, les promoteurs des disciplines, les vicaires de la police des conduites, portent sur elle. L’ultraviolence doit être aussi montrée dans son caractère éruptif et strident, comme ce qui rompt l’encerclement de la vie par les veilleurs de nuit de la domestication – même si elle s’avère à l’usage être davantage un piège qu’une solution.

16Le rire n’est pas seulement “possible”, dans cette optique, il est la seule perspective possible, celle de la résistance de la vie à la violence de cette forme (moderne, occidentale…) du processus de la civilisation. Le rire signale que l’espérance n’est pas éteinte : l’affaire n’est pas entendue, le zoo humain (Sloterdijk) n’est pas encore entièrement clôturé – c’est le sens de la fin “ouverte” du film, où se célèbre le retour triomphant des forces primaires de la vie : la grande santé d’Alex contre la santé médicale/policière promue par les fossoyeurs de la vie. La dimension sarcastique du film s’agence autour de la “double guérison” d’Alex : une première fois, guérison sinistre en forme de déchéance aux conditions des disciplines et des traitements de reconditionnement, une seconde aux conditions de sa résurrection (Zarathoustra, encore). Le film tourne le dos aux processus actuels sans cesse accentués, puisqu’il est un manifeste contre la médicalisation de la vie, contre son immunisation toujours croissante. Une image terrifiante et comique de cette tendance : Alex nourri à la cuillère, comme un bébé, le Nanny State et le re-devenir mineurs des sujets dans nos sociétés.  Cette violence-là, qui se montre sur un mode inversé comme protection et prise en charge, ne peut être traitée que sur un mode de dérision.  Et pourtant, elle est terrifiante : Alex, réduit à l’état de légume, à l’issue de son traitement et des malheurs afférents. De même, des personnages comme le gardien-chef de la prison, incarnation d’une autorité certes démodée, mais toujours agissante : il fait rire, précisément parce qu’il est le représentant pathétique d’une autorité en perte de vitesse (le disciplinaire/punitif), et qu’au fond il est moins un salaud que bien d’autres dans le film (il est ici au même plan que le prêtre – les pouvoirs anciens) – les autres, qui portent moins à rire, ce sont les représentants des pouvoirs qui montent, Ludovico, le savant qui expérimente sur le vivant (cf. Milgram et son fameux test) et le ministre de l’Intérieur, manipulateur en chef et apôtre de la société de contrôle. Ces derniers font moins rire, parce qu’ils se sont emparés des motifs avantageux de la “réforme” et de l’humanisation des peines pour tenter de promouvoir leur politique sécuritaire et démagogique - ça ne vous rappelle rien ?

17Aux dispositifs de pouvoir traditionnels - police, justice, PJJ protection judiciaire de la jeunesse - dispositifs alliant surveillance et répression viennent se substituer de nouvelles alliances : représentants de la démocratie du public le regard rivé sur les sondages et l’horizon des élections à venir, “savants” (pouvoir médical) et, éventuellement élites intellectuelles. Une “modernité” du pouvoir qui, à l’usage, s’avère pire que les “archaïsmes” des formes antérieures.

18Ici, on retrouve le procédé qui avait cours dans le roman de Vonnegut : là où se présente un certains seuil de saturation dans ce qui suscite l’effroi, l’horreur, le dégoût, le mépris, l’indignation, le découragement et qui, toujours, s’associe à des formes de violence extrême, apparaît ce débouché risqué, mais toujours possible du rire libérateur, que l’on pourrait appeler le rire trotz alledem (Heine, Biermann), le rire malgré tout, le rire-plutôt-qu’-en-pleurer (Tucholsky).  Un rire qui peut se moduler selon toutes sortes de modalités : sarcastique, ironique, humoristique, mordant, énorme (Jarry), absurde, déchaîné… C’est par exemple sur ce mode que se construit la scène où s’effectue la démonstration de la guérison d’Alex, devenu tout à fait allergique à quelque violence que ce soit – le sexe, la baston. « Lerne lachen ohne zu weinen » (Tucholsky).

19Le rire a ici une fonction critique. Il exprime cette sorte d’horreur sacrée que nous inspirent cette engeance. Alors qu’Alex, c’est différent, parce qu’il est pour nous au-delà de toute critique, au sens où il est quelque chose comme “notre inconscient”, l’inconscient de chacun d’entre nous…

Annexes

Pour citer ce document

Alain Brossat, «Alex invictus - Orange mécanique ou l'inservitude volontaire», Revue Appareil [En ligne], Varia, Articles, mis à jour le : 14/01/2009, URL : http://revues.mshparisnord.org/appareil/index.php?id=698.

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